- Voilà! dit l'harfang des neiges en revenant vers son ami avec des parchemins vierges, il les lui tendit avec le sourire.

Otus les prit avec inquiétude mais garda tout de même le sourire face à son ami puis s'en alla.

Un peu plus tard dans la journée, comme promis, Solus prit une pause dans ses révisions et descendit voir sa maman s'il pouvait sortir se promener histoire de se dégourdir les jambes et se changer les idées. Il lui promit d'être prudent, elle le lui accorda.

- Ne reste pas trop longtemps dehors...

- Ne t'inquiètes pas, m'man, ce n'est pas comme s'il chassait en pleine journée.

Il n'avait pas oublié sa cape chouette, il n'allait quand même pas rester aux alentours de la maison familliale. Il aimerait bien faire des expériences avec sa transformation en faisant apparaître ses ailes de dragon dans sa forme normale mais s'il le faisait, tout le monde le remarquerait et penseront que c'est Solus le monstre et qu'il avait menti! Non, il fera ça quand tout monde dormira. Il fera plus souvent ces tests durant la nuit afin d'être tranquille. En attendant, il se changea les idées en faisant cette promenade.

Dans son dos, deux enquiquineurs le suivaient : Fib et Bonacci. Il fit mine de ne pas les avoir vu et continua son chemin par les airs. C'était comme s'il avait senti leur présence par prévention en vu d'un danger. Solus attérit sur une colline pour se dégourdir les jambes, les deux suiveurs firent de même mais pour une toute autre raison.

L'occasion idéale de leur donner une bonne leçon. Mais d'abord, faut les cuisiner un peu. Faire presque comme si de rien n'était.

Solus avait emmené son livre avec lui pour lire en paix, il s'assit par terre dans l'herbe. Fib et Bonacci attendaient le bon moment pour faire peur à leur soi-disant ami.

- ROOOOOOOOAR! faisaient-ils semblant de rugir par derrière alors que Solus était assis.

- Oh, salut, Fib! Salut, Bonacci! les saluait-t-il naturellement sans sursaut et sans lever le nez de son livre.

Moment de surprise pour le duo, ils s'attendaient à ce que Solus sursaute et s'enfuit en courant ou en volant mais non, rien.

- Ce n'est pas normal, murmura Fib, il aurait dû s'enfuir en pleurant chez sa mère...

- Peut-être qu'il était tellement terrifié à cause du monstre, murmura en retour son ami, qu'il a du mal à bouger...

- Oui c'est sûrement ça...

- Restons nous-même, faut pas avoir pitié de lui...

Solus tourna la tête pour les regarder et leur sourit.

Bonacci se ressaisit.

- Ça va, Solus?

- Ça va.

- Pas trop terrifié du monstre qui a essayé de te manger?

- Non, ça va je m'en remets. Autre chose?

Les deux adolescents étaient confus, Solus n'était pas du tout affecté par ce qu'il lui était arrivé.

Il se leva puis commença à marcher pour continuer sa promenade mais le duo ne le lâchait pas aussi facilement et était bien décidé à l'embêter, ils demandèrent des explications en l'attrapant, chacun, par le bras et l'emmener vers le coin où il y a les ruines où était gardé l'une des reliques des Chouettes Ancestrales, à l'abri des regards indiscrets. Ils le plaquèrent contre le mur en ruine.

- C'est quoi cette embrouille, Solus?! Au début, tu avais peur de tout même de ton ombre et maintenant ça ne te fait plus rien?!

- Ouais, dis-nous! Tu caches quelque chose!

Solus avait deux choix : soit il se transforme devant eux, soit il les cuisine encore un peu, histoire de savourer ce petit moment de vengeance. Il opta pour le second choix, il devra prouver qu'il n'est plus le Solus faible et peureux, victime d'harcèlement de ces deux gamins mais le Solus qui ne se laissait plus faire!

En signe de provocation, il se mit à sourire et à rire doucement. Cela énervait profondément Fib et Bonacci qui décidèrent de lui donner une bonne leçon en le plaquant au sol puis de le frapper à plusieurs reprises au visage afin de lui effacer ce sourire qui leur insupporte. Ils ne le frappaient pas que au visage et à la tête, ils le frappèrent aussi au niveau de l'estomac à coups de pieds et dans le dos. Solus faisait semblant d'être prostré sous les coups tout en continuant de sourire dans l'ombre.

Quand le duo eut fini, ils étaient essoufflés, satisfaits d'avoir «calmé» Solus. Ce dernier se leva sans ressentir la moindre douleur, il ne boitait pas, il avait juste des égratinures au visage, c'est tout. Fib et Bonacci étaient extrêmement surpris qu'il n'ait rien, c'était comme frapper dans un sac de patates sans aucun effet. Les blessures se cicatrisaient rapidement.

Solus souriait de toutes ses lèvres, les yeux rieurs.

- À mon tour. Mais... à ma manière!

Le duo n'aimait pas du tout ce sourire, d'autant plus que Solus n'était plus blessé comme s'il n'avait rien eu!

Ayant de la chance d'être une fille, Fib n'allait pas subir ce que va subir son ami Bonacci puisque Solus était poli avec la gente féminine alors il donna la grosse chouette qu'elle a pour ami comme exemple.

D'une main, Solus attrapa Bonacci par le cou et le souleva de terre.

- QU'EST-CE QUE TU FAIS, SOLUS? LÂCHE-MOI! LÂCHE-MOI! HÉ, FIB, AIDE-MOI!

Elle essayait de l'aider mais l'harfang des neiges l'intimida d'une étrange façon en la regardant. Ce qu'elle voyait la terrifiait. Solus avait un regard extrêmement sérieux et empli d'une colère si profonde. Fib était paralysée par la peur en voyant ce visage tout droit sorti d'un cauchemar. Ça l'avait assez convaincue de ne pas agir pour aider son ami en détresse.

Le visage de Solus avait repris son expression normale et commença à serrer le cou de Bonacci qui commença à manquer d'air, il essayait de s'en défaire en tentant d'enlever sa main de son cou... en vain. On pouvait voir les veines sur la main de l'harfang des neiges, il jaugeait sa force pour ne pas tuer accidentellement son «ami», son but était de faire peur, intimider et non de tuer. Des détails sur sa main commençaient à apparaître là où il y avait les veines et comme sa cape chouette était relevée vers l'arrière d'un côté lorsqu'il avait levé le bras au dessus de sa tête, les détails du muscle se voyaient sur le bras de Solus. Le bras n'était pas très gros, il était musculeux, assez détaillé, assez sec. Fib avait manqué un battement de cœur en voyant ça.

Bonacci manquait de plus en plus d'air et il n'allait pas tarder à s'évanouir, voire mourir d'asphyxie. Voulant sauver à tout prix son ami, en larmes, Fib supplia Solus de lâcher son ami.

- S'il te plait, Solus, lâche-le! Je t'en supplie, LÂCHE-LE!

C'était tout ce qu'il voulait entendre, qu'on le supplie! Il désserra légèrement son étreinte. Bonacci put respirer partiellement.

- Tu peux répéter? Je n'ai pas bien entendu! fanfaronna Solus en souriant, les yeux rigolard en regardant la jeune chouette impuissante.

L'expression de Fib était un mélange de colère et de tristesse mêlée à de la confusion, lorsque Solus serra à nouveau Bonacci, la panique la regagnait, elle n'avait plus le choix, elle se rendit à l'évidence alors elle répéta mais plus fort.

- SOLUS, JE T'EN SUPPLIE, LÂCHE BONACCI, S'IL TE PLAIT!

«Aaaah, la douce mélodie des mots «Je t'en supplie»...»

- On fera... on fera tout ce que... tu voudras, Solus..., tenta de respirer la grosse chouette. S'il te plait... lâche-moi...!

- Tout ce que je veux?

Le duo hochait la tête avec nervosité.

Il réfléchit un instant puis prit sa décision.

- Ok!

Il lâcha enfin Bonacci qui tomba au sol, il toussa afin de respirer correctement, il se massa le cou à travers son collier de plumage pour soulager la douleur de l'étranglement causé par Solus.

Pour un harfang des neiges, il avait une sacrée force! Les détails du muscle au bras de Solus avait disparu, signe qu'il était détendu et normal.

Le duo était plus que jamais effrayé par ce Solus qu'ils ne reconnaissaient plus du tout. Et ils le sont encore plus lorsqu'il leur montrait une grosse pierre qu'il réussit à l'éclater d'une main sous leur yeux sans aucune difficulté. Ça pouvait être leur tête!

Il leur disait ces mots-là en souriant :

- On se revoit à l'école, quand mes parents me le permettront, d'accord?

Il se mit entre eux deux qui sont terrorisés juste en regardant ses mains, lorsqu'il entourait ses amis avec ses bras, alors que mains et bras sont détendus.

- Aaaaah, j'ai tellement hâte de vous revoir, les amis, vous ne pouvez pas savoir comme ça me manque de ne plus être en classe avec vous! Hein? Bien à vous!

Puis il leur tapota à chacun le dos amicalement puis s'en alla.

Après que leur «ami» se soit assez éloigné de leur champ de vision, après un petit signe d'au revoir, le duo resta figé sur place pendant un moment, confus, avant de comprendre ce qu'il s'était réellement passé. Soudain, Bonacci eut un petit accident causé par la peur : il s'était uriné dessus! Et évidemment, son amie Fib s'était moquée de lui pour se déstresser et lui il ne trouvait pas ça drôle.

- J'AI FAILLI MOURIR, TU SAIS?! METS-TOI À MA PLACE!

- BAH MOI AUSSI J'AI FAILLI MOURIR! ET DE PEUR EN PLUS! T'as vu le visage qu'il avait?! Je n'arrive même pas à me le retirer de la tête! Je sens que je vais faire des cauchemars...

Elle mit ses mains sur son visage et s'assit, effondrée et traumatisée, presque en train de de la peine pour son amie, Bonacci la réconforta malgré le petit accident qu'il venait de subir.