Je ne possède aucun des personnages des livres et des jeux vidéos
Série de drabbles sur Géralt et Jaskier [Défi d'écriture de La Bibliothèque de Fictions]
Décembre 2024, c'est le retour du Sur Votre 31. Le principe c'est écrire 31 OS sur 31 Thèmes précis pendant le mois sur un duo ou un trio : couple, amis, frères, soeurs...
En espérant que cela vous plaise
Bonne lecture
PS : Au fait j'ai commencé à faire du tri et à remettre de l'ordre dans mes publications en faisant une sorte de table des matières dans mon profil alors n'hésitez pas à y faire un tour ;)
Jour 14 : Une petite attention (Brocante)
Le crépuscule teintait le ciel de nuances chaudes d'orangé et de rose alors que Géralt et Jaskier arrivaient dans un petit village perdu au milieu des collines verdoyantes. L'endroit semblait tout droit sorti d'une peinture. Les ruelles pavées bordées de maisons aux toits de chaume et aux volets colorés étaient animées par une brocante qui s'étalait sur la place principale. Des étals chargés de trésors anciens, d'objets du quotidien ou de créations artisanales occupaient chaque recoin, attirant une foule joyeuse de badauds. Les rires et les discussions s'entremêlaient avec les sons métalliques des pièces qui s'échangeaient contre des marchandises.
Le Sorceleur, fatigué de leur dernier voyage, n'était guère en quête de distractions, mais l'énergie paisible de l'endroit avait quelque chose d'apaisant. Tandis que Jaskier, toujours plein d'entrain et jamais à court de paroles, proposait de s'occuper de trouver une chambre à l'auberge du coin, Géralt le laissa faire, plus soucieux de profiter de quelques instants de calme que de discuter avec l'aubergiste. Il n'opposa donc aucune objection lorsque le barde s'éloigna, son luth balançant joyeusement dans son dos.
Resté seul, Géralt s'aventura parmi les étals de la brocante. Ses yeux d'un jaune perçant, presque inhumains, parcouraient les objets exposés sans réel intérêt. Pourtant, à mesure qu'il progressait, il ne pouvait nier que l'atmosphère du marché avait quelque chose de captivant. Des livres aux pages jaunies, des bijoux en argent terni, des outils anciens et même quelques armes usées s'étalaient sous ses yeux. Cependant, ce n'était rien qui puisse réellement attirer son attention, jusqu'à ce qu'il tombe sur un petit étal particulièrement modeste. Parmi les objets exposés, son regard fut attiré par deux petites flûtes en bois, finement sculptées. Elles semblaient anciennes, mais bien conservées, avec de délicates gravures florales courant le long de leurs corps. Géralt les prit en main, testant leur poids et admirant la précision des motifs. Ces flûtes n'étaient pas de simples bibelots, elles portaient en elles une âme, une histoire. Il imagina, presque malgré lui, Jaskier les essayant, ajoutant leur mélodie à ses chansons ou composant un nouvel air enjoué pour une foule captivée.
Un sourire imperceptible étira ses lèvres. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais l'idée d'offrir ces flûtes au barde s'imposa à son esprit. Jaskier passait ses journées à chanter leurs aventures et à le suivre à travers des dangers qu'un homme ordinaire éviterait à tout prix. C'était une manière, discrète mais sincère, de le remercier, même s'il ne le dirait jamais à voix haute.
- Combien pour ces flûtes ? Demanda-t-il d'un ton neutre.
Le vendeur, un vieil homme à la barbe blanche et au regard vif, le considéra avec curiosité avant de répondre :
- Pour les deux ? Quinze couronnes. Ce sont de bonnes flûtes, elles valent bien leur prix.
Géralt hocha simplement la tête et déposa les pièces sans tenter de négocier. Ce n'était pas son genre et il savait que l'artisanat méritait une juste rémunération. Il rangea soigneusement les flûtes dans sa sacoche avant de continuer sa promenade, observant distraitement le reste du marché, mais sans acheter autre chose.
Quand il retrouva Jaskier à l'auberge, ce dernier l'attendait déjà dans leur chambre, confortablement installé sur le lit, un verre de vin à la main. Il semblait de bonne humeur, comme toujours et entama immédiatement un récit dramatique de son échange avec l'aubergiste, insistant sur ses talents de négociateur et son charme légendaire. Géralt, peu impressionné, grogna quelque chose d'incompréhensible en guise de réponse tout en retirant ses gants et en posant sa sacoche sur une chaise.
Ce ne fut que lorsqu'ils furent installés dans une atmosphère plus calme que le Sorceleur se résolut à agir. Il fouilla dans sa sacoche et en sortit les deux flûtes. Sans un mot, il les tendit à Jaskier, un peu raide, comme s'il regrettait déjà son geste. Le barde, surpris, regarda les instruments, puis Géralt, ses yeux s'écarquillant sous l'effet de l'émotion. Il prit les flûtes avec précaution, comme s'il s'agissait de trésors inestimables.
- Géralt… murmura-t-il, sa voix inhabituellement douce. Qu'est-ce que… ? Elles sont magnifiques.
- Je les ai vues sur un étal. Je me suis dit que tu saurais quoi en faire, répondit Géralt, visiblement mal à l'aise. C'est tout.
Toutefois, Jaskier n'était pas dupe. Il savait que pour Géralt, ce geste était tout sauf insignifiant. Il était rare que le Sorceleur exprime ses sentiments, même de manière indirecte. Ce cadeau avait une signification profonde et Jaskier se sentit soudainement ému au-delà des mots. Un sourire sincère et chaleureux éclaira son visage.
- Merci, mon ami. Vraiment. Cela signifie beaucoup pour moi.
Géralt détourna les yeux, gêné par l'intensité du moment. Il grogna quelque chose qui ressemblait à un "de rien" avant de s'installer dans un fauteuil, feignant de s'intéresser au crépitement du feu dans l'âtre. Jaskier, quant à lui, tourna et retourna les flûtes dans ses mains, admirant leur finesse avant de porter l'une d'elles à ses lèvres. La mélodie qui s'éleva dans la pièce était douce, légère, presque aérienne. Elle semblait capturer l'esprit même du moment : un mélange de gratitude, de chaleur et d'amitié. Géralt ferma les yeux, se laissant emporter par la musique, même s'il ne l'admettrait jamais. Quand la mélodie s'éteignit, Jaskier posa délicatement la flûte et s'approcha de Géralt. Il posa une main sur son épaule, son sourire toujours présent.
- Tu es un homme bien, Géralt, même si tu fais tout pour que les gens pensent le contraire.
Géralt roula des yeux, mais un coin de sa bouche se souleva légèrement, trahissant un sourire et pour une fois, il ne trouva rien à redire.
