Le silence dans le réfectoire était devenu étouffant après l'entrée spectaculaire de Cassie. Tous les yeux étaient tournés vers elle et son frère, Erwin, qui n'avait pas encore bougé. Il se leva finalement lentement, cherchant à garder son calme, mais Cassie pouvait voir la tension dans ses épaules. Il était rare qu'elle le défie ouvertement, et encore plus rare de le faire devant ses hommes.

"Soldats, retournez à vos affaires," déclara Erwin d'une voix posée, mais ferme. "Cassie, viens avec moi. Nous parlerons en privé."

Mais Cassie ne bougea pas. Ses yeux bleus-gris, si semblables à ceux d'Erwin, étaient brûlants de colère. "En privé ? Pourquoi ? Pour que tu puisses encore m'imposer ta volonté sans que personne ne soit témoin ?" cracha-t-elle, la voix tremblante de rage. "Je n'ai plus envie de garder ça pour moi, Erwin. Je suis fatiguée de rester dans l'ombre pendant que tu décides de ma vie !"

Erwin fronça légèrement les sourcils, ses lèvres se crispant en une ligne mince. Il n'était pas habitué à être défié ainsi, surtout par Cassie, qui avait toujours montré une certaine retenue en public. Il fit un pas vers elle, mais elle recula de deux. "Cassie," dit-il d'une voix basse, essayant de la calmer, "ce n'est pas le lieu ni le moment pour ce genre de conversation. Viens."

"Non !" Cassie leva le menton, refusant de céder. "C'est exactement le bon moment ! Depuis quand as-tu décidé que je n'avais plus mon mot à dire sur ma propre vie ? Un mariage, Erwin ? Sans même me consulter ?" Sa voix monta d'un cran, résonnant contre les murs du réfectoire, attirant encore plus l'attention des soldats qui faisaient semblant de s'occuper, mais dont les regards restaient braqués sur la scène.

Erwin ferma brièvement les yeux, inspirant profondément pour ne pas perdre patience. "Ce mariage est dans ton intérêt, Cassie. Tu as besoin de stabilité, de sécurité. Tu mérites d'avoir une vie confortable, loin de tout ce chaos, loin du danger que je côtoie tous les jours. Je fais ça pour te protéger."

"Pour me protéger ?" répéta-t-elle, la voix tremblante d'une fureur contenue. "Tu me protèges en m'enfermant dans une cage dorée, c'est ça ? En décidant à ma place quel homme je dois épouser, avec qui je dois partager ma vie, sans même me demander ce que je veux ?"

Erwin ouvrit la bouche pour répliquer, mais avant qu'il ne puisse parler, Cassie, submergée par des années de frustration, leva la main et le gifla. Le son claqua dans la pièce comme un coup de tonnerre. Le choc parcourut l'assemblée, et plusieurs soldats échangèrent des regards stupéfaits. Jamais personne n'avait vu quelqu'un, et encore moins une femme, gifler leur commandant.

Erwin, habituellement impassible, resta figé un instant. Son regard se durcit, non pas de colère, mais de surprise et de douleur. Pourtant, il ne bougea pas. Il était connu pour son calme inébranlable, même dans les situations les plus tendues, mais à cet instant, quelque chose dans ses yeux trahissait une émotion plus profonde. "Cassie," dit-il d'une voix grave et mesurée, "tu dépasses les bornes."

"Moi, je dépasse les bornes ?" hurla-t-elle, les larmes commençant à perler au coin de ses yeux. "Tu ne comprends donc pas ? C'est toi qui me pousses à bout, Erwin ! Depuis la mort de nos parents, tu as pris chaque décision pour moi. Tu as décidé où je devais vivre, avec qui je devais parler, ce que je devais faire de ma vie. Mais je ne suis plus une enfant ! Je suis une adulte, et tu n'as plus le droit de me traiter ainsi."

Avant qu'Erwin ne puisse répondre, la porte du réfectoire s'ouvrit à nouveau, et une silhouette familière apparut dans l'encadrement. Hansi Zoë, avec ses lunettes légèrement de travers et un sourire en coin, observa la scène. Elle jeta un regard rapide aux soldats, qui se raidissaient sous son observation. "Eh bien, quelle atmosphère tendue ici," commenta-t-elle avec légèreté, brisant le silence pesant. "Il semble que j'arrive au bon moment."

Hansi connaissait bien Cassie. Depuis des années, elle avait vu la jeune femme grandir sous l'ombre de son frère, et elle savait combien ce dernier pouvait être étouffant dans son rôle de protecteur. Elle se dirigea vers Cassie, posant doucement une main sur son épaule. "Cassie," dit-elle avec une douceur inhabituelle, "viens. Allons parler, toi et moi."

Cassie resta immobile un instant, les poings serrés, son regard brûlant encore de colère. Mais la présence apaisante de Hansi semblait percer sa carapace. Lentement, elle détourna les yeux d'Erwin et hocha la tête, la gorge serrée par l'émotion. "Je n'en peux plus, Hansi," murmura-t-elle en serrant les poings, ses longs cheveux blonds tremblant légèrement sous l'effet de ses émotions.

Hansi lui sourit doucement, tout en lui prenant le bras. "Je sais, je sais... viens, on va s'éloigner un peu. Ça te fera du bien de prendre l'air."

Elle adressa un regard à Erwin, qui se tenait toujours immobile, le visage dur, mais marqué par une tension visible. Hansi haussa légèrement un sourcil, un message silencieux qu'elle seule pouvait se permettre de lui envoyer : Laisse-la respirer, Erwin.

Les deux femmes quittèrent lentement la pièce, Hansi guidant Cassie avec une bienveillance naturelle. Le silence dans le réfectoire resta palpable même après leur départ. Les soldats n'osaient toujours pas bouger, choqués par ce qu'ils venaient de voir. Erwin, lui, resta debout au milieu de la salle, le visage fermé. Sa sœur avait raison sur une chose : elle n'était plus une enfant. Mais comment pouvait-il la protéger sans la contrôler ? Cette question le hantait alors que la porte se refermait doucement derrière Cassie et Hansi.