Le silence dans le réfectoire semblait interminable. Tous les regards étaient tournés vers Erwin, encore figé, le rouge de la gifle de Cassie s'effaçant progressivement de sa joue, mais la brûlure, elle, persistait. Il ne bougeait pas, son visage impassible comme une statue de marbre, mais à l'intérieur, une tempête grondait.

La colère de sa sœur était une chose. Il avait l'habitude de ses élans de frustration, qu'il parvenait toujours à tempérer, mais cette fois, elle était allée trop loin. Devant ses hommes. Devant ses subordonnés. Cassie avait exposé une faiblesse qu'il se refusait d'admettre : sa propre incapacité à garder le contrôle sur elle.

Il respira profondément, ses yeux glacés balayant la pièce. Il n'y avait plus un mot. Chaque soldat, chaque officier le fixait avec une curiosité dissimulée. Erwin réajusta son manteau sans un mot, puis tourna les talons avec une fermeté calculée.

Alors qu'il quittait la pièce, des murmures commencèrent à s'élever.

« Tu as vu ça ? Elle l'a giflé... »

« C'était qui, cette fille ? »

« On dirait qu'elle n'a pas froid aux yeux. »

Dans un coin de la salle, Eren, fraîchement recruté dans le bataillon d'exploration, écarquilla les yeux, abasourdi par la scène à laquelle il venait d'assister. À côté de lui, Mikasa fronçait les sourcils, perplexe.

« Je ne savais pas qu'Erwin avait une sœur... », murmura Eren.

« Il n'en parle jamais », répondit Armin, qui avait tout observé avec son calme habituel. « Elle doit être importante pour lui. »

Mikasa ne dit rien, mais son regard perçant suivait Erwin jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'ombre du couloir. Les jeunes recrues n'avaient jamais vu leur commandant dans une telle position.

De l'autre côté du quartier général, dans un bureau faiblement éclairé, Erwin referma la porte avec un claquement sec. Il s'appuya contre le lourd bois, fermant les yeux une seconde pour rassembler ses pensées. Son visage restait impassible, mais son esprit bouillonnait.

La voix grave de Livaï, toujours directe, s'éleva de l'ombre de la pièce.

« Ça ne te ressemble pas de perdre ton calme comme ça. »

Erwin ouvrit les yeux et croisa le regard acéré de Livaï, assis nonchalamment dans un fauteuil. Ce dernier, les bras croisés, semblait être là depuis un moment. Il n'était pas du genre à se mêler des affaires des autres, mais il avait toujours une vue d'ensemble sur tout ce qui se passait au bataillon. Il avait assisté à la scène dans le réfectoire, et l'avait suivie sans un mot.

Erwin soupira, se redressant lentement. « Ce n'est rien, Livaï. Elle... elle est simplement en colère. »

Livaï haussa un sourcil. « Ça, je l'avais remarqué. Mais elle t'a giflé. En plein milieu du réfectoire. »

Il y avait un ton léger dans la voix de Livaï, mais Erwin savait qu'il cherchait à comprendre. Derrière cette façade dure et impénétrable, il y avait une loyauté indéfectible, une loyauté qui faisait que Livaï s'inquiétait, même s'il ne le montrait jamais ouvertement.

Erwin soupira, passant une main dans ses cheveux blonds, fatigué. « Elle ne comprend pas. J'essaie de la protéger. Depuis toujours... Je dois la protéger. »

Livaï se leva lentement, s'approchant du bureau, son regard toujours perçant. « La protéger de quoi, exactement ? De vivre sa propre vie ? »

Erwin se crispa. Il savait que Livaï visait juste, comme toujours. « Tu ne comprends pas... Je lui ai promis. À notre père, avant qu'il ne meure. Je devais m'assurer qu'elle soit en sécurité, qu'elle ne manque de rien, et maintenant elle se rebelle contre tout ça. Elle... Elle refuse de comprendre. »

Un silence pesant s'installa entre eux. Livaï le regarda un instant, puis se détourna pour se diriger vers la fenêtre.

« Peut-être que c'est toi qui ne comprends pas. Elle n'est plus une gamine. Elle veut décider par elle-même. »

Erwin fronça les sourcils, son regard fixé sur la silhouette de Livaï, qui observait l'extérieur. Il savait que son caporal avait raison, mais il refusait de l'admettre. Cassie était trop précieuse à ses yeux, et il était terrifié à l'idée de la perdre.

Un moment passa avant que Livaï ne se retourne, croisant à nouveau le regard d'Erwin. « Quoi qu'il en soit, tu ferais bien de régler ça. Parce que tes hommes parlent, et pas qu'un peu. »

Erwin hocha la tête en silence. Il savait que cette confrontation publique avait déjà commencé à éroder son autorité auprès de ses hommes. Mais plus encore, il savait qu'il devait trouver un moyen de réconcilier son rôle de frère protecteur avec celui de commandant inébranlable.

Dans le réfectoire, Eren, Mikasa et Armin observaient encore la scène dissipée. Leurs pensées tourbillonnaient, chacun tentant de comprendre les implications de cette confrontation familiale.

« Tu crois qu'elle va revenir ? » demanda Eren.

« Je ne sais pas, » répondit Armin, son ton réfléchi. « Mais si elle revient, ce sera sûrement pour se battre. »