29 Octobre : Jumeaux 5

Boya avait mal à la tête.

Il venait de visiter cinq bordels l'un après l'autre. Les filles l'y avaient accueillis avec une joie intense et profonde qui n'avait fait que plomber un peu plus le moral de Boya

Non, il n'était pas là pour s'amuser entre les draps, ni boire d'alcool, ni jouer aux dés, ou au reiki, ou a n'importe quoi d'autre ! Il n'était pas là non plus pour fabriquer des bouquets de fleurs, peindre des éventails ou jouer de la musique, bon sang !

Et non le type qui lui ressemblait et qui était venu quelques jours avant, ce n'était pas lui ! Pourquoi diable voudrait-il envoyer ainsi sa réputation par-dessus les moulins ? Pour qui le prenait-on ? Il avait envie de tuer des gens.

S'il n'avait pas eu autant d'années pour apprendre à garder son calme, il aurait sans doute déjà causé un massacre. Bordel après bordel, maison de thé après maison de thé, auberge après salon de poésie et théâtre après hall de musique, Boya avait remonté la piste de celui qui s'était amusé à prendre son apparence. Chaque nouvelle découverte lui avait fait un peu plus grincer des dents que la fois d'avant au point qu'il n'allait sans doute pas tarder à se les mordre. Les dents.

Celui qui tentait de porter atteinte à lui-même autant qu'à la respectabilité de Jing Yun avait en prime décidé de copier son apparence. Boya ne connaissait pas de types de démons capables de faire ça. Ils existaient probablement, mais les doppelganger devaient être rares et puissants. Et encore Boya ne connaissait-il évidemment pas ce genre de créatures.

Le chasseur se décida à faire une pause. Il arpentait le quartier rouge de la Capitale en tous sens depuis trois jours maintenant. S'il se rapprochait du coupable à chaque étape, celui qui volait son identité continuait quand même à faire n'importe quoi.

Plus d'une fois Boya, avait eut la honte de sa vie en se prenant dans la figure le résumé complet des exploits de l'individu. Comment quelqu'un pouvait-il être... être... D'accord, Boya était à la fois irrité et un peu jaloux. Quitte a donner mauvaise réputation à son nom pour se vautrer dans la débauche, il aurait pu le faire, merci beaucoup. En plus, si la rumeur parvenait à QingMing, il allait soit se moquer de lui jusqu'à la tombe, soit bouder parce qu'il n'aurait pas été là pour assister à la chute de Boya dans la dépravation. Pire, il n'aurait pas pu chuter avec lui.

Il commençait à bien le connaitre, son ami. Penser à lui faisait invariablement monter un sourire sur ses lèvres.

Boya soupira lourdement.

Arrivé devant la statue de Baihu, Boya s'inclina avant de faire bruler de l'encens pour le Dieu-Gardien. Il le remercia encore pour son aide contre le Serpent avant de se mettre à la recherche de celui qui s'amusait si fort à le copier.

Encore une fois, il fit chou blanc. Il avait encore deux autres statues à visiter. Etrangement, l'individu passait beaucoup de temps auprès d'eux. Le seul qui y échappait était Zhuque mais la statue du dieu du sud était encore dans les carrières de granit du sud. Il faudrait encore quelques mois avant qu'elle soit finie et qu'elle puisse être acheminée par voie fluviale jusqu'à la Capitale pour remplacer celle qui avait été détruite.

Boya ne le dirait jamais mais il avait récupéré quelques petits morceaux de la statue et les gardaient dans une bourse discrète autour de son cou. Sans doute idiot mais il concevait un grand respect et une révérence infinie pour le dieu gardien qui l'avait sauvé. Qui les avait sauvé avec QingMing. Sans Zhuque, ils seraient tous morts. Dans le secret de son petit appartement, il avait même installé un petit autel discret auquel il rendait quelques prières quotidiennement. Le morceau de la statue qu'il avait volé était un peu plus grand que ceux autour de son cou et surtout encore noirci par son propre sang séché.

Boya finit son tour des dieux gardien. Il s'inclina devant XuanWu puis finit par QingLong.

Un hoquet lui échappa lorsqu'il vit de loin une copie conforme de sa personne sauter de la tête de la statue.

Il l'avait trouvé...

La colère au fond de la gorge, il dégaina son épée. Sur la pointe des pieds, Boya se glissa dans son sillage. Il aurait du le trancher mais il voulait des réponses.

"- Je devrais te couper en deux directement." Gronda-t-il en posant le fil de son arme sur le cou de l'odieux individu qui portait son visage.