1er Novembre : Origami 1
Boya avait un petit bout de langue au coin des lèvres. Les sourcils froncés, il se concentrait aussi bien sur son qi que sur ses gestes.
C'était la première fois qu'il se risquait à un sortilège aussi complexe. S'il n'avait pas été accompagné par QingMing, et surtout Kuang HuaShi, il n'aurait jamais osé tenter quelque chose d'aussi difficile. Boya était le meilleur des chasseurs, mais il avait la subtilité d'une tempête d'été dans l'usage de son qi. La violence était ce qui faisait battre son cœur (en plus des sourires doux de QingMing, mais ce n'était pas la question pour l'instant). Alors le calmer assez pour libérer son qi pour en faire autre chose qu'un médium d'agression, c'était quelque chose de particulièrement difficile pour lui.
Boya prit les feuilles de papier préparé par Kuang HuaShi juste pour lui.
Avec une précision qui lui était habituelle mais généralement réservée à son usage de l'arc et de l'épée, Boya pliait feuille après feuille selon un pattern compliqué qu'il avait mis des semaines à apprendre par cœur.
La moindre erreur serait immédiatement sanctionnée par la destruction des feuilles chargées de qi et de potions diverses que MiChong avait préparé avec précaution pendant des jours.
Ce n'était pas juste un petit moment tous ensemble qu'ils passaient.
C'était un examen de passage silencieux qui conditionnerait ce que QingMing lui apprendrait ensuite.
Boya n'avait pas conscience de l'examen que son ami lui faisait passer. Juste de la complexité de ce qui lui demandait de faire.
Le chasseur essuya son front perlé de sueur de concentration sur sa manche en coton. Quand il venait à la Maison sur le Lac, il portait toujours les vêtements que lui fournissait son ami. Il ne comprenait pas cet acharnement de QingMing à lui fournir absolument tout ce dont il pourrait avoir besoin quand il était entre ses mains, mais Boya savait qu'il pouvait venir avec juste son arme sur le dos. QingMing avait même été un peu vexé quand il était venu deux ou trois fois avec ses propres affaires. Il ne comprenait pas que le renard se sentait outré que son partenaire choisit s'estime assez mal accueillit pour devoir venir avec ses propres affaires.
"- Les dernières feuilles, maintenant." Souffla Kuang HuaShi à Boya.
Il posa sur la table les quatre dernier morceaux de papiers préparés à l'avance. Parfaitement carrés, la couleur rouge dans la structure du papier même, le papier valait une fortune. A plusieurs endroits, il avait été longuement et prudemment embossé par Boya avec son sceau personnel. Encore quelque chose qu'il avait mis des mois à découvrir et développer avant de le maitriser et de le faire réellement sien. Le sceau de Boya était sans surprise un oiseau de proie stylisé. Il lui avait fallut longtemps avant qu'il n'émerge de son qi et plus encore avant que Boya n'arrive à le graver dans le cube de jade que QingMing lui avait fournit jusqu'à ce que le vague dessin devient "son" sceau, chargé de son qi et de sa cognition spirituelle assez profondément pour qu'il puisse l'utiliser pour sceller aussi bien un document qu'un talisman, juste en le posant dessus sans encre. Là, il avait été utilisé pour charger les feuilles de qi et de "lui".
A petits mouvements précis mille fois répétés, Boya finit par plier la dernière feuille à sa convenance. Il leva les yeux vers Kuang HuaShi et QingMing. Les deux semblaient satisfaits de son travail de pliage.
"- Fais l'assemblage maintenant."
Boya inspira lourdement. Il allait devoir sceller les feuilles les unes aux autres avec son qi pour ne construire qu'une seule et unique statue de papier.
Lorsqu'il eut enfin finit, le soleil était couché depuis longtemps sur la Maison du Lac.
Boya avala rapidement de grandes gorgées d'eau fraiche fournie par MiChong. Il la remercia d'un vague sourire. Ses yeux brillaient d'une fièvre qui n'avait rien à voir avec le pliage du papier qui avait commencé avec le lever du soleil. On était au solstice d'été, le jour le plus puissant pour aider quelqu'un comme Boya qui avait reçut la bénédiction de Zhuque.
"- J'ai finit." Souffla finalement Boya après une dernière vérification de son travail manuel.
La statue de papier était parfaite.
Le rapace semblait prêt à prendre vie pour déchiqueter celui qui aurait le malheur de lui déplaire.
Maintenant, il restait le plus difficile.
