Chapitre 20: Fouilles en règle (2)
Ce fut le brouhaha qui m'avertit de l'arrivée des élèves. Je jaillis de mon bureau apparemment pour aller calmer l'excitation des serpentards mais, en réalité, avant tout pour vérifier la présence d'Albus parmi eux. Après quelques braillements bien sentis de ma part assortis de différentes menaces de punition, les élèves de ma Maison rentrèrent en silence dans leur salle commune, j'avais presque dû me forcer à crier tant j'avais été soulagé d'apercevoir dans le couloir la tignasse noire d'Albus à côté de la tête blonde de Scorpius Malefoy.
J'avais à peine fini de mettre un semblant d'ordre parmi les élèves que je vis Nick Quasi-Sans-Tête venir à ma rencontre.
«Professeur Rogue, Madame la Directrice vous mande sans tarder dans son bureau.» déclara pompeusement le fantôme de Gryffondor.
Après avoir jeté un coup d'œil impératif aux préfets de la Maison pour leur signifier de ne pas laisser le désordre se réinstaller, je déférai à l'invitation :
«Merci, Sir Nicholas. J'y vais de ce pas.»
Je trouvai Minerva en émoi. Quant à Flitwick, Chourave et Lupin qui m'avait précédé, ils étaient particulièrement remontés. Les deux derniers, présents dans le Poudlard Express au moment où celui-ci avait été stoppé par les Langues-de-Plomb, nous contèrent une interception qui, je ne sais pas pourquoi, me fit penser aux attaques de train dans les westerns que la mère de Lily nous amenait parfois voir dans un cinéma moldu. Ce souvenir d'enfance me fit esquisser un sourire dont je vis le reflet dans les visages surpris de mes collègues. Je me repris à temps en affichant mon air revêche habituel.
«Et comment ça s'estterminé?» demandai-je d'un ton sec pour les convaincre définitivement qu'ils avaient totalement imaginé ce sourire.
« Quand Filius m'a averti, je me suis rendue directement au Ministère par ma cheminée. J'ai réussi à voir Hermione qui est tombée des nues. Elle n'était absolument pas au courant de cette opération du département des Mystères.» expliqua McGonagall.
«Hermione a envoyé une Beuglante à Boswell pour lui intimer l'ordre de stopper immédiatement la fouille du train. J'en suis certain, car je n'étais pas loin de lui quand la lettre est arrivée.» enchaîna Lupin. «Et pour être sûr qu'il obtempère sans attendre, Madame la Minsitre a aussi envoyé sur place Harry flanqué d'une demi-douzaine de ses collègues. Boswell était tellement fou de rage que j'ai bien cru qu'il y allait avoir un accrochage entre les Aurors et les Langues-de-Plomb. Mais il a fini par se calmer et il a disparu avec ses sbires.»
«Madame la Ministre m'a assuré qu'elle allait mettre bon ordre aux initiatives de Boswell et que s'en était fini des enquêtes menées par le département des Mystères sur nos élèves.» conclut notre Directrice.
Je quittai le bureau directorial sur cette assurance pour retourner dans le mien, mais le loup-garou me rattrapa dans l'escalier.
«Si tu as cinq minutes, je voudrais te parler de quelque chose dans mon bureau.» demanda-t-il.
Mais n'est pas McGonagall qui veut. S'il imaginait que j'allais me plier à ses ordres, il se fourrait la patte dans l'œil.
«Pas le temps.» grommelai-je en poursuivant mon chemin.
Il m'emboita cependant le pas quand je pris la direction des cachots.
«Le dernier mec qui a été assez stupide pour me suivre dans un couloir sombre, n'est plus là pour en parler.» lui rappelai-je sur un ton grinçant sans me retourner.
«Mais moi, je ne risque rien.» s'amusa-t-il. «Vu que je te manquerais beaucoup trop s'il m'arrivait quelque chose.»
«Je te laisse à illusions.» rétorquai-je en poursuivant mon chemin.
Quand j'arrivai devant mon bureau, il était toujours sur mes talons. A moins de lui lancer un Stupefix ou quelque sort plus agressif, je devais renoncer à l'espoir de m'en débarrasser sans avoir échangé quelques mots avec lui. Je l'invitai donc à entrer d'un geste agacé.
«Trop aimable.» commenta-t-il.
«Tu ne voudrais pas que je t'offre le thé non plus.» râlai-je.
«Eh bien, puisque tu le proposes si gentiment, j'accepte bien volontiers.» répondit-il en allant se vautrer dans un des fauteuils installés devant ma cheminée.
Un instant, je regrettai l'époque pas si lointaine où il n'aurait jamais osé venir prendre le thé chez moi de peur que j'assaisonne son breuvage à la Goutte du Mort-Vivant ...
«De quoi voulais-tu me parler ?» lançai-je après avoir conjuré le thé.
«Je sais que tu as assisté à la fouille de la malle de Delphini Black. Je voulais ton avis sur ce que les Langues-de-Plomb cherchaient «réellement» dans ses bagages et donc probablement dans ceux des autres élèves. Est-ce que tu as cru un seul instant qu'il s'agissait vraiment d'un œuf de dragon ?» demanda-t-il.
«Qu'est-ce qui te fait penser le contraire ?»demandai-je à mon tour.
«Tu ne pourrais pas discuter normalement pour une fois, en répondant aux questions qu'on te pose.» s'agaça-t-il.
«C'est toi qui ne sais pas discuter normalement, comme tous les gryffondors.» répliquai-je. «Tu es venu me demander un renseignement, c'est à toi de commencer par m'en offrir un en échange.»
Tout une éducation à refaire. Ou même à faire.
«C'est bon.» soupira-t-il. «Je vais te raconter ce que j'ai observé dans le Poudlard Express et peut-être daigneras-tu alors me faire part de ton point de vue.»
Je hochai la tête, le deal semblait correct.
«Quand les Langues-de-Plomb sont entrés dans le train, ils se sont dispersés un peu partout pour fouiller des malles, mais Boswell et ses plus proches collaborateurs ont foncé droit vers le compartiment dans lequel s'étaient installés ton petit-fils et mon fils avec leurs amis. Je me suis rapproché discrètement pour voir ce que fabriquaient les Langues-de-Plomb. Je les ai vus explorer tout le contenu de leurs malles, feuilleter leurs livres et éplucher leurs parchemins. Bref, fouiller des endroits dans lesquels ils n'avaient pas la moindre chance de trouver un œuf de dragon.» raconta-t-il.
«Pareil concernant les bagages de Miss Black.» complétai-je sobrement. «Ils ont passés plus de temps à fouiller les documents qu'elle transportait que les endroits susceptibles de dissimuler un œuf de dragon.»
«Du coup, que cherchait réellement Boswell et ses hommes à ton avis? Et pourquoi les cibler eux en particulier?» demanda le loup-garou.
«Pas la moindre idée.» laissai-je tomber. «Mais ce qui est certain, c'est qu'ils sont dans le viseur de Boswell depuis un moment.»
«Sans doute pour de mauvaises raisons.» espéra-t-il «Puisque si lui et ses hommes n'ont pas eu le temps de fouiller tout le Poudlard Express avant l'arrivée des Aurors, ils ont pu entièrement fouiller leurs malles à tous sans rien trouver.»
Même avec l'âge, les gryffondors restent d'une naïveté déconcertante.
…
Un peu plus tard, à l'heure du dîner, j'observais les mines préoccupées des six complices répartis entre les tables de Gryffondor, Serdaigle et Serpentard. C'est alors que je repensai aux évènements de la veille, cette idée me déstabilisa au point que je laissai tomber de ma fourchette la nourriture que je m'apprêtais à avaler. Je revoyais Albus rentrer dans mon bureau avec son paquet de livres à la main pour me demander s'il pouvait les mettre dans ma malle. Comment avais-je pu gober cette excuse, alors qu'à y réfléchir je n'avais pas le moindre doute sur le fait qu'Albus soit parfaitement capable d'augmenter la taille de l'intérieur de sa malle en cas de besoin? En fait, je n'avais rien gobé du tout. Je n'avais pas vraiment écouté, ce qu'il me disait. J'étais juste concentré sur l'idée de réussir à avoir une vraie discussion avec lui avant le retour à l'école. Tout ça pour l'entendre parler de trois fées acariâtres!
Dès la fin du repas, je me précipitai dans mon bureau pour regarder de près ce paquet de livres qui se trouvait toujours au fond de ma malle. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser que si Boswell et ses sbires n'avaient rien trouvé dans leurs bagages, c'est que c'est moi qui avais, à mon insu, transporté ce qu'Albus et sa bande voulaient dissimuler, sachant que moi je ne risquais pas de voir mes bagages contrôlés. Un vrai plan de serpentard!
En rentrant dans mon bureau, j'allais droit à ma malle. J'essayai de soulever le premier des livres qu'Albus y avait déposé. Mais tous ses livres et documents avaient été soudés entre eux par un sort, je sortis ma baguette pour annuler le sort en question. Ou plus exactement pour essayer de le faire, car rien n'y fit. Mon incapacité à annuler un sort d'apparence aussi banale ne pouvait avoir qu'une raison, il s'agissait d'une magie que je ne maîtrisais pas, et sans doute d'une magie faite dans une langue que je ne parlais pas. J'en étais là de mes réflexions lorsque j'entendis frapper à ma porte. Albus entra sans se préoccuper du ton peu amène de ma réponse, mais il se figea en m'apercevant avec son paquet de livre à la main.
«Deux précautions valent mieux qu'une, n'est-ce pas?» lançai-je sans attendre qu'il dise quoi que ce soit.
«C'est un sort en Fourchelang que m'a enseigné Salazar Serpentard.» murmura-t-il en guise d'explication. «Aucune magie standard ne peut en venir à bout d'après lui.»
A première vue, notre fondateur n'avait pas tort.
«Aurais-tu néanmoins l'amabilité de me dire, ce que tu m'as fait transporter?» demandai-je d'un ton léger, alors qu'intérieurement je commençais à sérieusement bouillir.
«Je ne peux pas.» répondit-il en secouant la tête. «Papa ne me pardonnerait pas, s'il vous arrivait quelque chose à cause de moi. Et moi, je ne me le pardonnerais pas non plus.»
L'argument était tellement inattendu qu'il désarma ma colère. Pire même, je me sentais bêtement ému.
«C'est ridicule, Albus. C'est à moi d'assurer ta sécurité et non l'inverse.» articulai-je sur un ton que je m'efforçai de rendre sévère.
Albus eut un petit sourire.
«Disons qu'on se protège mutuellement alors.» suggéra-t-il.
Me protéger! Il parlait me protéger, alors qu'achever de me faire faire des cheveux blancs aurait été plus juste.
