Bonjour à tous ! Pour l'instant, le NaNo se passe pas trop mal, ça fait sacrément bondir le compteur de mots et l'avancée de la fic... enfin... à peu près... parce qu'autant quand ils étaient jeunes, ils suivaient assez bien le plan préparé en amont, autant adultes, laissez moi vous dire que ce sont des têtes de mules ! (et oui, j'ai conscience que ce sont des personnages fictifs, mais quand même...)

Allez, au programme aujourd'hui, la dernière scène de ce chapitre est l'une de mes préférées, et je pense que vous allez l'aimer, même si pour beaucoup, vous aviez assurément deviné pas mal de révélations...

RaR des anonymes :

Pamplea : Eh bien, que de compliments, je suis vraiment très touchée que tu apprécies autant mes petits gribouillages que j'ai pondus à travers les années ^^ Tant mieux si tu ne trouves pas ça trop frustrant quand même, cette lente publication. Au moins je peux garantir que vous aurez une fin, je l'écrirai, c'est certain. Même si c'est dur, j'irai au bout !

C'est gentil de penser que le fandom repose intégralement sur moi, mais ce n'est pas le cas. Oui, je suis là, je hante les lieux en compagnie de quelques aficionados (et je suis ravie qu'ils me tiennent compagnie et laissent des reviews !), mais par rapport à ce qu'il a pu être, oui, le fandom est totalement mort, moi toute seule, ça ne suffit pas à le rendre vivant. C'est une fatalité et un fait certain, mais comme ça ne m'empêche pas d'écrire...Bah, moi ça me va. S'il me reste des gens pour me tenir compagnie toutes les deux semaines xD

Je confirme, ils vont pleurer. Et vous avec. Pas tout de suite, mais hé, on parle de quinze années de leur vie que je raconte, faut bien du drame au milieu de tout ça... *sifflote gaiement*. Encore merci pour tes compliments, j'espère que la suite te plaira et que tu laisseras plein d'autres reviews pour continuer de faire vivre ce fandom moribond ;)


Résumé : John est inscrit en 1ere année de médecine à l'Imperial College of London, fac très réputée. Il y est boursier, et vit dans un petit appartement off campus, contrairement à ses amis, Judith, Peter, Mike, Caitlin et Alec. De manière improbable, il a rencontré Sherlock, génie certain, drôle d'énergumène qui apparaît et disparaît au gré de ses envies, et devenu le meilleur ami de John. A la fin de ses partiels du 1er semestre, avant Noël 1995, John sort officiellement avec une fille de 4e année, Neil. C'est les vacances de Noël, John est seul à Londres entre Noël et le jour de l'an, et il s'ennuie un peu.

Bonne lecture !


Chapitre 11

Les jours suivants furent mornes, dans une routine habituelle. Se lever, se préparer, aller réviser toute la journée durant à la bibliothèque, manger des sandwichs préparés la veille, puis en fin de journée, rentrer à pied, flâner dans les rues illuminées, prendre un peu de temps pour lui, avant de rentrer passer une soirée calme chez lui. John était certain que la plupart de ses camarades, rentrés dans leur famille, n'avait certainement pas révisé autant que lui durant ses vacances, et il était content d'avoir consolidé ses acquis, renforcé des points sur lesquels il se sentait plus fragile, pris un peu d'avance en feuilletant le programme du prochain semestre.

Quelques jours avant le nouvel an, Neil appela. Elle n'avait pas donné de nouvelles durant toute une semaine, s'en excusait — John n'en avait pas vraiment donné non plus, en même temps — et était de retour à Londres pour la fin des vacances.

John sauta sur l'occasion de la voir, et dès le lendemain, ils se retrouvèrent dans un café de la capitale, joyeux et heureux.

Quand il arriva, elle l'embrassa passionnément pour le saluer, devant tout le monde, et il rougit.

— Détends-toi, se moqua-t-elle. Personne ne fait attention à nous.

Ce n'était pas tout à fait vrai. Avec sa masse de cheveux flamboyant, il était difficile de ne pas la remarquer, mais personne n'en avait quelque chose à faire de leurs démonstrations d'affection en public. Bien évidemment. Ils étaient un homme et une femme.

— Alors, demanda John en s'installant à côté d'elle sur la banquette, et non en face. Comment se sont passées tes vacances ? Tu as été gâtée à Noël ?

Le regard de la jeune femme s'illumina, et elle entama aussitôt sa réponse, à grands renforts de qualificatifs superlatifs. Le fait que John l'écoutât réellement la mettait en joie, et John souriait. Il appréciait la voir ainsi. Elle avait un joli sourire, et des yeux lumineux quand elle narrait, passionnée, les frasques de son petit frère de cinq ans, pour lequel elle semblait avoir une grande affection.

— Je ne l'aime pas différemment des autres. Honnêtement, je n'aurais pas cru, quand il est né, que je pourrais l'aimer autant mais... C'est fou, la vie.

L'enfant, très jeune par rapport au reste de sa fratrie, était le fils de son père et de sa belle-mère, après le décès prématurée et imprévisible de sa mère, et elle avait eu du mal à accepter que quelqu'un remplace sa mère, puis qu'un autre enfant entre dans le cercle familial.

Tout n'était pas parfait dans sa vie, et elle avait ses failles, comme tout le monde. John songea qu'en ce qui le concernait, il n'aurait pas pleuré la mort de ses parents, mais il ne pouvait pas lui dire ça. On ne disait pas ça à quelqu'un qui a connu la perte d'un parent, et en avait souffert. Avec un sourire, il songea que Sherlock l'aurait dit, lui. C'était bien son genre.

— Enfin je parle, je parle, mais désolée, je ne te laisse pas en placer une !

— J'aime t'écouter parler, répondit John avec sincérité. Je pourrais le faire pendant des heures.

Ce fut moins la phrase clichée qui fit rougir la jeune femme que la profonde sincérité avec laquelle John la prononça.

— C'est gentil, balbutia-t-elle. Mais ce n'est quand même pas très juste. Raconte-moi, toi aussi.

John retint une grimace. Il n'avait rien à raconter. Il savait que, dans une conversation, quand on ne voulait pas parler de soi, il suffisait de poser des questions à l'autre sur lui. Les gens, surtout quand ils étaient gênés ou avaient peur de ne pas savoir quoi dire, aimaient parler d'eux-mêmes, sujet qu'ils maîtrisaient forcément. John appliquait ça tout le temps. Parce que lui, il détestait parler de lui. Sauf avec Sherlock. Mais avec Sherlock, c'était différent. Sherlock était différent.

— Il n'y a pas grand-chose à raconter. Je suis resté à Londres, je me suis surtout promené, et j'ai bien révisé ! Tous les jours ! Je serai au top pour la rentrée !

Elle le regarda, abasourdie. Ça n'avait rien en commun avec ses disputes familiales et anecdotes sur la confection des minces pies ou du Christmas pudding.

— Tu n'as pas fêté Noël ?

John choisit prudemment ses mots.

— Je suis allé voir mes parents le 25, si.

— Mais c'est tout ?

Il haussa négligemment les épaules. Mouvement contrôlé, maîtrisé.

— Ce n'est pas trop un grand truc chez nous, Noël. On s'est vus pour le repas, on a échangé les cadeaux, ça suffit.

Elle n'insista pas. Que crut-elle ? Qu'ils ne fêtaient pas vraiment Noël du fait d'une religion différente ? Qu'ils n'étaient pas vraiment proches dans sa famille ? Qu'ils ne s'embarrassaient pas d'un grand décorum ?

Quoi qu'il en soit, elle ne demanda rien. Et ne sembla absolument pas détecter tout ce que John ne disait pas, derrière les mots réellement prononcés.

Il lui posa une nouvelle question pour relancer la conversation, et elle repartit joyeusement sur le sujet, John l'écoutant. Il n'avait pas menti, il aimait réellement l'écouter. Elle était peut-être un peu égocentrique, mais elle ne semblait pas totalement dépourvue d'empathie pour autant. De toute manière, John avait toujours su qu'il était trop altruiste pour son propre bien, et qu'il s'inquiétait plus des autres que de lui-même. C'était pour ça qu'il avait choisi cette voie. Neil n'était peut-être pas assez altruiste pour être médecin, mais les grands chirurgiens, par exemple, n'étaient pas tous des modèles de générosité.

Et puis comme ça, ils s'équilibraient bien. Neil parlait, et aimait parler d'elle, et John aimait écouter, et l'écouter elle. Parfois, il grimaçait un peu, tiquait à des choses qu'elle disait.

Pour autant, il ne l'interrompait pas et ne se lançait pas dans un grand débat philosophique pour défendre ses idées. Il n'avait pas envie de ça, et surtout, il n'était pas sûr qu'elle ne le prenne bien, et qu'elle soit ouverte au dialogue. Lui voulait juste passer du bon temps.


Ils repartirent plus heures plus tard du café, qui avait eu la gentillesse de ne pas leur demander de partir malgré le peu qu'ils avaient consommé pour tout le temps passé.

John raccompagna la jeune femme chez elle. Elle vivait en coloc avec deux autres filles, l'une en médecine comme elle, l'autre dans une autre fac de la ville, et qui se trouvait être sa petite sœur.

— Phyllis est toujours chez ses parents, murmura-t-elle, embêtée, quand ils arrivèrent au pied de l'immeuble. Mais Janis est là... Elle est rentrée avec moi.

— D'accord, répondit John comprenant que c'était une absence d'invitation à monter. Ce n'est pas grave.

Cela ne l'empêcha pas de l'embrasser, passionnément. Ils perdirent la notion du temps, comme tous les adolescents amoureux, à se bécoter dans le hall de l'immeuble, cachés dans un coin. Une heure plus tard, John la laissa finalement monter à l'étage pour rejoindre son appartement, les lèvres gonflées, et un petit sourire délicat et mignon barrant son visage.

— On se revoit très vite, lui promit la jeune femme.

John acquiesça.

Ils se revirent les jours qui suivirent, et elle lui proposa, s'il n'avait rien de prévu, de passer le nouvel an avec elle et ses amis. Ce n'était pas comme s'il avait des plans, et il accepta avec plaisir.


Ce fut ainsi qu'il se retrouva, le 31 décembre, un peu sur son trente-et-un mais pas trop, dans l'appartement de la jeune femme pour la première fois. Elle avait invité des amis, quasiment exclusivement des étudiants en médecine de son année. Sa petite sœur, Janis, était là également, et quelques amis à elle. Elle suivait des cours de langue à l'UCL, d'après ce que John avait compris. Elle n'avait que dix-huit ans, était en première année, et leurs parents préféraient nettement qu'elle vive avec sa grande sœur, et fête le nouvel an avec elle et sous sa surveillance.

John se sentait bizarre, au milieu de cette ambiance.

En âge, il était plus proche de la « petite sœur », puisqu'il était en première année aussi, mais les amis de Neil étaient vaguement moqueurs à propos de cette « gamine », comme ils l'appelaient, puisque eux étaient en quatrième année.

En études, John était plus proche des futurs médecins, fatalement, qui ne semblaient pas détecter au premier abord qu'il n'était pas de leur génération, vu que Neil l'avait présenté comme son petit-ami, lui tenait la main et l'embrassait avec le sourire toutes les cinq minutes.

Enfin, humainement parlant, il ne se sentait proche d'aucune des personnes dans la pièce. Janis et ses copines étaient hystériques, parlaient fort et aigus, pour se donner un genre qui échappait totalement à John. Quant aux étudiants en médecine, rapidement, ils se focalisèrent uniquement sur leurs études et leur avenir, et John n'appréciait pas spécialement leur comportement arrogant et supérieur. Il se taisait, se contentait de les écouter, et ils parlaient comme s'ils étaient déjà médecins, qu'ils avaient la science infuse, et pire, s'improvisaient politiciens et économistes, et savaient forcément mieux que tout le monde ce qu'il fallait faire pour résoudre les problèmes du NHS.

Ils avaient vingt-deux ou vingt-trois ans, et ils se comportaient déjà comme s'ils étaient des chirurgiens accomplis depuis dix ans, qu'ils savaient tout, avaient tout vus. Ils n'avaient jamais eu à poser un vrai diagnostic, n'avaient jamais eu à prescrire des médicaments convenablement dosés à quelqu'un, n'étaient jamais entrés dans un bloc opératoire.

John, inexplicablement, se mit à penser à Sherlock. Lui aussi était arrogant, méprisant et supérieur, lui aussi pensait qu'il savait tout mieux que tout le monde... et pourtant, il était différent. Et John n'était pas loin de penser que dans le cas de Sherlock, c'était nettement plus vrai que pour ces gens.

La soirée passa, et au fur et à mesure que le niveau des bouteilles d'alcool diminuait, tous les invités devinrent un peu plus sympathiques à John. Non pas parce que lui-même avait bu et que sa perception des choses s'altérait, mais bien parce que les autres se détendaient tandis qu'ils buvaient du champagne.

— Tu n'as rien bu ! lui reprocha une Neil un peu trop joyeuse, un peu avant minuit, en le serrant dans ses bras. Tu t'amuses bien ?

— J'ai bu une flûte de champagne tout à l'heure, lui rappela John.

C'était rigoureusement exact. Et c'était tout ce qu'il avait ingéré qui contenait de l'alcool. Après, ne trouvant pas de boissons non alcoolisées parmi tout ce qui était proposé au buffet, il avait tourné à l'eau. Ça lui allait très bien comme ça. Aucune des personnes présentes ce soir n'étaient réellement bourrées au point de ne plus marcher droit, mais elles étaient toutes joyeusement alcoolisées, et John n'avait pas envie de ça. Son père avait été « joyeusement alcoolisé » souvent, avant de devenir complètement alcoolique, souvent bourré comme un coing, et sortir sa ceinture à la première occasion. Harry était « joyeusement alcoolisée » dans sa jeunesse avant de suivre son père sur le terrain glissant du véritable alcoolisme. Au moins, en ce qui concernait sa sœur, John savait ce qu'elle espérait oublier en buvant. Il n'avait jamais su ce qui avait fait basculer son père, si toutefois il y avait un évènement déclencheur.

Toujours était-il que boire, ce n'était pas vraiment le truc de John. Une coupe de champagne pour la nouvelle année, à la limite. Une bière en soirée, une fois tous les trente-six du mois, c'était bien tout. Et bien sûr, du vin italien en quantité beaucoup trop importante, mais à ce moment-là, il était avec Sherlock. Tout était différent avec Sherlock. La part rationnelle de John savait que c'était absurde. Il n'y avait aucune raison de ne pas devenir alcoolique, s'il se mettait à boire régulièrement, fut-ce avec Sherlock. Mais ce midi-là, dans le restaurant de Leandro, il avait eu l'impression que rien ne pouvait arriver, et que Sherlock le protégerait de tout. D'ailleurs, le génie devait probablement être capable de faire de tête les calculs nécessaires de leur taux d'alcoolémie, en fonction de leur taille, poids, passage aux toilettes, nourriture ingérée ou non... John le lui demanderait la prochaine fois. C'était de la chimie, ça amuserait Sherlock. Il aimait les expériences.

Il réalisa qu'il s'était perdu dans ses pensées en entendant la fin de la phrase de Neil : « ... bientôt minuit ! Viens ! »

Il ignorait ce qu'elle avait pu dire durant tout ce temps, mais ça ne devait pas avoir trop d'importance. À voir ses joues rougies et sa bonne humeur trop marquée, il y avait de fortes chances qu'elle oublie une grande partie des détails de la soirée demain matin au profit de sa gueule de bois.

Elle lui prit la main, et il la suivit docilement au milieu des invités, qui ne tardèrent pas à entonner à pleins poumons le décompte.

— Un ! Zéro ! Bonne année ! explosa tout le monde en criant, sifflant.

John attira Neil contre lui et l'embrassa passionnément. L'année pouvait commencer.


Quelques jours plus tard, les cours reprirent, au plus grand plaisir de John, qui avait hâte de retrouver les profs, le campus de l'Imperial, et sa bande de copains. John avait toujours fait partie de ces enfants qui aimaient sincèrement la rentrée, et qui ne se complaisaient pas en vacances. Sauf que dans ce cas, ce n'était pas parce qu'il était bon élève et qu'il avait un besoin désespéré d'écouter des enseignants, apprendre des choses et montrer qu'il était le meilleur. Ça lui permettait juste de fuir la maison. Être à l'école avait toujours été un soulagement, des heures durant.

Bien sûr, les choses étaient légèrement différentes aujourd'hui, puisqu'il vivait seul, mais les vacances avaient été longues, et quand il prit le chemin de la fac, ce fut le cœur léger.

Et puis, c'était la promesse de revoir Sherlock prochainement.

— Bonne année ! s'exclama-t-il en entrant dans son premier amphi, rejoignant Caitlin, Mike et Peter, déjà installés.

— John ! Bonne année, meilleurs vœux ! Comment vas-tu mon vieux !

Ils entamèrent une joyeuse conversation cacophonique en se souhaitant leurs vœux, racontant leurs vacances, Noël et le nouvel an, dans un brouhaha agréable, auquel se rajoutèrent Alec et Judith quand ils arrivèrent à leur tour. John, comme souvent, écouta plus qu'il ne parla, mais il avait un immense sourire aux lèvres. Il adorait ça, et il aimait sincèrement ces jeunes gens qui étaient ses camarades. Leur prof entra, se fendit d'un « bonne année », leur souhaita la réussite à leurs examens, puis entama son cours, et l'ambiance changea du tout au tout, devenant brutalement mortellement sérieuse. John adorait ça aussi, et il se plongea avec bonheur dans la prise de notes frénétique.

Ils étaient assommés de concepts, de mots à rallonge, de dosage, et d'un milliard d'autre choses. Ils avaient tous l'air anesthésié, et râlaient avec force sur leurs professeurs.

— Non mais quels sadiques, quand on y pense !

— Le jour de la rentrée !

— Juste après les vacances de Noël, franchement !

— A-bu-sé !

— On devrait demander leur démission !

Leur joyeuse cacophonie râleuse fut soudain interrompue par la voix de Peter.

— Dites les gars...

Caitlin et Judith n'eurent même pas la force de s'offusquer d'être traitées de mecs.

— Juste pour me rassurer... On râle, mais en vrai, vous avez aimé ça autant que moi, hein ?

Il avait l'air terriblement anxieux.

— Non parce qu'en vrai, au fond, je souffre, mais j'ai adoré, je suis normal ou masochiste ?

Ils explosèrent tous de rire dans le couloir, après leur dernier cours.

— Tu es peut-être masochiste, mais dans ce cas-là, on l'est tous ! rit Mike. Si on n'aimait pas se faire du mal, on n'essayerait pas de devenir médecins, pas vrai ?

Ils acquiescèrent tous dans de grands éclats de rire. Oui, ils avaient passé la journée à souffrir et râler, mais au fond d'eux, ils s'y attendaient et pire, le désiraient. Une partie de John fut rassurée que Peter ait osé formuler sa question à voix haute. Même s'il avait râlé avec les autres, parce que son poignet était en compote, il avait adoré cette journée de reprise plus que nulle autre, et il était heureux de voir que ses camarades partageaient son allégresse, sa folie, son envie de s'étourdir avec des millions de pages de cours jusqu'à devenir des médecins confirmés.

Un mouvement attira son regard, en périphérie. Une silhouette qu'il aurait reconnu entre mille.

— Sur ce les amis, désolé, mais moi je dois aller réviser ! Faudrait pas prendre du retard dès le premier jour ! À plus !

Il les salua rapidement et fila sans demander son reste, en direction de la sortie. Dès qu'il fut hors de leur vue, il bifurqua, prit un raccourci que personne ne devait connaître, parce que personne n'avait exploré le bâtiment vide en long, en large et en travers illégalement, et trois minutes plus tard, comme prévu, il tomba sur Sherlock, et son cœur fit un bond dans sa poitrine.

— Hey, salua-t-il maladroitement. Bonne année, Sherlock.

L'autre le considéra avec une pointe de mépris, comme si ces vœux rituels étaient indignes de sa personne. John avait presque oublié combien ses yeux clairs pouvaient prendre des dizaines de nuances différentes et être si fascinants.

— Ne râle pas, reprit-il. C'est traditionnel. Contente-toi d'accepter et me souhaiter une bonne année en retour.

Un sourire fleurit sur les lèvres du jeune génie, et John sut qu'il avait donné la bonne réponse.

— Crétin, l'insulta John avec bienveillance, avant d'avancer d'un pas et le serrer dans ses bras.

Sherlock accepta l'étreinte, la rendit, pressant fort John contre lui, et l'étudiant entendit dans son silence les vœux que Sherlock prononçait sans un mot, rien qu'avec le geste. C'était d'ailleurs surprenant. Il n'avait pas prononcé un mot, lui le volubile.

— Sherlock, ça va ? demanda John en le relâchant.

— Oui, répondit le jeune homme.

Il sembla vouloir faire une phrase, n'y parvint pas, ouvrit et ferma la bouche sans en émettre un son. John se demanda avec quoi il se débattait, puis eut soudain une idée.

— Tu m'as manqué, énonça-t-il clairement, avec douceur.

Le regard de Sherlock s'illumina de reconnaissance.

— Toi aussi, murmura-t-il.

C'était ça, le genre de problème avec lequel le génie bataillait. Sa capacité à dire les choses, exprimer ses sentiments, comprendre ce que John lui inspirait. C'était plus simple quand John disait, et qu'il pouvait acquiescer.

— Mais je ne peux pas rester, s'excusa-t-il. J'essaye de revenir bientôt, mais je dois partir immédiatement.

— Oh.

John essaya de contrôler sa voix pour que sa déception et sa tristesse ne soient pas trop évidents, mais ce fut un échec complet. Il était presque blessé.

— Je suis désolé, précisa Sherlock. Mais les choses sont... compliquées. Il s'est passé... Enfin, je dois rentrer. Je t'expliquerai. Peut-être. Quand je pourrai. Prends soin de toi, John.

Il disparut sur ces mots, glissant à l'autre bout du couloir à toute vitesse, laissant John seul et meurtri. Sa seule consolation, c'était que le jeune home portait l'écharpe qu'il lui avait offerte.


Ce semestre, John n'avait pas cours le mardi après-midi, et il aurait voulu passer son après-midi avec Sherlock, mais il ne s'était pas montré, et il n'y avait pas de mot dans leur boîte d'échanges. Le cœur un peu en berne, il se préparait dont à rentrer chez lui pour y réviser, et franchissait la porte principale de l'Imperial, quand il l'entendit. La voix.

— John Watson.

John releva la tête, sûr d'avoir entendu son nom parmi la foule. Il y avait pas mal d'étudiants qui entraient et sortaient, et il tourna la tête pour savoir d'où ça venait, surpris.

Puis son regard fut attiré par une silhouette qui n'avait absolument rien à voir avec tous les étudiants. On croisait de tout, à Londres, il fallait le reconnaître. L'Imperial était connue pour son sérieux, mais elle avait son lot d'originaux qui sortaient du lot. À la longue, plus personne n'y faisait attention. Il y avait aussi de tous les âges, des premières années aux thésards, en passant par les professeurs, et un joyeux mélange de gamins en jean et sweat côtoyant allégrement des mecs en costume composait la population de la fac.

Mais cet homme-là était différent. Déjà, il était en costume trois pièces, et qui portait réellement ce genre de choses ? Et puis, il n'avait pas l'air d'un prof. Il faisait plutôt le genre à faire partie du conseil d'administration de la faculté. Ou le directeur de l'université, même s'il paraissait beaucoup trop jeune pour ça.

Et il regardait John, qui, figé, le regardait aussi.

— Enchanté, John Watson, salua-t-il d'un ton doucereux, en s'approchant de lui. Je suis Mycroft Holmes, et j'apprécierais vraiment avoir une discussion avec toi.

John ne savait pas quoi répondre. Il ignorait parfaitement qui était cet homme, et ce qu'il lui voulait. Il aperçut, derrière lui, garé à quelques mètres, une berline noire rutilante, et un homme en costume et lunettes noires posté à côté. Un chauffeur ? Garde du corps ? Un bref instant, John se demanda s'il avait atterri dans une dimension parallèle, où il ne serait plus simple étudiant en médecine, mais agent secret.

Puis il se souvint que ce mot, ce nom, Mycroft, il l'avait déjà entendu sans le comprendre.

Il n'eut pas le temps de dire quelque chose, ni de formuler une pensée cohérente et polie, que l'autre laissa échapper un bref éclat de rire.

— Seigneur, tu n'as aucune idée de qui je suis, n'est-ce pas ? Il m'aura vraiment tout fait ! Sherlock ne t'a donc jamais dit son nom de famille ?

— Non, mais en même temps, je ne lui ai jamais demandé, qu'est-ce que vous vouliez que ça me foute, tant qu'il ne s'appelle pas Windsor ? Quoi que, même ça, je m'en serais foutu totalement.

Il savait qu'il était plus agressif qu'il n'aurait dû, mais c'était l'effet que lui faisait toute personne parlant de Sherlock.

— Désolé de te décevoir, mais non, nous n'appartenons pas à la famille royale. Je recommence, donc : je suis Mycroft Holmes, le frère de Sherlock, et je souhaiterais discuter avec toi de mon cher petit frère.

— À propos de quoi ? répliqua John.

Maintenant qu'il avait sous les yeux, il faisait les liens. Sherlock avait déjà parlé de son frère, et certainement pas en bien. Il avait déjà prononcé le nom Mycroft, mais John n'avait pas fait le lien Comment aurait-il pu, avec un prénom aussi bizarre ?

— De tout ce qu'il ne t'a jamais dit, je pense. S'il a caché jusqu'à mon existence, je doute que tu saches qu'il vient d'avoir seize ans ? Qu'il est encore lycéen ?

Une pierre tomba dans l'estomac de John. Il tenta de se rappeler depuis quand il connaissait Sherlock, depuis quand cet homme était entré dans son existence en s'asseyant à côté de lui en cours, corrigeant les profs. Mi-octobre, début novembre ? Ils étaient seulement en janvier. Ça ne faisait que quelques mois, mais pourtant John avait l'impression de l'avoir connu toute sa vie.

Lycéen ? Il avait bien soupçonné plus d'une fois qu'il n'était pas en médecine ou pas vraiment étudiant à l'Imperial, pas comme lui, mais il n'avait pas cherché, pas vraiment creusé, se contentant de garder ses œillères.

Seize ans ? John en avait eu dix-huit en septembre dernier. D'accord, il avait vaguement pensé que son ami était jeune quand il l'avait rencontré, mais il avait finalement cru qu'il se faisait des idées, qu'il ne pouvait pas réellement avoir quinze ans, que c'était absurde. Presque aussi absurde qu'il avait plus de vingt-quatre mois de moins que John ! Il en connaissait plus qu'un étudiant de fin de cycle en chimie !

— C'est bien ce qui me semblait, nota Mycroft en voyant son visage abasourdi. Viens, ordonna-t-il.

John obéit.

Ils franchirent les quelques mètres qui les séparaient de la voiture, et Mycroft ne marqua pas le moindre temps d'arrêt, entrant dans le véhicule. L'homme en costume et lunettes noires lui avait ouvert la porte, comme si c'était parfaitement normal. Sauf que ça ne l'était pas, dans le monde de John, et en grimpant dans le véhicule à son tour, il se souvint des messages de prévention des adultes, quand il était petit : ne suis pas un adulte que tu ne connais pas, n'accepte pas les promesses, gâteaux ou bonbons d'un adulte que tu ne connais pas, ne monte pas en voiture avec un adulte que tu ne connais pas, même s'il prétend connaître tes parents ou ce genre de choses.

John venait de balayer des années de prudence en quelques secondes. Il était peut-être majeur, mais si cet homme qui se prétendait être le frère de Sherlock décidait de l'enlever, le violer, l'assassiner, ou n'importe quoi du genre, John n'avait aucun moyen de se défendre.

L'intérieur de la voiture respirait le luxe et les sièges en cuir, pas vraiment le décor que John aurait imaginé pour un assassin ou un pédophile. Mais ce n'était pas vraiment comme si John savait réellement à quoi ça ressemblait, le décor d'une voiture de pédophile.

Une vitre opaque les séparait du conducteur, et John ignorait si le mec qui avait refermé la porte derrière lui, l'enfermant dans l'habitacle, s'était placé en volant. En revanche, à moins que la voiture soit terriblement discrète, il fut certain qu'ils ne bougeaient pas, que le moteur n'était même pas allumé. Le sol ne vibrait pas de ce léger ronronnement d'une voiture en marche.

— Bien, je n'ai pas beaucoup de temps à t'accorder, alors allons-y. Que sais-tu de Sherlock ?

John ne répondit rien, toujours un peu trop abasourdi. Il s'était installé par réflexe sur un siège, et serrait son sac de cours contre lui, bras croisés, méfiant et sur la réserve. En face de lui, l'homme en costume trois pièces était installé tranquillement, comme si toute cette conversation était la plus banale du monde.

— Méfiant, on dirait, commenta Mycroft. C'est rare. D'habitude, c'est Sherlock qui attire la méfiance, et les gens ne sont que trop heureux de tout raconter sur son compte. À vrai dire, l'inverse ne s'est purement et simplement jamais produit.

Il discutait avec un ton badin, l'air sincèrement impressionné, mais John avait l'impression de voir un acteur de théâtre jouer un rôle avec beaucoup de conviction.

— Je ne vois pas pourquoi je parlerais à quelqu'un que je ne connais pas, répliqua-t-il, glacial.

— En effet. Reprenons, donc. Je m'appelle Mycroft, Mycroft Holmes. Je suis le frère de Sherlock, de son nom complet Sherlock Holmes. Je suis le propriétaire de la maison où vit Sherlock, et dans laquelle tu as déjà dû venir à plusieurs reprises, à moins que Sherlock n'ait subitement une consommation excessive de nourriture, lui qui n'a jamais aimé manger.

John s'empourpra violemment.

— Je suis diplômé de Cambridge il y a peu, poursuivit Mycroft, et je travaille à Londres, pour le gouvernement, depuis.

Il tendit une carte à John, qui mentionnait en effet son nom, sa fonction au MI-5, son numéro de téléphone. Elle avait l'air très officielle.

— Sherlock, de six ans mon cadet, n'a jamais été un enfant facile, et jusqu'à l'année scolaire dernière, il était inscrit dans l'établissement de chez nous, près de chez nos parents, mais il avait fait de la fugue sa spécialité, et n'allait presque jamais en cours. Avec mes parents, nous avons pris la décision de le faire venir vivre ici, avec moi, à la rentrée. Il exprimait l'envie de découvrir Londres, de quitter notre petite maison et notre village de campagne. Sa présence chez moi était subordonnée à son assiduité en cours, inscrit dans un lycée de la ville. Il semble qu'il l'a été, du moins pour un temps. Malheureusement, comme tu l'auras remarqué, il est très doué pour faire ce qu'il ne devrait pas, et j'ai été très occupé ces derniers temps, professionnellement. Beaucoup de voyages à l'étranger.

Mycroft soupira en secouant la tête.

— Sherlock semblait sage, et que je pouvais donc le laisser plusieurs jours tout seul... Je ne l'ai sans doute pas assez surveillé, et je n'ai absolument rien remarqué quant à ton existence pendant un temps incroyablement long. C'est seulement en faisant mes comptes et en étudiant les tickets de caisse durant les congés de Noël que j'ai réalisé que le rythme des courses de notre gouvernante s'était légèrement intensifié, et elle m'a confirmé racheter plus régulièrement certaines choses. L'idée que Sherlock mange davantage étant exclus, j'ai cherché une autre option... Et me voilà.

Il souriait, mais ça glaçait le sang de John plus qu'autre chose. John ne pillait pas le frigo de la maison de Sherlock, il y grignotait, tout au plus, mais cet homme avait découvert de son existence à cause d'un paquet de gâteaux, deux pommes et trois tranches de bacon consommées en plus, à l'écouter.

Le pire, c'était qu'il semblait s'en vouloir lui-même d'avoir mis plusieurs semaines à deviner l'existence de John, alors que bien des gens ne l'aurait probablement jamais détectée.

— Je t'avoue que je suis surpris de ton existence, à vrai dire, John Watson. Comme je te le disais, Sherlock n'a jamais provoqué ce genre de réactions chez quelqu'un. Ce genre de fidélité amicale. Surprenant, vraiment.

— Eh bien, peut-être que vous ne le connaissez pas, en fait ! cracha John avec colère.

Il savait qu'il n'aurait pas dû s'emporter, mais c'était plus fort que lui. Il n'arrivait pas à supporter que quelqu'un dise du mal de son meilleur ami.

— Ça, c'est certain, reconnut Mycroft sans émotion. Il se donne beaucoup de mal pour rester le plus opaque possible, et que je ne sache rien de lui, et c'est en effet le cas. Mais tu es de mauvaise foi en prétendant que Sherlock a des amis. Même toi tu sais que ce n'est pas le cas.

John resta muet. Sur ce coup-là, il ne pouvait rien répondre. Il avait bien conscience qu'effectivement, il était la seule personne que son ami supportait. Une part assez tordue de lui s'en glorifiait. Mycroft avait eu l'air de dire que ce n'était pas simplement actuellement. C'était depuis toujours. Il était la première personne de toute la vie de Sherlock à avoir eu sa confiance. C'était sans doute malsain, mais John en était presque fier de lui.

— D'accord, finit-il par dire. Sherlock n'a pas d'amis. Pas plusieurs du moins. Mais il m'a, moi. Et je ne vois pas où est le problème.

Il commençait à reconnaître que l'homme était bien ce qu'il affirmait être. Il y avait quelque chose dans son ton doucereux, son phrasé, l'intelligence cachée sous la surface qui rappelait Sherlock sans ambiguïté.

— Le problème, c'est qu'il n'est pas plus transparent avec toi qu'il ne l'est avec moi. Tu n'es pas ami avec Sherlock. Tu l'es avec la façade qu'il a décidé de te présenter.

Les mots atteignirent John en plein cœur. Il avait vraiment cru percer la carapace de Sherlock, avoir sa confiance, connaître toutes ses facettes. Mais les mots de Mycroft, un peu plus tôt, vicieux poison rampant dans son organisme, tournoyaient encore dans son esprit. Lycée, seize ans, et manifestement habitué de l'école buissonnière.

— Et alors ? répondit-il néanmoins. Quelle importance ?

— Tu ne connais pas le véritable Sherlock. Quand tu le connaîtras, tu ne voudras plus de lui. Et si, par malheur, il t'a accordé sa confiance entretemps, tu le briseras. Pour moi, vois-tu, ça a de l'importance.

— Je ne lui ferai jamais de mal ! s'emporta John. Je ne le connais pas entièrement ? Peut-être. Et ? Je ne sais pas ce qu'il ne m'a pas dit, et je m'en fous ! Il le fera quand il sera prêt, et je serai heureux de tout apprendre de lui ! C'est complètement con c'que vous racontez ! Qui, dès les premiers instants d'une relation, sait absolument tout d'l'autre ! On cache tous une partie d'ce nous sommes ! C'est LE BUT d'une relation d'apprendre à faire confiance à l'autre et le découvrir ! Alors ouais, p't'être que Sherlock n'a pas tout dit, mais j'm'en fous !

John avait conscience que son accent de nord londonien venait de nouveau de ressortir, comme Sherlock l'avait déjà constaté, quand il s'énervait, mais il était trop en colère pour en avoir honte. Il avait également conscience qu'il venait plus ou moins de faire un parallèle muet avec sa relation avec Neil, qui ignorait encore beaucoup de choses de lui.

Mycroft Holmes ne réagit pas à son éclat de violence, se contentant de le scanner de ses yeux bleus, en haussant un sourcil. C'était très désagréable. Pourtant, John avait l'habitude que Sherlock le fasse, et comprenne tout de lui dans la seconde, mais ça n'avait pas cette sensation de mise à nu honteuse. Au contraire, Sherlock semblait le faire de manière bienveillante, bizarrement.

— Arrêtez ça, marmonna John. Sherlock l'a déjà fait, il n'a rien trouvé qui le rebute chez moi et m'a quand même offert son amitié, et c'est lui qui décide.

— Sherlock l'a déjà fait ? répéta Mycroft d'un air étonné.

— Le coup de la déduction d'un coup d'œil. Ça doit être un truc de... Holmes, j'imagine, précisa-t-il en se souvenant du nom après un rapide regard à la carte professionnelle de Mycroft.

À sa grande surprise, Mycroft avait l'air cependant toujours sincèrement étonné.

— Non. Les déductions, c'est un truc de Sherlock, et lui seul. Moi, j'essayais simplement de te comprendre, et de comprendre d'où provient ta loyauté à son égard. J'en ai peut-être plus raté que je ne le pensais à votre propos... Mais bref. Soyons sérieux : tu entends toujours fréquenter Sherlock ?

— Bien sûr ! se hérissa John.

— Et lui parler de notre rencontre ?

John ne répondit pas immédiatement. Une part de lui n'avait pas envie. L'autre lui hurlait que son ami avait droit à la vérité. Même si ça impliquait de lui avouer qu'il connaissait son âge ou sa situation de lycéen. Mycroft se méprit sur son silence. Au lieu de comprendre qu'il s'agit d'une hésitation, il prit ça pour une négation.

— Très bien. De fait, John Watson, vois-tu, nous avons un but commun : le bien-être de Sherlock. Tu découvriras combien Sherlock aime à me mépriser, mais je me soucie réellement de son bonheur. Et toi aussi, semble-t-il.

John hocha la tête. Sur ce point, il ne mentait pas.

— Il serait donc raisonnable que nous nous associions. Je ne te demanderai pas grand-chose, simplement de m'aider à le remettre sur le droit chemin de l'école...

Sur ce point, malgré tous les sentiments ambivalents que lui inspirait Mycroft, John n'était pas en désaccord. Il avait été de ces bons élèves qui aimaient l'école, et qui pensaient que c'était le meilleur moyen de se sortir de la misère, d'un destin social peu favorable. Il n'était pas en faveur de sécher les cours.

— ... m'informer de ce qu'il fait, de ses fréquentations, ce genre de choses. Bien sûr, cela ne sera pas sans contrepartie. Je me montrerai généreux, je t'assure. Tu peux m'indiquer une somme mensuelle que tu souhaiterais percevoir, et je serais ravi de la virer sur ton compte bancaire tous les premiers du mois.

Les mots de Mycroft mirent un instant à percuter John.

— Vous êtes SÉRIEUX ? Vous me demandez réellement de l'ESPIONNER pour votre compte ? s'étouffa John.

— Espionner, quel vilain mot ! Simplement partager des informations utiles, pour la bonne santé de Sherlock.

Il souriait, un sourire assez glaçant du point de vue de John, qui n'arrivait pas à dire un mot, étouffé par l'indignation.

Il y eut un long instant de silence, jusqu'à devenir gênant, avant que John ne parvienne enfin à formuler une phrase.

— C'EST ABSOLUMENT HORS DE QUESTION !

Il ne s'attendait pas à hurler aussi fort, et son interlocuteur non plus, de toute évidence. Il sursauta devant sa véhémence. Le refus ne l'étonnait pas spécialement, mais la violence de celui-ci était plus surprenante. Il était si rare que Sherlock déchaîne ce genre de passions.

— Je crois qu'on en a fini ! reprit John, plus calmement.

Sa voix ne tremblait pas, mais intérieurement, il fulminait.

— Vous allez essayer de le contrôler, l'empêcher de me voir, ce genre de conneries ? demanda-t-il avec humeur.

Mycroft Holmes avait repris son masque d'impassibilité et de puissance, et il leva un sourcil face à l'incongruité de la question de John.

— Bien sûr que non. Pourquoi ferais-je quelque chose d'aussi aberrant ? J'essaye de préserver Sherlock. Jusqu'à preuve du contraire, ce n'est pas toi qui l'entraînes dans ses mauvais penchants. Il les avait bien avant toi. C'est lui qui va t'entraîner dans sa chute, pas l'inverse. Tu ne souhaites pas m'aider à préserver son bien-être, soit, cela est ta décision. Personnellement, je continuerai à essayer de l'empêcher de faire n'importe quoi, mais s'il t'entraîne avec lui, ça ne sera pas mon problème. En revanche, s'il avérait que ton influence était négative, alors oui, il deviendrait obvie que je ferai en sorte de rayer ton existence de la sienne.

Il disait cela négligemment, comme si tout était parfaitement normal, et John eut un frisson glacé. Il n'aimait pas cet homme. Il n'aimait pas son discours à la fois culpabilisateur (comme si John ne se préoccupait pas du bien-être de Sherlock !) et menaçant.

— Bonne journée, répliqua John en posant sa main sur la poignée de la portière. Il fut soulagé de la sentir s'abaisser sous sa paume. Il avait craint que la voiture soit entièrement verrouillée sans qu'il s'en rende compte. Mycroft ne fit pas un geste pour le retenir, parfaitement serein.

— Bonne journée, John Watson, répondit-il d'une voix chantante. Ah, au fait, à l'avenir, n'oublie pas d'emprunter la porte de ma demeure. Ça donnera peut-être l'habitude à Sherlock d'arrêter les tentatives pour se rompre le cou. Boris, à la maison, s'il vous plaît.

John était à moitié sorti de l'habitacle que le bourdonnement du moteur se déclencha, l'homme de main derrière le volant prêt à obéir à son patron.

John préféra ne pas répondre à la dernière provocation. Et entendait bien passer par la porte, tête haute, quand il le désirerait. Il claqua un peu puérilement la portière derrière lui, et la voiture s'éloigna aussitôt, presque sans bruit, s'insérant dans la circulation rapidement, fluide et efficace.

En tout l'échange avec Mycroft Holmes n'avait duré qu'une poignée de minutes, mais John se sentit aussi épuisé qu'après un marathon. Il comprenait que Sherlock ait du mal avec son frère, s'il était toujours comme ça ! Ça devait être épuisant à vivre.

John, cependant, ne pouvait se sortir de la tête qu'il avait raison sur certains points. S'il n'avait pas menti sur l'âge et la condition de lycéen de Sherlock, le fait qu'il traîne sur le campus de l'Imperial au point d'en suivre des cours aléatoirement était la preuve qu'il n'allait pas à ses propres cours, et John n'était pas d'accord avec ça. D'accord, c'était un génie, mais il fallait qu'il passe ses examens de fin de lycée, tout de même, et donc pour ça qu'il aille en cours. Et s'il avait réellement seize ans... sa place n'était pas les rues, les nuits, à s'introduire à des tas d'endroits plus ou moins légaux. Quand on le disait ainsi, John définissait un délinquant juvénile, quelqu'un qui tournerait fatalement très mal. Mais cette image ne collait pas le moins du monde à Sherlock, au contraire. La théorie ne coïncidait pas avec la réalité de ce qu'était Sherlock, et John ne savait pas vraiment comment agir.

Machinalement, il plongea les mains au fond de ses poches en marchant en direction de chez lui, pour rentrer réviser comme initialement prévu, avant l'arrivée inopinée du grand frère dans sa journée.

Ses doigts heurtèrent ses gants, ses clés, des boulettes de papier qui devaient être des vieux tickets de caisse fourrés là au hasard, et un rectangle de plastique. John se mit à rire bêtement, résolvant soudain un mystère : cette carte, qui était celle attestant de son statut d'étudiant de l'Imperial, était celle qui lui permettait de payer ses repas à la cantine, ses cafés au bistrot de la fac. Cette carte que Sherlock n'avait assurément pas, du moins pas officiellement, et qui expliquait soudain sa réticence à payer les cafés sur le campus, tout en offrant à John le montant du remboursement en argent sonnant et trébuchant.

C'était stupide, mais John avait l'impression de mieux connaître son ami, de mieux le comprendre.

Puis il réalisa que c'était une preuve qui indiquait que Mycroft avait raison à propos de ce qu'il avait prétendu de Sherlock, et cela lui serra le cœur douloureusement.


On ne le dira jamais assez : montez pas dans la voiture des inconnus. Vous savez pas ce que ça peut impliquer. Pauvre John, il est pas prêt de se débarrasser de Mycroft dans son existence, c'est moi qui vous le dis xD

Prochain chapitre ! Me 27/11? Reviews, si le coeur vous en dit ? :)