Marine Académie

Partie 1

Chapitre 4

"Pardon?" Demanda Murphy, incrédule. La brune en face d'elle lui souriait de toutes ses dents, le regard joueur.

"Tu as fait vraiment très fort ma vieille. Tu as dépassé toutes mes espérances même!" S'exclama l'étudiante en s'attachant les cheveux négligemment.

"Dis-moi ce qui s'est passé très exactement" Ordonna la blonde, inquiète et effrayée à l'idée de découvrir toute la vérité.

Emma enfila son short de sport.

"Tu demanderas à Claire plus de détails parce que tout un peu flou pour moi aussi, j'étais un peu éméchée de notre soirée… Mais les filles de troisième année m'ont raconté que tard dans la soirée, un charmant et très charismatique jeune homme s'était présenté à l'entrée du dortoir. Ce beau brun a expliqué qu'il venait te ramener dans ton dortoir pour que tu puisses dormir dans ta chambre. Apparemment, tu étais endormie comme un bébé dans ses bras musclés." Murphy se souvient vaguement de deux bras puissants l'enveloppant avec douceur alors qu'elle était envahie d'une douce chaleur réconfortante. "Les filles étaient mortes de jalousie! Il faut dire qu'il a son charme quand même. Assez austère, mais charmant tout de même... "

"Abrège Emma" Maugréa la blonde, essayant de se cacher derrière sa chevelure, rouge de honte à l'idée que d'autres filles aient pu la voir dans cette situation.

"Il t'a simplement allongé sur le lit. Claire était en train de m'aider à vomir dans les toilettes et l'a congédié assez rapidement. C'est elle qui a pris le relai. Il est resté courtois et est parti sans faire d'histoire."

"Oh mon Dieu... " Se désespéra la blonde.

"Bon maintenant, il vaut mieux que tu trouves une sacrée excuse à toute cette scène parce que toutes les filles du dortoir sont au courant maintenant. Et la référente est en pétard à l'idée qu'un homme soit entré dans le dortoir. Si tu l'avais croisée hier soir, tu te serais surement pris un seau d'eau dans la figure."Termina la brune en laçant ses chaussures de course.

Murphy s'allongea sur son lit, le visage horrifié. Elle ne voulait certainement pas être associée à un homme, surtout dans ce milieu dans lequel les commérages se répandaient à une vitesse prodigieuse.

Elle regarda par la fenêtre. Emma venait de quitter leur chambre. Toutes les affaires de Claire étaient soigneusement rangées et sa valise n'était plus là. Elle était sûrement rentrée voir ses proches pendant cette semaine de vacances. La blonde ne pouvait pas se payer ce luxe, l'Académie se trouvait à cinq jours de bateau de son île natale. La jeune femme soupira. Elle était horrifiée, mais elle savait qu'elle ne pouvait pas changer le passé. Il ne lui restait donc que deux possibilités: continuer de se lamenter sur son sort et rester cachée sous sa couette pendant toute une semaine. Ou continuer à aller de l'avant en espérant que les ragots se tairaient vite avec les vacances.

La blonde inspira profondément, essaya de se remotiver et fonça prendre une douche glacée pour se remettre les idées en place: elle venait de valider son premier semestre, avec honneur, et avait passé une agréable soirée à regarder Sakazuki s'entraîner, qui au final, avait été exemplaire.

"Il aurait très bien pu me laisser dormir sur la plage. Ou être un gros pervers qui serait allé fouiller dans mon armoire pendant que je dormais" Relativisa la jeune femme en peignant ses cheveux mouillés. Elle regarda avec conviction son reflet dans le miroir.

"Tu vas le faire. Tu vas assumer jusqu'au bout."

La blonde jeta un coup d'œil à son uniforme, mais changea rapidement d'avis: c'étaient les vacances, autant en profiter. Elle enfila une longue robe d'été ample, parfaite pour cette chaleur déjà suffocante, empoigna son sac et sortit en trombe de sa chambre, comme pour s'obliger à ne pas réfléchir et foncer droit devant. La jeune femme traversa les jardins, saluant au passage quelques filles qui profitaient de l'ombre des arbres pour lire autre chose que des bouquins de médecine. La blonde continua à toute vitesse, ne s'arrêtant que pour éviter de percuter le vieux prof de chimie, et arriva quelques minutes plus tard devant la porte d'entrée de la promotion quatre première année. Elle s'attendait à trouver des dernière année dans le bureau d'entrée, mais ce dernier, en plus d'être un capharnaüm monstrueux, était désert. Elle entendait vaguement au loin des hommes s'entrainer sur le terrain arrière. Un petit groupe de soldat en tenue civile l'apostropha.

"Hey, t'es pas la petite étudiante en médecine du cabinet d'entraînement? Tiens, j'ai mal là" fit l'un des soldats en soulevant sa chemise, laissant apparaître des abdos saillants.

Murphy soupira. Sa journée avait déjà très mal commencé, elle n'avait pas non plus envie de supporter ces énergumènes.

"Je cherche Sakazuki" Répondit-elle sèchement.

Les hommes se figèrent à l'entente de ce nom. Un d'eux fit une certaine grimace et continua sa route sans lui répondre.

"Troisième étage, chambre 11" Lâcha l'un d'eux avant de partir à son tour.

La blonde était surprise de ce changement de comportement, mais l'oublia assez vite. Elle traversa des couloirs à n'en plus finir et se retrouva enfin devant la porte. La jeune femme n'eut même pas le temps de toquer que la porte s'ouvrit soudainement.

"Qu'est-ce que tu fais là ?" Demanda le brun d'une voix dure.

Murphy sentit un frisson la traverser. Ce n'était peut-être pas une si bonne idée que cela finalement. Mais elle ne se découragea pas: ses parents avaient élevé une femme polie et respectueuse. La blonde s'inclina légèrement devant le soldat.

"Je tiens à te remercier de m'avoir ramené dans mon dortoir en toute sécurité". Répondit-elle de manière un peu solennelle. Le brun en face sembla légèrement décontenancé, mais n'en laissa presque rien transparaître. Il jeta un œil dans le couloir, pour vérifier qu'ils étaient bien seuls. La jeune femme se redressa lentement et planta son regard dans le sien, une sorte de lueur de défis dans le regard. Sakazuki soutient son regard quelques secondes seulement avant de détourner les yeux.

Un silence s'installa entre eux, gênant. Murphy continuait de le fixer sans rien dire. S'il y a bien une chose qu'elle aime, ce sont les défis. Et elle tenait à savoir de quoi était fait cet homme qui l'intriguait. Devant son absence de réponse, elle le scruta sans discrétion. Le brun avait, lui aussi, abandonné son uniforme, mais était tout de même habillé de manière assez stricte. Il avait abandonné sa casquette et elle pu enfin voir son visage en entier.

"De rien" Lâcha-t-il au bout de quelques secondes, visiblement perturbé par le comportement de la jeune femme qui n'était franchement pas habituel pour lui. Mais la blonde continuait de le fixer intensément, toujours cette lueur de défis dans les yeux, visiblement pas satisfaite de sa réponse qu'elle jugeait incomplète.

"Tu comptes m'inviter à déjeuner ou je vais devoir attendre dans le couloir toute la journée?" Demanda-t-elle, les bras croisés sur sa poitrine.

Sakazuki ne pu s'empêcher de laisser échapper un rictus moqueur. La blonde n'avait décidément pas froid aux yeux et semblait savoir mener sa barque. C'était bien la première fois qu'une femme osait lui parler comme ça.

Le brun se retourna, un discret sourire sur les lèvres, s'empara d'une veste légère et sortit de sa chambre, laissant Murphy le suivre de près. Ça promettait d'être intéressant.

Elle avait gagné.

[...]

"C'est insensé" Constata le brun en regardant la blonde avaler une barbe à papa faisant trois fois la circonférence de son crâne. Insensé était décidément le mot qui caractérisait Murphy. Il la décrivait comme un électron libre, imprévisible, rusé et d'une certaine manière intéressant.

"Ce qui est insensé Sakazuki c'est que tu ne sois jamais allé au cinéma."Répondit immédiatement la blonde, la bouche à moitié pleine de sucre rose.

Elle se sentait étrangement à l'aise avec lui. Même s'il n'était pas du genre causant, et encore moins à essayer de la faire rire, elle appréciait cette maîtrise de sois constante qu'il arborait et qui d'une certaine manière la rassurait. Être en sa compagnie était rassurant, mais aussi agréable d'une certaine manière. Il la laissait s'exprimer sans la juger ni essayer de la changer. Et surtout, il savait lui parler avec respect. Leur conversation, en surface banale, leur permettait de s'appréhender l'un l'autre, d'apprendre à se connaître et plus la journée défilait, plus elle appréciait d'être à ses côtés.

La blonde finit d'engloutir sa barbe à papa et saisit son cocktail sans alcool. Ils étaient installés depuis deux bonnes heures à la terrasse de ce café étonnamment vide pendant ce premier jour de vacances, profitant de la chaleur du soleil sur leur peau. Un peu de repos leur faisait du bien à tous les deux. Elle sirota doucement son verre, l'épiant discrètement. Ce dernier était impassible, mais elle sentait son regard détailler sa peau.

"Sakazuki... "Le brun plantant son regard dans le sien alors qu'elle l'épiait, un sourire fourbe sur les lèvres.

"Je sens qu'on va passer un long moment ensemble". Finit-elle en posant son verre vide, passant une mèche de ses cheveux blonds derrière son oreille distraitement.

Elle n'avait pas froid aux yeux, et il adorait ça.