Derek ne savait pas vraiment comment il était censé se positionner face aux propos de Stiles. Parce que techniquement, son raisonnement pouvait se tenir… Dans un sens seulement. Certes, cette espèce de « fièvre » semblait effectivement être partie de lui, rien ne pouvait prouver qu'il en était véritablement l'émetteur. En cela, la presque certitude du loup-garou s'effilocha rapidement… Ce qui donna cette hésitation étonnante le concernant, une hésitation qui se lisait sur son visage. S'ajouta rapidement cette confusion profonde qui ne le quittait pas depuis son réveil, le lendemain de cette soirée infernale.

De son côté, Stiles gardait la tête basse, attendant sans grande patience sa sentence. Il n'y avait pas de plus grande surprise que celle-ci. A celui que la fierté n'étouffait jamais s'était succédé une ombre honteuse que l'on n'avait jusqu'alors jamais vue. S'agissait-il pour autant d'une chance ? Pas vraiment. Ce n'était jamais une bonne nouvelle, lorsque Stiles gardait le silence et regardait ailleurs. Le fait qu'il s'accuse de lui-même frôlait la folie. Il n'avouait jamais ses torts, même lorsqu'il en avait.

Alors, cela voulait dire qu'il y avait définitivement un problème.

- Assieds-toi, articula finalement Derek.

Parce que s'il s'était jusque-là concentré sur ses quelques mots, il n'avait néanmoins pas manqué cette faiblesse des plus marquées, cette façon qu'il avait de tenter au mieux de maîtriser ses mouvements les plus petits – en l'occurrence, ces très légers tremblements que Derek continuait de percevoir.

Il n'était certainement pas le seul mais on ne laissait parler lui… Parce qu'il avait l'habitude de prendre les devants, de diriger débats, discussions, entrevues. Comment pouvait-on catégoriser cette réunion, d'ailleurs ? S'agissait-il seulement de la bonne dénomination ? La situation actuelle était si particulière, inédite, que Derek ne saurait le dire. Il n'avait pas la force de grand-chose et n'occupait ce rôle de leader que parce qu'il savait ne pas avoir le choix. Autour de lui, on était traumatisé. On ne savait pas gérer… Ça. On avait besoin d'une figure à suivre, ne serait-ce que le temps de comprendre et de digérer les conséquences de cet évènement des plus effroyables. Aucun des êtres présents dans cette pièce n'en avait retiré quoi que ce soit de positif. Le sexe était, pour la plupart des gens, quelque chose de fort agréable… Si l'acte était réalisé de façon consentie et sans ambigüité aucune. Autant dire que dans ce cas-ci, aucune des cases n'avait été cochée et l'on avait de quoi se sentir mal.

Maintenant, Derek devait bien avouer qu'il apprécierait un peu d'aide. Est-ce qu'il avait l'intention de faire part de ce fait à ne serait-ce qu'un des membres de la meute présents ? Absolument pas. Pour cette fois, il allait assumer… Et assurer.

- Assieds-toi, répéta-t-il en voyant que Stiles ne bougeait pas.

Il lui semblait figé, complètement perdu dans ce qu'il devait faire. Mais ne se rendait-il pas compte que son corps avait besoin de repos, au moins le temps que ses émotions se calment un peu ? Elles prenaient clairement le pas sur tout le reste et ça, ce n'était pas bon. Il fallait qu'ils discutent tous ensemble de ce qu'il avait dit, mais… Dans de meilleures conditions. Puis cela ne devait pas se faire au détriment de l'hyperactif, pour qui rester debout semblait être une épreuve malgré la façon dont il essayait de le cacher.

Si Stiles obéit, ce fut clairement parce qu'il s'y sentit contraint. Il s'agissait d'une demande de Derek, qu'il n'avait au départ pas crue en tant que telle. Demande qu'il venait de répéter. Et avec tous ces regards sur lui, impossible pour l'humain de ne pas céder et s'exécuter. Faisait-il montre d'une espèce d'instinct de survie ? Peut-être, lui-même ne saurait le dire.

- C'est venu de moi et je vous ai tous contaminés, lâcha-t-il sans s'en rendre compte.

Sa voix était étrange. Un peu blanche, aux accents fébriles, à l'intonation absente. Il avait l'air ailleurs et donnait l'impression de ne pas être complètement alerte quant à ce qu'il se passait autour de lui, tout en semblant y accorder une grande importance. Ses yeux ? Vitreux. Dans sa tête se rejouaient certains moments qu'il se savait incapable d'oublier. Cette soirée infernale ne lui sortirait probablement jamais de la tête. Elle l'avait d'ores et déjà marqué au fer rouge. Si son corps ne portait aucune marque visible de ce qu'il s'était passé, il le sentait blessé, comme si la trace de chaque main s'y était imprégnée en profondeur.

Autour de lui, on ne savait que dire. Une chose était toutefois certaine : on ne lui en voulait pas. Pourquoi ? Parce que tout ça, c'était trop invraisemblable. Puis on ne trouvait pas sa version cohérente. Même Lydia, dans toutes ses excentricités, était d'avis que cela ne tenait pas la route. De l'imagination, elle en avait. Le problème, c'est que cette situation n'avait rien eu de logique – l'explication de Stiles non plus.

- Tu sais, je ne pense pas qu'on puisse vraiment s'appuyer là-dessus. C'est parti de toi, peut-être, mais ça veut… Ça veut tout et rien dire, finit-elle par lâcher d'un air désemparé.

Elle aussi aimerait y voir plus clair, donner un sens à cette histoire qui en était complètement dépourvue : l'expliquer, la comprendre, pour mieux la balancer aux oubliettes. Quoique cette dernière étape serait sans doute la plus difficile à réaliser, mais… Ne dit-on pas que l'espoir fait vivre ?

- Elle a raison, intervint Isaac d'une voix un peu rauque, presque enrouée. On ne sait pas ce que ça veut dire et puis… T'es qu'un humain. Ce qui nous est arrivé, c'était pas normal.

Derek approuva silencieusement et s'autorisa un très léger relâchement. Le fait que les langues se délient et que l'on commence à le seconder enlevait un peu de poids de ses épaules fort alourdies. Un peu d'aide n'était pas de refus, d'autant plus que la situation les concernait tous ici. Il appréciait également le fait d'entendre leur avis sur la question – il le connaissait déjà, par défaut.

- Je veux dire, reprit Isaac, peu à l'aise, c'était un peu… Comme un sort, quelque chose qui nous a tous hypnotisés. Objectivement parlant, tu ne peux pas dégager quelque chose comme ça.

Lydia lui lança un regard reconnaissant : son ami avait peu ou prou exprimé ce qu'elle voulait dire, mais qu'elle n'avait pas réussi à sortir. Ses propres souvenirs lui ôtaient les mots de la bouche, et pas dans le bon sens du terme. Elle n'était plus réellement capable d'éloquence, ne pouvait faire qu'acte de présence. S'exprimer ? Oui, mais à peine. Elle se sentait passablement ridicule mais se rassurait en se disant qu'elle n'était pas la seule à ne savoir que faire et que dire : tout le monde ici était atteint de la même manière par cette soirée qu'il était impossible de caractériser correctement.

Quoiqu'à force de regarder Stiles, elle avait l'impression qu'il subissait plus que les autres. Pourquoi ? Elle n'en avait strictement aucune idée et n'allait pas suffisamment bien pour désirer le savoir. Si elle était ici, c'était pour essayer de comprendre le pourquoi du comment de cette histoire, dans le but d'avancer et de finir par passer outre. Parce qu'elle souffrait, comme tout le monde ici. Néanmoins, elle était assez ouverte pour tenter de réfléchir et dire qu'elle était d'accord avec Isaac : l'idée que ce cauchemar soit de la faute de Stiles n'avait pas de sens… D'autant plus qu'il semblait lui-même ne pas comprendre comment la chose était sortie de lui… Ni même d'où elle venait.

Il n'avait, en outre, rien de probant.