VII Justice, ambitions et vanités

Mardi 5 novembre, Remus

Je pousse la porte de mon appartement de fonction sans avoir déniché de couples dans un placard ou de gourmands revenant d'un raid aux cuisines. Ou, plus regrettable, de voleur de bijoux magiques.

La luminosité du salon m'inquiète — est-ce qu'un des jumeaux est malade ? En trois enjambées, je découvre que c'est ma Dora qui est en train d'écrire devant le feu, une grande tasse fumante à côté d'elle.

"Une urgence directoriale ?", elle demande, en se tournant vers moi avec des yeux gris un peu moqueurs. Elle a posé son parchemin à côté d'elle, ça ne ressemble pas à un dossier que je la vois si souvent consulter après avoir couché les petits.

"Il semble judicieux de ne pas être trop laxiste et de ne pas laisser la discipline, les rondes et les enquêtes aux directeurs de maisons et à M. Rusard", je raconte, en m'asseyant tout contre elle, à sentir charnellement sa chaleur. À sentir son odeur, disons-le. Tout en moi s'apaise immédiatement et je me laisse aller à la plaisanterie : "Je n'ai pas autant de personnel que toi sous mes ordres et une vague de vols inexpliqués."

"C'est surtout que tu n'aimes pas déléguer. Tu serais un très mauvais lieutenant", elle prétend. Non, elle a sans doute raison. Obéir et faire obéir à des ordres est une chose difficile pour moi. Il suffirait d'interroger M. Rusard pour s'en convaincre.

"Dois-je remercier ton souci de délégation pour ta présence ce soir ?", je souris.

"Un peu. Plus spécifiquement, au fait que je sois prise demain matin par des missions politiques. Je vais laisser Charity mener le bal pendant que j'emmène les jumeaux à l'école avant de participer à un suivi de l'enquête par notre cher Ministre, lui-même. Mon Commandant sera à mes côtés — pas par choix", elle précise.

"Vous avez déjà quelque chose ?", je commence par vérifier.

"Pas un nom, mais une chronologie. La vraie chronologie des crimes dénoncés par la Justice", elle précise.

"Pas de profil ?"

"On espère avoir ça en creusant la chronologie : comment les différentes affaires soulevées par la Justice s'intersectent. Quel est le fil directeur de cette personne ou de ce groupe de personnes ?", elle m'explique patiemment. Ou peut-être qu'elle répète pour demain. "Que ce soit rationnel ou non, il doit y avoir un fil. Quand on l'aura, on aura le profil. Kingsley pense que Scrimgeour comprendra que c'est une étape importante. Mais c'est toujours un pari", elle rajoute en se collant encore plus contre moi.

J'opine que je comprends et mon esprit cherche immédiatement à faire des parallèles. Je sais déjà ce qui réunit les victimes : ne pas être issus de familles sorcières. Est-ce que ça me donne pour autant un profil ? Pas vraiment. Est-ce que la chronologie des vols ici m'aiderait à établir une piste plus précise ? Harry a dit aussi que savoir à quel moment ils se produisent serait instructif... Et Severus que le voleur pouvait agir sur commande de quelqu'un d'autre. Faute de meilleure idée, je livre tout ça à Dora. Sans parler des Maraudeurs, non. Je préfère lui dire que Harry et Brunissande seront là ce week-end.

"Ici, en Angleterre ou en Europe ?"

"Tu as raison, ils doivent aussi passer voir les parents de Brunissande", je réalise. "Je n'ai pas posé la bonne question. On a au final plus parlé de mes vols que de leurs nouveaux postes !"

"Vols à Poudlard", elle grimace. "J'espère que ça va mettre du temps à trouver le chemin de la presse et qu'entre-temps, vous y aurez mis un terme."

"Je ne sais même pas par quoi commencer — quand ? comment ?", je soupire

"Quand, comment et qui sont des questions importantes", elle commente avec patience. "Mais ce qu'on cherche au fond, dans chaque enquête, c'est pourquoi. Pourquoi voler ces bijoux ? Pour rigoler ? Pour les vendre ? Pour braver l'interdit ? Pour un projet magique sans doute discutable ? La nature du crime vient de ses intentions. Folie ou logique, qu'importe. Justice, vengeance... les frontières sont fines, voire troubles. Restent les victimes. On est d'accord sur ça, Carley, Dawn et moi. Ce qui fait la valeur de notre action, c'est ce qu'on fait pour les victimes - pas ce qu'en dit le Ministre."

"Carley et Dawn", je répète, surpris de leur arrivée brutale dans la conversation.

"J'ai dîné avec eux", elle annonce en me regardant dans les yeux.

"Ce soir ?", je vérifie, surpris que ça ait été même possible.

"Oui. Ils m'ont invitée et j'ai accepté. En sortant, j'ai décidé de venir ici. Désolée, je ne t'ai pas prévenu."

"La surprise n'en est que meilleure. Mais ce dîner. Bien ?", je questionne prudemment. Il me semble que si c'était une catastrophe, elle en parlerait sur un autre ton.

"Je crois", elle confirme en se repoussant sur les coussins. "On s'est dit une partie des choses qui devaient être dites. Sans doute pas tout, mais c'est une bonne étape là encore. On creuse les bonnes raisons de faire que ça marche, ce qui nous réunit..."

"Qu'est-ce qui vous sépare ?"

"L'ambition personnelle, l'orgueil, les apparences... le regard des autres... Des petits cailloux dans nos chaussures — c'est Dawn qui a dit ça."

"C'est joli", je souffle.

"Très", elle admet.

"Elle a joué les médiatrices, je suppose."

"Pas tant que ça, ce soir. Je pense néanmoins que, sans elle, Carley aurait mis plus de temps à faire le premier pas. Et moi, je ne l'aurais pas fait avant la fin de l'enquête", elle reconnaît.

"Il a fait le premier pas ?", je vérifie parce que ce que je sais de Carley dit que c'est important : s'il a pris l'initiative, c'est qu'il ne veut pas que la situation reste au statu quo. Que Dawn ait précipité l'affaire ne change rien.

"Il est venu me voir quand je suis allée faire mon rapport à Shacklebolt. Il m'a invitée à venir discuter. J'ai dit oui."

"Tu as bien fait."

"Je pense aussi. J'avais un peu peur qu'on se dispute sans trouver le moyen de vraiment discuter. Mais... il a entendu quand je lui ai dit que Kingsley me soutiendrait contre lui, ne serait-ce que pour sauver les apparences. Un peu comme demain, il affirmera à Scrimgeour que mon plan est le bon."

"Tu caricatures."

"Pas tant que ça. On a des combats plus intéressants à mener que de nous mesurer l'un à l'autre. On est plutôt d'accord sur ça, et même sur les combats à mener."

"Tu en doutais ?'

"Tu sais, pris dans le quotidien, on peut le perdre de vue. C'est important de prendre le temps de se le redire."

J'hésite à céder à mon pessimisme constitutionnel et puis je lâche : "Et de le traduire en actes."

Ça lui arrache un sourire doux-amer. "Tu sais ce que j'ai dit à Kingsley qui, juste avant, me promettait qu'il partageait en partie mon opinion que la police était mal utilisée ? Qu'il cherchait à m'acheter à peu de frais."

"Et il t'a répondu quoi ?", je questionne d'une voix neutre, n'osant ni me réjouir qu'elle soit capable d'autant de franchise envers Kingsley, ni m'en inquiéter ouvertement.

"Qu'on devait faire la preuve de notre efficacité pour pouvoir imposer nos idées."

Je n'arrive pas à ne pas soupirer et ça la fait rire.

"Je ne suis plus assez naïve pour ne pas entendre qu'il fera ce qu'il peut — ni plus, ni moins. Ne t'inquiète pas pour moi."

"Je voudrais que Kingsley fasse avant tout ce qui est juste !", je souffle, conscient que je ne l'avouerais pas à n'importe qui.

"Aussi juste que possible est déjà pas mal, professeur Lupin", sourit Dora.

"Cyrus dirait qu'on se contente de demi-vérités."

"Je me demande si Cyrus dirait encore ça aujourd'hui", elle fronce le nez en se posant la question à haute voix. "Il a appris la valeur du compromis."

"Mais il se méfie plus que tout de la compromission", je pointe, étrangement content de souligner l'intégrité de notre fils, malgré tout l'agacement que son discours intransigeant peut m'apporter. Je m'inquiète vaguement parfois d'aimer y voir une part de Sirius, mais Dora est sur d'autres chemins.

"Tu crois que je perds mon idéal de vue ? Tu crois comme mon père que je me trahis quand je traque quelqu'un qui pense que la justice, c'est de livrer les criminels à la vindicte populaire ?", sa voix s'est tendue durant son envolée.

"Pas du tout", je promets. Je vois bien qu'elle n'est pas dupe. "Je pense que, toi comme Carley, comme Dawn et comme Kingsley, vous avez des ambitions de justice qui dépassent vos ambitions personnelles et vous faites attention à ne pas les perdre de vue. Je mesure juste la difficulté du chemin... avec les petites pierres dans vos chaussures mentionnées par Dawn."

"Orgueil, ambition, rivalité...", elle soupire.

"Vanité", je propose.

"Aussi". Elle se tait assez longtemps pour que nous entendions le feu craquer dans l'âtre plusieurs fois. "Tu crois que je suis vaine ou orgueilleuse ?"

"Non, et je ne crois même pas que Carley puisse penser ça. Mais tu es ambitieuse. Pour toi, pour lui, pour la Division.. — j'allais dire pour nous, mais c'est un autre sujet - et qui dit ambition, dit exigence. Tu es exigeante. Et les exigences des autres, même quand on les partage, peuvent nous heurter, nous bousculer."

"Honnêtement ? Quand je l'écoute - et j'essaie de l'écouter - j'ai surtout l'impression qu'il a peur que je fasse ça sans lui. Pas qu'il me trouve exigeante avec lui... enfin, si sans doute, quand je lui dis qu'il ne peut pas faire totalement l'impasse sur les formes..."

"Tu vois dans ta liste de petits cailloux gênant votre avancée, la peur est sans doute plus importante que la vanité."

"C'est vrai", estime Dora avec une vraie surprise dans la voix.

Mercredi 6 novembre, Dora

Quand je reviens de mon point d'étape avec Scrimgeour, mon équipe est pressée autour de la grande table de la salle de réunion de la Division. La porte est restée ouverte. Il y a du café et du thé. Des gâteaux. Des monceaux de parchemins sont réunis en paquets que j'imagine thématiques.

Pour l'heure, ils ont l'air tous plus ou moins concentrés sur Charity. Aucun ne perçoit tout de suite mon arrivée.

"Est-ce qu'on ne saute pas une étape, Perkins, si on se dit que la plus vieille affaire est la plus importante ?", questionne Runeson.

"Si on se dit que cette Justice est dans le coin et a ruminé son action avant d'entreprendre quoi que ce soit, on peut imaginer que l'affaire la plus ancienne soit déterminante d'une manière ou d'une autre", répond Dikkie.

"Et puis, on vient de trouver la trace de trois victimes collatérales", rajoute Dikkie — elle doit y être pour quelque chose, je l'entends dans sa voix. "Ça ne coûte rien d'aller les interroger."

"Est-ce que votre lieutenante ne va pas dire qu'on met tout sur une hypothèse ?", s'interroge un des policiers. D'où je suis, je ne peux pas voir avec précision. Un des jeunes, je dirais. Heureusement pas assez jeune pour avoir été un de mes élèves. Pas celui d'origine indienne - Kulkarni.

Je décide que c'est le moment de finir de les rejoindre. En voyant mieux le jeune policier, son nom me revient : Stanley Alter. Promu agent principal depuis peu. Je connais mieux Peters, qui vient de me repérer et qui discrètement fait un signe à son pote Belcher. Je leur fais un clin d'œil en lançant : "D'abord, je veux tout savoir sur cette hypothèse."

Tous regardent Charity Perkins qui n'a qu'une brève hésitation - Charity n'est pas une fille qui hésite spécialement.

"La quatrième affaire, celle des spoliations d'héritage, est celle pour laquelle on retrouve les ramifications les plus anciennes historiquement", elle explique. "Le nombre des victimes s'allonge. Si les dernières étaient des personnes âgées isolées, on a trouvé, il y a une dizaine d'années, celle qui pourrait être la première victime de Neasa Raven. Une femme, Eleri Groves élevait seule ses trois fils, après la mort de son mari, un fondeur de chaudron assez à l'aise et beaucoup plus âgé qu'elle. Sa voisine, Neasa Raven lui a proposé de s'associer à elle pour gérer l'atelier. Petit à petit, elle lui a racheté des parts, au point qu'Eleri Groves perde l'atelier puis sa maison. Elle s'est suicidée, laissant donc trois fils : L'aîné, Kevin, est chaudronnier. Un adulte âgé de plus de vingt ans. Il s'occupe de ses deux frères cadets depuis la mort de leur mère. On voudrait les interroger. Ils habitent dans le quartier, nous a-t-on dit."

"Une première spoliation un peu différente des autres", je remarque, me rappelant que les victimes suivantes étaient des personnes âgées et isolées.

"Les criminels comme les autres apprennent de leurs erreurs", estime Kulkarni.

"Très vrai", je ponctue avant que Pickettham ne lui tombe dessus. "Tu la vois comment, cette interview des gamins, Charity ?"

Je ne sais pas pour les policiers, mais tous mes collègues Aurors voient bien que je suis en train de vérifier si je peux confier ou non l'enquête de terrain à Perkins. Dikkie a un infime soupir de frustration — elle doit vraiment y être pour quelque chose dans l'identification des enfants Groves, pendant que Charity prend le temps de composer sa réponse : "Je compte partir de la spoliation elle-même, sous le prétexte du procès à venir. On peut supposer qu'ils se sentent reconnaissants envers cette justice. Ils n'auront pas envie de la dénoncer. Mais parler du crime initial devrait leur plaire. L'aîné doit bien avoir des souvenirs sur qui gravitaient autour d'eux... des témoins potentiels... "

"OK. Approche prudente, historique, mais systématique. Prends ton temps. Laisse-leur le temps de raconter, d'oser des hypothèses, aux souvenirs de remonter."

"Moi seule ?", elle lâche avec plus de spontanéité que souvent.

"Non, mais pas une délégation trop grande et intrusive. Comme tu l'as dit, il faut les mettre en confiance, leur donner envie de partager des souvenirs assez douloureux", je continue de réfléchir à haute voix. "Alec, tu as une objection si je garde les policiers pour autre chose ?"

"L'affectation des ressources est votre prérogative, lieutenante", me répond Pickettham avec formalisme, mais sans être guindé. "Quadriller le quartier à la recherche de témoignages spontanés est ce qui nous a ramené cette piste d'ailleurs."

"Dikkie a tout de suite vu le potentiel", rajoute Runeson, avec un admirable esprit de corps envers sa jeune collègue sans doute. Mais peu de considération pour nos collègues policiers, pas de mystère.

"Dikkie doit m'accompagner", rajoute Charity. "C'est elle qui a localisé les fils Groves". Je vais abonder quand elle rajoute : "Je suis du genre qui partage ses jouets, moi, lieutenante. Tout le monde ne peut pas espérer autant de mansuétude que Carley Paulsen... "

Je vois bien que ça se veut une blague, voire un geste envers Dikkie, mais je ne peux pas laisser passer. Sans compter qu'elle m'a interrompue.

"Ne me fais pas douter, Perkins, de ta concentration comme de tes motivations", je la reprends en ayant bien l'impression que Kingsley se penche sur mon épaule pour me souffler la formulation et le ton. Ça doit être le cas, parce que Charity blêmit sous la semonce.

"Non, lieutenante. Mes excuses."

"Je préfère un bon rapport tout à l'heure que des excuses, Perkins. Filez donc toutes les deux et ne me bâclez pas le boulot !"

Le silence qui suit est aussi tendu qu'on peut le regretter. Les policiers sont gênés d'avoir été témoins de mon recadrage et les Aurors tétanisés. Peut-être parce qu'il est le plus gradé après le départ de Charity, Runeson se lance :

"À sa décharge, Lieutenante, le lieutenant Paulsen, ce matin, l'a exprimé exactement avec ces mots — partager mes jouets — et en disant bien qu'il ne voulait pas se mettre davantage dans ton collimateur parce qu'il y avait trop à perdre."

Surtout plus à gagner en mettant son énergie ailleurs, je complète mentalement. Il semble que mon ami Carley n'ait pas encore trouvé comment afficher notre vision commune à long terme. Ça pourrait m'agacer, mais je me concentre sur le fait qu'il a tenu parole dès ce matin et commencé sa campagne d'excuses et que mes collègues ne peuvent que commenter. Sauf que j'ai mes propres messages à faire passer.

"Je peux comprendre que ça intrigue ou amuse dans la salle de repos ou au pub, mais on n'est ni à l'heure du café ni à celle de la bière. On fait partie d'une équipe spéciale. Nous tous. Aurors comme Policiers. On doit élucider une affaire qui est à la une des journaux. On rend des comptes directement au Ministre. Peut-être que je devrais vous emmener pour que vous mesuriez", j'insiste. Ron a un instinctif geste de la tête pour refuser. Runeson détourne les yeux. Les policiers s'en sortent mieux en regardant au loin comme s'ils étaient en garde diplomatique. "On peut se concentrer sur l'enquête et garder le reste pour plus tard ?"

Une fois qu'ils m'ont assuré d'une voix penaude que oui, je me décide à en revenir à l'enquête.

"On a du pain sur la planche. Je voudrais que toi et tes hommes, Alec, vous continuiez à ratisser le quartier, à parler à tout le monde. Je veux savoir ce qui se dit. Je veux savoir ce qui se passe. N'hésitez pas à intervenir et à aider les gens", je rajoute, reprenant toute la stratégie que j'ai présentée à mes chefs et aux conseillers du Ministre ce matin même. "Je sais que l'accueil ne sera pas automatique, mais plus on vous verra, plus vous serez utiles, et plus les langues se délieront."

"Vous voulez prendre la Justice de vitesse", s'amuse Pickettham.

"Il serait temps", je réponds dans un essai de blague qui tombe à l'eau parce que les cinq policiers présents se sentent indirectement critiqués. Le raidissement de leur corps le dit pour eux. "Les gars, on est là pour reprendre la main, ensemble, pas pour faire des procès d'arrière-garde. Je vous propose justement de montrer tout ce que vous savez faire."

Il y a un silence que je ne sais pas exactement qualifier. Je me raccroche à l'opinion de Remus qui veut qu'il vaille souvent mieux laisser à l'autre l'initiative de la conversation.

"Nous allons faire de notre mieux pour nous saisir de l'opportunité, Lieutenante", finit par articuler Pickettham. Il pourrait ne parler que pour lui, mais ce n'est pas l'impression qu'il me donne. Les autres derrière lui semblent avoir repris quelques centimètres en l'entendant.

"Parfait. N'hésite pas à me contacter, Alec. Nous, on ne va pas bouger du Ministère." Je n'attends pas que lui et ses troupes aient quitté la salle pour me tourner vers Bertram Runeson et Ron. "On va se lancer dans l'interrogatoire des supposés criminels. Je commencerais bien par le dernier en date..."

"L'empoisonneur ?", vérifie Bertram, a priori surpris.

"Jasper Hunter", fournit Ronald utilement.

"Développe, Ron", je l'encourage en tirant une chaise pour m'asseoir. Runeson m'imite après une seconde d'hésitation. Ron, lui, reste debout.

"Né en 1963", il se lance, se retenant de sortir le dossier de la pile, je le vois bien. "Études normales à Poudlard. Bonnes notes en Botanique. Passable sinon. S'est fait virer de différentes exploitations de plantes rares et d'herboristeries pour soupçon de vols. Puis a fait de la prison pour vols encore. Puis a disparu des radars pendant une bonne dizaine d'années. Et voilà que la justice l'accuse d'avoir empoisonné trois personnes - ses trois derniers employeurs : Ian Beaumont, Astrid Thorne et Steven Cole - selon la Justice."

"Et avons-nous une opinion étayée sur ces accusations, Auror Weasley ?", je questionne avec un sourire.

"Une nouvelle fois, on a une chronologie complexe, Lieutenante", explique Ron sans se démonter. "Ian Beaumont est décédé il y a cinq ans. Il était herboriste et venait de prendre sa retraite alors que sa fille Ilona prenait sa suite. Il a été trouvé mort au petit matin au milieu de serres qu'ils possédaient en dehors de Londres. L'enquête de l'époque, par la Police uniquement, a conclu à une crise cardiaque. On n'a aucun moyen de vérifier l'accusation de la Justice. Le seul fait corroborant est que Jasper Hunter a en effet travaillé à cette époque pour les Beaumont."

"Ok, c'est mince."

"Astrid Thorne, elle, est de la grande famille Thorne. Jamais mariée, réputée folle, passionnée de plantes carnivores, elle vivait au nord de Londres. Jasper Hunter a travaillé pour elle au moins deux années. Jusqu'à son décès, il y a deux ans. Le Bureau a enquêté à l'époque à la demande de la Brigade parce que le corps avait été retrouvé dans une serre, à moitié dévoré par les plantes. Mais les plantes, elles-mêmes, étaient flétries. Un cousin Thorne avait estimé que ce n'était pas normal. Les experts avaient bien trouvé des traces de poison dans les plantes malades et dans le corps, mais on n'avait aucun suspect."

"Mais Hunter travaillait chez elle", je vérifie.

"Et il a été interrogé à l'époque sans suite."

"Par qui ?"

"Bell et Dawn Paulsen", me répond Ron avec une certaine nervosité.

"Il faut leur demander pourquoi ils l'avaient écarté", je soupire. "Et le dernier ?"

"Steven Cole est mort il y a six mois. Lui n'avait pas de serres. Il produisait des élixirs floraux dans le quartier. À certaines périodes, il embauchait pas mal de monde. Hunter y aurait travaillé plusieurs fois. On a trouvé Cole à côté d'un alambic, dans une mare d'élixir. Tout le monde a mis l'intoxication patente sur un dysfonctionnement de l'alambic."

"Qui cette fois ?", je questionne avec fatalisme.

"Rigel Savage avec Oliver Forrest", articule Ron, l'air désolé.

"Ron, rien ne dit qu'ils aient mal fait leur boulot", je souligne, ce qui le gêne un peu plus. "Bertram et toi, allez donc essayer de trouver Rigel ou Oliver. Je vais voir Dawn", j'enchaîne pour essayer de tirer tout le monde vers l'avant. Runeson et Ron échangent un regard qui m'agace plus que ça ne devrait. "Ou l'inverse, comme vous voulez."

"Personne n'a rien dit, lieutenante", me répond Bertram en me regardant avec cette dose de courage gryffondor.

"Eh bien, je préférerais que vous disiez", je lui renvoie.

Bertram ravale un regard de reproche qui me fait mal parce que j'ai le sentiment qu'il n'a pas totalement tort de m'en vouloir.

"On est deux, on cherche Savage et Forrest", il propose.

"C'est juste qu'on... j'imagine qu'ils peuvent prendre la nouvelle comme une remise en cause, lieutenante", plaide Ron de son côté.

"J'entends", je promets. "Dites-leur bien que j'ai dit que ce n'était pas une enquête interne."

"Pas encore en tout cas", ponctue Runeson.

Et comme je n'ai pas réellement de réponse toute prête, je me contente d'acquiescer avec une nouvelle boule au ventre.

oooo

Voilà sur quoi Remus et Dora finissent notre année... Ils vont avoir besoin de vos encouragements pour être à la hauteur.

Merci aux cartes postales et autres petits mots.

En cette période de Noël, je remercie mon équipe technique que vous connaissez bien maintenant. Sans elles toutes, cette histoire ne serait pas.