Musique d'écriture : Still Doll - Kanon Wakeshima - Vampire Knight OST


Chez les Potter

Harry posa ses lunettes à côté de la Gazette du Sorciersur la petite table ronde et se renfonça dans le canapé du salon. Il frottait ses yeux, fatigués d'avoir parcouru plus d'une vingtaine de rapports, tous devant être signés de sa main. À la fin de l'année, quand les dossiers se bouclaient, le chef du département des Aurors devenait un esclave administratif. Son poignet le faisait souffrir non pas de trop utiliser sa baguette, mais sa plume pour parapher maintes et maintes rames de papier et rouleaux de parchemin.

Ses doigts couvraient encore ses yeux quand il entendit le pas de Ginny. Sortant de la cuisine, elle lui avait sans doute préparé une tasse de thé alors qu'elle s'était servie sa tisane de 16h. Les habitudes sont rassurantes. Un parfum de vanille lui parvint, et il ouvrit les yeux.

Sa femme se tenait devant lui, deux tasses à la main et un journal sous le bras. Il prit la tasse qu'elle lui tendait avec un sourire et la posa sur la table avant de l'enjoindre à s'asseoir avec lui.

— Tu as lu cela ? dit Ginny en tendant un exemplaire de Sorcière Hebdoà son mari, alors qu'elle s'asseyait sur le canapé.

Harry prit le journal et observa la première page. À la Une, une photo de mauvaise qualité montrait deux garçons cachés parmi les alcôves de Poudlard. Il reconnut son fils sur l'image. Albus souriait au jeune Malfoy, dont le dos reposait contre le mur, avant de glisser ses doigts dans ses cheveux et de l'embrasser. Le titre de la Une était évocateur : Jeunesse décadente derrière les murs de Poudlard.

— Ils auraient pu choisir un titre plus graveleux encore, grinça Harry en lâchant le journal sur ses genoux, comme si le toucher lui salissait les doigts.

— Tu sembles plus énervé que surpris ?

Harry se tourna vers sa femme, un sourcil levé.

— C'est le cas. Le Sorcière Hebdoest une saloperie. Il l'était déjà lorsque Rita Skeeter écrivait sa chronique. Maintenant qu'elle dirige le journal, c'est encore pire.

— Certes, dit Ginevra en tapotant le journal de l'ongle tout en resserrant ses doigts autour de sa tasse de thé. Et concernant le sujet de l'article ?

— Le sujet ?

— Notre fils et Scorpius Malfoy ?

— Ginny, on s'en doutait.

Elle soupira.

— Oui, la façon qu'il a eue de le rattraper au match était impressionnante, c'était une véritable preuve de confiance, d'un côté comme de l'autre. De là à les imaginer s'embrassant dans un couloir désert, il y a une marge !

— Et cela te gêne donc ?

— Qu'Albus aime un garçon ? Au rythme des relations amoureuses de Lily et James, je suis sûre d'avoir plus de petits-enfants que je n'en souhaiterais. Mais les Malfoy, Harry !

Potter expira, les doigts sur ses tempes, et elle poursuivit :

— Pendant une année entière, j'ai cru que je devenais folle. J'ai écrit des menaces avec du sang sur les murs de Poudlard ! Tu t'imagines qu'en transe, j'ai égorgé des poules pour écrire avec leur sang… Je me réveillais couverte de plumes, les mains rouges et visqueuses. Et si j'avais tué quelqu'un, Harry !

Sa voix s'abaissa.

— Sans compter le nombre de fois où Lucius Malfoy a voulu vous tuer toi, Ron et Hermione. Et Drago…
Une grimace déforma son visage.
— Quel sale petit con… !

Harry acquiesça à cela. Drago Malfoy et lui gardaient une distance respectable l'un de l'autre depuis de nombreuses années et évitaient toute rencontre. La haine qui les avait animés durant leurs années d'étude avait disparu, mais Harry n'avait jamais souhaité un rapprochement. Trop de rancunes et de mauvais souvenirs les séparaient, de sorte que le gouffre entre eux semblait trop grand et trop profond pour que l'un d'eux ait l'envie de le franchir. Une aimable distance, oui, c'est tout ce qu'il souhaitait avec les Malfoy.
Et cette distance, leurs fils semblaient déterminés à la réduire allègrement.

— Il t'avait écrit pour t'en parler ?

La voix de sa femme le sortit de ses pensées.

— Albus ? s'enquit-il. Pourquoi l'aurait-il fallu ? Et puis regarde la mauvaise qualité de la photo, peu de luminosité. Il est clair que le cliché a été pris dans un endroit peu éclairé. Il n'y a personne, et tous deux semblent ignorer qu'ils sont pris en photo. Je ne pense pas qu'ils vivent leur relation au grand jour.

Il poussa ses dossiers et attrapa sa plume.

— Ce qui justifie que j'écrive dès maintenant au Sorcière Hebdo pour leur rappeler que ces enfants sont mineurs et qu'aucune photo ne saurait être publiée sur eux sans mon accord et celui du responsable légal de Scorpius.

— Tu évites le problème, souffla Ginny.

Harry fit courir sa plume sur le parchemin.

— Il n'y a aucun problème.


A Poudlard

Ils marchaient dans le couloir au milieu des autres élèves, en direction de la Grande Salle. Alors qu'ils approchaient de la grande porte, Albus soupira et prit la main de Scorpius.

— Qu'est-ce que tu fais ? siffla Scorpius, paniqué, en essayant de retirer sa main.

— Au point où on en est, inutile de faire semblant, grinça-t-il en resserrant les doigts autour de ceux de Scorpius.
Cherchant son courage, il entraîna Malfoy dans la Grande Salle.

Ils avaient gardé le secret pendant presque deux semaines. Personne ne savait qu'ils étaient ensemble. À part Rose, et Dorian, évidemment. C'est d'ailleurs la jeune Weasley qui leur avait discrètement fait parvenir l'exemplaire du Sorcière Hebdooù était publié l'article les concernant, en cours de Sortilège.

Ils s'installèrent à la table des Gryffondor, aux côtés de Rose, conscients que beaucoup de regards restaient sur eux. Mais toute l'attention de la salle ne les concernait pas. Un groupe de Gryffondor, une dizaine de personnes, était en furieuse discussion. Au milieu d'eux se trouvait Dorian, impassible. Il concentrait sur lui les regards courroucés.

— Tu ne peux pas quitter l'équipe comme ça !

Scorpius ne sut qui avait prononcé ces paroles, mais elles furent suivies de bien d'autres sur le même ton.

Alors c'était ainsi, Dorian voulait quitter l'équipe des Gryffondor. Pendant plus de deux semaines, il avait fait un effort considérable, participant à chaque entraînement sans broncher et sans querelle. Chose difficile, puisque sa seule pensée était d'envoyer un maximum de cognards dans la tête de James. Jusqu'à un clash, deux jours auparavant. Une simple remarque sur son jeu par son capitaine, et Dorian en était venu aux mains. Ross Finnigan l'avait empêché de cogner James, mais le point de rupture était atteint.

— Mais enfin, James, tu ne peux pas le laisser faire ça !

Ross, assis non loin à la table des Gryffondor, leva un instant le regard vers James Potter, mais celui-ci feignit d'ignorer la conversation.

Les grondements se firent plus insistants. Beaucoup enjoignaient Nott de s'expliquer sur sa décision.

Dorian passa nonchalamment la main dans ses cheveux, relevant la mèche qui couvrait sa cicatrice.

— Incompatibilité avec mon capitaine, déclara-t-il d'une voix atone.

Scorpius aurait voulu disparaître dans sa tasse de café et s'y noyer.

Un bruissement d'ailes et le courrier arriva, ce qui dispersa un peu l'attroupement des élèves qui coururent prendre les colis et enveloppes tombant du ciel.

Beaucoup reçurent le journal, et les regards se tournèrent vers Albus et Scorpius. Un hibou apporta une lettre à Albus, qui fronça les sourcils, reconnaissant l'oiseau des Potter.

Il ouvrit le parchemin, anxieux, la main presque tremblante.

— Mon père a vu le journal, dit-il doucement, et Scorpius retint sa respiration.
Il resserra nerveusement ses doigts autour de sa tasse à café.

— Qu'en dit-il ? s'enquit-il.

Les yeux d'Albus parcoururent rapidement les lignes, et la lecture le calma.

— Il dit qu'il a écrit une demande de rétractation au Sorcière Hebdo, sous peine de poursuites, et qu'il a fait appel au service de protection des mineurs pour arrêter les publications. Et il s'excuse de ne pas pouvoir faire plus, car notre nom fait vendre.

— Efficace... Quoi d'autre ?

— Que ma mère l'a réquisitionné pour décorer la maison pour Noël.

— C'est tout ?

Albus continua à lire et soupira.

— Apparemment.

Il cligna soudain des yeux comme s'il s'était trompé dans sa lecture et se tourna vers Scorpius.

— Il demande si tu veux venir quelques jours pendant les vacances de Noël.

La surprise puis un silence gêné s'installèrent entre eux, dans le brouhaha étouffé des élèves et les bruits de couverts.

— Est-ce que tu aimerais que je vienne ? demanda soudain Scorpius, faisant glisser le rebord de sa tasse à café sur sa lèvre inférieure après en avoir pris une gorgée. C'est plutôt cela, la question. Ce n'est pas à ton père de nous forcer la main.

— Il ne fait que demander, dit Albus en fronçant les yeux.

— Je sais.

Il se racla la gorge et poursuivit, la voix basse :

— Ça me rend nerveux. Je m'en prends à lui parce que je ne sais pas quoi répondre.

Albus plia la lettre et la mit dans son sac.

— La réponse est oui, j'aimerais que tu viennes.

Il hésita et ajouta :
— Je suis conscient que c'est compliqué.
— Parce que je suis un Malfoy...
— Oui, pour cela aussi... murmura Albus.

Scorpius soupira. Évidemment, Albus n'avait pas pensé à son nom et au passé de leur famille en premier. Ce qui l'inquiétait, c'est que James aussi serait là.

Il n'avait pas adressé la parole à son frère depuis le jour où il l'avait frappé. Tous deux gardaient leur distance, et cela attristait le jeune garçon, mais il était trop en colère contre son frère. Malfoy se disait qu'il faudrait du temps pour qu'Albus « digère » ce qui s'était passé. Il y pensait souvent, même s'il essayait de le cacher. Le moment le plus évident était quand ils s'embrassaient et se touchaient. Albus prenait grand soin de ne jamais forcer Scorpius et observait ses moindres réactions, effrayé de lui déplaire ou de le mettre mal à l'aise en lui faisant faire ce qu'il ne désirait pas. De sorte que Malfoy le rassurait constamment, n'hésitant pas à le formuler textuellement : « J'aime tes mains sur moi », « Oui, touche-moi », « Embrasse-moi ». Mais c'est difficile d'expliquer à une personne qu'on a envie de la dévorer ou qu'elle vous dévore.

Derrière toute cette délicatesse, il y avait l'ombre de James et le fait qu'Albus détestait ça. Il détestait que le corps de Scorpius garde le souvenir des caresses de James mais aussi d'admettre que son frère, si parfait, puisse être une ordure. Et Malfoy le savait.

Un instant, Scorpius l'observa, dessinant des yeux le contour de son profil, glissant son regard sur son front, puis s'attarda sur ses yeux d'un vert brillant et plein, d'une couleur vibrante, assombrie par de longs cils qui s'animaient à chaque battement de paupière, trop lents, alors qu'Albus se perdait dans ses pensées.
Sa bouche était légèrement pincée, par l'amertume et la colère sans doute, et ses lèvres palissaient, perdant leur rose.
Il serrait souvent les lèvres maintenant, et Malfoy n'aimait pas cela, car il savait qu'Albus pensait à James.
Il se pencha doucement sur le garçon, et une senteur lui parvint. L'odeur de sablé à la cannelle s'attardait sur son souffle, alors qu'il entrouvrait enfin les lèvres pour soupirer, et Scorpius eut envie d'en goûter la saveur.

D'où venait cette fragrance de cannelle ? Du curd bien sûr, une confiture anglaise que Scorpius n'appréciait pas vraiment. Mais Albus en prenait chaque matin ; le pot était d'ailleurs ouvert à côté de son thé.

Il se pencha un peu plus, attiré, et Albus leva les yeux vers lui et lui sourit. Il sembla sur le point de se pencher vers lui, pour un baiser, que Scorpius n'avait pas l'intention de lui refuser, malgré la salle bondée et bruyante.

Une folie du moment.

Une main dans le dos interrompit son élan et le fit presque sursauter. Dorian se trouvait derrière lui. Ses yeux étaient cernés et son teint pâle, signe d'un manque de sommeil évident. Il ressemblait un peu à son père à la peau cireuse, ce qui effraya Scorpius.

— Tu as deux minutes ? demanda Dorian, sa voix profonde, presque sombre.

— Les cours vont commencer…

— Ça prendra vraiment deux minutes, il faut que je te parle.

— On se rejoint en cours, dit Scorpius à Albus en se dégageant du banc, puis il suivit Dorian vers l'entrée de la Grande Salle.


Classe d'arithmancie...

— Monsieur Malfoy, vous avez cinq minutes de retard. Veuillez passer devant la classe pour compléter cette formule d'arithmancie, en utilisant l'alphabet de Tripolie, je vous prie, et vous passerez votre prochaine heure en retenue avec moi. Vous aviez un temps libre, n'est-ce pas ? Allons, dépêchons, dépêchons !

Scorpius avait pourtant passé la porte sans bruit, ravi que, malgré sa lourdeur, la porte de bois n'avait pas grincé en tournant sur ses gonds. La moitié de la salle avait été franchie avec succès sur la pointe des pieds, dans le dos du professeur, qui écrivait au tableau avec sa baguette.

Il avait rejoint son siège et commencé à déballer ses affaires quand la voix de baryton du professeur l'avait appelé devant la classe. Albus lui lança un regard navré, et il abandonna son sac ouvert sur le bureau pour compléter l'équation de numérologie que le professeur bedonnant et mal rasé avait commencé à écrire.

Heureusement, il était doué dans la manipulation des nombres, car le professeur Baxter n'était pas tendre avec les élèves qu'il interrogeait.

Alors qu'il aboutissait à la fin de l'équation, le professeur se posta derrière lui.

— Parfait, monsieur Malfoy, parfait, vous avez un don avec les chiffres. Je suppose que votre devoir de retenue ne vous posera aucun problème, à savoir : quelle est l'interprétation de la numérologie par Septimus Tripolie et de Pythagore dans le nombre d'expression, le nombre intime et le nombre de réalisation ?

— Mais c'est impossible à faire en une heure ! grinça Scorpius en baissant sa baguette.

— Je le pense en effet. Vous me rendrez donc le devoir complet pour le prochain cours. À votre place, monsieur Malfoy.

Scorpius serra les dents, retint toutes les remarques acides qu'il menaçait de déverser sur le professeur, et traîna des pieds jusqu'à sa place.

— Crétin, souffla-t-il en fixant des yeux furieux sur le professeur.

— Qu'est-ce qui t'a retenu aussi longtemps ? demanda Albus en plaçant le livre au milieu du bureau.

— J'essaie de convaincre Dorian de ne pas lâcher l'équipe, chuchota Scorpius en sortant ses affaires. Il a ça dans le sang, il pourrait même passer professionnel s'il le voulait. Dès l'année prochaine, il pourra prendre la place de capitaine de Gryffondor, mais pour cela, il doit rester dans l'équipe.

Albus admirait l'attitude contenue de Dorian envers James. Il n'était pas sûr qu'il aurait pu agir avec la même indifférence. Nott avait une réelle maîtrise de lui-même. C'est pourquoi le coup d'éclat sur le terrain de Quidditch, deux jours auparavant, l'avait surpris.

— Il a tenu pendant plus de deux semaines, qu'est-ce qui l'a fait changer ?

Du coin de l'œil, il vit Scorpius tressaillir puis déglutir presque péniblement.

— C'est compliqué, répondit Scorpius d'une voix hésitante. Ses yeux évitaient de croiser le regard d'Albus. Je pense qu'il y a des choses que je n'aurais pas dû lui montrer. Ça envenime les choses.


Dix minutes plus tôt...

Assis sur un banc de pierre parmi les alcôves, Dorian lui tendit la fiole et Scorpius cessa un instant de respirer. Il hésita à la toucher ; quelque chose l'écœurait, son contenu sans doute. Il la prit et la mit rapidement dans son sac.

— Tu l'as vue ? demanda-t-il doucement.

Dorian inspira profondément et acquiesça.

— J'ai craqué sur le terrain de Quidditch le jour où je l'ai regardée, oui. Ça m'a mis encore plus en colère contre James. Je ne pensais pas que cela soit possible. Alors, quand il m'a demandé de recentrer ma position sur le terrain — ce qu'il avait légitimement le droit de demander —, je me suis jeté sur lui… Simplement parce que je ne pouvais pas avoir l'autre, j'ai voulu que James soit à terre. Si Ross ne m'avait pas plaqué au sol, je l'aurais bousillé.

— Je n'aurais jamais dû te montrer cela.

— Non. Ne regrette pas, s'il te plaît. Je voulais savoir, mais je suis plus lâche que je le pensais, je n'arrive pas à le supporter. Je trouve que c'est terrible… terrible. Et tu aurais dû m'en parler le jour même !


Retour dans la classe d'arithmancie...

— Des choses sur James ?

Scorpius s'extirpa de ses souvenirs, surpris par le ton acerbe de cette demande.
James, James, James...Malfoy était fatigué d'entendre ce nom et de savoir qu'Albus y pensait.

— Non.

Mais Albus le jaugeait avec insistance, tapinant nerveusement du pied. Il ne le croyait pas, et Scorpius sentit la colère l'envahir.

— S'il s'agissait de James, je t'en aurais parlé. Je t'ai dit que je ne te cacherai plus rien concernant ton frère.

Albus détourna le regard, secouant la tête. Il n'arrivait pas à se convaincre que Scorpius disait vrai. Trop de choses le rendaient suspicieux. Un passé court et pourtant lourd de secrets désagréables. Et il savait que, dans les secrets et le mensonge, Malfoy excellait, même s'il le faisait avec les meilleures intentions du monde.

— Et lui ? demanda Albus, préférant changer de sujet plutôt que de creuser celui qui le mettait en colère.

— Quoi, lui ?

— Dorian, que voulait-il te dire ? C'est lui qui voulait te parler au départ.

Scorpius parut hésiter à nouveau, et Albus le sentit.

— Il voulait me rendre quelque chose que je lui avais prêté.

— Ça ne pouvait pas attendre ?

— Non, pas vraiment. Mais pour l'équipe, il a dit qu'il y réfléchirait.

Changement de sujet, bien sûr,pensa Albus.

— Comment tu as fait pour le convaincre ?

— Je lui ai demandé d'être égoïste.

Albus haussa un sourcil.

— De vivre pour lui, expliqua Scorpius. Je lui ai dit que mes erreurs deviennent plus atroces lorsqu'il les porte aussi. Que s'il orientait ses actions en rapport avec ce qui s'était passé, il leur donnait une autre importance, une autre tragédie. Cela rendait les choses encore plus graves et sordides.

Il hésita et ajouta doucement :
— Et je lui ai dit d'oublier ce qu'avait fait James, c'est mon fardeau et le sien.

Albus étouffa un rire sombre et mauvais.
— Ah. Il était d'accord avec ça ?

— Non, pas du tout, mais cela l'a tout de même fait réfléchir. » Scorpius hésita et se mordilla la lèvre. « Et cela est valable pour toi aussi.

— Ce n'est pas si simple.

— Je sais.
Il attrapa la main d'Albus sous la table et la serra.
— Donne-toi du temps. C'est ce que je fais.

Albus lui sourit, un vrai sourire cette fois, plein de douceur, et il reporta ses yeux sur le tableau.
Quand le cours se termina, Albus rassembla rapidement ses affaires dans son sac.

— Tu es pressé ? demanda Scorpius, étonné de la rapidité avec laquelle Potter avait rangé ses livres alors qu'il avait un temps libre pour cette heure.

Albus haussa les épaules et Scorpius fronça les sourcils, suspicieux. Cela fit sourire Potter, qui se pencha sur le garçon pour l'embrasser, ignorant le regard des quelques élèves qui traînaient à sortir. Acceptant le baiser, Scorpius se retint de passer ses bras autour du cou du garçon. Un raclement de gorge du professeur Baxter les ramena à la réalité.

— Je passerai à la fin de ta retenue, murmura Albus en mettant fin au baiser. Pour être sûr que tu sois à l'heure au prochain cours.

— Délicate attention, dit Scorpius, les joues rougies, alors qu'il s'éloignait et passait devant la classe. Il adressa un rapide clin d'œil à Albus avant de s'asseoir au premier rang pour son heure de retenue.

Potter sourit, puis s'éclipsa, le cœur battant, honteux de ce qu'il avait l'intention de faire.


Albus accéléra le pas, déterminé. Il s'en voulait terriblement, mais il ne regrettait pas son action. Il pourrait attendre que Scorpius lui parle, mais il ne lui faisait pas confiance. C'était vrai, il n'y arrivait pas.
Scorpius lui devait la vérité, il la méritait. Il lui avait laissé passer tellement de choses et pourtant il continuait à parler dans un langage crypté ou évasif. Il méritait plus, il méritait que Scorpius lui ouvre son cœur, l'arrache de sa poitrine et le lui présente sur une assiette en argent, bon sang ! Il méritait cela !

C'est ce qu'il se disait encore en arrivant dans la salle de charmes où se trouvait une vieille pensine en pierre. Il serrait la fiole tellement fort que sa main en était moite.

Quand Scorpius avait laissé son sac sur la table pour aller au tableau, Albus avait aperçu le tube en verre et avait reconnu la substance translucide qui glissait à l'intérieur. Il se souvenait que Scorpius l'avait donnée à Dorian le jour où James et lui avaient été découverts. Sans réfléchir davantage, il avait pris la fiole et l'avait placée dans sa robe de sorcier. Les remords l'avaient tout de suite assailli. Mais quand Scorpius avait été réticent à répondre à ses questions, la jalousie avait eu raison de sa culpabilité.

Pourquoi tu ne m'as pas parlé de cette fiole ? Pourquoi cacher que Dorian te l'a rendue et que c'était pour cela qu'il avait voulu te parler ? C'est à cause de James ? Ou d'autres secrets encore ? Pourquoi Dorian peut savoir et pas moi !

Il traversa la salle de classe et s'approcha de la bassine en pierre sculptée. Il ouvrit la fiole et versa son contenu dans la pensine. Le liquide translucide se mêla à l'eau argentée.
Les mains crispées sur le rebord de pierre, il hésita. Tout d'un coup, il n'était plus sûr de vouloir « voir ». La vérité... il avait peur. Peur de voir James et Scorpius ensemble, de voir leurs caresses, leurs corps à corps, leurs baisers. Même si Malfoy n'avait pas désiré cela, il avait peur de découvrir crûment ce qu'ils avaient fait et comment ils l'avaient fait.

Mais le besoin de savoir supplantait la peur. Il inspira et se résigna.

Pardon Scorpius, souffla-t-il et il plongea la tête dans la pensine.

Fin du Chapitre 25


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