Bonjour à tous !

On se retrouve aujourd'hui pour un nouveau chapitre de nos aventures. Cela ne conclu pas encore les aventures de Novigrad, mais presque.

Merci à Sebferga pour la review et crois-le, cette histoire a été un plaisir à écrire. Surtout parce que c'est une collab.

Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt !

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Ace n'avait peut-être que sa chemise de lin deux fois trop grande pour lui et son pantalon, mais ce n'est pas pour autant qu'il n'avait pas l'air effrayant quand il descendit comme une flèche les escaliers depuis les chambres pour donner une claque retentissante au barde. Un peu plus et la tête du chanteur faisait un tour complet !

- Aouch ! protesta Jaskier.

- Aouch ? C'est tout ce que tu as à me dire ? Aouch ?! Je vais te donner une bonne raison de te plaindre, moi ! dit Ace.

- Ecoute, je rentre tout juste chez moi après une expérience épuisante, même si enrichissante ! Aïe !

Ace venait de lui donner une nouvelle claque sur l'autre joue. Prenant une mine boudeuse, le barde plaqua ses mains sur ses joues pour les protéger de la colère du mutant.

- Mais c'est quoi ton problème ?! s'indigna le musicien.

- Mon problème ? T'es allé raconter des conneries à tout le monde sur ma vie sentimental et résultat, y'a une putain de foutu balade traitant de ma vie de couple qui se répend dans Novigrad ! Le concept de vie privée, ça te parle ?!

- Alors, déjà, je ne raconte pas de conneries comme tu dis. Je ne fais qu'enjoliver les faits, se défendit le barde. Ensuite, tout Vergen se noie sous les commérages et spéculation depuis que ton cher et tendre époux a décidé que vous deviez fêter vos retrouvailles avec une passe d'arme devant l'entrée de la taverne. Tu l'as cherché, je n'y suis pour rien.

- Ouuuuh toi !

Le D. attrapa le barde par le col et le secoua si fort qu'on s'attendait presque à ce que la tête se détache tellement elle ballottait. Geralt les sépara en dépit des "bouuuuh" de Zoltan et Thatch.

- Ça suffit.

- Mais il est allé raconter des énormités sur ma vie et mes retrouvailles avec mon époux et tu veux que je reste de marbre ?!

- Si tu le tues, on ne saura jamais…

- LUFFY ! se rappela le pirate.

Et il secoua encore plus fort et vite le barde.

- OÙ EST MON PETIT-FRÈRE ESPÈCE D'ABRUTIS ?!

- Ace, arrête, il commence à être vert et je veux pas nettoyer son vomi sur le plancher, intervint Zoltan.

Le logia lâcha le barde qui tituba et tomba sur ses fesses.

- ~Il y a des dh'oines qui n'ont aucun instinct de conservation. Et le barde en fait partie,~ marmonna Mandos en langue ancienne. ~Portgas ? Je peux aller voir Kali ?~

- Non, Mandos, répondit le Chat Noir.

Kali lui avait bien spécifié qu'elle ne voulait pas être vue telle qu'elle était à présent. Surtout de Mandos. Elle ne voulait pas repousser, effrayer ou écœurer le garçon qu'elle voyait comme son petit-frère. Elle avait honte de sa forme, de son état, de sa condition.

- Sinon, vous avez fait les présentations ? grommela le D. alors que Mandos s'asseyait sur le bord de la table la plus proche.

Mandos secoua la tête.

- Jaskier, voici Mandos Cerbin, Aen Seidh guérisseur et sorcier, présenta le vampire. On l'a pris sous notre aile. Kali…

- Kali ? Répéta Jaskier.

- Shiva a repris son nom précédent qui était Kali. Cherche pas plus, soupira Ace en se laissant tomber sur une chaise.

- Donc, Kali l'a littéralement adopté comme son petit-frère, termina Thatch.

- Enchanté et bienvenu dans la troupe, donc, Mandos. Marco doit être heureux d'avoir un autre médecin pour l'assister.

- Il est parti pour le Kovir pour l'évacuation des mages. Toi, tu dois répondre à des questions, rappela Zoltan.

- /On va éviter de rentrer avec les détails ou il serait capable de faire une chanson à ton sujet/, précisa Ace à Mandos avant de revenir à Jaskier. Bon. Où sont Ciri et Luffy ?

- Ton frère aura failli avoir ma mort une demi-douzaine de fois. Il est inconscient ou stupide.

- Ils sont restés combien de temps ? se renseigna Thatch.

- Une semaine. Une semaine et demi…

- Et tu as failli crever juste une demi-douzaine de fois ? Luffy devait soit être préoccupé, soit malade, marmonna le Chat Noir d'un ton pensif. Je devais le récupérer dans la bedaine d'un crocodile deux à trois fois par jour quand on était gosse.

Jaskier adressa un regard trahi à l'aîné des D. pour ne pas avoir compati à son malheur.

- Trêve de bavardage et passons aux points importants, réclama Geralt à bout de patience.

- Si vous ne les avez pas vu, je ne peux vous aider, leur dit tristement le barde.

- Et tu les as vu quand pour la dernière fois ?

- C'était sur l'île du temple nous fuyons les hommes du Petit Bâtard…

- Version courte, réclama Zoltan en ramenant de quoi boire pour tout le monde.

- Très bien. Il s'avère que la garde du temple a pris part à la poursuite parce qu'ils cherchaient à mettre la main sur Doudou, soupira Jaskier. Ils nous ont poursuivis dans toutes les rues de Novigrad. On a fini par se retrouver pris au piège sur le parvis du temple. Là, on a percuté par erreur un des haut-prêtres qui a demandé à ce qu'on nous arrête. C'était un capharnaüm total et les dons étranges de ton frère n'ont fait que rendre les membres de l'église encore plus zélé.

Pas surprenant. On peut se poser des questions quand on se prend un coup de poing d'une personne qui est pourtant à plusieurs mètres de nous sans qu'elle ne se soit rapprochée.

- Ils m'avaient dit de fuir, mais Ciri s'est effondrée de fatigue avec une vilaine plaie dans le ventre. Luffy la protégeait seul. Mais un garde l'a visé par derrière avec une arbalète. J'ai voulu me jeter sur lui pour le sortir de là, puisqu'il ne l'avait pas vu, mais Ciri s'est volatilisé avec lui en usant de ses dons. Avant que je ne puisse faire quoique ce soit, j'étais encerclé et eux… bien loin j'imagine… c'est tout de même une sacrée aventure. Un instant, nous faisions le casse du siècle et le suivant, on était poursuivi par des tueurs. J'ai mis la main sur une source d'inspiration inépuisable pour mes balades !

- Jaskier ?

- Oui, Ace ?

- Si tu ne veux pas que je te sodomise avec ton luth, n'essaie même pas.

- Je pense que l'histoire du vampire qui le trimballe comme un sac de grain assurera le succès de ses futures balades, commenta Geralt.

- Tu te fais grincheux avec l'âge, mon vieux, commenta Jaskier.

- Quand on entend des ivrognes essayant de chanter Jette un sou au sorceleur quand tu viens acheter des provisions, il y a de quoi. Le fait est que nous sommes inquiets. Ciri et Luffy sont en danger, et nos pistes s'amenuisent lentement.

- Je vous dirais bien d'avoir confiance en eux, mais… Ciri est en train de faire une chose très stupide à mon sens.

Ace releva le nez de sa déprime de voir une nouvelle chance de revoir son frère s'envoler. Que faisait donc la petite demoiselle pour que le barde dise cela ? Jaskier regarda autour de lui d'un air hésitant, fixant les membres du groupe, avant de faire signe à Geralt de le rejoindre dehors. Sans un mot, le Loup Blanc accepta l'invitation. Une fois la porte fermée, Jaskier fit quelques pas dans la cour avant de soupirer et de tirer de son pourpoint un parchemin qu'il donna à son ami.

- Ciri a profité du temps qu'elle a passé ici pour acheter ceci. En grosse quantité. Et elle essayait de se nourrir exclusivement de ça.

C'était un nouvel élément à rajouter à ce qu'il avait appris du baron.

- Elle cherche à devenir une vraie sorceleuse, n'est-ce pas ? devina Jaskier.

Le silence de Geralt valait toutes les réponses.

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Ace était en train de considérer l'idée d'aller se coucher ou attendre Jaskier pour savoir s'il avait plus d'informations à fournir. Ils avaient placé tant d'espoir en Jaskier et finalement, c'était pour se retrouver le bec dans l'eau. Il ne restait que Skellige. Mais Skellige, c'était un ensemble d'îles. Donc très grand.

- /Ace … peux-tu me dire pourquoi je ne peux pas voir Shiva ?/

La question de Mandos coupa le D. dans ses ruminations.

- /Kali. Je sais, elle s'était présentée de base avec le nom de Shiva mais aujourd'hui, c'est de nouveau Kali. Ce n'est pas la première fois qu'elle change de nom depuis que je la connais et ça ne sera certainement pas la dernière./

Et il recommença à regarder Zoltan et Thatch sans les voir. Mais Mandos n'avait pas l'intention de céder pour autant.

- … /Comment va Kali ? Et pourquoi, Ace ?/

Le mutant serra les poings. C'était déjà assez difficile comme ça, il ne pouvait pas laisser tomber et attendre, comme tout le monde ?

- /Elle va très mal, merci Mandos et non, tu ne peux pas aider. Si tu ne peux pas la voir, c'est parce qu'elle n'est pas dans un état le permettant./

Il ne fit rien pour cacher sa fatigue, son agacement et son amertume. Ce n'était vraiment pas le moment. Kali avait besoin de tranquillité, elle souffrait déjà bien assez. Pas besoin d'aller la blesser dans sa fierté et son amour-propre déjà en miette en l'exposant comme un phénomène de foire.

Alors, Mandos baissa la tête.

- /… Peux tu lui dire que… je serais la dernière personne qui souhaiterait lui faire du mal, même par accident ? Et que je… j'espère qu'elle ira mieux et que si elle veut me voir, je viendrais. /

- /Elle dort la majorité du temps et ne peut pas parler. Ou du moins, articulé. Pour information, sa transformation se déroule en sept étapes successives. La fois où les Moires l'ont attaqué, elle est tombée à l'étape quatre. Là, elle se remet de la sixième. Et elle a besoin de repos. Beaucoup de repos./

- /Merci … de m'avoir répondu. /

Et il se leva au moment où Geralt et Jaskier rentraient.

- Je vais aller travailler dans un coin de ma chambre en haut. Si quelqu'un me cherche. Je reste tranquille. Au besoin, vous savez où me trouver.

- Bonne nuit Mandos, souhaita Geralt avant de se tourner vers son camarade mutant. Ace, combien de temps avant que Kali ne soit apte à répondre à des questions ?

- D'ici demain soir, elle devrait être capable de le faire, pourquoi ?

- Ciri se renseignait sur une malédiction, expliqua Jaskier.

- Ce que Kal' soupçonnait depuis qu'on a récupéré le phylactère… c'est tout ?

- Ciri ne cessait de répéter la formule d'une malédiction pour ne pas les oublier, dit Geralt. De l'elfique. Je ne vais pas te demander la traduction, Mandos.

- On soumettra la formule à Kali quand elle ira mieux, dit Thatch en intervenant pour la première fois. Cependant, à défaut de meilleure piste, il nous reste l'option Skellige. Je vais faire un tour sur les quais pour chercher un capitaine voulant bien nous y mener.

- Eh bien, je vais voir ce que me veut Reuven pour me demander de le rejoindre au Passiflore, annonça Ace. Et j'espère vraiment que c'est pas pour sauter dans mon armure, sinon, ça va barder.

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Ace n'avait pas d'autre solution. Mais ce n'était pas pour autant que ça lui plaisait. Il avait besoin de quelqu'un d'assez rapide pour agir si ça n'allait pas. Et assez fort pour ça. Et quelqu'un en qui il pouvait confier sans risque la santé de sa meilleure amie, quasi sœur. C'est pour cela qu'il toqua brièvement à la porte de Mandos et attendit. Mandos vint lui ouvrir avec une bonne moitié du visage couvert de craie. Il en avait sur les mains, les bras et même dans les cheveux.

- Oui Ace ? Il y a un souci ?

- Thatch n'est pas rentré et Geralt est introuvable. Sauf si tu es occupé, j'aurais besoin… si tu le veux bien, je peux comprendre que mon refus de tout à l'heure te soit en travers la gorge…

Le D. soupira et arrangea son sac sur son épaule.

- Je reviens de ma visite à Dijkstra. Je vais être absent un moment et j'ai besoin de quelqu'un de puissant et compétent pour veiller sur Kali. Tu veux bien t'en charger ?

- Oh ? Euh… oui ? Pourquoi je refuserais ? Tu es celui qui était le mieux placé pour Kali. Je peux comprendre pourquoi tu la protèges… Je ne suis pas, à proprement parler, occupé. Ça peut attendre ça ...

Et il se tourna pour regarder sa chambre dont le sol était couvert de calculs, de runes et autres symboles, certainement tout aussi magique. L'elfe attrapa une serviette pour se débarrasser de la craie qui le couvrait.

- Cependant, il y a une condition à respecter. Non négociable. Tu la violes, je t'assure que je te le ferais regretter. Et tu blesseras Kali surtout, si tu ne suis pas cette instruction. Capiche ?

- Aye, cap'tain. Je respecterais ta condition. Et blesser Kali est bien la dernière chose que je voudrais faire. Donc … quelle est la condition ?

- Elle est actuellement cachée sous la couverture. A moins qu'elle ne te le dise elle ou qu'elle en émerge volontairement, tu la laisses dessous. Tu ne la découvres pas. Surtout pas.

Il adressa un regard très sérieux à Mandos. Kali serait brisée de savoir que Mandos avait massacré son cocon artificiel qu'était la couverture où elle essayait de retrouver ce qu'elle était et abandonnait sa carapace monstrueuse. Mandos hocha la tête et Ace lui fit signe de le suivre jusqu'à la chambre. Le D. hésita un instant devant la porte, avant de l'ouvrir. Comme il l'avait vu en partant, la silhouette disloquée de Kali, loin de ce qu'on pourrait associer à une humanoïde, était toujours sous la couverture. Sa longue chevelure emmêlée et neigeuse à peine visible au niveau de la tête de lit, avec deux de ses griffes. Mais on ne voyait rien de plus d'elle.

- J'ai mis de l'encens sur la table de chevet, assure-toi qu'il brûle en permanence, ça l'aidera à se détendre et donc, souffrir moins. Les craquements osseux que tu peux entendre de temps à autres sont normaux. Elle dort et va dormir la majorité du temps, jusqu'à demain soir. Si elle se réveille, elle ne pourra qu'émettre des grognements, sa mâchoire est incapable d'articuler quoi que ce soit dans l'instant. Question ?

- La langue des serpents fonctionne si elle veut parler ?

- Si ça implique de sortir la langue de la bouche, ça va être difficile et douloureux pour elle.

- Non. Pas exactement. Enfin… je ne tire pas la langue en l'utilisant. Bien, je prendrais attention pour l'encens et je donne ma parole que je respecterais ta condition et ses tenants.

- Merci.

Ace lui serra l'épaule avant de s'asseoir sur le bord du lit et de murmurer quelques mots à la convalescente, avant de se lever. Il regarda sa nakama encore une fois, avant d'adresser un hochement de tête à Mandos et de partir. En bas, il retrouva Iro et King qui gardaient encore une fois un œil sur Uma pendant que Zoltan servait des clients.

- Si Geralt ou Thatch reviennent, tu peux leur dire que je suis parti récupérer du fric pour le voyage jusqu'à Skellige ?

- T'es sur un contrat ?

- Reuven m'a demandé de trouver quelqu'un.

- Oh ? Venant de lui, ce doit pas être quelque chose d'aussi banal qu'un proche disparu dans la nature et certainement dans l'estomac d'un monstre.

- Surtout quand Vernon Roche fait lui aussi la demande. J'y vais.

- Bonne chasse, le Chat.

- Merci. Je vais en avoir besoin. Iro, on y va.

La panthère se leva et suivit son père d'adoption hors de la taverne. Le mutant prépara Shinigami pour la sortie.

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Il y avait longtemps qu'il n'avait pas été seul sur les routes. Enfin aussi seul qu'il pouvait l'être avec Iro et Shinigami. Étrange à dire, mais… il aimait ça. Cette solitude, ce tête à tête avec le feu de son camp de fortune.

Ace se laissa aller un peu plus contre l'arbre derrière lui, Iro dormant avec sa tête sur sa cuisse. Il fouilla sa sacoche et sortit un monocle en argent qu'il avait récupéré à Blanchefleur. On ne lui avait donné aucun nom. On lui avait seulement dit que l'homme avait une couverture de cordonniers itinérants, mais il ne connaissait qu'une seule personne dans tout le nord ayant la tête de l'emploi. Ce bon vieux Thaler.

Il rangea de nouveau le monocle et regarda les arbres et les marais. Il n'aimait pas Velen. Vraiment pas. Mais encore une fois, il n'avait pas le choix.

Le contact qu'on lui avait dit de consulter se trouvait être un soldat de Radovid, à l'avant-poste de la frontière temporaire entre le nord et le sud. Apparemment, la veille, on lui avait signalé une carriole de cordonnier à l'abandon. On lui avait donné une vague direction et le mutant s'était remis en route. Il soupira et arrangea sa position pour se rouler en boule autour de sa panthère. Et fermer les yeux pour dormir un peu. Il en avait besoin après avoir veillé Kali.

Le lendemain, aux premières lueurs de l'aube, il était déjà en route et en selle. En suivant le semblant de route terreuse, il tomba facilement sur la carriole de cordonnier. Et elle était étrangement intact. Le sorceleur descendit de cheval et s'approcha pour examiner les environs. Outre les chaussures à l'abandon, il y avait des signes de lutte. Et une marque de corps qui tombe, comme si on avait assommé quelqu'un. Il tourna la tête quand Iro l'appela. Elle avait trouvé une chaussure entre les herbes. En s'approchant, le D. nota qu'on avait semé des chaussures comme le Petit Poucet semait des cailloux blancs.

- /On y va./

Le duo se mit en traque, s'enfonçant dans les sous-bois pour trouver où menaient ces chaussures. Ils avancèrent à grands pas, mais pas sans prendre le temps de chercher des indices autour sur ce à quoi ils auraient affaire. Jusqu'à tomber nez à nez avec un troll des cavernes… au comportement pour le moins particulier. En effet, celui-ci semblait observer un tas de bottes et autres chaussures en montagne devant lui. Pourquoi ? Très bonne question. Ace fit signe à Iro de rester tranquille avant de s'avancer. Gérer les trolls faisait appel à la compétence qu'il avait acquis à force de gérer son frère : la patience. Sans se cacher, il s'avança et salua chaleureusement le troll.

- Sourcereur partir. Chaussure choisir Rogg ! lui dit immédiatement la bête en se mettant en protection devant le tas de bottes.

- Je vais pas te les prendre, pas d'inquiétude. Du moins, pas celles-ci. Mais il n'empêche que je suis curieux de comment tu en as obtenu autant.

- Chaussures pousser ici. Comme champi-pi… pi.

- Tu es un vilain menteur. Regarde.

Ace leva une jambe et tourna son pied pour bien montrer sa botte renforcée, avant de le reposer.

- Moi aussi j'en ai, donc, je sais que ça ne pousse pas par terre, même si on le voudrait. Allez, dis-moi la vérité.

Dommage que Kiyan ne soit pas là, parce que du point de vue du Chat Noir, il n'y avait rien de plus rafraîchissant et agréable de traiter avec des trolls. Ils avaient un esprit tellement simple et terre à terre, pas à se compliquer les choses ou tromper les autres. Bien trop direct. Et pas assez discret. Subtilité et sournoiserie n'étaient pas dans les traits de ces créatures.

Sauf que le troll, Rogg, ne voulait pas parler.

- Hmmm… hmmm… Rogg pas dire. Sinon Ogg et Pogg colère.

- Ce sont tes amis ? se renseigna Ace en allant s'asseoir sur un rocher.

- Ogg-Pogg grands trouveurs ! Trouver zhomme dans chariot, beaucoup chaussures !

- Et si je leur dis que c'est après moi qu'ils doivent être en colère, tu me diras où ils ont pris l'homme ?

Le troll hésita avant de tendre son bras dans la direction des arbres et d'une colline.

- Ogg-Pogg zhomme dans caverne. Là-bas.

- Dans la soupe ?

Le troll tira la langue.

- Non. Zhomme pas bon. Pas de viande. Plein d'os. Beurk.

Ce qui correspondait à Thaler qui était plutôt maigrelet dans ses souvenirs, outre un petit bide dû à l'alcool.

- Ogg faire zhomme chaussure faire. Pour Ogg, Pogg et Rogg.

Ace n'allait pas chercher à savoir pourquoi diable des trolls voudraient avoir des chaussures. Il tenait à son cerveau. Il se releva, salua de la tête le troll et reprit sa route, Iro jetant un regard méfiant sur la créature jusqu'à ce qu'ils ne la voient plus. De toute façon, ils étaient désormais devant l'entrée d'une caverne. Pas bien profonde, puisqu'ils entendaient la voix nasillarde de Thaler parvenir jusqu'à eux. Et c'était sans prix, donc, le D. s'arrêta pour écouter :

- Quand Ogg taper, zhomme toujours mourir, disait un troll.

- Alors arrête de taper, merde ! Pousse une gueulante, ça suffit ! disait l'homme au sujet .

- Heeee ? répondit un troll.

- Tu vas voir le gars, tu fronces les sourcils et tu montres les dents en lui disant "Va te faire foutre sale bâtard" ! C'est simple, non ?

Pas pour des trolls. Thaler l'avait réalisé.

- D'accord, on va passer à l'entraînement.

Et il leur donna une phrase bien vulgaire que chacun devait répéter. Mais c'était bien trop complexe, donc, il changea d'idée pour quelque chose de plus simple.

- Es-pè-ce de sa-laud. Répétez ça.

- Es...paud ?

- Mais non putain ! Pourquoi je me fais chier avec un idiot pareil ?

Par contre, les trolls comprenaient ça, puisque Ogg rappela à l'ordre Thaler. La réponse de l'ancien maître espion : tu m'fais chier, j'vais pisser.

Ace se pinça le nez et resta dans l'ombre, immobile, se basant sur le bruit pour savoir quand est-ce que Thaler aurait fini sa petite affaire. Quand il entendit l'ex-receleur de Wyzima ranger son arsenal, le D. s'avança :

- Tu sais qu'à cause de toi, Maria-Louisa a failli me tuer, Thaler ? T'as conscience du nombre de jurons qu'Anaïs a appris avec toi ?

- Portgas ! Bordel ! Y'avait longtemps ! s'exclama le maître espion en voyant le Chat Noir apparaître dans la maigre lueur du feu sous un chaudron autour duquel était réuni les trolls Ogg et Pogg.

- Femelle qui ? demanda l'un des troll.

- Relax, Ogg, ce matou est une très vieille amie !

- Matouamie partir ! Ou nous jeter dans soupe !

- J'ai pas assez de viande. Trop d'os et de nerfs. Sans compter les mutations. Le peu de viande est dégoûtante, répondit du tac-o-tac le sorceleur.

- Ah c'est certain ! Regardez-moi ce foutu matou ! De la peau et des os sur toute la longueur !

Le D. jeta un regard aux trolls et Thaler compris :

- Bien, gentletrolls, il est l'heure pour moi de reprendre ma route. Vous… entraînez-vous à ce que je vous ai appris. Je vous ferai passer un putain de contrôle la prochaine fois que je serai dans le coin.

Thaler dépassa Pogg pour rejoindre Ace, puis arriva au niveau de Ogg qui lui coupa la route avec un bras en lui sortant dans des termes clair et assez vulgaire (pour qu'on puisse bien sentir que les cours de l'espion n'était pas pour rien) que l'homme devait rester ici pour faire des chaussures.

- Je veux bien que vous soyez devenus amis, mais il est attendu pour un truc très important, dit diplomatiquement le mutant.

- Tala va foutu nulle part ! Tala faire chaussures ! Tala rester ici. Toi avoir chaussures ! Ogg pas avoir chaussures, Rogg pas avoir, Pogg pas avoir. Tala faire chaussures, Tala partir.

Ace eu un éclair de génie et s'approcha.

- Je peux mettre mon pied à côté du tien ?

Le troll hésita puis avança une jambe. Ace se tourna pour être dans le même sens et mit son pied juste à côté.

- T'as vu la différence de taille ? Tu as de très grands pieds, ce qui est normal pour un troll. Et ça veut dire aussi beaucoup de cuir. Est-ce que tu en as ?

- Euuuuh...non ?

- Elle a raison la bougresse ! renchérit Thaler. Vous avez des pieds aussi grands que des foutus mammouths ! Et c'est ce que je vais avoir besoin d'abattre pour faire vos putains de godasses! Une bonne tonne de cuirs ! Vous comprenez ?

Thaler en profita pour s'avancer lentement et se mettre à proximité de la sorceleuse.

- Moi et Portgas, on va aller chercher ce foutu cuir ! Puis, je vais revenir vous faire vos putains de bottes, les gars !

- Chaussures pour Pogg ? Pour Rogg ? Pour Ogg ?

- Deux paires pour chacun de vous bande de couillons !

- Hmmmm… Tala partir. Mais devoir revenir !

- Je savais qu'on était des potes ! Bougez pas et je reviens avec vos godasses !

- Allons chercher ce cuir, encouragea Ace.

Et les deux quittèrent la caverne pour retourner dans les bois.

- Enfin de l'air pur ! Ces deux-là puaient plus que les bas-fond de Wyzima ! s'exclama l'espion.

- Tant que tu n'as pas fait connaissance avec un zheugl ou une colonie de kikimores, tu n'as pas le droit de te plaindre, lui dit Ace.

- Bien l'matou, je râle plus. Où est la princesse ?

- En route pour le Kovir. Elle accompagne Marco qui fait fuir les mages de Novigrad par la mer. On doit se rejoindre à Skellige, j'ai un truc à régler là-bas.

- J't'avoue que ça m'a troué l'cul quand ce salaud d'Roche m'a dit que ton mec, c'était le foutu meilleur médecin de ce bas monde ! Mais en même temps, on parlait du gars qui aurait dû apprendre à l'Eglise du Feu Éternel la définition de chasteté ! Bon… où est ma putain de cariole ?

- Par ici.

Ace lui fit un signe du doigt et embarqua l'ancien receleur dans son sillage.

- D'ailleurs, c'est assez tordant que t'envoies tous les espions et assassins à Skellige chercher la petite princesse ! Mais j'pense pas que ces foutus druides soient du même avis.

- J'm'excuserai. Et Geralt est pote avec leur Hierophant.

- Toi et tes foutus connexions de merde ! Putain ça m'avait manqué de discuter avec toi, l'matou !

Et ils arrivèrent devant la carriole à côté de laquelle attendait sagement Shinigami.

- Bel étalon.

- Shinigami est un cadeau de Aryan.

- Il veut vraiment te foutre dans son pieu. Mais tout Baron qu'il soit, on peut difficilement rivaliser avec la réputation et la fidélité de ton mec.

Ace ne préféra pas relever et caressa la crinière du cheval.

- Que veut dire le nom ?

- Dieu de la mort. Littéralement.

Cela tira un reniflement amusé au receleur.

- Au passage, je suis passé chez toi, à Blanchefleur. Très belle baraque.

- Hm ? s'étonna l'espion.

- Sauf que ça serait bien que tu fasses un peu le ménage avant de partir, la prochaine fois. Parce que les cadavres, ça laisse des tas de questions et de monstres dans leur sillage.

- Et merde, et moi qui pensais avoir effacé mes traces, comment tu as su que c'était moi ?

Ace sortit de sa sacoche le monocle qu'il avait retrouvé et le donna à son propriétaire.

- Une histoire qu'Anaïs avait trouvé amusante au départ parce qu'il était question d'une poêle et d'une grand-mère.

- Merci pour le monocle.

- Au plaisir. Au besoin, je peux demander à un ami de le réparer.

- Ça ira, merci. Mais je veux bien un coup de main avec ce putain de chariot de mes deux !

Et ils se mirent au travail pour remettre les roues de la roulotte en place.

- Être cordonnier te rapporte plus que le recèle ? se renseigna le mutant.

- S'il n'y avait pas eu la guerre, peut-être pas, mais c'est certain, y'a moins de monde qui veut ma peau comme ça ! Trop de monde à dos dans le recèle. Alors, qu'ici, les crétins en uniforme passent leur temps à marcher, et ils ont besoin de tonton Thaler quand leurs bottes à la con tombent en morceaux et qu'ils ont les panards en sang. Tu peux me croire, un soldat en campagne vendrait père et mère pour une bonne paire de bottes ! D'ailleurs, si tu veux en changer, j'peux t'faire un prix.

- Non, les miennes suivent un schéma spécial que j'ai volé à la caravane des Chats y'a quelques décennies, mais tu peux me faire un prix sur trois paires de bottes que je ferais faire agrandir magiquement pour les livrer aux trolls.

- T'as trop bon coeur, l'matou !

- Je sais, ça m'perdra. Sinon, tu as discuté avec nos amis de l'idée de me mettre dans l'coup ?

- J'essaie, mais Roche rechigne et Dijkstra, n'en parlons pas. Mais ça viendra, j't'assure que le jour où on aura la tête de Radovid, tu seras la première à savoir. Radovid est plus malin qu'une pute qu'a la chaude-pisse, mais on finira par le trousser. Pour la petite choupette.

- Pour Anaïs.

Ils se redressèrent, observant leur travail.

- Allez, je vais pas te laisser traîner ta carriole jusqu'à Novigrad. Shinigami, viens mon beau.

- Merci, l'matou.

La petite caravane de cordonnier fut raccordée à la selle de l'étalon et ils se mirent en route, assit un peu à l'étroit à l'avant.

- Sinon, tu t'en es vachement bien tiré avec les trolls. Peu sont ceux qui survivent aussi longtemps dans leur antre.

- C'est pas plus difficile que de traiter avec Vincent ou le Boucanier.

- Il est devenu quoi, d'ailleurs, Vincent ?

- Travaux forcé pour encore trois mois, avant qu'Emhyr ne le laisse revenir à Wyzima pour retrouver Carmen et leur petit garçon. Elle a assez d'or pour vivre jusqu'à son retour. J'ai fait le nécessaire pour ça, Vincent est un vieux pote et il m'a couvert plus d'une fois quand je faisais du recel.

- Je vois. Mais les choses ne seront pas aussi positives si Radovid gagne la guerre.

- Ça non. J'peux te poser une question ?

- Mmmh ?

- Ace, tu le connais bien ? On m'a dit qu'il avait repris ta promesse pour Adda et qu'il trainait pas mal avec le vieux Geralt, tout comme toi...

- Il est mort. Et enterrer. Vergen a eu raison de lui. Je ne veux pas en parler.

- D'accord.

Et le silence retomba.