Yennefer de Vengerberg avait eu vent d'une explosion magique sur Skellige. La déflagration avait détruit une vaste étendue de forêt vierge qui était en lien avec la disparition de Ciri. Après avoir épuisé toutes les pistes sur le continent, et avec l'assurance de Mandos qu'ils trouveraient des indices là-bas, notre groupe d'aventuriers mit les voiles vers l'archipel afin de rejoindre la magicienne.

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Ace et Geralt regardèrent Thatch qui eut un soupir.

- Personne d'autre ne voulait.

- Le navire est navigable à trois ? demanda Kali en fixant d'un air écœuré le capitaine du vaisseau qui devait les conduire à Skellige.

Le gars passait plus de temps à descendre des chopes à terre que derrière un gouvernail.

- Nop. Impossible de le mettre lui et ses hommes à la flotte et de se barrait avec le rafiot. J'y ai déjà pensé.

- Bon, c'est parti, soupira Geralt.

Il marcha jusqu'à l'ivrogne et lui tapota l'épaule.

- C'est toi qui fais route jusqu'à Skellige ?

- C'est exact, ouais !

Juste parler faisait monter d'un gramme le taux d'alcool dans le sang de son interlocuteur mutant.

- On est le groupe qui veut faire le voyage avec vous.

Le capitaine de navire détailla les membres du groupe, s'intéressant particulièrement à Ace et Kali qui se sentirent très sales devant ce regard. King et Iro montrèrent leurs dents mais ne firent rien de plus.

- Devait y avoir trois gars aptes à la navigation, j'en vois qu'deux ! Vous allez pas m'faire croire que la brindille sous sa capuche peut tirer des cordes en pleine mer ?! Ah ! se moqua le gars. L'accord tient plus !

- Vous ne regardez pas au bon endroit, surtout. Je ne fais pas partie des navigateurs. Ce sont ces trois-là, éclaircit Geralt en montrant les trois pirates du doigt.

L'ivrogne se marra tellement devant l'idée de voir des "femmes" naviguer qu'il manqua de tomber par terre. Ace inspira profondément. Ne pas frapper. Ne pas frapper…

- Qui a les plus gros bras de cette taverne ? demanda Kali au tavernier.

L'homme lui pointa un grand gars, certainement un mercenaire, qui buvait dans un coin. La brune se saisit de la bourse qui devait servir au voyage et alla voir le gars dans son coin, le faisant sursauter quand le sac d'or tomba sur la table.

- Je suis prête à miser trois mille cinq cents pièces d'or si tu fais un bras de fer avec moi ou le Chat Noir derrière.

La cupidité et l'idée d'une victoire facile contre des femmes ne firent pas hésiter longtemps l'homme qui sortit tout l'argent qu'il avait sur lui pour suivre le pari.

- J'vais prendre la petite mutante, sinon, ça sera trop facile.

- Ok, accepta le D. avec un maigre sourire.

Ace retira sa cape, ses gants et remonta ses manches sans retirer le bracelet de kairoseki de son poignet. Il s'assit tranquillement en face de son adversaire, les deux mains sur la table.

- Je suis gauchère.

- Droitier, poulette.

Le sourire d'Ace devint à peine plus grand et il leva sa main droite bien tendue.

- S'il y a des paris, c'est maintenant, mais je veux dix pour cent, et je vous entends tous, l'oubliez pas. Et je parle à toi aussi, Mandos, je t'ai entendu.

Le mercenaire se saisit de la main d'Ace, fermement, mais le mutant ne quitta pas son sourire.

- T'en aura cinq de ma part si tu lui brises le bras. Dix si tu ne me colles pas du travail en plus, rétorqua le guérisseur.

- Et si je lui remets le bras en place moi ?

- Même. C'est pas parce que tu lui remets en place qu'une fracture se soigne. Dix, c'est si ce n'est que déboité.

- Hajime ! Lança Kali.

L'homme se mit au boulot, mais Ace continua de lui sourire, sans bouger d'un iota. Autour, les paris montaient. On aurait bien voulu accuser le D. de tricherie, mais il avait les deux mains visibles et invita quiconque émettant des doutes à regarder sous la table au besoin. En face, le mercenaire sué comme un bœuf et se retenait d'user de sa seconde main pour avoir plus de force.

- Quinze si je ne le blesse que dans son amour-propre et si je ne casse pas le mobilier, proposa le pirate par-dessus son épaule.

- Douze. Je monte à treize si tu le termines dans les quinze prochaines secondes.

- Quatre-vingt, et dernier mot. Et tu sais pourquoi ? Parce que si tu ne cèdes pas, je vais rester là jusqu'à faire un bras de fer avec son squelette et tu devras t'arranger avec Geralt.

Il n'allait pas céder. Pas sur les paris dont il était le sujet. Le pauvre mercenaire commençait à paniquer. Il avait envie de déclarer forfait mais il ne pouvait pas perdre la face devant une femme.

- Ha ha. Vingt. Et je te donnerais ce qui restera en partant. Sauf si tu veux m'avoir ad vitam eternam, continua Mandos.

- Quatre-vingt, je bouge pas. C'est Kali qui sera contente que tu restes.

Geralt croisa les bras avec agacement.

- Geralt… un petit voyage avec le mode que vous détestez vous tente ? Parce que c'est du racket par un ancien patient, ricana Mandos.

Le Loup Blanc lui lança un regard noir, mais derrière, leur futur capitaine avait l'air d'avoir des sueurs froides.

- Bon, je suis un bon joueur. Un cinquante/cinquante. Et tu récupères une série de runes.

Et presque avec douceur, le poing du mercenaire toucha le bois, sans bobo, produisant un léger toc qui tira un hurlement à tous les spectateurs.

- Je te laisse ton argent, parce que tu t'es bien battu et que tu l'as fait à la loyal. Je viens de me faire une petite fortune avec les paris, lui dit le pirate en se levant.

Il tapota l'épaule de l'adversaire et rejoignit le reste du groupe, souriant à Mandos, l'air de lui dire de réunir rapidement l'argent.

- Des doutes sur notre capacité à tirer des cordes, ou je dois moi aussi trouver un adversaire au bras de fer ? demanda Kali avec un sombre amusement.

- Je pense que notre bon capitaine a décuvé et a appris une nouvelle leçon, nota Mandos.

L'argent convenu changea de main, que ce soit le capitaine et le prix du voyage, qu'Ace et ses gains pour les paris. L'éclat de la cupidité disait aussi qu'il faudrait garder l'argent bien caché.

Il était temps d'embarquer. Mais cet homme tenait à peine debout. Même Akagami n'était pas beurré à ce point quand il devait prendre la mer.

Chose qui irrita encore plus les pirates, ce fut la gueulante que ce sac à vin poussa contre Kali qui avait juste voulu adresser une prière à l'océan avant le départ. Un manque de respect qui fit grogner les trois Shirohige.

- Nous allons crever durant le voyage, annonça Ace en nouant des cordes.

Et il lâcha cela à Geralt et Mandos avec un flegme et une lassitude inimitable. Thatch leur recommanda de retourner dans la cabine, sauf s'ils voulaient profiter du grand air marin avec Iro et King qui s'étaient déjà perchés sur les espars.

Le soleil se couchait alors qu'ils laissaient derrière eux les eaux de Novigrad pour rejoindre Skellige, à trois jours de navigation de là. Le Loup Blanc choisi d'aller se coucher avec le reste de leurs affaires, laissant les pirates faire joujou dans les cordes et les voiles. Ce n'était pas le Moby Dick, mais ça restait leur environnement. Des mouvements familiers pour leurs muscles.

Finalement, Mandos alla rejoindre Geralt dans la cabine après avoir fumé un instant dehors.

C'est une heure plus tard que l'orage éclata.

Comme si l'océan avait attendu que Novigrad ne soit plus en vue pour leur montrer pourquoi on ne lui refusait pas une prière. C'est tout juste si des mains aquatiques ne jaillirent pas de la mer pour secouer le navire et les tuer. Et chevauchant la colère de Neptune, on avait des pirates de Skellige en quête de butin qui passèrent à l'assaut.

Pas le temps de se concentrer sur les boucliers et savoir à quel clan appartenaient les maraudeurs qui les attaquaient. Il fallait s'assurer d'un côté que le navire ne chavire pas et de l'autre, que l'abordage échoue.

Thatch jura en voyant le timonier se faire abattre d'une flèche et courut jusqu'à la barre pour essayer de redresser la course. Mais trop tard, leur navire avait heurté un îlot rocheux. L'océan leur faisait bien savoir sa colère, pour le coup. Problème à l'équation : ils étaient trois (en comptant Iro) à ne pas pouvoir nager, et ils étaient en route pour les fonds marins.

Un mur d'eau s'éleva haut dans le ciel.

- Je suis heureux de mourir en mer. Dommage, j'aurais voulu revoir Luffy. Mais je sais qu'il sera le roi des pirates. Je t'attends, Davy Jones, sourit paisiblement Ace.

Et la lame aquatique abattit sa sentence sur ce navire irrespectueux, envoyant tout le monde par le fond. Tout ce qu'ils virent, ce fut l'obscurité des fonds marins alors que le choc et le manque d'oxygène avait raison de leur conscience.

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Geralt se releva en sursaut et recracha de l'eau.

- Mollo, mon gars, on a tous fait une bonne baignade, recommanda la voix de Thatch.

Le mutant se releva un peu en vacillant avec l'aide du vampire et regarda autour de lui. Un navire. Un immense navire sombre comme la mort avec des coquillages et des algues à bien des endroits, comme si c'était une épave venant des fonds marins.

Kali était sur la tête de proue les bras vers l'océan.

- TULOU !

Sa voix avait un écho éthéré dans son appel.

- TULOU !

Mais combien de langues parlaient donc ces pirates ? C'était sans fin !

- TAGALOA !

Et elle continua un bref instant son appel à l'océan. Et aussi brusquement qu'elle était apparue, la tempête s'apaisa. La mer était satisfaite qu'on lui rende enfin le respect qui lui était dû et leur offrait enfin un passage paisible vers le reste du monde.

- Où sommes-nous ? demanda Geralt au vampire. Et où sont les autres ?

- Ace est monté dans la vigie avec Iro. King attend que Mandos se réveille. Quant à où nous sommes…

D'un grand geste de la main, et un sourire immense, le pirate montra l'épave navigante où ils étaient et s'arrêta sur une étrange apparition qui hésitait entre le vieil homme et le monstre marin qui discutait avec un Mandos muet comme une carpe qui venait de se réveiller.

- Davy Jones, le "dieu", et je dis ça entre guillemet, des pirates, est venu nous sauver de la noyade. Quand je vais dire ça à Marco, il va pas le croire ce salaud !

L'elfe semblait en avoir fini, puisqu'il vint les rejoindre, blanc suite à cette rencontre.

-… il semblerait que ce soit ma seconde rencontre avec Davy Jones, nota Mandos avec une voix mal assurée. Et le seigneur Davy Jones n'aime pas Gaunter.

- Tu m'étonnes qu'il n'aime pas ce salaud. En tout cas, on sait à qui on doit notre sublime rencontre, gamin ! sourit largement le commandant.

- J'ai du mal à croire qu'une divinité se soit manifestée pour nous sauver la vie, pointa Geralt d'un air dubitatif.

- Oh mais ce n'est pas gratuit. Il veut un paiement en deux temps et le premier morceau, Ace l'a rendu. Le second, ce sera quand on rentrera, expliqua Kali en se joignant à eux. Et dans un sens, ça nous arrange autant lui que nous tous.

- Je comprends. Je pense ? supposa le jeune valet de la mort.

- Le mera mera. Davy Jones est celui qui a donné les akuma no mi à notre monde, il peut donc les reprendre. Ace lui a rendu le sien, explicita Thatch. Dans son état actuel, c'était plus handicapant qu'autre chose.

- Et il reste aussi la possibilité que Philippa ait joué avec le pouvoir du fruit, le sabotant. Donc, si c'est le cas, Davy Jones peut lui rendre son état d'origine.

Seulement la gaieté et bonne humeur d'un certain D. coupa le sérieux de leur conversation :

- Tatou o tagata folau e vala'auina

E le atua o le sami tele e o mai

Ia ava'e le lu'itau e lelei

Tapenapena !

Le groupe leva le nez vers Ace qui était monté en équilibre sur le nid de pie, les bras écartés pour prendre le vent et gueuler à la mer de toute la force de ses poumons.

- Ma prime au retour qu'il va se casser la gueule, paria Thatch.

- Le montant de sa prime qu'il va rester en équilibre là-haut jusqu'à Skellige, releva Kali alors que Davy Jones et son équipage de marins morts se marraient du comportement du pirate en équilibre au sommet du navire.

- On ne triche pas, madame Irma ! rabroua le vampire.

- Je ne triche pas, je connais mon capitaine, nuance.

- Je vais voir Davy Jones pour me coucher quelque part, vous me donnez mal à la tête, dit ouvertement Geralt.

Vivement qu'il retrouve Ciri et retourne à Kaer Morhen. Là-bas, les migraines étaient dues à l'alcool et rien d'autre.

En voyant qui s'approchait pour passer un bras autour des épaules de Mandos, Kali se décida a évacué. Trouver le défunt Roi des Pirates sur le navire de Davy Jones, c'était logique. Cependant, ça risquait de mal finir et elle ne voulait pas être là quand Ace tomberait nez à nez avec son géniteur. La zoan se décida donc d'aller voir le maître à bord et essayer d'avoir des informations utiles.

- Alors, gamin ! Comment c'est de vivre sur le pont d'un navire ? demanda Roger à Mandos.

- … trop d'eau dans mes poumons pour répondre à ça, dit froidement l'elfe.

- Dis-lui, Thatch, les bienfaits de la vie en pleine mer.

- J'ai perdu ma pompadour au fond de l'eau, donc, j'ai pas le cœur à argumenter, dit le vampire pas plus surpris que ça.

- T'as vachement poussé, depuis tout ce temps, quand-même… Tu pourrais presque me dépasser si tu t'en donnais la peine !

Le jeune sorcier se dégagea de l'énorme bras du défunt seigneur des pirates et commença à essorer ses vêtements encore gorgés d'eau.

- Aller, gamin ! Profite de l'embrun marin, du son des vagues, de l'odeur de la mer qui appelle…

- Roger… je suis trempé, je viens de rencontrer une des entités supérieures siégeant avec la Mort, my Lady. Et votre idée de l'aventure, j'en ai eu pas mal d'exemples par vos discussions sans fin. Je vais aller dormir quelque part. Je vous trouve trop proche de moi et je jure que Rouge trouvera la meilleure punition pour vous.

Thatch manqua de faire une crise cardiaque quand une ombre noire s'abattu sur Roger, le plaquant au sol, l'épinglant au pont avec une longue dague qui couper droit dans la moelle épinière.

Bon sang ! Personne n'avait vu ou senti le désir de tuer d'Ace. Ni perçu ses mouvements. S'il avait eu ces compétences à l'époque, il aurait bel et bien réussi à tuer Shirohige. Le vampire posa une main sur son cœur qui se remettait à battre normalement. Il avait eu la frousse pendant un instant et pourtant, c'était le vieux Gol la cible !

L'instant suivant, les deux D. étaient envoyés valdinguer par-dessus bord par une forte décharge magique.

- HARRY !

Kali était déjà au chevet de l'elfe avant qu'il ne tombe au sol. Il était blanc, catatonique, le regard sans vie, froid. Elle posa une main sur la poitrine du sorcier et commença à marmonner dans toutes les langues magiques qu'elle connaissait. Elle n'usait d'aucune formule, elle ordonnait directement à sa magie de sauver son petit-frère. Elle mordit son pouce et laissa tomber une goutte de sang sur les lèvres du sorcier en crise, avant de le ramener un peu plus dans ses bras, ignorant ses cheveux qui blanchissaient et cascadaient de plus en plus loin sur le pont. Elle ne resterait pas sans rien faire pour lui.

Ace finit par remonter à bord, dégoulinant d'eau de mer. Dans d'autres circonstances, Thatch aurait déconné en lui demandant pourquoi c'était un truc familier. Mais là, le gamin dans les bras de leur sœur, il était sur le point d'y passer. Pas du tout le moment pour rigoler. Le Chat Noir s'agenouilla à côté du petit elfe et lui prit une main ne sachant que faire d'autre. Puis, lentement, les yeux verts reprirent vie et battirent lentement. Mandos bascula sur un côté et vomi plus de sang que Kali en avait fait tomber sur ses lèvres quelques instants avant.

Bon, il était conscient et mobile, mais ce n'était pas pour autant qu'il était hors d'affaire.

- Cela ne changera pas le mal qui a été fait, mais sache que je suis désolé, Mandos. A vouloir attaquer ce salaud, j'ai pas réalisé que tu te sentirais menacer toi aussi… dit doucement le D. en serrant la main du jeune elfe.

- … hurt.…Idiot ...souffla le jeune sorcier avec une voix d'outre-tombe.

- Aye.

Il sentit les doigts du jeune se resserrer un peu plus fermement sur les siens et il lui rendit le geste.

- Portgas. Va t'asseoir plus loin, je mets Mandos au lit et je vais te toucher deux mots, siffla Kali sans même regarder son commandant.

Ace inclina son chapeau sur son crâne et alla s'asseoir sagement dans un coin, sans protester.

- Need… sleep. Need only … sleep.

Kali se leva avec précaution et marcha avec Mandos dans ses bras jusqu'à la cabine où Geralt avait trouvé refuge pour finir sa nuit de sommeil. Vu le nombre de lits, c'est ici qu'ils seraient pendant leur séjour chez le seigneur des profondeurs. Le Loup Blanc ouvrit un œil en voyant les deux elfes et se redressa en pressentant que quelque chose de grave s'était passé.

- Ouvre-moi son lit, je te prie, demanda Kali.

Sans un mot, le mutant s'exécuta et aida la femme à allonger Mandos et le mettre un peu à l'aise. Puis, elle s'assit au bord du lit et embrassa son petit-frère sur le front en remontant la couverture.

- Dors petit-frère, je veille sur tes songes.

Le petit brun dormait déjà profondément.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda Geralt.

- Ace a sauté de la vigie sur l'esprit de son géniteur pour essayer de prouver que oui, il peut tuer un fantôme. Mandos s'est senti menacé et a réagi par instinct et sans dosage. D'où la crise. Je pensais qu'on l'avait perdu pendant un instant.

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Mandos avait dormi tout le reste du voyage. Et Ace s'était tenu à carreau depuis la remontée de bretelle monstrueuse que lui avait infligée Kali. Quant à Roger… eh bien, si on en croyait le maître à bord, il était parti en balade. Davy Jones avait dit quelque chose comme conserver son navire pour encore quelques siècles.

Thatch avait été le second, après Geralt, à voir que leur petit sorcier s'était réveillé. Alors, se doutant que le jeune devait avoir faim, il était allé le voir pour le prendre par le bras, l'asseoir dans un coin tranquille pour ensuite lui apporter de quoi boire et manger. Il était un cuisinier responsable, qu'on se le dise !

- … merci Thatch ? J'ai… loupé quoi ?

- Kali qui passe le savon du siècle à Ace ? Davy Jones qui a demandé à Roger de partir en balade parce qu'il veut garder un navire intact ? Ou le fait que la Vivre Card de Marco réagit vers Skellige, ce qui me fait dire qu'il nous a devancé ? On pourra débarquer dans trois heures. Ace est dans la vigie. Il n'en a pas bougé depuis l'engueulade de Kali.

- Je te dirais bien de lui dire de descendre mais j'ai trop mal à la tête pour réfléchir à lui faire comprendre que je ne lui en veux pas… Kali semble s'en charger pour deux, commenta le malade en se massant le nez. It's just a fucking mistake. Il faut juste lui rappeler que le meurtre d'un fantôme est inutile… il est déjà mort. Et la destruction d'une âme ? Il y a que quelques entités qui peuvent le faire.

- C'est Kali. Quand elle s'attache à quelqu'un, elle sortira les griffes à la moindre occasion. Je me suis retrouvé au mauvais bout d'une de ses tirades plus d'une fois quand elle pensait que je voulais m'en prendre à Ace… mais c'est pas pour autant qu'elle s'excusait en réalisant qu'elle était dans l'erreur. Y'a que toi et la tête de nœud là-haut qui peuvent prétendre à recevoir ce genre de chose de sa part.

Et il ébouriffa le nid d'oiseau sur le crâne du petit brun et continua même devant le regard suppliant, jusqu'à ce qu'il sente King lui mâchouiller le mollet.

- Bon, la peluche te protège, je déclare forfait pour l'instant, mais je t'aurais gamin. Allez, pense à rassurer ta grande-sœur sinon, elle va concocter un enlèvement pour te garder en sécurité avec elle.

- Promis.

Le vampire s'éloigna laissant le jeune finir de manger. Une fois le petit guérisseur avec l'estomac plein, il se leva et alla rejoindre Kali qui fixait le large sans un mot.

- Kali... Désolé pour l'inquiétude. Je vais mieux … à part la migraine. Mais elle passera.

- Tu n'as pas à demander pardon pour une faute que tu n'as pas commise, Mandos. Davy Jones veut te voir.

Mandos se contenta de hocher la tête et d'y aller. L'elfe noir soupira et attacha correctement son foulard autour de son crâne pour masquer ses oreilles et sa crête de plumes. Ils n'allaient pas tarder à débarquer. Son petit-frère revint rapidement alors que la terre était en vue.

- Davy Jones m'a demandé un service… à l'île de Eldberg… il a dit que je saurais lorsque j'y serais. Faudra sûrement l'aide d'un de nos sorceleurs. Ou les deux. Mais on verra cela lorsque j'aurais moins la migraine.

La brune se hissa sur le bastingage, se tenant fermement aux cordes et pointa un îlot rocheux juste en face de leur destination. A son sommet, on voyait tout juste le phare au travers les manteaux d'une brume malsaine.

- Ceci est le phare d'Eldberg. Et curieusement, on a beaucoup de naufrages, donc, une malédiction s'est abattue sur cet endroit. Mon expérience avec ce genre de choses me dit que c'est le résultat de la cupidité humaine.

Elle pivota légèrement pour presque s'allonger sur les cordes montant vers le nid de pie, laissant ses bras pendre entre les mailles grandes comme sa tête.

- Vas-y avec Geralt. Je te laisse pas seul avec Ace, pas après ce qu'il s'est passé. Surtout que maintenant que Ard Skellig est en vue, et avec, sa dernière chance de retrouver Luffy, il va devenir très téméraire.

C'est là que le krebin poussa un cri et décolla brusquement vers Ard Skellig. Le comportement était étrange si on en jugeait l'air mécontent et perturbé du jeune elfe. Mais il était déjà temps de débarquer. Ace sauta avec Iro et King sous les bras, plongeant du nid de pie droit sur le sable de l'île, suivi de Thatch. Aucun des deux commandants n'avait attendu qu'on jette l'ancre pour le faire. Le navire glissa lentement jusqu'à s'arrêter près de la plage. Comme l'homme civilisé qu'il était, Geralt descendit à cet instant du bateau après avoir remercié le maître des lieux pour le voyage.

- On y va ? demanda Kali à son petit-frère.

Elle n'attendait que lui pour toucher le sable de la plus grande île des archipels de Skellige.

- Merci pour le voyage à votre bord, maître des tréfonds. Je chasserais l'âme qui vous fuit et vous l'amènerais, salua Mandos à Davy Jones.

- Bonne chasse, juge-corbeau, lança le démon des profondeurs.

Et enfin, les deux elfes descendirent. Une fois à terre, Kali prit juste un instant pour enfoncer ses pieds dans le sable humide. Elle adorait cette sensation, une des raisons pour laquelle elle marchait pieds nus en plus de l'utiliser dans sa magie. Le sable lui rappelait qu'elle n'était plus à tapiner dans les ruelles d'East Blue pour une dose de plus de la drogue qui avait gardé longtemps ses dons sous clefs tout en la brisant mentalement et physiquement.

Elle était une femme forte aujourd'hui. Une elfe et une sorcière fière. Une pirate.

Ace leva un sourcil perplexe quand sa nakama lui adressa un sourire, mais la brune emboîtait déjà le pas de Geralt qui montait vers Kaer Trolde, la demeure des An Craite, l'un des deux clans qui se "partageaient" Ard Skellig. C'est avec le sifflotement de Thatch qui entonnait Binks no saké qu'ils firent l'ascension de la route.

Skellige était un bel endroit. Son peuple avait ses tares, c'est vrai, mais ils étaient plus respectueux des traditions et de leur environnement. Les arbres respiraient, la terre fredonnait et la mer chantait. Skellige était un semblant de familiarité pour les pirates dépaysés, aussi.

Tout Skellige leur faisait se sentir en paix.

Ils avaient déjà une heure et demi de marche dans les pattes, le crâne vide, l'air frais local, presque cristallin, dans les poumons. Ils avaient croisé quelques gars du clan qui les avaient salués amicalement, bien que Mandos et Geralt aient reçu quelques regards méfiants. Un marchand tenta de leur refourguer sa camelote quand ils passèrent devant sa caravane, mais un regard noir du Loup Blanc l'avait fait vite remballer.

Cependant, à quelques lieues du port d'Helmstein, ils tombèrent sur une embuscade. Geralt porta la main à son arme, mais aucun des membres du clan pirate ne réagit, outre pour lever un sourcil. L'un d'eux balança sa hache sur Thatch qui la saisit au vol, immobilisant le guerrier en même temps. Le pauvre homme chercha bien à récupérer son bien mais le vampire tenait l'arme fermement par la lame.

- Oh putain ! Ce sont eux ! Vite ! Faut prévenir Crach ! cria l'un de leurs attaquants.

- Inutile, on va le voir, maintenant, virer de la route, exigea Ace.

- Oui, Deith Ichaer. Tout de suite Deith Ichaer.

Et aussi vite qu'ils avaient débarqué, ils avaient déjà évacué.

- Efficace, nota Geralt.

- On a déjà navigué une bonne dizaine d'années avec eux, forcément, on est entré dans la légende ! sourit le vampire avec amusement en posant la hache sur son épaule. En tout cas, j'ai gagné une hache !

Mandos maugréa en remettant un peu mieux sa capuche sur sa tête.

- J'ai pas eu le plaisir de naviguer avec eux, mais j'ai assez botté le cul des Jarls actuels pour leur laisser un souvenir marquant, grommela le D. Notamment à Lugos. Je lui ai littéralement écrit respect en kanji avec sur la joue. Je crois qu'il a toujours la cicatrice.

A croire que tout le monde pensait que les sorceleuses étaient des filles faciles.

- Marco est là-bas, il pourra t'aider pour ton mal de crâne, pointa Kali à Mandos en montrant la Vivre Card dans la main d'Ace.

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Le port était calme. Silencieux. Endeuillé.

Quand un enfant demanda à son père s'ils pouvaient aller jouer, la réponse du parent leur apprit la raison de cette atmosphère solennelle : le roi Bran.

- C'était le frère d'Eist Tuirseach, non ? L'homme que Calanthe a pris en secondes noces ? se fit confirmer le D. alors qu'ils suivaient la Vivre Card le long du port.

- Hm, c'était bien lui, répondit Geralt.

- Je crois me souvenir que de base, Pavetta devait épouser son neveu, non ?

- Oui, avant que Emhyr ne se manifeste, Calanthe voulait que sa fille épouse Crach an Craite.

Ils se glissèrent dans la foule pour assister aux funérailles du roi sur le port. Un vieil homme, un druide, menait la cérémonie. Certainement le Hierophant des îles de Skellige.

Pour ce qui était de la dépouille de l'ancien seigneur, il avait sa plus belle armure et ses plus belles armes quand la procession le fit passer devant eux sur des boucliers. Un œil vers le promontoire d'où on menait la cérémonie permettait de voir la présence de Crach an Craite (neveu du défunt) du druide et de deux femmes, certainement des épouses du défunt roi.

- /Je vais chercher Marco, Anaïs et Déa/... chuchota Ace avant de disparaître dans la foule.

Geralt hocha la tête alors qu'on posait la dépouille sur un navire auquel on mettrait le feu. Tous les regards se portèrent vers les deux veuves. L'une était droite et fière. C'était elle l'actuelle reine de Skellige. Son maquillage avait légèrement coulée, mais elle faisait de son mieux pour ignorer l'attention de tous sur elle, alors que même le druide la fixait avec une certaine attention. L'autre, plus jeune, plus simple, était littéralement dévastée et sanglotait sans retenue. Elle tourna les talons et descendit du promontoire pour se faire intercepter un instant par le druide. Quoiqu'il lui ait dit, cela ne changea rien aux faits car la jeune femme continua sa descente pour rejoindre le navire de son défunt seigneur et époux. A pas rapide, elle passa devant eux. C'est à cet instant que le druide les remarqua. Geralt et Kali le saluèrent, et tout aussi silencieusement, le Hierophant leur rendit le bonsoir. Quand la femme se fut allongée sur le cadavre, on poussa le voilier à la mer, laissant le courant l'emmener vers le large.

- Elle est si jeune… quelle folie… dit une vieille femme à proximité.

- C'est Birna qui devrait y aller, commenta un homme. Elle a partagé sa couche plus longtemps.

- Silence ! Veuillez respecter sa décision ! rouspéta le druide qui avait entendu les ragots.

Birna resta sans réaction à regarder son défunt époux dans son dernier voyage, mais elle devait avoir les oreilles qui sifflaient. Il n'y avait pas plus traditionnel que Skellige et cette décision avait fait d'elle une ostracisée. D'un côté, on pouvait la comprendre. Quand on est encore jeune, on n'a pas tous envie de s'immoler au côté d'un homme qu'on a épousé sans forcément aimer.

Crach banda son arc et y encocha une flèche avec une plume bleutée qui ne pouvait appartenir qu'à Marco.

- /Flèche ya en bambou, pour du tir enteki. La distance peut atteindre les soixante mètres,/ expliqua Kali tout bas à Mandos. /C'est moi qui aie appris comment faire ces flèches au An Craite./

La flèche partie comme une étoile filante bleuté dans la nuit tombante, pour retomber sur le navire qui prit feu dans un incendie froid et éthéré.

Elle prit soin de couvrir les oreilles du jeune elfe avant que la corne de brume ne se manifeste pour saluer le défunt roi. C'est à cet instant que Yennefer vint les retrouver, adressant un regard au roi avant de se tourner vers Geralt quand il lui dit :

- Tu es… magnifique.

- Merci, c'est bon de te revoir. Même si je ne m'attendais pas à te voir aussi bien accompagner, sourit-elle. Thatch, il y a longtemps.

- Depuis Sodden, oui.

- L'éloge commence, rappela à l'ordre Kali.

La magicienne aedirnienne adressa un regard curieux aux deux elfes, mais se tourna vers le promontoire alors que le Hierophant parlait :

- Le roi Bran du clan Tuirseach a embarqué pour son dernier voyage. Nos glorieux ancêtres l'attendent sur l'autre rive pour chasser et piller jusqu'à la fin des temps. Ensemble, ils chanteront les prouesses des âges passés. Bran vivra dans nos cœurs, jusqu'au jour où nous pourrons nous tenir à ses côtés… et affronter la mer ensemble. Ce jour-là sera un beau jour.

A côté, Geralt avait d'autres priorités, et c'était dragué Yennefer qui profitait de cela en souriant. Jusqu'à ce que Marco ne passe derrière eux pour donner une taloche au Loup Blanc.

- /Du respect pour les morts, Geralt de Riv, ou ce sont mes serres dans ton fond de pantalon qui te l'apprendront, yoi /menaça le blond.

Crach s'avança pour rappeler le devoir du roi envers les clans. C'était plus un chef de guerre qui unissait tout Skellige sous une seule bannière en temps de guerre. Aujourd'hui, ils n'avaient plus de chef. Les An Craite allaient ouvrir les portes de leur demeure pour tous les clans afin que l'on puisse décider d'un nouveau roi.

- Je t'entends penser, Geralt et même si c'est une proposition intéressante, on doit assister à la veillée, chuchota Yennefer avec l'ombre d'un sourire. Même si je dois avouer que les banquets sont prévisibles à Skellige. Beuverie, vantardises éhontées et inévitable rixes…

C'était toujours mieux que Thanedd, pour Geralt… même si passer du temps en tête à tête avec Yennefer était un plaisir.

Le sourire de la magicienne aux yeux mauves s'agrandit d'un chouilla.

Un chant triste et lointain, étrangement familier aux pirates, s'éleva, accompagnant la chute de ce qui ressemblait à une petite boule de feu du ciel alors que la foule se dispersait. Et ce qui était en fait un phénix rougeoyant fonça sur Mandos sous le regard de tous. Sans un mot, les pirates l'entourèrent pour lui offrir l'intimité qu'il avait avec ce qui semblait être un vieil ami. Même Anaïs fixait d'un air menaçant les locaux pour qu'ils laissent un peu de tranquillité à leur camarade. Lugos le Dingue eut un rictus en leur direction, mais Ace, Déa dans un bras, brandit sa dague de l'autre et la fit tourner entre ses doigts d'un air menaçant. Ne désirant pas une autre cicatrice sur la joue pour si peu et surtout, de la part d'une femme, le Jarl du clan Durmmond s'éloigna. Enfin, il n'y eut plus de curieux, juste Yennefer qui attendait visiblement de pouvoir avoir des nouvelles.

Enfin, le jeunot se racla la gorge, l'air de dire qu'il en avait fini avec ses retrouvailles larmoyantes avec l'oiseau. Le groupe se tourna vers lui. Le pauvre elfe se cachait le visage en tirant au mieux sur sa capuche, ses deux oiseaux sur les épaules.

- Merci, pour l'intimité.… Fumseck ? Les gars. Les gars ? Fumseck. C'est … mon phénix.

- Merde, comme si on en avait pas déjà assez avec l'ananas volant, ricana Thatch.

- J'ai déjà eu l'occasion de discuter avec lui, oui, dit paisiblement Marco. Il m'a raconté des choses intéressantes. Comme la fois où un enfant de douze ans emplis de bravoure a décidé de partir à l'arrache affronter un serpent géant venimeux au regard mortel et au poison tout aussi redoutable, et ce, pour sauver une amie, yoi.

Le sourire du blond voulait tout dire alors que Mandos avait l'air mortifié sous sa capuche.

- Je vais finir par me dire que tu as un D. dans ton nom.

- Cerbin D. Mandos… ça passe impec', jugea Ace avec un petit geste d'approbation.

- On en rediscutera lorsque l'idiotie des adultes ne met pas en danger des enfants et que ce sont des enfants qui doivent gérer des situations d'adultes, Fenikkusu. So don't piss me off with that or my past decisions.

- Pourquoi le prends-tu aussi mal, alors que je salue juste ton héroïsme et ta loyauté ? Je serais le dernier à te condamner pour avoir fait de ton mieux pour survivre dans un monde raciste et corrompu aux idées étriquées. Et je pense que j'aurais fait pareil que toi, si j'avais été dans tes chaussures, yoi.

- Je suis désolé… J'ai la migraine… j'ai vraiment mal à la tête. Me rappeler de ce passage me rappelle les horreurs qui en ont découlé. Et merci… je suis désolé d'avoir… mal pris alors que tu acceptes que mes actions aient été de bonnes décisions.

- Ne t'en fais pas, yoi.

Il ouvrit un bras, l'air de lui dire de venir trouver refuge dessous. Mandos vint se glisser contre le blond, forçant ses oiseaux à changer de perchoir. Le médecin glissa sa main sous la capuche du jeune sous son bras et lui prit doucement le front pour l'aider avec ses plumes à calmer sa migraine. Cependant, cela le fit sourire de voir que Fumseck avait trouvé un perchoir dans la pompadour ignoble de Thatch qui faisait déjà le deuil de sa belle coiffure. Quand ils étaient adolescents, Marco avait adoré se poser sur le crâne de son frère juste pour le faire chier. Le bon temps.

- Yen, tu connais déjà Marco et Thatch. Notre jeune ami migraineux est Mandos Cerbin, un sorcier elfe spécialisé dans la guérison. Il nous a beaucoup aidé et il a notre confiance, présenta Geralt en montrant le jeune sous le bras du pirate blond.

Mandos leva faiblement la main en salutation.

La brune leva un sourcil mais Marco resserra légèrement son bras sur les épaules du jeune, l'air de dire qu'il était sous sa protection. La magicienne accepta cela d'un signe de tête et son amant continua les présentations.

- Voici Kali, sorcière et prêtresse d'un dieu étranger.

- Et elfe noir, nota Yennefer en tendant une main pour saluer la zoan. Je pensais votre race éteinte.

- Je suis la dernière de ma caste et croyez-moi, c'est une très bonne chose. Vous avez certainement eu des échos à mon sujet, de la part de Ida ou Findabair. Yn Toredig n'est pas un surnom qui dit toute la vérité.

Cela sembla allumer quelque chose dans l'esprit de l'Aedirnienne qui serra la main de l'autre femme avec plus d'entrain et un maigre rire. Voir Findabair s'arrachait les cheveux pour une sorcière, ça avait quelque chose d'amusant en soi.

- Et enfin, le cauchemar de Kaer Morhen, Portgas, alias, le Chat Noir. Quoique tu es aussi celui de Lugos le Dingue, on dirait.

- Il l'a cherché et je lui ai laissé un avertissement, se justifia le D. en caressant du pouce sa dague.

- C'est vous que l'empereur a embauché pour trouver Ciri et tuer son compagnon de voyage, non ? se fit confirma le petit bout de femme.

- Et il va bien se mordre les doigts, parce que le dessin que vous avez remis au vieux loup lubrique m'a appris que le compagnon de voyage en question n'est nul autre que Monkey D. Luffy, mon petit-frère.

- Ah… euuuh… je…

Réussir à couper le sifflet de l'infâme Yennefer de Vengerberg ? Check.

- Donc, Ciri est allée dans votre monde d'origine, a trouvé votre petit-frère, pour revenir ici ? résuma la magicienne.

- C'est encore plus tordu que ça, lui dit Thatch avec un ton dramatique. Ciri fuit la Chasse, elle finit chez nous au milieu d'une guerre pour sauver la tête de nœud ci-résente. La Chasse change de cible et se barre avec notre adorable allumette… qui s'échappe et rencontre quelques décennies plus tard une toute petite Ciri toute mignonne, bien plus jeune que la jeune femme qui a attiré la Chasse en premier lieu.

- Misère, soupira Yennefer en se frottant le front.

- Tu aurais eu plus d'effet sans un oiseau sur le crâne, pointa Kali avec pragmatisme.

Mandos et Anaïs eurent un rire.

- Boh, j'ai l'habitude, cet idiot m'a déjà pris pour un perchoir plus d'une fois, répondit le vampire.

- Je suis heureux de voir que tu as retrouvé ces souvenirs-là, yoi, nota Marco.

- Et qui sont ces demoiselles ? Se renseigna Yennefer.

- Je suis Anita, dit Anaïs en regardant la magicienne dans les yeux comme pour une invitation ouverte.

Les yeux mauve clair s'écarquillèrent un bref instant avant que la brune n'adresse un doux sourire à la fillette.

- Enchantée de faire ta connaissance, Anita. C'est une demoiselle très forte que voilà. J'aurais aimé être pareil à son âge. Vous êtes une très bonne mentor, Portgas, approuva Yen.

La forte fillette devint une petite comme une autre pour gagatiser sur l'écureuil qui venait de sortir de sa cachette pour faire sa toilette. Swift était vraiment attaché à Anaïs. Mandos quitta le bras de Marco en sifflant une note, ce qui fit décoller brutalement Fumseck du crâne de Thatch.

- Itai da, maugréa le cuisinier.

- Et ce joli bébé ? Elle a beaucoup de magie en elle, nota la brune en se penchant vers Déa.

- Déa est une longue histoire, dit Marco. Très longue histoire. Et sa magie vient du fait qu'elle est partiellement une créature magique. Rien de plus, yoi.

Yennefer le regarda d'un air interrogateur mais le Loup Blanc coupa la parole :

- On devrait s'asseoir. Nous avons beaucoup de choses à dire.

Yennefer montra quelques caisses sur le ponton et alla poser sa petite personne sur la plus haute pile… surtout pour ne plus devoir regarder d'en bas ses interlocuteurs bien plus grands qu'elle. Mandos prit une autre caisse pour se mettre en tailleur, les oiseaux sur ses épaules et King réclamant des caresses. Anaïs se mit par terre aux pieds d'Ace, qui avait toujours Déa dans ses bras, pour câliner Iro et Swift. Si Kali s'installa en tailleurs à même le sol, les trois autres se prirent les places restantes, bien que Marco resta proche d'Ace et Geralt de Yennefer.

- Vous avez appris des choses avec les deux premières pistes ? demanda la magicienne.

- Commençons dans l'ordre, proposa Marco.

- On a fait route jusqu'à Velen, un coin très sordide. Qui nous a laissé à tous un très mauvais souvenir, dit Geralt en croisant les bras. On ignore encore comment, mais Ciri et Luffy ont fini là-bas. Les Moires du Marais de Torséchine les ont ramassés. Elles ont voulu les livrer à la Chasse mais ils ont réussi à fuir. Dans leur fuite, ils ont rencontré une fillette, puis un paysan. C'est ainsi qu'ils ont fini chez le Baron Sanglant.

Déa eu un hoquet à la mention de son père biologique mais Ace s'empressa de la rassurer avant qu'elle ne se mette à pleurer.

- Ciri était blessée ? demanda Yennefer une fois Déa apaisée.

- Du tout. Cela surprenait tout le monde, d'ailleurs. Il semblerait que lorsqu'on ne la regardait pas, elle ait pris en compétence. On est tombé aussi sur une vieille amie à toi à Velen. Keira Metz. Qui a d'ailleurs rejoint le Kovir.

Geralt regarda Marco qui hocha la tête. Oui, il avait mené tout le monde à bon port. Et il avait discuté avec ces dames. Keira devait entrer dans la cour royale du Kovir. Quant à Triss, il lui avait fait une proposition pour un nouveau départ et plus de challenge.

- Elle nous a dit avoir rencontré un mage elfe qui cherchait Ciri et Luffy, lui aussi, continua Geralt. Et ne me coupe pas, s'il te plaît, c'est important.

Yennefer leva une de ses mains gantées l'air de dire qu'elle le laisserait parler.

- L'elfe s'intéresse à Ciri, et cherche lui aussi à se débarrasser de Luffy. Il s'avère aussi qu'il a demandé un étrange remède à Keira. A côté, la gamine que nos deux disparus ont sauvée, elle nous a informé que Ciri cherchait à aider un ami que Luffy n'appréciait pas. Garde ça en mémoire, on y reviendra plus tard.

- Donc, c'est ensuite qu'on a Novigrad ?

- Oui, confirma Geralt. Elle devait te chercher. Ciri a cherché des moyens pour lever une malédiction.

- Tu en es sûr ? se fit confirma Yen en fronçant les sourcils.

- Avec mon frère et Jaskier, ils ont monté un plan bancal afin de faire réparer un phylactère par un contact du défunt Petit Bâtard, expliqua Ace. Sans compter que Ciri répétait sans cesse une incantation pour ne pas l'oublier. Une malédiction que Kali a décryptée aisément.

- C'est là qu'on revient à l'ami de Ciri, dit Geralt.

- Nous avons tous un sujet de discorde avec le Baron Sanglant, dit froidement Thatch. Surtout quand il a essayé le chantage sur nous. Le fait est que pour des raisons familiales, il a laissé tomber son occupation de Perchefreux pour laisser en charge les déserteurs qu'il avait sous son aile.

- Donc, des hommes sans occupations et sans morale libéraient sur une citadelle, ça c'est mal passé. Surtout quand je passais par-là, grimaça le D. Et j'ai peut-être un peu…

- Beaucoup, rectifia Marco.

- Fais sauter l'endroit.

- Les sorceleurs sont pleins de surprise, mais pourquoi me raconter ça ? s'enquit Yennefer.

- Avant que tout n'explose, j'ai trouvé un étrange être difforme, errant sans raison dans les couloirs. On va dire que mes tripes m'ont recommandé de l'embarquer, chose que j'ai faite.

- L'individu en question a tellement de malformation et de soucis de santé qu'il n'aurait pas pu survivre dans le ventre de sa mère. La nature est trop bien faite pour ça, yoi. C'est pour ça que je dis, en tant que médecin, que le cas que j'ai eu devant les yeux ne peut être que le résultat de la magie.

- Sans compter qu'il correspondait à la malédiction qui m'a été répétée. Je la formulerais bien, mais moi, sachant sa prononciation, son but et ayant du pouvoir...c'est pas la bonne chose à faire, dit avec précaution Kali. La formule est en Laith aen Undod.

- Rares sont les mages qui connaissent encore la langue. Je croyais que Ida était la seule, d'ailleurs.

- Eh bien on est deux. La formule dit adieu à la beauté et à l'esprit, pour accueillir la maladie et la folie. "Uma" -et elle fit les guillemets avec ses doigts- correspond à ça.

- Par précaution, nous avons demandé à Jaskier et Zoltan de le garder à Novigrad, dit Geralt. Comme ça, s'il est lié, nous n'aurons pas à le chercher partout. Et toi, du nouveau ?

- Un cataclysme imprévu a provoqué une explosion magique sur cette île. Une sorte d'anomalie naturelle. Je n'ai jamais rien vu de tel, dit la magicienne en croisant les jambes. Mon intuition me dit que Ciri en est la cause.

- J'ai beaucoup de respect pour ton intuition, Yen, mais on a besoin de preuves concrètes.

Marco nota un rictus et le mouvement de Mandos du coin de l'œil. Comme un enfant qui essaye de ne pas montrer qu'il est prêt à recevoir des coups. Il détestait ce genre de réflexes mais le connaissait assez pour l'avoir eu et vu de très nombreuses fois. Le seul enfant battu qui ne l'avait pas à sa connaissance, c'était Ace. Pourquoi ? Bonne question. C'était l'une des nombreuses questions qu'il avait voulues lui poser au fil du temps et de leur mariage. Une question qui trouverait peut-être une réponse sous peu.

- J'en saurais plus si j'avais pu accéder au site, mais Sac-à-souris et ses druides ne laissent personne approcher la zone de la catastrophe.

- C'est qui Sac-à-souris ? demanda Anaïs.

- Le druide qui servait de conseiller à la cour de Calanthe, à Cintra. Et actuel Hierophant du cercle de Skellige, yoi, lui dit Marco.

- Je ne l'ai pas vu depuis….

Geralt était littéralement en train de remonter ses souvenirs pour savoir à quand datait leur dernière rencontre.

- Depuis que Ciri était enfant, lui dit Yennefer. Mais n'attend pas la moindre faveur de sa part, il a bien changé.

- Vous ne diriez pas ça par hasard parce que vous êtes vexée qu'il refuse de vous laisser faire, Yennefer ? demanda Ace.

- Peut-être un peu, avoua la brune.

Mais oui, juste un peu.

- Vous vous êtes disputé, devina Geralt.

- Une légère divergence d'opinion.

- Et moi, je suis un poisson, dit Marco d'un ton blasé.

Ace manqua de s'étouffer de rire. Il y avait tellement longtemps que son mari n'avait pas sorti cette phrase !

- Donc… Il refuse de vous laisser voir le site, dit Mandos. Parce que vous avez une légère divergence… et demander alors gentiment d'exposer le pourquoi de son refus et ainsi que peut être, alors, lui demander une autre solution pour avoir les réponses ? Parfois, ça marche.

S'il se manifestait, c'est que d'une, la démarche n'était pas inutile, qu'il y avait bien un lien entre la forêt et les disparus. Et de deux, la méthode de Yennefer n'était pas la bonne.

Elle pinça les lèvres.

- J'ai essayé. Mais sa méthode alternative ? Inexistante. Il me barre la route et ne m'offre aucun recours, aucune seconde option. Ce qu'il fait prend un temps monstrueux. Dans dix ans, ils y seront encore. Ils observent et analysent le lieu d'une explosion magique. Sur Skellige. La magie est très forte ici. Et sauvage. Il faudra un temps fou pour écarter ce qui n'a rien à voir de la confirmation que l'on cherche.

Mandos leva les mains en signe de reddition.

La conversation n'alla pas plus loin puisqu'ils virent le Jarl Crach an Craite (qui avait hérité de la forte carrure de son oncle) venir à leur rencontre.

- Loup Blanc ! salua le Jarl en ouvrant les bras.

- Bonsoir, Crach, répondit Geralt en se levant.

- Marco m'avait dit que vous deviez venir… mais je ne m'attendais pas que ce soit en compagnie du Chat Noir. C'est pas dans les habitudes des sorceleurs de voyager en nombre, pourtant.

- Nos intérêts convergent régulièrement, depuis quelque temps.

Crach regarda Ace qui lui offrit un sourire digne d'un chat qui avait trouvé la porte du canarie ouverte. On pouvait comprendre que le Jarl déglutisse. Finalement, il dit au Loup Blanc qu'il voulait lui parler d'une affaire importante et qu'il l'attendait à la veillée funéraire. Et hors de question de se défiler. Sur ces mots, il s'en alla.

Yennefer se leva à son tour.

- Je vais me préparer pour le banquet. Je serais habillé en noir et blanc, tâche de mettre quelque chose de plus élégant, Geralt. Et peut-être un bain pour tout le monde, vous avez l'air d'avoir bu la tasse.

- Yen, tu sais très bien que je ne supporte pas de porter un pourpoint neuf, protesta le sorceleur. Ce n'est pas confortable…

- Ah ! On croirait entendre Crach ! Nous ne sommes pas ici pour le plaisir, Geralt. Nous avons un problème plus urgent à résoudre et la situation exige une tenue appropriée. J'ai loué une chambre à l'auberge, parce que contrairement à un certain médecin, je n'ai pas toutes les îles qui me mangent dans la main. Va prendre un bain et des vêtements propres. Je dois m'occuper de quelque chose. On se retrouve au banquet.

Et sans un mot de plus, elle s'en alla par un Portail.

- Laisse-moi te le dire, Geralt, je t'en prie… supplia presque Thatch en passant un bras autour des épaules du Loup Blanc.

- Non, lui répondit froidement le mutant.

- On peut me résumer ce que j'ai loupé et pourquoi Ace n'a plus son logia, yoi ? demanda Marco. Un rapport avec la migraine tout sauf naturelle de Mandos ?

- Pour ce qui est de Mandos, c'est ma faute. Pour le logia, on a eu de la chance, dit simplement Ace.

Son époux leva un sourcil.

- Surin et Bedlam nous ont bien fait comprendre qu'on ne pouvait pas emprunter un des navires de la flotte de Novigrad pour le voyage, donc, on a dû chercher quelqu'un qui voudrait bien nous conduire à Skellige ou nous refiler le navire. On est tombé sur un ivrogne qui faisait paraître Akagami sobre.

- Ah. Ça met la barre haut, nota le pirate.

- Quand on lève l'ancre, on a pour habitude de prier et demander la bénédiction des océans, tu le sais ça… eh bien il a refusé de laisser Kali faire. Par conséquent, l'océan s'est vengé de ce manque de respect. Non seulement on a subi un abordage, mais en plus de ça l'océan s'est déchaîné. Pour un équipage de la Grand Line, c'est coutumier, mais ces gars, ils ont pas notre trempe. Sans compter que le timonier s'est fait descendre. Avant qu'on ne puisse reprendre la barre, on fonçait déjà à notre perte. C'est Davy Jones en personne qui nous a sauvé, pour nous demander de lui rendre un service en guise de paiement. En lui rendant le mera mera, j'ai payé l'acompte. Cependant, j'ai découvert que Roger était à bord du navire… et j'ai fait l'con en laissant ma rancœur parler. Sauf que Mandos était à côté. Il a senti la menace et a réagi d'instinct pour pousser trop sur sa magie. On a failli le perdre. Donc, si tu as quelque chose à dire, je t'en prie. Je sais que sur ce coup-là, j'ai plus que chier dans la colle, donc, j'accepterais sans sourciller tes remontrances.

- Pour information… je vais mieux, dit le jeune avec lassitude. Et Ace ? C'est bon. Juste, promets-moi la prochaine fois que tu veux trucider ton père, de vérifié que je ne sois pas à côté ou que je sois au courant.

- Avec lui, c'est simple. Si Roger est visible et Ace dans le coin, proche ou loin, il cherchera forcément à le descendre, dit Kali avec un soupir.

Et elle adressa un sourire blasé à son commandant.

- Bon, puisque lui dire que tu acceptes ses excuses ne change rien à la culpabilité de monsieur Portgas, faisons la chose simple, yoi, dit Marco. Mandos, donne-lui une corvée punitive et clôturons l'affaire, yoi. Comme ça, il arrêtera de faire ses yeux de chiot battu et il pourra passer à autre chose. Bon sang, heureusement que tu as épousé un homme patient, Ace, on ne s'en sortirait pas sinon...

Mandos prit son temps pour réfléchir à la punition, avant d'ouvrir son sac et de sortir des lettres et paquets que Marco avait vu entre les serres de Fumseck auparavant. Au moins, sa vie actuelle était meilleure que ce qu'il avait vécu enfant. Certaines écritures leur semblaient familières mais ils ne s'y attardèrent pas. De toute façon, leur jeune compagnon semblait en chercher une spécifique. Qu'il tendit à Ace.

Une lettre rouge qui laissait filtrer un lourd sentiment de menace.

- Voici ta punition. Lorsque tu seras dans une salle, seul, tu ouvriras la lettre et tu écriras sur un papier ce qu'il y aura dessus ainsi que ce que tu entendras.

Très louche. Ce truc était si innocent, mais pourtant, sa couleur et la demande de Mandos la rendait inquiétante et suspicieuse.

- J'ai envie de savoir ce que c'est ? demanda avec prudence Ace en prenant l'enveloppe avec précaution.

- Oui. Tu as envie de savoir ce que c'est… ça s'appelle une Beuglante. Particulièrement, une Beuglante de la famille Weasley côté femme. Je pense que le nom dit tout. Prévois quand même de quoi boucher tes oreilles. Ça rend sourd. Geralt en a reçu une, une fois. Il a été sourd pendant trois jours à cause des sens surdéveloppés.

Une expression blasée apparut sur le visage du D. qui prit la lettre.

- Au moins, je saurais si je pourrais faire culpabiliser Garp avec sa corne de brume qui lui sert de voix. Je sais quoi faire pendant le banquet.

- Tu viens pas à la veillée ?

- Non, je passe mon tour. Je vais mettre Déa au lit puis faire la tâche de Mandos en espérant que je ne finisse pas sourd.

Et il se tourna vers Marco.

- Puisqu'on est assez dans les bonnes grâces des An Craite, tu nous montres nos chambres ?

.


.

Au final, du clan pirate, seuls Marco et Kali étaient présents, avec Anaïs. La petite était là pour en apprendre un peu plus sur Skellige et ceux qui dirigeaient les îles. Et avec de la chance, leur laisser un assez bon souvenir pour songer à des alliances si elle arrivait à monter sur le trône. Quant à Kali, elle voulait s'entretenir avec Sac-à-souris. Cela ne changeait rien au fait que Marco profitait un peu de l'air frais avec Anaïs, fumant tranquillement, attendant que Geralt se joigne à eux. Cela lui permettait aussi d'entendre une intéressante conversation entre Birna, la veuve de Barn et Yennefer. La veuve avait une idée derrière la tête sur la succession. Et vu qu'elle regrettait que la monarchie en place actuellement soit élective et non héréditaire elle pensait plus à mettre son fils sur le trône.

- Le titre de chef des îles est surtout symbolique, pointa Yennefer.

- Oui, et c'est bien dommage, car plus que jamais, les îles ont besoin d'un chef charismatique et puissant.

Geralt arriva à cet instant dans une belle tenue noire et blanche, et s'arrêta au niveau du Phénix alors que la femme s'en allait.

- Quelque chose d'intéressant ? se renseigna le mutant.

- La reine actuelle de Skellige cherche à mettre son fils sur le trône. Je pense qu'elle fera tout dans ce but, dit Anaïs.

- Et c'est une bonne déduction, confirma Yennefer.

Elle regarda Geralt de la tête au pied et le complimenta sur son élégance. Anaïs avait très bien fait de souffler au Loup Blanc de choisir des vêtements dans la même teinte que ceux de Yennefer. Ça marchait à tous les coups.

- J'ai horreur des funérailles. Et des banquets.

- Je sais, répondit Yennefer à son amant grognon. Tu as aussi horreur d'être téléporté et de la viande pas assez cuite. Mais il faut parfois se faire violence.

- Si vous voulez discuter avec Crach, c'est maintenant ou jamais. Si vous tardez, tout le monde sera vite saoul, yoi, averti Marco.

- Oui, nous devrions conserver l'esprit clair pour discuter avec lui, je le sens, soupira la magicienne dans sa belle robe sobre noire et blanche.

- Je n'ai pas l'intention de boire, dit Geralt. Surtout quand je suis en si plaisante compagnie.

- Tu essayes de me faire rougir, Geralt ?

- Viens, Hime-chan, on va pas rester ici à leur tenir la chandelle, yoi, dit le médecin en éteignant son kiseru.

Il le rangea dans son dos et prit la main de la petite princesse pour retourner dans la salle des fêtes. Une salle comble, pleine à craquer de guerriers de Skellige prêt à se saouler pour rendre hommage à Bran et voir qui voulait prétendre au titre de souverain des îles. Ils retournèrent auprès de Cerys qui adorait discuter avec Anaïs. Si la petite Témérienne avait été plus âgée, ces deux auraient pu être amies. De son côté, il pouvait voir les prétendants au trône. Tous des fils de Jarl. Lugos la Beigne, le fils de celui qu'on appelle le Dingue, aurait pu être un bon chef, mais il avait trop de traumatisme à cause de son père. Le fils de Birna et Barn ? Svanrige s'il ne se trompait pas ? Mauvais cheval dans son opinion. Hajlmar an Craite ? Le même genre de personnage que son grand-oncle Barn. Mais maintenant qu'il le remarquait, le poulain était absent. Cerys aurait été une bonne prétendante. Si seulement on voulait bien prendre au sérieux les femmes.

Il salua de la tête Kali quand elle termina sa conversation avec Sac-à-souris pour partir se coucher.

Il commençait à se faire tard, surtout que Geralt et Yennefer essayaient de s'absenter discrètement (aussi discrètement qu'un Geralt cherchant à défendre l'honneur de sa belle contre Lugos le Dingue qui était déjà bien remonté après qu'on lui ait dit que toutes les chèvres de l'archipel avaient un enfant de lui).

- Je vais coucher la demoiselle et je reviens, les jeunes. Pas de bêtises, yoi.

Il donna sa main à Anaïs qui baillait le plus discrètement possible. Elle était encore trop jeune pour rester debout jusqu'à une heure pareille. Et lui, il voudrait bien passer un petit instant en tête à tête avec son mari, histoire de profiter d'un truc plus plaisant que des saoulards qui patientaient jusqu'à ce que les candidats se désignent.

Il mit la petite princesse au lit dans la même chambre que Kali avant d'aller rejoindre la sienne. Il trouva Ace finissant de rassembler les morceaux de l'infâme lettre rouge tout en se massant une oreille.

- Alors ? Cette punition ?

- Cette femme a la même capacité pulmonaire que Garp. Heureusement que j'ai grandi avec ça, sinon, j'aurais fini sourd de l'engueulade qu'elle réservait à Mandos.

Il jeta par la fenêtre ouverte les morceaux de la lettre, plia soigneusement l'enveloppe encore intacte et s'immobilisa quand il sentit deux mains se poser sur ses hanches.

- Tu devais pas rester à la veillée pour voir qui allait se présenter ? demanda le mutant.

- J'ai le temps pour un rapide câlin, yoi. Partant ?

- Seulement si tu reviens vite pour un second round plus correct.

- Je risque plus de me laisser emporter et de louper la partie importante plutôt que de te laisser seul au lit. Tu es bien trop alléchant pour ça, yoi.

- Je ramène la lettre à Mandos, je lui demande de garder Déa pour la nuit et je reviens. C'est tout de même drôle. C'est celui qui sait pas se tenir qui reste abstinent cette nuit alors que nous, on va faire les cons.

- C'est pas lui qui a passé la majorité de son mariage à poursuivre son partenaire, yoi. Allez, va apporter cette lettre à Mandos.

Ace ramassa la retranscription du message et quitta la chambre, poussant un petit cri de surprise quand son homme lui claqua les fesses.

- Et plus vite que ça, Portgas !

Le sorceleur tira la langue à son compagnon avant d'aller trouver Mandos qui était dans sa chambre. En fait, le jeune elfe était tranquillement installé dans la large fenêtre avec Déa dans les bras, à lire son courrier. Il parut surpris de voir que le D. n'était pas traumatisé par la lettre.

- … mon jiji est plus bruyant que cela.

- Et tu n'es pas sourd ? Hilarant. Mais, en tout cas, merci. Ça m'évite de détruire mes pauvres oreilles.

S'il n'était pas sourd, c'est que grandir avec ce fou furieux lui hurlant dessus pour un oui ou pour un non, ça devait lui avoir endommagé les oreilles, mais bon, il faisait avec. Tout en gardant Déa contre lui, Mandos rangea la lettre qu'il lisait dans son sac avant de récupérer le parchemin que lui tendait Ace. Cela devait se voir sur son visage que le pirate avait envie d'être ailleurs parce que Mandos lui demanda s'il avait un problème.

- Tu pourrais garder Déa cette nuit ?

Le jeune elfe eut besoin d'un moment pour faire l'équation, mais il finit par comprendre le pourquoi du comment et accepter la demande.

- Ton frère doit s'occuper cette nuit. Il risque de faire du bruit. Tu restes donc avec un elfe grognon. Je te plains, Déa, dit Mandos au bébé.

- Subis quarante-cinq ans d'abstinence avec des porcs qui essayent de t'agresser au moins une fois par semaine et on en reparlera. Au moins, ma nuit, je vais l'apprécier. Et j'ai assez de cervelle pour pas garder de gosse dans les environs dans ces instants. Maintenant, si tu le permets, j'ai un commandant pirate à rejoindre sous la couette. Bonne nuit Mandos et merci pour Déa.

Et il tourna les talons pour rejoindre Marco.