Bonjour à tous et à toutes ! On se retrouve pour un nouveau chapitre aujourd'hui ! Un chapitre qui nous fait avancer un poil sur notre quête !

Merci à Yuwine pour la review : Oui, ils ont passé une bonne nuit, mais après toutes ces décennies de séparation, qui peut leur en vouloir. / Mandos a quelques contacts qui n'aiment pas Gaunter. Et on a des pirates qui ne renonceraient pour rien au monde au drapeau noir, alors, forcément que le vieux Davy Jones va venir jeter un oeil. / Oui, Ace est un idiot et comme tjrs, c'est Mandos qui en paie le prix. Et une ovation pour Fumseck !

Sur ce, on se retrouve le mois prochain !

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Avec sa crinière, se coiffer était toujours un défi. La tresse était une méthode indispensable pour ne pas avoir un truc immonde et emmêler sur le crâne tous les matins. Lentement, vérifiant l'avancement dans le miroir face à elle, Kali démêla ses cheveux et commença à les rassembler en une natte serrée. Elle lâcha ses cheveux et recula de quelques pas quand la surface du miroir se brouilla, laissant apparaître un visage masculin et humain. Un visage souriant, presque sympathique. Trop sympathique. Par réflexe d'auto-défense, elle se dressa sur sa queue et agita frénétiquement son grelot pour mettre en garde le visiteur dans le miroir.

- Vous décidez de vous mettre en beauté, ce soir, très chère ? Mais votre Loup Noir n'est point présent, quel dommage de le privé d'une telle occasion…

Kali se dressa un peu plus sur sa queue en montrant les crocs, le venin commençant à dégouliner sur ses lèvres.

- Vous savez, ma chère tigresse, cette apparence ne vous convient guère. Une arme telle que vous n'a pas besoin de tout cela…

- Ferme ta gueule, et occupe-toi de ton cul.

La dernière fois qu'on avait dit "tigresse" pour parler d'elle, s'était son frère qui lui disait qu'il l'aimait alors qu'il l'enfermât dans la caisse d'un navire de marchandises pour la faire sortir en douce de leur île et échapper à la lobotomie. La même caisse où elle avait trouvé son akuma no mi. Elle avait sept ans à l'époque.

- Pour un humble marchand tel que moi, il est normal de connaître ce genre de détails, ces petits secrets oubliés, comme ce qui concerne votre nom…

- Arrête de jacasser et va droit au but !

- Oui, j'oubliais, la négociation, ce n'est pas votre fort. Surtout avec les hommes. Votre charmant Loup Noir sait que votre oncle est le premier homme qui vous a…

- TA GUEULE !

Elle se saisit la tête dans les mains. Ne pas penser à ça, ne pas penser ça ! Surtout ne pas penser à ça !

- Très bien, très bien. Puisque vous ne souhaitez pas prendre le temps de discuter avec un humble marchand comme moi, je vais juste vous mettre en garde. Et vous éviter de vous échiner pour rien. Les jeux sont déjà faits, vous luttez contre le vent. C'est bien tenté, vous avez eu de très beaux coups, je l'admets. Mais tout est déjà joué d'avance, vous ne pouvez qu'accepter les faits. Il est condamné, à moins que son Geralt ne paie un bon prix pour le sauver. Encore faut-il qu'il y parvienne à temps.

La zoan leva un regard brillant de haine vers le miroir à présent vide où ne résonnait que le rire moqueur de l'apparition qui avait déguerpi. De colère, elle envoya ses cascabelles couvertes de Haki frapper la surface, faisant éclater le verre. Puis, elle se laissa glisser contre un mur en pleurant, finissant par alerter Anaïs qui se leva du lit pour venir la voir et la réconforter. Sauf que l'elfe adulte si forte et impassible avait l'air brisé. Utilisant un gros mot japonais qu'elle avait appris en écoutant Ace, la demoiselle retroussa un peu sa chemise de nuit et courut dans les couloirs jusqu'à la chambre de Marco et Ace. Elle s'arrêta devant, s'apprêta à toquer, mais un gémissement lui parvint au travers le bois, lui faisant faire demi-tour.

Nop ! Elle en savait déjà trop pour son âge, merci bien !

Elle se remit à courir, se faufilant entre les serviteurs toujours en activité durant la veillée et arriva devant la porte de Mandos. Elle frappa frénétiquement et fut ravie de voir que Mandos lui ouvrit rapidement. Elle avait vraiment besoin d'aide.

- Anaïs… Il s'est passé quelque chose ?

- C'est Kali ! Elle se préparait pour se coucher quand elle s'est mise à crier ! J'ai cru d'abord que son dieu l'embêtait, mais ensuite, elle a cassé le miroir et elle s'est mise à pleurer comme une hystérique ! Je n'ai pas réussi à la consoler ! Je voulais demander à nichant, mais…

Elle ne finit pas par la phrase. C'était assez embarrassant comme ça.

- Tu as dit un miroir, Anaïs ? Bordel de… Tu vas avec Déa et tu ne bouges pas de la chambre. Silas ! Fenn ! Vous restez à les surveiller. Kiyan, tu fais disparaître tous les miroirs de la pièce !

Et sans s'attarder plus, il quitta la pièce.

Kali était toujours devant le miroir de la salle de bain de la chambre du château de Kaer Trolde. Gaunter avait appuyé tous ses boutons avec les meilleurs des mots, lui rappelant qu'elle n'était qu'une arme défectueuse. Elle avait de la magie, la rendant incompatible avec son mode berserk. Elle était infertile, la rendant inutile dans la mission de perpétuer la race. Elle avait juré allégeance à un homme qui avait donné un sens à sa vie, mais elle échouait à le remercier en ayant laissé la Chasse Sauvage l'enlever. Elle échouait encore à trouver une solution pour briser les transformations d'Eilhart. Et là, elle savait qu'elle ne pourrait pas sauver Mandos. Que ce soit de l'inconscience de l'homme qu'elle admirait et considérait comme un grand-frère, ou de la magie qui le gangrénait de l'intérieur.

Malgré tout ce temps, tout ce qu'elle avait vécu et appris… Elle restait cette fillette à qui on reprochait son incompétence et son inutilité. Celle qui n'apporte que malheur et désespoir.

Quelqu'un la toucha, lui parla, mais elle ne comprenait pas ce qu'on lui disait. Elle était là, face à face avec le froid constant que Gaunter lui avait rappelé en ramenant à la surface ses souvenirs.

Elle était défectueuse.

Elle sursauta en sentant quelque chose percuter sa joue qui se mit à brûler. Elle cligna des yeux et réalisa que Mandos était devant elle, la tenant dans ses bras.

- Kali ! Ne le laisse pas t'atteindre avec ses mensonges ! Bordel de merde ! Tu es qui ? Kali ! Avatar d'une divinité ! Tu es une des sorcières les plus puissantes de plusieurs des mondes réunis ! Tu n'es pas défectueuse ! Alors, soit tu te sors cette idée débile de la tête, soit je te botte le cul violemment jusqu'à ce que tu imprimes ! Okay ? Gaunter ment ! Il joue de nos peurs ! De nos doutes ! De tout ! On donne vie à ses prophéties ! Il est venu car il a peur ! Ce qui veut dire que tu as trouvé une bonne solution. J'ai trouvé une bonne solution ! D'accord ?!

Elle le regarda en silence, puis essuya ses yeux.

Oui, elle était stupide. C'était une technique commune qui était utilisée depuis longtemps pour faire peur à son adversaire. Ce qui l'avait rendu si efficace, c'est qu'il sache tout simplement quoi dire pour réveiller ses traumatismes, ses peurs, ce qu'elle était, ce qu'elle avait vécu. Les vérités qu'il avait énoncées sur sa vie lui avaient fait croire qu'elle échouait une nouvelle fois.

Elle expira profondément, puis enlaça son petit-frère.

- Merci pour le réveil.

- Je n'ai fait qu'appliquer ce que tu m'as appliqué à Blanchefleur.

- On est quitte alors. Anaïs ?

- Avec Déa, protégée par la brigade des Stries Bleues fantomatiques.

Il se mit à côté d'elle et regarda le miroir brisé d'un air sombre, avant de revenir à l'elfe noir toujours blotti dans sa queue de serpent.

- Donc… la nuit va être difficile à ce stade-là pour tout le monde, à part pour deux, marmonna-t-il à la fin. Veux-tu que j'aille chercher Anaïs et tu restes avec elle ou préfères-tu une nuit en mode dortoir avec des bonbons…? Mes camarades ont envoyé les colis de survie, mais je ne me sens pas de les manger seul.

Avec un bout de sa queue, avec précaution, comme si elle craignait que les morceaux de verre ne l'attaque, elle réunit dans un petit tas le miroir et le poussa hors du passage pour que personne ne se blesse.

- Régulièrement, Ace organisait des veillées. Que ce soit à nos débuts, que lorsqu'on a rejoint Shirohige. Malbouffe, sucrerie, et alcool. Y avait bien la radio, mais les garçons préféraient les shanty ou les chansons paillardes… Je n'y participais pas. Ace a été longtemps le seul homme en présence de qui je me sentais confortable. Et son orientation sexuelle n'avait rien à voir… Chez les Spades, j'étais la seule femme. Les filles de l'autre équipage avaient bien des soirées entre elles et essayaient de m'y impliquer, mais… je n'y arrivais pas. J'y ai participé une fois, avant de renoncer et de rester dans mon coin pour lire. Et dans ces moments, Ace venait me rejoindre avec de la lecture et du lait… Tout ça pour dire que les soirées dortoirs, comme tu les appelles, je suis pas une spécialiste.

- Pas grave, moi non plus, lui sourit Mandos. Mais prendre un temps tranquille dans une pièce avec une cheminée allumée, un tas de coussins, assez pour en faire un nid, une tasse de thé ou de lait chaud avec un fond de musique, un film ou des livres ? Pourquoi pas. J'ai même les bonbons et des biscuits faits maison en plus. Et il n'y aura qu'Anaïs et moi. Je ne compte pas les fantômes, je suis le seul qui les vois. Ça te tente alors ? Je dois même avoir de quoi passer de la musique ou enchanter ma flûte pour qu'elle joue seule.

- Et au pire, on demande à Thatch d'aller chourer les dials à Ace. Tu veux bien m'aider à finir ma tresse avant qu'on y aille ? Avec cette visite, elle s'est défaite. Et si je ne prends pas cette précaution avant de me coucher, c'est une guerre chaque matin sur mon crâne.

- Bienvenue au club des têtes de nœud. Aller, montre.

La brune se tourna, présentant sa crinière à moitié tressée à son petit-frère d'adoption. Elle le sentait faire plusieurs tresses avant de réunir le tout dans une natte unique au centre de son dos, qu'il noua ensuite avec un ruban. Elle tâtonna ses cheveux pour s'assurer qu'ils ne la dérangeraient pas.

- Voilà. On y va ?

Kali se retourna pour voir qu'il avait utilisé un ruban de ses cheveux pour elle. Celui-là même qui lui dégageait les yeux, ce qui mettait dans l'obscurité son œil maudit.

- Merci.

Et elle l'embrassa délicatement sur le front. C'était un merci pour bien plus que ses cheveux. Elle attrapa un châle sur une chaise et reprit ses pieds pour suivre Mandos hors de la chambre, laissant le miroir brisé derrière elle.

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Venant de Yennefer, il n'était pas surpris de ce qu'il s'était passé. Il la connaissait depuis bien trop longtemps pour ça. Geralt et elle avaient fait une "visite" du laboratoire de ce que le druide Sac-à-souris avait dans le château. Sans invitation, bien entendu. Le tout pour obtenir un objet magique. Le Masque d'Ouroboros. Et bien entendu, elle ne lui dit pas pourquoi elle en avait besoin ni ce qu'il faisait. Tant pis, il demanderait à Kali si elle savait quelque chose à ce sujet. Cependant, ils s'étaient infiltrés dans le laboratoire d'un druide… Et il connaissait des mages qui auraient des choses à apprendre niveau protection de la part de Sac-à-souris. À partir d'animaux empaillés et de champignons bien particulier qu'il avait réduit en poudre pour enduire la poignée de la porte menant au laboratoire, il avait fallu neutraliser un sorceleur. Le résultat était une hallucination magique qui rendait les animaux empaillés et inoffensifs, dangereux et bien vivants. Devant ça, Geralt s'était senti content que son grizzli empaillé qu'il avait eu il y a trente ans à Kaer Morhen, ait fini fracasser par Ace durant ce qu'il savait être à présent une crise. Et il avait fallu que Yen le taquine à ce sujet. Bon sang, si ça sortait d'ici, ça serait une nouvelle histoire pour lui pourrir la vie, pire que le zheugl dans la décharge du Tretogor.

Enfin, il y avait le laboratoire. Plein de choses. Des lectures étranges, une correspondance mettant en garde les druides contre Yen et Marco. Marco ? Allons bon. Qu'est-ce que le pirate avait bien pu faire pour que le druide le juge comme une menace ? Dans leur fouille, ils avaient trouvé une chèvre gravée et taillée dans une branche de tilleul. Un objet offert à "tonton Sac-à-souris". Nom que donnait Ciri au druide quand elle était encore enfant. La cachette du masque, ils l'avaient trouvé en ouvrant un passage secret alambiqué dont le système d'ouverture exigeait de donner une chope d'hydromel nain triple dose à une statue pensive. Avait-elle soif ? Il fallait croire que oui.

Ils étaient descendus dans une cave profonde où le masque était gardé en lévitation à hauteur d'homme. Impossible de savoir si son médaillon vibré pour un danger, la magie du masque ou la magie qui gardait l'objet ici. Le fait est que dès que Yennefer l'attrapa, cela déclencha un piège qui les enferma dans la cave en tête-à-tête avec un élémentaire de terre mécontent. Et pour bien faire les choses, il s'avéra que le druide avait prévu la possibilité que son golem soit vaincu. C'est un gaz mortel qui commença à se répandre dans la cave.

Dans d'autres circonstances, il l'aurait refusé net, mais là, ils n'avaient pas le choix. Geralt avait demandé à Yen de les téléporter. En échange, elle avait exigé de lui qu'il pense à quelque chose et vite. Et c'était qu'il avait envie de l'embrasser avant de mourir. Ils s'étaient accrochés l'un à l'autre avant de se téléporter… droit dans la chambre de la magicienne à l'auberge.

Disons que la licorne empaillée qu'affectionnait la brune avait très bien servi. Beaucoup trop bien servi. Même s'il aurait préféré faire ça dans un lit, il n'allait pas pleurer alors qu'il avait passé un moment mémorable avec son amante.

Et là, à présent, ils retournaient à la veillée où personne n'avait remarqué sa disparition. Outre peut-être Marco, mais le petit sourire qu'il avait en fumant tranquillement son kiseru sur le rebord d'une des fenêtres… Le Phénix et le mutant se regardèrent, puis rapportèrent leur attention sur les jarls, un maigre sourire complice aux lèvres. Une prêtresse de Freyja parlait aux potentiels prétendants, leur disant ou rappelant ce qu'étaient la bravoure et la piété. Quand elle s'éloigna, Marco et Geralt se rapprochèrent de Crach qui prenait enfin la parole :

- Bran a rejoint ses ancêtres et nous devons maintenant choisir son successeur. Un roi doit être sage, un roi doit inspirer le respect. Un roi doit avoir des couilles. Des hommes comme ça, nous n'en manquons pas. Que ceux qui s'estiment dignes du trône de Skellige s'avancent !

Le fils du précédent roi s'avança et laissa tomber sa dague sur la table devant Crach. Puis, ce fut Lugos la Beigne. Et bien d'autres. Une dizaine d'hommes jeunes et valeureux allaient jusqu'à Crach et laissaient son arme devant lui sans un mot, signifiant clairement qu'ils avaient l'intention de se lancer la course au trône.

- Mon fils ne peut être présent, dit Crach quand tous se furent avancés. Voyez sa hache ! Voyez sa volonté !

Il brandit une hache courte devant l'assemblée avant de la jeter sur le tas d'armes.

Il allait enchaîner quand une tête avec une longue tresse de feu passa entre les hommes à pas rapide. Sans un regard pour personne, la jeune Cerys jeta son couteau devant son père et s'en alla.

- Que le meilleur… ou la meilleure… gagne ! fini par conclure le Jarl.

Avant qu'elle ne quitte la pièce, Marco l'intercepta.

- Mon argent est sur toi, demoiselle. Si tu as besoin d'aide, n'hésite pas, yoi. Le vieil oncle Marco est prêt à t'aider.

- Merci pour le soutien, souffla la rousse.

Et elle s'en alla.

Ayant vu ce qu'il voulait, le pirate quitta la veillée. Il avait un mutant qui l'attendait.

À côté, Geralt et Yennefer rejoignirent Crach qui avait l'air clairement perplexe.

- Mais qu'est-ce qu'il lui a pris…

- C'est bien votre fille, pointa Yennefer.

- Ouais… Je comprends mieux maintenant cette histoire de Spikeroog. Ah, les enfants ! C'est une source d'ennuis sans fin. Venez avec moi, c'est une raison de plus pour discuter sans attendre.

Ils sortirent sur l'une des nombreuses terrasses du château, dans la neige et la nuit. Le début de la conversation était à la fois surprenant et pourtant logique.

- Comment était Ciri à l'adolescence, Geralt ?

Après tout, Ciri faisait partie du clan, de la famille, dans un sens.

- Je me souviens de sa mère, de sa grand-mère… Les chiens ne font pas des chats, comme on dit.

- Ciri était totalement incontrôlable, avoua le Loup Blanc. En général, elle n'en faisait qu'à sa tête. Pourquoi cette question ?

- Par simple curiosité. Cerys et elles ont à peu près le même âge, et je… Mais nous parlerons de ça plus tard. Yennefer me dit que Ciri est en danger et que vous la cherchez, c'est ça ?

- En effet.

- Eh bien, si vous avez besoin de quoi que ce soit… or, bateau ou autre, dites-le-moi. Je vous aiderai autant que possible. Je peux vous dire une chose, je sais qu'elle est en vie. J'en suis sûre. Quand une fille de Rhiannon meurt, la mer se déchaîne. Une tempête pareille, je m'en souviendrais.

- Je pense qu'il y a un lien entre Ciri et l'anomalie magique qui a frappé Ard Skellig. J'en suis quasi certaine, dit la magicienne Aedirnienne. Mais il faudrait que j'examine le site pour confirmer mes soupçons.

- J'ai vu ces formes étranges surnaturelles, dit le jarl en s'avançant vers elle. Les druides ont eu toutes les peines du monde à les contenir. Expliquez-moi. Comment Ciri aurait-elle pu provoquer une telle catastrophe ?

- C'est ce que j'ai l'intention de découvrir… Dès que Sac-à-souris arrêtera de me mettre des bâtons dans les roues.

Crach les rassura en leur disant que le druide n'était pas un mauvais bougre et qu'il ignorait simplement qu'ils cherchaient Ciri.

- Il le sait, mais il prend trop de temps alors qu'elle est en danger, lui dit Yennefer.

- Alors, c'est une autre histoire. Mais il se trouve que je suis le jarl d'Ard Skellig. Vous avez donc ma permission pour aller où bon vous semble.

- Je vais essayer de négocier avec Sac-à-souris, se proposa Geralt.

- Laissez-moi m'en charger, partez à la recherche de Cirilla. Si quelque chose devait lui arriver ici, sur Ard Skellig, je ne me le pardonnerais pas.

- Merci.

- Ne me remerciez pas, j'ai prêté serment et je suis un homme de parole.

Il se tourna vers son chambellan pour lui demander de signaler au Hiérophante qu'il voulait lui parler, avant de revenir vers le duo et d'aborder un autre sujet : ses propres enfants.

- Vous vous souvenez de Hjalmar ? Il a juré solennellement de tuer le géant d'Undivk, mais il n'est pas encore revenu. De son côté, je suis incapable de retenir Cerys qui part à l'aventure. Elle s'est mise en tête qu'Uldaryk n'est pas fou, mais qu'une malédiction pèserait sur lui…

- Et j'imagine que Cerys veut lever cette malédiction.

- Il n'y a pas de malédiction ! rouspéta Crach. Elle cherche simplement à égaler son frère Hjalmar en accomplissant un exploit digne d'une reine ! Et ce salaud de médecin lui a très certainement monté la tête !

Le couple eut un regard perplexe avant de revenir vers le jarl. Son amitié avec le Phénix… De la poudre aux yeux ?

- Cela fait des années qu'il tourne autour de Cerys. Elle a changé depuis le jour où il me l'a ramené à Ard Skellig après qu'elle se soit égarée quand elle était petite. Je cherche en vain l'explication que ni elle, ni lui ne me donne. Mais il s'agit de ma fille ! Quel genre de père ne ferait pas l'impossible pour la protéger ?! C'est un ami du clan, je le traite comme tel, mais tant que je n'aurais pas le fin mot de cette histoire, il n'aura pas ma confiance. C'est pour ça que j'ai besoin de vous, Loup Blanc. Je n'ai ni confiance en Uldrayk ni en Marco. Et je sais qu'elle est trop têtue pour m'écouter. Elle sera certainement plus à même d'écouter un professionnel, quelqu'un comme vous.

- Le Chat Noir serait peut-être plus adapté, dit Geralt.

Il reçut un regard noir du jarl et il leva les mains comme pour dire qu'il valait mieux oublier son idée.

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Ace était sur le point de descendre vers les écuries avec Marco quand ils croisèrent Kali et Anaïs. La petite princesse alla voir son gardien et lui tendit Déa qu'elle avait dans les bras.

- Merci, Hime-chan, sourit le D. en récupérant la petite qui gazouilla de joie dans son couffin de retrouver son frère.

- Ace, j'aimerais te parler en privé, s'il te plaît, demanda Kali.

- Je t'en prie. On vous retrouve aux écuries.

Marco offrit sa main à Anaïs qui l'attrapa et ensemble, ils rejoignirent le lieu de rendez-vous.

- Il y a l'air de se passer des choses intéressantes, dans la cour de la citadelle. On va voir ? proposa le D. en ajustant sa prise sur la fillette dans ses bras.

La pirate hocha la tête et se mit à marcher à côté de son ami et supérieur. Elle resserra son châle autour de ses épaules, jouant d'un air absent avec les franges. Finalement, elle se décida à parler :

- Suis-je utile ?

Ace s'arrêta et la regarda d'un air blasé.

- Tu m'as déjà posé cette question par le passé et ma réponse n'a pas changé. Tu es ma meilleure amie, Kal'. Une sœur. Que tu sois utile ou non, j'en ai rien à carrer. Tu es forte, tu es une combattante, une survivante et tu me supportes bien assez pour avoir changé de monde à ma recherche. Tu es importante à mes yeux.

- Merci, Ace.

- Qu'est-ce qui t'a fait ressortir la vieille question maudite ?

- Gaunter de Meuré a visité mon miroir, hier soir.

- Il t'a proposé un marché ?

- Non. Il a essayé de me casser, de me faire perdre espoir et foi en notre capacité de sauver Mandos de sa magie. Il a presque réussi. Il savait exactement où appuyer. Quoi dire. Ce que j'étais pour ma caste, ce que mon oncle m'a fait, la façon dont m'appeler mon défunt frère, mon souci de nom… Ça m'a fait mal. Sans Mandos et Anaïs, je serais encore en train de pleurer.

- Kali. Tu n'es pas une arme défectueuse. Tu fais partie de mon équipage depuis East Blue. Je savais qu'en te poussant dans la bonne direction, tu pouvais devenir quelqu'un d'exceptionnelle et chaque jour, j'ai la preuve que tu es devenue bien plus que ce que je pensais. Tu es une personne unique en ton genre. Tu es intelligente, cultivée, curieuse et loyale. Et surtout redoutablement puissante. S'ils étaient encore en vie aujourd'hui, ces cons de Sarkomand, ils auraient dû changer de slip une bonne vingtaine de fois à force de se chier dessus de trouille.

La brune eut un sourire à l'adresse de son commandant.

- Je vais répéter ce que j'ai dit quand tu nous as annoncés, sur l'île Gyojin, que tu voulais changer de prénom pour Kali. Jusqu'à présent, c'est celui qui te correspond le mieux. Tu n'es pas à prendre à la légère. Tu es aussi mortel que le temps qui passe. Même en temps normal, tu gardais tous les Spades en ligne… Et moi de temps à autre. Donc, il est normal que Gaunter te craigne. Fais-lui payer d'avoir foutu son nez dans tes vieux démons.

- Oui, mon capitaine.

Le D. eut un rire en voyant le sourire froid de sa nakama. Il la préférait comme ça.

Ils se remirent en marche pour rejoindre l'attroupement dans la cour de la citadelle et virent tous les habitants de la forteresse agglutinés devant un tas de miroirs. Ce qu'ils foutaient là ? Aucune idée. Comment ont-ils fini ici en une nuit ? Très bonne question. En tout cas, le D. aurait mis sa main à couper qu'il avait devant lui l'explication du pourquoi le miroir de sa chambre avait disparu pendant qu'il s'envoyait en l'air avec Marco.

- Je pense qu'on a le miroir de la magicienne de Vengerberg dans le tas, supposa Kali. Je sens sa magie.

- Elle n'a pas dû aimer. Konnichiwa Mandos !

- Hello ! Qui n'a pas dû aimer et quoi ? Demanda le jeune elfe en les rejoignant.

- On parlait du miroir de la magicienne Aedirnienne. Mais ça peut aussi s'appliquer à Crach avec le coup que lui a fait sa fille.

Même pas la trentaine et déjà blasé. Pauvre Mandos, il allait finir vieux et gris avant l'heure.

- Pour Crach ? Je peux rien faire à moins de lui dire qu'il arrête les frais et accepte qu'elle n'est plus une petite fille chétive et autre… Pour les miroirs ? Ne dites surtout à personne que c'est ma faute. J'ai mal demandé un service à un vieux chat et c'est le résultat.

- Personnellement, je trouve que le vieux chat a très bien fait son boulot. Si seulement il pouvait nous aider pour trouver Luffy et Ciri, ce serait encore mieux. En attendant, on part au sud, voir le bordel qui a alerté Yennefer. On va essayer de leur emprunter des chevaux, sinon, le voyage sera sans fin pour Anaïs.

- J'ai pas besoin de montures si je me change en Cernunos ou que je prenne mon balai. Skellige est moins dans l'allumage enflammé de sorciers et autres. Et puis, on a Fumseck aussi en cas de besoin. N'est ce pas mon grand ?

Les deux pirates se regardèrent, ne comprenant pas en quoi le phénix pouvait les aider. Elles laissèrent tomber et firent signe à Mandos d'y aller. Ils retrouvèrent rapidement le reste du groupe à l'écrit. Crach et Marco faisaient une bataille de regard. Ou plutôt, le jarl cherchait à impressionner le pirate avec sa large et puissante carrure. Chose vouée à l'échec quand on grandit avec un capitaine pirate qui fait trois fois sa taille.

- Anata ? s'inquiéta Ace.

- Rien de nouveau, yoi.

- Merci pour les chevaux, Crach, remercia Geralt. On te les ramène une fois qu'on aura examiné les lieux de la catastrophe.

- Et merci pour ton hospitalité, lança Thatch en se hissant sur l'une des montures.

- Y'a que Lugos qui serait assez dingue pour vous mettre à la porte, ce serait un bien piètre accueil après ces années à piller avec nos clans et les services que vous nous avez rendu, répondit le chef An Craite avec un grand geste de la main.

Il jeta néanmoins un regard au Phénix qui disait qu'il se serait bien passé de sa présence, mais le blond était bien trop occupé à aider Anaïs à monter sur une jument avant qu'Ace ne se hisse derrière la demoiselle et ne récupère Déa. Ici, il n'y avait personne pour surveiller la petite avec son apparence si particulière. Parce que même pour Skellige, l'enfant était trop anormale.

- Je prends tes armes, mon frère, pendant que tu te dégourdis les jambes ? Proposa Kali. Ou alors, tu suis Marco qui va voler ?

- Je vais définitivement me dégourdir les pattes. Mais pas ici. Un peu plus loin en fait, répondit le jeune elfe.

Et il se hissa sur le dernier cheval disponible, laissant le médecin à terre. C'était très petit de la part du Jarl, mais le blond ne s'en offusqua pas le moins du monde. Il se transforma et s'envola au-devant d'eux, disparaissant par-delà les montagnes. Le groupe se mit en route sous le regard du jarl de Kaer Trolde. Ils quittèrent les hauteurs froides pour revenir en plaine et son herbe pleine de fleurs de montagnes et de moutons. Le voyage serait long jusqu'à leur destination. Au moins deux jours, pour une arrivée dans la soirée voir début de la nuit.

- Vous vous êtes mis à dos Sac-à-souris ? Se renseigna brutalement Geralt en route alors que Mandos descendait de cheval pour prendre sa forme de grand cerf noir.

Kali noua la longe du cheval à l'arrière de la selle de sa propre monture. Ne pas froisser le Jarl en abandonnant une de ses montures, ce serait très stupide à faire.

Anaïs regarda d'un air implorant Ace qui pointa Mandos l'air de dire que c'était à lui qu'il fallait demander.

- Comment tu le sais ? Se renseigna Thatch.

- Yennefer a demandé à emprunter un objet au druide, et j'ai trouvé une lettre indiquant de se méfier de Yen et de Marco.

- La réponse est à la fois simple et compliquée pour la querelle avec le druide, expliqua le vampire. Sac-à-souris est un type bien, Marco sera le premier à le dire, mais là où ça ne va pas, c'est que ce sont deux hommes avec des origines et un vécu bien différents. Le druide est très traditionnel et ancré dans un fonctionnement qui, pour nous, est absolument arriéré. Le droit des femmes, égalité des genres, transsexualité, homosexualité et j'en passe…

- Parce que citer tout ce qui est englobé par le drapeau de la Pride prendrait une année entière ? demanda le D.

- Y'a ça, oui. Bref, tout ça, ce sont des combats pour lesquels il donne du sien. Mais des combats qui n'ont pas lieu d'être pour Sac-à-souris parce que pour lui, ces choses-là ne sont pas tolérées en sociétés, ou alors, les Nordiens considèrent ça comme stupide.

- Ils se sont surtout brouillé sur la question de l'avortement, dit tout bas Kali. En tant que druide et homme bien ancré dans l'idée que la femme a pour mission de donner la vie, une interruption de grossesse, c'est un crime contre les dieux et la nature. Pour Marco, qui a non seulement de vastes connaissances médicales, mais aussi vu pas mal d'horreur, c'est une intervention qui est bien souvent nécessaire. Que ce soit pour sauvegarder une vie, quand l'enfant ne peut naître sans mettre sa mère en danger, ou pour ne pas compliquer les choses quand le bébé est le résultat d'une union forcée.

- Ah.

Personne ne demanda l'opinion de Geralt et il ne la donna pas. C'était un sujet difficile à aborder, il était bien d'accord. Mais il savait surtout que d'une, ils venaient de sociétés totalement différentes rendant le débat difficile. De deux, ce n'était pas le moment pour cette discussion. Et est-ce qu'ils étaient les personnes les plus adaptées pour ça ? De tous, seuls Anaïs et Mandos n'étaient pas des parias, et encore, même si le jeune elfe semblait avoir une grosse réputation dans sa sphère d'origine, il restait un elfe, justement et le racisme fermait bien souvent les portes.

- Que voulait Yennefer dans les affaires de Sac-à-souris ? Se renseigna Kali.

- Mandos, la petite princesse veut absolument monter sur ton dos, tu y vois un souci ? Se renseigna le D.

L'oreille du grand cerf noir tiqua avant qu'il ne se rapproche de la monture du Chat Noir. Le geste de la tête qu'il eut disait clairement "monte". Il fallut qu'Ace la retienne pour que la demoiselle ne saute pas directement sur le dos de Mandos. Sans arrêter pour autant la marche, la petite princesse changea de monture. Bientôt, on entendait plus que le hurlement de joie de la fillette quand le sorcier s'élança sur les routes au galop avec sa passagère.

- Il s'agit d'un masque. Le masque d'Ouroboros, dit Geralt en reprenant la conversation même s'il avait eu une esquisse de sourire devant la joie de la fillette.

- Ah. Un objet divin qui a attiré la colère de la Mer. Il faut espérer qu'elle voudra m'écouter avant d'en faire usage. Si je m'en sors bien, je peux éviter la malédiction, dit l'elfe pas plus perturbée que ça par ce qu'elle disait.

À ce stade, Geralt n'était même plus intrigué par ce genre d'exploit. Il devenait littéralement blasé par l'extraordinaire rendu possible à longueur de temps.

Le silence retomba sur le groupe, avec juste les deux félins se coursant entre les chevaux pour s'amuser et les lointains hurlements de joie d'Anaïs.

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La nuit n'avait rien de bien exceptionnel outre que Thatch leur avait fait un rôti de chèvre de montagne à se rouler par terre et que Marco les avait rejoint pour se reposer un peu. Le lendemain, Mandos avait choisi de prendre sa forme de corbeau et de se percher sur la selle de Kali, laissant sa monture à Marco. Ils chevauchèrent toute la journée, pour arriver en début de nuit au campement de druides. Et vu les cris du vieux Sac-à-souris, Yennefer devait déjà être là.

- Dites, on vous entend crier depuis l'autre bout de l'île, pointa Geralt alors qu'ils arrêtaient les montures au niveau de deux belligérants.

- Tant mieux ! Dit le druide avec satisfaction. Tout Skellige doit savoir que Yennefer de Vengerberg est une misérable voleuse !

- Et je crois que Skellige n'en a rien à foutre de cette histoire, vieux croûton, lui dit Ace en descendant de cheval à son tour.

- Vieux croûton ? Vieux croûton ?! Non mais dis donc, et le respect ?!

- Envers les personnes âgées ? Aucun. Pour les réclamations, voyez avec mon grand-père. /King, revient ici/ !

Le léopard des neiges avait décidé de leur fausser compagnie pour s'enfoncer dans une zone de la forêt vierge environnante. Une zone en contrebas du camp qui avait l'air d'avoir à la fois gelé et brûlé. En soupirant, Ace partis à la poursuite de l'animal, Mandos sur les talons.

- La sorceleuse Portgas a raison, pas besoin d'en faire toute une histoire, dit délicatement la brune. Et puis, je n'ai rien volé, voyons. C'est juste un emprunt. Je vous rendrai le masque dès que j'aurais terminé.

Kali avait rejoint le petit comité alors que Marco, Thatch et Iro avaient décidé de laisser l'affaire se résoudre avec les concernés et chercher après Ace.

- Ooooh, mais quelle générosité ! Le problème, c'est qu'une fois utilisé, le masque n'aura plus la moindre valeur ! grinça le druide. Sans parler du risque de déclencher une catastrophe et d'engloutir toute l'île sous les flots !

Yennefer s'éloignait déjà.

- Matte kudasai, réclama Kali.

-Yen, attend, demanda Geralt.

En claquant la langue, la magicienne s'arrêta et se retourna vers les hommes et la zoan.

- Yn Toredig, faîte lui entendre raison ! Demanda Sac-à-souris.

- Si j'avais été dans ses bottes, j'aurais pris moi aussi les moindres risques pour retrouver Cirilla, dit froidement l'elfe. Cependant, je demande cinq minutes.

Et elle leva sa main en écartant bien les doigts.

- Cinq minutes pour une négociation et empêcher une catastrophe.

- C'est de la démence !

- Non. C'est juste demander un petit service à une vieille amie. C'est soit ça, soit servir de filtre.

- Un filtre ?

L'elfe se tourna totalement vers Yennefer et montra la forêt en contrebas.

- Je peux faire remonter à la surface la mémoire de la terre pour que l'on puisse avoir des réponses. Seulement, il y a trop de magie qui a été utilisée ici, pour moi. Si j'entre en contact avec, le résultat sera catastrophique. Si tu acceptes de m'aider en la filtrant pour moi, alors, le masque ne sera pas nécessaire. C'est quelque chose à tenter.

Kali revint vers le Hierophant.

- Mandos est un bon mage élémentaire. S'il participe au filtrage, avec peut-être votre petit coup de pouce, on pourrait rendre à cette zone de la forêt la vie qui lui a été volée. À vous de voir.

- Tu peux le faire ? Demanda Geralt avec un air entendu.

- Oui, seulement s'il y a quelqu'un pour filtrer la magie qui a été utilisée ici.

Le mutant se tourna vers son amante.

- Essayons la méthode de Kali. Si elle ne fonctionne pas, on pourra se rabattre sur le masque.

- Très bien, mais je le garde au cas où, averti Yennefer.

- Cela a intérêt à marcher, averti Sac-à-souris.

- Allons rejoindre les autres, puisqu'on aura besoin de Mandos, se contenta de répondre l'elfe noir.

Et elle partit en sprint vers les bois, évitant d'instinct les possibles sources d'ennuis. Elle retrouva rapidement ses camarades et Mandos sur un site gorgé de magie. King se tenait au centre. Il ne fallut que peu de temps avant que Yennefer, Sac-à- souris et Geralt ne se joignent à eux.

- Vous avez trouvé quelque chose ? Demanda la magicienne.

- /Montre-lui, King,/ demanda Ace.

Le léopard posa sa patte sur une vieille empreinte dans le sol, la faisant correspondre parfaitement, prouvant qu'il en était le propriétaire.

- King a été séparé de Luffy à Velen, pointa Thatch. Ce qui veut dire que nous sommes certainement sur le site d'arriver, puisque d'une, il reconnaît le lieu et deux, il a laissé sa trace.

- Mandos, je vais avoir besoin de ton aide, annonça Kali en balançant sa tresse par-dessus son épaule.

- Pourquoi Kali ? De quoi as-tu besoin ?

- Je vais réveiller la mémoire du lieu en ramenant la magie à la surface. Mais il ne faut pas que je l'absorbe. Te sens-tu apte à la détourner, avec le druide et la magicienne ? Si on s'y prend bien, on pourrait réparer les dégâts aux alentours.

- Je peux le faire. Un instant, dans ce genre de cas, je préfère avoir un accès plus direct à la terre.

Sans autre forme de procès, il retira sa tunique supérieure, se retrouvant avec ses bras découverts et sa collection de runes tatouées sur la peau. Il retira aussi ses chaussures, enfonçant ses pieds dans la terre humide à cause de l'air marin. Thatch ramassa le tout alors qu'Ace confiait Déa à Anaïs. Il voulait avoir les mains libres si les choses tournaient mal avec son amie. Celle-ci fit craquer sa nuque et croisa les mains devant elle, les doigts crispés en direction du sol. Puis, elle changea leur position, faisant une rapide pirouette et tira.

Quelque chose oscilla dans l'air pendant un bref instant, avant de disparaître, pour revenir quand l'elfe tira sur une corde qu'elle seule semblait voir, luttant contre la traction qui voulait renvoyer le souvenir dans le sol. Pas besoin que les médaillons des sorceleurs cherchent à s'échapper pour savoir qu'elle avait fait remonter une quantité astronomique de magie à la surface, après tout, cette énergie mordait la peau avec autant d'entrain et de violence qu'un blizzard. Mais ça fonctionnait.

Tout le monde pouvait voir les images fantomatiques de la mémoire de la forêt. Quelqu'un avait fait un Portail ici. Un Portail duquel trois personnes et un animal étaient sortis. Pendant que Kali gardait la mémoire à la surface, Yennefer s'assurait que le trop-plein de magie n'atteigne pas l'elfe, le redirigeant vers Mandos et Sac-à-souris qui la réinjectaient dans la terre pour rendre un souffle de vie aux lieux.

- Ciri était la femme du trio, reconnu Geralt quand Kali laissa le souvenir repartir dans la terre.

- Comment le sais-tu ? Demanda Yennefer.

- Elle a une démarche de sorceleuse, répondit simplement le mutant.

- On avait Luffy, c'est mon petit-frère, je le reconnaîtrais entre mille, nota Ace.

Mandos demanda à King, l'animal de la vision, de les mener jusqu'au site d'intérêt suivant et la panthère ne se fit pas prier. Et ils arrivèrent dans un beau cratère.

- Ici, ce sera plus compliqué, on a fait usage de magie offensive, nota Kali. Vous êtes prêt ?

Sac-à-souris et Yennefer ayant déjà eu satisfaction de l'efficacité de la solution alternative, se mirent en position. L'elfe n'attendait plus que Mandos pour passer à l'action. Il utilisa de l'encre magique pour rajouter deux autres runes sur sa peau avant de donner son feu vert à la pirate. De nouveau, elle tira. Cette fois, les conséquences sur elle se firent plus visibles. Le foulard sur son crâne ne cachait plus ses cheveux qui blanchissaient.

- Filtrez ! grinça-t-elle alors que ses yeux améthystes perdaient leur couleur pour celle laiteuse de ses pupilles.

Ace se rapprocha, prêt à intervenir.

Déjà, le souvenir était disponible pour leurs yeux. Le trio précédent et King étaient en position défensive, encerclés par des individus menaçants. La silhouette de Luffy se prépara à l'attaque, mais l'inconnu du trio frappa le sol avec sa magie, renversant ceux qui les menaçaient, avant de prendre la fuite.

Après un souffle lourd, elle laissa repartir le souvenir.

- Je comprends pourquoi tu ne veux pas que la magie te touche, nota Yennefer en retirant un de ses gants.

Ses doigts avaient commencé à brûler.

- Est-ce que ça ira ? Demanda Geralt.

- Oui, rassura la brune. Mais cette explosion magique est certainement ce qui a endommagé la forêt. Ou du moins, une partie. Mais son écho, son souvenir, reste dangereux. L'homme qui les accompagne est puissant. Dangereux. Mais il les aide, puisqu'il ne les a pas touchés.

- Il a touché Luffy, rectifia le D. avec colère. Ce type en a après mon frère.

- Pourquoi n'est-il pas tombé alors ? Demanda Sac-à-souris.

- La foudre, éclaircit Marco. Si on écarte l'herbe, on peut voir les marques de brûlures qui restent encore, yoi. Et Luffy est immunisé contre ça. Donc, soit il le savait et en a profité à son avantage, soit il l'ignorait et a été déçu.

- Continuons, dit Mandos. Je pense pouvoir faire encore un filtrage avant d'être à ma limite. Je crois… J'ai bien une marque sur le visage, non ?

- Bon sang, Marco, c'est ton rôle ! Protesta Thatch.

- Mon rôle ? répéta avec perplexité le Phénix.

- Donc, oui, gamin, tu as une jolie marque noire sur le visage. Et puisque la voix de la raison a décidé de prendre une retraite anticipée, je me dois de la remplacer, enchaîna le vampire. La magie, j'y connais que pouic, mais je sais quand ça pue le brûler. Alors, je pense qu'on va trouver le point d'intérêt suivant et patienter un peu avant de l'exploiter. Et on ne proteste pas Yennefer.

- Ciri…! Commença la petite brune.

- ...Peut se débrouiller, dame Yennefer, coupa Anaïs en raffermissant sa prise sur Déa. Et puis, à ce stade, nous avons trop de retard sur eux pour que quelques instants pris pour souffler ne changent quoi que ce soit.

Marco regarda Anaïs, puis son frère.

- Tu disais au sujet de "la voix de la raison" ?

- Damare, k'sou tori.

Cela lui valut une bonne taloche de la part d'Ace.

- La demoiselle a raison, appuya Sac-à-souris. Nous sommes déjà bien avancés dans ce qu'il s'est passé ici pour retrouver les disparus, tout comme la forêt retrouvera bientôt sa pleine santé. Ne nous précipitons pas.

Malgré les bougonnements de Yennefer, ils descendirent lentement la pente vers le dernier lieu d'intérêt.

- Ça va, Kali ?

L'elfe cessa d'enrouler sa longue tresse autour de son cou comme un foulard, histoire qu'elle ne traîne pas par terre. Elle regarda Mandos, et lui sourit. Un simple petit sourire qui voulait tout et ne rien dire. Mais surtout de ne pas s'en faire. Au moins, comme ça, ils pouvaient satisfaire tout le monde, obtenir les informations qu'ils voulaient et ainsi, se mettre les personnes nécessaires dans la poche pour que son petit-frère puisse avoir l'aide nécessaire.

Elle expira profondément.

Là, ce serait simple. Rien de bien méchant. Même si elle se demandait bien l'origine de la belle tranchée qui avait, semble-t-il, déraciné un arbre… qui était aux abonnés absents. L'elfe ignora le regard noir d'Ace entre ses deux épaules et tira le souvenir.

C'était un combat. Et une fuite.

Luffy donna un coup de poing à leur poursuivant au moment où Ciri prenait King dans ses bras. Elle se téléporta avec le D. vers l'inconnu sans laisser à Luffy voir le résultat de son coup. Et de toute façon, le souvenir retomba avec le troisième allié se téléportant à son tour et leur adversaire percutant l'arbre justement absent.

Haletante, la pirate se laissa tomber à quatre pattes au sol. Ah, bah ça allait être coton pour la suite, elle n'y voyait plus rien ! Mandos se laissa aller dans l'herbe, profitant de l'ombre d'un arbre de nouveau feuillu.

- Thatch ? J'peux avoir mes affaires ? Demanda le jeune elfe en repoussant Fumseck perché sur sa poitrine.

Le vampire lui laissa tout tomber sur la figure alors que Geralt se tournait vers Yennefer qui avait réussi à identifier les lieux de destination. Velen. En deux points différents.

- En tout cas, votre frère n'est pas à prendre à la légère s'il a réussi à déraciner un arbre en frappant un homme, pointa Sac-à-souris à Ace.

Le D. s'était accroupi auprès de Kali, le visage dans l'ombre de son chapeau, mais le ton monocorde de sa voix trahissait bien plus de la force exceptionnelle du plus jeune des D.:

- Franchement, ce n'est rien, c'est un truc qu'il faisait déjà quand il avait neuf ans. Je l'ai vu faire bien plus en vieillissant.

- Comme cette curieuse tranchée ? devina Geralt en montrant le fossé désormais recouvert d'herbe, pile dans la même direction.

- Allons voir ce qu'il y a au bout, proposa Marco. Tu te joins à nous Mandos ? Ace va rester ici avec Kali, yoi. Et on attend encore la transformation du vampire en un animal qui lui ressemble bien plus niveau comportemental, mais qui est plus mignon et avec de grandes oreilles, yoi.

- Marco ! Espèce de salaud !

- Hep ! Surveille ta langue devant les filles ! Rabroua Ace.

- Tu parles, je suis certain que tu lui as appris à jurer comme un pirate à cette pauvre gamine !

- Alors, là, je proteste ! C'est pas moi ! Ce sont Roche et Thaler !

Mandos se mit en marche pour rejoindre Marco, passant à proximité de Thatch qui se disputait toujours avec l'ex-logia. C'est le silence qui fit comprendre que quelque chose n'allait pas. Geralt détourna la tête pour masquer son sourire en voyant que de longues oreilles de lapin venait de percer la chevelure cuivrée du vampire. Bientôt, le grand pirate n'était plus qu'un gros lapin. En soupirant, Ace le saisit par les oreilles son compagnon d'équipage, puis avec Yennefer, aida Kali à se remettre debout. Notant la longueur de la tranchée, ils laissèrent Kali assise sur une grosse racine d'arbre en compagnie d'Anaïs et Déa, avant de s'enfoncer dans le long cratère si large, long et profond qu'il avait mené à la chute d'un arbre sur celui qui avait été éjecté en premier lieu.

- Je vais finir par écrire un papier sur la force monstrueuse des D. et l'influence de l'hérédité, commenta Marco d'un air blasé à Ace. Parce qu'entre ton frère, de quoi… dix-huit ans ? qui nous fait ça, et le grand-père qui réduit des montagnes en morceaux en les prenant pour des sacs de frappe… Ouais, ça ferait une bonne thèse, yoi. J'vais embaucher Crocus et Kureha dans l'écriture du papier.

- Partage si tu fais des avancées sur la question génétique. Parce que ça, c'est impressionnant, réclama Mandos.

- Vous parlerez de vos études plus tard, on a quelque chose coincé entre les deux arbres, coupa Geralt en s'accroupissant à proximité.

Il ne fit aucun commentaire au lapin roux qui vint se caser à côté de lui pour observer l'arbre. Il était question de Ciri, il se devait d'être sérieux. Yennefer se chargea de faire léviter l'arbre le plus au-dessus pour le poser sur un côté. Dessous, on avait un corps en armure. Ou du moins, une bouillie de corps qui finissait de se décomposer dans l'armure défoncée.

- Un seul coup en est la cause. L'armure a plié sans offrir la moindre résistance, écrasant tout sur son passage, nota Geralt.

- Entre la force, la vitesse, l'inertie, l'impact, l'onde de choc, la décélération brutale… lista Marco. Je vais soumettre le problème à Austin au retour, c'est son domaine de compétence les équations impossibles, yoi.

- Cause de la mort ? Demanda Kali depuis son siège.

- Même si la majorité des organes ont éclaté et que les côtes se sont brisées au point de percer les poumons, c'est l'infâme coup du lapin qui lui a été fatal, nota Marco en examinant la tête et la nuque du défunt en dépit de l'armure. Rassure-toi, Thatch, je ne te demanderais pas de démonstration, yoi.

Cela lui valut un regard noir de la part de son frère, mais le blond avait autre chose en tête. Il reconnaîtrait ce genre d'armure entre miles. Même s'il l'avait vu qu'une fois, elle était là, gravée dans son esprit au fer rouge. Un individu dans le même genre de tenue avait enlevé son époux toutes ces années en arrière. Et le regard d'Ace disait qu'il n'avait pas oublié. À côté, Thatch avait une mimique intéressante, comme si c'était familier.

- Ils l'ont laissé sur place et ont continué la traque, commenta Mandos. Et pour sa mort, il ne semble même pas avoir souffert de celle-ci. Ce fut très net. Je dirais bien qu'il n'a rien senti, mais bon, qui sentirait quelque chose lorsque l'on se prend un coup avec une telle force et qui nous cause la mort. Et l'armure reste néanmoins reconnaissable malgré tout.

- Elle est magnifique, mais je n'en ai jamais vu de pareil, admit Sac-à-souris. Vous savez d'où elle vient ?

- Ce devait être un cavalier de la Chasse Sauvage, proposa Kali en se grattant les écailles sur son corps avec ses doigts griffus.

- Quoi ? S'étonna le druide.

- Sans la Chasse Sauvage, on ne serait pas tous ici, yoi, dit Marco. Donc, si tu dois supporter mes idées trop modernes, c'est de leur faute.

- Je craignais cela, avoua le druide après avoir adressé un regard assassin à Marco. D'abord ici, puis sur Hindarsfjall… Mais que cherchent-ils ?

- Ils veulent Ciri pour son Sang Ancien, et ses capacités de jouer du temps et de l'espace. Luffy… On l'ignore encore. Peut-être pour remplacer la fuite de Portgas, supposa Geralt.

Yennefer et Sac-à-souris regardèrent le Chat Noir avec interrogation.

- J'étais au bord de la mort quand la Chasse Sauvage m'a kidnappée. Ils m'ont soigné juste assez pour me garder en vie, mais je sais pas ce qu'ils voulaient de moi.

Il avait un vague souvenir qui lui faisait compatir à la vie de rats de laboratoires. Chose qu'il avait sentie aussi chez Eilhart. Sauf qu'elle, en plus de l'intérêt magique et physique, elle avait choisi de l'utiliser pour satisfaire ses fantasmes sexuels.

- Vous avez parlé de Hindarsfjall ? Se renseigna Kali.

- Il y a eu une étrange attaque une bonne quinzaine de jours après ce cataclysme. Peut-être un peu plus. Ce que je pense maintenant comme étant les spectres de la Chasse ont attaqué le village de Lofoten à la tombée du jour, amenant un blizzard glacial avec eux. D'après les habitants de l'île, les spectres ont pénétré dans les maisons et massacré tout le monde avant de disparaître dans la nuit.

- Il y a des survivants ? demanda Yennefer.

- Une poignée de femmes, d'enfants et de vieillards.

- Eh bien, on connaît la prochaine étape, nota Marco en repoussant le lapin qui essayait de lui mordre la main.

Thatch était tout aussi chiant comme ça que sous sa forme humaine.

- Tiens.

Sac-à-souris regarda le masque qui avait causé la dispute précédente que Yen lui rendait.

- Puisque la solution proposée par Yn Toredig a très bien fonctionné, je n'ai pas eu besoin de recourir à ton masque. Reprends-le. Et désolée de l'avoir volé.

- Excuses acceptées.

- Je dirais bien d'y aller immédiatement, mais il s'agit d'aller sur une autre île, et il reste les chevaux. Crach a assez de raisons de m'en vouloir, yoi. Alors, soit on les ramène et on cherche un navire qui va là-bas, soit Yennefer les téléporte à l'écurie, ou Sac-à-souris les y ramène.

- Je peux arranger cela avec Fumseck… Et non, ce lapin ne se consomme pas, dit Mandos.

Son dernier commentaire était pour le phénix sur son épaule, mais déjà, l'oiseau fonça en hurlant vers Thatch.

- Hedwige aurait été vachement mieux… plus conciliante en fait. Moins tête de mule… Qu'est-ce que je raconte. Ils sont tous les trois des têtes de mules, soupira Mandos.

Thatch esquiva l'oiseau en se décalant au dernier moment, prouvant que même avec une taille réduite, de longues oreilles et une adorable petite queue, il restait un commandant des Shirohige. Cela se développa en une partie de catch entre un oiseau et un lapin. Marco se pinça le nez.

- Commandant Thatch, Shirohige aurait honte de vous, dit froidement Kali.

Le lapin eut des petits cris, l'air de protester, disant qu'il ne faisait que se défendre. Difficile à croire quand il faisait une sorte de clef de bras à l'oiseau orangé. C'était à la fois épique. Et ridicule. Assez pour que la magicienne essaye de cacher son rire derrière un geste élégant de sa main. Le seul moyen pour mettre fin à cette scène surréaliste, c'était soit de calmer Fumseck, soit rendre son apparence au vampire. Mandos sortit sa baguette et visa Thatch avec une expression concentrée. Et bien heureusement pour tout le monde, le pirate retrouva sa vraie apparence, avec un oiseau tout aussi courroucé que lui, sur le crâne. Oiseau qui poussa un cri avant de disparaître dans un embrasement pour réapparaître sur une branche à côté de Hugin, juste au-dessus de Kali. Mandos se cacha sous sa capuche alors que le pirate grommelait comme un vieillard, en se faisant son catogan.

- Viens t'asseoir avec moi, petit-frère, demanda Kali en tapotant la roche à côté d'elle.

- Je téléporte les chevaux et on y va ? Proposa Yennefer pour briser le silence gênant.