Cette longue quête à travers le monde, à défaut de leur permettre de retrouver Ciri, avait remis entre leurs mains Luffy. Celui-ci leur confirma des soupçons qu'ils avaient et leur apporta de nouvelles informations. Uma, l'homme le plus laid du monde, qui ne pouvait qu'être victime d'une malédiction, était en fait Avalla'ch, un Sage elfe affilié (anciennement apparemment) à la Chasse Sauvage. Pour retrouver Ciri, il fallait donc renverser cette horrible malédiction et rendre à l'homme son esprit.
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Ils avaient passé la nuit à Larvik. Ou plutôt, les pirates et Mandos, puisque Yen et Geralt étaient partis pour faire on ne savait quoi qui était important pour la magicienne, ils avaient campé dans les environs de la ville. Parce que Luffy aurait vidé les réserves. Mandos avait activé des sécurités sur placard et réserve, mais les biscuits pour oiseaux n'avaient pas échappé au trou noir qu'était le jeune captaine.
- Tu devrais travailler ta pokerface, si tu veux faire croire que ce n'est pas toi. Et Thatch a été clair pourtant, nota Mandos devant le coupable.
- C'était pas moi, assura Luffy avec la bouche en cul de poule sur un coin de sa bouche.
- Tu peux pas mentir correctement, même pour sauver ta vie, nota Ace en rattachant ses dreads correctement.
- C'est pas vrai !
- On doit reparler de Bluejam ? Ou de toutes les fois où tu as voulu m'accuser d'une de tes conneries devant Garp ou Dadan ?
- Mais tu y arrives bien, toi !
- Parce que moi, je sais mentir, petit-frère. En attendant, si tu veux pas te nourrir pour le restant de tes jours de soupe de sang de canard, t'as intérêt à suivre la règle de Thatch.
Luffy eut une expression choquée.
- C'est cruel !
- Dis-moi quand je ne suis pas cruel avec toi, Lu' ?
- Jamais… maugréa le plus jeune.
- Bon, en route, allons chercher de quoi remplir ton estomac sans fond. On revient.
Laissant sa cape derrière, Ace quitta la tente avec Luffy et les deux félins. Marco cessa de faire semblant de lire et laissa tomber avec désespoir sa tête sur la table.
- Et on a connu Roger pourtant, approuva d'une voix fatiguée Thatch.
- Je vous plains. Je suis trop sous antidouleur pour vraiment me rendre compte. Enfin, même avec, ils me donnent la migraine. Des biscuits pour oiseaux … il sait ce qu'il y a dedans ? Marmonna Mandos en déposant des cachets devant Marco qui se fit un plaisir de soulager sa migraine.
- Ace était pareil à une époque, informa Kali en retirant ses bouchons d'oreilles.
- Tricheuse, bougonna Anaïs de derrière son chocolat chaud.
- Du tout, c'est ce qui s'appelle l'adaptation, Hime-chan. Donc, pendant que la tornade est ailleurs, on est tous d'accord que notre seule piste, c'est Uma, n'est-ce pas ?
- J'ai des cotons et de la cire dans l'infirmerie, Anaïs, au besoin. Va te servir.
La demoiselle ne se le fit pas dire deux fois et fila chercher le nécessaire, passant derrière un Marco qui avait la tête dans les mains.
- Je préfèrerais me prendre la tirade moralisatrice de Roger pour avoir épousé son fils que de subir Luffy au quotidien. On est plus de mille six cents à bord du Moby Dick, pourtant, il arrive à me donner plus vite la migraine, yoi
- Imagine pour ceux qui l'ont déjà. Et… Roger, vous l'ouvrez, et je demande à Kali de vous émasculer. Je suis sur qu'elle trouvera un moyen de le faire.
- Je laisse Rouge-san s'en charger, déclina Kali.
- Kali, en toute honnêteté, tu as une idée de comment renverser la malédiction ? Demanda Thatch.
- Pas le moindre foutu début d'idée. Outre peut-être quelque chose qui rejoint ce que j'ai en tête pour Ace et ce qui revient au suicide pour lui.
Anaïs revint à cet instant, mais elle s'immobilisa sur le pas de la porte de l'infirmerie, inquiète devant le ton sérieux de l'elfe noir.
- Les Herbes. Je vais passer les détails magiques que seuls Mandos pourrait comprendre, en me contentant de dire qu'en me référant à ce que Lambert m'a confié de l'épreuve et la recette que m'a montré Ace, au moins une portion de cette épreuve pourrait fragiliser et l'enveloppe du corps, et les malédictions qui l'affecte.
- Ace est passé deux fois par les Herbes, il ne survivra pas à un troisième service, dit Marco d'une voix blanche.
- Je lui en ai déjà parlé. Il m'a dit qu'il était d'accord à la condition que ce soit la recette des Loups, cette fois, pas celle des Chats qui lui ont déjà bien briser l'esprit.
Marco se leva et quitta la tente sans rien dire.
- Prévisible, soupira Thatch. Tout ça pour le ramener et au final, c'est un corps déformé qu'on rendra à Oyaji.
- Non. On en a parlé avec Kali, réfuta Mandos. Tu leur expliques, je retrouve notre phénix bleu. Pas vrai, bordel de merde. Ils peuvent pas attendre la fin des explications ?!
Ce qui expliqua pourquoi Marco qui avait eu l'intention de s'isoler pour essayer de retrouver son calme se retrouva presque brisé en deux quand on l'attrapa par l'arrière du col pour le tirer vers le bas. Mandos eut beaucoup de chance d'avoir de bons réflexes, parce que le revers de bras, il l'aurait pris dans la figure sinon.
- Marco ! Je connais la cérémonie des Herbes. Je sais les tenants et les aboutissants. Celles de chaque École !
- Et en quoi c'est censé me « remonter le moral » ? Grogna sarcastiquement le blond.
- Parce que, bordel de merde, je sais comment et quoi il se passe à chaque étape. Si tu uses de ton cerveau, tu comprendras alors que je sais faire une cérémonie des Herbes où sept personnes sur dix s'en sortent. Au lieu des trois sur dix.
Le cerveau du blond avait fait un arrêt sur image. Mandos pouvait-il renverser la tendance ? Certes, Ace courait droit à la mort en acceptant de passer une troisième fois l'épreuve, mais augmenter de plus de la moitié le nombre de survivants, même s'il restait trop de morts derrière, c'était miraculeux. Et en réfléchissant, les mutations des Loups pouvaient contrebalancer l'hyperémotivité des Chats. Et Mandos n'en avait pas fini :
- Et on est deux médecins avec assez de cerveau pour savoir comment réussir sans tuer ni Ace, ni quiconque qui veut tenter la cérémonie ! Est-ce que ça rentre à présent ou je dois répéter encore et encore ?! Maintenant, Fenikkusu, vous revenez dans cette tente ! Vous prenez un putain de déjeuner ! Et vous gardez un truc qui s'appelle l'optimisme, bordel de chaudron explosifs !
Ce fut plus fort que lui. C'était sorti presque par instinct.
- Fushisho, k'so gakki.
L'elfe tiqua et une rapide claque de Haki s'abattit sur l'arrière du crâne du pirate à sa portée parce qu'il le tenait par le col.
- I'm not a Fucking Kid, Birdbrain !
Le pirate se contenta de rire.
Il en avait eu besoin. Et ce birdbrain lui avait même rappelé la maison. Le navire, le Moby Dick, où Cassandra lui disait ça avec Izou au moins une fois par jour.
- Arigatou.
Il poussa doucement Mandos pour revenir vers la tente. Thatch avait un étrange sourire à la table. Bien trop étrange. Hmmm… ça sentait le chantage...
Il s'assit à la table et cacha son crâne migraineux dans ses bras. En espérant que le sommeil le prenne en traître et assez longtemps pour échapper au retour de la tornade qui voulait devenir Roi des Pirates. Clairement, le jeune avait l'énergie pour l'emploi. Mais pas pour ce monde. Il allait trop vite, trop fort. Et lui, il se faisait trop vieux.
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La Demeure des Guerriers. Un nom grandiloquent pour dire taverne, dans l'opinion de Geralt. Mais il n'était pas ici pour ça. Il avait promis à Yennefer de la rejoindre ici, une fois qu'il serait libéré, donc, il venait au rendez-vous. Et d'après ce qu'il entendait, la brune avait fait des siennes.
- Tu as l'art de te faire des amis, nota Geralt en s'asseyant à la table de son amie.
- D'une, ils m'ont provoqué et de deux, les tiens sont bien plus intéressant. Le jeune a dit quelque chose de plus ?
- Rien d'intéressant. Il a refilé la migraine à tout le monde et Ace a menacé de l'éventrer plus d'une fois. Mais vu le ton et le manque de réaction, ce doit être une menace qu'il a l'habitude d'entendre de sa part. Sinon, tu voulais me voir ?
- Tu connais Amos var Ypsis, spécialiste des djinns ?
Yennefer et djinn. Dans la même phrase. Ce n'était pas une bonne nouvelle.
- J'ai trouvé un ouvrage qu'il avait planqué dans la bibliothèque de l'empereur. Un beau jour, var Ypsis est parti pour Skellige et n'en est jamais revenu. J'ai enquêté sur son compte auprès des locaux, pendant que tu fouillais Velen et Novigrad. Certains se souviennent encore de lui.
- Pourquoi cela t'intéresse ? Notre dernière expérience avec les djinns n'est pas la meilleure…
Surtout pour Jaskier.
- Ils sont dangereux et invariablement retors.
- Je m'en souviens… mais les avantages surclassent les risques. Dompter un djinn me donnerait des pouvoirs immenses. Ce qui pourrait nous servir, un de ces jours…
Mauvaise idée. Très mauvaise idée. Mais d'un autre côté, mettre la main sur un djinn serait un bel avantage s'ils devaient affronter de nouveau la Chasse pour défendre Ciri.
- Tu es sûr que ce mage avait vraiment un djinn ? Demanda le mutant.
- Ses écrits le suggèrent fortement. Il en décrit la capture, et l'extraction d'énergie magique.
- Hm. Et donc, où sont le mage et son djinn ?
- D'après les locaux, le navire d'Amos aurait été vu pour la dernière fois au large d'Hindarsfjall. Juste avant une tempête mémorable.
- Alors je doute qu'on les retrouve. Le mage doit nourrir les poissons, et le djinn aura recouvré sa liberté.
Il aurait pu économiser sa salive. Avec Yennefer, cela ne servait à rien de lui dire de laisser tomber quand elle avait une idée en tête.
- Pas nécessairement, dit la brune. Et même si c'est le cas, je ne renoncerai pas avant d'en avoir la preuve. Tu es partant ?
Le Loup Blanc soupira avec lassitude.
- Je n'ai pas d'or à te proposer, s'excusa la magicienne. Juste ma reconnaissance éternelle.
- Même sans or, je l'aurais fait. Malheureusement. Allons-y.
- Merci.
Il y avait quelque chose dans ce merci… quelque chose dans les yeux de la femme.. quelque chose qui fit louper un battement à son cœur.
- Une embarcation nous attend au port, lui dit-elle en se levant.
Il suivit le mouvement.
- Tu as déjà tout préparer à l'avance, je vois, nota Geralt alors qu'ils sortaient de la taverne.
- En effet.
- Tu étais certaine que j'accepterais, donc.
- Aucunement. Mais j'ai pris le risque. Dans le pire des cas, j'aurais proposé un échange de service avec le Chat Noir. Quelque chose me dit qu'il a besoin d'aide magique. D'ailleurs, c'est un secret bien gardé par Kaer Morhen, ce détail.
- Par Vesemir. Je ne l'ai appris qu'il y a deux ans, durant la révolte de Wyzima, et encore, c'est parce qu'il avait besoin de mon aide pour accomplir un contrat avec une entité qui lui a rendu temporairement son vrai genre. Sinon, je peux t'assurer que je serais encore dans le noir.
- Je vois. Néanmoins, je voulais absolument trouver ce djinn avec toi.
Yennefer s'arrêta comme pour s'assurer que Geralt était toujours derrière elle.
- Je te suis, confirma le mutant.
- Tu pourrais prendre l'initiative pour une fois, dit la brune en se remettant à marcher rapidement dans la ville côtière pour rejoindre le port.
- Tu me laisserais faire ?
- Tout dépend de la situation…
Le sourire de coin était clairement audible dans sa voix, inutile de voir son visage pour le deviner.
Ils s'arrêtèrent sur le ponton et un marin leur montra une embarcation. Le couple la rejoignit et Yennefer montra le large.
- Le navire aurait coulé dans les environs.
- Pas très précis comme piste, maugréa le Loup Blanc.
Quoiqu'il avait eu pire dans le métier.
- Je vais lancer un sort sur notre voilier, ainsi, nous saurons s'il y a une épave dans les parages.
Et elle se tourna vers ce qui tenait plus de la barque à voile et lança rapidement son sort qui engloba pendant un instant l'embarcation avant de disparaître.
- Très bien, mettons-nous au travail, dit Geralt.
- Tu permets que je prenne la barre ? demanda Yennefer en posant un pied sur le plancher de la barque.
- Est-ce que j'ai le choix ?
- Non.
Il s'en était douté. Il grimpa à son tour à bord et s'assit à la proue de celle-ci, de l'autre côté du petit mât, face à Yennefer qui lança un sort pour gonfler la voile.
- Cette histoire de djinn ne me dit rien qui vaille, avoua Geralt en prenant ses glaives entre ses jambes pour être plus à l'aise.
- Nous en avons déjà capturé un, tu t'en souviens ?
- Et comment. Jaskier a bien failli en perdre la voix.
Et la vie aussi. Il regarda le port s'éloigner d'eux à belle vitesse et le large se rapprocher.
- Ah ah… rit la magicienne. Quelle chance que ton exorcisme l'ait sauvée ! Très poétique…
- Har har. Comment aurais-je pu deviner que l'incantation signifiait "Fiche le camp et culbute-toi toi-même." ?
- Tu aurais dû faire comme Portgas et Vesemir, et profiter de ta longue vie pour étudier les langues étrangères.
- On me rabâche assez une vieille histoire de zheugl. Je t'en prie, dis-moi que cette affaire de djinn ne me poursuivra pas jusqu'à la fin des temps.
- Évidemment et tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est grâce à ton dernier vœu qu'il en est ainsi.
- Mon vœu était que l'on soit ensemble pour toujours, pas que tu te moques de chacune de mes bourdes pour toujours.
- Tu sais très bien qu'il faut faire attention à la formulation des vœux, parce que quand il est exaucé, il faut en accepter toutes les conséquences.
Geralt eut un grognement de vieux loup grognon, ce qui fit rire un peu plus la magicienne.
- Quant à tes faux pas, je ne vois pas pourquoi ne pas en rire quand ils sont amusants.
Le mutant se retrancha dans un silence boudeur et regarda l'embarcation avaler la distance. C'est dans une zone à haut fond que Yennefer s'arrêta. Il regarda par-dessus bord pour estimer combien de temps il devrait plonger. Même avec un élixir d'orques, il ne pourrait pas tenir aussi longtemps, encore moins Yen.
- Je vais lancer un sort qui ralentira ton rythme cardiaque et te permettra une immersion plus longue, dit la magicienne.
Il était fort possible qu'elle ait lu ses pensées.
Elle tendit une main vers lui alors qu'il se débarrassait de son armure et de ses glaives pour ne garder que son arbalète. Il avala une décoction de phéromones de noyeurs qui devraient limiter les hostilités de la faune aquatique et sauta à l'eau. Elle commençait tout juste à chauffer, c'était agréable.
- Esad eich crydae rhythaun! incanta Yennefer. Sois prudent en bas.
Geralt plongea et s'enfonça très vite dans les profondeurs pour rejoindre une épave à moitié engloutie dans la roche et les eaux. Il passa à côté d'un noyeur qui l'ignora royalement, puis d'un second, avant que sa main ne s'accroche au bois pourrissant de l'épave.
"Comment ça se passe ?" demanda la voix de Yennefer dans sa tête.
Geralt arrêta sa descente pour jeter un regard noir vers la surface et le fond de la barque qu'il voyait à peine de sa profondeur.
"Yen, tu sais que j'ai horreur que tu lises dans mes pensées", rétorqua mentalement le mutant.
"Techniquement parlant, je ne lis pas dans tes pensées, je fais de la télépathie. Et puis, tu n'as rien à cacher, pas vrai ?"
"Si c'était le cas, est-ce que je te l'avouerais ? En attendant, je ne vois que des mâts brisés et des planches défoncés… et toute une meute de noyeurs qui me prennent encore pour l'un des leurs. Ils ont probablement été attirés par les cadavres des naufragés et ont établi leur nid ici."
Il s'enfonça un peu plus et regarda autour pour des signes distinctifs pouvant les aider.
"Je vois une figure de proue du clan Drummond."
"Mauvaise pioche, tu peux remonter."
Et Geralt rejoignit la surface.
Il inspira profondément, même si en étant toujours sous l'influence du sort, il se retrouva avec plus d'oxygène que nécessaire, ce qui lui fit tourner un peu la tête. Il comprenait pourquoi Ace parlait de planait sous oxygène à chaque fois qu'il retirait son kairoseki quand il avait encore son fruit.
Il se hissa à bord et se rassit à sa place pour profiter de la balade.
Pendant un instant, le seul bruit venait du vent dans la voile et de l'eau qu'ils fendaient. Puis, la question finit par lui brûler les lèvres.
- Que feras-tu si nous trouvons le djinn ? Je n'y crois pas à cette histoire de toute puissance. Et je te vois mal lui demander une jolie maison, puis un joli palais pour finir par une couronne.
- On parle toujours du djinn ou d'un poisson d'or ? Demanda Yennefer avec humour.
- Cela n'a pas grande importance, ils accordent tous les deux des voeux. Je veux savoir le souhait que tu feras.
- Tu le sauras bien assez tôt.
Le ton de voix était sérieux, sombre, avec une pointe d'appréhension.
- Si c'était Ace assis à ma place, le lui aurais-tu dit ?
- Oh oui. Avant même qu'il ne monte dans la barque avec moi.
Alors, si elle le gardait dans le noir, c'est qu'il était un des premiers concernés par le vœu qu'elle souhaitait faire. Pendant quelques dizaines de minutes, ils continuèrent à naviguer dans un silence tendu et pensif, jusqu'à ce qu'ils s'arrêtent à nouveau.
Geralt plongea.
Cette fois, l'épave était plus longue qu'elle n'était profonde. Mais le bois était bien vermoulu. Cela faisait un bon bout de temps qu'il faisait trempette. Puis, il trouva quelque chose d'intéressant. Une targe de guerrier de Skellige avec les armes du clan Heymaey peint dessus, bien que l'eau ait déjà bien attaqué celle-ci.
"Le clan de Donar" identifia Yennefer quand il lui rapporta l'information.
"Donar était en culotte courte quand ce bouclier a sombré." informa Geralt par la télépathie.
Il continua son avancée pour voir des flèches dans le bois de la poupe.
"Les flancs sont hérissés de flèches semblables à celles utilisées sur Faroe. Yen, je doute que ce navire ait transporté le mage. C'est une vieille épave de drakkar, rien de plus."
"Très bien, remonte. On va chercher ailleurs."
Il était déjà en train de remonter à la surface de toute façon. En perçant l'eau, il nota qu'il s'était pas mal éloignée de la magicienne et revint vers elle et leur navire en nageant aussi vite qu'il le pouvait. Il avait apperçu quelques sirènes et n'avait pas envie de les voir de plus prêt. Il se hissa enfin à bord, dégoulinant d'eau et alla se mettre à sa place.
Tout en ressassant le bon vieux temps, dont notamment la traque d'un dragon qu'ils avaient fait plus ou moins ensemble, ils continuèrent de voguer jusqu'à atteindre une zone rocheuse avec des rochers d'allure plus qu'étrange. C'était comme s'ils venaient d'entrer dans un cratère. Avant même de plonger, Geralt avait le sentiment que le djinn était passé par ici.
Une fois sous l'eau, ce sentiment s'accrut. C'était comme s'il y avait eu un impact de météorite. Quand Yennefer lança un sort pour voir au travers des yeux du mutant en plongée, elle lui donna une autre explication :
"Ce n'est pas un cratère de météorite, c'est l'effet d'une téléportation. Une force surpuissante a creusé le fond marin, emportant roche et végétation dans la zone de destination."
"J'ai toujours dit que les Portails étaient dangereux."
En s'enfonçant plus, il trouva un cadavre. Avec une coupe transversale au niveau du pelvis. Avec une précision chirurgicale. Même le Haki ne pouvait pas faire ça.
Il trouva aussi des couverts en argents incrustés de perles. Les mages étaient généralement riches. Quand ils ne devaient pas se cacher de la folie de Radovid. Fort probable que leur mage ait été ici. Au fond, on avait un navire. Ou plutôt, une moitié de navire. Parfaitement coupé en deux. Et il y avait un sceau. Une moitié de sceau, même. Certainement ce qui avait servi à lier le djinn.
Alors, il remonta pour voir Yennefer faisant les cent pas en l'attendant avec une impatience grandissante. Il lui donna la moitié du sceau.
- Tu sauras l'exploiter ?
- Je peux l'utiliser pour localiser l'autre moitié. A quelques toises près.
- Et quand on l'aura trouvé, le djinn ne sera pas bien loin.
- Tout juste. Rhabilles-toi et je nous y emmène à trois.
Geralt se dépêcha de remettre son armure et ses armes en bougonnant sur l'usage des Portails.
- Cesse de pleurnicher… Un, deux…
Et ce fut le blanc.
Et quand il arriva à destination avec la magicienne, il y avait toujours du blanc.
- Trois.
- Tu as dit que nous partions à trois, reprocha Geralt.
- C'est ce que j'ai dit.
En bougonnant, le Loup Blanc regarda tout autour. L'air était rare ici. Et il faisait froid. Et tout autour, c'était des montagnes. Des cimes de montagne. Bon sang, ils étaient en haut d'un pic.
- Là-bas, allons explorer le périmètre, dit Yennefer en montrant du doigt ce qui ressemblait à la moitié perdu du navire.
- Yen, pas si vite, intervint Geralt en lui coupant la route. Dis-moi d'abord de quoi il est question. Pourquoi tu veux absolument trouver ce djinn ?
- Mais tu le sais déjà ! Pour un mage, le pouvoir d'un djinn n'a pas de prix, lui rappela Yennefer.
- Je te connais assez pour savoir que tu me racontes des salades. Et cette fois, tu ne t'en tireras pas par une pirouette. Dis-moi la vérité ou je m'en vais.
- On est en haut d'une montagne. La chute sera mortelle, même pour un sorceleur.
- Yen…
- D'accord, d'accord… inutile d'en venir au chantage, céda la brune. Tu aurais fini par l'apprendre de toute façon.
- Certes, mais après coup, comme toujours. Je veux savoir maintenant.
Elle soupira et ses épaules s'affaissèrent.
- Depuis combien de temps ça dure, Geralt ? Ce cirque, entre nous. Quinze ? Vingt ans ?
Elle se détourna pour se rapprocher du bord, les mains sous les aisselles pour conserver un peu de chaleur, regardant la neige tomber.
- Rupture, réconciliations… quelque chose nous attire l'un vers l'autre, c'est vrai. Mais je ne sais jamais s'il s'agit d'un sentiment sincère ou de quelques illusions créées par le djinn suite à ton vœu. Tu lui as demandé de nous lier à jamais pour me sauver la vie. Aujourd'hui, je veux demander à un djinn de défaire ce vœu.
Il comprenait. Cette incertitude sur leur relation. Lui, il faisait avec, il suivait le mouvement. Mais elle, elle avait bien trop de doutes, d'insécurités. Elle cherchait des certitudes dans ce monde pour rester forte et avancer. Et mettre leur relation à l'épreuve était une des méthodes. Pouvaient-ils rester un couple sans que le Destin, sans que son vœu ne les force ? Pouvaient-ils compter toujours l'un sur l'autre sans cette chaîne les liant ensemble ? Ou alors, est-ce que cela leur avait voilé la face et ils n'étaient en fait que deux étrangers qui partageaient régulièrement le même lit depuis une quinzaine d'années ?
- Je comprends. J'ai ces questions aussi, alors, trouvons ces réponses. Ensemble.
- Allons explorer ce rafiot.
Et ils passèrent à l'action.
Marchant avec précaution, ils s'aventurèrent sur le sommet de la montagne pour rejoindre le navire. C'est dans la calle que le plus intéressant se trouvaient. Certainement là où le mage devait dormir. Geralt trouva une paire de chaussure à l'abandon qui laissaient suggérer que l'impact avait dû éjecter le mage de celles-ci. À savoir où il était à présent. Et partant des bottes, on avait une longue traînée de sang qui finissait sous une armoire renversée. Ça n'allait pas être propre. Il arma ses forces et souleva le meuble en bois brute pour le mettre sur le côté, laissant une pile de livres derrière qu'il repoussa du pied. Et le résultat n'était vraiment pas beau à voir, il s'en était douté.
- Yen, tu devrais voir ça.
La brune cessa sa fouille du pont pour rejoindre Geralt au fond de la moitié du navire. Elle se rapprocha du corps en fronçant les sourcils.
- Ce doit être Amos. C'est trait pour trait la gravure du livre. Le crâne défoncé en moins, dit-elle. Cela m'a tout l'air d'un malheureux accident. Quand la tempête s'est levée, Amos a dû formuler un vœu du type : "conduis-nous loin d'ici, n'importe où, même au sommet d'une montagne"...et le djinn a obéi à la lettre. L'atterrissage a été rude, Amos s'est trouvé projeté contre le mur. Sonné, il a glissé sur le sol. La bibliothèque a fait le reste.
- Trop d'études, ce n'est pas bon, je l'ai toujours dit, annonça gravement le Loup Blanc en hochant sérieusement la tête. Il va falloir le fouiller, il y a une possibilité que l'autre moitié de sceau soit toujours sur lui, s'il s'est tenu prêt du bord de la coupure pendant la téléportation.
Il ne fallut pas longtemps pour que le gros bout de sceau en argent ne soit découvert, puis tendu à Yen. Ils remontèrent ensuite sur le pont supérieur. Elle mit un peu de distance entre eux et se prépara. Elle allait invoquer et dompter le djinn. Qui allait très mal le prendre. Elle posa les deux bouts de sceau sur le plancher enneigé et incanta :
- Caemm d'jinn, vryff cais'te aem ghar !
Porter par la magie les deux morceaux se mirent en lévitation alors que Geralt préparait sa lame d'argent avec de l'huile pour créature élémentaire.
- Cais'te aet disgleir ! Gveryd me cassel !
Quand le sceau se reforma, Geralt était prêt pour la bataille titanesque qui se préparait.
Au loin, un éclair illumina le ciel du début d'après-midi. Le tonnerre gronda. Les nuages noircirent en un instant alors qu'un nuage de petite taille, blanc, couvert d'électricité, remontait le flanc de la montagne vers eux.
- Miséricorde, je crois que tu l'as vexé, nota Geralt d'un ton laconique.
- Je m'excuserai auprès de lui quand il aura défait le vœu, dit Yennefer. Affaiblis-le que je puisse l'emprisonner dans une sphère de magie.
Geralt sauta sur le pont inférieur par-dessus une rambarde et fit une roulade jusqu'au mât avant de lever Quen pour ne pas se prendre des pieux de glaces que le nuage à hauteur d'homme lui lança à la figure. C'est dans ce genre de situation que le Haki était un plus indéniable. Même avec l'huile pour élémentaire, l'épée ne rencontrait que rarement de la résistance quand il affrontait une créature aussi vaporeuse et immatérielle. Mais là, il sentait vraiment le monstre sous sa lame grâce à l'Armement.
Il se jeta derrière le mât pour esquiver les traits de foudres.
Oui, le djinn était très vexé.
Surtout que même avec le Haki, le djinn était un adversaire redoutable. Vraiment. Geralt aurait préféré combattre de nouveau Saskia ou un Kayran, plutôt que de continuer le combat avec cette créature. Heureusement qu'il ne s'agissait que d'affaiblir la créature et non pas la tuer. Parce que c'était déjà assez difficile comme ça.
Le mutant manqua de tomber sur les fesses quand le djinn parvint à le repousser dans l'escalier menant sous le pont. Cependant, le sorceleur n'avait pas l'intention de s'avouer vaincu et revint à l'assaut. Enfin, une bulle d'énergie parvint à enfermer la créature vaporeuse.
Le combat était fini, Yennefer avait réussi. Avec d'amples gestes des mains, elle attira à elle la prison translucide du djinn, la gardant en lévitation au-dessus de leur tête. Geralt en profita pour reprendre son souffle et se prendre une fiole de Chat-Huant et d'Hirondelle. C'était épuisant de combattre un djinn.
- Je te tiens ! Dit Yennefer à sa prise. Ton maître est mort avant d'avoir proféré son dernier vœu ! Je ne peux pas te capturer ! Alors voilà, soit nous luttons pendant une éternité, soit je te relâche ! Mais si je te laisse partir, ce sera à une condition ! Tu devras faire quelque chose pour nous !
C'était du bluff, Geralt savait que la magicienne ne pourrait pas tenir éternellement. S'il le voulait, le djinn pouvait prendre son temps et patienter jusqu'à ce qu'elle se fasse détruire par l'usage intensif et prolongé de magie. La créature répondit avec une voix inhumaine, disant quelque chose d'incompréhensible. Peut-être pas pour la brune qui enchaîna:
- Peux-tu voir le sort qui nous lie, Geralt et moi ?
Le djinn répondit "argh". Avait-il mal ou est-ce que ça voulait dire quelque chose, réellement ?
- Seul un djinn peut lever le sort d'un autre djinn ! Lève celui-ci et tu es libre !
Le djinn dit quelque chose qui devait correspondre à l'attente de la magicienne puisqu'elle le libéra. Son sort explosa dans un son de cristal brisé, dispersant de la brume partout autour d'eux. Très vite, le temps s'apaisa. Le Haki du mutant ne perçu plus la présence de la créature. Le djinn avait pris la fuite. Il n'y avait plus que Yennefer et lui. Il rangea sa lame et monta rejoindre la magicienne à proximité de la barre.
- L'orage est terminé et je ne perçois plus sa présence, dit-il. Il doit être loin.
- Oui. Tout est fini, dit la brune en croisant les bras dans son habituelle posture hautaine et pourtant protectrice.
- On s'assied ? Tu as l'air épuisé.
Et lui-même ne dirait pas non pour reprendre un peu de souffle. Finalement, le Chat-Huant n'aura pas été nécessaire.
- Pas du tout, nia la magicienne.
Geralt l'aurait cru si elle ne parlait pas comme si elle était à bout de souffle.
- Mais asseyons-nous, accorda-t-elle.
Ils allèrent se poser dans un trou de la rambarde, les pieds dans le vide, regardant les cimes blanches des montagnes tout autour d'eux. Alors que la brune fixait ses pieds avec un regard triste, Geralt observait Yennefer attentivement.
Le silence s'installa.
Le froid revint à la charge, amené jusqu'à eux par le vent gelé qui hululait entre les montagnes.
Derrière eux, le sceau était à nouveau séparé, se recouvrant lentement de givre et de neige.
- Est-ce que ça va mieux ?
- Je t'ai dit que j'allais bien, rétorqua la magicienne sans le regarder.
- Cela ne sert à rien de jouer les dures avec moi, je sais très bien que tu es une femme forte, Yen. Mais c'était un combat difficile. Peut-être pas autant que la dernière fois qu'on a affronté un djinn, mais ce n'a pas été facile pour autant.
- Hm ! sourit brièvement la brune. Ce n'est certainement pas comparable. Non seulement nous ne sommes plus les mêmes qu'à l'époque, mais en plus, la moitié de Rinde a souffert à cette occasion. Aujourd'hui… je ne me sens que légèrement épuisé.
Eh bien, tant mieux pour elle, lui, il sentait encore la foudre lui traverser les bras. Elle soupira et regarda son compagnon de ces dernières décennies.
- Merci d'être venu, Geralt. J'aurais eu beaucoup plus de mal en faisant ça seule… et cela aurait été gênant de devoir expliquer mes motivations à Portgas, si j'avais demandé son aide.
- Eh bien, j'ai toujours eu du mal à te refuser quelque chose.
- Hmhm… cela changera peut-être, à présent.
C'était l'heure de vérité.
- Est-ce que tu sens quelque chose ? Quoique ce soit de… différent ? Demanda-t-il doucement.
Elle secoua la tête en recommençant à fixer l'horizon.
- Je m'attendais… je ne sais pas à quoi je m'attendais, en réalité. Un léger vertige, peut-être ?
Elle prit le temps pour essayer de partager son ressenti, ses émotions, pour comprendre elle-même ce qu'elle ressentait à présent que le sort était rompu.
- Je pensais… que tu deviendrais un étranger pour moi… Que je pourrais te regarder sans rien ressentir. Mais ce n'est pas le cas. Rien n'a changé.
- Le djinn s'est peut-être joué de nous, après tout, supposa le Loup Blanc.
- Pourquoi ? s'étonna Yennefer en le regardant avec perplexité.
- Parce que je ne ressens aucune différence non plus.
Il releva la tête et fixa les yeux mauves clairs larmoyant de la magicienne. Ce regard qui libérait des papillons dans son estomac. Qui faisait battre son cœur plus vite. Qui arrivait à le faire se sentir bien.
- Je t'aime, Yen.
La magicienne lui sourit.
- Je t'aime aussi, Geralt.
Et comme si c'était la première fois qu'ils se déclaraient l'un à l'autre, ils hésitèrent, avant de, lentement, se rapprocher l'un de l'autre. Le lourd gantelet de métal et de cuir du sorceleur caressa la joue pâle de la brune et ils s'embrassèrent. Un baiser au goût de miel, avec la même fraîcheur et intensité que leur premier, toutes ces années en arrière.
- Aouch ! Tu me fais quoi là ? protesta Geralt en portant une main à sa bouche quand Yen lui mordit la lèvre.
- Tout ne peut pas être lait et miel, Geralt ! taquina la magicienne.
Il lui adressa un regard mécontent avant de regarder sa main pour ensuite, la reposer sur sa cuisse.
- C'est étrange… On s'est embrassés tant de fois avant, mais… cela me fait le même effet que si c'était notre premier baiser.
- C'est notre premier, dans un sens, lui dit Yennefer. Et puis, après avoir dit "je t'aime", un baiser doit avoir une saveur différente.
- On devrait peut-être tester cela sur autre chose, non ? La cabine de Amos, même si venteuse, avait l'air confortable.
- Pas si vite, Geralt ! Nous aurons tout le temps du monde pour visiter des cabines très confortables et moins froides plus tard. Cependant… je doute que le monde nous en veuille si on reste ici encore quelques instants...
Alors, le couple retourna à son instant de paix et de sérénité, profitant du silence et de la vue époustouflante devant eux, l'un contre l'autre.
Les esprits de Skellige étaient avec eux pour leur offrir une matinée magnifique et une vue splendide pour célébrer ce nouveau jour pour eux.
Un nouveau jour sans incertitude. Sans le Destin pour les pousser l'un vers l'autre.
Un nouveau jour pour s'aimer librement, de leur plein gré.
Un nouveau jour pour la renaissance de leur couple. Et peut-être plus.
