Le vol avait été assez long, mais il avait fait pire. Et surtout, il était un grand oiseau. Un jour et demi pour rejoindre Spikeroog, ce n'était rien pour Marco. Il se préparait à l'avance pour la prise de tête à venir avec Crach. Il pouvait le comprendre, s'il avait été dans ses bottes, le Phénix aurait réagi de la même façon, mais il n'avait pas le droit de le rassurer. Seule Cerys pouvait le faire, parce que lui, il était lié au Secret Médical.

Il se posa dans le petit patelin de Svorlag, chef-lieu des territoires du clan Brokvar, et reprit forme humaine sous les salutations des habitants. Skellige était l'un des rares lieux où il n'avait pas à cacher sa nature. Pour eux, il était une créature sacrée, un messager des dieux. Ce n'était pas le cas, mais il n'allait pas leur dire le contraire si ça pouvait lui éviter des migraines. Et heureusement que le problème entre Crach et lui n'était pas connu de tous, parce que sinon, on l'aurait envoyé chier dès qu'il avait commencé à poser des questions sur Cerys. Apparemment, elle serait montée à l'ancienne maison voir le jarl. Alors, il arrangea sa cape et se mit en route, avançant d'un bon pas, en dépit de la fatigue, pour rejoindre la demeure du chef de clan. Les gardes le laissèrent passer en le saluant avec respect et sans poser de question, lui permettant d'arriver dans la salle raisonnablement grande et sombre qui servait à la réception et où Udalryk avait son semblant de trône. Le jarl avait l'air encore plus mal et épuisé que la dernière fois que Marco l'avait vu, et ce n'était pas il y a si longtemps que ça. C'était juste avant la mort de Foltest. Il était venu pour assister Hjort, le druide qui conseillait le jarl, dans l'accouchement difficile d'une des concubines.

- Maître Phénix, salua le druide avec respect. Nous en avons bientôt fini.

Sans un mot, Marco recula jusqu'au fond de la pièce pour les laisser finir et croisa les bras, se préparant à l'attente. Apparemment, le jarl avait eu une vision d'un monstre marin lui dévorant le bras. Pour lui, c'était un message des dieux. Ils voulaient un sacrifice. Mais pour le druide, c'était plus les dieux qui demandaient à Udalryk de combattre un monstre à forme de serpent. Marco se retint de faire le moindre commentaire. Il avait déjà dit ce qu'il pensait des sacrifices du jarl et Hjort était d'accord. Ça allait trop loin, même pour un homme aussi pieu que le jarl. Soit les dieux prenaient un grand plaisir à voir cet homme s'épuiser chaque jour un peu plus et faire couler son sang quasi quotidiennement par de multiples scarifications, soit c'était autre chose qui le hantait.

Finalement, le jarl se leva, signifiant que la conversation était finie. Aussi, Marco s'approcha et salua l'homme.

- Un plaisir de te revoir, Marco. Tu es toujours le bienvenu sur Spikeroog, salua le jarl.

- Plaisir réciproque, yoi. Comment se porte Aki ?

- À merveille, il commence à faire ses nuits. Ce qui est un soulagement, entre nous.

- Et la mère ? Elle a suivi mes recommandations, yoi ?

- À la lettre et elle a retrouvé la santé.

- C'est bon à savoir.

- C'est pour cette raison que tu me rends visite ?

- En partie, yoi. Mais je cherche ma protégée. J'ai cru comprendre que Cerys était venue te voir, je me trompe ?

- La fille de An Craite ? Oui, c'est exact, elle est venue ici.

- Et elle est où, maintenant ?

Le jarl semblait concentré autre chose et ne plus entendre ce que disait Marco.

- Oi ! Udalryk ! Je te parle, yoi !

- Hmm ? Quoi ? sursauta le jarl.

- Où est Cerys ?

- J'sais pas… navré mais j'ai pas la tête pour des questions…

Ca allait de plus en plus mal pour le jarl qui s'éloignait à présent. Avec espoir, Marco se tourna vers Hjort qui ne le déçu certainement pas.

- J'espère qu'elle est retournée au village, dit le druide. Cela fait un petit moment déjà depuis sa visite. Je sais qu'elle voulait parler à nos gens, mais…

- Mais…

- Je crains qu'elle ne soit aller à l'ancienne demeure familiale du jarl Udalryk. J'ai essayé de l'en dissuader.

- Je mets pas les pieds dans une affaire politique, j'espère, yoi ?

- Cela n'a rien à voir. C'est juste que l'endroit est étrange. Beaucoup pensent qu'elle est hantée.

- J'aurais dû laisser Geralt faire, et faire plaisir à Crach en restant au loin, je suis médecin, pas exorciste ou sorceleur, yoi. Une raison pour laquelle Cerys aurait cherché à s'y rendre ?

- Elle veut aider le jarl et avant de partir, elle a discuté longuement avec lui.

Marco n'allait pas demander pourquoi Udalryk avait besoin d'aide, il le savait. L'homme en question se mit justement à hurler comme un dément dans la chambre d'à côté.

- Je vais y aller. Retrouvez Cerys.

Et le druide s'en alla, laissant Marco seul dans la pénombre diffusait par la cheminée. Il inspira profondément et soupira en tournant les talons. Le jarl allait finir par mourir avec ces conneries et le seul héritier du clan n'était encore qu'un bébé. Il sortit sur la terrasse en bois et regarda les pics glacés de la montagne de l'île. La demeure ancestrale était plus haut sur Spikeroog. Sous un manteau de neige. Il se hissa sur la rambarde et sauta, se transformant immédiatement pour s'envoler plus haut et loin. Et le temps n'était pas avec lui. Entre les nuages noirs, la foudre et la neige, il était servi.

Mais trouver la ruine était simple. Et ne demandait pas beaucoup de temps. Il se posa sur l'ancienne terrasse recouverte de neige qui avait une vue imprenable sur le village, la baie et la montagne en dos limite utilisé comme un mur par endroit. Il resta perché sur la balustrade de la vieille terrasse. Cet endroit ne lui disait rien qui vaille. Il espérait vraiment que Cerys aille bien, puisqu'il la sentait en vie, à l'intérieur, bien qu'immobile.

Il étira une patte qui devint une jambe et c'est sous sa forme humaine que lentement, avec prudence et méfiance, il traversa la terrasse. Il n'entendait que le vent et le bois grincer. Lui-même était trop léger pour que ses pas fasse un bruit quelconque.

Il poussa la porte qui s'ouvrit difficilement et en grinçant, les gonds grippés par le froid. Pourtant, pour se refermer dans le dos du blond, il n'y eut aucun souci.

Première chose : il faisait froid. Même pour lui qui résistait à des températures pouvant être létales pour un humain normal, il sentait le froid remonter sur ses bras nues et sous sa tunique, et ce, en dépit de sa cape. Quelque chose n'allait vraiment pas dans cette baraque.

Il avait l'impression d'entendre de l'eau ruisselait quelque part, mais il n'en était pas certain. C'était juste que… rien. Rien n'allait ici.

Lentement, le bisentô en main, il avança, se rapprochant de la présence de Cerys. C'est à l'angle d'un couloir qu'il la trouva, inconsciente, gisant au sol.

- CERYS !

Il s'agenouilla auprès d'elle et porta une main à la gorge de la demoiselle. Le pouls était fort mais la peau était bien trop froide pour ne pas l'inquiéter. Il était tenté d'allumer un feu ici, mais cet endroit ne le rassurait guère, alors, il coinça le bisentô dans son dos, hissa la demoiselle dans ses bras, avant de sortir en trombe de la maison. Il la posa contre un morceau de montagne, à l'abri du vent, et arracha des morceaux de bois du mur pour faire un feu qui s'alluma vite avec ses plumes. Il s'assura que la jeune femme soit assez proche du feu pour se réchauffer et lui frotta les membres. Il jeta un regard noir au ciel quand le tonnerre gronda de nouveau pour ensuite zébrer le ciel. Ils étaient en pleine journée mais il faisait noir comme s'il faisait nuit. Et enfin, elle s'éveilla, gémissant doucement avant de se redresser.

- Spassequoi ? Suisoù ?

- Shhh, shizukani… recommanda Marco.

- Oncle Marco ?

- Ton père va me faire crucifier sur le mur de la forteresse de Kaer Trolde un de ces jours, yoi. Comment te sens-tu ?

Doucement, la rouquine s'assit en se tenant la tête.

- J'ai une douleur horrible dans le crâne.

- Regarde-moi dans les yeux, yoi.

Il lui prit délicatement le menton et examina son visage, plus particulièrement ses yeux, avant de lui ausculter le crâne du bout des doigts. Il aurait tué pour avoir une petite lampe de torche pour mieux voir le fond de l'œil. Mais la sienne était morte depuis bien longtemps, malheureusement et pas moyen d'en changer les piles dans les royaumes du nord.

- Tu as une belle bosse. On a dû te frapper avec quelque chose de lourd, yoi. Et moi qui pensais que les leçons de Haki dans le dos de ton père avaient porté leurs fruits.

- Elles ont porté leurs fruits ! Mais je n'ai senti personne, outre cette sensation malsaine venant de la maison...

Elle laissa retomber sa main et arrangea la cape sur ses épaules avant de tendre les doigts vers le feu de camp.

- Merci d'être venu, finit par dire la jeune femme.

- C'est normal, Cerys. Tu as demandé mon aide, j'allais pas refuser, yoi.

- Père est si…

- C'est ton père, il s'en fait pour toi et il ne sait rien de ce qu'il s'est passé. Il ne fait que supposer avec ce qu'il voit et ça ne lui plaît pas. C'est tout et c'est normal, yoi. J'ai vu Udalryk. Ça va encore plus mal qu'avant.

Brusquement la rousse se releva, comme frappée par la foudre.

- L'épée ! Où est l'épée ?! Je dois y retourner !

- Oh non ! Tu n'y retournes pas, demoiselle, lui dit Marco en la retenant par le bras. Dis-moi ce que tu cherches et pourquoi, et j'irais le récupérer. Toi, tu restes auprès du feu. Si j'étais arrivé à peine plus tard, tu mourrais de froid, yoi. Alors, tu t'assois et tu t'expliques, Cerys.

Elle ouvrit la bouche mais le blond lui adressa un regard sévère qui la fit refermer et s'asseoir gentiment et donner les explications.

- Il s'agit de Brokvar, l'épée ancestrale du clan du jarl Udalryk.

Il s'en serait douté, vu que la lame portait le même nom que le clan.

- J'en ai besoin pour lever la malédiction du jarl, continua la rouquine.

- Donc, tu penses que ces voix divines seraient dues à une malédiction, yoi ?

- Ou alors, que le jeune frère de Udalryk, Aki, hante son aîné.

Ah, donc le jarl avait donné à son unique fils le nom de son frère certainement mort, si Cerys parlait de hantise.

- Père m'a dit qu'il y a longtemps, les deux frères se battaient au sujet de la possession de l'arme.

- Pourtant, cela n'aurait pas dû être un sujet de dispute, la tradition veut que ce genre d'arme aille à l'aîné, donc, Udalryk, yoi.

- Mais le père a décidé de faire don de Brokvar à Aki.

- Il a dû se sentir insulter.

- Suffisamment pour oser aller contre la loi sacrée de Skellige et remettre en doute une décision de son père.

- C'est pas ce que tu fais à chaque fois que tu m'appelles à l'aide, yoi ?

- Disons que sur ce sujet, Père ne peut pas s'y opposer sous peine de se mettre la majorité de Skellige à dos.

- Aaaah… Sac-à-souris pourrait l'aider à me tuer. M'enfin. Comment ça c'est fini, yoi ?

- Le vieux jarl a enchaîné Udalryk à un poteau en mer pendant trois jours, avec l'eau lui arrivant jusqu'à la taille. Quand il a été libéré de la punition, il est parti pêcher avec son jeune frère.

- Et seul Udalryk en est revenu, devina le blond.

- Malheureusement. Une tempête a éclaté et Aki est passé par-dessus bord. Udalryk était trop occupé avec les voiles, il n'a rien vu avant qu'il ne soit trop tard.

- Ça a dû faire jaser, yoi.

- Il y a eu beaucoup de rumeurs, mais personne pour le dire ouvertement.

- Et tu veux faire quoi de l'épée ?

- Aller repêcher le corps de Aki pour lui offrir des funérailles décentes avec l'épée qui lui revenait de droit. Ainsi, la situation du jarl s'améliorera avec l'esprit enfin apaisé.

C'est dans un moment comme celui-ci qu'il aurait bien besoin de Mandos.

- J'ai parlé à Hjort et il jure que Udalryk n'entendait pas de voix avant la mort de son frère. Et il n'y a pas moyen qu'il se trompe, il les connaissait déjà quand ce n'étaient que des nourrissons. Il les a vu grandir !

- Je ne suis pas expert en fantôme, tu le sais, mais ça me paraît bizarre que Aki soit mort en pleine mer, mais que sa malédiction touche aussi cette maison… regarde-la et dis-moi que c'est une ruine normale, yoi.

- Aki et Udalryk ont grandi ici, après tout.

- Hmmm… Reste auprès du feu, je vais chercher l'arme. Tu as regardé où ?

- Tout le rez-de-chaussée. Il ne reste que la cave, mais je n'ai pas la clef.

- Ce n'est pas un problème pour moi, yoi. Reste ici, au chaud avec le feu. Je te ramènerais ensuite auprès de Udalryk.

Il retira de son dos son arme et retourna dans la maison. Il vit immédiatement la trappe cadenassée menant à la cave et l'arracha à main nu, avant de soulever le battant. L'air était encore plus glacial en bas, dans le cellier, qu'à la surface. L'impression que quelque chose n'allait pas se faisait encore plus forte. Il sauta dans l'obscurité et alluma une poignée de plumes dans sa main droite, conservant le bisentô dans la gauche. Un frisson remonta son échine. Son Haki lui disait de foutre le camp, mais ne lui montrait aucune menace immédiate. Ce qu'il savait, c'est que l'endroit était mauvais. Et il y avait ce bruit autour, dont il n'arrivait pas à percevoir la source exacte. Comme de l'eau courante. Le genre de son que produirait une canalisation rompue, mais rien ne laissait deviner la source, surtout qu'à cette température, elle devrait être réduite à l'état solide. Pourtant, il y avait des flaques, de grosses flaques sombres sur le sol, où il se reflétait grâce à la lueur froide et bleuté de ses plumes. Il trouva l'arme sur une table. Il s'en saisit dans sa main allumée et se retourna brutalement pour faire un tour visuel des lieux, prêt à attaquer. L'impression s'était accentuée. Méfiant et prudent, il revint vers la sortie et sauta assez haut pour finir sur le plancher supérieur. D'un coup de pied, il referma la trappe et quitta la maison. Il comprenait le druide quand celui-ci lui avait dit qu'il y avait quelque chose de mauvais dans la maison. Cerys se leva en le voyant sortir et reçut l'épée dans ses bras.

- Garde la cape, on redescend vers le village, yoi.

Et il éteignit le feu en marchant dessus avec indifférence.

Gardant sa main libre dans le dos de la demoiselle au cas où elle se sentirait mal suite à sa perte de connaissance récente, Marco descendit les marches de l'ancienne maison pour retrouver le petit chemin de neige que Cerys avait dû prendre pour venir jusqu'ici.

- J'aurais jamais cru que la personne que tu cherchais tant était en faîte le Chat Noir, oncle Marco, dit la demoiselle alors qu'ils descendaient.

- Comme beaucoup, je t'assure. Je pense que la moitié du continent pense que j'ai fait vœux de célibat et de chasteté.

- Qu'est-ce qui t'a motivé à la chercher et lui rester fidèle aussi longtemps ?

- Certains diront que c'est dans ma nature de phénix, que je suis un grand oiseau et donc, qu'il est normal que je conserve un seul et même partenaire à vie. À cela, je leur réponds qu'ils n'ont qu'à tomber amoureux avant de parler, yoi. C'est juste que l'intensité et la puissance de notre relation est assez forte pour résister à des tentations extérieures, au passage du temps et à la séparation.

Ils continuèrent leur route vers la demeure du jarl et brusquement, Cerys s'arrêta.

- Où est dame Anabela ?

- En route pour Undvik. Elle va porter assistance à ton frère.

- Entre nous, j'ai bien peur que ce soit une mauvaise idée. Votre épouse est une belle femme qui sort de l'ordinaire. Depuis de longues années, elle est la source des fantasmes les plus inavouables de Hjalmar.

- Et comment es-tu au courant ?

- Parce que je suis sa petite-sœur et que je sais plus de choses sur lui qu'il ne le croit. Vous n'avez pas peur qu'il vous la vole ?

- Je sais des choses sur le Chat Noir qui font que Hjalmar n'est pas une concurrence pour moi, yoi. Sans compter qu'une séparation, après tout ce que l'on a vécu, est illogique. Et dernier point, elle a une attirance pour les hommes plus vieux, pas plus jeune, yoi. Allez, va chercher le jarl, je vous attends sur la plage avec une barque et la lame.

Et le blond tourna les talons pour retourner vers la grève, à côté du port. Quelques mots avec le responsable lui permirent d'avoir une barque gratos… mais le bruit se mit à courir rapidement de ce que le jarl allait faire et bien vite, tout le patelin se réunit dans l'attente du départ correct de l'un des leurs vers le royaume des ancêtres. En soupirant, Marco s'assit sur la plage de gravier et frotta avec un maigre espoir l'épée avec un bout de sa ceinture de tissu.

- Mandos… Mandos… Mandos…

Rien ne se passa.

- Ça valait le coup d'essayer de l'invoquer comme un génie, maugréa le Phénix en reposant la lame sur ses genoux.

Udalryk arriva sous peu avec une couverture sur le dos, escorté par Hjort et Cerys. Quand la couverture tomba, Marco grimaça. Beaucoup des blessures du jarl commençaient à peine à cicatriser. Il espérait qu'ils puissent mettre au repos Aki, parce que si ça continuait, Udalryk ne passerait pas la semaine. Le jarl était hésitant, mais il monta dans la barque, et se mit en route. Marco ne leva pas la tête quand Hjort vint se tenir prêt de lui.

- Ce fut dur, ce sera dangereux, mais il a entendu la voix de la raison, dit le druide. Il va sortir ce qu'il reste de son frère, lui rendre bouclier et épée, avant de lui offrir un adieu digne du clan Brokvar.

- Puisse vos dieux le laisser en paix, après ça.

- Nous prions tous.

Ils virent le jarl arrêtait sa barque au loin, priait un instant, avant de plonger à l'eau. Il remonta bien vite pour faire plusieurs aller et retour entre la barque et le fond. Puis, il revint vers la berge. Le druide rejoignit le jarl qui se remettait la couverture sur les épaules. Le coffret entre les mains de Hjort fut ouvert et un crâne humain en fut tiré. Marco se leva et alla aider les trois hommes à assembler correctement les ossements sur un linceul au fond de la barque. On déposa une targe du clan sur la dépouille, puis l'épée du clan, avant que le jarl ne retourne à la mer, poussant la barque jusqu'à ce que le courant n'en prenne possession. Un membre du clan donna un arc et une flèche au jarl alors que Hjort prononçait un éloge du défunt qui avait enfin droit à un départ digne de ce nom après tout ce temps. La flèche fut allumée dans un brasier proche et alors qu'un éclair percé le ciel, Udalryk tira. Le trait frappa le bois de la barque qui s'éloignait, y mettant rapidement le feu.

Cependant, le hurlement du jarl prouva que ça n'avait rien changé. En jurant, Marco et Hjort le ramenèrent sur la berge, le maintenant immobile pour l'empêcher de s'arracher les yeux. Soit le frère était vraiment rancunier, soit ils n'avaient pas le bon coupable.

- Marco ! Besoin d'aide ?

Le Phénix releva la tête et vit Geralt et Mandos le rejoindre après avoir traversé la foule qui murmurait sur l'état du jarl.

- Finalement, l'invocation aura réussi. Un peu d'aide pour le ramener chez lui ne serait pas de refus, yoi. Je vais l'attacher à son lit pour qu'il ne fasse pas de connerie, cet idiot.

Geralt remplaça Hjort avec ainsi, les deux combattant hissèrent sur pied le jarl qui se débattait pour le ramener en sa demeure.

- Invocation ?… je veux savoir ? demanda Mandos d'un air interdit en les suivant.

- Non, tu veux pas… le manque de sommeil me fait faire des choses très bizarres, yoi.

- Comme frotter une épée comme si c'était une lampe magique, trahi Cerys.

Le blond lui adressa un faux regard noir mais la rousse en resta indifférente, plus inquiète pour le jarl qu'autre chose.

En passant, Marco donna une bonne taloche à Mandos qui riait comme un idiot à la description de Cerys. Ce n'était ni le moment, ni le lieu pour une crise d'hilarité. Vraiment.

- C'est pas un esprit, n'est-ce pas ? grimaça Marco alors qu'ils tiraient le jarl hystérique jusqu'à chez lui.

- J'en doute, confirma Geralt.

Et aussi subitement que le jarl s'était mis à hurler, il s'effondra. Marco se pencha pour examiner le visage de l'homme tourmenté même durant son sommeil et lui prit son pouls.

- J'ai vu assez de crises de narcolepsie dans ma vie pour savoir ce que n'en est pas une.

- Nan, le corps a lâché par la douleur et s'est mis dans le seul état où il ne souffre pas. C'est un moyen de défense. Mais, le sommeil est alors pavé de cauchemars. Et non. Ce n'est pas le frère. Celui-ci est bien passé de l'autre côté depuis longtemps. Il n'en a jamais voulu à son aîné, dit l'elfe.

Parfois, Marco avait l'impression que leur jeune compagnon le prenait pour un débutant en médecine.

- Je connais Udalryk depuis longtemps, je connais ses limites, notamment pour ses résistances à la douleur et je peux t'assurer que ce n'est pas ça qui lui a fait perdre connaissance. Si la douleur en avait été la cause, je n'aurais pas eu l'air aussi perplexe que ça.

Si sa voix était acide ? Oui.

S'il était vexé envers la remarque de Mandos ? Quelque peu.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec le jarl ? se renseigna Geralt pour empêcher une dispute entre les deux médecins.

- Depuis la mort de son frère, toutes ces années en arrière, le jarl entend ce que tout le monde pense être la voix des dieux, expliqua Cerys. Mais ce sont des dieux de colère et de cruautés qui lui demandent de payer pour la mort de son jeune frère qu'il n'a pas réussi à sauver. Ils lui demandent toujours plus. Des sacrifices faits dans sa propre chair.

- Si on ne trouve pas la cause de ces voix, il passera pas la semaine, grinça Marco alors que le druide ouvrait la demeure.

- Marco a raison, grimaça Mandos. Et désolé pour tout à l'heure. Geralt ? Un truc qui fait entendre les voix et qui demande de la douleur en sacrifice, ça te sonne rien aux oreilles ? Je veux bien que les dieux aient leur punition mais …

- C'est normal qu'il fasse aussi sombre ici ? demanda le sorceleur en regardant le salon du jarl.

- Ce serait une des exigences des dieux au jarl, répondit Hjort. Ils lui parlent en rêve, reprenant la cave de l'ancienne maison en décor, lui transmettant des messages depuis les ombres et le châtiant pour ce qui est arrivé au jeune Aki, paix à son âme.

Ils couchèrent le jarl dans son lit et une de ses concubines prit la relève pour veiller sur l'homme assoupi.

- Je pense qu'on a affaire à un blême. Ce sont des créatures très rares, et très puissantes d'après la conjonction. Ils se nourrissent du désespoir et du sentiment de culpabilité de ceux qui n'ont pas la conscience tranquille. Et bien souvent, ils les poussent à s'automutiler.

- Chose que notre dormeur fait régulièrement, yoi.

- Marco a raison en disant que le sommeil n'est pas induit par la douleur comme je l'ai cru. Après tout, il le connaît depuis bien plus longtemps que moi sur le plan médical. Je pense que le blême n'a pas aimé que l'on aide le jarl à faire son deuil et se libérer de la culpabilité, dit Mandos. Il l'a donc plongé dans un sommeil cauchemardesque pour être sûr de garder sa victime et son garde-manger. Il va tenter de l'avoir le plus longtemps possible. Mais, combien de temps tu estimes qu'il pourra tenir Marco … ?

- Si ça ne change pas, il crèvera en fin de semaine. Ce qui nous laisse quatre jours, yoi.

- Si le blême a saisi qu'on essaye d'aider le jarl, il y a une chance qu'il cherche à en finir rapidement avant de fuir. Ils ne sont pas du genre à laisser leurs proies survivre, dit sombrement Geralt.

- Et comment pouvons-nous le chasser ? demanda Cerys en se serrant dans ses bras pour cacher son appréhension.

Mandos eut un grincement de dents.

- On a deux méthodes. La façon sorceleur, où on va directement dans l'antre du monstre avec la victime pour le forcer à se révéler et le détruire ainsi, mais il y a un risque que le jarl n'y survive pas, surtout quand on voit son état actuel. La seconde façon serait qu'on le trompe. En lui faisant croire qu'un crime plus récent a eu lieu, il changera de proie. Là, on dévoile le subterfuge et le tour est joué. Mais il faut que l'appât éprouve vraiment un sentiment de culpabilité, donc, il ne peut pas être mis dans le plan, expliqua Geralt.

- Ce qui n'est pas chose aisée, renchérit Mandos. Ce n'est pas comme si on devait se sentir coupable d'avoir renversé le lait. Le jarl éprouve la culpabilité de la mort de son frère. Il faut que la culpabilité soit au même niveau si vous voulez que l'appât fonctionne. Et si vous décidez d'affronter le blême en face à face, il faudra éviter qu'il y ait beaucoup d'ombres pour se cacher et se renforcer. Et, comme il a été souligné, le jarl risquerait de ne pas survivre au combat. Le blême l'emporterait dans la mort.

- Je me désigne, yoi, annonça Marco.

- Pour ? demanda Cerys.

- Faire l'appât. De tous, je suis celui qui perd le moins à se mettre un clan à dos si ça tourne mal, et je vous le dis dans les yeux, j'ai assez confiance en chacun d'entre vous pour me retrouver au centre du piège dans les griffes de ce trucs, yoi.

- Sauf que si tu n'as pas la conscience propre, il peut décider de rester accrocher à toi, averti Geralt.

- Eh bien on ira dans sa tanière lui mettre un glaive dans le bide. Au moins je ne risque pas de crever comme ça, yoi.

- Marco … Le blême pourrait fouiller jusqu'au plus noir de tes souvenirs. Je comparerais celui-ci à un détraqueur, si tu te souviens de ce que je t'ai décrit.

- Ainsi soit-il. C'est pas comme si je pouvais déjà me regarder dans le miroir, yoi. Soyons pragmatiques. Cerys représente les An Craite. Les quelques idées qui me viennent pour tromper le blême entraînerait une guerre entre les An Craite et les Brokvar qui sont pourtant en bon terme, yoi. Toi, Mandos. Peux-tu nous dire la solution mise en place ? Pouvons-nous avoir la certitude que tu seras bel et bien trompé par nos idées ? On sait la réponse, toi et moi. Geralt ? C'est l'expert en monstre. Il ne doit pas avoir la conscience aussi tranquille que la mienne mais on ne peut se permettre de le laisser endosser le rôle parce qu'il saura mieux que quiconque réagir si ça tourne mal, yoi. Je suis donc la meilleure solution. As-tu quelque chose à redire ? Ou connais-tu quelqu'un d'autre prêt à faire le pire des crimes pour attirer le blême ? Je t'écoute Mandos.

Le jeune grimaça. Il devait enfin comprendre pourquoi personne ne cherchait à batailler avec lui. Et encore, il avait été plus brutal avec Emhyr.

- Je hais les personnes logiques. Non. Tu as tout dit. On a tous. Et je pense que tu devrais vraiment, après, attraper Chat noir et t'y accrocher jusqu'à ce que tu te sentes mieux. Crois-moi.

- J'admets sans honte que c'est mon doudou, sourit avec amusement le blond. Sauf que notre paire de D. est en route pour Undvik, donc, ça attendra ce « cat-napping ». Udalryk, lui, il ne peut attendre, yoi.

Mandos esquissa un sourire à la simili-blague avant de sortir.

- Oncle Marco, j'ai entendu parler d'un cas de disparition. Aurais-tu la gentillesse d'essayer de voir ce qu'il est advenu de l'homme manquant ? On se retrouvera ce soir à l'ancienne maison, demanda Cerys.

Comprenant qu'il était temps pour lui de s'éclipser, le blond hocha la tête. Cependant, avant de partir, la jeune femme avait une autre demande :

- Si tu y arrives avant nous, allumes un feu sous le four, ça chauffera toute la maison et on pourra manger un morceau avant de s'attaquer au blême.

- Je te fais confiance, dit lentement Marco, plus que perturber par l'étrangeté de la demande.

Et il s'en alla.

Cerys fit signe à Geralt de la suivre et ils retrouvèrent Mandos sur la terrasse.

- Éloignons-nous, cela vaudrait mieux, recommanda la rousse.

Les deux hommes la suivirent plus loin, hors de portée des oreilles et avec sérieux, elle leur posa la question qui pouvait tout changer.

- Est-ce que l'un d'entre vous sait comment prendre le Haki à défaut ?

- Tout dépend pour quoi, lui dit Geralt.

- Moi, je peux. Et assez pour que des habitués soient trompés, informa Mandos.

- Parfait alors. Laissez-moi aller chercher Hjort, et je vous dirais mon plan.

En courant, la jeune femme dévala le chemin de montagne pour revenir vers la demeure du jarl. En quelques minutes, elle était de retour avec le druide au service du jarl.

- Alors ? Ce plan ? demanda Geralt en croisant les bras.

- C'est la meilleure idée que j'ai actuellement, mais si vous en avez une autre, je vous écoute, assura la jeune Cerys. Il s'agit d'enlever Aki, le fils du jarl…

Le druide commença à ouvrir la bouche pour protester, mais la rousse n'avait pas fini.

- Et ensuite, demander à Marco de le jeter dans le four.

- Avez-vous perdu l'esprit ?! s'indigna le druide.

- Nous devons faire croire qu'un crime a été commis, pas tuer un nourrisson. Ce n'est pas un prix que nous sommes prêt à payer pour sauver le jarl, et tu briserais la confiance que Marco a pour toi, pointa Geralt.

- Justement, nous allons faire croire à tout le monde que Aki est mort. En réalité, Hjort se chargera de le réceptionner et maître Cerbin de le cacher. L'enfant ne court aucun danger, je le jure sur mes ancêtres.

- Dans le four, il existe une entrée à deux côtés, n'est-ce pas ? La pièce fermée, et Hjort et moi, caché de la vue de Marco, il ne saura pas que nous sommes présents, pointa Mandos. Et je suis sûr que dame Cerys préférerait se trancher le bras que de faire du mal à un enfant, je me trompe ? L'enfant n'aura rien, je ferais tout pour. Je pense que le plan de dame Cerys fonctionnera même si cela reste quelque chose d'horrible à imaginer. Le blême n'hésitera pas à changer de victime. Mais, dès que la preuve sera faite, je ramène l'enfant et le Jarl loin. Si un combat doit avoir lieu, ils ne sont pas en état d'être proches.

Cerys le regarda avec un certain étonnement.

- Vous avez eu la même idée que moi ou vous avez lu dans mon esprit ? demanda-t-elle.

- Il a dû deviner, dit Geralt. Mandos, va te mettre en position avec le druide. Il n'y a plus qu'à attendre le retour du Phénix de sa balade et mettre le plan en action.

- J'espère pour tout le monde que tout se passera bien, soupira le vieux Hjort.

- J'ai foi.

Si Mandos ne s'était pas opposé à l'idée, c'est qu'il avait déjà assisté à cet évènement et vu celui-ci à l'action. Alors, Geralt était tout à fait prêt à se laisser guider sur ce coup-là.

.

.


.

.

Thatch était assis par terre, ignorant le froid alors qu'il était torse nu avec juste ses bottes et son pantalon. Lugos le Dingue savait qu'aucune prison de ce continent ou de ces îles ne pouvait le retenir. Sauf si c'était un mage qui l'avait mise au point. Pour tous les défauts de ce salopard, on ne pouvait pas lui reprocher de faire des trucs sans logique ou inutile.

Tout avait du sens. Au moins pour lui, à défaut que ce ne soit pour les autres.

Donc, si le jarl le laissait poiroter dans le froid dans une cellule dont il pouvait s'échapper à tout moment, c'est qu'il voulait quelque chose de cela.

Et honnêtement, il n'en avait rien à foutre.

Il aurait juste voulu avoir le don de Marco. Ce Jorund était un chic type, avec une bonne aura, un sens de l'honneur. Quelqu'un de sympa, alors qu'il était du clan Drummond. Mais à cause de deux petits cons qu'il était content d'avoir raccourcit, l'homme était mort. La bagarre avait si vite dégénérée… Et lui, il était le dernier debout. Bien entendu, le père des deux cons avait crié à l'assassin, et le voilà, derrière des barreaux, faisant le deuil d'un homme sympathique qui lui avait remis une prime et offert une chope de bière parce que le phare n'avait plus de soucis de fantômes ou de gardiens cupides.

Les heures à venir seraient longues.

.

.


.

.

Marco alimentait le feu sous le four, se forçant de ne penser à rien. Ce qui était très dur.

Il aurait dû prendre de quoi dessiner une carte de navigation. Au moins, cela l'aurait empêché de se torturer les méninges. Il tourna la tête en entendant des cris à l'extérieur et des pas de courses sur le bois et la neige. Avant qu'il ne puisse aller voir ce qu'il se passait, la porte s'ouvrit à la volée sur Cerys en fuite… avec Aki pleurant dans ses bras. Elle ne prit pas la peine de regarder derrière elle, alors qu'on entendait Udalryk hurlait à ce qu'on l'attrape. Mais qu'avait donc fait sa protégée ? Il ne put poser la moindre question qu'il se retrouva avec le nourrisson dans les bras. La seule et unique fois qu'il l'avait porté, c'était quand il avait aidé à le mettre au monde.

- Tu dois le mettre dans le four, demanda Cerys.

- Nani ? s'étrangla le blond.

- Fais-moi confiance, supplia la rousse.

On voulait qu'il tue l'enfant qu'il avait fait naître ? Elle était sérieuse ? Tout ça pour libérer Udalryk ?

Déjà, le jarl et trois de ses hommes venaient de franchir le seuil, en arme.

- Prenez garde à ne pas blesser l'enfant, exigea le jarl.

Marco le regarda, regarda Cerys qui avait déjà ouvert la porte du four, puis l'enfant.

Il… il ne pouvait pas.

- Rends-moi mon fils ! exigea Udalryk en tendant une main vers Marco.

- Dans le four ! Oncle Marco, fais-moi confiance et mets-le dans le four ! supplia Cerys.

Elle… elle ne trahirait pas sa confiance au point de lui demander de tuer un bébé… n'est-ce-pas ? La Cerys qu'il avait vu grandir n'était pas comme ça…

Il suivi aveuglément la confiance qu'il avait en la jeune femme et mit le nourrisson dans le four encastré dans le mur de pierre, avant de fermer la porte en métal. Il se sentait tellement mal qu'il en avait perdu le contrôle de ses pouvoirs au point de faire fondre partiellement la porte.

Udalryk le poussa hors de sa route et tenta d'ouvrir la porte du four, luttant contre la chaleur et les flammes, mais il était trop tard. Marco ferma les yeux. Il était con.

Très con.

Il… il avait tué un bébé, un être innocent.

Il n'entendait plus les pleurs et le Haki ne percevait plus le nourrisson.

L'enfant même qu'il avait fait mettre au monde, il l'avait envoyé à la mort de la pire façon qui soit, et ce, parce qu'il avait été assez con pour faire confiance à Cerys. Pour un acte pareil, il ne méritait même pas la mort. Juste la damnation, les tortures, les mutilations. Il ne chercha même pas à se redresser ni à cacher ses larmes. Il avait tué un enfant. Même en ignorant le déchirement de Udalryk qui hurlait devant le four fermé, il se sentait misérable.

Quand est-ce que le blême changea de cible ? Aucune idée, mais Marco n'avait pas besoin de sentir ses griffes sur sa conscience pour être misérable. Il resta sans réaction quand le père ramassa son arme et se releva en vacillant pour aller mettre un terme à l'existence de l'individu immonde qui lui avait pris son fils.

- C'est bon, il a changé d'hôte, annonça Geralt en entrant dans la ruine.

Une porte s'ouvrit en grinçant et des pas résonnèrent sur le sol gelé. Les yeux de Marco s'écarquillèrent alors qu'il voyait Mandos et le druide arrivèrent, portant Aki, sain et sauf, dans leurs bras. Cerys adressa un sourire au blond à terre.

- A-Aki !

L'épée tomba au sol alors que le jarl se précipitait sur son fils qui revint paisiblement dans les bras de son père qui alla se laisser tomber contre un mur, toujours sous le choc, berçant son fils contre lui.

- Le Phénix n'a commis aucun crime, dit sérieusement Cerys en fixant les ombres malveillantes au-dessus du médecin au sol. Il n'y a ni désespoir, ni culpabilité ici. Seulement du soulagement. Tu as été trompé. Tu dois partir !

Et elle pointa un doigt autoritaire sur les ombres. Elles s'accrochèrent au Phénix, le trouvant clairement appétissant.

- Vas-t-en. Ou cette fois, c'est mon glaive qui te mettra à la porte, averti Geralt en tirant son épée d'argent. Mandos, on a besoin de plus de lumières.

- Lumos… Maxima!

La lumière qui sortit de la baguette magique de Mandos n'avait rien à envier au soleil, réduisant à néant les sources d'obscurité où aurait pu se cacher le blême. Et quand le sorceleur se rapprocha avec son glaive, la créature admit sa défaite. Elle était à présent une tâche sombre et liquide sur le sol. Marco ne bougea pas pour autant. Quand il entendit quelqu'un l'appelait, il se redressa lentement et se remit debout.

- C'est la meilleure idée que j'ai eue, oncle Marco, je suis extrêmement désolée, souffla Cerys.

- Rentre chez ton père et n'en parlons plus, souffla le blond en finissant de se relever.

Il se frotta le visage, essayant de cadenasser tous ses regrets et ses échecs que le blême avait libéré durant la brève possession. Il récupéra contre le mur le bisentô et sortit dehors, dans le froid, là, il se hissa sur un rocher enneigé et se roula autour de l'arme, masquant ses larmes dans ses bras.

C'est dans un moment comme celui-ci qu'il aurait voulu que Shirohige soit présent. Il avait néanmoins la confirmation sur un sujet : il n'était pas fait pour donner la vie. Il était une machine de mort et il aurait pu tuer le seul gosse qu'il n'ait jamais mis au monde.

- Nous sommes là. Si tu as besoin. Nous sommes là. Prends ton temps, Marco. On va rester pour toi, assura Mandos après lui avoir mis une couverture sur le dos.

- Quoique tu penses, tu es quelqu'un de bien, ajouta Geralt.

Ou peut-être pas. Il restait un pirate, un meurtrier. C'était pour ça, qu'avant Aki, il avait toujours fait son possible pour ne pas participer à des accouchements. Voilà le résultat.

Mais ce n'était qu'un seul de ses regrets parmi tant d'autres. Tant d'autres échecs, tant d'autres tâches sur sa conscience. Sa simple présence ici, en ce monde, était la conséquence de l'un de ses plus gros regrets, après tout : ne pas avoir pu sauver Ace.

Aujourd'hui était un mauvais jour. Un mauvais jour qui rejoindrait ceux qu'il n'avait jamais réussi à oublier.