Une grosse pensée à toutes les personnes qui sont de nouveau confinées. Je vis au Pays-Bas donc ne nous sommes pas officiellement confinés (pour l'instant) mais je ne sors quasiment pas ces derniers temps donc c'est tout comme. Le côté ''positif" c'est que j'ai plus de temps libre pour écrire car je travaille à distance donc je compte prendre pas mal d'avance sur l'écriture de cette histoire ce mois-ci !
Un énorme merci à diane decarvalho, drou, Chyriam, Fleur d'Ange, DI5M et Rinne Koe pour vos reviews ! Vos commentaires me font toujours SUPER plaisir à chaque fois que je les reçois ! Bonne lecture !
VI. La loi de l'attraction
« Je n'aurais jamais pensé que ces gens fassent quoi que ce soit par eux-mêmes. » déclara Neville Londubat en se grattant la tête, une expression sidérée sur son visage joufflu.
« Oh non… Ils ont toujours leurs elfes de maison et tout un tas de serviteurs pour leurs basses besognes. » rectifia Ginny avec morgue.
« Je sais bien mais en entendant la manière dont tu les décris, ils ont presque l'air… »
Neville s'interrompit, comme s'il cherchait un terme approprié pour les décrire.
« Humains ? » suggéra Ginny pour terminer sa phrase, un rictus amusé au coin des lèvres.
Il hocha la tête, l'air penaud, et Ginny lâcha un rire bref face à sa réaction.
« Ils sont humains. » informa Luna Lovegood de sa voix fluette, intervenant pour la première fois depuis les trente dernières minutes. « Du moins d'un point de vue biologique. Ils sont faits d'os, de chair, d'eau, de sang et de… »
« Nous savons très bien qu'ils sont humains, Luna. » coupa gentiment Ginny. « C'était une façon de parler. Ils sont juste tellement…déconnectés de la réalité. Ils vivent vraiment dans un autre monde. »
Luna et Neville, les deux meilleurs amis de Ginny, étaient venus passer la soirée dans l'appartement modeste qu'elle partageait avec Hermione. Autour d'un dîner, Ginny s'était empressée de leur relater ses péripéties récentes chez les Malfoy.
A l'instar de Neville, Luna était une ancienne camarade de classe de Ginny, rencontrée à Néréide, l'école de sorcellerie des Sang-Impurs. Depuis, leur trio avait bâti une amitié solide. Luna était également considérée comme une Traîtresse à son sang. Son père, Xenophilius Lovegood, était un prisonnier politique, incarcéré à Azkaban depuis près d'une décennie pour des propos controversés, publiés dans son journal indépendant. Le Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire du Ministère avait jugé ses publications comme illégales et l'avait condamné à douze années de prison ferme pour infraction à plusieurs décrets officiels. Luna avait été élevée par sa mère, qui souffrait de troubles mentaux. Ses problèmes avaient progressivement empiré après l'incarcération de son mari et c'était désormais Luna qui s'occupait de sa mère.
« Attends voir Luna… Tu as déjà soigné ces gens ? » demanda Neville avec curiosité en se tournant vers la jeune femme, une lueur curieuse dans ses yeux marron. « Des membres de familles royales, je veux dire. »
Luna secoua la tête en signe de négation et ses boucles d'oreilles en forme de radis suivirent ses mouvements.
« Non, jamais. D'ailleurs, la plupart des autres Sang-Purs ne veulent pas l'aide d'une guérisseuse de rang inférieur. » expliqua-t-elle d'une voix contemplative.
Elle sembla réfléchir puis poursuivit :
« Il est vrai que je me suis occupée d'un patient, il y a trois mois. Un Sang-Pur de premier rang. Mais il était inconscient à son arrivée, alors on ne lui a pas vraiment demandé son avis pour dire la vérité. Et puis tous les autres Médicomages étaient occupés alors ils avaient besoin de renfort. »
Depuis deux ans, Luna travaillait en tant qu'interne à l'hôpital Sainte Mangouste, au service des Virus et Microbes magiques. La Médicomagie était une discipline difficile et généralement réservée aux Sang-Purs. Pourtant, durant la dernière décennie, le nombre de Médicomages avaient diminué de manière inquiétante, provoquant une pénurie de professionnels dans le secteur sanitaire. Pour combattre le phénomène, le Ministère avait décidé d'autoriser quelques sorciers de rang inférieur à intégrer le programme de Médicomagie sous certaines conditions. Ginny savait que les années de formation de Luna avaient été un calvaire pour elle. Ses camarades de promo, des sorciers bien nés, l'avaient régulièrement rabaissée pour son statut. Ginny était restée admirative devant la ténacité de son amie. Luna avait dû jongler entre des études difficiles dans un environnement hostile tout en s'occupant de sa mère, dont l'état avait empiré.
« Dans ce cas, pourquoi vous ne gardez pas votre statut de sang confidentiel ? La moitié des patients sont probablement dans les vapes. » fit remarquer Neville. « Ils n'en sauront probablement rien. »
« Une autre interne m'a raconté une histoire à ce sujet. Ça s'est passé il y a quelques années, je crois. Un patient a appris qu'il avait été soigné par un Traître à son sang alors qu'il avait spécifiquement demandé que ce ne soit pas le cas. Il a traîné l'hôpital devant le Magenmagot. Il a gagné 100 000 gallions à la fin du procès et le guérisseur-superviseur qui était en service ce jour-là a été suspendu. On raconte même qu'il a passé trois mois à Azkaban. Depuis, l'hôpital ne veut plus prendre de risques. » expliqua Luna en haussant les épaules.
« Pas étonnant. » commenta Neville.
« Quel ingrat. » renchérit Ginny.
« De toute façon, les plus riches ne vont pas à Sainte Mangouste pour se faire soigner. Ils préfèrent les cliniques privées. J'imagine que c'est ce que font les Treize. » poursuivit Luna, l'air pensif.
Elle reposa son verre de jus de citrouille sur la table et caressa Pattenrond, le gigantesque chat tacheté d'Hermione. L'animal ronronna de plaisir sous les caresses de la jeune femme.
« A chaque fois que je viens ici, je pourrais jurer que ce chat devient de plus en plus gros. » dit Luna, en observant Pattenrond avec attention.
« C'est parce qu'Hermione le traite comme un prince. Ce chat est pourri gâté si tu veux mon avis. Et probablement obèse. » ajouta Ginny, provoquant le rire de ses amis.
« Hey, j'ai entendu ça, Ginny. » lança soudainement une voix près de la porte d'entrée.
Ginny jeta un regard penaud vers Hermione qui venait de faire irruption dans le séjour. Sa robe de sorcière était trempée et ses cheveux encore plus gonflés qu'à l'accoutumée. Elle apposa sa baguette sur sa tenue et murmura un sortilège pour la sécher totalement.
« Tu rentres bien tard, aujourd'hui » fit remarquer Ginny.
D'un geste de la tête, elle désigna l'horloge au-dessus de la cheminée condamnée.
« J'ai été un peu prise aux Archives, aujourd'hui - je n'ai pas vraiment vu le temps passer. » expliqua rapidement Hermione, ses joues rosissant imperceptiblement. « Bonsoir Luna et Neville. »
Ces deux derniers la saluèrent en chœur.
« Je t'ai laissée une assiette. » informa Ginny d'un ton jovial.
Elle entendit à peine la réponse d'Hermione qui s'était déjà dirigée vers sa chambre. Ginny termina sa bièraubeurre d'une traite.
« En tout cas, j'espère ne plus devoir me retrouver dans la même pièce que ces coincés arrogants et pète secs. » acheva-t-elle. « Un autre verre, les amis ? »
Neville secoua fermement la tête.
« Il faut que je rentre. Grand-mère n'aime pas que je sois dehors à cette heure-ci. » dit-il d'un ton désolé.
Ginny s'empêcha de lever les yeux au ciel. Neville avait vingt-trois ans et pourtant, il laissait sa grand-mère contrôler sa vie comme s'il était encore un enfant. Pour une raison que Ginny ignorait, il obéissait à la moindre de ses demandes au doigt et à l'œil, sans jamais riposter.
Luna s'excusa à son tour, expliquant qu'elle devrait se réveiller tôt pour son service du lendemain. Elle semblait surexcitée à l'idée de faire éclater un kyste draconien de la taille d'un cognard chez un patient, le jour suivant. Neville et Ginny échangèrent des regards dégoûtés lorsqu'elle commença à parler de pus. Ils décrétèrent qu'il était grand temps d'écourter la soirée.
Même si Ginny adorait Luna, elle restait parfois perplexe devant les passions déjantées de son amie. Elle avait toujours été attirée par des sujets peu communs et même considérés comme étant bizarres pour la plupart de ses pairs. Ses intérêts saugrenus n'avaient fait que s'intensifier au fil des années du fait de sa profession et des situations originales auxquelles elle était confrontée quotidiennement.
Après le départ de ses amis, Ginny se dirigea vers la porte de la chambre d'Hermione - laissée entrouverte. Elle assena deux coups brefs contre le vieux bois et entra sans attendre d'y être conviée. La chambre d'Hermione était la plus étroite des deux chambres de l'appartement. Un lit individuel était collé contre le mur, sous la fenêtre. A l'autre extrémité, se dressait un bureau dont l'un des pieds était cassé et tenait grâce à un sort de lévitation. Elle aurait probablement eu de la place pour installer davantage de mobilier si elle n'avait pas insisté pour entreposer une étagère aussi large dans la pièce, remplie de livres en tout genre. Il s'agissait, pour la plupart d'entre eux, d'ouvrages volés et revendus sur le marché noir à des prix plus abordables pour son salaire modeste.
La chambre d'Hermione était bien différente de celle de Ginny. Cette dernière avait repeint les murs ternes de la pièce d'un violet byzantin. Sur ses murs, Ginny avait accroché des posters représentant les Harpies de Holyhead, son équipe de Quidditch favorite, ainsi que des dizaines de photos de ses amis et de Bill, Fleur et Victoire.
Les murs de la chambre d'Hermione, eux, étaient restés sobres et immaculés, à l'exception d'un calendrier où elle annotait des dates importantes. Hermione était quelqu'un d'organisé. L'ordre et la structure régnaient sa vie. Une qualité que Ginny admirait grandement.
Hermione était attablée à son bureau, consultant un livre épais sous la lumière tamisée d'une petite lampe. A l'entrée de Ginny, elle lui jeta un regard bref.
« Et si j'avais été complètement nue ? » demanda Hermione d'un ton faussement désapprobateur.
« Rien que je n'ai jamais déjà vu. » dit Ginny en lui tirant la langue, d'une manière très enfantine.
Elle se dirigea vers le lit d'Hermione et s'y installa confortablement, sans aucune gêne. Elle attrapa l'oreiller et le posa sur ses genoux.
« Comment s'est passée ta journée ? » demanda Ginny avec intérêt, tandis qu'elle triturait joyeusement les ornements de l'oreiller.
« Exceptionnellement intéressante. » répondit Hermione avec enthousiasme, son visage s'éclairant soudainement.
« Ta superviseure s'est étouffée avec une queue de rat ? » demanda Ginny avec espoir, provoquant un rire de la part d'Hermione.
« Pas exactement. Mais c'était tout comme. » dit Hermione avec amusement. « M. Macmillan m'a laissée accéder à ses Archives Privées. »
« Oh, tu veux dire encore plus de livres ? » demanda Ginny avec sarcasme. « C'est Noël avant l'heure pour toi. »
Hermione roula des yeux, ignorant sa pique, puis reporta son attention sur son grimoire.
« Tu sais que tu as fini de travailler, Hermione ? Tu n'as pas besoin de faire des heures supplémentaires pendant toute la soirée. » fit remarquer Ginny en désignant le manuscrit.
« Ce n'est pas du travail. C'est un loisir. » répondit Hermione en haussant les épaules.
« Tu devrais sortir plus souvent Hermione. Voir du monde. T'amuser un peu plus - et je parle bien en dehors de tes bouquins. » ajouta Ginny. « Tu devrais même rencontrer des hommes. »
Elle avait ajouté ce mot avec un petit rire excité.
« Je n'ai pas le temps pour ça. » affirma Hermione en secouant la tête.
« Tout le monde a le temps de s'envoyer en l'air de temps en temps Hermione. » assura Ginny. « Et puis avoir quelqu'un a ses avantages. »
« Pour que ça se termine comme pour toi et Olivier ? » demanda Hermione d'un ton sceptique.
Ginny ouvrit la bouche, froissée par la remarque.
« Ouch, Hermione. Tu appuies sur une blessure qui n'est pas encore refermée. » s'indigna Ginny, faisant la moue.
Hermione leva les yeux vers elle, affichant une mine déconfite, comme si elle réalisait qu'elle était allée un peu trop loin dans ses propos. Ginny n'était pas offensée, même si son amie s'était montrée particulièrement franche sur le sujet. Après tout, Hermione n'avait fait que souligner la désagréable vérité - les choses s'étaient très mal terminées avec Olivier Dubois. Leur relation tumultueuse n'était pas un modèle de relation saine et durable.
« Désolée. » s'excusa Hermione, son expression se faisant plus douce.
« Je ne t'en veux pas. Tu as raison - Olivier et moi ne sommes absolument pas un exemple. Mais il y a des types bien mieux que lui, dehors. Enfin, j'espère. » ajouta Ginny avec une grimace.
Elle lâcha un long soupir désabusé.
« De toute façon, c'est de l'histoire ancienne, désormais. D'ailleurs, je fais de la place pour quelqu'un d'autre. » informa Ginny d'un ton résolu.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda Hermione, sans comprendre.
« La loi de l'Attraction. » annonça Ginny. « C'est un concept pour attirer l'amour. »
« Un sortilège ? » interrogea Hermione, curieuse.
« Non, ça fonctionne par la volonté. Il faut simplement manifester l'objet de ses désirs. » assura Ginny avec excitation. « Il faut le visualiser très clairement dans son esprit, puis dire à haute voix ''Je suis prête à recevoir.'' »
« Je crois que tu as un peu trop forcé sur la bouteille avec Luna et Neville, ce soir. » fit remarquer Hermione en la regardant comme si elle était dérangée.
Ginny lança un regard blasé à son amie. Elle n'était pas étonnée par sa réaction dubitative. Hermione était une personne pragmatique.
« Hermione, il faut garder des pensées positives. » déclara Ginny avec un regard désapprobateur. « On ne sait pas ce qu'on pourrait manifester si la négativité s'en mêle. »
« C'est surtout un tissu de bêtises. De l'escroquerie organisée comme la Divination ou les trucs du genre. » dit Hermione, un dédain évident apparaissant sur ses traits.
Ginny posa un doigt sur ses lèvres, comme pour intimer le silence à Hermione. Cette dernière observa Ginny avec perplexité tandis qu'elle fermait les yeux et faisait mine de se concentrer.
« Pour Hermione et moi, je manifeste un amour épique et passionné, digne des plus grandes tragédies romantiques. » commença Ginny.
« De la manière dont tu le dis, on dirait que tu manifestes un amour entre toi et moi. » fit remarquer Hermione d'un ton railleur.
Ginny fronça des sourcils, en pleine réflexion.
« Pas faux. » dit-elle finalement. « Je t'aime beaucoup Hermione, mais pas comme ça. »
Hermione ricana.
« Pour Hermione Granger et moi, je manifeste un amour épique et passionné, digne des plus grandes tragédies romantiques… » commença à énumérer Ginny. « Avec un homme séduisant, riche et intelligent. Oh, et Madame l'univers, il ne faut pas que ce soit le même homme. »
« Se retrouver avec le même soupirant serait fâcheux, effectivement. » commenta Hermione d'un ton ironique.
« Et évidemment, il doit être exceptionnel au lit. » récita Ginny devant le rire bruyant d'Hermione. « Je suis prête à recevoir. »
Elle rouvrit les yeux, un sourire aux lèvres, visiblement très satisfaite de sa requête.
« Tu aurais pu demander d'autres qualités. Tu sais, comme un homme gentil, cultivé, attentionné, romantique et fidèle. Je suis prête à recevoir. » ajouta Hermione d'un air moqueur, imitant Ginny.
« On ne va pas trop en demander à l'univers Hermione. Il faut être réaliste. » répondit Ginny. « Ça reste des hommes, tu sais. »
« Effectivement, ta demande était très réaliste. Sincèrement, Ginny, d'où sors-tu ces idées absurdes ? » demanda Hermione avec lassitude.
« D'une revue spécialisée et très respectée dans son domaine. » affirma Ginny. « Et oui, figure-toi que moi aussi je lis, Hermignonne. »
Hermione lui adressa un regard peu convaincu.
« Oh, ça va. C'était dans Sorcière-Hebdo, si tu veux tout savoir. Une cliente de la boutique a laissé son exemplaire avant de partir, ce matin. » admit Ginny, gênée.
Hermione éclata de rire et les lèvres de Ginny s'étirèrent en un sourire contrit.
« Au fait, nous avons reçu une autre lettre du Ministère. Il ne faut pas oublier de faire notre recensement annuel. J'aimerais éviter de le faire avec du retard et récolter une amende. Je n'ai vraiment pas les moyens, en ce moment. » dit Ginny.
Hermione grimaça.
« J'avais complètement oublié. » dit-elle avec panique. « Et j'avais promis à Madame Moretti de l'y accompagner mais je n'aurais pas le temps avant la fin de la semaine. »
Hermione agissait toujours de manière dramatique lorsqu'elle oubliait de faire quelque chose.
« Je comptais faire le mien demain. Je peux l'y emmener si tu veux. » proposa Ginny. « Ça ne me dérange pas. »
« Merci, Ginny. » dit Hermione, visiblement soulagée.
Le lendemain, Ginny sonna à la porte de Mrs Moretti, la voisine qui vivait à l'étage inférieur. Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit et une femme âgée se présenta dans l'encadrement. Elle était si petite que sa tête arrivait à peine au niveau de la nuque de Ginny. Mrs Moretti était une immigrée italienne dont le fils avait été accusé d'association à un groupe de dissidents. Il était actuellement recherché par les autorités.
Malgré sa silhouette frêle et délicate, Mrs Moretti semblait en forme pour son âge avancé. Son anglais était toutefois limité et il était fréquent qu'Hermione ou Ginny l'aident à effectuer certaines démarches administratives.
« Je suis venue pour vous emmener au Ministère. » expliqua Ginny, s'assurant de parler lentement et d'articuler correctement.
La vieille dame ne sembla toutefois pas comprendre. Ginny brandit la lettre provenant du Ministère. Une lueur de compréhension éclaira le visage de Mrs Moretti.
« Prego, si accomodi. » dit-elle avant de s'effacer pour la laisser entrer.
Elle lui désigna le sofa en motifs fleuris au milieu de la pièce et Ginny s'y installa, observant ses alentours avec curiosité. Des photos, probablement très vieilles à la vue de leur état, étaient entreposées sur le meuble de salon. Sûrement en Italie, pensa Ginny, en observant les paysages qui lui semblaient peu familiers. Elle se tourna vers Mrs Moretti qui s'était approchée d'elle, une théière dans les mains.
« Té nero ? » demanda la vieille dame.
Ginny lui lança un regard confus.
« Je ne comprends pas. »
Mrs Moretti fronça les sourcils, semblant plongée dans une réflexion profonde, tentant visiblement de se rappeler de quelque chose.
« Thé. » dit-elle finalement, après quelques instants.
D'un geste de la main, elle pointa ensuite la cape de Ginny.
« Couleur. Thé Nero. » insista-t-elle en montrant le vêtement ?
« Oh - Thé noir ? » devina Ginny.
La vieille dame hocha la tête.
« Oui, je vous en prie. » accepta Ginny poliment.
Quelques minutes plus tard, la vieille dame faisait léviter un plateau de thé face à Ginny, accompagné de beignets à l'anis.
« Délicieux. » commenta Ginny après avoir mordu dans le biscuit avec enthousiasme.
Elle montra son ventre puis fit un pouce en l'air en direction de la femme pour se faire comprendre. Cette dernière lui adressa un sourire avant de diriger vers une pièce adjacente. Elle revint quelques minutes plus tard, emmitouflée dans une longue cape de sorcière un peu usée. Ginny se releva à son tour et la suivit vers la porte d'entrée.
Tandis qu'elles marchaient le long de la route qui menait au Chemin de Traverse, Mrs Moretti fit la conversation à Ginny. Cette dernière ne parvint à comprendre que le tiers des paroles de la vieille dame, qui consistaient principalement à de l'italien et de quelques mots aléatoires lancés en anglais.
Lorsqu'elles arrivèrent à l'entrée des visiteurs du Ministère, Ginny observa les flèches directionnelles qui se déplaçaient dans l'air, au-dessus de leurs têtes. Même si elle se rendait au Ministère chaque année pour la même raison, l'endroit était si gigantesque qu'elle ne parvenait jamais à s'y repérer. Elles passèrent la sécurité où des Aurors contrôlèrent leur identité avant de les laisser pénétrer dans le couloir principal qui menaient aux ascenseurs.
Mrs Moretti sembla nerveuse parmi la foule qui se pressait dans le corridor et Ginny sentit sa main se resserrer dans la sienne. Elle savait qu'il était rare que Mrs Moretti quitte son domicile, mise à part quelques sorties pour se procurer des denrées alimentaires. Ginny s'était toujours demandée comment elle parvenait à s'assumer financièrement sans son fils.
Lorsqu'elles arrivèrent au Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire, plus connu par son acronyme D.U.P.E, Ginny grimaça en apercevant la longue file d'attente déjà présente. Elle se dirigea vers la réception et une employée leur tendit deux tickets rouges.
Ginny chercha des yeux une place libre, aucune ne semblait disponible. Elle se dirigea vers un groupe de personnes déjà assises.
« Est-ce que vous pourriez laisser une place à la dame ? » demanda-t-elle d'une voix polie, désignant Mrs Moretti.
Les deux jeunes femmes observèrent les tickets rouges dans sa main et ne prirent même pas la peine de répondre à sa demande. Immédiatement, Ginny sentit sa contrariété monter en elle et s'apprêta à faire une remarque désobligeante mais Mrs Moretti la saisit par le bras, comme pour lui assurer que tout allait bien. A contrecœur, Ginny garda le silence. Elle ne devait pas s'attirer des problèmes en plein Ministère.
Elles trouvèrent toutefois une rampe à l'autre extrémité de la pièce et Mrs Moretti s'y appuya. Ginny l'observa avec un mélange de frustration et de pitié. Peu importait l'âge ou la condition physique d'une personne, on ne jugeait les individus que par le statut de sang. Dans le régime, les Sang-Purs avaient tous les droits et la priorité leur revenait systématiquement.
L'attente fut interminable. Seule une employée s'occupait du stand des rangs inférieurs tandis que la file de Sang-Purs avançait à toute vitesse, avec six employés attitrés pour gérer toutes leurs démarches. Lorsque la file des Sang-Purs fut vide, seule l'une des employés accepta d'accueillir les Sang-Impurs. Les autres fermèrent leurs comptoirs.
Ginny leva les yeux au plafond. Son regard tomba immédiatement sur une affiche gigantesque, représentant une femme corpulente d'une cinquantaine d'années qui portait un tailleur d'un rose pâle. Elle observait la file d'attente avec mépris, plissant ses lèvres minces de temps à autre, en signe de profond dégoût. Au bas de l'affiche, Ginny aperçut les mots suivants :
Dolores Ombrage
Ministre du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire
L'image changea et afficha le portrait d'une autre femme blonde, bien plus maigre que la précédente. Ses bras étaient croisés sur sa poitrine, et elle secouait frénétiquement de la tête, dans un signe de désapprobation.
Mafalda Hopkrik
Présidente de la Commission d'enregistrement des Sang-Impurs et Indésirables
Le poster se transforma une nouvelle fois, montrant un troisième visage. Il s'agissait cette fois d'un homme court, aux yeux perçants.
Barrett Fay
Auteur du best-seller ''Les Sang-de-Bourbe et Comment les Reconnaître''
Une nouvelle fois, l'image changea et afficha un message publicitaire :
Retrouvez-nos intervenants à la conférence exclusive :
Pourquoi l'éradication totale des Sang-Impurs est-elle la seule solution ?
Les six étapes du changement vers un Royaume-Uni totalement purifié
Date : 27 octobre, 11h00
Prix de l'entrée : 49 gallions
Après trois heures d'attente, Ginny fut finalement appelée à se présenter au comptoir d'une sorcière à l'air particulièrement ennuyé.
« Pouvoir et pureté. » salua Ginny.
« Pur soit le sang. Identification. » réclama l'employée d'un ton empressé.
Ginny lui tendit sa baguette.
« Vivez-vous toujours au 7 Avenue du Gobelin Bavard dans le Quartier des Embrumes, à Londres ? » demanda la femme d'un ton froid en consultant un registre.
« Oui. » confirma Ginny.
Durant les cinq minutes suivantes, la femme lui posa des questions sur sa situation personnelle. Elle posa ensuite un parchemin devant Ginny.
« Vérifiez ces informations. Si tout est en ordre, signez en bas. » quémanda-t-elle.
« Mon employeur a changé. » dit Ginny après avoir rapidement parcouru le parchemin.
Elle renseigna le nom de la boutique de Burke ainsi que l'adresse avant de signer le parchemin.
« Suivant. » ordonna l'employée.
Ginny resta en place et fit signe à Mrs Moretti de s'approcher.
« Elle ne parle pas bien l'anglais. Je vais l'aider. » dit Ginny à l'attention de l'employée.
Cette dernière leva les yeux au ciel mais consentit à prendre la convocation de la vieille dame. Ce fut Ginny qui répondit aux questions de l'interrogatoire. Heureusement, sa situation n'avait pas changé depuis l'année précédente.
« Depuis votre dernier recensement, avez-vous eu des nouvelles du Dissident connu par nos autorités au nom de Luca Moretti ? » demanda la femme d'une voix machinale, comme si elle lisait un script.
Ginny grimaça, peu certaine qu'elle arriverait à faire comprendre la question à Mrs Moretti. Pourtant, cette dernière secoua la tête frénétiquement, comme si elle avait déjà saisi les paroles de la fonctionnaire.
« No. Pas nouvelles. » répondit-elle à l'attention de l'employée, dans un anglais approximatif.
Cette dernière griffonna une phrase sur son registre, ses lèvres pincées en signe de reproche.
« Vérification et signature. » quémanda-t-elle.
Mrs Moretti signa le papier et elles furent autorisées à quitter l'endroit. Ginny soupira de soulagement. Elle détestait cet endroit et s'efforçait de ne pas y rester plus longtemps que le nécessaire. La visite annuelle était à chaque fois un supplice.
Dans le grand hall du Ministère, elles passèrent devant une statue à l'effigie de Voldemort. Il était assis sur des centaines de corps dénudés de femmes, d'hommes et d'enfants, contorsionnés dans des positions inconfortables, formant le trône du Lord noir. Leurs visages paraissaient tous laids et déformés. Des Moldus. Sur le tronc du piédestal, gravé en lettres d'or, on pouvait lire le nom du monument :
La Magie est Puissance
Ginny détourna le regard, écœurée par la vue des corps déformés. Ses yeux tombèrent alors sur une femme dont le visage lui sembla vaguement familier. La femme était âgée et portait une longue robe de sorcière élégante d'un vert impérial, accessoirisée par un chapeau imposant d'une teinte identique. Elle était escortée par deux sorciers qui portaient des brassards argentés - des Aurors.
Après un court moment de réflexion, Ginny se souvint de l'identité de la femme. Il s'agissait de la Gouverneure Warrington, qu'elle avait brièvement rencontrée pendant l'inauguration de l'hôtel des Malfoy.
Lorsqu'elle passa devant Ginny, Mrs Warrington l'observa brièvement avant de détourner la tête. Son œil magique, lui, resta fixé sur Ginny pendant qu'elle avançait. Soudainement, la Gouverneure fit volte-face et se dirigea vers Ginny, suivie de près par son cortège. A la vue des Aurors, Mrs Moretti s'était placée derrière la jeune femme, une expression intimidée sur ses traits ridés.
« Vous êtes cette jeune femme que j'ai croisée chez les Malfoy, n'est-ce pas ? » interrogea la Gouverneure avec curiosité. « Celle qui travaille chez l'Apothicaire ? »
Ginny acquiesça.
« Ma mémoire me fait souvent défaut. Je ne suis plus toute jeune, vous savez. Par contre, mon œil n'oublie jamais un seul visage. » déclara Mrs Warrington avec satisfaction, désignant d'un geste de la main l'œil artificiel qui tournait dans tous les sens dans son orbite.
Ginny esquissa un sourire forcé, incertaine quant à la conduite à tenir devant elle.
« Marchez avec moi quelques instants, voulez-vous ? » lança Mrs Warrington.
Son ton ne sembla pas témoigner d'une simple proposition. Il sonna comme un ordre aux oreilles de Ginny. Cette dernière lança un regard paniqué à Mrs Moretti.
L'œil fou de la Gouverneure suivit son regard.
« Mon escorte restera ici avec votre mère. » assura Mrs Warrington en faisant un signe à l'un des Aurors.
Ginny se tourna vers Mrs Moretti, arborant une expression désolée.
« Je reviens. » promit-elle à la vieille dame qui paraissait effrayée. « Attendez-moi ici. »
Elle ne fut pas certaine de s'être faite comprendre. Elle posa une main rassurante sur son bras, tentant de lui communiquer par le geste que tout allait bien. Mrs Moretti hocha la tête timidement, serrant son vieux sac à main entre ses bras frêles. A contrecœur, Ginny se tourna vers Mrs Warrington, qui s'était déjà éloignée. Elle accéléra le pas pour la rattraper, surprise par son allure rapide pour une femme de son âge. Le second Auror lui emboîta le pas mais resta en retrait.
« Quel est votre nom, déjà ? » s'enquit Mrs Warrington, en lui jetant un regard par-dessus son épaule.
« Ginevra Weasley. » répondit Ginny.
« Weasley…Weasley... » répéta Cressida d'un ton pensif. « Êtes-vous une Sang-Mêlée ? »
« Non. Traîtresse à mon sang, Madame. » répondit Ginny à voix basse.
« Parfait. Voyez-vous, Miss Weasley, je prépare actuellement une proposition de décret pour un assouplissement du droit du travail pour les sorciers de rang inférieur. J'ai besoin de gens comme vous pour comprendre en profondeur l'expérience de ces personnes. Des exemples concrets. » expliqua Mrs Warrington.
« Moi ? » répéta Ginny, ahurie. « Mais… »
Mrs Warrington l'interrompit, ne semblant pas intéressée par ses protestations.
« Laissez vos renseignements à mon assistant. Il vous contactera. » dit-elle d'un ton ferme.
Elle se tourna vers l'Auror qui les avait suivies et lui donna des instructions à voix basse.
« A bientôt, Miss Wilbery. » lança Mrs Warrington d'un ton impatient avant de prendre la direction d'une nouvelle porte gardée par deux Aurors.
L'Auror se tourna vers Ginny.
« Suivez-moi. » ordonna-t-il.
Tandis qu'elle s'engageait à la suite de l'homme, Ginny jeta un regard préoccupé en direction de Mrs Moretti qui était toujours près de la statue, visiblement mal à l'aise.
« Niveau 5 - Département de la coopération magique internationale. » annonça la voix de l'ascenseur, quelques instants plus tard.
Ils se retrouvèrent dans un long couloir, rempli de portes identiques à une distance similaire les unes des autres. Leur avancée dans le couloir lui provoqua une impression de vertige. Finalement, ils se retrouvèrent devant une porte plus large et plus élégante, avec un parement en bois massif. Une plaque en or était placée au centre, et les mots suivants étaient visibles :
GOUVERNEURE
CRESSIDA WARRINGTON
La porte donnait sur une réception où un homme blond était installé sur un siège, son attention rivée sur un magazine ouvert face à lui sur le bureau. A l'entrée de Ginny et de l'Auror, l'homme s'empressa de fermer sa revue, puis plaça un parchemin dessus, comme pour le dissimuler avant de se redresser sur son siège. Ginny aurait juré avoir vu une image de Quidditch sur son magazine avant qu'il ne le dissimule.
Avec son visage carré, ses boucles d'un blond cendré et son air pompeux, il ressemblait à l'un de ces bellâtres qu'on voyait souvent dans les publicités de Sorcière-Hebdo. L'Auror s'approcha de lui et lui glissa quelques mots à l'oreille. L'attention du bellâtre se reposa alors sur Ginny.
« Victorieuse soit sa venue. Je suis Cormac McLaggen, le secrétaire général adjoint de Mrs. Warrington. » se présenta-t-il d'un ton suffisant.
Il attrapa ce qui ressemblait à un formulaire et invita Ginny à prendre place face à lui. Elle s'exécuta, jetant un œil à l'Auror qui la regardait avec insistance, posté près de la porte.
« Nom complet, date de naissance et statut de sang. » réclama Cormac.
« Ginevra Margaret Weasley. 11 Août 1981. Traîtresse à mon sang. » répondit Ginny avec hésitation.
Une plume à papote avait jailli du bureau et écrivait frénétiquement les informations données par la jeune femme sur le formulaire. Pendant près d'une heure, Ginny fut forcée de prendre part à ce qui ressembla fortement à un interrogatoire. Le dénommé McLaggen lui posa même des questions intrusives sur sa vie privée.
« Pourquoi avez-vous besoin de toutes ces informations ? » demanda Ginny, mal à l'aise, une fois qu'ils furent arrivés à la question 114 - la dernière du formulaire.
« Oh, ce n'est que la procédure habituelle pour toutes les personnes qui vont travailler de manière directe ou indirecte avec la Gouverneure Warrington. » répondit McLaggen sur le ton de l'évidence.
D'un coup de baguette, il scella le parchemin et le fit léviter vers une étagère où des dossiers similaires s'entassaient.
« Nous vous recontacterons directement si votre candidature est maintenue. Si vous n'obtenez pas de nouvelles d'ici sept jours, vous pourrez considérer qu'elle n'a pas été retenue. » expliqua Cormac d'un ton neutre. « Que Voldemort vous préserve. »
Ginny écarquilla des yeux. Sa candidature ? pensa-t-elle avec panique. Cela expliquait les raisons de cet interrogatoire. Il s'agissait en réalité d'un entretien. A quel but ?
Elle fut toutefois trop soulagée d'être invitée à quitter les lieux pour se poser davantage de questions. Lorsqu'elle retrouva le hall principal du Ministère, elle aperçut Mrs Moretti, assise seule sur un banc. Cette dernière paraissait apeurée et mal à l'aise au milieu de la foule pressée. Ginny accéléra le pas pour rejoindre la vieille dame qui parut soulagée lorsqu'elle parvint à sa hauteur.
« Mrs. Moretti ! Je suis tellement désolée. » s'excusa-t-elle immédiatement, un air désolé sur ses traits.
Elle était mortifiée d'avoir dû l'abandonner aussi longtemps. Il était frustrant de ne pas pouvoir se justifier à cause de la barrière de la langue.
« Ne vous en faites pas. Vous avez terminé ? J'aimerais rentrer chez moi. » répondit Mrs. Moretti, en jetant des regards incertains autour d'elle, visiblement peu à l'aise.
Ginny écarquilla des yeux. La vieille dame s'était exprimée dans un anglais parfait.
« Mais vous…Vous… » balbutia Ginny, médusée.
« Les Aurors essayaient de communiquer avec moi et n'ont pas réussi à le faire alors ils ont emmené une officière du Département de la coopération magique internationale. Elle m'a lancé un sort de Traduction. » répondit Mrs Moretti en se dirigeant vers l'une des cheminées.
« Un sort de traduction ? » répéta Ginny avec effarement. « Je n'avais jamais entendu parler de ça. »
« Moi non plus. Apparemment, il s'estompe en quelques heures. Je parle toujours ma langue mais les mots sont traduits directement. » expliqua-t-elle avant de saisir une poignée de poudre de cheminette. « Et je peux comprendre tout ce que vous dites. »
Sous le regard médusé de Ginny, elle disparut dans l'âtre, parmi d'imposantes flammes vertes. Lorsqu'elles se retrouvèrent sur l'une des rues bondées du Chemin de Traverse, Ginny se tourna vers la vieille dame pour s'excuser une nouvelle fois.
« Ne vous en faites pas. Je sais que vous ne pouviez pas leur refuser quoi que ce soit. » déclara Mrs Moretti avec patience.
Tandis qu'elles marchaient lentement en direction de l'avenue menant au Quartier des Embrumes, Mrs Moretti lui parla d'elle. Elle avait rejoint le Royaume-Uni avec son mari et son fils lors de l'une des vagues d'immigration autorisées par le régime. Son mari ne trouvait pas d'emploi en Italie et avait du mal à joindre les deux bouts pour faire vivre sa famille convenablement. Dans leur pays natal, le Royaume-Uni était considéré comme un pays prospère, où les opportunités étaient nombreuses.
« Je savais qu'ils étaient à cheval sur la pureté du sang, mais je n'imaginais pas que ce serait à ce point. Et nous étions désespérés, pour dire vrai. » expliqua-t-elle. « Si j'avais su, nous serions restés chez nous. »
Le Royaume-Uni offrait aux immigrés du travail ainsi qu'un endroit où se loger pour les premiers mois suivant leur arrivée afin de les aider à s'installer. Quelques années après leur arrivée, M. Moretti avait succombé des suites d'une dragoncelle sévère. Mrs Moretti expliqua à Ginny que Luca, son fils, n'était pas parvenu à s'intégrer dans ce nouvel environnement. Il avait commencé à avoir des fréquentations considérées comme douteuses pour le régime. Deux ans plus tôt, il avait réussi à s'échapper avant que les Mangemorts ne viennent l'arrêter pour Traîtrise. Mrs Moretti lui révéla qu'elle n'avait pas de nouvelles depuis. Elle resta toutefois vague sur les actes de son fils. Ginny fut surprise du calme avec lequel elle parla de son fils disparu.
Mrs Moretti sembla ravie de pouvoir s'exprimer avec facilité, sous l'effet du sortilège de Traduction. Elle avait peu d'interactions avec le monde externe et Ginny réalisa que la vieille dame se sentait probablement très seule.
Elle se promit de demander à Hermione si elle avait déjà entendu parler du sort de Traduction. Peut-être serait-elle en mesure de le reproduire, du moins si sa baguette magique le permettait. Les sorts complexes étaient impossibles à réaliser avec les baguettes octroyées aux Sang-Impurs.
« Est-ce qu'il est possible de rentrer dans votre pays ? » demanda Ginny avec curiosité.
« Peut-être mais ce serait très compliqué, surtout avec mon statut actuel. Et je ne partirai pas sans mon Luca. » affirma Mrs Moretti d'une voix ferme, une lueur résolue brillant dans ses yeux tandis qu'elle prononçait ces mots.
Lorsqu'elles arrivèrent aux abords du Quartier des Embrumes, Mrs Moretti lui indiqua qu'elle comptait rester en ville plus longtemps que prévu. Elle voulait profiter du sortilège de Traduction pour faire quelques démarches, avant que les effets ne s'estompent totalement. Ginny hocha la tête avant de s'enfoncer dans les rues sombres et moins bien entretenues des Embrumes, étonnée par la matinée qu'elle venait de passer.
/
Hermione posa le manuscrit sur la chariot de livres qui roulait seul dans la pièce, se déplaçant dans toutes les rangées pour remettre les livres à leur place. Elle se dirigea à nouveau vers la grande table dressée dans les Archives Privées des Macmillan et s'installa sur son siège. Elle fixa l'ouvrage ouvert face à elle, mâchouillant le bout de sa plume, comme à chaque fois qu'elle était en intense concentration. Cette mauvaise habitude lui avait valu des dizaines de plumes.
« Vous le faites encore, Miss Granger. » s'éleva une voix douce à ses côtés, la tirant de ses réflexions profondes.
Hermione releva la tête et ses yeux croisèrent les yeux clairs de Théodore Nott qui l'observaient avec curiosité. D'un geste entendu, il désigna la plume qu'Hermione mâchouillait frénétiquement au coin des lèvres. Elle la retira et la posa sur la table d'un geste rapide, comme s'il s'agissait d'un objet brûlant.
« Oh oui… Navrée. » répondit-elle avec gêne, sentant ses joues se rosir.
« Qu'est-ce qui vous rend pensive ? » demanda-t-il en levant un sourcil sombre.
« Qu'est-ce que vous voulez dire ? » s'étonna Hermione.
« J'ai remarqué que vous le faîtes quand vous êtes concentrée ou quand vous recherchez quelque chose. » admit-il, d'un ton un peu embarrassé.
Hermione ouvrit la bouche de stupeur, effarée par le fait qu'il ait remarqué ce détail anodin à son sujet.
« Je recherche des informations sur un sortilège. Je ne trouve rien de concret. » admit-elle.
« Je suis étonné d'entendre qu'il y ait quelque chose que vous ne sachiez pas. » dit-il en haussant les épaules, avec sourire au coin des lèvres.
Hermione ignorait s'il s'agissait d'un compliment mais elle se sentit piquée dans sa fierté personnelle pour une raison obscure.
« Je veux dire que vous savez habituellement tout. » rectifia-t-il, lisant l'expression d'Hermione.
Hermione se détendit, satisfaite par ces mots. Cela faisait près de trois semaines que Théodore se rendait régulièrement aux Archives des Macmillan. Lorsqu'il demandait à entrer dans la collection privée d'Aelius, Hermione était mandatée pour l'escorter et l'assister. Elle était toujours excitée à l'idée d'entrer dans cet endroit qui lui offrait une multitude de nouveaux ouvrages, qu'elle n'aurait jamais l'occasion de retrouver ailleurs du fait de leur contenu.
Parfois, ils restaient silencieux, plongés dans leurs recherches respectives. A d'autres reprises, ils discutaient de sujets divers et variés. Théodore appréciait tout ce qui se rapportait de près ou de loin à l'art. Il semblait avoir une sensibilité qu'Hermione enviait. Elle n'avait jamais été une femme particulièrement artistique. Elle aimait les sciences exactes comme les Potions et la Métamorphoses et les savoirs clairs et sans ambiguïtés, telles que l'Arithmancie ou les Runes.
Au travers de leurs interactions, Hermione avait été étonnée de l'attitude de Théodore à son égard. Entre ses quatre murs, il traitait Hermione presque comme son égale. Jamais elle n'avait imaginé qu'une telle chose soit possible, surtout de la part d'un membre d'une famille royale.
Théodore semblait toutefois bien loin des préoccupations de ses pairs. Il ne semblait pas partager les convictions du régime, et même s'il ne l'avait jamais dit ouvertement à Hermione, la jeune femme l'avait rapidement compris.
Lorsqu'il venait aux Archives, Théodore y restait plusieurs heures. Le reste de son temps était apparemment passé au Théâtre de Damasus le Décadent, où il travaillait ses compositions.
« Alors, quel est ce sortilège qui vous préoccupe tant ? » demanda Théodore avec curiosité.
« Un sortilège de Traduction. » révéla Hermione en soupirant d'un air las, la frustration visible sur ses traits.
Un sourire faible apparut au coin des lèvres de Théodore.
« On dirait que vous avez de la chance. » dit-il. « J'ai dû l'utiliser à plusieurs reprises, les premiers mois après mon départ pour la France. Je ne parlais pas français à l'époque et c'était la seule manière pour moi de comprendre les cours. Tous les élèves étrangers apprenaient ce sortilège. »
Théodore avait étudié à l'Académie impériale des Tuiles, un conservatoire magique de renommée. Les yeux d'Hermione s'illuminèrent devant cette révélation. Théodore leva sa baguette d'un geste gracieux.
« Linguae revelare. » énonça-t-il clairement en agitant sa baguette dans un schéma précis. « Ça fonctionne dans les deux sens. »
« Qu'est-ce qui est supposé arriver ? » demanda Hermione avec avidité.
« Vous devriez être capable de comprendre la langue étrangère que j'utilise. » expliqua Théodore.
« Très bien, dans ce cas dites quelque chose. »
« Je ne fais que parler français depuis que j'ai lancé le sort. » expliqua Théodore avec amusement. « Le sort traduit directement mes paroles. »
« Oh. » dit simplement, Hermione, se sentant un peu bête.
« Essayez. » proposa-t-il.
Il pointa sa baguette et lança :
« Finite Incantatem. A votre tour, maintenant. » suggéra-t-il.
Il agita sa baguette d'un geste lent pour montrer à Hermione comment le reproduire. Elle l'imita avec attention. Après plusieurs minutes à répéter le geste, Théodore lui indiqua qu'elle avait bien intégré le mouvement.
« Linguae revelare. » énonça Hermione à son tour, reproduisant le geste avec sa baguette.
Elle observa Théodore avec appréhension. Il lança quelques paroles, dans une langue qu'elle ne comprit pas. Probablement du français.
« Ça n'a pas fonctionné. » dit-elle avec dépit, déçue.
Elle posa sa baguette sur la table d'un geste frustré. Elle adorait les Sortilèges et le sujet avait été sa matière préférée à l'école, avant l'invasion du régime. Après l'attaque, ils lui avaient retiré sa baguette magique au profit d'une baguette restreinte, qui ne pouvait effectuer que des sorts basiques, sans grande complexité. Hermione s'était contentée de continuer à apprendre seule, de manière théorique, sans pouvoir pratiquer, se servant des livres achetés sur le marché noir afin de s'instruire.
« Ça ne fonctionnera probablement pas avec ça. Ma baguette est limitée. » expliqua-t-elle avec gêne.
Elle ne parvint pas à dissimuler l'amertume dans sa voix. Théodore sembla le remarquer et une lueur de compréhension anima ses yeux pers lorsqu'il observa la baguette. Puis, sous l'air effaré d'Hermione, Théodore lui tendit sa propre baguette.
« Essayez avec la mienne. » suggéra-t-il.
Hermione observa Théodore et la baguette à tour de rôle, estomaquée. Elle ne bougea pas, n'osant pas la saisir.
« Allez-y. » insista-t-il.
Hermione tendit lentement la main, puis attrapa la baguette de Théodore avec crainte, comme si l'objet la brulerait si elle le touchait trop longtemps. Théodore l'observait avec une lueur encourageante dans les yeux et Hermione saisit la baguette avec davantage de fermeté. Finalement, elle leva sa main et esquissa le mouvement que lui avait enseigné Théodore et répéta la formule.
« Très beau mouvement de la main. Parfait. » commenta Théodore.
« Merci. » répondit Hermione.
« On dirait que ça a fonctionné. » lança Théodore avec satisfaction. « Vous comprenez ce que je dis. »
Le visage d'Hermione s'éclaira.
« Vous avez réussi au premier essai. » dit-il d'un ton impressionné. « Ce n'est pas un sort simple. »
« J'adore les Sortilèges. J'essaie de me cultiver comme je peux sur le sujet. Enfin, en théorie. » rajouta-t-elle avec rancœur, reposant la baguette de Théodore sur la table, près de lui.
Elle fut parcourue par un élan de frustration. Elle détestait le fait d'être limitée dans sa magie. Son statut inférieur plaçait d'innombrables restrictions sur elle. Hermione avait toujours grandi en imaginant de grandes ambitions sur son avenir. Tous ses rêves, ses espoirs et ses désirs lui semblaient désormais être une illusion utopique, retirés violemment par le régime.
Pour le reste de son existence, elle serait condamnée à être une citoyenne de seconde zone, traitée avec méfiance et mépris. Sans le réaliser, Hermione s'était renfrognée et murée dans un silence pensif. Lorsqu'elle sortit de sa léthargie, elle vit que Théodore l'observait d'un air curieux.
Hermione ramassa sa propre baguette et la plaça à l'intérieur de sa cape avant de reporter son livre, sans un mot supplémentaire.
« Si vous le souhaitez, vous pouvez utiliser la mienne pour faire d'autres sortilèges. » proposa-t-il finalement, après quelques minutes d'hésitation.
En temps normal, elle aurait probablement apprécié cette opportunité inespérée. Aujourd'hui toutefois, sa frustration et son amertume avaient pris le dessus.
« Merci, mais je n'ai pas besoin de votre pitié. » dit-elle d'un ton plus froid qu'elle n'aurait souhaité.
Théodore sembla pris au dépourvu par son soudain ton hostile.
« Je ne voulais pas vous blesser. Je pensais simplement… » commença-t-il, confus.
« Que vous pourriez faire la charité à une pauvre Sang-Impur dans le besoin comme moi ? » interrompit la jeune femme d'un ton acerbe. « Vous n'avez pas besoin de faire ça. »
Théodore ne répondit pas, et les secondes suivantes firent place à un silence pesant. Hermione garda le regard résolument fixé vers son ouvrage, ne comprenant pas les mots qu'elle faisait semblant de lire.
Quelques instants plus tard, elle entendit Théodore ranger ses affaires. Elle entendit le raclement de sa chaise tandis qu'il se relevait.
« Je ne veux pas vous déranger plus longtemps. » dit-il d'une voix éteinte.
Alors qu'il se dirigeait vers la sortie, Hermione jeta un regard bref dans sa direction. Avant qu'il ne disparaisse par le trou du portrait, elle ne manqua toutefois pas l'air blessé qu'afficha le visage de Théodore.
J'espère que ce chapitre vous a plu et j'attends vos avis ! J'ai hâte de vous faire découvrir le chapitre 7, dans lequel vous aurez un autre aperçu du haut de la pyramide - avec le reste des Treize sacrés !
On se dit à très vite et prenez soin de vous !
Fearless
