Note de l'Auteure :

Valeur et vertu la compagnie,

J'espère que le régime ne vous a pas trop manqué !

Je suis super contente d'être en décembre. Déjà parce que c'est le mois de mon anniversaire (c'est le 16, comme ça vous le savez !) et aussi parce la fin de l'année est l'occasion, en général, de recharger les batteries. Et après une année comme celle-ci, la plupart d'entre nous en avons bien besoin !

Un immense merci à drou, cocofraise, pcam & Fleur d'Ange pour vos reviews sur le chapitre précédent ! Merci encore à ma bêta Polka60 pour la correction de ce chapitre ! Bonne lecture !


VIII. Vice et Vertu

« Tu es en retard, petit. » affirma Kitty Sharp tandis qu'un rictus mi-amusé, mi-ennuyé apparaissait au coin de ses lèvres.

Le visage d'Ivo afficha une mine embarrassée qui se transforma en stupéfaction lorsqu'il vit l'allure de la jeune fille blonde. Elle portait un manteau sophistiqué, avec des épaules marquées, décorées de plumes noires. Elle paraissait bien loin de l'adolescente modeste qu'il avait croisée à La Trappe.

« Désolé. » s'excusa Ivo.

« Laisse-moi deviner. Ce troll obèse de Cloyd te mène toujours la vie dure ? » demanda-t-elle d'un ton entendu.

Ivo hocha la tête timidement. Lors de son dernier passage au Chemin de Traverse, il avait réussi à subtiliser des objets de valeur, ce qui lui avait accordé quelques jours de répit. Cependant, cela n'avait pas été suffisant pour mettre un terme aux brimades des autres jeunes de La Trappe.

« T'inquiètes, petit. A ton retour aujourd'hui, on te regardera d'un tout autre œil. » assura Kitty d'un ton enjoué, une lueur malicieuse dans ses yeux. « Allez, amène-toi. »

Ivo suivit la jeune fille tandis qu'elle s'engageait d'un pas assuré vers une ruelle étroite, perpendiculaire à l'avenue principale du Chemin de Traverse. Ivo jeta un regard incertain à ses alentours. Ils s'étaient éloignés de la foule.

Kitty s'arrêta et commença à farfouiller dans le petit sac en poils de grison suspendu à son épaule. Elle sifflait joyeusement, sous l'œil plein d'appréhension d'Ivo. Finalement, elle retira un épais vêtement du sac et le tendit à Ivo.

« Mets ça. » ordonna-t-elle.

Ivo déplia le vêtement - une robe de sorcier avec un col en fourrure grise. Il fut émerveillé par la douceur du tissu délicat.

« Allez, petit. On n'a pas toute la journée. » insista Kitty en s'impatientant.

Ivo s'empressa de revêtir la tenue, qui à son plus grand plaisir, lui allait à merveille. Le contact de l'étoffe avec sa peau était particulièrement agréable. Jamais de sa vie il n'avait porté quelque chose d'aussi confortable. Il était habitué aux tissus rêches et peu confortables des vêtements de fortune dénichés dans les sous-sols de la Trappe, ayant appartenu à d'anciens résidents.

« Regarde-toi. On dirait un petit héritier des Treize. » complimenta Kitty, l'observant d'un air appréciateur.

« Où as-tu trouvé ça ? » demanda Ivo, impressionné.

« Ne te préoccupe pas de ça. » dit-elle de son éternel ton pétillant.

Elle l'aida à fermer soigneusement les boutons de la cape, de façon à dissimuler la blouse trouée qu'il portait sous le vêtement.

« Considère ça comme ta première leçon. Il faut de l'argent pour faire de l'argent. » déclara-t-elle avant de se remettre en marche.

« Comment ça ? » demanda avidement Ivo.

« Ce que tu n'apprendras jamais chez ce blaireau de Cloyd, c'est comment réellement faire de l'argent. Pas les quelques bricoles que tu piques à des Sang-Purs inattentifs. » expliqua Kitty avec morgue.

Elle s'arrêta devant une boutique de vêtements appelée Tissard et Brodette, collant son front contre la vitrine pour observer avec intérêt les articles présentés à travers.

« Attends-moi ici. » dit-elle d'un ton joyeux avant d'entrer dans la boutique.

Quelques instants plus tard, Kitty était de retour, arborant un large chapeau en laine, accessoirisé par une bande dorée. Il lui donnait un air encore plus sophistiqué. Elle prit les épaules d'Ivo et se plaça devant le miroir placé dans la vitrine.

« Dis-moi. Est-ce qu'on ressemble à des petits rieneux de La Trappe ? » demanda Kitty.

Ivo observa son propre reflet dans le miroir. Paré de sa cape délicate, il avait un air raffiné. Sans le réaliser, il avait pris une posture plus droite, satisfait de son apparence qui lui donnait une confiance nouvelle. Il secoua la tête.

« Pas vraiment, non. » admit-il.

« Exactement. » renchérit Kitty, avec satisfaction. « C'est ce qu'on appelle un investissement. Dépenser de l'argent pour en gagner plus. »

Elle reprit sa marche, croisant son bras avec celui d'Ivo, les bruits de ses bottines claquant sur les dalles lisses du Chemin de Traverse. Bientôt, ils arrivèrent au niveau d'un poste de cheminées publiques. Ivo observa Kitty avec panique lorsqu'il réalisa qu'elle se dirigeait vers l'une des files réservées aux Sang-Purs.

« Nous n'avons pas le droit de… » commença-t-il à protester.

« Ferme ton clapet, petit. Et suis-moi. » coupa Kitty d'un ton autoritaire.

Avec assurance, elle se plaça devant l'un des portiers et lui tendit quelques noises.

« Pouvoir et pureté. » dit-elle d'un ton confiant, l'observant avec hauteur.

« Que Voldemort vous guide. » dit le portier, en l'invitant à pénétrer dans l'âtre de la cheminée.

« Boulevard Rupestre ! » énonça-t-elle d'une voix claire, jetant la poudre de cheminette à ses pieds, avant de disparaître dans un torrent de flammes vertes.

Ivo jeta un regard peu assuré au portier, craignant que ce dernier ne réalise qu'il n'était pas autorisé à utiliser cette file. Il jeta un regard en biais vers la file des Sang-Impurs, qui s'étalait sur plusieurs mètres. D'un geste hésitant, Ivo attrapa de la poudre de cheminette et entra à son tour dans l'âtre.

Lorsqu'il émergea à sa destination, le jeune garçon épousseta les cendres des épaulettes de sa nouvelle veste, observant ses alentours avec intérêt. Un large square se dressait devant lui. A ses pieds, le sol avait une texture étrange, semblable à de la pierre de roche, taillée finement. Il vit des formes imitant des silhouettes humaines ou des créatures magiques. Il écarquilla les yeux quand il les vit se déplacer, sous ses pieds.

Ivo esquissa un pas et manqua de trébucher lorsque son pied se posa sur la jambe de l'une des figures dessinées. Il sentit une main le retenir, l'empêchant de chuter.

« Fais attention et regarde où tu mets les pieds. » intervint la voix de Kitty, qui venait d'apparaître devant lui. « Si tu n'es pas prudent, tu vas passer ton temps à tomber. »

« Tu n'as pas peur ? » demanda Ivo, médusé.

« Peur de ? » s'étonna Kitty.

« C'est interdit d'utiliser les cheminées des Sang-Purs. S'ils savaient que nous ne sommes pas… »

« Tu sais pourquoi je t'ai demandé de porter ça ? » demanda Kitty en l'interrompant, désignant la robe de sorcier qu'Ivo portait.

Il secoua la tête.

« Parce que les gens lambda se basent sur ton apparence pour deviner ton statut de sang. » expliqua Kitty. « Tes vêtements, ton attitude, la manière dont tu marches, dont tu parles. »

Elle replaça son chapeau correctement sur sa tête, écartant les mèches blondes de son visage.

« Si tu te comportes comme un Sang-Pur et que tu ressembles à un Sang-Pur, on pensera que tu en es un. » assura-t-elle en caressant le bord du chapeau. « Une dépense minimale pour une communication optimale. »

Les paroles de Kitty lui apparurent comme du Gobelin et le jeune garçon ne fut pas certain de comprendre. Pourtant, elle paraissait si confiante en ses dires qu'il n'osa pas émettre le moindre doute.

« Où va-t-on, au juste ? » demanda-t-il tandis qu'ils s'arrêtaient devant une tour imposante aux briques pourpres.

Des larges V étaient tracés sur le vitrail. Une foule de personnes se pressait pour entrer dans le bâtiment. A l'intérieur, Ivo fut surpris par l'architecture du lieu. Des escaliers longeaient les murs, menant aux étages supérieurs, où s'entassaient des balcons. Ils donnaient une vue prenante sur l'estrade principale, située au rez-de-chaussée. Plusieurs dizaines de bancs remplissaient le premier niveau et les étages, et la plupart des sièges étaient déjà occupés.

Kitty conduisit Ivo vers un coin de la pièce, où ils furent forcés de rester debout. En levant les yeux pour observer la foule dans les étages supérieurs, Ivo aperçut un portrait gigantesque sur le mur. Il représentait une famille nombreuse. Au centre, se trouvait un homme qui dominait le portrait par sa posture et sa position. Il était entouré par un halo de lumière et les autres personnages adoptaient tous une position de soumission et d'adoration face à lui. Des mots étaient gravés sous le tableau mais Ivo ne les comprit pas.

« Qui sont ces gens ? » demanda Ivo à voix basse à Kitty, montrant le portrait d'un geste du doigt.

Elle suivit son regard puis se pencha vers lui.

« Ce sont les Carrow. » révéla-t-elle à son oreille. « Ils font partie des Treize sacrés. Cet endroit leur appartient. »

Ivo ouvrit de grands yeux médusés. Immédiatement, il sentit un malaise lui parcourir l'échine. Il observa la centaine de personnes présentes dans la pièce. Ils semblaient tous attendre quelque chose avec appréhension et impatience.

« Qu'est-ce qui est écrit ? » demanda-t-il en montrant les mots sous le tableau.

« Le contentement avant la richesse. C'est la devise de leur famille, je crois bien. » répondit Kitty.

« Qu'est-ce qu'on fait ici ? » demanda-t-il, troublé.

« Tu vas assister à une expérience particulièrement bizarre. » commenta-t-elle à voix basse, s'empêchant de pouffer de rire.

Elle saisit un fascicule posé sur une étagère à quelques mètres et lui tendit. L'homme du tableau était représenté sur la première page.

« Je ne sais pas lire. » révéla Ivo avec embarras.

Kitty lui lança un regard blasé puis saisit le papier.

« Le Clan des Derniers Jours. » lut-elle à voix basse. « Prophète Adamus Carrow. »

Avant qu'Ivo ne puisse poser une autre question à Kitty, la foule dans le bâtiment sembla s'agiter. Dans l'assemblée, tout le monde s'était levé. Ivo tendit le cou, tentant d'observer d'où provenait l'agitation. A l'autre extrémité de la pièce, où une estrade se dressait, un homme apparut, levant les mains contre sa poitrine. Toute l'assemblée l'imita, formant le signe de Voldemort. Kitty donna un coup de coude dans l'épaule de Ivo, lui intimant de faire de même. Ivo s'exécuta alors, croisant ses bras à son tour pour former un V.

L'homme portait une longue cape blanche qui semblait presque briller sous les lustres de la pièce. Ivo reconnut immédiatement l'homme du tableau - le fameux Adamus Carrow.

« Mes frères et sœurs. » dit le Prophète d'une voix puissante, qui commandait l'attention. « J'ai eu une révélation cette nuit. Le Seigneur des Ténèbres s'est présenté à moi au travers d'une vision. »

Il fit une pause, quittant l'estrade pour traverser les rangées remplies de fidèles. A son passage, certains d'entre eux tentèrent de le toucher.

« Voldemort m'a assuré que nos opposants seront réduits en poussière et bientôt, nos rues seront rouges du sang impur de nos ennemis. » annonça-t-il avec émotion, posant une main sur son torse, près de son cœur.

L'assemblée se fondit en exclamations de plaisir. Adamus leva les mains, pour demander le silence.

« Mais cela ne sera pas sans conditions, mes compagnons. » dit-il d'un ton solennel. « Seuls le sang sacré, la servitude et le sacrifice vous conduiront au trône salvateur. »

Il observa ses fidèles, qui semblaient tous pendus à ses lèvres.

« Respectez mes enseignements à la lettre. Débarrassez-vous de votre fierté et de votre cupidité. Donnez-votre âme complètement à la cause. » plaida-t-il.

Une femme se jeta soudainement devant lui, s'agenouillant à ses pieds comme pour les embrasser. Un homme vêtu d'une cape similaire à celle du Prophète se précipita vers la femme et la força à dégager le passage d'Adamus. Ce dernier observa la femme d'un air bienveillant pendant qu'elle était tirée de force.

« Votre présence en ces lieux est cruciale. Vous êtes ici pour préserver votre âme et rejoindre le Royaume de Voldemort. Suivez mes enseignements, et votre âme sera sanctifiée. » assura Adamus.

Il se dirigea de nouveau vers l'estrade, puis leva les yeux vers les étages supérieurs où des sorciers s'entassaient dans les escaliers et dans les balcons.

« Le bouclier de la pureté vous protégera et réduira à néant les tentatives des esprits impurs qui veulent nous corrompre. » poursuivit-il.

Ivo ne parvint pas à décoller son regard de cet homme pendant qu'il parlait. Il dégageait une aura particulière, puissante et charismatique, qui attirait toute l'attention. Il comprenait pourquoi ces gens étaient si fascinés par ses paroles.

« Aujourd'hui, la parole pure portera sur le pouvoir de la famille. Mes amis, vous le savez tous, la famille est notre arme la plus puissante. Nos ennemis en sont conscients et c'est pour cette raison qu'ils tentent de l'attaquer aussi vicieusement. Ils se glissent dans nos honorables familles pour les contaminer de manière abjecte et méprisable dans le but de nous affaiblir. Soyez sur vos gardes, mes amis, car l'ennemi essaiera toujours de vous séduire et vous convaincre de salir votre descendance. »

Il prétendait qu'il était important de multiplier sa descendance. Selon lui, aucune année ne devait passer sans une naissance dans chaque famille de sa congrégation.

« Viens, petit. » dit soudainement Kitty à l'oreille d'Ivo, le forçant à décoller son regard d'Adamus.

Kitty lui désigna la porte d'un mouvement de la tête puis, d'un pas discret, se dirigea vers celle-ci, Ivo sur ses talons. Ils se frayèrent un chemin parmi une masse de fidèles qui n'avaient pas réussi à entrer par manque de place, et qui étaient attroupés devant les portes pour écouter les paroles du Prophète.

« Une minute de plus et tu allais être endoctriné, toi aussi. » commenta Kitty avec un ricanement moqueur, toisant Ivo avec amusement.

« Pourquoi tu m'as emmené ici ? Qui sont ces gens ? » interrogea Ivo avec confusion.

« Une secte. » répondit Kitty avec un soupir.

« Une secte ? » répéta Ivo, sans comprendre. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« C'est une bande d'illuminés qui suivent aveuglément ce déséquilibré car ils pensent qu'il a une ligne directe avec Voldemort dans les catacombes. » expliqua Kitty en pouffant de rire. « Si tu veux mon avis, cette famille de malfaiteurs a mis en place une arnaque à grande échelle. Plutôt impressionnant si on y pense. »

Elle retira son chapeau et joua avec la bande dorée.

« Il prône tout un tas d'absurdités à ces gens et ils le suivent car ils sont persuadés de faire la volonté de Voldemort. » expliqua-t-elle. « Ils font tout ce que ce gourou leur demande parce qu'ils n'ont pas de cervelles pour réfléchir par eux-mêmes. »

Elle leva les yeux au ciel.

« Mais, ça nous arrange, au fond. » dit-elle, une lueur mutine dans les yeux. « Viens. »

Ils se dirigèrent à nouveau vers les marches près du bâtiment.

« Fait le guet. » ordonna Kitty dans sa direction.

Elle attira ensuite l'attention des sorciers attroupés devant les portes.

« Mes frères et sœurs, voulez-vous faire un don pour le Prophète ? » dit-elle en montrant le chapeau d'un air solennel. « Afin d'aider la congrégation à sauver des âmes. »

Immédiatement, sous l'air abasourdi d'Ivo, des mains apparurent de toute part, s'empressant de jeter des pièces de monnaie dans le chapeau.

« Qu'un sang pur vous sanctifie. » dit Kitty en baissant la tête, en guise de reconnaissance. « Votre générosité vous permettra d'aller au Royaume de Voldemort. »

Estomaqué, Ivo observa les pièces qui s'accumulaient dans le chapeau. Il aperçut ensuite un homme masqué qui avait remarqué l'agitation causée par Kitty et tentait de se frayer un chemin parmi la foule pour voir ce qui se passait. Un Mangemort, reconnut Ivo avec panique.

« Kitty ! » glapit Ivo. « Il y a quelqu'un ! »

Sans demander son reste, Kitty fourra le contenu du chapeau dans son sac puis descendit les marches à toute vitesse.

« Grouille-toi, petit ! » dit-elle avant de s'élancer sur le boulevard.

Ivo bondit derrière elle tandis que le Mangemort tentait toujours de repousser les fidèles qui lui bloquaient le passage. Rapidement, ils arrivèrent devant les cheminées publiques et Ivo fit attention à ne pas trébucher sur les figures dessinées au sol. Kitty lança une mornille au portier, avant de tirer Ivo dans sa direction dans l'âtre et d'hurler :

« Chemin de Traverse ! »

Avant qu'ils ne disparaissent dans les flammes vertes, Ivo vit le Mangemort au loin courir dans leur direction, sa baguette brandie. Il était pourtant trop loin pour les arrêter. Lorsqu'ils arrivèrent sur le Chemin de Traverse, Kitty poursuivit sa course de plus belle, bousculant des passants sans s'excuser. Le cœur battant, Ivo la suivait de près, trop terrorisé à l'idée de se retourner. Bientôt, ils empruntèrent la direction d'une ruelle qui les mena au Quartier des Embrumes et Kitty le conduisit dans une alcôve isolée, à l'abri des regards. Elle sortit sa tête de l'alcôve, comme pour vérifier que personne ne les suivait.

« On l'a semé. » annonça-t-elle avec satisfaction, laissant échapper un rire excité.

Ses joues étaient légèrement rosées, probablement du fait de la course poursuite, mais elle paraissait particulièrement joyeuse. Ivo, lui, respirait de manière bruyante, tentant de reprendre son souffle. Il n'avait jamais couru aussi vite de sa vie.

« Tu parles d'une matinée rentable ! » dit-elle avec engouement, en observant les pièces dans son sac. « Du bon boulot, petit. »

Elle prit une poignée de pièces pour les tendre à Ivo. Ce dernier ouvrit de grands yeux effarés en voyant le nombre de pièces dorées. Des vrais gallions.

« Ta part du butin, associé. Je te conseille de cacher ça quelque part et de le donner progressivement à cette enflure de Cloyd. Tu seras probablement tranquille deux bonnes semaines avec tout ça. » le prévint-elle.

Ivo fourra les pièces dans la poche intérieure de sa nouvelle cape. Il se sentait étrangement jovial avec sa belle robe de sorcier et ses poches remplies de pièces dorées.

« C'était…Impressionnant ! » s'écria-t-il, sa panique oubliée.

Jamais il n'avait pu imaginer faire quelque chose d'aussi impudent. Il comprenait désormais pourquoi Kitty était un aussi bon élément à la Trappe. Elle était créative et n'avait peur de rien.

« Oh, ça ? Ce n'est rien. J'ai d'autres techniques encore meilleures. » assura-t-elle, avec un air de fausse modestie.

« Tu fais souvent ça ? » interrogea Ivo avec admiration.

« De temps en temps. Mais j'attends quelques semaines avant d'y retourner. Sinon ils sont sur leur garde. Cette technique est risquée mais elle paye plutôt bien. »

« Tu ne t'es jamais fait attraper ? » s'étonna-t-il.

« Oh bien sûr que si. » dit-elle avec un rire.

« Et que s'est-il passé ? » demanda Ivo, choqué.

Il avait entendu parler des punitions qu'on appliquait sur les sorciers de rang inférieur lorsqu'on les prenait en flagrant délit de méfait ou de délinquance. Le prix était généralement cher payé par rapport au crime.

« J'ai utilisé mes autres atouts pour m'éviter des problèmes. » déclara Kitty d'une voix mystérieuse. « Mais tu es encore trop jeune pour entendre ce genre de choses. »

Elle replaça son chapeau sur ses cheveux et redressa le col de son manteau.

« On se voit bientôt pour ta prochaine leçon, petit. » annonça-elle avec un clin d'œil avant de s'éloigner. « Reste en vie, d'ici là. »

/

Théodore Nott descendit les marches principales du Manoir familial, faisant irruption dans le hall d'entrée. Il s'était levé particulièrement tard ce matin-là, après avoir passé une grande partie de la nuit au Théâtre de Damasus le Décadent, occupé par sa composition actuelle. Son premier concert approchait à grands pas et il ne se sentait pas encore prêt. Théodore était perfectionniste lorsqu'il s'agissait de son art et refusait catégoriquement de présenter au public une œuvre dont il n'était pas entièrement satisfait.

Il retrouva ses parents dans le salon principal. Quelques instants plus tôt, Zéphyr, son elfe de maison, l'avait prévenu qu'il était attendu par sa mère. A son arrivée, Théodore remarqua qu'ils étaient en compagnie d'une femme qu'il ne reconnut pas. Une trentaine d'années, de longs cheveux noirs rangés dans un chignon tenant à l'aide d'une broche brillante. Elle portait une longue robe pourpre couvrant ses pieds, et un talisman curieux ornait sa nuque.

« Oh Théodore, te voilà enfin. » lança Gislena, sa mère, avec ravissement.

Elle tenta de se relever pour l'accueillir mais le geste sembla difficile. Théodus, son père, posa une main sur le bras de son épouse, comme pour l'inciter à ne pas faire de geste brusque. Gislena céda et reprit sa place sur le divan.

Théodore s'approcha de ses parents mais n'esquissa pas de geste pour s'asseoir, dévisageant la femme inconnue avec appréhension. Il ignorait pourquoi mais sa présence ne lui inspirait pas confiance.

« Je te présente Tamsin. Nous l'avons rencontrée il y a quelques semaines, peu avant ton retour et elle a très gentiment accepté de nous aider. » annonça sa mère.

« Nous aider ? » répéta Théodore sans comprendre, observant à tour de rôle sa mère et la dénommée Tamsin.

« Tamsin est une doula. » expliqua sa mère d'un ton enjoué.

Théodore la connaissait pourtant trop bien pour ne pas entrevoir l'enthousiasme forcé dans ses paroles. C'était comme si sa mère était porteuse d'une mauvaise nouvelle. C'était le même ton qu'elle avait pris, l'année précédente, en lui annonçant les ravages de sa maladie et le diagnostic terminal donné par les Médicomages. Immédiatement, Théodore se tendit.

« Une doula ? » répéta-t-il finalement d'une voix mesurée, un sourcil arqué.

Jamais il n'avait entendu ce terme.

La dénommée Tamsin s'était levée, tendant une main vers Théodore, comme pour se présenter. Ce dernier la serra avec méfiance. La femme jeta un regard incertain à sa mère, comme pour lui demander l'autorisation de s'exprimer et Gislena acquiesça. Théodore observa cet échange avec effarement.

« Généralement, les doulas réalisent un accompagnement moral et pratique aux femmes enceintes, durant l'accouchement et la période qui suit. C'est un peu la version non médicale d'une sage-femme. » expliqua-t-elle d'une voix douce. « Je suis un peu différente. Je suis une doula de fin de vie. J'accompagne les familles comme la vôtre, mentalement et administrativement, à mettre en place un environnement de confiance pour faciliter les derniers instants d'un proche. »

Théodore resta silencieux, s'efforçant d'intégrer les paroles de la femme. Il pouvait sentir son cœur chuter brutalement dans sa poitrine. La fin imminente de sa mère était un concept qui le hantait depuis des mois mais il lui avait toujours semblé abstrait. Pourtant, avant ce jour, jamais ce concept n'avait paru aussi fatidique. Le fait que ses parents organisent la mort de Gislena de manière si détachée était choquant.

Une réalisation le frappa en plein visage. Sa mère allait mourir et tout le monde semblait s'y être préparé.

Tous sauf lui.

Sans un mot supplémentaire, Théodore tourna les talons et quitta la pièce, ignorant les appels de sa mère. Il ne voulait pas écouter les paroles de cette doula. Il ne voulait pas se préparer à abandonner sa mère.

Ses pas l'avaient mené dans la salle de musique du Manoir - le seul endroit de la demeure où il se sentait bien, entouré de ses instruments. Il se laissa choir sur la banquette du piano à queue, la tête baissée, observant les touches noires et blanches sans vraiment les voir.

Il laissa alors ses longs doigts défiler sur le clavier en ébène, posant ses pieds sur les pédales, le son des harmonies parfaites lui parvenant aux oreilles. Il laissa ses émotions s'exprimer à travers l'instrument - un mélange de peine, de défaitisme et de colère. Il ressentait un profond sentiment d'injustice. Pourquoi sa mère devait-elle le quitter ainsi ? Elle ne méritait pas cette fin, remplie de souffrance. Pas lorsque des monstres sans pitié remplissaient les rues de ce régime.

Trop concentré par sa mélodie, il n'avait pas remarqué qu'une personne était entrée dans la pièce. Il sentit une main frêle dans ses cheveux. Il reconnut immédiatement le toucher délicat et rassurant de Gislena. Les doigts de Théodore s'arrêtèrent brusquement sur le piano.

« Ta musique a toujours été le seul moyen de te calmer. Depuis que tu es enfant. » dit-elle avec un sourire, posant un baiser sur ses cheveux noirs.

Il se décala sur la banquette, laissant sa mère s'installer à ses côtés. Elle appuya à son tour sur des touches au hasard, provoquant un son peu harmonieux qui fit rire Théodore.

« C'est certain, tu ne tiens pas ce talent de moi. » dit Gislena avec un sourire.

« Non, mais je tiens de toi d'autres qualités. » rappela Théodore à voix basse.

Elle hocha la tête, prenant sa main dans les siennes. Les mains de Gislena étaient froides et leur emprise, faible.

« Toutes mes meilleures qualités et plus encore. Tu es sensible, généreux et tu as tellement de potentiel. Tu as encore tellement de choses à réaliser. » dit-elle avec fierté.

« Tu ne seras pas là pour le voir. » dit Théodore dans un souffle, à peine audible.

« Je serai toujours avec toi d'une manière ou d'une autre. Dans tes souvenirs et à travers l'éducation que je t'ai donnée. » affirma Gislena.

« Je ne suis pas prêt, Mère. » admit Théodore avec sincérité.

« Et je ne suis pas prête à te laisser. C'est pour ça que cette femme est ici. Pour nous préparer de la meilleure manière possible. Même si ça ne sera jamais facile, j'en suis consciente. »

Elle soupira.

« Tu sais, j'ai toujours cru qu'il fallait t'éloigner de tout le mal de ce monde. Protéger ton innocence. C'est pour ça que je t'ai envoyé à l'étranger. Je voulais que tu grandisses ailleurs et que tu deviennes autre chose que tes semblables. Et je suis si fière de l'homme que tu es devenu, Théodore. Je n'aurais jamais pu rêver mieux. » assura-t-elle.

Un sourire désabusé se glissa au coin de ses lèvres.

« Mais une partie de moi se demande parfois si je ne t'ai pas trop surprotégé. Je pensais qu'il était mieux de te parler des choses positives et de ne pas mentionner l'impact négatif de certaines choses de la vie. Maintenant que j'arrive à la fin, les premiers regrets arrivent également. » avoua-t-elle.

Elle serra légèrement les mains de Théodore.

« Je veux vivre et j'aimerais qu'il y ait encore un espoir. Mais la vérité est toute autre. Je vais mourir, Théodore, et ça me terrifie. Et c'est exactement pour ça que j'ai besoin d'aide. »

Lorsqu'il avait entendu la nouvelle, Théodore s'était renfermé sur lui-même, comme il le faisait toujours. Il avait craint d'être seul. Il s'était retrouvé hanté par la perspective de sa vie après la disparition de sa mère. Du vide qu'elle laisserait derrière elle. Il réalisa que sa mère était toujours à ses côtés et qu'il devait faire tout son possible pour l'accompagner et la soutenir du mieux qu'il pouvait, malgré la douleur et la crainte.

« Je suis désolé, d'être parti ainsi. » s'excusa-t-il.

« Ne t'excuse pas Théo. » dit Gislena. « Je me rends bien compte qu'il ne s'agit pas d'une demande facile. Mais avoir ton soutien et celui de ton père serait tout pour moi. »

Il hocha la tête.

« Allons-y. » déclara-t-il d'une voix plus ferme avant de se relever, tendant la main pour aider Gislena.

Lorsqu'ils furent de retour dans le salon principal, Théodus se releva, les observant avec appréhension. Il se demandait probablement si la rencontre devait être écourtée plus tôt que prévu. Théodore hocha la tête dans sa direction, comme pour lui assurer que tout allait bien. Ils prirent place au côté de son père, faisant face à la doula.

« Nous pouvons poursuivre. » dit Gislena à l'attention de la femme.

« Très bien. » dit Tamsin. « La mort est une étape de la vie à part entière. C'est même grâce à elle que notre vie a de la signification. C'est une étape qu'on ne doit pas laisser de côté. Vous pouvez me considérer comme un guide de la transition. Je serai là pour échanger avec vous sur vos craintes et vos angoisses face à cette situation. Mon support sera à la fois logistique, psychologique et émotionnel. Gislena, je vous aiderai à planifier vos dernières volontés et je serai également présente pour prévoir l'après avec votre famille. »

Lorsque Théodore quitta le Manoir, quelques heures plus tard, il fut envahi par des sentiments contradictoires. Entendre sa mère émettre ses vœux pour son enterrement et l'arrangement de ses dernières affaires, avait réveillé une angoisse profonde chez lui.

Malgré cela, en parler de manière si transparente avec ses parents lui avait procuré un soulagement inattendu. Discuter avec la doula avait été également décisif pour lui. Elle lui montrait à quel point la vie était courte et que tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain. Sa vie valait la peine d'être vécue.

Dans l'après-midi, Théodore prit la direction des Archives des Macmillan. Il n'avait pas osé y retourner, malgré des besoins pressants pour finir sa composition. Il n'avait pas cessé de ressasser son dernier échange avec Hermione, tentant de comprendre à quel moment il avait pu la vexer autant pour la faire réagir de cette manière.

Il avait particulièrement apprécié les après-midis passés en compagnie de la jeune femme. Il était impressionné par son esprit analytique, et l'étendue de son savoir. Les élites du régime se plaisaient à faire passer les sorciers de rang inférieur comme des personnes étriquées et dénuées d'intelligence. Théodore avait cependant assez voyagé pour ne pas partager ces opinions extrêmes. Il avait été confronté à d'autres cultures, us et coutumes qui lui avaient fait réaliser toute la diversité de la communauté magique.

Hermione, toutefois, paraissait bien différente des Sang-Mêlés du régime. Quelque chose en elle fascinait Théodore et le poussait à vouloir en apprendre davantage. Il était facile pour Théodore d'oublier leurs différences lorsqu'ils étaient tous les deux dans cette pièce étroite à l'éclairage tamisé, loin des préoccupations du monde extérieur. Leur dernière conversation lui avait toutefois rappelé le fossé entre leurs statuts respectifs.

Théodore avait été ravi de trouver quelqu'un avec qui échanger de cette manière. Il avait peu d'amis au Royaume-Uni. La plupart des personnes qui cherchaient son amitié étaient des personnes intéressées, qui ne voyaient en lui qu'un ascenseur social du fait de son appartenance à une famille des Treize sacrés.

Théodore n'était pas certain de la manière dont il aborderait Hermione lorsqu'il la reverrait. Les récents évènements avec sa mère l'avaient pourtant persuadé d'ignorer ses doutes et vivre sa vie comme il l'entendait. Et si cela impliquait de se lier d'amitié avec une femme que le régime considérait comme une sous-personne - il le ferait.

A son arrivée aux Archives, Théodore demanda au Mangemort qui l'accompagnait de rester à l'entrée. Il détestait être escorté par ces gens mais il n'avait pas le choix.

« Bonjour M. Nott. » lança une jeune femme à son entrée, un grand sourire sur ses lèvres.

Il l'avait vue à plusieurs reprises lors de ses venues aux Archives. A chaque fois, elle avait tenté d'attirer son attention par des moyens peu crédibles et même s'il tentait toujours de l'éconduire de manière polie et délicate, il n'avait pas cette patience aujourd'hui.

« Bonjour. » répondit-il d'un ton empressé.

Elle sembla vouloir poursuivre la conversation mais Théodore s'engagea dans l'allée principale des Archives, ignorant ses paroles. Une partie de lui se sentit coupable de l'ignorer avec si peu de tact. Il monta l'escalier en colimaçon métallique, avant de frapper énergiquement contre la porte du bureau d'Aelius Macmillan. Il entendit la voix du vieil homme s'élever à travers la porte, l'invitant à entrer. Théodore pénétra dans la pièce.

« Ah, Théodore. » le salua Aelius avec enthousiasme. « J'étais justement en train de dire à Miss Granger que votre absence se faisait remarquer. »

Immédiatement, Théodore tourna la tête et croisa le regard d'Hermione, qui détourna les yeux, reportant son attention sur les ouvrages qu'elle consultait.

« J'ai eu quelques… imprévus au Théâtre. » dit Théodore, avant de détourner ses yeux à son tour pour reporter son attention sur Aelius.

Il ne s'agissait pas d'un mensonge éhonté de sa part. Après tout, il avait eu beaucoup de travail avec les répétitions. Ou plutôt - il avait fait en sorte d'en avoir pour y passer tout son temps libre. Cela avait été un excellent prétexte pour ne pas se rendre aux Archives, où il avait pourtant besoin de travailler.

« Ce fameux concert qui s'approche, n'est-ce pas ? J'ai hâte d'y assister. J'ai bien reçu l'invitation. » lança Aelius avec satisfaction, avant de s'enfoncer plus confortablement dans son large fauteuil. « Vous avez besoin de l'accès à mes Archives Privées, j'imagine ? »

Théodore acquiesça.

« Dans ce cas, Mrs Granger… » commença Aelius.

« Je ne voudrais pas interrompre Miss Granger si elle est en train de vous assister. » dit Théodore, jetant un regard furtif vers Hermione qui sembla se tendre.

« Allons, allons. Ne racontez pas de bêtises, mon garçon. Miss Granger est là pour ça. Et puis elle est votre assistante attitrée, désormais. » dit Aelius. « N'est-ce pas, Miss Granger ? »

La jeune femme ne répondit pas mais hocha la tête, s'appliquant à ne pas regarder dans la direction de Théodore. Ce dernier sentit une vague de découragement le parcourir. Après sa semaine d'absence, il avait trouvé le courage de venir la voir mais son attitude distante lui prouvait que son enthousiasme n'était pas réciproque.

Par sa faute, Hermione se retrouvait en porte à faux face à son employeur. Elle serait forcée à l'assister même s'il était évident qu'elle ne voulait pas se retrouver en sa compagnie. L'enthousiasme que Théodore avait ressenti en entrant dans les Archives s'évanouit complètement.

Hermione se dirigea vers la porte, dépassant Théodore sans le regarder, et commença à descendre les marches. Théodore lui emboîta le pas, restant à une distance convenable. Lorsqu'ils passèrent par le trou du portrait, entrant dans les Archives privées d'Aelius, Hermione se tourna vers lui.

« Est-ce que vous cherchez quelque chose de particulier, aujourd'hui ? » demanda-t-elle sans le regarder directement dans les yeux.

« Je peux me débrouiller. » assura-t-il. « Je comprends que vous ne vouliez pas m'aider. Je suis désolé, j'aurais dû insister auprès d'Aelius pour que quelqu'un d'autre le fasse. »

Cette fois, Hermione parut tomber des nues. Elle croisa son regard et il y lut un effarement total.

« Pourquoi faites-vous ça ? » demanda-t-elle d'une voix qui sonna incertaine.

Théodore l'observa, déconcerté.

« Que voulez-vous dire ? » demanda-t-il, confus.

« Pourquoi vous excusez-vous ? » demanda-t-elle, sa voix soudainement plus aiguë. « Pourquoi êtes-vous si agréable avec moi ? »

« Mon intention n'était pas de vous vexer. » balbutia-t-il.

« Me vexer ? » répéta-t-elle, les yeux écarquillés, visiblement sidérée par ses paroles.

Hermione eut alors une réaction qui laissa Théodore complètement dépaysé. Elle éclata de rire. Il ne s'agissait toutefois pas d'un rire causé par l'hilarité. C'était un mélange entre l'hystérie et la nervosité. Elle s'arrêta soudainement, ses grands yeux bruns brillant sous la lampe accrochée au-dessus d'eux. Théodore y reconnut une lueur d'embarras.

« Vous ne m'avez absolument pas vexée. Ma réaction était totalement disproportionnée. » admit-elle. « Ce n'est pas de votre faute. Si quelqu'un doit s'excuser, c'est bien moi. »

Cette révélation emplit Théodore de soulagement.

« Vous n'êtes pas comme les autres. » dit-elle.

Elle avait parlé d'une voix factuelle. Il ne s'agissait pas d'un compliment ni d'une critique - simplement un état de fait.

« J'imagine que nous devons tous les deux travailler sur nos préjugés respectifs. » fit-il remarquer.

Hermione écarquilla les yeux à ces paroles.

« Vous avez raison. Je ne suis pas mieux. » dit-elle finalement, gênée.

« Disons que nos excuses sont mutuellement acceptées ? » suggéra-t-il. « Qu'en pensez-vous ? »

Les lèvres de la jeune femme s'étirèrent en un sourire qui éclaira son visage.

« Très bien. » concéda-t-elle. « Mais vous n'avez toujours pas répondu à ma question. »

Théodore leva un sourcil confus.

« Quel ouvrage cherchez-vous ? » demanda-t-elle, avec enthousiasme.

Théodore eut du mal à se concentrer pendant les heures suivantes. Il éprouvait une excitation peu commune à l'idée de se retrouver à nouveau dans cette pièce en compagnie d'Hermione. A chaque fois, il avait l'impression de fuir ses idées sombres le temps d'un après-midi. Il se plaisait à échanger avec elle sur leurs intérêts respectifs et voir la lueur animée dans les yeux d'Hermione lorsqu'elle apprenait quelque chose de nouveau.

Théodore était un homme solitaire - et les rares femmes qu'il avait fréquentées n'avaient pas porté de l'intérêt pour ce qu'il était vraiment. Elles étaient attirées par son statut dans la société. Un compositeur de renommée. L'héritier d'une dynastie sacrée.

Il avait toujours regretté être né dans ce milieu dans lequel il se sentait étranger. Il aurait préféré naître dans une famille ordinaire. Alors, peut-être qu'on l'apprécierait pour ce qu'il était vraiment - pas pour ce qu'il représentait.

Hermione, elle, n'en avait visiblement que faire. Mieux encore, il ressentait même un certain mépris de la part de la jeune femme à l'égard de son statut. Une première pour Théodore.

« Tenez, regardez-ça. » lança soudainement Hermione avec engouement, avant de prendre place sur la chaise aux côtés de Théodore.

Elle posa un épais grimoire face à lui.

« Ils disent ici que les diricos sont capables d'émettre des signaux sonores particulièrement développés. » lut-elle.

Ils avaient eu un débat - encore une fois - sur la capacité de certaines créatures à faire preuve de musicalité. Hermione n'avait pas semblé convaincue.

« Vous aviez raison. » dit-elle avec une moue insatisfaite.

Théodore esquissa un sourire. Il avait rapidement saisi qu'Hermione avait ce besoin vital d'avoir raison et le contraire semblait la piquer dans sa fierté personnelle.

« Mais il semblerait que dans leur cas, ce soit une façon de communiquer. » ajouta-t-elle.

« Alors vous aviez aussi raison. » dit-il.

Elle soupira.

« C'est fascinant. » avoua-t-elle. « Je me demande si certaines créatures expriment de la musicalité pour d'autres raisons que la communication - comme les humains. »

« Vous savez, j'utilise aussi la musique comme langage. Je n'ai jamais été très doué pour mettre des mots sur mes ressentis. Avec la musique, cependant, ça me vient naturellement. » révéla Théodore.

« Et de quoi vous parlez, à travers votre musique ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« La peine, la perte, l'apathie, la détresse. » dit-il à voix basse sans vraiment réfléchir.

La jeune femme parut déboussolée par sa réponse brutalement honnête.

« Ça n'a pas l'air très… heureux. » dit Hermione à voix basse.

Théodore haussa les épaules.

« Un artiste sait puiser dans toutes ses expériences pour trouver l'inspiration. Aussi positives et négatives soient-elles. » dit-il d'un ton calme.

Un silence s'installa, seulement interrompu par le dirico représenté sur les pages du grimoire. Il sautait vers les extrémités de la page en parchemin vieilli, lâchant de temps à autre un son aigu. Théodore jeta un regard vers l'horloge qui sonna une nouvelle heure.

« Je devrais rentrer. » dit-il à contrecœur. « Et je ne voudrais pas vous faire faire des heures supplémentaires. »

Hermione sembla déçue - et il en fut agréablement surpris. Il ne pouvait pas mentir - il aurait voulu rester plus longtemps avec elle. Il savait toutefois que sa mère portait une importance certaine à passer le dîner en famille.

« J'ai quelque chose pour vous. » dit-il en cherchant dans sa sacoche.

Théodore en extirpa une carte qu'il lui tendit. Elle sembla surprise et attrapa le papier avec hésitation, avant de la parcourir des yeux.

« C'est un billet d'invitation. A mon premier concert au Royaume-Uni. » annonça-t-il. « Ça me ferait plaisir de vous y voir. Après tout, vous m'avez été d'une grande aide. C'est la moindre des choses pour vous remercier. »

Hermione avait ouvert la bouche, estomaquée.

« Je… Je suis vraiment touchée par ce geste. » dit-elle en l'observant avec une soudaine gêne. « Mais je ne peux pas l'accepter. »

Elle sembla remarquer la déception qui s'était dessinée sur le visage de Théodore, car elle s'empressa d'ajouter :

« Je comprends bien que vous n'êtes pas comme les autres. Et je comprends aussi que vous n'êtes plus habitué à vivre dans ce pays. Mais les gens comme moi ne sont pas les bienvenus dans votre… monde. »

Théodore s'apprêtait à protester, mais Hermione poursuivit :

« Vous devez me comprendre…Entre ces quatre murs, nous pouvons agir comme s'il n'y avait pas cet écart entre nous mais dehors, c'est dangereux. » dit-elle avec une grimace.

Théodore garda le silence.

« Je comprends. » dit-il finalement. « Vous avez raison. »

Il sembla réfléchir pendant de longues secondes.

« Mais vous pouvez quand même venir à une répétition, n'est-ce pas ? En comité restreint. » dit-il.

Hermione semblait vouloir refuser mais l'air plein d'espoir de Théodore sembla la convaincre. Elle hocha la tête avec un sourire contrit.

« Très bien. Pour la répétition. » concéda-t-elle.

Une excitation soudaine secoua l'estomac de Théodore - un sentiment qu'il n'avait pas éprouvé depuis très longtemps.

« J'enverrai une diligence pour venir vous chercher vendredi après-midi. » promit-il.

« Je ne suis pas certaine que M. Macmillan accepte que je rate des heures de travail. » prévint-elle.

« Ne vous en faites pas pour lui. Je trouverai un moyen de le convaincre. » assura Théodore.

Hermione sembla surprise de le voir aussi entreprenant. Pour dire la vérité, il l'était aussi.

Lorsqu'ils quittèrent les Archives privées, Hermione lui adressa un sourire si radieux qu'il sentit un martèlement inexplicable dans sa poitrine. Lorsqu'elle disparut dans l'un des rayons, Théodore leva les yeux. Sur le haut de l'escalier en colimaçon, il aperçut Aelius Macmillan qui l'observait fixement, les mains posées sur la rampe. Ce dernier tourna ensuite les talons et retourna dans son bureau, sous le regard incertain de Théodore.

/

« Ginny ! Tu n'es pas sérieuse ! » s'exclama Hermione d'une voix sidérée, levant les yeux au ciel.

Les deux jeunes femmes s'étaient arrêtées devant la vitrine d'une boutique étroite située sur l'allée principale du Quartier des Embrumes. La boutique portait le nom de La Thérapie de L'Âme. Une description avait été ajoutée sur la vitre :

Sybille Trelawney

Oracle et Spécialiste en arts divinatoires et cartomancie

Votre avenir est à portée de baguette !

(Célébrante de mariages et d'unions sacrées les jeudis)

« Pour l'amour de Mer…Voldemort, Ginny. » gémit Hermione, dépassée.

Ginny prit un air innocent qui ne trompait personne et plaça son bras autour de celui d'Hermione, avant de battre des cils dans sa direction comme une petite fille.

« Allez, Hermione, s'il-te-plaît ! Tu as dit oui ! » rappela Ginny sur le ton de la supplication.

« Je pensais qu'on allait prendre un verre au Chaudron Baveur. Pas qu'on allait dans cet … endroit. » ajouta Hermione en observant la boutique avec dédain.

« On ira au Chaudron Baveur dès qu'on aura terminé. » promit Ginny en hochant frénétiquement de la tête.

« Hors de question que j'entre là-dedans. » refusa Hermione avec entêtement.

« Je t'offre ta consultation. » assura Ginny. « Allez, Hermione, tu as accepté de me laisser organiser la soirée ! »

Hermione leva les yeux au ciel. Dire non à Ginny était mission impossible. Elle avait ce talent inné pour vous persuader de faire quelque chose que vous ne vouliez pas.

« Cinq minutes. » concéda finalement Hermione avec ennui.

Un sourire radieux éclaira le visage de Ginny et elle l'entraîna dans la boutique. Immédiatement, une odeur puissante s'empara des narines d'Hermione. Il s'agissait probablement d'un encens particulièrement fort.

La pièce provoqua à Hermione une impression étouffante. Les meubles étaient nombreux et rapprochés, couverts par des nappes et des draperies aux motifs particulièrement hideux. Des étagères poussiéreuses remplissaient l'intérieur, remplies de boules de cristal, de pendules, de statues aux formes saugrenues et d'autres instruments dont Hermione ignorait la fonction. L'éclairage était presque inexistant.

« Il y a quelqu'un ? » demanda Ginny d'une voix claire, tendant le cou vers l'ouverture d'un épais rideau derrière le comptoir.

« Je sens un esprit fermé. Qui refuse de croire. » annonça une voix dramatique, les faisant sursauter brusquement.

Ginny posa une main sur sa poitrine, avant de lâcher un petit rire.

« Elle m'a vraiment fichu la frousse. » murmura-t-elle à l'attention d'Hermione.

Le rideau s'ouvrit brusquement, laissant apparaitre une femme maigre, aux yeux agrandis par les verres de ses lunettes. Ses cheveux blonds broussailleux étaient couverts par un châle épais et ses poignets ainsi que ses doigts étaient accessoirisés de bracelets clinquants qui provoquaient un clapotement à chacun de ses mouvements.

Elle s'approcha du comptoir qui la séparait des deux jeunes femmes.

« Vous. » dit-elle en tendant un long doigt squelettique en direction d'Hermione.

Hermione l'observa avec scepticisme.

« Je sens de la résistance. Vous ne voulez pas être ici. » annonça-t-elle.

« Quel sens de l'observation. » commenta Hermione à haute voix, avec ironie. « Vous avez eu cette information dans une vision ? »

Elle s'attira un regard blasé de la part de Ginny et un regard outré de la part de la femme.

« Mon amie est un peu sceptique, mais j'y crois. » assura Ginny avec diplomatie.

La voyante sembla se détendre, et perdit son air outré. Elle replaça son châle sur son autre épaule avant de se diriger vers des bougies sur le comptoir. Elle les alluma d'un mouvement de sa baguette.

« Est-ce qu'on peut avoir une consultation ? » demanda Ginny. « Je ne sais pas exactement comment ça fonctionne. »

« Treize gallions pour une lecture de boule de cristal. Neuf pour le tirage des cartes. Cinq gallions pour une lecture brève au toucher. Si vous achetez un accessoire de la boutique, vous pourrez également obtenir quinze pour cent de réduction sur mon best-seller. » annonça la voyante.

Elle désigna une rangée de livres sur l'une des tables. Mes Yeux et Comment voir au-delà d'eux, par Sybille Trelawney, disait l'ouvrage. Hermione et Ginny échangèrent un regard.

« Ce n'est pas donné. » commenta Ginny.

« Mes tarifs sont à la hauteur de mes prestations. » dit Sybille avec outrage. « Sachez- que je suis la seule descendante d'une longue lignée de voyantes célèbres. Mon arrière-arrière-grand-mère était l'illustre Cassandra Trelawney. »

« Et nous sommes supposées la connaître ? » interrogea Hermione d'une voix sarcastique.

A ses côtés, Ginny semblait lutter pour ne pas rire.

« Je ne vais pas me faire insulter dans ma propre maison. Sortez d'ici ! » tempêta la voyante, insultée.

« Non, non, non. » plaida Ginny. « Je suis navrée. Mon amie a eu une mauvaise journée. Elle ne voulait pas vous vexer. S'il vous plaît, nous allons prendre une consultation. »

Trelawney hocha la tête et leur fit signe d'approcher. Elle s'installa sur une table et invita Hermione et Ginny à s'installer. Elle alluma à nouveau des bougies, et une tige d'encens dont l'odeur était entêtante. Hermione fronça le nez.

« Je prends le paiement en début de consultation. » prévint la voyante.

« Oui, bien sûr. Dix gallions pour toutes les deux. » dit Ginny en sortant son porte-monnaie.

Elle posa les pièces dorées sur la table sous l'œil désapprobateur d'Hermione.

La voyante ramassa les pièces et les enfourna dans une petite bourse accrochée à sa nuque.

« Vous voulez commencer, je présume ? » demanda-t-elle à Ginny.

Cette dernière hocha la tête avec empressement.

« Donnez-moi vos mains. » ordonna Trelawney.

« Pas la peine de me dire que les hommes ne sont pas dignes de confiance, je le sais déjà. » dit Ginny avec humour avant de s'exécuter.

Trelawney posa une poudre non identifiée sur les mains de Ginny - ressemblant à du talc. Soudainement, lorsqu'elle prit les mains de Ginny dans les siennes, la femme se mit à trembler, comme si elle était saisie d'une violente crise de spasmes. Ginny lui lança un regard sceptique.

« Vous ne parviendrez pas à garder les deux. » annonça-t-elle finalement d'une voix grave et profonde, comme si c'était quelqu'un d'autre qui avait prononcé ces paroles.

Trelawney retira ensuite sa main, visiblement satisfaite de sa prestation.

« C'est tout ? » s'indigna Ginny. « Les deux quoi, exactement ? »

« Je l'ignore. Mon don n'est pas sur commande. Je ne choisis pas ce que l'univers accepte de me communiquer. » répliqua Trelawney. « Je ne suis qu'un conduit intermédiaire. »

« C'est ridicule. Une vraie arnaque. » commenta Hermione avec irritation.

Elle n'arrivait pas à croire qu'elle se trouvait dans cette boutique miteuse, à écouter les prédictions sordides d'une illuminée de première classe. Trelawney se tourna vers Hermione.

« A votre tour. »

« Hors de question. Récupère ton argent, Ginny. Je ne vais pas payer pour une prédiction de chocogrenouilles. »

« N'insulte pas les chocogrenouilles, Hermione. » commenta Ginny avec un rire.

Elle avait au moins l'air de prendre la situation avec humour.

Trelawney secoua la tête puis désigna un écriteau posé sur la porte.

La maison ne fait pas de remboursement, pouvait-on lire dessus.

« Allez Hermione, fais-le. Sinon j'aurais payé pour rien. » insista Ginny.

Hermione leva les yeux au plafond mais consentit à tendre ses mains en direction de la voyante. Cette dernière recommença sa comédie. Elle trembla de tout son corps, comme si elle était possédée par des présences extérieures.

« Je vois une union forte. Un lien éternel et incassable. » dit Trelawney, les yeux clos. « Vous serez unis pour toujours. Même la mort essaiera de vous séparer, mais elle n'y parviendra pas. »

Elle ouvrit de nouveau les yeux, croisant le regard contrarié d'Hermione qui l'observait toujours avec exaspération.

« Vous devriez avoir honte. » commenta Hermione avec dégoût, retirant ses mains d'un geste brusque. « Honte d'arnaquer des gens crédules et désespérés avec des inepties de ce genre. »

Hermione se leva d'un bond et quitta la boutique d'un pas contrarié. Cette Trelawney devait être reportée aux autorités au plus vite. Sa boutique était localisée dans le Quartier des Embrumes, ce qui signifiait que sa clientèle était en majorité des sorciers de rang inférieur. Les Sang-Purs mettaient rarement les pieds dans ce quartier mal famé, connu pour abriter des sorciers de Sang-Impurs, pauvres et peu éduqués. Elle arnaquait des communautés déjà fragilisées par le régime, utilisant leur désir de s'en sortir pour s'enrichir. Elle capitalisait sur leur désespoir pour gagner de l'argent.

Ginny avait quitté la boutique rapidement derrière Hermione.

« Pas la peine de me le dire, je sais. » dit-elle à l'attention d'Hermione.

« Dire quoi ? » s'étonna Hermione.

« Que c'était une très mauvaise idée. Je viens de perdre dix gallions bêtement. » se plaignit Ginny avec une grimace.

« Où as-tu trouvé autant d'argent à jeter par les fenêtres ? »

« C'est vrai que tu n'es pas au courant. » dit Ginny. « On se voit à peine ces derniers temps. »

Une heure plus tard, elles étaient installées à une table du Chaudron Baveur, autour de bièraubeurres glacées.

« Tu veux dire qu'une Gouverneure t'a demandé de l'aide pour composer un projet de loi ? » demanda Hermione avec effarement, ses yeux écarquillés.

Ginny hocha la tête.

« Je ne sais pas, Ginny…ça me semble être une très mauvaise idée. Ces gens… Ils ne sont pas dignes de confiance. » dit Hermione, inquiète.

« Dixit celle qui va avoir un rencard avec un héritier des Treize. » commenta Ginny avec ironie.

« Ce n'est pas un rencard Ginny. » s'exclama Hermione, outrée, en baissant la voix, ses oreilles rouges d'embarras.

« Quand un brave type t'invite à un concert, c'est un rencard en général. » fit remarquer Ginny d'un air entendu.

« Ce n'est pas le concert - c'est la répétition. » rectifia Hermione.

« Juste parce que tu as refusé le vrai concert. » rétorqua Ginny.

« Nous nous entendons bien. Nous avons des points communs. » dit Hermione avec entêtement. « Rien de plus. Il a fait ça pour me remercier de l'aide que je lui ai apportée. »

Ginny l'observait avec un rictus moqueur, ne la croyant visiblement pas. Puis soudainement, elle parut frappée par une révélation.

« Ça a marché ! » dit-elle avec excitation, sautant littéralement sur son tabouret, manquant de faire tomber les pintes de bièraubeurres posées sur la table déjà penchée qu'elles occupaient.

« Qu'est-ce qui te prend ? De quoi tu parles, Ginny ? » s'étonna Hermione en l'observant comme si elle avait perdu l'esprit.

« La loi de l'attraction ! » s'exclama Ginny sur le ton de l'évidence. « Ce que tu as manifesté ! Ça s'est réalisé ! »

Hermione lui adressa un regard confus.

« Tu ne te souviens pas ? Un amour épique et passionné avec un homme séduisant, riche et intelligent ! » répéta Ginny avec excitation. « Et voilà que ce type tombe de nulle part ! Quelle est la probabilité d'un concours de circonstances de ce genre ? »

Elle posa les mains sur sa bouche.

« Et tu as entendu ce que la voyante a dit ? Un lien éternel et incassable. Vous serez unis pour toujours. Oh, Hermione ! » s'exclama Ginny, qui semblait sur le point d'hyperventiler.

Hermione l'observa comme si elle avait perdu la tête. C'était probablement l'eau glousseuse que Ginny avait consommée à leur arrivée au Chaudron Baveur, pour célébrer son nouvel emploi. Elle lui était visiblement montée à la tête plus vite que prévu. Soudainement, Ginny sembla se calmer et fronça les sourcils.

« Mais attends une seconde… Pourquoi ça n'a pas fonctionné pour moi ? C'était mon idée après tout. » dit-elle avec déception.

Son air outré fit rire Hermione. Deux heures plus tard, lorsqu'elles entrèrent dans leur immeuble, Hermione dut aider Ginny à monter les escaliers. Elle marchait d'un pas titubant, ayant trop forcé sur l'alcool pendant la soirée. Après avoir mis son amie au lit, Hermione se dirigea vers sa propre chambre. Tandis qu'elle se changeait, elle remarqua une lettre collée contre la fenêtre. Elle l'ouvrit pour retirer la lettre coincée.

Seul son nom était inscrit sur l'enveloppe et elle ne reconnut pas l'écriture. Hermione déchira l'enveloppe avec curiosité puis extirpa un parchemin vieilli qu'elle déroula lentement. Seuls quatre mots étaient inscrits sur la missive :

Je connais ton secret.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! On finit sur un petit suspense parce que je ne peux pas m'en empêcher :)

J'en profite également pour vous faire un récapitulatif des Treize familles sacrées parce que nous les connaissons désormais toutes !

Elles sont classées par ordre d'apparition ou de mention. Je mets la mention ''inconnue'' lorsque je n'ai pas encore donné de détails.


Famille – Gouverneur(e) – Devise


Malfoy - Lucius – ''Conquérante sera la pureté''

Shacklebolt - Kingsley (Ministre de la Magie) – Devise encore inconnue

Zabini - Amara - Devise encore inconnue

MacMillian - Ernie – ''Unis par la connaissance''

Black - Walburga – ''Toujours Pur''

Parkinson - Pius – ''La vertu dans l'orgueil''

Warringon - Cressida - Devise encore inconnue

Nott - Theodus – ''Bellement et hardiment''

Cunningham – Gideon – ''Par le travail, la consolation''

Greengrass - Georgius - Devise encore inconnue

Lestrange - Rodolphus (Gouverneur et Chef des Aurors) Bellatrix (Procureure) – ''Par la crainte, inspirons le respect''

Rosier - Evan (Gouverneur et Chef des Mangemorts) - Devise encore inconnue

Carrow - Adamus – ''Le contentement avant la richesse''


Vous n'imaginez même pas - j'ai littéralement des dossiers entiers avec l'histoire du pays, les dates importantes, les lois, des arbres généalogiques. Je m'étonne de mon dévouement, sérieux. Mais ça vaut le coup sur cette histoire qui sera sans aucun doute la plus épique que j'ai écrite jusqu'à maintenant.

A bientôt pour la suite et en attendant, prenez soin de vous !

(Im)pur soit le sang,

Fearless