Valeur et vigueur chers survivants,
Vous ne rêvez pas, je suis de retour super vite. Je parie que je n'ai même pas eu le temps de vous manquer. Vous vous rendez compte qu'on est déjà au chapitre 20 ? C'est fou comme le temps passe vite. Vu ce que j'ai préparé en termes d'intrigues, on en aura pour pas loin de 50 chapitres, je pense. On dirait que vous êtes coincés avec moi pendant encore quelques temps :p
Pour l'instant je trouve que je m'en sors plutôt bien en rythme de publication. J'espère que ça va continuer, ainsi !
Un énorme merci à Jiwalumy, Fleur d'Ange, Colixiphicus, drou, pcam & Lestrange-maria pour vos commentaires sur le chapitre précédent, qui je sais, était très difficile. J'aimerais vous dire qu'on aura plus aucun chapitre de ce genre, mais ce serait mentir.
Aussi, à partir de maintenant, je partagerai une petite playlist de morceaux inspirés de certaines scènes/persos du chapitre pour vous mettre dans l'ambiance. Merci à Colixiphicus pour la suggestion :)
Les explications/inspirations sont dans la description de la playlist à gauche. Retirer les # avant et après 'com' pour faire fonctionner les liens.
Vous pouvez retrouver celles du chapitre 19 et 20 sur ma chaîne youtube (lien dans mon profil)
Et si vous voulez voir l'illustration de ce chapitre, le lien est en haut, sur ma page de profil aussi.
Bonne Lecture !
XX. Contrecoup
Une sirène assourdissante résonna à travers les fenêtres closes de l'appartement, faisant sursauter Hermione. Son grimoire glissa de ses genoux, tombant sur le sol dans un bruit sec. Pattenrond, son énorme chat tigré, sembla effrayé par sa réaction emportée et se réfugia sous la table, le corps tremblant.
Elle observa la pauvre créature avec pitié tandis que la sirène austère continuait de retentir dans ses oreilles. Elle s'interrompit au bout d'une minute. Pour Hermione, toutefois, elle sembla durer une éternité.
Elle commençait à s'y habituer. La sirène sonnait le début du couvre-feu instauré dans certains quartiers de la ville, généralement occupés par les populations de rang inférieur. Dès qu'elle retentissait, ils n'étaient plus autorisés à sortir dans les rues du régime, au risque d'amendes conséquentes ou même d'emprisonnements pour les récidivistes. Les Mangemorts déambulaient dans les rues pour s'assurer que les règles soient respectées. Ils procédaient régulièrement à des contrôles pour vérifier le statut de sang des passants, une fois le couvre-feu sonné.
Depuis l'explosion qui avait fait trembler le régime, les mesures contre les Sang-Impurs étaient devenues plus restrictives. La répression s'était amplifiée et le peu de libertés dont ils jouissaient jusqu'à présent étaient sévèrement menacées. Plus que jamais, Hermione était sur la défensive, craignant de se retrouver dans le collimateur des Mangemorts, qui lui provoquaient des sueurs profondes.
La veille, à son retour du travail, elle avait vu un commerçant de rang inférieur se faire sauvagement lynché par des civils enragés en étant traité de tous les noms. Les Sang-Impurs faisaient régulièrement l'objet d'amalgames. Ils ne jouissaient pas d'individualité et tous les actes répréhensibles de l'un d'eux se répercutaient sur les autres.
Pour Hermione, qui avait repris son travail aux Grandes Archives des Macmillan après avoir terminé sa mission au Théâtre de Damasus le Décadent, les choses s'étaient compliquées. Ses collègues étaient devenues encore plus infectes – si c'était possible - à son encontre. Elle s'efforçait de faire profil bas et ne pas se faire remarquer. Elle accomplissait ses tâches en silence et sans broncher, ne répondait que lorsqu'on s'adressait à elle et une fois son heure de fin sonnée, s'empressait de rentrer dans son appartement pour y rester enfermée jusqu'au lendemain. Elle ne pouvait pas se permettre de faire de vagues et d'attirer l'attention sur elle dans ces temps incertains.
Une autre sonnerie retentit – celle de l'appartement cette fois – et la jeune femme sursauta de nouveau.
« Je sais. Je suis désolée, Pattenrond. » s'excusa Hermione en lançant un regard navré à son chat, toujours caché sous la table basse.
Elle fronça les sourcils en jetant un coup d'œil vers la porte d'entrée. Ginny n'était pas supposée rentrer aujourd'hui. Elle se trouvait chez son frère Bill, chez qui elle était retournée vivre temporairement après la naissance de sa nouvelle nièce.
Hermione se dirigea vers la porte et déverrouilla la serrure avec appréhension. Qui pouvait se présenter chez elle à cette heure-ci ? songea-t-elle. Sa mâchoire tomba lorsqu'elle reconnut son visiteur.
« Théodore ? » balbutia-t-elle tandis que ses yeux s'écarquillaient d'effarement.
« Bonsoir, Hermione. » salua-t-il lentement, une expression anxieuse sur le visage.
Ils se fixèrent en silence pendant une longue minute. Sa présence soudaine désarçonna la jeune femme. Les choses avaient tourné au vinaigre entre eux depuis l'incident avec la directrice du théâtre. Elle avait menacé Hermione de reporter son ''manque de professionnalisme'' à son employeur à cause de son rapprochement avec Théodore. Les jours suivants, Hermione s'était empressée de terminer son travail d'archivage dans la bibliothèque du théâtre pour finir sa mission au plus vite.
Elle n'avait pas adressé la parole à Théodore, depuis. Leur dernière conversation s'était achevée par cette dispute pendant laquelle elle l'avait accusée de ne pas comprendre la situation délicate dans laquelle leur relation la plaçait. Sa réaction virulente était le résultat de sa crainte et de sa frustration. Une fois sa colère retombée, elle avait éprouvé une culpabilité gigantesque. Toutefois, trop fière ou trop honteuse, elle n'en était pas certaine, elle n'avait fait aucun pas pour revenir auprès de lui. Voyant que la jeune femme ne semblait pas réagir, Théodore demanda :
« Est-ce que je peux entrer ? »
Il avait parlé d'une voix hésitante, une lueur de nervosité passant dans ses yeux pers.
Hermione hocha la tête et s'effaça pour le laisser entrer dans l'appartement avant de refermer la porte derrière lui. Lorsqu'il lui fit face, elle mordit l'intérieur de sa joue, se sentant soudainement gênée par son apparence négligée. Elle s'était apprêtée à passer une soirée confortable, plongée dans ses livres. Elle portait un pyjama épais et dépareillé et ses cheveux étaient attachés en un chignon échevelé.
« Désolée, je ne m'attendais pas à recevoir de la visite. » dit-elle finalement avant de lever sa baguette pour faire léviter la pile de livres posés sur le sofa et les ranger à leur place, sur l'étagère près de la cheminée condamnée.
« Ne te donne pas tout ce mal. Je suis désolé d'être venu à l'improviste. » dit-il. « Je voulais t'écrire, mais je ne savais pas quoi dire alors j'ai pensé que ce serait plus simple si on se retrouvait face à face. »
Elle se demanda vaguement comment il avait obtenu son adresse mais ce n'était qu'un détail.
« Mais finalement, ce n'est pas aussi simple que je le pensais. » ajouta Théodore en passant une main dans ses cheveux noirs de jais.
Ils étaient plus courts que pendant leur dernière rencontre. En l'observant, Hermione réalisa à quel point sa présence lui avait manqué. Les récents évènements dans le régime et la soudaine disparition de Ginny lui avaient fait comprendre qu'il était possible de perdre un proche du jour au lendemain. Elle ne voulait pas laisser sa fierté mal placée s'immiscer entre elle et Théodore. Leur relation naissante lui procurait un sentiment qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant. Pour la première fois depuis des années, elle avait l'impression de pouvoir aspirer à quelque chose.
« C'est à moi de m'excuser. » assura Hermione avec sincérité. « Encore une fois, je me suis emportée et j'ai déversé ma frustration sur toi. Tu…Tu ne méritais pas ça. C'était déplacé de ma part. Je suis vraiment désolée. »
« Si j'avais su que ce serait aussi simple, je serai venu plus tôt. » admit Théodore, ses sourcils se haussant sous la surprise.
Sa remarque fit sourire la jeune femme.
« Mais je dois aussi m'excuser. De te donner l'impression de ne pas me soucier de ta situation. J'admets que c'est compliqué pour moi de comprendre quelque chose que je n'ai jamais vécu directement. » avoua Théodore avec honnêteté. « Je ne veux pas te mettre la pression et te forcer à faire des choses avec lesquelles tu n'es pas à l'aise. Si c'est le cas, je veux que tu saches que tu peux m'en parler. »
Ses paroles lui provoquèrent un soulagement certain.
« Je vais essayer de le communiquer un peu mieux. » assura-t-elle et un sourire éclaira son visage.
« Finalement, ça a été vraiment plus facile que prévu. » répéta Théodore, lui rendant son sourire. « Je n'étais pas sûr que tu accepterais de me parler. Je craignais même que tu me claques la porte au nez. »
Hermione secoua vivement de la tête.
« Ginny sera ravie d'apprendre que nous avons résolu nos différends en communiquant de manière adulte et efficace. » ajouta Hermione d'un air sarcastique, en levant les yeux au plafond.
Lors de leur dernière conversation, Ginny l'avait sermonnée pour sa dispute avec Théodore. Elle l'avait même forcée à simuler une conversation entre eux pour s'assurer qu'elle communiquerait correctement sur ses frustrations afin de régler la situation. Même si elle avait trouvé cette simulation stupide sur le moment, Hermione remercia silencieusement son amie. C'était grâce à Ginny qu'elle avait pu s'exprimer avec sincérité à Théodore, sans laisser sa fierté prendre le dessus et empirer les choses.
Théodore se rapprocha d'Hermione, traversant les quelques mètres qui les séparaient et posa une main sur son visage, caressant doucement sa joue à l'aide de son pouce, ses yeux clairs rivés dans les siens. Hermione sentit les battements de son cœur s'accélérer.
« Tu m'as manqué. » murmura-t-il avant de presser ses lèvres contre les siennes.
Il enroula sa taille de ses bras, l'attirant dans une étreinte ferme.
Hermione se laissa aller, savourant la sensation de son toucher, si réconfortante après la distance entre eux.
« Tu n'es pas supposé être ici. » dit-elle, sortant soudainement de sa rêverie, comme si elle était rappelée brutalement à la réalité.
Théodore sembla confus par sa réaction.
« Le couvre-feu vient de commencer. Nous ne sommes pas autorisés à nous déplacer à cette heure-ci. » rappela-t-elle, son anxiété montant d'un cran.
Une lueur de compréhension apparut dans ses yeux et Théodore haussa les épaules.
« Je ne crois pas que ça me concerne. » dit-il doucement. « Et j'imagine qu'il y a finalement un avantage à être escorté par des Mangemorts. Ils ne vont pas s'arrêter entre eux. »
« Ils sont ici ? » interrogea Hermione, soudain mal à l'aise.
« Oui. En bas, avec ma diligence. » ajouta Théodore d'une voix ferme. « Ça fait des semaines que nous n'avons pas passé du temps ensemble. Ils attendront le temps qu'il faudra. »
Cette fois, Hermione ne protesta pas. Elle aurait menti en prétendant ne pas désirer ardemment sa compagnie.
« Assieds-toi. Je vais préparer du thé. » dit-elle en se détendant.
Théodore hocha la tête en se dirigeant vers le sofa pour s'y installer, observant le living room étroit avec intérêt.
« Ce n'est pas un palace. » commenta Hermione. « Mais c'est chez nous. »
« C'est très bien. » assura Théodore.
Il disait probablement cela par politesse. Elle savait qu'il habitait dans un Manoir et même si elle ne l'avait jamais vu, elle pouvait imaginer que l'endroit était doté d'un autre niveau de confort et de luxe. Elle apprécia toutefois sa courtoisie. Elle apporta deux mugs fumants, à l'effigie des Harpies de Holyhead, l'équipe de Quidditch favorite de Ginny, et les posa sur la table. Pattenrond était sorti de sa cachette et ronronnait désormais aux pieds de Théodore qui s'était penché vers lui pour le caresser. L'animal semblait apprécier les caresses car il ronronnait grassement.
« C'est curieux. Il n'est pas aussi sociable avec les gens qu'il ne connaît pas, d'habitude. » expliqua Hermione, en observant la scène avec surprise.
« Vraiment ? Il a l'air plutôt gentil, pourtant. » décréta Théodore.
« Je l'ai rescapé dans la rue, il y a trois ans. » dit-elle en observant le chat d'un air attendri. « Il était effrayé et traumatisé. Je crois qu'il n'a pas été bien traité. »
Elle se pencha en avant et attrapa la créature dans ses bras pour le poser sur ses genoux, caressant son poil duveteux avec tendresse.
« Maintenant c'est le chat le plus heureux du monde, n'est-ce pas Pattenrond ? Et accessoirement le plus lourd. » ajouta-t-elle avec une grimace avant de le replacer au sol.
Le chat se dirigea paresseusement vers sa gamelle remplie d'eau. Lorsqu'elle reporta son attention sur Théodore, Hermione réalisa qu'il l'observait avec étonnement. Elle esquissa un sourire gêné. Elle devenait affreusement gâteuse lorsqu'il s'agissait de son animal de compagnie. Elle n'avait plus de famille et depuis son arrivée dans le régime, la solitude était parfois oppressante. Pattenrond lui avait apporté une consolation gigantesque. Comme elle, il avait eu une vie difficile mais semblait se remettre. Elle se plaisait à penser qu'ils se réconfortaient réciproquement. Ginny rétorquait gentiment qu'il l'appréciait surtout pour ses gamelles bien remplies et ses caresses régulières. Cette dernière avait une relation tendue avec Pattenrond. Depuis quelques mois, toutefois, un animal traînait dans le coin, ce qui ne plaisait pas à Pattenrond, mécontent de voir un autre chat sur son territoire. Lorsqu'il faisait quelque chose qui ne plaisait pas à Ginny, elle menaçait de le mettre à la porte et d'adopter le chat errant qui trainait sur le toit, à sa place.
La voix de Théodore extirpa Hermione de ses pensées.
« Au sujet de ce que je t'ai demandé... Rencontrer ma mère, je veux dire… » dit-il avec gêne. « Je ne voulais pas te paraître insistant. Si tu n'es pas à l'aise à l'idée ou que tu n'es pas prête, je le comprendrais totalement. »
Elle pouvait deviner que le sujet le tourmentait. Hermione secoua la tête.
« J'adorerais la rencontrer. » assura-t-elle d'une voix rassurante.
Théodore parut soulagé et heureux de sa réponse.
« J'ai aussi quelque chose à te demander. » dit-elle d'une voix plus sérieuse, se redressant davantage sur le canapé, pour lui faire face.
Il hocha la tête, l'encourageant à continuer.
« J'aimerais qu'on soit plus discrets… Au sujet de nous deux. Je ne sais pas ce qu'il se passerait si ça s'ébruitait et je ne suis pas à l'aise à cette idée. » admit-elle. « Je pense qu'il est plus prudent de ne pas être vus ensemble en public. »
Après les remarques de la directrice du théâtre, Hermione ne voulait pas prendre des risques supplémentaires.
« Tu as raison. » dit Théodore avec un soupir. « Avec ce qu'il se passe dehors, je ne veux pas te faire courir le moindre risque. »
Dehors, les passions étaient déchaînées et le clivage entre les castes du régime était plus présent que jamais. Hermione travaillait déjà dans un environnement hostile, elle ne désirait pas donner des occasions supplémentaires à ses collègues d'apprendre qu'elle fréquentait Théodore.
« Est-ce que…Est-ce que tu comptes dire à ta mère que je suis une Sang-Impure ? » demanda Hermione dans un souffle.
« Je… Je ne sais pas. Qu'en penses-tu ? »
Hermione ne connaissait pas cette femme et malgré les assurances de Théodore, ils ne pouvaient pas prévoir avec assurance la réaction que son statut provoquerait auprès de sa famille. De plus, la mère de Théodore était souffrante et qui savait ce qu'une nouvelle de cette ampleur pourrait causer sur son état ? Hermione ne voulait pas être une source supplémentaire de stress sur la santé de cette femme.
« Je préférais que ça reste privé pour l'instant, à moins que ta famille ne le demande expressément. » admit Hermione en se mordant la lèvre inférieure, nerveusement.
Théodore hocha la tête, lui signifiant qu'il acceptait son choix.
« Comment va-t-elle ? » demanda Hermione.
Théodore lui relata les avancements sur l'état de santé de sa mère. A leur grande surprise, elle semblait aller beaucoup mieux depuis quelques jours. Il était toutefois toujours anxieux à l'idée d'organiser sa mort en compagnie de la doula, une spécialiste mandatée pour les accompagner dans la fin de vie de Gislena. Théodore savait que cette initiative soulageait sa mère et il s'efforçait donc de participer à ces sessions, malgré le fait qu'il ne soit pas à l'aise de dévoiler ses états d'âmes les plus intimes devant une inconnue. Il sembla toutefois à l'aise de se confier sur le sujet à Hermione qui resta silencieuse pendant qu'il parlait, caressant sa main lentement pour lui apporter du soutien.
Devant la vulnérabilité dont il faisait preuve devant elle, Hermione ne put s'empêcher de se sentir coupable. Elle n'était pas totalement honnête avec lui. Une partie d'elle voulait lui avouer ce secret qu'elle gardait et qui rongeait son existence. Une autre partie d'elle était terrorisée par sa réaction. Tout était allé tellement vite entre eux. Si bien qu'elle n'avait pas réfléchi à comment aborder le sujet. Elle avait peur de tout gâcher. Théodore parut remarquer son absence soudaine car il replaça une mèche sortie de son chignon derrière son oreille.
« Tu sembles absente. A quoi tu penses ? » demanda-t-il avec intérêt.
Elle secoua la tête, s'efforçant de sourire, chassant son dilemme intérieur de l'esprit. Théodore se pencha à nouveau dans sa direction et posa ses lèvres contre les siennes, cette fois plus fermement. Hermione lui rendit son baiser avec ferveur, et se rapprocha machinalement de lui, réduisant la distance entre eux. La main de Théodore se posa alors sur sa taille, l'étreignant fermement.
Elle se perdit dans ce baiser ardent, et frissonna lorsqu'il commença à caresser sa taille lascivement, descendant jusqu'à sa jambe. Elle sentit une chaleur soudaine la parcourir lorsque les lèvres de Théodore quittèrent les siennes pour embrasser lentement sa mâchoire, puis sa nuque, sur laquelle il déposa des baisers humides.
C'était la première fois qu'il se montrait aussi entreprenant et Hermione se sentit frémir face à ses caresses sur son corps qui ne réclamait que d'être touché. Il la pencha précautionneusement sur le sofa, sans interrompre ses baisers passionnés. Il s'écarta légèrement, ses yeux clairs croisant les siens. La lueur qu'elle y lisait était si profonde et éloquente. La jeune femme resta quelques secondes immobile, le visage empourpré et la respiration haletante.
« Tu n'as aucune idée à quel point tu m'as manqué, Hermione. » murmura-t-il, la faisant tressaillir davantage.
Elle enroula la nuque de ses bras, cherchant à nouveau ses lèvres, d'un geste avide. Ses baisers chauds et humides, et la pression de son corps, ainsi serré contre le sien, provoquaient des sensations nouvelles chez la jeune femme. Les doigts de Théodore se glissèrent sous le t-shirt qu'elle portait, caressant son estomac délicatement, avant de remonter vers sa poitrine. Il remonta le haut du pyjama, et l'aida à le retirer. Hermione eut un moment d'appréhension en se retrouvant ainsi dévêtue devant lui, dans son soutien-gorge. Pourtant, sa nervosité la quitta rapidement quand il reprit ses baisers au niveau de sa clavicule, descendant lentement à la naissance de sa poitrine.
Son autre main caressait toujours lentement ses cuisses à travers son pantalon en coton et Hermione laissa échapper une exclamation apeurée lorsque la main de Théodore glissa entre ses jambes.
Elle se tendit soudainement et ouvrit les yeux, croisant le regard surpris de Théodore qui avait stoppé son geste devant sa réaction. Hermione savait que ses joues étaient probablement en feu.
« D…Désolée… » dit-elle en se redressant, remettant une distance saine entre eux.
Devant le regard perdu de Théodore, elle balbutia avec gêne :
« Je…Je n'ai jamais… »
Une lueur de compréhension mêlée à de la surprise apparut dans les yeux de Théodore qui se redressa à son tour, remettant de l'ordre à sa propre tenue.
« Désolé, je l'ignorais…Si j'avais su, je ne me serais pas autant emporté. » s'excusa-t-il, en passant une main derrière sa tête, embarrassé.
« Ce n'est rien. » coupa-t-elle d'une voix rassurante. « Je…J'ai beaucoup aimé, c'est simplement que je ne suis pas préparée à faire le grand saut. »
Le grand saut ? se répéta-t-elle, mortifiée. La phrase lui parut ridicule aussitôt sortie de sa bouche. La situation était des plus embarrassantes. Théodore paraissait lui aussi gêné. Hermione attrapa son haut sur le sol, et s'empressa de le revêtir.
« Je te propose d'avoir cette conversation maintenant pour en finir une fois pour toute avec ce malaise. » proposa-t-elle, dans une tentative d'humour.
Théodore leva un sourcil, sans comprendre.
« Oui, je suis encore vierge. Non, ce n'est pas une tare même à mon âge malgré ce qu'on pourrait en penser. Et non, je n'attends pas d'être mariée. Je n'ai simplement pas eu l'occasion avant. » énuméra-t-elle avec une honnêteté brutale qui sembla prendre Théodore au dépourvu.
Devant son air surpris, elle ajouta :
« C'est les questions que ça suscite, en général. Alors j'y réponds directement. » dit-elle avec un sourire en coin.
Elle se rappelait encore de l'air effaré sur le visage de Ginny lorsqu'elle lui avait avoué ne jamais être passé à l'acte avec qui que ce soit. Ainsi que du déferlement de questions sans aucune pertinence qui avait suivi pour comprendre la ''cause'' de sa virginité, comme s'il s'agissait d'une tare. Pendant une soirée arrosée dans leur appartement, Ginny avait même lâché par inadvertance cette information personnelle à Luna et Neville. La conversation s'était transformée en sujet de discussion sérieux et Hermione avait dû répondre aux questions invasives de Ginny d'un côté et aux interrogations un peu bizarres de Luna de l'autre, devant l'air mortifié de Neville dont le visage avait pris une teinte rouge surprenante.
Ses dernières expériences avec un garçon remontaient à son adolescence, alors qu'elle vivait encore dans une zone libre du Royaume-Uni. A son entrée dans le régime, elle avait eu d'autres priorités que de penser à sa vie sentimentale, notamment survivre dans un régime suprématiste. Ce n'était pas comme si elle n'avait pas des envies - elle était une femme de vingt-trois ans avec des désirs et elle s'était satisfaite seule jusqu'à présent.
Théodore était le premier homme avec qui elle avait un semblant de relation sérieuse et avec lequel elle se retrouvait dans cette position. Même si l'envie était présente et qu'Hermione était surprise de ce soudain désir qui la submergeait avec lui - elle n'était pas certaine d'être prête. La jeune femme se tourna vers Théodore, cherchant dans son regard une réaction.
« Dis quelque chose, sinon ça va commencer à être humiliant. » plaida-t-elle.
« Je suis content que tu n'attendes pas d'être mariée. » dit-il finalement.
Sa réponse la dérouta et quelques secondes plus tard, elle laissa échapper un grand rire nerveux tandis qu'elle sentait toute la tension du moment la quitter.
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« Tu es préoccupé ce soir, Draco. »
Draco leva les yeux, rencontrant le regard insistant d'une jeune femme aux longs cheveux bruns. Ses yeux verts et pénétrants étaient rivés dans sa direction, en quête d'une explication. Elle portait un peignoir fin en soie, négligemment attaché au niveau de sa taille, laissant entrevoir des parcelles de son corps nu à travers le tissu transparent. Elle s'approcha du lit et tendit un verre à Draco avant de s'installer à ses côtés. Il s'en empara avec reconnaissance, portant à sa bouche la liqueur alcoolisée qui lui brûla la gorge. La sensation fut pourtant réconfortante.
Elle avait prononcé ces mots d'un ton critique. Daphné Greengrass n'était pas le genre de femmes à se tracasser des émotions d'autrui. Comme lui, elle plaçait ses objectifs avant tout. Sur de nombreux tableaux, ils étaient identiques. Sûrement la raison pour laquelle Draco la fréquentait depuis des années.
Ils avaient fait leur scolarité à Poudlard ensemble, tous les deux répartis à Serpentard. Daphné avait été une amie proche de Pansy avant qu'une histoire ridicule brise leur amitié, pendant leur dernière année à Poudlard.
Daphné et lui-même n'avaient jamais aspiré à une quelconque relation sentimentale sérieuse. Ils étaient amants, se retrouvant strictement pour remplir leurs besoins respectifs lorsque leurs agendas le permettaient.
Il appréciait sa discrétion et sa capacité à entretenir avec lui une relation purement charnelle - sans s'encombrer de sentiments. Une caractéristique rare chez une femme. Malgré son succès auprès de la gent féminine et des nombreuses opportunités qui se présentaient à lui au vu de son statut, Draco n'aimait pas s'associer à n'importe qui. Daphné était une option sûre, discrète et familière.
« Je croyais que ces rendez-vous étaient supposés t'aider à oublier tes préoccupations. C'est toujours le cas d'habitude, non ? » affirma Daphné avec morgue, portant son verre à ses lèvres pleines. « N'aurais-je pas été à la hauteur ? »
Elle avait lancé cela d'une voix railleuse. Il savait que la question était rhétorique. Comme Pansy Parkinson, Daphné était doté d'une confiance en elle démesurée.
« Si je ne te connaissais pas, je dirais même que tu penses à quelqu'un d'autre. » ajouta-t-elle en levant un sourcil interrogateur, posant ses doigts nobles sur le torse dévêtu de Draco.
« C'est absurde. » rétorqua-il d'un ton détaché, avant de déposer son verre sur la commode qui bordait le lit.
Il s'agissait évidemment d'un mensonge éhonté de sa part. Il l'avait pourtant glissé avec un naturel déconcertant. Mentir était une habitude pour Draco et lui demandait peu d'effort pour être convaincant. Dans sa famille, on lui avait appris qu'il s'agissait d'une aptitude vitale et il avait rapidement appris à exceller dans le domaine.
« Dans ce cas, pourquoi n'as-tu toujours pas approché ma sœur ? » demanda-t-elle d'une voix impatiente, tandis qu'elle vidait son verre d'une traite.
Draco comprenait désormais mieux son humeur piquante. Sa relation avec Daphné n'était pas seulement une affaire de sexe. Comme lui, elle était héritière d'une dynastie sacrée et comprenait la nécessité de former des alliances.
« J'ai eu d'autres préoccupations, comme tu peux t'en douter. » répondit Draco d'une voix sèche.
L'inflexion de sa voix, froide, sembla surprendre Daphné dont l'expression du visage s'adoucit immédiatement, comme pour ne pas le contrarier. Elle hocha la tête, signifiant qu'elle saisissait, même s'il savait que c'était davantage par diplomatie.
« Je comprends. Mais je dois te faire savoir qu'Astoria a commencé à fréquenter un homme qui travaille dans le même hôpital. Elle commence à se décourager de ton indécision, Draco. Si tu ne lui montres pas bientôt un réel intérêt, mon père acceptera de la laisser épouser quelqu'un d'autre. » rappela Daphné, avec une grimace, comme si l'idée même la répugnait au plus haut point.
« Je sais. Je ne voudrais pas entacher tes aspirations. Je sais à quel point tu veux devenir Gouverneure. » répliqua-t-il avec un sarcasme évident.
« Figure-toi que nous n'avons pas tous la chance de naître avec un pénis entre les jambes, Draco. » répliqua Daphné d'un ton glacial, visiblement excédée par son détachement.
Georgius Greengrass et son épouse Renata avaient donné naissance à deux filles, Daphné et Astoria. Après de nombreuses tentatives infructueuses pour enfanter un fils, Renata n'était plus en mesure de porter un enfant à cause de son âge. Elle souffrait également de problèmes d'ordre mental sur lesquels Daphné n'avait jamais voulu s'épancher.
Comme la majorité des couples des Treize sacrés, ses parents étaient liés par une union sacrée, un mariage reposant sur une alliance magique que rien ne pouvait briser à part la mort. En général, seuls les enfants nés d'une union officielle, étaient considérés comme des héritiers possibles du Coven.
Aucune des héritières Greengrass ne pourraient toutefois passer leur nom à leur descendance, à cause de leur sexe féminin. Daphné avait pris la décision de ne pas se marier afin d'hériter du rôle de Gouverneure et garder le statut privilégié des Greengrass au sein des Treize pour une génération supplémentaire. Si les deux se mariaient à d'autres familles, la famille Greengrass serait rejetée du Coven à la mort du chef de famille, Georgius.
Il avait été décidé que seule Astoria épouserait un héritier des Treize. Pour remplir cet objectif, Daphné exécutait un lobbying poussé auprès des Malfoy pour organiser une union entre Astoria et Draco. Les alliances étaient essentielles parmi le Coven et les mariages étaient une manière efficace de les renforcer.
Depuis son plus jeune âge, Daphné avait fait le choix assumé de ne pas avoir d'enfants, refusant de devenir la ''poule pondeuse d'un homme mieux né''. Elle avait ses propres ambitions et sa quête de pouvoir ne serait complète que si elle pouvait garder son statut et accéder au rang de Gouverneure. Son avenir était en jeu et Draco savait qu'elle ne le prenait pas à la légère.
Il avait eu peu d'interactions avec Astoria, sa sœur cadette. Sa personnalité était bien différente de celle de Daphné. C'était une jeune femme discrète et calme, qui prenait peu la parole dans les contextes sociaux. Aux dernières nouvelles, elle avait commencé une résidence en Médicomagie. Tout dans son éducation avait été préparé pour qu'elle soit une candidate idéale pour quelqu'un comme lui. Une jeune femme éduquée, loyale et discrète. L'idée d'une potentielle union avec Astoria Greengrass ne le révulsait pas mais ne l'enchantait pas particulièrement.
Narcissa lui assurait qu'il avait encore le temps et que c'était un choix à ne pas prendre à la légère. Après tout, la femme qu'il choisirait deviendrait sa partenaire à vie et éduquerait avec lui la nouvelle génération des Malfoy. Draco était un homme et n'était pas pressé par le temps ou par une quelconque horloge biologique. Dans cette société patriarcale, il jouissait de tous les avantages.
« Je peux faire en sorte d'organiser une rencontre pour renouer le contact entre vous. Si Astoria pense qu'elle a ses chances avec toi, elle coupera tout contact avec cet homme. » assura Daphné avec véhémence.
Elle ne le regardait même plus, semblant se parler à elle-même, comme si elle planifiait des scénarios dans son esprit.
« Comment peux-tu être certaine qu'elle sera intéressée par l'idée ? » demanda nonchalamment Draco.
« Astoria a le sens du devoir. Elle sait que c'est dans l'intérêt de notre famille. Et elle fera tout ce que sa grande sœur lui demande. » ajouta Daphné d'une voix satisfaite.
Draco l'écoutait distraitement. Il n'était pas d'humeur à écouter Daphné jouer les entremetteuses.
« Toi et Astoria allez vous marier et faire des héritiers, comme prévu. Quant à moi, je vais devenir Gouverneure. Et qui sait, peut-être que toi et moi pourrons continuer notre petit arrangement privé. » ajouta-t-elle d'une voix mielleuse tandis que sa main descendait lascivement le long du torse de Draco.
Elle esquissa un geste pour retirer la blouse soyeuse qu'elle portait, dévoilant son corps dénudé. Sur ses côtes droites, des mots à l'écriture soignée et fine étaient tatoués – la devise des Greengrass :
- Sans peur et sans reproche -
Lorsqu'elle se pencha sur lui et qu'il sentit son corps chaud serré contre le sien, Draco ne put empêcher son esprit de divaguer vers une autre femme, aux cheveux d'un rouge intense et flamboyant. Le souvenir de son corps menu et ferme dans cette petite robe qu'elle portait à l'Inferno et qui épousait parfaitement ses formes lui revint en mémoire.
Il jura intérieurement. Pourquoi pensait-il à Ginny Weasley pendant qu'il était dans les bras d'une autre femme ? Et pourquoi son excitation s'intensifiait tandis qu'il l'imaginait dans ces draps, à la place de Daphné ?
Lorsqu'il atteint le point culminant, et qu'il se retira de Daphné, Draco fut traversé par une vague de sentiments contradictoires. Un mélange de honte, de confusion et de frustration à la pensée de ce désir qu'il réprimait à l'égard de cette femme. Elle n'aurait dû que lui provoquer du mépris dans le meilleur de cas, et de la haine voire du dégoût dans le pire. Il n'aimait pas se sentir esclave de quoi que ce soit et encore moins d'une personne. Était-il simplement attiré par le côté interdit qu'elle représentait pour lui ?
Une chose était certaine, il n'arriverait pas à retirer cette pensée de son esprit tant qu'il ne ferait pas quelque chose pour assouvir ce désir inexplicable qu'elle causait chez lui. Lorsqu'il quitta le domicile de Daphné quelques instants plus tard, et qu'il remonta dans sa diligence, Draco extirpa son miroir à double sens. Il apposa sa baguette sur le rebord de l'objet. Au bout d'une minute d'attente, le visage de sa meilleure amie apparut dans le reflet.
« Pansy, j'ai besoin d'une autre faveur. » annonça-t-il.
/
Des pleurs nasillards retentirent dans les oreilles de Ginny, l'extirpant brutalement du rêve dans lequel elle était plongée. Elle gémit contre l'oreiller tandis que les cris se faisaient plus étourdissants au fil des secondes. Elle tâtonna fébrilement sur le sol bordant le matelas avant d'attraper fermement sa baguette et d'assener un sort de silence contre la porte de la chambre. Instantanément, le bruit des pleurs cessa et le calme complet fut de retour dans la chambre.
Ginny lança un regard vers le lit de Victoire, emmitouflée dans ses couvertures. La respiration de la petite fille était lente et constante, signifiant qu'elle était toujours profondément endormie. Ginny reposa la tête sur son oreiller, et observa le plafond de la chambre, hagarde et confuse, comme à chaque fois qu'elle était tirée brusquement d'un sommeil profond. Une vague d'embarras la parcourut tandis que les souvenirs de ses songes lui revenaient en mémoire, encore vivifiants. Elle avait rêvé de ce club dans lequel ils s'étaient rendus, l'Inferno. Elle se trouvait sur la piste de danse en compagnie de Draco Malfoy, tandis qu'ils dansaient de façon très rapprochée, ignorant l'agitation autour d'eux. Et comme le soir du bal, leurs visages étaient si proches qu'elle n'avait aucun doute sur ses intentions. La jeune femme secoua la tête, s'efforçant de chasser l'image de son esprit. Elle ne savait que penser des rêves réguliers qu'elle faisait désormais au sujet de Draco Malfoy. Si son inconscient désirait lui passer un quelconque message à son encontre, elle n'avait aucune envie de l'entendre.
Ginny se frotta les yeux, laissant échapper un long bâillement. Elle avait passé des nuits affreuses ces derniers jours, agitées par les cris incessants de sa nouvelle nièce. Le sort de silence était efficace mais la solution était temporaire et s'estompait généralement au bout d'une heure. Elle ne pouvait qu'imaginer la fatigue de Bill et Fleur qui devaient se lever à tour de rôle pour s'occuper du nourrisson.
La petite Dominique Weasley, surnommée Nickie, avait vu le jour deux semaines plus tôt, après un ''accouchement idéal'' selon les mots de Fleur. Un soulagement pour la famille après son premier accouchement difficile. Ginny était revenue s'installer temporairement à la Chaumière aux Coquillages pour porter assistance à la petite famille. Elle s'occupait de Victoire et des tâches domestiques pour que Fleur et Bill puissent se focaliser sur Nickie.
La transition était un peu compliquée pour la famille depuis l'arrivée de leur deuxième enfant. Ne travaillant que trois jours chez l'Apothicairerie de Burke et ayant temporairement perdu son travail au Ministère, Ginny pouvait mettre son temps libre à leur profit.
Bill était retourné sur son lieu de travail un jour après la naissance de sa fille, ne pouvant pas se permettre de s'absenter plus longtemps. La législation du travail pour les Sang-Impurs était discriminante. Contrairement aux sorciers de rang supérieur, ils ne disposaient pas d'avantages sociaux comme les congés payés ou les congés parentaux. S'ils ne se rendaient pas au travail, ils n'étaient pas rémunérés, et prenaient également le risque de sanctions pouvant aller jusqu'au licenciement.
Le marché du travail était rude et les employeurs, peu véreux, avaient un large choix parmi la main-d'œuvre de rang inférieur, désespérée de travailler. Les patrons en profitaient pour offrir des salaires minables à cette couche de la population, sachant pertinemment que la main d'œuvre bon marché se trouvait à tous les coins de rue, prête à recevoir des salaires de misère, et sans exprimer aucunes doléances. Pour subvenir aux besoins de sa famille grandissante, Bill n'avait donc pas le choix que de travailler à temps plein, sans aucune interruption.
Ginny ne parvint pas à retrouver le sommeil. Elle décida finalement de s'extirper de ses draps, quittant le lit de fortune installé dans la chambre de Victoire. Elle descendit lentement les escaliers, s'appliquant à ne pas faire de bruit, par peur de réveiller le bébé dont les pleurs s'étaient calmés. Elle passa devant la chambre de Bill et Fleur dont la porte était légèrement entrouverte. A travers l'ouverture, elle aperçut sa belle-sœur bercer Nickie.
Ginny rejoignit la cuisine du cottage et fut surprise d'y trouver son frère, penché devant la gazinière, occupé à préparer du café. Ses yeux étaient clos et il se balançait lentement d'avant en arrière, menaçant de tomber de sommeil. Ginny ressentit un élan de pitié pour son frère qui lui rappela vaguement un Inferius. Il était exténué. Il travaillait énormément et obtenait peu de repos, une fois de retour à la maison. Elle jeta un rapide coup d'œil à l'horloge qui affichait cinq heures trente du matin.
Elle s'éclaircit la gorge, faisant bondir son frère dans un sursaut. Il jeta des regards surpris autour de lui et sembla se détendre en l'apercevant.
« Ah, c'est toi. » dit-il d'une voix ensommeillée.
Il n'ajouta rien, reposant son attention sur la bouilloire. Depuis sa découverte des activités de Ginny au Ministère, leur relation était tendue et un froid gênant s'était instauré entre eux. Ils évitaient de se retrouver seuls et ne communiquaient que pour le strict nécessaire, généralement au sujet des enfants ou des tâches dans la maison. Aucun d'entre eux n'avait abordé le sujet depuis, pensant probablement qu'il y avait plus pressant à gérer. Ginny se rapprocha de son frère.
« Assieds-toi. Je m'en occupe. Tu vas causer un accident, si tu continues ainsi. » prévint-elle.
Bill hocha la tête et se dirigea vers la table à manger en bois sans protester, lâchant un bâillement interminable. Ginny s'activa dans la cuisine pour préparer le petit déjeuner. Il lui adressa un regard reconnaissant quand elle posa une assiette garnie devant lui, remplie d'œufs brouillés, de bacon grillé et de haricots à la tomate, accompagnés de toasts. Elle versa du café frais dans deux tasses et s'installa à ses côtés.
« Fleur doit aller à Sainte-Mangouste aujourd'hui. » indiqua Bill entre deux bouchées de pain.
« Je sais. Je quitterai le travail plus tôt pour l'accompagner. » promit Ginny.
Bill hocha la tête, visiblement rassuré. Un long silence retomba dans la pièce, pendant lequel on n'entendit seulement le raclement de couverts et les hululements des mouettes, provenant de l'extérieur.
Bill semblait fatigué et soucieux, comme s'il portait le poids du monde sur les épaules. Ginny savait qu'il était anxieux avec toutes les responsabilités qui lui incombaient. Bill s'efforçait pourtant de le dissimuler, surtout aux yeux de Fleur, qui était de nature angoissée et qui devenait nerveuse à la moindre contrariété. Ses hormones exacerbées la rendaient encore plus sensible qu'à l'accoutumée.
Après le départ de Bill, Ginny s'attela à quelques tâches dans la maison comme le linge qui s'accumulait à une vitesse fulgurante avec la présence d'un bébé dans la maison. Par chance, ils avaient pu économiser sur de nouveaux frais en réutilisant les vêtements ayant appartenus à Victoire.
Cette dernière se réveilla aux alentours de sept heures. Ginny lui prépara un bol de porridge pendant qu'elle jouait dans le séjour avec des figurines. En une demi-heure seulement, la petite fille parvint à créer un bazar impressionnant dans la pièce.
« Va ranger tes jouets avant de prendre ton petit déjeuner, Vicky. » ordonna Ginny avec patience.
Ginny observa distraitement sa nièce tandis qu'elle mangeait en balançant joyeusement ses pieds dans l'air. Ses pensées retournèrent vers son rêve et elle sentit ses joues rosirent imperceptiblement.
« On peut jouer au Quidditch, quand j'aurais terminé ? » demanda Victoire d'une voix pleine d'espoir.
La petite fille n'était pas autorisée à utiliser son balai miniature sans la supervision d'un adulte.
« Non, je dois aller travailler dans quelques minutes. » répondit Ginny.
« Pourquoi Maman ne peut plus m'accompagner ? » interrogea Victoire en faisant la moue.
« Ta maman doit s'occuper de Nickie. Tu sais qu'elle a besoin de beaucoup d'attention, comme toi à son âge. Tu te rappelles de ce ton père t'a expliqué, au sujet des bébés ? » questionna Ginny.
Victoire hocha la tête, semblant pensive.
« Moi aussi je pleurais beaucoup quand j'étais un bébé ? » demanda-t-elle avec sérieux, ses sourcils froncés.
Sa remarque fit rire Ginny.
« Constamment. Mais tu étais tellement adorable, et tu t'arrêtais dès qu'on allait te prendre dans ton berceau. Tu voulais juste de l'attention. » ajouta la jeune femme en passant une main sur la chevelure blonde de sa nièce.
Ginny fit léviter la vaisselle propre dans les cabinets.
« On fera une partie de Quidditch à mon retour. » lui promit Ginny, déclenchant un sourire heureux sur le visage de Victoire.
Ginny quitta le cottage quelques minutes plus tard pour se rendre au travail, grimaçant sous la pluie torrentielle. A son arrivée sur le Cours Écarlate, elle ouvrit la boutique, comme chaque jour ces derniers temps. Elle avait réussi à négocier – non sans difficultés - auprès de son patron pour modifier ses horaires de travail. Elle commençait plus tôt afin de pouvoir rentrer de bonne heure. Ruth, l'autre employée de la boutique, avait donc repris les horaires de Ginny, ce qui n'avait pas semblé lui plaire. Burke n'avait pourtant pas le choix depuis le déploiement du couvre-feu pour les Sang-Impurs.
Ginny s'occupa du ravitaillement, plaçant les potions remplies sur les étagères dédiées avant de commencer à empaqueter les commandes du jour. Burke arriva une heure plus tard et commença directement à se plaindre, critiquant la boue qui souillait l'entrée de la boutique, que Ginny n'avait pas nettoyé immédiatement après l'entrée des derniers clients.
Aux alentours de douze heures, elle fut particulièrement heureuse de quitter la boutique pour sa pause déjeuner et accéléra le pas pour rejoindre un petit café situé sur le Chemin de Traverse. A l'intérieur, elle reconnut une femme blonde qui lui fit un signe vigoureux de la main, un sourire avenant plaqué sur son visage.
« Je suis tellement contente de te revoir, Ginny. » lança Katrina Street-Porter d'une voix enthousiaste tandis que Ginny s'installait face à elle.
Cette dernière lui rendit son sourire, heureuse de revoir son visage familier, après l'incident au Palais de la Chimère.
« J'ai commandé pour toi, j'espère que ça ne te dérange pas. Je dois rentrer au Ministère dans une demi-heure pour une réunion. Comment tu te sens ? » demanda Katrina en l'observant avec attention.
Ginny lâcha un long soupir.
« Je te comprends. » répondit Katrina, ne lui laissant pas l'occasion de répondre. « Je n'ai pas dormi pendant trois jours après ce qu'il s'est passé. J'ai dû avaler des litres d'élixir relaxant pour fermer l'œil. »
Ginny acquiesça silencieusement. Elle ne désirait pas aborder le sujet de l'attaque du bal. Elle avait fait tout son possible pour oublier cette scène traumatisante. Le sort d'extraction de souvenirs que lui avait lancé Draco lui avait été d'une grande aide. La naissance de Nickie et le fait qu'elle soit tellement occupée chez son frère avaient constitué une distraction bienvenue.
« Comment se passent les choses, au Ministère ? » demanda Ginny en piochant dans la salade de pommes de terre que le serveur venait de poser devant elle.
« Terribles. C'est un bazar impossible, depuis toute cette histoire. Tout le monde passe son temps à commérer et les rumeurs les plus folles circulent. » révéla Katrina en levant les yeux au ciel. « J'ai vraiment eu peur pour nous, pour te dire la vérité. Il fallait vraiment que ça arrive pendant notre évènement. Heureusement que ce sont les Aurors qui ont mal travaillé, sur ce coup-là. »
Elle grimaça.
« Tous ces gens morts... Paix à leur âme. Que Voldemort leur offre le repos éternel. » dit-elle.
Après avoir avalé sa bouchée, Katrina poursuivit :
« Tu te doutes bien du tollé que ça aurait pu causer sur le cabinet... J'ai passé des jours à faire de la gestion de crise. Comme je te l'ai dit dans ma lettre, le projet de loi est mis en suspens jusqu'à nouvel ordre. »
Ginny avait reçu un courrier officiel du cabinet, la prévenant de sa 'suspension temporaire' du projet. N'étant pas une employée à plein temps du Ministère et n'ayant qu'un rôle de consultante sur le projet de loi de la Gouverneure Warrington, elle n'avait aucune raison valable pour y retourner. Les autres membres du cabinet occupaient d'autres fonctions au Ministère et avaient récupéré leurs postes habituels pendant la suspension du projet.
« Pour être complètement transparente avec toi, une certaine personne du projet – tu te doutes bien de qui il s'agit - a fait part de ses inquiétudes et de son inconfort à l'idée de travailler avec une personne de rang inférieur après ce qu'il s'est passé au bal. » ajouta Katrina en levant les yeux au ciel. « Mrs Warrington n'a pas eu le choix. Elle a dû prendre cette décision pour son image. »
Ginny laissa échapper une exclamation dédaigneuse.
« J'imagine que les plaintes viennent de Mandy ? » commenta-t-elle en levant les yeux au plafond.
« Dans le mil. Même Cormac McLaggen l'a regardé de travers, après ça. Elle a prétendu craindre pour sa ''sûreté'' » poursuivit Katrina, piquée au vif. « Enfin, tu la connais. Cette peste est une vraie comédienne. »
Mandy Brocklehurst était une véritable garce. Elle n'avait jamais apprécié Ginny depuis son arrivée au cabinet. Il était évident qu'elle utiliserait tous les prétextes possibles pour tenter de la discréditer et de la déloger.
« Foutaises. » commenta Ginny, sa frustration grandissant devant les révélations de Katrina.
« Je sais. Mais avec la pression au Ministère et le fait qu'elle ait été un peu trop ouverte et progressiste dans un contexte comme celui-ci, Mrs Warrington n'avait pas d'autre choix. Et ça pourrait grandement mettre en péril l'adoption du texte de loi. » continua Katrina avec une grimace. « Pour le moment, la Gouverneure préfère faire profil bas, ce qui est compréhensible. Laissons passer quelques semaines ou quelques mois, et tu devrais pouvoir revenir. »
Ginny savait que Katrina disait cela pour l'apaiser et lui faire garder espoir. Elle n'était pourtant pas naïve. En toute honnêteté, elle était heureuse de ne pas se retrouver dans l'environnement toxique du Ministère dans le contexte actuel. Cette suspension forcée était une bénédiction déguisée, même si elle mettait en suspens son arrangement avec Draco Malfoy.
L'expression dans les yeux de Katrina changea totalement et elle se pencha vers Ginny, une lueur conspiratrice dans les yeux.
« Mais parlons d'un autre sujet important. Je t'ai vu avec le fils du Gouverneur Malfoy pendant le bal. » dit Katrina, mutine.
Immédiatement, Ginny se tendit. Elle savait que le sujet serait abordé. Katrina était une femme curieuse et très observatrice. Elle l'avait vu entrer dans la diligence de Draco, la nuit du bal. Il avait refusé qu'elle parte en compagnie de cette dernière.
« Tu sais Ginny… Quand je t'ai conseillé de te faire des contacts, je ne pensais pas que tu viserais le haut de la pyramide. » commenta Katrina, l'air impressionné. « Tu n'as vraiment pas froid aux yeux. »
« Je l'ai empêché de se retrouver dans le champ d'attaque de cette dégénérée. » répondit Ginny d'une voix qui se voulait détachée. « Il m'a remerciée et m'a proposé de me ramener en lieu sûr. »
« Je suis pourtant certaine de t'avoir vu danser avec lui, plus tôt dans la soirée. » fit remarquer Katrina d'un ton entendu.
« Il ignorait qui j'étais et mon statut. » mentit Ginny.
« Je t'ai dit qu'une belle femme reste une belle femme, en dépit de son statut. » dit Katrina, visiblement ravie que sa théorie se révèle vraie.
Elle sembla en pleine réflexion pendant de longues secondes avant de poursuivre :
« Je ne te l'ai jamais caché, je suis une adepte de l'utilisation de tous ses atouts pour obtenir des opportunités. Mais dans ce cas précis, fais attention à toi, Ginny. Tu ne sais probablement pas grand-chose d'eux, mais les Malfoy sont des gens très puissants. Ce n'est pas le genre de famille avec laquelle tu veux être associée, même et surtout dans l'ombre. Ils sont dangereux. Individuellement et collectivement. »
Ginny fut surprise du ton sérieux que Katrina avait emprunté. Un sentiment d'inconfort l'envahit à l'entente de sa mise en garde.
« Trouve-toi plutôt un Sang-Pur de premier rang bien placé au Ministère qui pourra essayer de nettoyer ton dossier après trois ou quatre ans en utilisant ses contacts. Ce sera moins rapide, mais plus sûr pour toi. » affirma Katrina.
Elle jeta un regard rapide à sa montre.
« Par Voldemort, je vais être en retard à ma réunion, il faut que je file. Oh, et j'oubliais, j'ai pu récupérer nos effets personnels. » dit-elle avant de lui tendre un sac.
Il s'agissait du sac que Ginny avait laissé dans une pièce du Palais de la Chimère avec ses effets personnels. Ginny la remercia chaudement et tandis qu'elles se séparaient, lui promit de donner des nouvelles régulièrement.
A la fin de sa journée de travail, Ginny accompagna Fleur à Sainte Mangouste pour son rendez-vous néonatal.
« Ça me fait du bien de zortir un peu. » admit Fleur dans la salle d'attente tandis qu'elle berçait lentement Dominique dans sa poussette.
Elle observa du coin de l'œil Victoire qui jouait avec un autre enfant dont le visage avait pris une couleur violette.
« Par Voldemort, j'ezpère que ze garçon n'est pas contagieux. » dit-elle en grimaçant.
Malgré le fait qu'elle soit absolument débordée et épuisée, l'apparence de Fleur n'en affichait rien. Son visage était toujours aussi resplendissant et lumineux. Ses longs cheveux argentés étaient coiffés en une jolie natte française lui arrivant au milieu du dos. Elle reporta son attention sur la poussette où Nickie gazouillait.
« Heureusement qu'elle est plus calme que Victoire à l'époque. » commenta-t-elle avec un rire.
Ginny jeta un regard adorateur à sa nièce.
« Elle est tellement adorable. » s'extasia-t-elle, les yeux brillants.
« Comment ze passent les choses avec Bill ? Vous n'avez toujours pas discuté ? » interrogea Fleur avec curiosité.
Ginny soupira avant de secouer la tête. Il était étrange de vivre sous le même toit que son frère et de se comporter comme des parfaits inconnus.
« Il ne t'a rien dit à ce sujet ? » s'étonna Ginny d'une voix plate.
Fleur secoua vivement de la tête.
« Non. Je n'ose même plus aborder le sujet. A chaque fois, il me dit que ça ne me regarde pas, et que tu es sa petite zœur. » indiqua Fleur avec irritation. « Mais je vois bien que vous souffrez tous les deux de zette zituation. »
« On ne se comprend pas. » admit Ginny avec frustration. « Il ne veut jamais entendre mon point de vue. J'ai l'impression de parler à un mur. »
Depuis son jeune âge, Bill l'avait toujours traitée comme une petite fille ignorante qui ne connaissait rien de la vie et qui était incapable de prendre la moindre décision. Il était d'une sévérité exagérée avec elle, et cela n'avait pas changé avec l'âge. Ginny savait qu'il était extrêmement protecteur à cause de leur séparation avec le reste des Weasley. Elle était la seule famille qui lui restait.
Une Guérisseuse arriva dans la salle d'attente et appela le nom de Fleur qui s'empressa de la suivre avec Nickie. Quelques instants plus tard, Victoire rejoignit Ginny, lui montrant avec excitation un dessin qu'elle venait de réaliser.
« Ici, c'est moi. Et ici, c'est Nickie. » annonça fièrement la petite fille en montrant des silhouettes grossières sur le parchemin.
Ginny fit mine de s'extasier devant le dessin. Victoire serait probablement plus douée en Quidditch qu'en dessin.
« Quand j'irais à l'école, j'aurais une baguette magique comme Papa et Maman et je pourrais protéger Nickie si on l'embête. » expliqua Victoire avec fierté.
« Pourquoi aurais-tu besoin de la protéger ? » demanda Ginny en riant face au sérieux de la petite fille.
« Maman m'a dit que je suis la plus grande et que je dois toujours protéger ma petite sœur. » annonça Victoire d'une voix déterminée.
Ginny resta sans voix devant sa réponse, observant le dessin enfantin, tandis que les paroles de la petite fille percutaient son esprit.
« Tante Ginny ? Pourquoi tu pleures ? » demanda finalement Victoire d'une voix timide, observant Ginny avec confusion.
Ginny se força à esquisser un sourire et essuya les larmes qui s'étaient formées dans ses yeux d'un revers de manche.
« Pour rien. Je suis juste émue. C'est un très joli dessin, ma chérie. » murmura-t-elle.
Elle posa une main sur la joue de Victoire, la caressant affectueusement.
« Tu as raison. Tu dois toujours veiller sur ta petite sœur. » dit-elle avec un sourire.
Le lendemain, pendant qu'elle rangeait des fioles vides, Ginny ouvrit la bouche d'effarement en voyant la porte de la boutique s'ouvrir. Elle reconnut un visage familier qu'elle n'aurait jamais imaginé retrouver ici. Pansy Parkinson, vêtue d'une robe patineuse blanche et de bottes aux talons interminables, entra dans la boutique. La silhouette gigantesque de Galileo bloquait l'entrée de l'extérieur.
« Rouquine ! » salua-t-elle avec excitation, se rapprochant de Ginny pour poser une bise sonore sur sa joue.
Elle observa les alentours d'un air critique.
« C'est donc là que tu travailles. » commenta-t-elle. « C'est tellement lugubre. Il faudrait changer l'aménagement pour créer des ondes positives. Je ne sais pas comment tu peux tenir une journée entière sans être déprimée, dans cet endroit. »
« Je ferais passer ta remarque à mon patron. » dit Ginny avec un sourire sarcastique.
Pansy dut penser qu'elle était sérieuse car elle afficha une moue satisfaite avant de se pencher vers Ginny pour lui chuchoter des paroles conspiratrices :
« Ne t'inquiète pas, mon dealer vend un cocktail d'allégresse du tonnerre. C'est du pur bonheur en fiole. »
Ginny fit mine d'acquiescer la tête par politesse. Elle gardait en tête les frasques de Pansy pendant leur sortie à l'Inferno après sa consommation de substances prohibées.
« Je ne voudrais pas paraître malpolie, mais que fais-tu ici, Pansy ? » demanda Ginny.
« Oh, rien de spécial. Je faisais du shopping dans le coin et je me suis souvenue que tu travaillais dans les alentours. J'ai décidé de te rendre une petite visite avant mon rendez-vous pour un soin du visage. » déclara-t-elle.
Lors de leur quarantaine forcée, elles avaient longuement discuté sur des sujets variés - ou plutôt Pansy avait beaucoup discuté. Ginny lui avait expliqué qu'elle travaillait à l'apothicairerie. Elle était même surprise que Pansy s'en souvienne.
« A vrai dire, j'ai une opportunité inestimable pour toi. » annonça Pansy avec excitation. « Que dirais-tu de travailler pour moi ? »
Ginny lui jeta un regard effaré.
« P…Pardon ? » balbutia-t-elle.
« J'ai besoin d'une seconde assistante. » lui apprit Pansy. « A temps partiel, pour l'instant. Je t'enverrai les détails. Tu commences la semaine prochaine. »
Ginny l'observait la bouche ouverte. Elle était tellement choquée qu'elle ne trouva rien à répondre.
« Parfait, comme ça, c'est réglé. » lança Pansy avec enthousiasme. « A plus tard, rouquine. »
Ginny n'eut même pas le temps de prononcer le moindre mot avant que Pansy ne se rue vers la sortie d'un pas enjoué, lui envoyant un baiser au passage. Ginny l'observa s'éloigner, encore choquée par l'interaction. Elle n'avait même pas eu le temps de lui donner son accord.
Elle soupira tandis qu'elle regagnait le comptoir de la boutique. Elle attirait vraiment les ennuis.
/
Alastor Maugrey s'arrêta devant la porte du réfectoire de la base des Goules Insoumises. Il souffla profondément, comme s'il tentait de regagner sa contenance et d'un coup de manche, effaça le filet de transpiration qui coulait sur sa tempe. La journée avait été interminable et frustrante. L'un de ces jours où il avait l'impression que tout allait de travers et qu'il perdait le contrôle. Cette sensation l'insupportait au plus haut point.
Il grimaça tandis qu'il marchait, la douleur de sa hanche droite réanimée, comme à chaque fois qu'il faisait trop d'effort physique. Il ajusta sa jambe en bois avant de pénétrer dans la pièce. Il commençait à se faire vieux et son corps le lui faisait savoir.
Lointaine était l'époque pendant laquelle Alastor 'Fol Œil' Maugrey avait été au sommet de sa forme physique. Il avait été Auror pendant près de trois décennies, connu pour son caractère tumultueux et son arrogance. Il avait été l'un des meilleurs éléments du Bureau des Aurors. Ses capacités tactiques et sa faculté à rallier les gens autour d'un objectif commun lui avaient permis de se faire une réputation solide dans le département. Il s'était également fait beaucoup d'ennemis.
Tout avait dérapé lorsque on avait accusé sa femme d'usurpation de statut de sang, à tort. Le raid des Mangemorts à son domicile avait mal tourné. Persuadée qu'un intrus tentait d'entrer par effraction dans leur domicile, son épouse Cecil s'était défendue et avait lancé un sort en direction de ses assaillants. Les Mangemorts avaient à leur tour répliqué par une vague de sortilèges, dont l'un s'était révélé fatal. Alertée par les bruits, Alyse, leur fille de quatorze ans, était sortie de sa chambre et avait été touchée par un sort des Mangemorts. Elle avait succombé à ses blessures deux jours plus tard à l'hôpital, devant son père.
Le jour du drame, Maugrey avait été absent, mandaté sur une affaire. Plus tard, il avait découvert qu'on l'avait délibérément mis sur cette mission pour qu'il ne soit pas présent à son domicile pendant l'interpellation de son épouse. Face à cette révélation, il était entré dans une colère noire. Si ses collègues ne l'avaient pas retenu, ce jour-là, il aurait probablement tué quelqu'un.
Cette tragédie avait changé sa vie. D'Auror loyal au régime, il s'était mis à profondément haïr ces règles arbitraires qui avaient provoqué la mort de sa famille. Malgré sa loyauté sans borne, et son travail acharné au sein des forces de l'ordre, ses supérieurs et le régime n'avaient même pas eu la décence de donner à sa famille le bénéfice du doute afin de régulariser la situation autour du statut de sa femme.
Maugrey avait rejoint les Goules Insoumises dix ans plus tôt, alors que la base ne comprenait que quelques membres. Grâce à son expérience et sa connaissance du régime, il était rapidement devenu un membre respecté et un leader parmi le groupe. Il avait apporté de la discipline, de l'organisation militaire et des stratégies de défense à un groupe d'individus motivés mais désorganisés.
Depuis, la faction des Goules Insoumises était l'une des plus importantes de la Résistance. Maugrey avait assisté à toute son évolution - son avènement, ses débuts maladroits, ses différents conflits internes et désormais, l'ascension de celui qu'on appelait le Phénix.
Malgré son statut de chef et de représentant d'une faction, Maugrey ne connaissait pas l'identité de cet individu qui déchaînait toutes les passions parmi les différentes factions. Même s'il ne l'avait jamais exprimé publiquement, il ressentait une frustration certaine de ne pas être mis dans la confidence. Une partie de lui considérait ce Phénix avec une méfiance naturelle. Il aimait savoir face à qui il se trouvait - qu'il s'agisse de ses ennemis ou de ses alliés. C'était néanmoins une frustration qu'il gardait pour lui. L'expérience avait appris à Maugrey qu'il était préférable de garder le silence sur certaines choses et agir dans la discrétion.
De sa démarche claudicante, Alastor pénétra dans le réfectoire. La salle était remplie, comme à chaque début de soirée et une atmosphère tranquille y régnait. Il rejoignit Tonks, installée sur un sofa. Elle paraissait soucieuse et arborait un air harassé.
« Te voilà enfin. » dit-elle en esquissant un sourire faible à son approche. « Je te cherchais. »
Il était rare que Tonks soit soucieuse. Elle était ce genre de personne constamment d'humeur allègre, qui transmettait la joie de vivre aux gens qui l'entouraient. Une vertu non négligeable au sein de la base, dans laquelle il était facile de broyer du noir à cause du mode de vie reclus. Tonks savait motiver les troupes et faisait preuve d'une approche plus douce et personnelle avec les membres de la base, bien loin de la méthode ferme et rigoureuse que plébiscitait Maugrey.
« Pourquoi donc ? » interrogea Maugrey avant de s'installer sur un fauteuil à son tour, posant sa jambe sur la table basse pour la faire tenir droite.
« Je ne sais pas quoi faire à propos de cette histoire avec Dean… Je n'arrive toujours pas à croire qu'il a attaqué Higgs de cette manière. » confessa Tonks, morose. « Je sais qu'il ne l'apprécie pas mais en venir aux mains sans aucune preuve tangible ? Ça ne lui ressemble pas. »
« Toi et moi savons pertinemment que Dean n'est pas au meilleur de sa forme depuis quelque temps. La vie souterraine commence à lui peser. » fit remarquer Maugrey. « Ça se ressent. Il n'est plus aussi concentré qu'avant. Il a failli y passer lors de sa dernière mission. »
« Je sais… » admit-elle en acquiesçant gravement. « J'ai peur que ça s'aggrave avec ce qu'il s'est passé. J'ai l'impression qu'il s'est attaché à cette fille. Si tu l'avais vu avant qu'il n'attaque Higgs, il était très affecté. »
« Il se sent probablement coupable. Après tout, c'est lui qui s'est porté garant pour elle à son arrivée. » rappela Maugrey d'un ton neutre.
Tonks hocha la tête et un long silence s'installa.
« Tous nos efforts vont probablement être réduits à néant à cause de cette attaque. Le régime va considérer ça comme une déclaration de guerre. Ils ont réalisé que nous avons les moyens de faire des dégâts sérieux. » indiqua finalement Maugrey.
« Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle ait pu faire une chose pareille… » souffla Tonks, toujours choquée.
Elle resta pensive pendant un long moment avant d'interroger dans un murmure :
« Tu penses que Higgs pourrait avoir quelque chose à voir là-dedans ? »
« Tout le monde sait que Higgs est brut de décoffrage mais je ne pense pas qu'il l'ait forcée à faire quoi que ce soit. Rappelle-toi, je suis entré dans l'esprit de cette fille à son arrivée, ici. Elle était très troublée. J'ai vu des choses dures dans son passé. Des choses qui pourraient justifier son envie de passer à l'acte. » assura Alastor en grimaçant.
« Pauvre Dean… Je crains l'effet que ça aura sur lui. Je ne sais pas quoi faire pour l'aider… » admit Tonks, impuissante.
« Il aura probablement besoin que quelqu'un le surveille de près. Qui sait ce que sa peine et sa culpabilité pourraient le pousser à faire. Il broyait déjà du noir et cette histoire pourrait le pousser à bout. Tu sais mieux que quiconque que c'est un garçon fragile, malgré tout. » dit Maugrey.
« Il faudra le tenir à l'écart de Higgs, c'est certain. » affirma Tonks en se mordant nerveusement la lèvre inférieure.
La conversation se dirigea vers un autre sujet - la prochaine visite imminente de la délégation du Phénix qui viendrait à la base pour demander des comptes sur la situation. Soudainement, la porte du réfectoire s'ouvrit à la volée et on entendit un hurlement faire écho dans la pièce. Maugrey porta son attention vers une femme blonde à l'entrée dont il ne se souvenait pas du nom. Elle était en pleurs.
« A l'aide… C'est Dean…Il…Il est… » s'écria-t-elle d'une voix paniquée, la respiration haletante, comme si elle ne parvenait pas à parler correctement.
Immédiatement, tout le monde sembla sur le qui-vive et les activités dans le réfectoire cessèrent. Tous les regards étaient rivés vers la femme en détresse. Tonks se releva d'un bond et se rua dans sa direction, posant une main réconfortante sur l'épaule de la femme dont les hoquets l'empêchaient de s'exprimer intelligiblement.
« Dean…Il est…Il… » continuait-elle de sangloter.
« Où est Dean, Lisa ? » quémanda Tonks, les yeux remplis de préoccupation.
« In…Infirmerie… » balbutia la dénommée Lisa.
« Maugrey, Dearborn ! » s'écria Tonks en jetant un regard par-dessus son épaule.
Immédiatement, Maugrey lui emboîta le pas, Caradoc Dearborn, un autre chef de la base, sur leurs talons. Il ne leur fallut que quelques secondes pour arriver à l'infirmerie, dont la porte était entrouverte. Tonks la poussa d'un geste hésitant, semblant craindre ce qu'elle trouverait à l'intérieur.
Immédiatement, elle lâcha un cri effroyable.
Au milieu de la pièce, se trouvait la silhouette de Dean Thomas, suspendu dans l'air, une corde serrée autour de son cou. Dearborn et Maugrey se précipitèrent dans sa direction, attrapant ses jambes. Maugrey leva sa baguette en direction de la corde, la sectionnant d'un mouvement sec. Ils reposèrent prudemment le corps de Dean au sol. Tonks s'était ruée vers lui, touchant son visage avec des gestes fébriles.
« Dean, Dean, Dean… » implora-t-elle entre ses pleurs désespérés. « Non, non, non… Dean… »
Dearborn avait apposé l'extrémité de sa baguette sur la nuque de Dean et murmura une incantation. Quelques secondes plus tard, il leva les yeux vers les autres.
« C'est trop tard. Il est mort. » annonça-t-il gravement.
Tonks explosa en sanglots sur le corps sans vie de Dean. Maugrey s'agenouilla difficilement à ses côtés et posa un bras sur ses épaules. Elle se jeta dans ses bras, pleurant inlassablement, le corps traversé de soubresauts violents.
« Je vais chercher Pompom. » dit Dearborn d'une voix affligée avant de quitter la pièce, le regard lourd.
« Pas un mot aux autres avant qu'on ne comprenne ce qui s'est passé ici. » prévint Maugrey à son attention.
Dearborn hocha la tête pour signifier qu'il avait saisi.
« Je vais m'assurer que la zone soit cloîtrée. » assura-il avant de quitter la pièce.
Par-dessus la tête de Tonks, qui pleurait toujours à chaudes larmes contre lui, Maugrey observa la dépouille de Dean qui montrait déjà les premiers signes physiques qui accompagnaient la mort. Il semblait rigide. Il savait que s'il le touchait, son corps serait probablement glacé.
Dearborn et Pompom furent de retour deux minutes plus tard. Cette dernière porta une main à sa poitrine à la vue de la scène. Elle s'approcha du corps, et commença lentement à l'examiner.
« Que… Que s'est-il passé ? » demanda Tonks à son attention, la voix brisée, s'écartant de Maugrey.
« Je… Je dois faire quelques examens. Non ! N'enlève surtout pas le nœud. » s'exclama Pompom à l'adresse de Dearborn qui avait esquissé un geste pour retirer la corde nouée fermement au cou de Dean. « J'en ai besoin pour déterminer la cause de la mort. »
Les heures suivantes passèrent dans un silence sinistre. Tonks était bouleversée, pleurant inlassablement. Maugrey et Dearborn, eux, étaient silencieux. Finalement, Pompom vint les retrouver, affichant un air grave.
« La cause de la mort est bien la strangulation par pendaison. A la vue de la position du corps, c'était bien un suicide. Les traces sur ses doigts montrent aussi qu'il a fait le nœud lui-même. Et le dernier sort sur sa baguette est un sort de collage. » expliqua-t-elle d'une voix chevrotante. « Il a sans doute attaché la corde au plafond de cette façon pour la faire tenir. »
Immédiatement, les sanglots de Tonks redoublèrent. Pompom se tourna vers elle, un air abattu sur ses traits ridés, et des larmes apparurent au coin de ses yeux.
Dearborn et Maugrey annoncèrent la nouvelle au reste des membres, tous rassemblés dans le réfectoire, pour une réunion d'urgence en pleine nuit. A l'annonce, des exclamations choquées et apeurées jaillirent de toute part. Certaines personnes fondirent en larmes. Dean était l'un des anciens des Goules Insoumises. Il était arrivé avant bon nombre d'entre eux et il avait toujours été particulièrement apprécié. Il se montrait toujours serviable et agréable, n'hésitant jamais à se porter volontaire, quelle que soit la demande.
« Certains d'entre vous ne le savent peut-être pas mais ces derniers mois n'ont pas été faciles pour Dean. Il était dans un état mental fragile et les incidents récents ont été trop difficiles à supporter pour lui. » annonça gravement Maugrey.
Il s'arrêta pendant un court instant.
« Nous avons perdu un camarade, aujourd'hui. Un compagnon de route, un ami et un frère. Paix à ton âme, Dean. Liberté et Dignité. » déclara Maugrey d'une voix déterminée.
Il leva sa baguette en direction du plafond, et de la lumière surgit de l'extrémité, éclairant la voûte du réfectoire. Peu à peu, les autres l'imitèrent. Le reste de la nuit, ils observèrent une veillée pour se recueillir après la disparition de Dean. Maugrey attendit que la pièce se vide avant de quitter les lieux à son tour, se dirigeant vers les escaliers menant aux accès souterrains. Il pénétra dans les faux jardins installés du sous-sol et verrouilla la porte derrière lui.
Une seule personne se trouvait dans les jardins. Terrence Higgs était adossé contre un arbre et fumait tranquillement une pipe, loin d'être bouleversé par les événements récents. D'un pas furieux, Maugrey se dirigea vers lui et sans prévenir, il assena un coup violent sur son visage. On entendit un craquement et Higgs tomba sur ses genoux, hurlant de douleur face à la violence du coup. Maugrey avait frappé le nez d'Higgs, déjà amoché par Dean lors de leur bagarre.
« Espèce d'abruti ! » aboya Maugrey, sa voix furibonde.
« Je te le jure, je n'ai rien à faire dans cette histoire ! Je l'ai simplement tabassé tout à l'heure avec les autres. Nous n'avons rien fait d'autre. » se justifia Higgs, une lueur de panique dans ses yeux bleus.
Devant les autres, Higgs apparaissait comme une crapule intimidante. Face à Maugrey, pourtant, son aplomb avait disparu au profit d'une appréhension évidente. Maugrey était la seule personne que Higgs craignait au sein de la base.
C'était d'ailleurs Maugrey qui avait trouvé Higgs pendant sa cavale après sa désertion des Mangemorts. Il lui avait proposé de rejoindre la résistance, deux années auparavant. Il avait tout de suite repéré chez lui cette haine du régime qu'il partageait également. D'autre part, son expérience dans les rangs de la Section Sécuritaire était un avantage certain que Maugrey voulait exploiter pour les Insoumis. Il s'était rapidement rendu compte que Higgs était asocial, violent et difficilement contrôlable.
« C'est la dernière fois que je nettoie ton bordel, fils de détraqueur. Tu m'entends ? » prévint Maugrey d'une voix sombre, les menaces évidentes dans le ton de sa voix.
Les yeux d'Higgs s'écarquillèrent.
« C'était… C'était toi, chef ? » interrogea Higgs, effaré.
Maugrey ne prit même pas la peine de répondre à sa question et se lança dans une tirade furieuse :
« Est-ce que tu as même réfléchi deux minutes avant d'agir, abruti ? J'avais réussi à le faire passer pour un dément auprès des autres après qu'il t'ait attaqué. Et la meilleure chose que tu as trouvé à faire a été d'aller le tabasser avec tes deux imbéciles ? »
« Je voulais juste lui donner une bonne leçon. » se justifia Higgs avec une grimace. « Tu crois que j'allais laisser filer un enfoiré dans son genre qui m'a frappé en public ? »
« Tu crois que c'est ce qui pose un problème, pauvre idiot ? Quand je l'ai retrouvé dans l'infirmerie, il a dit que tu lui avais avoué avoir manipulé Hannah. Comment peux-tu être aussi stupide ? Je t'ai dit de ne jamais laisser des preuves derrière toi. Combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? » fulmina Maugrey, avec fureur. « Quand les Mangemorts t'ont torturé, est-ce qu'ils ont aussi retiré une partie essentielle dans la coque dure qui te sert de crâne ? »
« Je suis désolé, boss. J'ai fait une erreur. » bafouilla Higgs en se renfrognant dans une position craintive.
« Ton erreur aurait pu nous faire repérer. Si je ne l'avais pas trouvé avant les autres, ils t'auraient soupçonné et tous nos efforts seraient tombés à l'eau. » gronda Maugrey. « Tu avais un seul boulot. Persuader cette femme d'aller causer une attaque. Rien d'autre. Mais il faut toujours que tu fanfaronnes et que tu ouvres ta grande gueule. Je commence à me demander si je ne devrais pas me débarrasser de toi. »
« Chef…Non… Je suis désolé. Je ne commettrais plus ce genre d'erreur. Je vous en prie, chef. Gardez-moi. » plaida Higgs.
Son ton était presque suppliant. Il voyait Maugrey comme un mentor et semblait lui vouer un respect et une admiration sans bornes. Il partageait sa vision des choses sur le genre de guerre qui devait être menée pour renverser le régime en place. La guerre était une chose barbare, sanguinaire et impitoyable. Le pacifisme n'était pas une solution viable – surtout contre le régime de Voldemort.
La plupart des résistants actuels ne comprenaient pas que seule la méthode forte pourrait les libérer du joug de cette dictature. Certaines personnes, comme lui, devaient se salir les mains et commettre des actes répréhensibles pour arriver à cet objectif. Et dans cette quête de liberté, les sacrifices étaient nécessaires, aussi difficiles soient-ils. Ceux qui ne comprenaient pas cette réalité étaient des gens naïfs, des idiots qui préféraient se voiler la face.
Maugrey savait qu'il serait considéré comme le méchant de l'histoire. Et c'était un choix qu'il assumait pleinement. Au moins, les prochaines générations pourraient vivre décemment car il s'était sali les mains pour eux. Il n'était pas le seul à penser de la sorte. Ses camarades d'idéologie restaient toutefois discrets sur leurs idées profondes, ne voulant pas faire de vagues parmi la pensée plus pondérée du FLOP. Ils se préparaient toutefois tous dans l'ombre, attendant le signal pour en sortir. C'était exactement ce que cet attentat avait représenté. La volonté de prouver au régime que des dissidents pouvaient se mouvoir parmi eux et surtout, qu'ils avaient les ressources nécessaires de causer des dommages collatéraux contre un gouvernement qui s'était cru tout-puissant pendant bien trop longtemps.
Cela avait été la déclaration de guerre. Et désormais, ni le Phénix ni les pacifistes de la résistance ne pourraient éviter le conflit. Ils devraient se battre eux aussi, poussés dans leurs retranchements par la répression exacerbée du gouvernement.
« C'est ta dernière chance. » garantit Maugrey d'un ton sombre. « La prochaine fois, ce sera toi au bout de cette corde. »
Higgs, soulagé, hocha la tête avec véhémence.
« Dégage de ma vue. » ordonna Maugrey en le fusillant du regard.
Higgs se rua vers les escaliers et les sous-sols. Maugrey serra les dents. Il avait réussi à amorcer une situation désastreuse. S'il n'avait pas intercepté Dean avant les autres, qui savait ce qui aurait pu se passer ?
Quelques heures plus tôt, Maugrey l'avait trouvé dans l'infirmerie, le visage tuméfié, gémissant de douleur après le passage à tabac de Higgs et de ses deux sbires.
« J'avais raison Maugrey ! Higgs me l'a avoué, c'est lui qui a manipulé Hannah. Il a fomenté ce plan pour causer l'explosion. Il faut prévenir les autres et l'arrêter au plus vite ! » avait rugit Dean avant de tousser bruyamment, crachant du sang au passage.
Maugrey n'avait pas répondu et s'était contenté d'appliquer de l'essence de dictame sur les blessures profondes de Dean, qui commencèrent à se refermer.
« Maugrey, qu'est-ce que tu fais ? Pourquoi tu ne me détaches pas ? » demanda Dean avec confusion.
Encore une fois, Maugrey garda le silence et appliqua un sort de remodelage sur son visage, pour dissimuler les traces apparentes de blessures.
« Désolé, gamin. J'aurais vraiment voulu ne pas en arriver là. Mais je n'ai pas le choix. » annonça finalement Maugrey, la mine grave.
Dean l'observait avec un mélange d'effarement et de confusion.
« Malheureusement, peu de personnes ici comprennent que nous ne pouvons pas rester les bras croisés à attendre que ces enfoirés nous traquent comme des rats et nous massacrent un à un. En temps de guerre, il faut parfois prendre des décisions difficiles et faire des sacrifices au nom de la cause. Seul le résultat compte. Cet attentat était la meilleure chose qui puisse arriver. Maintenant, le Phénix et le reste de la résistance n'auront pas d'autre choix que d'accélérer les choses pour partir en guerre. Il est grand temps de s'y mettre. Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps. » assura Maugrey. « Il en va de notre survie. »
Dean l'observait désormais comme s'il avait perdu la tête.
« Qu'est-ce que tu racontes, Maugrey ? » s'exclama Dean, la voix tremblante, comme s'il ne croyait pas.
« Je crois que tu as très bien compris, Dean. Je suis aussi un extrémiste. Comme Higgs et d'autres dans nos rangs. Mais je ne peux pas l'afficher devant les autres. Ils ne sont pas prêts. » admit Maugrey. « Pas encore. »
Dean sembla pris au dépourvu par cette révélation inattendue.
« Désolé pour cet abruti de Higgs. Les choses n'auraient pas dû en arriver là pour toi. Il était juste supposé envoyer Hannah. » s'excusa Maugrey avec une grimace.
« C'est…toi ? C'est toi qui l'as poussé à faire ça ? Higgs était sous tes ordres ? » glapit Dean, la mine douloureuse.
Ses blessures avaient disparu mais la souffrance semblait cette fois psychologique. C'était comme si les paroles de Maugrey provoquaient un déchirement en lui.
« Comment … Comment oses-tu regarder les autres dans les yeux ? Leur mentir tous les jours ? » s'écria Dean avec rage, des larmes de fureur et de peine dans les yeux, visiblement profondément heurté par la trahison. « COMMENT ? »
Maugrey resta impassible devant l'emportement de Dean.
« Je ne m'attends pas à ce que tu comprennes. Seules les personnes comme moi qui ont tout perdu à cause du régime savent que nous ne pouvons pas faire preuve de miséricorde envers ces gens. Ils n'en font pas preuve envers nous. » assura Maugrey d'une voix calme. « Avant d'arriver dans cette base, tu as vécu dans une zone libre. Tu ne comprends pas ce que c'est. Higgs, lui, comprend. Même cette fille, Hannah, le comprenait. »
« Non… » murmura Dean en secouant la tête, comme s'il refusait de le croire.
« Désolé, gamin. Sache que je n'éprouve aucun plaisir à faire ce que je m'apprête à faire. Tu es un brave type, mais tu es trop faible. Et les hommes faibles sont les chiens des hommes forts. » affirma Maugrey avec assurance. « Sache que ta mort servira la cause, malgré tout. »
Il pointa sa baguette vers Dean et enleva les lianes invisibles qui retenaient ses pieds à la chaise. Dean commença à hurler pour qu'on lui vienne à l'aide.
« Pas la peine, gamin. Personne ne peut t'entendre. » révéla Maugrey en levant les yeux au plafond.
« Je t'en supplie Maugrey, ne fais pas ça. » implora Dean, désespéré.
La pièce avait fait l'objet d'un sort de silence et personne n'entendrait ses cris.
Maugrey ignora ses supplications et dressa sa baguette face à son visage.
« Impero. » dit-il.
La lueur paniquée et alertée dans les yeux noirs de Dean disparut subitement, remplacée par une expression vide et docile.
« Je veux que tu prennes une cordelette dans l'armoire et que tu te pendes avec. » ordonna Maugrey d'une voix calme. « Utilise ta baguette pour coller la corde au plafond. »
Il observa Dean tandis qu'il s'exécutait sans montrer le moindre signe de protestation. Maugrey avait travaillé assez longtemps parmi les Aurors pour savoir comment s'assurer qu'on ne retrouve pas de preuves sur une scène de crime. Investiguer sur des homicides lui avait indirectement appris à couvrir un meurtre aux yeux de professionnels.
Le sort qu'il avait apposé pour couvrir les blessures de Dean empêcherait qu'on devine le passage à tabac par Higgs avant sa mort. Il n'y aurait également aucune trace de ses propres empreintes sur la corde s'il ne la touchait pas. Tout le monde croirait à un suicide. Dans des circonstances normales, un spécialiste de médicomagie légale reconnaîtrait sans doute des traces d'hémorragie interne à cause de coups d'Higgs mais ils ne possédaient pas les dispositifs nécessaires à la base pour faire une autopsie aussi poussée. Celle-ci ne serait qu'extérieure, ce qui faciliterait la tâche à Maugrey pour dissimuler son implication.
Il observa Dean sans émotion tandis que ce dernier collait la corde au plafond à l'aide d'un sort et enroulait l'autre extrémité fermement à sa nuque d'un geste machinal, tel un automate. Il grimpa ensuite sur la chaise sur laquelle il avait été assis avant de laisser ses jambes tomber dans le vide. Immédiatement la corde se serra autour de sa nuque. Dean se balança dans l'air pendant de longs moments, tremblant de manière incontrôlée, asphyxié. Finalement, il cessa de bouger.
Il n'avait pas eu le choix, songea Maugrey. Les informations que détenaient Dean auraient pu lui faire du tort. Utiliser un sort d'oubli n'aurait pas été suffisant. Maugrey savait que ces sorts n'étaient pas toujours fiables. Les souvenirs d'une personne pouvaient revenir. Il ne pouvait pas se permettre de prendre le moindre risque.
« Je te promets que ton sacrifice ne sera pas vain. Liberté et Dignité. » furent les derniers mots que Maugrey adressa au corps sans vie de Dean Thomas avant de quitter la pièce.
''Les hommes faibles sont les chiens des hommes forts.'' est une citation tirée de Jacques le Fataliste et son maître de Denis Diderot (1796)
Bon, vous devez tellement me détester. Entre ce chapitre avec Dean et le précédent avec Terry, je leur en ai fait voir de toutes les couleurs :( On dirait que les choses se complexifient encore plus, n'est-ce pas ? Êtes-vous choqués par la vérité et l'implication de Maugrey qui a finalement tout planifié ?
Et si vous ne me détestez pas encore, rassurez-vous, ça viendra.
J'espère que revoir Hermione et Théodore vous a plu, également. On les reverra encore au prochain pour la rencontre avec les parents !
On dirait finalement que Draco a un harem ... Et Ginny qui ne sait pas encore qu'elle a de la concurrence...
Ca faisait longtemps aussi qu'on avait pas vu Katrina, ni entendu parler de Cressida et son projet. Avec le contexte actuel, ce n'est pas plus mal que Ginny ne se rende pas au Ministère...
Et Pansy... Que dire à part qu'elle est reste fidèle à elle-même...
Ce chapitre était encore une fois ultra long mais, à partir du prochain, je reprends une taille ''correcte'' de chapitre (7-9K) Le prochain chapitre s'intitulera Le Fruit Défendu.
J'attends vos avis !
A très vite,
Fearless
