Merci infiniment à Jiwalumy, drou, DI5M, Fleur d'Ange et Lestrange-maria pour vos reviews ! J'vous fais des calins à distance.

Playlist et montage sur pour ce chapitre disponible sur mon profil d'auteur ! Bonne lecture et on se retrouve à la fin...

XXI. Le Fruit Défendu

Narcissa Malfoy n'avait jamais apprécié les hortensias. Pourtant, ces fleurs remplissaient les jardins du Manoir. Une requête de son époux, Lucius, dont les choix primaient toujours.

Pendant la majorité de son mariage, Narcissa s'était efforcée d'endosser le rôle de l'épouse parfaite. Dès son plus jeune âge et à travers une éducation martiale, sa mère lui avait inculqué l'importance d'être une femme respectable, une hôtesse irréprochable, et une mère aimante.

On lui avait gentiment – mais fermement - demandé de mettre ses propres ambitions en retrait pour favoriser celles de son futur époux. La soupirante idéale était spirituelle et dotée d'une tête bien remplie. Malgré tout, une femme ne devait pas faire de l'ombre à son mari. Ce dernier était le chef de famille, le pourvoyeur, celui qui prenait les décisions finales. Narcissa, elle, devait le soutenir dans ses choix, lui montrer une loyauté inflexible, lui assurer une descendance saine, et se faire discrète.

Elle avait réussi à mener à bien cette mission pendant les dernières décennies ou plutôt à bien la feindre. Ce sacrifice était pourtant laborieux. Chaque jour, elle devait lutter pour réprimer sa vraie nature afin de ne pas émasculer son mari et bousculer son égo fragile. Quiconque les connaissait intimement savait que Narcissa était bien plus clairvoyante et stratégique que Lucius. Elle était une meilleure femme d'affaires et sans le moindre doute, aurait fait une meilleure politicienne. Elle était néanmoins née avec le sexe faible, et tant chez les Black que les chez Malfoy, les femmes avaient une place attitrée à laquelle elles devaient se tenir.

Elle était chanceuse, lui avait-on clamé pendant des années, que Lucius l'autorise à occuper un poste aussi important dans l'entreprise familiale. Devant ces commentaires exaspérants, Narcissa s'efforçait d'afficher un sourire de façade. Ces gens ne réalisaient-ils pas qu'elle était autant - voire plus - capable que son mari ?

Narcissa et Lucius avaient suivi le même parcours académique et elle avait toujours excellé, le surpassant dans de nombreux domaines. Même le propre père de Lucius, Abraxas Malfoy, avait complimenté la vision de Narcissa à son entrée chez Machinations Malforescentes. A l'époque, le groupe était encore dirigé par le patriarche Malfoy, un homme brillant d'un charisme impressionnant qu'elle avait observé, admiré et émulé pendant sa propre carrière. Elle avait toujours eu davantage de respect pour Abraxas que Lucius qui estimait que tout lui était dû – y compris sa femme.

Lucius la traitait davantage comme un trophée qu'une partenaire de vie. Les femmes doivent être vues, pas entendues, prétendait-il. Elle devait être l'épouse parfaite accrochée à son bras, celle qui provoquait toutes les convoitises des autres hommes et qu'il pouvait parader comme bon lui semblait. Un ressentiment latent consumait leur relation. Narcissa lui en voulait terriblement de ne pas avoir été l'amoureux tant désiré, un mari affectueux et surtout, un père aimant pour Draco.

« Maîtresse Malfoy. Le thé est servi sur la terrasse. » annonça une voix fluette à ses côtés, la faisant sortir de sa torpeur.

Le regard bleu de Narcissa était rivé sur les arbustes dont les fleurs avaient perdu toute leur vigueur et leur beauté à l'arrivée de l'automne, mais qui subsistaient toujours sous l'effet d'un enchantement. Elle porta son attention sur Dobby, l'elfe de maison, qui s'inclina prestement devant elle, arborant un air d'adoration profonde.

Narcissa remonta les trois marches menant au patio, où une jolie table avait été dressée sur une nappe en lin élégant, ornée de motifs d'entrelacs. Les elfes avaient ensorcelé les vitres du patio qui diffusaient désormais une chaleur agréable dans le froid de novembre. Lucius était déjà installé à la table, sirotant sa tasse de thé, les yeux rivés sur la Gazette du Sorcier. Il leva à peine les yeux lorsque Narcissa s'installa face à lui.

« Comment se passent les choses, au Ministère ? » demanda Narcissa d'une voix agréable, pour entamer la conversation. « Il me semble que tu avais une réunion avec le Coven, ce matin. »

« Rien à reporter. » répondit Lucius d'un ton détaché, son attention toujours rivée sur son journal.

Narcissa exécrait cette indifférence dont il faisait preuve à son égard, et de manière totalement délibérée, elle le savait. Comme si elle n'était pas assez intelligente pour entretenir une conversation plus poussée.

« Est-ce qu'ils planifient une action concrète ? » insista-t-elle. « Je pense que… »

Lucius posa son journal sur la table et planta ses yeux gris dans ceux de Narcissa, excédé.

« Sauf erreur de ma part, ton opinion n'a pas été sollicitée. Je suis le Gouverneur et je me chargerai de te donner des informations si je le juge nécessaire. En attendant, reste à ta place. » assena-t-il d'une voix sèche.

Narcissa resta figée devant ses paroles rabaissantes. Sous la table, sa main avait commencé à trembler et elle serra le poing. De frustration, de colère et d'humiliation. Elle haïssait cet homme. Du plus profond de son être. Elle voulait le voir disparaître de sa vie.

Pourtant, et comme toujours, Narcissa garda son calme et termina sa tasse de thé, la mine sereine. Elle s'était donnée une règle claire dès les premières années de son mariage. Ne jamais lui accorder satisfaction en montrant à quel point ses agissements blessants l'affectaient. Lucius quitta finalement la table, disparaissant dans le manoir. Machinalement, le regard brillant de Narcissa se porta sur les hortensias, qu'elle observait sans vraiment les voir.

« Dobby ? » demanda-t-elle finalement, après quelques minutes de silence.

« Oui, maîtresse ? » glapit la petite créature.

« Informe le jardinier que je veux qu'on retire ces arbustes dès demain et qu'on les remplace par des lilas. » ordonna-t-elle d'un ton déterminé.

« Bien, maîtresse. » confirma l'elfe.

Deux heures plus tard, Narcissa pénétra dans une suite de l'Augurey Magistral. Le Mangemort qui l'escortait resta à l'extérieur de la pièce après s'être assuré que l'accès était sécurisé. La suite, gigantesque, contenait un living room et même une salle de réunion. Grâce à cela, il lui était simple de prétexter un rendez-vous professionnel. Elle avait réclamé ce rendez-vous à la dernière minute, désireuse de se changer les idées après l'échange désagréable avec son mari.

Une jeune femme brune se tenait près de la fenêtre. Un sourire éclaira son visage à l'arrivée de Narcissa et dès la porte refermée, elle s'élança dans sa direction pour l'accueillir. Narcissa se laissa aller dans l'étreinte de la jeune femme, respirant l'odeur discrète et plaisante de ses cheveux, savourant la sensation de ses bras et de sa peau chaude. Allegra McGrath s'écarta lentement, plongeant son regard sombre dans les yeux bleus de Narcissa, une expression d'attachement sur le visage.

Narcissa se pencha et captura doucement ses lèvres pleines, appréciant le contact de ses mains délicates autour de sa taille. A ses côtés, elle avait l'impression d'oublier les frustrations de sa vie quotidienne. Pendant ces entrevues furtives, elle était la Narcissa qu'elle voulait être. Une femme libre qu'on choyait et appréciait à sa juste valeur.

Elle adorait cette façon qu'Allegra avait de la regarder - un air rempli d'admiration, de convoitise et de tendresse. Des choses qu'une femme aurait dû sentir de la part de son mari.

Leurs baisers se firent plus fougueux, les caresses plus empressées et les vêtements furent ôtés avec la dextérité de deux femmes qui connaissaient le corps de l'autre parfaitement. Elles se laissèrent tomber dans le lit de la suite, pressées d'éteindre ce désir enivrant qui les consumaient.

Narcissa n'aurait jamais pensé trouver satisfaction dans les bras d'une autre femme. Avant Allegra, aucune femme ne l'avait d'ailleurs attirée. Depuis le début de leur liaison, débutée deux ans auparavant, elle s'était interrogée sur sa sexualité sans jamais pouvoir trouver de réponse satisfaisante.

Cela n'avait pas d'importance, avait-elle finalement décrété. Ce qui importait était qu'Allegra lui offrait une échappatoire face à ce rôle qu'elle devait jouer chaque jour à la perfection.

Faire l'amour avec une femme était une expérience différente de ce qu'elle avait connu auparavant. Allegra lui donnait du plaisir d'une manière qu'elle n'avait jamais expérimenté avec un homme. C'était bien plus subtil, sensuel et érotique. Allegra était une amante généreuse et flexible. Fournir du plaisir à Narcissa semblait même accroître le sien, une chose que Narcissa n'avait jamais connu avec Lucius, un partenaire égoïste qui ne se préoccupait guère de ses envies. Après leurs ébats sensuels, elles se retrouvèrent face à face sur le lit, encore dévêtues, le visage rouge et brillant mais heureux.

« Tu sembles pensive, Cissy. » fit remarquer Allegra à voix basse, comme si elle ne voulait pas déranger le silence tranquille qui s'était installé dans la pièce. « Est-ce qu'il a encore fait quelque chose pour te contrarier ? »

Narcissa ne répondit pas immédiatement. Allegra connaissait parfaitement ses frustrations au sujet de son mari – sur lesquelles elle s'était beaucoup confiée. Aujourd'hui, toutefois, c'était un sujet qu'elle ne souhaitait pas aborder. Le souvenir de l'attitude de Lucius, plus tôt dans la journée, refit surgir un élan de contrariété.

Allegra sembla le remarquer car elle posa une main sur la taille de Narcissa, laissant parcourir ses doigts le long de sa peau diaphane.

« Il ne te mérite pas. » assura-t-elle. « Il ne mérite pas une femme aussi belle et aussi intelligente que toi. »

« Et toi, oui ? » demanda Narcissa, mutine, faisant rougir Allegra.

« Je sais te rendre heureuse. » se justifia Allegra en s'approchant d'elle. « Si j'en avais la possibilité, je… »

« Arrête. » interrompit immédiatement Narcissa. « Tu sais très bien que je ne veux pas t'entendre parler ainsi. »

Lorsqu'Allegra disait ces choses, elle mentionnait une réalité impossible. Jamais Narcissa ne quitterait son mariage, surtout pour une autre femme, de près de vingt ans sa cadette. Même si son union avec Lucius ne lui procurait pas l'amour, l'affection et la complicité qu'elle désirait ardemment, elle lui apportait des choses inestimables : de l'accès, du pouvoir et un respect sans faille parmi la communauté.

Allegra garda le silence, et Narcissa décela une lueur de déception dans son regard. Narcissa posa sa main sur la sienne, puis la porta à sa bouche pour y déposer un baiser tendre.

« Sois patiente. Bientôt, les choses vont changer. » » lui promit-elle d'une voix mystérieuse.

/

Scarlett observait d'un œil absent la porte lui faisant face, se demandant quand son calvaire prendrait fin. Cela faisait des semaines qu'elle était retenue captive par Blaise Zabini. Ses conditions de captivité n'étaient pas affreuses, loin de là. On l'avait installée dans un appartement magnifique et luxuriant, entièrement à sa disposition. Un elfe de maison résidait avec elle dans l'appartement, s'occupant de ses repas et des tâches ménagères. Elle était même autorisée à sortir une fois par jour dans les jardins à proximité, toujours escortée par l'un des hommes de Blaise. A chaque fois, elle revêtait un chapeau en mousseline ainsi que des lunettes de soleil, pour ne pas être reconnue. Scarlett devait au moins admettre une chose - Blaise Zabini savait traiter ses prisonniers.

Ce confort ne remplaçait toutefois pas le fait qu'elle ne pouvait pas quitter cet endroit comme bon lui semblait. Des gardes surveillaient à tour de rôle l'entrée. Même si Scarlett n'était pas en position de se plaindre, elle commençait à saturer. Combien de temps resterait-elle ici ? Elle ignorait tout des plans de Blaise Zabini pour elle et cette ignorance totale la rendait nerveuse.

Scarlett entendit soudainement des bruits de voix surgir derrière la porte. Elle se redressa sur le divan en tissu côtelé blanc et reposa son livre sur la table basse. Elle avait trouvé l'ouvrage - L'art de la manipulation en trente étapes - dans la bibliothèque du living room qu'elle avait commencé à explorer pour passer le temps.

La porte s'ouvrit et le cœur de Scarlett fit un bond dans sa poitrine lorsqu'elle reconnut Blaise Zabini. Elle ne l'avait pas vu depuis le soir de leur rencontre, dans son lounge populaire du Quartier Treize. Lorsqu'elle avait interrogé les gardes, ils avaient tous répondu que leur patron ''avait mieux à faire et qu'on s'occuperait d'elle le moment venu.''

Blaise portait une chemise bleu charron sur un pantalon gris foncé, retenu par une ceinture noire dans un cuir élégant. Ses cheveux étaient coupés courts, à ras du crâne, avec des contours précis et sophistiqués. Elle eut un moment de fascination en observant son apparence impeccable. Elle avait presque oublié à quel point il était bel homme.

« Bonsoir, Scarlett. » salua-t-il poliment de sa voix suave. « Je peux ? »

Il avait désigné le sofa face à elle et Scarlett s'empressa d'acquiescer, surprise qu'il demande son autorisation. Les yeux cuivrés de l'homme l'observèrent pendant de longues secondes et lorsqu'un sourire habilla son visage, Scarlett ne put s'empêcher d'être déroutée devant la prestance qu'il éludait. Il s'installa confortablement sur le fauteuil lui faisant face, posant un pied sur son genou.

« J'espère que tu es bien traitée par mes employés et que ton séjour se passe bien. » s'enquit-il.

« Très bien, merci. » répondit-elle d'une voix légèrement rauque, la gorge sèche.

Elle n'avait pas beaucoup parlé ces derniers jours et cela s'entendait à sa voix rouillée.

« N'hésite pas à me faire savoir si tu as besoin de quoi que ce soit. Mes employés feront en sorte de te le procurer. » assura-t-il.

« Ma liberté, par exemple ? » demanda-t-elle du tac-au-tac.

Le sourire de Blaise s'élargit.

« Je crains que ça ne puisse pas être possible. Pour le moment, du moins. » répondit-il d'une voix agréable, lui adressant un regard désolé, comme s'il était navré. « En attendant, si quelque chose n'est pas à la hauteur de tes attentes, dis-le-moi. Je prends très au sérieux le bien-être de mes invités. »

« Vos invités ou vos prisonniers ? » interrogea Scarlett en arquant un sourcil.

« Tu ne me poserais pas cette question si tu voyais comment sont traités mes prisonniers. La différence est significative, crois-moi. Et si tout va bien, tu n'auras jamais besoin de le savoir. » ajouta—t-il d'une voix entendue.

Derrière l'intonation tranquille, la menace était déguisée mais bien présente. Scarlett se tendit. Elle n'obtiendrait rien en provoquant cet homme. Elle savait qu'il était de ceux qui avaient un égo surdimensionné. Elle devait le caresser dans le sens du poil.

Une vibration se fit entendre, interrompant la conversation, et Blaise glissa la main dans sa poche, extirpant un miroir à double sens.

« Une seconde. » s'excusa-t-il.

Il commença à parler à l'adresse du miroir à double sens dans une langue qu'elle n'avait jamais entendu auparavant, avec des intonations rythmées mais mélodiques. De temps à autre, il fronçait les sourcils, comme si la conversation le contrariait. Une fois sa conversation terminée, Blaise rangea son miroir et reporta son attention sur Scarlett qui n'avait pas cessé de le fixer.

« Mes excuses. Où en étions-nous ? » reprit-il. « Oh, oui, jouons à un jeu. »

Sa suggestion prit la jeune femme au dépourvu. Un jeu ? pensa-t-elle avec effarement. Il n'était assurément pas sérieux. Pourtant, l'air impliqué de Blaise Zabini lui prouva à quel point il l'était.

« Ce jeu est simple. Tu vas répondre à certaines de mes questions et je vais devoir deviner si tu dis la vérité ou s'il s'agit d'un mensonge. Tu n'as pas besoin de confirmer si c'est le cas. » énuméra-t-il.

Elle hocha la tête, confuse. Quel était l'intérêt de ce jeu s'il ne comptait pas confirmer sa réponse ? Elle ne s'en formalisa pas davantage. Elle était habituée à recevoir des demandes curieuses de la part des hommes qu'elle fréquentait dans son métier. De plus, elle mentait sans aucune difficulté.

« Quel est ton prénom ? » demanda-t-il avidement.

« Scarlett. » répondit-elle aussitôt.

« Faux. » affirma-t-il.

Il sembla réfléchir.

« Maintenant que j'y pense, celle-ci n'est pas si difficile. Toutes les escorts utilisent un nom d'emprunt. » dit-il en secouant la tête, comme si avoir eu raison sur une question de ce genre n'était pas satisfaisant. « Quel est ton statut de sang ? »

« Sang-pur. » répondit Scarlett avec honnêteté.

« Que fais-tu dans la vie ? »

« J'offre une compagnie agréable à des clients privilégiés. »

Sa réponse le fit rire, et il sembla même apprécier. Pendant de longues minutes, Blaise poursuivit son interrogatoire curieux, lui posant des dizaines de questions, parfois sérieuses et parfois ridicules.

« As-tu déjà tué quelqu'un ? » demanda-t-il soudainement, l'observant avec attention.

Cette fois, Scarlett mit un peu plus de secondes à répondre.

« Pas directement. » répondit-elle finalement, après une brève hésitation.

Sa réponse le fit lever un sourcil.

« C'est une réponse tellement… cryptique. » commenta Blaise, déridé. « Mais tu sembles dire la vérité. »

Il avala une gorgée de sa boisson, puis se frotta les mains.

« Alors, comment était ma prestation ? Toutes mes réponses étaient bonnes, n'est-ce pas ? »

Scarlett avait été impressionnée par ses déductions, toutes correctes.

« Non. » prétendit-elle d'un ton détaché. « Certaines d'entre elles étaient fausses. »

« Ah, un mensonge. » dit-il avec satisfaction.

Cette fois, elle ne parvint pas à dissimuler sa stupéfaction.

« Comment faites-vous cela ? » interrogea la jeune femme, intriguée.

« La majorité des gens ont des inflexions particulières lorsqu'ils mentent. On le remarque dans leur langage corporel. La mâchoire, la direction des yeux, les mains, la voix et la respiration. Ça dénote souvent d'une duperie. En posant des questions faciles, auxquelles ils n'ont aucune raison de mentir, j'observe leur comportement quand ils ne mentent pas. Ce qui me permet de comparer. Tu n'es pas mauvaise et tu mens relativement bien. Tu tromperais beaucoup de gens, mais pas un spécialiste dans mon genre. » affirma Blaise. « Je n'ai rencontré que deux catégories de personnes capables de mentir sans être détectées. Les fous, notamment, car ils croient en leur propre vérité, aussi déformée soit-elle. »

« Et la deuxième catégorie ? » demanda Scarlett, désormais curieuse.

Il esquissa un sourire sardonique.

« Les gens comme moi. » dit-il simplement.

Scarlett ignorait ce qu'il entendait par là et à la vue de son expression, il ne lui donnerait pas davantage de détails.

« Faisons un autre jeu. » proposa Blaise, retrouvant son enthousiasme.

« Vous aimez les jeux. » fit-elle remarquer.

« J'adore ça. La vie est tellement plus agréable lorsqu'on joue. » répondit-il avant de se lever pour prendre un autre verre au bar fourni de living room.

« Je pourrais vous en apprendre. » proposa Scarlett d'un air entendu, à son retour.

Elle croisa lentement ses jambes, penchant subrepticement la tête d'un côté, une lueur intense dans ses yeux. Il observa son geste et elle ressentit de la satisfaction en reconnaissant la lueur de convoitise dans les yeux de l'homme.

Malgré sa captivité, Scarlett ne s'était pas laissée aller sur son apparence. Elle ne se le permettait jamais. Elle ne connaissait que trop bien la différence de traitement des hommes quand elle était apprêtée et sur son trente-et-un. Elle obtenait ce qu'elle désirait - que ce soit de l'aide ou bien de l'argent. Devant une femme féminine et désirable, les hommes agissaient différemment. Elle avait capitalisé sur son physique depuis son adolescence et elle savait qu'il était une arme redoutable.

Malgré tout, Blaise semblait voir clair dans son jeu. Il éclata d'un rire sonore, faisant apparaître sa rangée de dents blanches parfaites, visiblement amusé par son flirt manifeste.

« Je suis certain que tu pourrais m'en apprendre. Après tout, j'imagine que c'est ta spécialité. Je ne dirais pas non à quelques jeux de rôles dans d'autres circonstances. Mais d'abord, les affaires. » décréta-t-il.

Scarlett se contenta de sourire bien qu'une partie d'elle était vexée par le sang-froid dont il faisait preuve face à elle. Elle n'était pas habituée à ce que les hommes lui résistent. C'était certain - Zabini était d'un autre calibre. Étrangement, la curiosité de la jeune femme ne fit que s'accroitre et face à cet homme, elle ressentait un mélange entre la crainte et l'attraction.

« Je vais faire quelques assertions et essayer de deviner s'il s'agit de la vérité. Encore une fois tu n'as pas besoin de confirmer. La différence, cette fois, c'est que tu n'as pas besoin de me répondre. J'analyserai simplement ton visage et ton langage corporel. » expliqua Blaise avant de vider son verre d'un trait et le poser sur la table basse, un air de concentration extrême défilant dans ses yeux ambrés.

Scarlett hocha la tête, lui signifiant qu'elle avait saisi la consigne. Blaise fit signe à l'elfe de maison de remplir de nouveau son verre.

« Avant qu'on commence à jouer, je veux que tu comprennes les enjeux et le contexte derrière mes questions. Mon clan a la main mise sur une partie importante du territoire. Mais j'ai besoin de l'étendre et il existe certaines zones du pays gérées par la concurrence que je n'arrive pas à contrôler, malgré toutes mes tentatives. J'ai investi beaucoup d'argent et perdu beaucoup d'hommes pour obtenir ces territoires. Sans succès. » expliqua-t-il, avec un tressaillement au coin des lèvres, comme si cet échec le contrariait particulièrement. « Le pire, c'est que je ne trouvais pas d'informations concrètes sur mon ennemi. Enfin… Jusqu'à ce que mon ennemi se décide à envoyer quelqu'un directement dans mes mailles. Toi. »

Il s'arrêta, le regard rivé sur Scarlett qui retint son souffle. Il semblait guetter chacune de ses réactions et elle réalisa que son fameux jeu avait sans doute débuté.

« Figure-toi que j'ai longtemps réfléchi depuis notre rencontre et j'en ai déduit que tu étais probablement envoyée par quelqu'un d'important. » affirma-t-il en tapotant distraitement sur le rebord de son verre. « Quelqu'un d'assez important pour ne pas craindre de se mesurer à mon clan. »

Scarlett resta insensible. Blaise l'observait fixement, comme s'il tentait d'interpréter la moindre réaction qu'elle laisserait passer.

« Est-ce qu'on t'a envoyée pour me tuer ? Non… » répondit-il aussitôt en examinant son visage. « Probablement pour me neutraliser, dans ce cas ? J'imagine que tu étais là pour me faire baisser la garde ? Tu étais simplement là en tant que distraction. Oui, c'est ça. »

Blaise semblait satisfait de son monologue, empli de déductions.

« Cette personne est-elle un homme ? Une femme ? Une figure publique ? » enchaîna-t-il avec avidité.

Il fronça les sourcils devant la réaction de la jeune femme. Elle resta silencieuse pendant qu'il enchaînait les pistes sur l'identité de l'employeur de Scarlett.

« Tiens, c'est étrange… Tes réactions sont cryptiques sur ces questions. Je n'arrive pas à identifier si j'ai raison ou pas. » avança Blaise d'un ton pensif, en posant une main sur son menton, comme s'il faisait face à un casse-tête frustrant.

Après un bref instant de réflexion, une lueur de compréhension illumina ses yeux.

« Tu ne peux rien dire sur l'identité de cette personne. Pas parce que tu ne veux pas, mais parce que tu es en physiquement incapable. » tenta-t-il. « Oui, j'ai trouvé. Dans ce cas, il y a quelque chose qui t'en empêche… Un enchantement ? C'est bien ça. Je vois… Un serment inviolable ? »

Scarlett ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux, tombant des nues face à ces capacités de déduction. S'il n'était pas un baron de la pègre, il aurait probablement fait un excellent détective au sein du Bureau des Aurors, songea-t-elle, effaré réalisa qu'elle commençait elle-même à afficher des signes extérieurs de panique même si elle faisait tout pour paraître sereine. La situation était des plus stressantes. Se retrouver interrogée de cette manière étrange et d'être forcée à contrôler la moindre expression et le moindre geste était difficile. La pression commençait à l'assaillir. Scarlett ne pouvait pas lui donner l'identité de son employeur à cause du Serment Inviolable qui l'en empêchait.

« Eh bien Scarlett… Tout cela me met dans une position délicate. » admit Blaise en posant son verre sur la table, désormais vide. « Après tout, techniquement, tu ne m'es d'aucune utilité. Et après ce que tu as fait, je devrais disposer de toi. »

Immédiatement, Scarlett sentit une boule obstruer sa gorge et l'angoisse l'envahit. Elle savait pertinemment que disposer d'elle ne signifiait pas lui rendre sa liberté. Elle s'était retrouvée près d'assez d'hommes dans son genre pour savoir qu'ils ne prenaient aucun risque et qu'ils ne se montraient guère cléments avec leurs détracteurs.

« Alors, dis-moi Scarlett… Que fait-on ? » demanda Blaise d'une voix posée, sans la lâcher du regard.

Si Scarlett pouvait être qualifiée de quelque chose, c'était certainement de survivante. Elle venait de loin. Toute sa vie, elle avait dû se battre pour quitter des circonstances difficiles. Elle avait, par tous les moyens, tenté de se sortir de sa misère sociale et affective. Et si elle avait appris quelque chose, c'était qu'elle était prête à tout pour survivre.

« Non, attendez. » plaida-t-elle, s'efforçant de ne pas paraître désespérée même si elle savait que c'était probablement déjà le cas. « Même si je ne peux pas vous donner d'informations directement, je peux vous donner un moyen de retrouver cette personne. »

Elle planta son regard dans les yeux cuivrés de Blaise qui la jaugeait désormais avec réflexion, comme s'il considérait sa proposition. Après quelques instants, un sourire satisfait habilla ses lèvres pleines et son regard profond transperça celui de la jeune femme.

« Je suis tout ouïe. » affirma Blaise Zabini.

/

« Maître ? » demanda Zéphyr. « Votre invitée vient d'arriver. »

Théodore releva la tête de sa partition, et tomba nez à nez avec son elfe de maison qui l'observait avec révérence. Théodore s'empressa de se relever, sans même ranger ses notes avec lesquelles il était habituellement si minutieux. Il se rua vers le grand hall menant aux portes principales du Manoir Nott, exécutant presque un sprint tant il était impatient. Pendant l'heure précédente, il avait fait les cent pas dans le living principal, agité et impatient, observant par la fenêtre toutes les deux minutes pour voir si une diligence entrait dans le domaine. Il s'était finalement efforcé de se concentrer sur la composition de son opéra personnel, pour lequel il avait retrouvé une inspiration soudaine ces dernières semaines. Il était heureux d'avoir pu avancer après avoir buché dessus pendant des mois, incapable de se concentrer sur ce projet qui lui tenait tant à cœur.

Il descendit rapidement les marches du perron tandis que la diligence se garait devant l'îlot principal rempli de verdures, dressé devant la bâtisse imposante des Nott. Zéphyr s'était précipité vers le véhicule et s'empressa d'actionner la poignée pour l'ouvrir.

Hermione fit irruption de la diligence, vêtue d'une cape épaisse, l'air hésitant. Son visage s'éclaira lorsqu'elle croisa le regard de Théodore.

« Merci. » dit-elle à l'attention de l'elfe qui s'inclina profondément devant elle.

« Bienvenue Miss Granger. Zéphyr est ravie d'enfin vous rencontrer. Maître Nott parle constamment de vous. » complimenta l'elfe, un air d'adoration dans ses yeux bridés.

Hermione parut prise de court par la révélation et jeta un regard étonné vers Théodore. Ses joues, déjà rougies par le froid de novembre, s'intensifia.

« Tu n'étais pas supposée savoir ça. » admit Théodore avec embarras en jetant un regard faussement désapprobateur à l'elfe qui souriait tellement que ses yeux étaient à peine visibles sous ses paupières.

La créature esquissa un geste pour prendre le sac qu'Hermione tenait en main.

« Oh, je peux m'en charger. » protesta cette dernière, visiblement peu à l'aise devant l'attention donnée par Zéphyr.

L'elfe se tourna immédiatement vers Théodore, comme pour attendre ses ordres.

« Ne t'inquiète pas, Zéphyr va s'en charger. » déclara Théodore en adressant un hochement de la tête à l'elfe.

Zéphyr s'empara joyeusement du sac de voyage d'Hermione, avant de se diriger vers le Manoir, sous l'air un peu désemparé de la jeune femme.

« Crois-moi, elle ne le prend pas bien lorsqu'on refuse qu'elle fasse une tâche. » lui assura Théodore.

Hermione parut sur le point de protester mais sembla se rétracter à la dernière seconde. Théodore en profita pour prendre son visage dans ses mains et lui donner un baiser. Ses lèvres étaient froides mais il ne s'en formalisa pas, heureux de retrouver la présence de la jeune femme. Cela faisait trois jours qu'ils ne s'étaient pas vus, depuis le passage de Théodore aux Grandes Archives des Macmillan pour effectuer des ''recherches.'' Depuis, le temps lui avait semblé long.

« Rentrons à l'intérieur, tu es frigorifiée. » dit-il en attrapant sa main pour la conduire vers l'entrée.

Ils pénétrèrent dans le hall gigantesque du manoir Nott, décoré d'un somptueux lustre aux finitions dorées, avec des globes en cristal de bohème. Un second elfe de maison les accueillit à l'entrée et prit la cape d'Hermione qui se laissa faire, semblant néanmoins peu à l'aise.

« Combien d'elfes avez-vous, exactement ? » demanda-t-elle d'une voix effarée.

« Quatre, il me semble. Zéphyr est mon elfe. Elle m'a même suivi quand je suis allé vivre en France. »

« Est-ce qu'ils sont payés ? » demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

« Pas à ma connaissance. » répondit Théodore, un peu surpris devant sa question.

« Ce n'est pas normal qu'ils travaillent sans gagner de salaire. » fit remarquer Hermione avec une petite grimace.

« Ils sont bien traités si c'est ça qui te préoccupe. » informa Théodore.

Elle hocha la tête, semblant peu convaincue, ce qui laissa Théodore quelque peu perplexe. C'était la première fois de sa vie qu'il entendait quelqu'un mentionner un salaire pour les elfes de maison.

« Mes parents sont en voyage chez des proches. Ils seront de retour demain. » annonça Théodore, changeant prudemment le sujet, qui semblait contrariant pour la jeune femme.

Hermione hocha la tête, se frottant les bras, comme pour se réchauffer.

« Tu es nerveuse ? »

« Un peu. » admit-elle avec un soupir. « Mais j'imagine que j'ai encore une journée pour me préparer mentalement. »

« Tout se passera bien. » lui assura Théodore avant de la conduire dans le séjour principal où un feu réconfortant crépitait dans l'âtre de la cheminée en marbre.

Hermione observa ses alentours avec fascination.

« Cet endroit est époustouflant. » dit-elle, impressionnée. « Je n'ai jamais vu quelque chose du genre. »

Théodore pouvait comprendre son admiration devant un tel endroit. Le manoir des Nott était une merveille architecturale et tous les invités étaient impressionnés par son intérieur décoré avec un souci du détail singulier. Hermione sembla particulièrement stupéfiée par le plafond du grand salon avec ses moulures oblongues et ses volutes ornées de fleurs stylisées.

« Merci. Ma mère m'a formellement interdit de te faire faire la visite du manoir. Elle insiste pour le faire elle-même à son retour, demain. »

Hermione parut étonnée, mais un sourire apparut sur ses lèvres.

« Elle est vraiment impatiente de faire ta connaissance. » ajouta-t-il.

Hermione s'apprêtait à répondre mais sursauta brusquement en voyant Zéphyr apparaître devant elle, comme sortie de nulle part.

« Puis-je vous offrir une tasse de thé ou d'autres rafraîchissements, Miss ? » demanda-t-elle avec espoir.

« Hum… Une tasse de thé ira, merci beaucoup. » accepta Hermione, un peu perplexe devant l'intensité de la petite créature qui s'empressa de quitter le living room, ravie de s'atteler à la tâche.

« Tu as fait quelque chose à tes cheveux ? » demanda Théodore qui n'avait quasiment pas décollé ses yeux de la jeune femme depuis son arrivée.

Il avait remarqué que ses boucles semblaient plus définies qu'à l'accoutumée. Hermione eut un petit rire et acquiesça.

« Oui. J'y ai passé des heures, d'ailleurs. » dit-elle avec un soupir à fendre l'âme. « Mais au moins, je serai présentable pour rencontrer tes parents. »

« Ne dis pas de bêtises, Hermione. Tu es belle en toutes circonstances. » assura Théodore.

Dès leur première rencontre, il avait trouvé incroyablement jolie dans toute sa simplicité et son naturel. Elle dégageait une beauté simple et discrète qu'il trouvait exquise.

Hermione lui adressa un sourire radieux, visiblement flattée du compliment.

« Que fait-on ? Je ne m'attendais pas à ce que tes parents ne soient pas là. »

« Je crois que je suis autorisé à te faire visiter mon aile, au moins. » expliqua Théodore.

« Tu possèdes ta propre aile ? » s'exclama Hermione, en ouvrant la bouche de stupeur. « Si j'avais su que tu habitais dans un endroit pareil, je n'aurais pas osé t'ouvrir la porte de mon appartement. Il doit te paraître tellement piteux. »

Théodore secoua fermement la tête.

« Non. Et j'admire le fait que tu sois si indépendante. » admit Théodore.

Lui avait vécu la majorité de sa vie entretenu par ses parents et même s'il jouissait de tout le confort matériel qui existait, il enviait l'indépendance de la jeune femme.

Il prit de nouveau la main d'Hermione et la mena devant le gigantesque escalier. Son aile se trouvait dans la partie est du manoir et était dotée de deux pièces de vie, trois chambres, une cuisine, une salle à manger ainsi qu'un large bureau. S'il le souhaitait, il aurait facilement pu y vivre en toute intimité, sans aucun contact avec les autres occupants du manoir.

« C'est gigantesque. » commenta Hermione. « Ça doit te paraître tellement vide, parfois… »

« Tu n'as pas idée. » commenta Théodore avec un soupir.

Il n'aimait pas vivre au manoir familial. Il le faisait par nécessité et à la demande de sa mère. Il trouvait cet endroit lugubre, saturé de souvenirs accablants qu'il n'aimait pas se remémorer.

« C'est ta chambre. » annonça-t-il tandis en désignant une chambre d'amis meublée chaleureusement, avec un grand lit à baldaquins au centre.

« J'aurais ma propre chambre ? » demanda Hermione, surprise.

Théodore acquiesça lentement.

« Oh. » dit-elle. « Je pensais que… »

Elle s'interrompit, et laissa échapper un rire nerveux, visiblement gênée.

« Je pensais que nous dormirions au même endroit. » dit-elle, ses joues devenant soudainement écarlates.

« A vrai dire, je pensais que tu serais plus à l'aise si on faisait chambre séparée. » dit Théodore, se sentant complètement stupide.

Théodore se donna une claque mentale. Quel idiot, songea-t-il. Évidemment qu'il ne voulait pas faire chambre à part. Après leur conversation dans l'appartement d'Hermione, il n'avait pas été certain qu'elle serait à l'aise à l'idée de partager son lit. Il n'avait pas voulu paraître insistant ni brusque.

Hermione hocha la tête.

« Très bien. » dit-elle avant de refermer la porte soigneusement. « On continue la visite ? »

La dernière pièce que Théodore lui fit visiter fut la seconde salle de vie aménagée en salle de musique, où son piano et d'autres instruments étaient entreposés.

« C'est donc là que toute ta créativité se libère. » devina la jeune femme en caressant du bout des doigts le piano à queue.

Théodore s'installa sur la banquette et commença à jouer quelques notes, tirées de l'œuvre qu'il composait sous le regard fasciné d'Hermione.

Quand Théodore jouait, il perdait régulièrement la notion du temps et du monde qui l'entourait. Après quelques minutes, il réalisa qu'il s'était de nouveau perdu dans sa musique lorsqu'il vit Hermione à l'autre bout de la pièce, devant une bibliothèque composée de vieux ouvrages sur la musique, qu'il n'avait pas touché depuis son enfance, à l'époque où il apprenait à peine les bases du piano. La jeune femme se dirigea vers lui, tenant un livre dans les mains.

« On peut compter sur toi pour repérer la bibliothèque dans n'importe quel endroit. » commenta-t-il avec amusement tandis qu'elle s'installait sur la banquette à ses côtés.

« J'ai trouvé une photo dans celui-ci. Je crois que c'est toi ? » dit Hermione avec excitation en lui tendant un vieux morceau de parchemin imprimé.

Théodore retira ses doigts du clavier, attrapa le parchemin vieilli et l'observa avec curiosité.

« Tu étais tellement adorable. » s'extasia Hermione. « Quel âge avais-tu ? »

Théodore s'était figé devant le cliché. Il s'agissait d'une photo de lui-même, à l'âge de deux ou trois ans. Il n'était toutefois pas seul sur le cliché - une petite fille du même âge était à ses côtés. Un visage qu'il n'avait pas vu depuis des années. Sa main se crispa sur la photo, la gorge soudainement sèche.

Il sentit soudainement une main sur la sienne, le sortant de sa torpeur et croisa les yeux d'Hermione qui l'observait avec perplexité. La voix de cette dernière lui parvint aux oreilles de manière lointaine.

« Théo, tout va bien ? » demanda-t-elle avec préoccupation, ses sourcils froncés.

Il hocha lentement la tête mais Hermione ne semblait pas convaincue par sa réponse.

« Tu n'avais pas l'air de m'entendre. Et ta main… » désigna-t-elle.

Il jeta un regard vers sa propre main s'était mise à trembler de manière incontrôlée. Hermione jeta un regard inquiet vers la photo, puis vers son visage.

« Qui est-ce ? » demanda-t-elle doucement.

« Ma sœur jumelle. » répondit Théodore en déglutissant.

Ces mots furent difficiles à énoncer, et il sentit sa gorge s'assécher davantage, comme si des lames aiguisées se trouvaient à l'intérieur. Hermione ouvrit la bouche, stupéfaite.

« Je croyais que tu étais fils unique. » dit-elle avec effarement en observant la photo.

« Elle est morte. » avoua Théodore dans un souffle.

Immédiatement, le visage d'Hermione se décomposa.

« Je… Je suis désolée. » balbutia-t-elle, mortifiée.

« Ce n'est rien. Tu ne pouvais pas savoir. » rassura-t-il en reportant son attention vers l'image, observant la fillette.

Avec ses yeux pers et ses longs cheveux noirs, la ressemblance avec lui était des plus frappantes.

« Georgina. C'était son prénom. » indiqua Théodore à voix basse.

Il sentit le bras d'Hermione se glisser autant de sa taille tandis qu'elle observait à son tour la photo, posant son visage contre son épaule.

« Que s'est-il passé ? » interrogea-t-elle.

« Ma mère a eu une grossesse difficile. Elle a contracté ce qu'on appelle un Syndrome du Parasite. Ça arrive parfois lors des grossesses multiples. L'un des bébés absorbe davantage de magie que l'autre et se développe plus vite, laissant l'autre dans un état fragile. » révéla Théodore d'une voix éprouvée.

« Je n'avais jamais entendu parler de ça. » murmura Hermione.

« Dans la plupart des cas, l'autre bébé meurt avant la naissance car il ne peut pas se développer correctement. C'est moi qui ai absorbé la magie et qui était en bonne santé. Contre toute attente, Gina a survécu. » dit-il, la gorge obstruée. « Mais elle est née avec des séquelles. Elle est née cracmolle et a eu des difficultés à développer ses capacités motrices. Elle n'a jamais pu apprendre à parler correctement à part avec des cris et des bruits. Elle ne pouvait rien faire seule. Elle faisait souvent des crises, pendant lesquelles elle hurlait des heures, et il était presque impossible de la calmer. C'était horrible. » admit-il, tandis que ses souvenirs lui revenaient en mémoire.

Ceux qu'il avait tenté de réprimer toutes ces années, bien trop insupportables pour lui. Toute son enfance, il avait été assailli par un sentiment de culpabilité à l'idée d'avoir survécu et d'être en bonne santé. Il s'était senti responsable de l'état et de la souffrance de sa sœur.

« Un jour, lorsque nous étions dans cette pièce, elle a fait une crise et ma mère essayait désespérément de la calmer. Je me suis mis à jouer du piano et ça l'a apaisée instantanément. Pour une raison obscure, elle semblait bien réagir à la musique. Et c'est pour cette raison que j'ai commencé à sérieusement apprendre à jouer. » dit-il avec un sourire faible.

Lorsqu'il jouait, des morceaux simples, du haut de ces cinq ans, Georgina l'observait avec fascination dans ses grands yeux, totalement apaisée.

« Mes parents ne voulaient pas qu'elle sorte en public parce qu'elle était cracmolle. On l'a cachée pendant des années. Ils disaient que c'était dangereux et que certaines personnes lui voudraient du mal s'ils apprenaient la vérité sur sa condition. » expliqua Théodore avec difficulté. « Elle a passé sa courte vie à vivre recluse, en secret. »

Cette vérité était particulièrement douloureuse pour lui.

« Un jour, elle a juste… disparu. Mes parents sont venus me voir et m'ont expliqué qu'elle était partie et qu'elle reposait dans un endroit tranquille. » dit Théodore d'une voix tremblante. « J'ai mis du temps à comprendre que ça signifiait qu'elle était morte. »

Il s'arrêta, s'efforçant de ne pas se laisser submerger par les émotions tandis qu'il racontait ce récit.

« Nous n'en parlons jamais. » avoua-t-il. « Ça a toujours été un sujet tabou dans ma famille. Avec le temps, j'ai arrêté de poser des questions. »

Le sujet de la disparition de sa sœur était un sujet sensible. C'était après la mort de sa sœur que Théodore avait commencé à développer des troubles de l'humeur, traumatisé par sa soudaine disparition. Toute sa vie, il était passé par des périodes de dépression profonde. C'était également pour cette raison qu'il n'aimait pas vivre dans ce manoir qui lui rappelait des souvenirs tragiques. La culpabilité d'avoir été celui qui avait survécu l'avait affecté toute sa vie. Il s'était efforcé de vivre avec cette tristesse latente et ce poids immense. La musique avait été un moyen d'éluder sa peine et ses sentiments envahissants.

« Théo… » murmura la voix tremblante d'Hermione.

La jeune femme avait les larmes aux yeux.

« Désolé de ne pas t'en avoir parlé avant. Ce n'est pas quelque chose que je raconte facilement. » admit-il. « Je t'ai dit que je détestais fêter mon anniversaire. Tu comprends désormais pourquoi. »

Chaque année, il redoutait ce jour maudit qui lui rappelait la perte de sa sœur jumelle - une autre partie de lui-même.

Une partie de lui était heureux d'avoir avoué ce lourd secret à Hermione. Il désirait se mettre à nu et tout partager avec elle - ses moments heureux, ses passions profondes, mais aussi ses souvenirs les plus difficiles et sombres. Toutes ces choses qui faisaient de lui l'homme qu'il était désormais.

« Merci d'avoir partagé ça avec moi. » dit Hermione dans un souffle en se penchant vers lui pour l'étreindre. « Je suis tellement désolée. »

En parler à Hermione était étrangement libérateur. Il se sentait plus léger, comme si un poids énorme avait été ôté de ses épaules. Il l'étreignit fermement et ils restèrent dans cette position pendant de longues minutes, en silence.

« Maître ? » demanda une petite voix, surgissant de nulle part.

Théodore sentit Hermione sursauter. Lui était habitué aux apparitions soudaines de son elfe et ne réagissait que rarement lorsqu'elle faisait irruption à ses côtés sans prévenir.

« Le dîner va être servi pour vous et Miss Granger. » annonça Zéphyr. « Voulez-vous dîner dans la salle à manger principale ? »

« Non, la mienne sera suffisante. Merci Zéphyr. » déclara Théodore.

L'elfe s'inclina avant de quitter la pièce, sous le regard pensif d'Hermione.

« Ça doit être étrange d'avoir quelqu'un constamment à tes ordres. » commenta-t-elle.

« On s'habitue rapidement. Mais je ne vois pas Zéphyr comme une servante. Elle a pris plusieurs rôles pour moi, à travers les années. Heureusement que je l'avais lorsque j'ai été envoyé en France. »

Ses parents avaient réussi à négocier pour que l'elfe intègre l'Académie des Tuiles pendant la scolarité de Théodore. La présence d'une personne familière l'avait aidé, surtout durant les débuts difficiles. Il était un enfant introverti et n'était pas du genre à approcher les autres pour se faire des amis. A l'époque, il ne parlait pas la langue. Zéphyr avait intégré le personnel d'elfes de maison de l'Académie.

Après un dîner particulièrement sophistiqué - les elfes étant incapables de cuisiner des choses simples - ils s'installèrent dans le séjour, où une cheminée crépitait face au sofa.

Hermione avait posé sa tête sur son torse tandis qu'un énorme livre gisait sur ses cuisses redressées. Théodore caressait lentement ses cheveux pendant qu'elle parcourait les pages qui contenaient les informations généalogiques sur la famille Nott.

« Mes parents - Theodius et Gislena. » désigna-t-il. « Le nom de jeune fille de ma mère est Caltagirone et sa famille est originaire de Sicile mais ils ont immigré ici, il y a trois générations. »

Il pointa son doigt sur une autre photo.

« Mon grand-père - Thorfinn Nott. Il était sculpteur. Il a chuté de trois étages après une dispute avec sa seconde femme. Et voici sa sœur, ma grande tante Thera, qui était peintre. Elle a commencé à se présenter sous le pseudonyme de Theron quand elle a réalisé que ses œuvres se vendaient cinq à dix fois plus chères lorsqu'on pensait qu'elles étaient peintes par un homme. Elle se faisait passer pour une marchande d'art pour pouvoir les vendre. »

Il ajouta cela avec un rire et Hermione esquissa un sourire en observant la femme sur la photo, une femme élégante, avec un regard résolu.

« C'est la femme la plus déterminée que j'ai rencontré. Elle détestait qu'on lui dise non et n'hésitait pas à rompre tous les codes. Elle était extrêmement intelligente et créative. Tu me fais penser à elle. » expliqua-t-il.

Hermione tourna la page, tombant sur une photo qui prenait l'intégralité d'une page.

« Mon arrière-grand-père Theradius. Il a vécu 130 ans au total. Ses enfants sont même décédés avant lui. Il était compositeur-instrumentiste, comme moi. » ajouta Théodore. « Et ici, c'est un autre de mes ancêtres, Theodimus, un architecte. »

« J'ai déjà entendu parler de lui. » fit remarquer Hermione.

« Je sais. Lors de notre première rencontre dans le bureau d'Aelius Macmillan, tu l'as mentionné. » se souvint-il. « Et voici Methodius Otto Nott. »

« C'est celui qui a créé le Théâtre de Damasus le Décadent, c'est ça ? » interrogea Hermione.

Theodore hocha la tête. Il était impressionné par la capacité d'Hermione à emmagasiner des informations et des détails qui auraient paru ennuyeux à un bon nombre de personnes. Il lui avait donné des explications sur les origines du théâtre familial pendant sa visite guidée du monument.

« Il a aussi conceptualisé ce manoir. » indiqua-t-il.

« Tous les prénoms sont similaires. » fit-elle remarquer d'une voix pensive. « Théodore, Theodius, Thera, Methodius. »

« C'est une tradition un peu curieuse. J'ignore pourquoi, d'ailleurs. » indiqua Théodore. « Ma mère a accepté de continuer pour moi parce que j'étais un garçon mais elle a décidé de faire autrement pour Georgina. Elle déteste faire comme les autres. Elle dit toujours que nous ne sommes pas nés pour être des boursoufs suiveurs. »

Théodore s'étonna de lui-même. Il venait de mentionner sa sœur de manière naturelle, chose qu'il n'avait jamais faite depuis des années.

« Je l'apprécie déjà. » commenta Hermione.

Elle se déplaça sur le côté et posa la tête plus confortablement sur son torse, fermant les yeux. Théodore changea de position pour accommoder la jeune femme.

« Tu es fatiguée ? » demanda-t-il doucement en caressant ses longues boucles brunes.

« Non, continue. » quémanda-t-elle, ses yeux toujours clos.

Théodore esquissa un sourire devant sa réaction et reprit l'ouvrage.

« Tous tes ancêtres étaient des artistes ou des créateurs ? » demanda Hermione d'une voix ensommeillée.

« La grande majorité oui, mais pas tous. Mon père, par exemple, n'a pas suivi cette disposition. Il a dû reprendre le rôle de Gouverneur très jeune, à la mort de mon grand-père après son accident. » expliqua Théodore avant de tourner la page du grimoire. « Mais ma mère vient d'une grande lignée de couturiers italiens. »

Il continua à lui conter les exploits de ses ancêtres, dont il avait entendu les récits et les péripéties depuis sa plus tendre enfance. Au bout de quelques minutes, la respiration d'Hermione se fit plus lente. Lorsque Théodore lui proposa d'aller dormir, elle papillonna des yeux, encore dans les vapes avant de le suivre dans les corridors. Il la conduisit dans la chambre d'amie mise à sa disposition et ils échangèrent un long baiser avant qu'il ne prenne congé.

De retour dans sa propre chambre, Théodore, prit une longue douche, se répétant à quel point il était stupide. Après une douche plus froide qu'à l'accoutumée, il regagna sa chambre. Alors qu'il revêtait un short à la hâte, un tapotement bref retentit contre la porte. Il se dirigea vers l'entrée et actionna la poignée, se retrouvant devant Hermione. Elle sembla déstabilisée un court instant en l'apercevant torse nu et ses joues rosirent légèrement.

« Je peux rester ici ? » demanda-t-elle.

« Bien sûr. » répondit Théodore avant de s'effacer pour la laisser entrer.

Lorsqu'Hermione se glissa à ses côtés dans le lit, Théodore l'attira contre lui, respirant l'odeur agréable de ses cheveux. Son corps chaud contre le sien et ses jambes presque nues s'entrelaçant aux siennes commencèrent à réveiller une réaction spontanée chez lui et il réalisa que la nuit allait être longue. Il avait terriblement envie d'elle mais il ne voulait pas la brusquer.

Théodore mit du temps à s'endormir. Il se contenta d'observer la jeune femme pendant qu'elle dormait profondément. Il ne se souvenait plus de la dernière fois qu'il avait été aussi heureux. La présence d'Hermione à ses côtés l'apaisait. Elle était même addictive. Ses pensées noires semblaient s'évaporer lorsqu'ils étaient ensemble. Il avait fréquenté d'autres femmes par le passé, mais jamais l'une d'elles n'avait causé cette sensation intense chez lui. Il en était certain - il était tombé sous son charme le jour de leur rencontre - quand elle était entrée dans le bureau d'Aelius Macmillan et que son regard brun et expressif s'était posé sur lui. Passer du temps en sa compagnie et apprendre à la connaître n'avait fait que confirmer sa première opinion.

A son réveil, Théodore fut étonné de se retrouver seul dans l'énorme lit à baldaquin. Il se redressa sur ses coudes puis passa machinalement une main dans ses cheveux ébouriffés, étonné de ne pas retrouver Hermione à ses côtés. Avant qu'il ne puisse s'interroger davantage, des coups discrets contre la porte surgirent.

« Maître ? Êtes-vous levé ? » demanda une petite voix familière.

« Oui. » répondit Théodore tandis qu'il prenait une position assise.

Zéphyr, son elfe de maison, pénétra dans la pièce et s'empressa de tirer les rideaux pour faire entrer la lumière du jour dans la chambre. Il ignorait comment la petite créature se débrouillait pour savoir exactement quand il se réveillait.

Chaque matin, quelques secondes après son réveil, elle se présentait à son chevet. Sans doute possédait-elle une ouïe particulièrement développée, plus précise que l'oreille humaine. Comme tous les elfes, Zéphyr, possédait une magie avancée, sans doute bien supérieure à la plupart des sorciers. Il lui était toutefois formellement interdit d'en faire utilisation à part dans le cadre de son travail.

« Où est Hermione ? » demanda Théodore d'une voix ensommeillée.

« Miss Granger est déjà levée depuis deux heures et se trouve dans la bibliothèque. Elle ne voulait pas vous réveiller, Maître Nott. »

Théodore acquiesça avant de se diriger vers la salle de bain attenante à sa chambre. Quelques instants plus tard, il fit irruption dans l'une des bibliothèques du Manoir, située dans son aile personnelle. Il aperçut immédiatement Hermione qui lui tournait le dos, son attention rivée sur un épais grimoire. Elle mordillait distraitement l'extrémité d'une plume, comme à chaque fois qu'elle était concentrée. Elle ne sembla même pas le remarquer lorsqu'il s'approcha.

« Qu'est-ce qu'il y a de si captivant ? » demanda Théodore avec amusement tandis qu'il se plaçait derrière, se penchant près de son visage.

Elle sursauta devant sa présence mais esquissa un sourire en croisant son regard.

« Savais-tu que le premier balai vibrant destiné au plaisir féminin a été inventé par l'une de tes ancêtres ? » demanda Hermione avec sérieux.

Cette interrogation le prit au dépourvu et il ouvrit la bouche de stupéfaction.

« C'est expliqué ici. » dit-elle avec amusement en désignant du doigt l'énorme ouvrage qu'elle consultait.

Le Compendium de la Mécanique aérienne, pouvait-on lire sur la tranche du grimoire.

« Ce n'est pas le genre d'informations que je me serais attendu à trouver dans ce livre. Je l'aurais ouvert plus tôt si j'avais su. » avança Théodore avec un sourire en coin.

« C'est juste une note dans le bouquin. Apparemment, c'est une invention totalement accidentelle. L'objectif du balai vibrant était de stimuler les cuisses des joueurs et éviter les douleurs musculaires après qu'ils soient assis trop longtemps sur leurs balais pendant certains matchs. Pendant son test d'utilisabilité, elle a réalisé qu'il avait d'autres… avantages. » expliqua Hermione avec un rire.

« On en apprend tous les jours. C'est pour lire ça que tu m'as laissé seul, ce matin ? » demanda-t-il, faussement contrarié.

« Désolée. Tu avais l'air si fatigué - je n'ai pas osé te réveiller. » admit-elle avant de refermer son livre. « D'ailleurs tu es adorable quand tu es endormi. Très angélique. »

« Très angélique ?» répéta-t-il avec un sourcil levé, un peu confus par le terme.

Hermione secoua fermement de la tête.

« Est-ce que quelqu'un d'angélique ronfle ? » demanda-t-il d'un air innocent.

« Tu es en train de dire que je ronfle en dormant ? » demanda-t-elle avec surprise.

« Si ça peut te consoler, tes ronflements sont adorables, Hermione. »

« Je ne vois pas ce que tu veux dire. N'oublie pas que je suis une femme. Il y a certaines choses que nous ne faisons pas. Pas de ronflements, pas de flatulences et j'en passe. » ironisa-t-elle, provoquant un rire de la part de Théodore.

Elle se releva, lui faisant face.

« Je suis désolée de ne pas avoir été là à ton réveil. » dit-elle en plaçant ses bras autour de sa nuque. « Tu me pardonnes ? »

Comment aurait-il pu refuser avec cet air qu'elle affichait ? Hermione captura ses lèvres et lui donna un long baiser langoureux qui les laissa tous les deux haletants. Elle se retrouva à moitié avachie sur le bureau, prenant appui sur le rebord face à l'ardeur de leur étreinte.

A l'extérieur, la cloche de l'horloger se fit entendre, retentissant de façon lointaine. On la sonnait à chaque fois que le Maître et la Maîtresse de maison étaient de retour - une vieille tradition familiale.

« Mes parents sont de retour. » annonça Théodore en s'écartant à contrecœur de la jeune femme, après un autre baiser, plus bref cette fois.

Hermione se redressa, s'empressant de remettre de l'ordre à sa tenue - une robe évasée marron dans laquelle il ne l'avait jamais vue. Il sentit que la nervosité d'Hermione avait refait surface car ses gestes se firent plus nerveux.

« Tu es sûre que ça va ? J'ai l'air présentable ? » demanda-t-elle d'une voix plus aiguë qu'à l'accoutumée.

Hermione n'était habituellement pas du genre à trop se soucier de son apparence.

« Tu es parfaite, Hermione. » assura-t-il avec sincérité.

Son compliment la fit sourire.

« N'exagère pas trop. » dit-elle en secouant la tête.

Il était loin d'exagérer. Mais il le savait, lorsqu'il s'agissait d'Hermione, Théodore doutait de sa capacité à être objectif. Ils quittèrent la bibliothèque de son aile, et traversèrent les longs corridors pour rejoindre l'aile principale du manoir. A leur arrivée au niveau des escaliers du hall, Hermione paraissait plus pâle que jamais. Machinalement, il attrapa sa main et entrelaça ses doigts aux siens.

« Tout va bien se passer. » promit-il, caressant lentement le dos de sa main.

Elle hocha la tête et ils reprirent leur avancée jusqu'aux aux larges portes du manoir, grandes ouvertes. Théodore aperçut la diligence de ses parents, immobilisée à plusieurs mètres de l'entrée de la bâtisse.

L'un des elfes s'était empressé d'ouvrir la porte de la diligence. Theodius fut le premier à descendre et aida Gislena à sortir à son tour. Elle semblait en excellente forme, constata Théodore avec soulagement. Ces derniers temps, son état semblait s'améliorer à vue d'œil, depuis un récent changement dans son traitement. Son visage s'éclaira lorsque Théodore s'approcha d'elle et elle l'accueillit à bras ouverts.

« Tu as bonne mine, Mère. » complimenta Théodore avec plaisir.

« J'aimerais prétendre qu'il s'agissait du soleil mais la météo a été abominable. » plaisanta-t-elle.

Théodore se rendit compte qu'elle le regardait à peine en parlant. Son regard était rivé vers un point derrière lui. Il se retourna vers Hermione qui était restée au pas de l'escalier et il l'encouragea à les rejoindre avec un sourire.

« Miss Granger. Je me languissais de vous rencontrer. » s'extasia aussitôt Gislena avec plaisir.

Elle esquissa quelques pas, réguliers et prudents, pour aller à la rencontre d'Hermione qui avait fait de même. Gislena attira la jeune femme dans une étreinte enthousiaste, posant une bise sur chacune de ses joues. Hermione sembla stupéfaite par cet élan de familiarité inattendue, sous le regard amusé de Théodore.

Gislena, de ses origines méditerranéennes, avait reçu une éducation bien différente des familles anglaises de son rang, plus formelles et codifiées. Gislena était de nature tactile et très expansive et même les inconnus n'échappaient pas à la règle. Le contraste était d'autant plus évident aux côtés de son mari, Theodius, un homme plus réservé. La réaction de Gislena sembla détendre Hermione dont le visage s'était fendu en un grand sourire, visiblement soulagée.

« Je suis heureuse de faire votre connaissance Mrs. Nott. » dit-elle avec entrain. « Et vous également, M. Nott. »

Elle se tourna vers le père de Théodore qui n'avait pas dit un mot et qui regardait l'échange d'un air sombre qui étonna Théodore. Hermione brandit une main dans sa direction et même si son père la serra immédiatement, Théodore ne manqua pas l'aridité dans son attitude.

« J'espère que vous avez été bien accueillie et que le manoir vous plait. J'ai tellement de choses à vous faire visiter et à vous dire sur mon adorable Théodore. » confia Gislena, pleine d'effervescence.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu sa mère si guillerette et dynamique. Pendant l'espace d'un instant, Théodore eut l'impression de retrouver la femme qu'elle avait été avant la maladie. Elle s'installa sur le fauteuil volant que l'elfe mit à sa disposition et fit signe à Hermione de la suivre, Théodore et son père sur leurs talons.

La rencontre se déroula mieux qu'il ne l'aurait imaginée et Hermione sembla rapidement oublier sa nervosité. Sa curiosité naturelle refit surface pendant qu'elle échangeait avec Gislena, si bien que Théodore eut l'impression d'être de trop dans la conversation des deux femmes par moments.

Lui-même se détendit en constatant qu'elles s'entendaient à merveille. Il était rassuré pour Hermione qui avait témoigné d'une appréhension manifeste à l'idée de cette rencontre. Les voir rire ensemble le remplit d'allégresse. Il fut toutefois perplexe devant l'attitude distante de son père. A plusieurs reprises, il l'aperçut jeter des regards énigmatiques en direction d'Hermione. Après le thé, Gislena insista pour offrir un grand tour du manoir à Hermione, s'assurant que Théodore ne l'avait pas fait auparavant.

« Je n'aurais pas osé, Mère. » dit-il, amusé.

Il les escorta pendant une partie de la visite du manoir avant de décréter qu'Hermione était parfaitement capable de rester avec sa mère et l'elfe qui trottinait devant elles pour s'assurer que toutes les entrées s'ouvraient au passage du fauteuil de Gislena.

Son père, lui, avait disparu et Théodore ne le retrouva qu'en fin d'après-midi, peu avant le dîner à son entrée dans le hall, où il attendait Hermione et Gislena dont la visite était probablement sur le point de s'achever.

« Tout va bien, Père ? » demanda Théodore d'une voix prudente, observant attentivement son père.

Theodius sortit de sa torpeur et se tourna vers son fils, sa bouche plissée en une fine ligne, un signe de contrariété chez lui. Ses yeux, de la même couleur que ceux de son fils, reflétaient une lueur soucieuse. La question de Théodore était rhétorique. Il pouvait voir à l'expression de son père que quelque chose n'allait pas.

« Es-tu au courant des origines de cette jeune femme, Théodore ? » interrogea Theodius.

Théodore se tendit immédiatement face à la question. Elle ne pouvait pas être anodine.

« Que veux-tu dire ? » demanda Théodore d'une voix qu'il tenta de faire passer comme détachée, feignant ne pas comprendre.

Sa fausse naïveté parut agacer son père qui fronça les sourcils.

« Cette femme est une Sang-Mêlée. » assena-t-il, les dents serrées.

Théodore resta silencieux. Il était inutile de feindre l'ignorance plus longtemps. Son père connaissait déjà la vérité au sujet d'Hermione et de son statut.

« Alors ? Étais-tu au courant ? » insista Theodius avec un élan d'espoir, comme s'il attendait que son fils lui réponde par la négative.

« Oui. » répondit finalement Théodore, résigné.

« Sais-tu ce qu'on va penser ? » interrogea-t-il avec mécontentement. « Que le fils d'un Gouverneur, fréquente une Sang-Impure publiquement. As-tu la moindre idée du scandale que cela pourrait causer si cela arrivait ? Des problèmes que ça apporterait à notre famille ? »

« Nous serons discrets. » murmura Théodore, interloqué par l'attitude de son père.

« Discrets ? Pourquoi la directrice du théâtre est venue me trouver avec cette information si tu es si discret ? » assena son père avec sévérité.

Théodore grimaça intérieurement. Il s'agissait donc d'Agatha, la directrice du théâtre, qui avait parlé. Hermione avait eu raison de s'inquiéter.

« Heureusement pour nous, elle gardera le silence sur cette information. » dit Theodius. « Je veux que tu mettes un terme à cette… amourette. Nous avons accepté toutes tes lubies jusqu'ici mais tu as des responsabilités à tenir. Il est grand temps que tu places les besoins de notre famille avant les tiens. »

« Je n'ai pas fait ce choix. » réfuta Théodore d'une voix sombre.

Sa réponse sembla prendre son père au dépourvu.

« Je n'ai pas fait le choix de naître dans cette famille. » poursuivit Théodore.

Son avenir était supposé être tracé. Et il n'avait pas son mot à dire. En tant que seul héritier de la famille Nott, on attendait de lui qu'il devienne le prochain Gouverneur du clan. Qu'il accepte et remplisse ses responsabilités comme beaucoup de Nott l'avaient fait avant lui.

Théodore lui, n'avait que faire de ces considérations. Il ne voulait pas de cet avenir, dans lequel il serait voué à être un être sbire bien placé du régime, mandaté pour appliquer des idées qui le rendait nauséeux. Il voulait être libre de ses choix. Libre de son futur. Libre d'aimer la femme qu'il voulait.

« Je suis désolé Père, mais tu ne peux pas décider pour moi. » dit-il d'une voix ferme. « Je me contrefiche qu'elle soit une Sang-Mêlée et de ce que ces gens vont penser de notre relation. Hermione est la femme que j'aime. C'est elle que j'ai choisi et il n'y a rien que toi ou ces gens puissent y faire. »

Ses mots étaient sortis avec une détermination qui lui était étrangère. Machinalement, il avait serré les poings, campé sur ses positions, avec une fermeté implacable.

Son père ne répondit pas. Son regard était rivé sur un point derrière l'épaule de Théodore, mortifié. Théodore se retourna et aperçut avec horreur Hermione et Gislena à l'entrée du hall, figées. A l'air qu'elles affichaient, elles avaient entendu une partie de la conversation. Théodore sentit son cœur tomber dans sa poitrine. Un long silence s'installa.

Ce fut Gislena qui le brisa. Son expression stupéfaite fut remplacée par un sourire avenant. Elle se tourna vers Hermione qui, elle, paraissait toujours pétrifiée sur place.

« J'espère que vous avez apprécié la visite, Miss Granger. J'ai tellement hâte de vous faire découvrir les jardins pendant le printemps. Ils sont d'une beauté époustouflante. » commenta Gislena avec engouement, serrant la main d'Hermione avec chaleur.

Hermione sembla sortir de sa torpeur et se tourna vers elle, confuse par la proposition. Elle hocha finalement la tête, hébétée.

« Je… J'adorerais ça. » balbutia-t-elle d'une voix hésitante.

« Je crois que le dîner est bientôt servi. Je suis désolée d'avoir accaparé toute l'attention de Miss Granger cet après-midi, mon cher. J'imagine que vous voulez passer un peu de temps ensemble avant le dîner. » dit-elle à l'attention de Théodore.

Ce dernier hocha la tête, soulagé par l'attitude de sa mère. Il savait qu'elle avait entendu leur conversation mais elle ne semblait absolument pas déphasée par la révélation. Hermione, toutefois, paraissait abattue et Théodore ressentait le besoin pressant de lui parler et la rassurer.

« Theodius, tu m'accompagnes ? » demanda Gislena à l'adresse de son mari, tandis que son fauteuil volant arrivait à sa hauteur.

Ce dernier hocha la tête, semblant un peu embarrassé. Théodore savait que malgré ses opinions personnelles sur la question, son père n'était pas un homme mal intentionné et aurait préféré que leur conversation reste privée. Théodore attendit que ses parents disparaissent totalement de son champ de vision pour rejoindre Hermione. L'angoisse était palpable sur ses traits. Il prit ses mains dans les siennes.

« Je suis désolé que tu aies dû entendre ça, Hermione. » murmura-t-il avec une grimace.

Hermione esquissa un faible sourire. Elle leva les yeux et les plongea dans les siens. Ses yeux étaient brillants, comme si elle s'empêchait de pleurer.

« Tu… Tu as dit à ton père que tu m'aimais. » murmura-t-elle dans un souffle, à peine audible.

Elle l'observait intensément, cherchant des certitudes dans son regard.

« Tu le penses vraiment ? » demanda-t-elle au bout des lèvres.

Théodore hocha la tête.

« J'aurais voulu que tu l'entendes pour la première fois autrement. » admit-il avec déception, passant nerveusement une main dans ses cheveux.

La réaction de la jeune femme le laissa complètement désemparé. Elle fondit en larmes, plongeant son visage dans ses mains. Il fallut quelques instants à Théodore pour réagir à son tour, tant il était stupéfait par son éclat soudain. Pourquoi pleurait-elle ? songea-t-il avec effarement.

Théodore l'attira à lui dans une étreinte ferme et la jeune femme se laissa aller contre son torse, secouée de petits spasmes, ses sanglots presque étouffés. Même s'il ignorait les raisons de son désarroi, cette vision lui faisait mal au cœur et il ne désirait que la consoler.

« Dis-moi ce qui ne va pas, Hermione. » implora Théodore. « Je n'aime pas te voir ainsi. »

« Tu…Tu n'as aucune idée. » assura-t-elle finalement entre deux sanglots en s'écartant, son visage ruisselant de larmes.

Théodore posa ses deux pouces sous ses yeux rougis, effaçant les larmes qui coulaient sans interruption. Il se sentait impuissant devant la détresse qu'elle affichait.

« Je suis désolé de la réaction de mon père. Ne t'inquiète pas, je te promets qu'il ne fera absolument rien. »

Hermione secoua fermement la tête.

« Non, Théodore ! Écoute-moi. » plaida-t-elle en haussant soudainement la voix, une hystérie inattendue dans la voix.

Il se tut, surpris par cet emportement. Hermione le regardait avec une telle fatalité qu'il craignait d'entendre ce qu'elle avait à lui dire. Il était pourtant important qu'il sache.

« Je… Je n'ai pas été honnête avec toi. » murmura-t-elle, la voix brisée. « Je ne savais pas que les choses iraient si vite entre nous. Que je tomberais amoureuse de toi. Et maintenant je ne sais plus quoi faire et j'ai tellement peur… »

Hermione avait détourné le regard, se parlant à elle-même, comme si elle tentait de se justifier. Un bonheur indescriptible traversa Théodore à l'entente de ces paroles. Elle était amoureuse de lui. Et pourtant, cette déclaration n'arrivait pas dans le contexte qu'il aurait espéré. Elle avait quelque chose d'autre sur le cœur et cette information semblait la consumer de l'intérieur.

« Qu'est-ce que tu veux dire, Hermione ? » insista-t-il d'une voix douce, pour l'encourager à continuer.

Même s'il ne l'afficha pas, Théodore commençait sérieusement à paniquer.

« Je ne suis pas celle que tu crois. » poursuivit-elle à demi-mots. « Je suis ici illégalement. »

« Comment ça ? » demanda Théodore, soudainement mal à l'aise devant ses paroles cryptiques.

La jeune femme leva à nouveau les yeux, plongeant ses yeux dans les siens. La douleur, la peur et le désarroi qu'il put y lire le rendirent mal à l'aise. Hermione prit une longue inspiration, et d'une voix tremblante, avoua :

« Je suis Née-moldue. »


Et oui, c'est chaud. Quand je vous disais que les choses n'allaient pas être un long fleuve tranquille pour ces deux-là... Vous comprenez désormais l'étendue du problème. Déjà, le fait qu'Hermione soit une Sang-Impure ''légale'' était vraiment problématique, mais là c'est la catastrophe.

Mis à part ce twist (enfin est-ce vraiment un twist quand c'est littéralement ce qu'elle est dans le canon ?) qu'avez-vous pensé du reste ? Narcissa et Allegra ? Scarlett et Blaise ? Et, désolée, mais la nuit d'amour entre Hermione et Théodore, ce ne sera pas pour ce chapitre :p

Je vous dis à bientôt et j'attends vos avis. :)

Fearless