Merci à Jiwalumy, drou, Fleur d'Ange, Colixiphicus et DI5M pour vos reviews. Merci de votre fidélité ! *coeurs* J'espère que vous profitez bien de votre été !

Ce chapitre est très long donc je vous épargne mes commentaires en début de chapitre et bonne lecture !

Et comme d'habitude maintenant, playlist et montage pour ce chapitre disponible sur mon profil d'auteur.

XXII. Au Pied Levé

Ginny croisa les bras, attendant patiemment dans le hall sophistiqué d'un superbe immeuble londonien. Son attente à la réception fut de courte durée et un garde l'invita finalement à le suivre dans l'ascenseur privé menant aux derniers étages du bâtiment.

Quelques instants plus tard, Ginny pénétrait dans le gigantesque appartement-terrasse où résidait Pansy Parkinson. A sa grande surprise, ce ne fut ni cette dernière ni son elfe de maison qui l'accueillirent mais une jeune femme d'une trentaine d'années, au visage triangulaire et aux cheveux noirs coiffés nettement.

« Vous devez être la nouvelle employée de Miss Parkinson. » dit-elle d'une voix timorée. « Je suis Romilda Vane, son assistante personnelle principale. Je me chargerais de vous former. »

Ginny réprima une grimace. La veille, elle avait reçu un courrier signé au nom de cette femme, lui demandant de se présenter chez Pansy pour régler les derniers détails liés à son contrat. Lors de la visite de Pansy à l'apothicairerie, Ginny n'avait guère eu le temps de réagir à sa proposition inattendue. Après quelques jours de réflexion, elle était parvenue à la conclusion qu'elle ne souhaitait pas accepter son offre.

« Est-ce que Pan… Miss Parkinson est là ? J'aimerais m'entretenir avec elle. » dit Ginny poliment.

Elle jeta un regard vers le bas des escaliers où se trouvait Galileo, l'agent de sécurité de Pansy. Cela signifiait que la jeune femme n'était pas loin.

« Elle prend un bain à base de lait de demiguise. Elle reçoit ce traitement toutes les deux semaines – pour la souplesse et la fermeté de sa peau. » expliqua Romilda d'un ton sérieux, comme s'il s'agissait d'une information de la plus haute importance.

La jeune femme lui tendit un carnet épais, avec une couverture en cuir d'un rose cerise.

« C'est son agenda. Tous ses rendez-vous sont documentés à l'intérieur. Miss Parkinson a un emploi du temps très chargé. » expliqua-t-elle d'une voix robotique.

Ginny s'empara du carnet d'un air hésitant avant d'y jeter un regard bref. Elle n'osait pas dire à cette femme qu'elle ne comptait pas poursuivre cette formation. Elle attendrait son entrevue avec Pansy.

« Je ne peux pas travailler vingt-quatre heures sur vingt-quatre, alors j'ai besoin que vous preniez le relai pour moi sur certains créneaux de la semaine. » dit Romilda. « Miss Parkinson est très exigeante et nous devons être disponibles pour toutes ses demandes. »

« Pourquoi ça ne m'étonne pas ? » grommela Ginny dans sa barbe.

« Pardon ? » s'enquit Romilda.

« Rien. » répondit Ginny en lui lançant un sourire forcé.

« Si j'ai bien compris, vous avez déjà de l'expérience dans l'assistanat d'une figure publique. » poursuivit Romilda.

Ginny hocha la tête même si elle était certaine qu'assister Cressida Warrington et Pansy Parkinson étaient deux choses fondamentalement opposées. Elle insista pour que Romilda la tutoie, ce que cette dernière sembla apprécier.

« Tu dois vraiment être très flexible. Miss Parkinson change régulièrement d'avis et il faut être capable d'organiser des changements rapidement. » annonça Romilda. « Suis-moi. »

Elle mena Ginny à l'étage supérieur de l'appartement, dans une pièce qu'elle n'avait pas aperçue lors de sa quarantaine forcée chez Pansy, quelques semaines auparavant. Il s'agissait d'un bureau spacieux, dont l'une des faces étaient recouvertes de baies vitrées, offrant une vue magnifique sur la ville. La décoration, dans les tons dorés et rosés, était fournie et luxuriante, à l'image de la propriétaire des lieux. L'attention de Ginny fut immédiatement attirée vers un tableau imposant posé à même le sol, en légère inclination contre le mur, à l'effigie de Pansy. De temps à autre, le portrait jetait des regards aux visiteurs avant de détourner les yeux, l'air impérieux et la tête relevée fièrement, comme si son attention n'était pas méritée. Un large bureau en marbre blanc se dressait dans la pièce, et des étagères s'étalaient le long des murs, garnies d'objets et de boites en tout genre.

Romilda plaça une petite boîte dans les bras de Ginny.

« Je possède aussi un exemplaire de l'agenda de Miss Parkinson. Tous les changements sont inscrits à l'intérieur et se reflètent directement dans le tien et dans le sien. Tu auras également ton propre miroir à double sens, déjà connecté à celui de Miss Parkinson. Fais en sorte de toujours répondre quand elle te contacte. C'est primordial. »

Romilda sembla réprimer une grimace, comme si elle se remémorait des souvenirs désagréables. Elle s'approcha ensuite des étagères et entreprit de lui décrire le système de rangement.

« Ici, nous laissons les produits que nous envoient les marques. » indiqua-t-elle en pointant du doigt une section qui prenait quasiment un mur entier.

« Pourquoi on lui envoie toutes ces choses ? » s'étonna Ginny.

« Ils espèrent un partenariat ou qu'elle fasse de la publicité de manière occasionnelle en les utilisant en public. Certaines marques payent un cachet conséquent pour un spot de quinze secondes pendant sa chronique à la radio. Évidemment, elle n'accepte pas n'importe quoi. Il faut s'assurer que ça corresponde à son image de marque. » expliqua Romilda. « Les colis passent toujours par la sécurité de l'immeuble, pour s'assurer qu'il n'y a aucun problème. Ensuite, je fais une première sélection selon ses goûts et je monte ici ce qu'elle doit tester. »

Elle désigna le carnet qu'elle avait tendu à Ginny.

« Tu ferais mieux de prendre des notes. » suggéra Romilda.

Ginny s'exécuta et pendant les deux heures qui suivirent, elle écouta les nombreuses instructions de Romilda sur les requêtes tordues de Pansy. Il fallait toujours se montrer disponible mais discrète, pour ne pas envahir son espace personnel. Après tout, elle entrait directement dans l'intimité de Pansy. Le service devait être invisible et tout devait être préparé à l'avance sans qu'elle ne s'en rende compte. Il était crucial de se plier à ses désidératas, aussi extravagants soient-ils.

Apparemment, Romilda était intendante de formation. Elle avait étudié la conciergerie de luxe, pour s'occuper de clients haut de gamme.

« La clé, c'est penser comme elle. Te mettre à sa place et tenter de deviner ce dont elle a besoin sans toujours lui demander. »

Selon Romilda, c'était d'autant plus compliqué avec Pansy Parkinson, la cliente la plus exigeante qu'elle avait eu dans sa carrière. Quant Pansy avait quelque chose en tête, il était impossible de lui faire changer d'avis. Elle avait des demandes particulières sur une pléthore d'éléments : en passant par son régime alimentaire, strict et implacable, jusqu'à à la décoration et l'ambiance de chaque pièce de son appartement, dont la décoration était renouvelée à chaque saison.

« Il faudra que tu te familiarises avec ses boutiques préférées. Il est commun qu'elle t'envoie faire des emplettes ou acheter un cadeau pour quelqu'un à sa place. » expliqua Romilda. « Les réservations au restaurant et dans les lieux publics sont toujours faites avec des noms d'emprunt. »

A la fin des instructions de Romilda Vane, Ginny arborait un début de migraine.

« Ce n'est pas trop compliqué de faire tout ça ? » demanda Ginny avec appréhension.

A entendre Romilda, ce n'était pas seulement d'une assistance personnelle dont Pansy Parkinson avait besoin mais également d'une personne à tout faire, une compagnie pour les occasions particulières et même une confidente.

La porte du bureau s'ouvrit avant que Romilda ne puisse répondre, laissant apparaître Pansy Parkinson, vêtue d'une longue robe près du corps en satin ivoire lui tombant jusqu'aux pieds.

« Valeur et vigueur ! » salua-t-elle d'une voix enjouée, visiblement d'excellente humeur. « Ce bain était tellement revigorant. J'ai presque l'impression d'être retournée dans le ventre de ma mère pendant une demi-heure. Comment vous me trouvez ? »

Elle se dirigea vers un large miroir accroché au mur, face au bureau, observant son visage sous toutes les coutures, l'air satisfait.

« Le résultat est très joli, Miss Parkinson. » s'empressa de complimenter Romilda. « Vous avez l'air radieuse »

Elle jeta un regard appuyé à Ginny, comme pour lui ordonner de renchérir.

« Hm, oui. Très…joli. » répondit Ginny, avec hésitation.

Elle n'était pas certaine de savoir ce qu'elle devait commenter. Pansy lui paraissait identique.

« Nous avons commencé la formation de Miss Weasley. » expliqua Romilda. « Son contrat est sur la table, prêt à être signé. »

« Parfait. » lança Pansy avant de se diriger vers le bureau et d'y prendre place. « Je prends le relais. »

Romilda hocha la tête avant de quitter la pièce.

« N'est-ce pas terriblement excitant de travailler pour moi ? » demanda Pansy en se tournant vers Ginny.

« Humm, à ce sujet, j'aimerais qu'on discute. » lança Ginny, sautant sur l'occasion. « J'apprécie vraiment cette proposition mais je ne suis pas sûre d'avoir le temps avec mon autre emploi. »

Pansy afficha une mine sidérée, comme si les propos de Ginny étaient aberrants.

« C'est absurde. Pourquoi voudrais-tu rester travailler dans cet endroit sordide quand tu as l'occasion de suivre la femme la plus tendance du pays ? J'ai besoin de toi ici. D'ailleurs, je sais que j'avais parlé d'un temps partiel mais finalement j'ai besoin de toi à temps plein. » affirma Pansy.

« Tu veux que je quitte mon travail ? » bredouilla Ginny, écarquillant des yeux.

« Oui. À moins que tu sois capable de te dédoubler pour être à deux endroits en même temps ? » énonça Pansy sur le ton de l'évidence.

« Mais… » commença à protester Ginny.

« C'est une question d'argent, c'est ça ? Ton salaire est négociable, tu sais. Que dirais-tu d'onze gallions par heure ? » suggéra Pansy en croisant les bras, et en joignant ses deux mains sur la table, comme si elle se préparait à entamer une négociation difficile.

« Onze gallions ? » répéta Ginny, stupéfiée. « Tu veux me payer onze gallions par heure ? »

« Oui c'est raisonnable, non ? Romilda gagne un peu plus mais elle a plus d'expérience. » expliqua Pansy en observant ses ongles parfaitement manucurés.

Raisonnable, songea Ginny avec stupéfaction. Cette somme était tout simplement colossale. Jamais de sa vie elle n'aurait imaginé gagner un salaire de ce genre. Même le cabinet de la Gouverneure, qui avait été un progrès conséquent en termes de salaire, ne la payait pas autant.

« J'ai besoin que mes employés se donnent corps et âme. Je ne veux pas que l'argent soit un frein. » indiqua Pansy.

Ginny ouvrit la bouche, toujours hébétée. Elle s'était présentée chez Pansy avec la ferme intention de refuser sa proposition. Son offre de salaire changeait toutefois la donne. Pendant très longtemps, Ginny avait vécu d'une paye à l'autre, habituée aux fins de mois difficiles. L'argent avait toujours été une source de stress depuis sa tendre enfance et très tôt, elle avait dû travailler pour pouvoir contribuer aux dépenses de la famille. Lorsqu'elle avait pris son indépendance totale, les choses étaient devenues encore plus laborieuses.

C'était seulement depuis son entrée au cabinet de la Gouverneure Warrington qu'elle avait commencé à pouvoir souffler financièrement. Elle avait même pu se faire plaisir ainsi qu'à ses proches, un luxe inimaginable jusqu'à présent. Pourtant, avec sa suspension 'temporaire', l'argent deviendrait de nouveau une source d'anxiété. Les quelques économies qu'elle avait pu faire s'amenuisaient rapidement.

L'offre de Pansy était trop belle pour être refusée. Elle ne retrouverait probablement jamais une opportunité de ce genre. Elle était fatiguée de vivre en se serrant la ceinture et ces quelques mois passés à fréquenter l'univers privilégié des Sang-Purs en haut du pavé lui avait fait réaliser à quel point vivre dans l'opulence était une chance. Ginny ignorait encore combien de temps elle se retrouverait dans cette sphère favorisée. Cela signifiait qu'elle devait en tirer avantage pendant que l'occasion était encore présente.

Parfois, elle s'étonnait de l'opportunisme dont elle faisait preuve depuis qu'elle évoluait parmi ces gens. Les heures passées en compagnie de Katrina Street-Porter l'avaient influencée plus qu'elle ne l'aurait cru. Étrangement, elle n'en éprouvait aucune culpabilité.

Après tout, Ginny était toujours celle qu'on utilisait pour arriver à des fins particulières. Draco Malfoy, Cressida Warrington, Bill et Fleur et désormais Pansy Parkinson – toutes ces personnes utilisaient ses services d'une manière ou d'une autre. Pourquoi, pour une fois dans sa vie, ne penserait-elle pas à son propre intérêt.

« Très bien, j'accepte. » céda finalement Ginny d'une voix ferme.

Sa décision était prise et elle gérerait les conséquences plus tard. Burke, son patron, ne serait probablement pas heureux d'entendre la nouvelle mais elle n'en n'avait que faire. Il l'avait traitée comme une moins que rien pendant des mois et elle était heureuse de quitter cet environnement qu'elle ne supportait plus. Quant à sa famille, elle devrait réfléchir à une manière diplomatique de leur annoncer la nouvelle. Ginny savait que la tâche serait laborieuse, surtout après le fiasco du Ministère et la manière dont ils avaient appris la vérité.

A son retour à la Chaumière aux Coquillages, Ginny fut étonnée de trouver Bill et Fleur dans le séjour, installés sur le canapé, en pleine conversation. Nickie était endormie dans son landau. Les yeux de Fleur luisaient comme si elle avait pleuré et le visage de Bill affichait une mine grave. Immédiatement, Ginny sentit son estomac se tordre, craignant une mauvaise nouvelle.

A son entrée, ils interrompirent leur discussion et tournèrent la tête dans sa direction. Aussitôt, Fleur se leva et se dirigea vers Ginny pour la serrer dans ses bras. Ginny écarquilla les yeux, désarçonnée par le geste inattendu de sa belle-sœur.

« Oh merci, Ginny. Je ne sais pas comment te remercier. » dit-elle en éclatant en sanglots hystériques. « Merci, merci, merci. »

Ginny resta figée, confuse par cet élan de reconnaissance soudain et incompréhensible.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle, jetant un regard alarmé à Bill par-dessus l'épaule de Fleur.

Ce dernier l'observait impassiblement et elle n'était pas certaine qu'il s'agissait d'une bonne chose. Fleur s'écarta de Ginny et l'observa, les yeux emplis de larmes, un grand sourire habillant les traits délicats de son visage.

« Nous venons de recevoir une lettre qui explique que Victoire est acceptée dans son école. » annonça-t-elle, pleine de gratitude. « Et les frais de scolarité sont payés pour toute l'année ! »

Ginny ouvrit la bouche, stupéfaite par la nouvelle.

« Je sais que tu as quelque chose à voir là-dedans. C'est grâce à ce travail que tu as trouvé au Ministère, n'est-ce pas ? Tu as réussi à convaincre quelqu'un d'important d'accepter son dossier ? » dit Fleur avec excitation.

Ginny se contenta d'acquiescer devant les paroles de sa belle-sœur, lui offrant une confirmation partielle. Draco Malfoy avait donc rempli la promesse faite dans ce salon privé de l'hôtel l'Augurey Magistral. Elle lui avait demandé d'accepter une condition supplémentaire dans le cadre de leur marché - l'acceptation de Victoire dans une école privée, ordinairement réservée aux sorciers bien nés.

Une partie d'elle était surprise qu'il ait tenu son engagement. Depuis le début de leur arrangement, elle avait toujours éprouvé une légère angoisse à l'idée qu'il se serve d'elle pour remplir ses objectifs et qu'il n'honore pas ses promesses. Pour la première fois depuis leur rencontre, elle ressentit un nouveau sentiment à l'égard cet homme qu'elle avait tant méprisé - du respect.

« Si tu savais comme nous sommes heureux et reconnaissants, Ginny. » poursuivit Fleur, le visage éclatant.

Elle lâcha un rire cristallin, effaçant ses larmes d'un revers de manche.

« N'est-ce pas merveilleux, William ? » demanda-t-elle, radieuse, se tournant vers son mari.

Ce dernier hocha la tête avec réserve, ne semblant pas partager le même enthousiasme extrême de son épouse. Ginny savait qu'il serait en quête d'une vraie explication de sa part. Elle grimaça intérieurement. Dans son landau, Nickie commença à pleurer doucement.

« Il faut que j'aille la nourrir. » annonça Fleur d'une voix joyeuse avant de se diriger vers sa fille pour l'extirper du landau, lui murmurant des mots en français. « Tu as faim, mon bébé ? »

« Bill, je peux te parler un instant ? » demanda Ginny à l'attention de son frère.

Il était inutile d'attendre davantage, pensa-t-elle avec résignation. Plus vite ils auraient cette conversation, plus vite les choses pourraient s'arranger entre eux. Elle était fatiguée de vivre sous le même toit en agissant comme s'ils étaient de parfaits inconnus.

Bill hocha la tête et la suivit dans la cuisine, refermant la porte derrière lui. Ginny se tourna vers son frère, prenant une longue inspiration, déterminée à crever l'abcès. Pourtant, avant qu'elle ne puisse prononcer le moindre mot, Bill déclara :

« Je suis désolé. »

Ginny écarquilla les yeux, désarçonnée par ses paroles.

« C… Comment ça ? »

« De m'être mis en colère contre toi après avoir appris que tu travaillais au Ministère. » dit-il d'une voix grave, avec un soupir. « Je n'ai pas essayé de comprendre, et je me suis emporté directement. »

Il passa une main dans ses longs cheveux raides, qui tombaient librement sur ses épaules, accablé.

« Je n'ai pas imaginé un seul instant que tu pouvais faire cela pour nous aider. » avoua-t-il.

« J'aurais dû t'en parler même si j'avais peur de ta réaction. » admit Ginny dans un murmure. « Je sais que vous vous êtes fait un sang d'encre pour moi après l'explosion et j'en suis désolée. »

Bill acquiesça, la mine accablée.

« Quand Hermione nous a dit qu'elle n'avait aucune nouvelle de toi et que nous avons eu vent de l'attaque, j'ai été pris de panique. Je n'avais pas ressenti ça depuis le jour… Depuis le jour de l'incendie au Terrier. » articula-t-il avec difficulté.

Sa voix était tremblante, comme s'il était traversé de mauvais souvenirs. Ginny voyait rarement son frère se montrer vulnérable.

« Pendant un instant, j'ai cru revivre le même cauchemar. J'ai cru que j'allais te perdre, comme les autres. » dit-il d'une voix cassée.

« Bill… » murmura Ginny, mortifiée.

Face à la détresse de son frère, elle pouvait sentir des larmes emplir ses propres yeux. Pendant ces dernières semaines, elle avait naïvement cru que Bill revêtait son rôle de frère qui voulait à tout prix contrôler sa vie. Pas une seule seconde elle n'avait pensé que la situation ait pu émerger des souvenirs aussi traumatisants chez lui.

Il avait craint le pire, à juste titre. Comme elle, Bill était encore profondément secoué par la tragédie qui avait séparé leur famille. Après l'explosion du bal, Ginny avait elle-même expérimenté une profonde crise d'angoisse, incapable de se détourner des flammes implacables qui saisissaient le Palais de la Chimère. Pendant son absence, Bill avait dû vivre un calvaire similaire, s'imaginant le pire. Ginny se précipita dans sa direction et se jeta dans ses bras. Il plaça ses bras autour d'elle, lui rendant fermement son étreinte.

« Je suis tellement désolée… » sanglota-t-elle, bouleversée.

« J'essaie simplement de te protéger. Même si mes méthodes ne sont pas les meilleures. » admit-il. « Tous les jours, j'ai la boule au ventre à l'idée qu'il arrive quoi que ce soit à l'une d'entre vous. Je ne pourrais pas le supporter. Mais je sais également que tu es une adulte, capable de prendre tes propres décisions. Et je dois apprendre à te faire confiance. »

Ginny s'écarta, observant son frère avec émotion. C'était les mots qu'elle avait toujours désiré l'entendre prononcer. Qu'il la considérait désormais comme une femme responsable et non comme une fillette incapable.

« Ce que tu as fait pour Victoire… Je ne pourrais jamais te remercier assez. Je sais que tu n'as que son bien être en tête. » poursuivit Bill.

Ginny hocha la tête.

« Je n'ai pas confiance en ces gens… Et je pense aussi que nous devons les éviter pour ne pas s'attirer des ennuis. Mais je réalise qu'ils ne sont pas tous les mêmes. Fleur m'a expliqué le travail que cette Gouverneure essayait de faire et ton implication. C'est un projet très honorable. » dit-il. « Donc j'imagine que je dois avoir l'esprit ouvert. »

Ginny acquiesça avec un faible sourire.

« Tout le monde n'est pas aussi ouvert d'esprit que Mrs Warrington mais elle a la possibilité de faire avancer certaines choses pour les gens comme nous. » assura-t-elle.

Bill hocha la tête. Puis, après un instant de réflexion, il demanda :

« Tu dois m'expliquer comment, par Merlin, tu as pu te retrouver à travailler pour une Gouverneure ? » dit Bill en secouant la tête, comme si l'idée même lui paraissait inconcevable.

« A vrai dire, c'est grâce à Burke. Nous devions préparer des potions pour un évènement auquel Mrs Warrington était invitée. Et pour faire court, elle s'est intéressée à moi lorsqu'elle a appris mon statut. »

« C'est complètement fou. » admit Bill, surpris mais admiratif.

Ginny hocha la tête, s'efforçant de garder son sourire. Elle n'avait pas menti, tenta-t-elle de se convaincre. Elle avait simplement omis certains détails. Bill n'avait pas besoin de connaître l'implication des Malfoy dans ce récit. Elle savait que son anxiété referait surface s'il apprenait les circonstances autour de son marché avec Draco. Il s'imaginerait probablement des choses particulièrement douteuses. Ginny décréta qu'il était préférable de garder le silence.

« J'imagine que c'est cette Gouverneure qui t'a aidée avec l'école de Victoire. » devina Bill.

« Elle a beaucoup d'influence. » dit Ginny, sans répondre directement à la question.

« Elle doit vraiment apprécier ton travail. » fit remarquer Bill, admiratif. « Je suis fier de toi, Ginny. »

Le compliment prit Ginny au dépourvu et lui fit chaud au cœur. Il était rare que son frère fasse preuve de telles éloges envers elle.

« Le projet est mis en suspens temporairement. » annonça-t-elle.

Elle lui expliqua brièvement les informations données par Katrina concernant l'ambiance au Ministère après l'attentat.

« Ça a du sens. » commenta Bill, pensif. « Même si j'imagine que tu dois être déçue. Une opportunité de ce genre est rare pour nous autres. »

Ses mots firent réaliser à Ginny que le moment était propice pour lui annoncer une autre nouvelle.

« A vrai dire, grâce à cela, j'ai pu être recommandée pour un autre emploi. » annonça—t-elle avec un engouement un peu forcé.

« Au Ministère ? » demanda-t-il, étonné.

« Non. Je vais être l'assistante d'une chroniqueuse de radio. » répondit Ginny.

Elle ne mentionnerait pas le nom de Parkinson qu'il connaissait probablement à cause de Fleur, une fervente auditrice des chroniques de Sorcière-Hebdo. Même si Bill avait fait l'effort d'accepter son travail avec la Gouverneure, Ginny ne voulait pas abuser de sa chance en lui annonçant qu'elle travaillait pour un autre membre des Treize sacrés.

« Oh. » dit-il simplement, un peu soulagé.

Présenté comme cela, ce nouvel emploi ne semblait pas dangereux. Bill semblait même content de la nouvelle.

« Je vais démissionner de mon poste à l'apothicairerie. Je n'aurais pas le temps de faire les deux. » annonça Ginny.

Bill hocha la tête.

« J'imagine que tu veux également rentrer chez toi. Nous t'avons assez accaparé comme ça. Et avec Victoire qui sera désormais à l'école en journée, nous allons nous débrouiller seuls. » lui assura-t-il.

« Tu sais que ça ne me dérange absolument pas de vous aider. » insista Ginny.

Bill secoua fermement la tête.

« Ne t'inquiète pas. Tu as ta vie et je dois te laisser la vivre. » annonça-t-il.

« Si tu savais depuis quand j'attends que tu me dises cela, frangin. » commenta Ginny, un large sourire au coin des lèvres.

« N'en profite pas trop. Tu viens toujours une fois par semaine pour dîner. » lui rappela Bill.

« Évidemment, chef. » dit Ginny.

Dès le lendemain, Ginny fut de retour à son appartement. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre, ravie de pouvoir retrouver son cocon personnel. Elle avait passé une journée détestable à l'apothicairerie. A son arrivée, elle avait donné à Burke sa lettre de démission. Désarçonné par la nouvelle, il s'était montré exécrable pendant le reste de la journée, visiblement mécontent de son départ. Son attitude avait étonné Ginny. Après tout, il passait son temps à la traiter d'incapable. Pourquoi était-il contrarié de la voir quitter sa boutique ?

Désormais sûre de son départ, et confortée par la signature de son nouveau contrat, Ginny avait décidé de ne pas se laisser faire. Après une énième remarque désagréable de Burke à son égard, qui se plaignait du ''manque de fiabilité et de loyauté des gens de sous-race comme elle,'' Ginny s'était tournée vers lui, impérieuse :

« J'aurais pensé que vous seriez heureux de me voir partir. A vous entendre, je ne suis qu'une incapable. » avait-elle rappelé avec un sarcasme non dissimulé.

Burke avait semblé outré devant son insolence inopinée. Ginny s'était toujours efforcée de garder sa langue bien pendue au fond de sa gorge pour ne pas mettre en péril son emploi. Elle n'en avait désormais plus rien à faire et elle était prête à lui jeter à la figure ses quatre vérités.

Immédiatement, Burke avait clamé qu'elle faisait un travail 'correct' même s'il pouvait être 'sensiblement' amélioré et qu'elle pourrait même garder son travail si elle faisait 'davantage d'efforts'. Ginny l'avait observé avec effarement, choquée par son audace. Jamais elle n'avait rencontré quelqu'un d'aussi culotté. Elle avait confirmé sa démission, insensible à ce changement d'attitude impromptu.

Elle n'éprouvait aucune culpabilité du préavis court qu'elle lui avait donné. Après tout, elle était dans ses droits. Burke ne l'avait jamais traité avec respect et elle ne lui ferait pas ce plaisir. Les gens comme elle étaient traités comme des malpropres sur le marché du travail. Avoir l'ascendant, pour une fois, était donc particulièrement gratifiant. Elle ne ferait preuve d'aucun scrupule envers cet homme détestable. Pour le faire enrager davantage, Ginny ne s'était pas privée de glisser une information sur son nouvel employeur.

« Je vais assister Miss Parkinson. Vous avez probablement déjà entendu parler de cette famille, monsieur Burke ? » avait-elle susurré d'une voix faussement obligeante.

Elle savait pertinemment qu'il connaissait les Parkinson. Burke était un lèche-bottes professionnel et déifiait tout ce qui s'approchait de près ou de loin aux Treize sacrés. Étrangement, et pendant le reste de sa journée, Burke avait totalement changé d'attitude envers elle. Il avait même juré qu'elle pourrait retrouver son travail à l'apothicairerie si elle le souhaitait à l'avenir, promettant même une hausse de salaire. Ginny savait qu'il tentait simplement de profiter de son lien avec les Parkinson. Burke était un opportuniste confirmé. Il devait probablement enrager intérieurement à l'idée qu'une Traîtresse à son sang comme elle ait autant de contact avec des dynasties sacrées - entre les Warrington et les Parkinson.

Lorsque Ginny pénétra dans le petit appartement qu'elle partageait avec Hermione, elle fut choquée de constater que cette dernière n'était pas seule. Elle était d'ailleurs installée sur le canapé, sur les genoux d'un homme au visage familier, engagée dans une session de baisers particulièrement torrides. Ils s'écartèrent brusquement à l'entrée de la jeune femme. Leurs visages étaient tous les deux écarlates. Ginny entra dans le séjour, affichant une expression railleuse.

« Désolée de vous déranger. » dit-elle d'un ton appuyé.

« Ginny ! » s'exclama Hermione en remettant de l'ordre à sa blouse, reboutonnant les premiers boutons défaits. « Je ne savais pas que tu serais déjà de retour. »

« Clairement. » ironisa Ginny en posant ses affaires sur le sol, près de la cheminée, les observant avec amusement.

« Je te présente Théodore Nott. Théo, voici Ginny, ma colocataire. » dit Hermione avec un rire gêné.

Ginny jeta un regard déridé vers Théodore, s'empêchant de ricaner. Ils s'étaient déjà rencontrés pendant une soirée à l'Inferno mais s'étaient accordés pour garder cette information secrète. Faire mine de ne pas connaître Théodore fut cocasse. Il joua pourtant le jeu.

« Je devrais rentrer. » dit-il, après qu'ils aient échangé quelques banalités.

« Oh mais absolument pas. Je vais préparer le dîner, tu devrais rester manger avec nous Théodore. J'ai tellement de questions à te poser. » dit Ginny avec un sourire espiègle, qui n'annonçait rien de bon.

Théodore se tourna vers Hermione, comme pour lui demander une permission silencieuse et cette dernière hocha la tête, d'un air résigné.

S'en suivit près d'une heure de conversation - ou plutôt d'interrogatoire - pendant lequel Ginny le questionna sans vergogne sur sa relation avec Hermione et ses intentions envers son amie. Théodore resta étonnamment calme malgré l'insistance de Ginny. Il répondait d'une manière sobre, presque solennelle, comme si sa relation avec Hermione était une mission qu'on lui avait donnée et qu'il devait réussir à tout prix. Ginny trouva adorable la manière dont les deux interagissaient et il ne lui fallut pas longtemps pour réaliser que cet homme était sous le charme de son amie.

« C'est courageux de ta part, compte tenu de la position de ta famille et du statut d'Hermione. » commenta finalement Ginny. « Tu n'as pas peur de ce que les autres vont dire ? »

Aussitôt, elle sentit l'atmosphère dans la pièce se refroidir, comme si elle avait dit quelque chose de grave. Hermione, qui débarrassait la table, fit tomber une pile de couverts et se pencha au sol, visiblement nerveuse.

« Désolée. » dit-elle d'une voix un peu hystérique avant de ramasser les couverts d'un geste nerveux pour les placer dans le lavabo.

Elle lança un regard soucieux vers Théodore et Ginny ne manqua pas le regard qu'ils partagèrent, comme s'ils échangeaient une conversation silencieuse. Elle devina qu'elle avait probablement touché une corde sensible pour eux.

« Il est vraiment temps que je rentre. » annonça Théodore, d'un ton plus ferme cette fois.

Ginny hocha la tête, lui adressant un sourire un peu navré, embarrassée d'avoir ainsi manqué de tact.

« Heureuse d'avoir fait ta connaissance, Théodore. A bientôt. » dit-elle en lui adressant un salut de la main.

« De même, Ginny. » répondit-il avec un faible sourire.

« Je t'accompagne. » lança Hermione en se dirigeant vers l'entrée de l'appartement, probablement pour l'escorter jusqu'au bas du bâtiment.

Hermione fut de retour un quart d'heure plus tard. Ginny avait rangé la vaisselle, nettoyé la cuisine étroite et préparait désormais du thé. Un sourire malicieux se glissa sur ses lèvres en voyant le visage d'Hermione dont les joues avaient légèrement rosies.

« Tu sais ce que certaines femmes seraient prêtes à faire pour qu'un homme les regarde comme il te regarde ? » demanda Ginny.

« Que veux-tu dire ? » interrogea Hermione, prenant place face à elle.

« Comme si tu étais la chose la plus précieuse au monde. » affirma Ginny avec un soupir rêveur. « Je pensais que Bill et Fleur remportaient la palme du couple le plus atrocement adorable mais vous les détrônez. »

« Il m'a dit qu'il m'aimait. » avoua Hermione avec un sourire timide.

« Pardon ? » s'exclama Ginny, manquant de recracher la gorgée de thé qu'elle venait d'ingurgiter, les yeux écarquillés. « Quand ? Comment ? »

« Après m'avoir présentée à ses parents. » révéla Hermione d'une voix tranquille.

« Il t'a présentée à ses parents ? » s'écria Ginny, qui tombait des nues.

Elle serait probablement tombée de son tabouret, si elle n'avait pas pris appui sur le rebord du comptoir, stupéfaite. Hermione hocha lentement de la tête.

« Je sais, c'est surprenant. Tout ça est tellement étrange, je ne suis même pas sûre d'y croire moi-même. Mais j'ai réalisé qu'il m'aime pour ce que je suis vraiment. Mon statut de sang ne lui importe pas. » dit-elle dans un souffle, détournant soudainement les yeux.

Hermione parut plongée dans des pensées profondes et l'air cryptique qu'elle afficha rendit Ginny curieuse.

« Mon visage n'a toujours pas changé de couleur ? » interrogea Ginny.

Hermione la fixa avec confusion.

« Car je suis vraiment verte de jalousie. » assura Ginny d'un ton dramatique qui fit rire Hermione.

Après un moment de silence, elle revint à la charge d'un air conspirateur :

« Il t'a déflorée ? »

« Ginny ! » s'indigna Hermione.

« Quoi ? Au rythme où les choses ont l'air d'aller entre vous, je ne serais pas étonnée que tu me dises que vous vous êtes aussi mariés pendant mon absence. » ironisa Ginny.

« Ne dis pas de bêtises. Et non, nous ne l'avons pas fait. Pas encore. » ajouta-t-elle en rougissant, touillant sa petite cuillère avec un peu trop d'énergie.

« J'imagine que c'était bien parti vu la position dans laquelle je vous ai trouvés. » fit remarquer Ginny. « Si vous n'aviez pas de vêtements, j'aurais cru que vous étiez en plein acte. »

Hermione semblait désormais extrêmement embarrassée. Ginny n'avait jamais vu le visage de son amie prendre une couleur aussi intense.

« Tu aurais pu me prévenir que tu arrivais. » reprocha Hermione.

« Je te rappelle que j'habite ici, Hermignonne. » indiqua Ginny avec sarcasme.

Son amie eut le bon goût de paraître gênée.

« Mais vous n'avez absolument rien fait ? Rien de rien ? » insista Ginny, sans pouvoir s'en empêcher.

« Rien de sexuel, si c'est ta question. Et puis nous n'avons même pas encore eu de conversation sur un sujet important… La contraception. » ajouta Hermione en fronçant les sourcils.

« Hermione, tu es tellement responsable et raisonnable. » affirma Ginny avec admiration, posant son visage entre ses mains, observant son amie avec fascination. « J'aurais tellement voulu être comme toi. »

Hermione leva les yeux au plafond.

« Plus sérieusement, Luna peut t'aider avec ça. C'est son truc. Elle m'a aidé à faire tout un tas de tests quand j'ai appris que ce porc d'Olivier sautait sur tous les anneaux du stade pendant notre relation. » dit Ginny en levant les yeux au ciel.

Heureusement, elle n'avait pas souffert des conséquences de l'infidélité chronique de son ex petit-ami. Cette période avait toutefois provoqué un gigantesque stress chez elle. Comme si sa peine d'amour n'avait pas déjà été une épreuve suffisamment difficile à surmonter.

« Je suis épuisée. » annonça-t-elle avec un long bâillement. « Je t'abandonne. »

Sa journée avait été éreintante et un mal de crâne la tiraillait. Elle souffla un baiser en direction de son amie avant de se diriger vers sa chambre. Il ne lui fallut que quelques minutes pour s'endormir cette nuit-là.

Le lendemain, Ginny fut brutalement sortie de son sommeil par une vibration puissante. Elle se réveilla en sursaut et tourna la tête vers sa table de chevet où son miroir à double sens flambant neuf luisait dans l'obscurité de la chambre. Elle s'empara de l'objet et posa sa baguette dessus avec précaution, tentant de se rappeler des instructions de Romilda Vane. Le visage de Pansy Parkinson apparut dans le reflet du miroir. A ses côtés, Ginny apercevait des mains, des pinceaux et des accessoires capillaires en tout genre s'affairer autour de son visage.

« Est-ce que tu peux passer à l'Augurey Magistral pour moi ? J'avais rendez-vous avec Draco pour discuter d'un projet mais je n'aurais pas le temps d'y aller, finalement. J'ai un empêchement de dernière minute. » informa Pansy d'une voix distraite.

« Hm… » commença Ginny, hésitante.

Techniquement, elle n'avait pas encore commencé à travailler pour Pansy. Son contrat ne débutait que la semaine suivante et elle était déjà plébiscitée.

« Rien ne doit être impossible. Ne jamais lui dire non. » avait insisté Romilda deux jours plus tôt, pendant leur formation improvisée.

« Très bien. Quand dois-je m'y rendre ? » demanda finalement Ginny.

« Romilda t'enverra les détails. A plus tard, chaton ! » dit Pansy d'une voix guillerette avant de couper la communication.

Ginny soupira avant de reposer sa tête sur l'oreille. Un rapide coup d'œil vers l'horloge sur la commode lui indiqua qu'il n'était que six heures trente du matin. Elle entendit le bruit de la douche retentir. Hermione se préparait sans doute à se rendre au travail.

Ginny, elle, avait décidé de s'octroyer quelques jours de repos avant de commencer à travailler pour Pansy. Elle avait prévu de se détendre mais la demande soudaine de Pansy mettait à mal ses plans.

Elle n'était pas certaine de vouloir se retrouver en compagnie de Draco Malfoy. Leurs rapports s'étaient pourtant sensiblement améliorés après la nuit du bal et elle avait découvert une facette différente de sa personnalité. Leur dernière interaction avait toutefois été mouvementée. Au lendemain de cette soirée à l'Inferno, il s'était montré froid et distant avec elle, sans raison apparente.

Ginny n'avait pourtant pas eu le loisir de s'épancher davantage sur les raisons derrière son attitude lunatique, submergée dans ses propres préoccupations. Malgré tout, ses pensées se retrouvaient régulièrement à errer vers lui. Elle ressentait une appréhension certaine à le revoir à cause de cette tension qui régnait entre eux.

Lorsque Ginny se présenta devant la grille d'entrée de l'hôtel luxuriant des Malfoy, elle fut étonnée qu'on la laisse entrer sans faire d'histoires. Son nom avait été apposé sur la liste de visiteurs autorisés, et on l'invita à emprunter l'une des entrées réservées au personnel de l'hôtel qu'elle connaissait déjà.

Un Mangemort la conduisit au salon privé dans lequel elle s'était habituée à rencontrer Draco. La pièce n'avait pas changé, mis à part un récipient en pierre brillante, placé près du bar, qui attira immédiatement son attention. Elle observa l'objet avec fascination. Un liquide transparent remplissait le récipient et elle ne put décoller son regard de la substance mystérieuse.

« Valeur et vigueur. » lança une voix derrière elle, la faisant sursauter.

Elle se retourna vivement, la main posée sur sa poitrine. Draco Malfoy lui faisait face et l'observait avec ce rictus qu'il affectionnait tant.

« Tu m'as fait peur. » accusa-t-elle. « Je ne t'ai même pas entendu entrer. »

Elle jeta un regard machinal vers le récipient en pierre qui avait captivé son attention.

« Une Pensine. » informa Draco, répondant à sa question silencieuse.

« A quoi ça sert ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« A regarder des souvenirs. » expliqua-t-il brièvement.

Elle hocha la tête lentement, hésitant sur la meilleure manière de poursuivre la conversation. Draco ne semblait ni froid ni distant, ce qui était encourageant.

« Merci pour l'école de ma nièce. » dit-elle avec sincérité.

« Je t'en prie. »

Elle croisa les bras, traversée d'une gêne nouvelle qu'elle n'expliquait pas.

« Je crois que tu devais préparer quelque chose avec Pansy ? » dit-elle finalement.

« Ah…ça. » répondit Draco, avec indifférence. « Ce n'est pas urgent finalement, j'en discuterai avec elle plus tard. »

« C'est pour ça que je suis venue. » fit-elle remarquer en s'efforçant de cacher son ennui, réalisant qu'elle avait gâché son jour de congé pour rien.

« Eh bien, maintenant que tu es là, profitons-en pour reprendre tes leçons d'Occlumancie. » suggéra-t-il

Avec les mesures récentes du gouvernement envers les Sang-Impurs, il était évident que le Coven tentait d'intimider ceux qui osaient le défier. Espionner une Gouverneure était probablement sur la liste d'actes répréhensibles.

« Tu t'es entraînée, depuis ? » demanda Draco en pliant soigneusement la manche de la chemise ajustée qu'il portait.

« Un peu ? » tenta Ginny.

Le regard sceptique de Draco lui prouva qu'il n'était pas convaincu par sa réponse.

« Vérifions ça, dans ce cas. » suggéra-t-il, avec un rictus entendu qui n'annonçait rien de bon.

Lorsqu'il brandit sa baguette dans sa direction et prononça l'incantation, Ginny n'était pas encore préparée. Sans aucune difficulté, il pénétra dans son esprit. La sensation était étrange. Elle pouvait presque ressentir qu'elle n'était pas totalement seule.

« Un bon Legilimens pourrait entrer dans ta tête sans même que tu ne le remarques, ce qui le rend encore plus dangereux. Ma technique n'est pas fameuse, alors tu sens ma présence. » expliqua Draco tandis qu'il se retirait.

Ginny grimaça, pantelante. Pourtant, lorsqu'il lui demanda de recommencer, elle ne protesta pas. Cette fois, elle ferma les yeux, tentant de libérer son esprit.

« C'était mieux, cette fois. » dit-il, quelques instants plus tard. « Tu étais mieux préparée. Mais tu ne dois pas seulement m'empêcher d'entrer, tu dois m'empêcher de voir. »

« Et comment suis-je supposée faire ça ? » dit-elle avec un mélange de découragement et de frustration.

« On va essayer autrement. » décréta Draco en se dirigeant vers la table près du sofa, où étaient disposés un calepin et une plume, parfaitement alignés.

Il saisit la plume et se retourna vers Ginny, brandissant l'objet devant son visage.

« Regarde la plume sans briser le contact. Concentre-toi uniquement dessus. » ordonna Draco.

Elle s'exécuta, se concentrant sur la plume, observant sa forme élégante, son extrémité aiguisée, les spirales qui ornaient ses feuilles. Probablement une plume hors de prix, songea-t-elle. Pas comme celles qui prenaient à peine l'encre, laissant d'énormes tâches disgracieuses sur le parchemin, et auxquelles elle avait été habituée pendant sa scolarité à Néréide.

Ginny sentit soudainement une main se poser sur son bras, au-dessus de son poignet. Immédiatement, elle perdit sa concentration et détourna les yeux de la plume, plongeant le regard dans celui de Draco. A quoi jouait-il ? pensa-t-elle avec confusion, déconcertée par son geste.

Il n'avait pas bougé. San main brandissait toujours la plume devant elle, et l'autre encerclait le poignet de Ginny. Perdue dans son regard, Ginny ne put s'empêcher de laisser certaines pensées lui traverser l'esprit. Pendant l'espace d'un instant, son esprit divagua vers cette nuit à l'Inferno pendant laquelle ils s'étaient retrouvés sur cette banquette, plus proches que jamais, tandis qu'il la fixait avec cette intensité qui l'avait faite chanceler.

« C'est bien ce que je pensais. » dit finalement Draco en abaissant la plume, interrompant le silence.

Elle fronça les sourcils, sans comprendre.

« Quand tu étais concentrée sur cette plume, tu ne pensais à rien d'autre et je n'ai rien pu voir de personnel dans ton esprit. » expliqua Draco. « Dès que j'ai essayé de te déconcentrer, tu as perdu le fil, ce qui m'a facilité l'accès. »

« Je… Je ne comprends pas. »

« Ton problème, c'est que tu penses à trop de choses à la fois, et que tu ne te focalises pas assez. Tu as donc moins de contrôle sur ton esprit. Pour toi, la technique n'est pas de ne penser à rien, ni de complètement vider ton esprit. Tu dois te focaliser sur quelque chose de précis et superflu, et rester fixée dessus. » affirma-t-il.

Pour Ginny, ses explications sonnaient comme du gobelin.

« Certains cerveaux sont branchés différemment. Lorsque ma mère m'a enseigné l'Occlumancie quand j'étais enfant, elle m'a dit qu'elle avait exactement le même problème que toi. Ça arrive plus souvent aux femmes, d'ailleurs. Apprendre l'occlumancie leur demande plus d'effort en général à cause de leur tendance à être plus multitâche. Évidemment, il y toujours des exceptions. » ajouta-t-il.

« Ta mère t'as enseigné ça quand tu étais enfant ? » demanda Ginny la bouche ouverte, abasourdie. « Pourquoi ? »

Elle ne comprenait pas qu'on puisse enseigner à un enfant ce genre d'aptitude. Il hocha la tête.

« Pour les mêmes raisons que les tiennes. Pour ne pas qu'on vienne fouiller dans mes affaires familiales. » répondit-il.

Ginny se demanda quelles affaires on voudrait trouver dans l'esprit d'un enfant mais ne chercha pas à comprendre davantage. Ces gens vivaient dans un monde différent du sien et leur mentalité était si loin de la sienne, qu'essayer serait une perte de temps.

Elle réalisa que Draco n'avait pas lâché son bras pendant ses explications et elle frissonna sous la pression délicate mais ferme sur sa peau.

« C'est encourageant. » assura-t-il. « Je commençais à craindre que ce soit une cause perdue. »

« Encore à me sous-estimer ? » demanda Ginny avec un sourire en coin.

« Ce n'est pas un secret que les Sang-Impurs n'ont pas les mêmes aptitudes magiques. » affirma-t-il en haussant les épaules.

« La plupart d'entre nous n'avons pas eu la chance de recevoir une éducation comme la vôtre. » répliqua-t-elle, piquée au vif. « J'imagine que les choses sont plus simples quand on a les ressources. »

« Ces ressources, comme tu le dis si bien, ne sont pas tombées du ciel. Ces familles s'en sont données les moyens. » déclara Draco d'une voix traînante.

« Tu penses que la plupart d'entre nous sommes pauvres parce que nous ne travaillons pas assez ? » demanda Ginny, excédée.

« Je pense que la plupart des Sang-Impurs souffrent d'un cruel manque de vision. Ils ne planifient pas sur le long terme. On ne peut pas créer de réussite générationnelle sans réfléchir à long terme. » déclara Draco, d'une voix calme et mesurée.

« C'est difficile de penser à long terme dans ces conditions. » rétorqua Ginny en retirant son poignet d'un geste brusque.

Même si elle n'était pas surprise par sa façon de penser, ses opinions n'en n'étaient pas pour le moins désagréables à entendre. Il pensait sans doute que la plupart des Sang-Impurs étaient fainéants et ne se donnaient pas les moyens de sortir de leur situation.

« C'est facile pour toi de penser ainsi avec tes circonstances. » accusa-t-elle en désignant d'un geste la main la pièce luxuriante dans laquelle ils se trouvaient.

« C'est exactement votre problème. Cette victimisation constante. Tout le monde - même les Sang-Purs - ont des obstacles et des problèmes, quels qu'ils soient. Et figure-toi que non, je ne pense pas que tous les gens de rang inférieur soient ainsi. A commencer par toi. »

« Moi ? » répéta-t-elle, déroutée.

« Tu pourrais passer ton temps à te lamenter sur ton statut et à crier que la société est injuste, tout en attendant que les choses changent mais en ne faisant strictement rien pour contribuer à ce changement. Techniquement tu n'aurais pas tort, mais ça ne changerait rien à tes circonstances et ça ne t'apporterait absolument rien de concret » dit-il. « Au contraire, tu as compris que cette société avait des codes et qu'il y a une stratégie à jouer pour obtenir ce dont tu as besoin. C'est pour ça que tu es ici et que tu as des opportunités que certains de tes pairs n'auront jamais. Je suis absolument conscient des inégalités. Toi et moi n'aurons pas à parcourir le même chemin pour arriver au même but. Mais ça n'empêche pas que tu pourrais quand même arriver à cette destination en comprenant les codes et en t'adaptant. »

Ginny resta silencieuse devant ses paroles. C'était la première fois qu'elle entendait les choses de cette façon.

« Je comprends pourquoi tu parles tant des échecs. Tu calcules vraiment tout. » dit-elle, décontenancée.

« Et c'est pour cette raison que je serai toujours en avance par rapport aux gens qui ne planifient rien. Je ne vois rien de mal à être stratège. Certaines personnes agissent comme si c'était une mauvaise chose. Pour moi, c'est une façon de minimiser les risques et d'arriver à mes objectifs efficacement. » affirma Draco.

Il s'approcha d'elle, et attrapa une mèche de ses cheveux tombée sur son visage, l'observant avec circonspection. Et lorsque son regard se riva dans celui de Ginny, elle ne parvint à s'en décoller, plongée dans l'acier de ses iris.

« Même si tu ne le réalises pas encore, ou plutôt que tu ne veux pas te l'avouer, tu es aussi en train de calculer, Ginevra. » assura-t-il d'une voix modulée, en se penchant près de son oreille. « Sinon, une femme de ton statut ne serait pas encore debout, entourée de requins. »

Le souffle chaud de sa respiration près de sa nuque causa un frisson intense chez la jeune femme. De nouveau, il opérait ce charme inexplicable sur elle, si bien qu'elle en perdait sa capacité à réfléchir convenablement. Dans ces moments, ses sensations physiques semblaient décuplées et elle ressentait tout de manière plus vive, lui provoquant un inconfort à la limite de l'agréable. Un pincement dans l'estomac. La gorge sèche. La chair de poule sur ses bras.

Dans le même temps, son cerveau, lui, s'efforçait de lutter contre les réactions instinctives de son corps, comme un ultime rempart face à ces émotions qu'elle ne maîtrisait pas.

Ginny ne savait que penser de l'émoi que lui causait Draco Malfoy. Avec lui, tout semblait voguer sur un autre niveau d'intensité. Un niveau dans lequel elle pourrait se perdre, à n'en pas douter.

C'était presque comme jouer trop près d'une flamme menaçante et tester sa résistance à la brûlure en s'approchant à chaque fois davantage. C'était un sentiment nouveau, excitant et surtout - effrayant. Ginny était certaine qu'elle n'avait jamais ressenti ça avec un autre homme, y compris Olivier. Cette tension palpable et envahissante qui pourrait lui faire perdre la tête si elle la laissait la consumer.

« On… On devrait reprendre la leçon. » dit-elle en secouant la tête, dans un effort de regagner sa contenance.

Elle avait murmuré cela d'une voix hésitante, elle-même peu convaincue par ses paroles.

« Tu penses pouvoir te concentrer suffisamment pour ça ? » demanda-t-il en levant un sourcil, un sourire suffisant au coin de ses lèvres minces.

Il tenait toujours sa mèche de cheveux dans sa main et il la replaça derrière son oreille, ne la quittant pas du regard. Ses doigts effleurèrent au passage sa nuque, y laissant une trace invisible. Immédiatement, elle se laissa à imaginer la sensation de ses doigts s'ils les glissaient sur sa peau nue.

« O…Oui. » répondit Ginny finalement en hochant la tête, d'une voix plus assertive cette fois, s'efforçant de reprendre ses esprits.

Sans se défaire de son expression satisfaite, Draco acquiesça et consentit à s'écarter d'elle, brandissant sa baguette magique.

Ils firent trois autres tentatives qui se révélèrent infructueuses pour Ginny qui laissait trop de souvenirs lui défiler à l'esprit. La présence de Draco dans son esprit la forçait à vouloir contrôler ses pensées, la faisant ainsi réfléchir davantage, ce qui devenait un cercle vicieux. Après la troisième tentative, Draco secoua la tête, en signe de désapprobation, sous l'œil un peu désespéré de Ginny, qui commençait à fatiguer. Il l'autorisa à prendre une courte pause et elle se dirigea vers le bar pour se rafraîchir. Elle avala une longue gorgée d'eau, frustrée contre elle-même.

« Qui était cette personne dans ton dernier souvenir ? » demanda soudainement Draco d'un ton détaché, lorsqu'elle fut de retour vers lui.

« Quelle personne ? » demanda Ginny, confuse.

« L'homme dans ce pub miteux. » répondit-il avec un dédain manifeste.

« Oh. » dit-elle avec une gêne soudaine.

Il s'agissait du souvenir d'une conversation qu'elle avait eue avec Olivier Dubois, son ex-petit ami, au Chaudron Baveur.

« Personne. » répondit-elle rapidement.

« Il était dans un autre de tes souvenirs. C'est visiblement quelqu'un. » répliqua Draco.

Même s'il avait parlé d'un ton égal, elle décela une certaine irritation dans sa voix.

« Personne d'important. » répondit-elle d'une voix ferme.

Elle ignorait pourquoi elle ressentait de la nervosité à l'idée de lui dire la vérité. Après tout, elle ne lui devait rien. Et sa vie privée ne regardait qu'elle. Il était d'ailleurs curieux que de tous les souvenirs qu'il avait vu défiler, aussi importants que superficiels, ce soit celui-ci qu'il ait décidé de questionner. Même s'il ne sembla pas satisfait de la réponse évasive de Ginny, il n'insista pas davantage.

« On reprend ? demanda-t-elle, s'efforçant de changer de sujet.

« Je ne suis pas certain que ce sera différent des dernières tentatives. » répondit-il avec lassitude.

« Je crois que j'ai besoin de motivation. » affirma Ginny.

« C'est-à-dire ? » interrogea Draco, fronçant les sourcils.

« Faisons une dernière tentative et si j'arrive à tenir plus longtemps, alors tu accepteras un gage de mon choix. » suggéra Ginny, après un bref moment de réflexion.

« Lequel ? »

« Tu devras passer une journée entière avec moi... » suggéra-t-elle. « …dans la peau d'un Sang-Impur. »

Elle avait ajouté cela avec un sourire espiègle. Draco grimaça, visiblement dubitatif.

« Très bien. » dit-il finalement en levant les yeux au plafond avant d'ériger sa baguette.

Cette fois, Ginny n'essaya pas de se vider l'esprit. Elle identifia un objet derrière l'épaule de Draco - un tableau représentant un paysage magnifique, avec un pont à l'architecture bien différente des ponts qu'elle avait vus dans sa vie. Elle se concentra sur les détails de l'œuvre, ses lignes détaillées, ses couleurs vives, la beauté de son cadre mordoré. Au bout de deux minutes, elle vit Draco abaisser sa baguette.

« Eh bien, on dirait que tu es bien meilleure lorsque tu es motivée. » s'éleva la voix traînante de Draco, la sortant de sa contemplation profonde.

Ginny tourna le regard vers lui.

« J'ai réussi ? » demanda-t-elle, les yeux pleins d'espoir.

Il acquiesça et Ginny laissa échapper un cri de victoire, levant le poing dans l'air, jubilante.

« Eh bien, Draco… J'espère que tu es prêt à m'accompagner dans le monde du prolétariat. » dit-elle d'une voix mutine, hilare devant son air horrifié.

/

« Ils vont arriver dans quelques minutes. Les éclaireurs sont allés les récupérer. » annonça Caradoc Dearborn à l'attention de Tonks, qui leva les yeux vers lui, reposant la carte qu'elle consultait sur le bureau.

Elle hocha la tête, envahie d'une certaine nervosité. Des représentants de la délégation du Phénix étaient en route. L'Ordre du Phénix était la faction principale et fondatrice du FLOP. Leur groupe était relativement récent, et composé d'anciens membres de l'Armée de Dumbledore, la première faction de la Résistance qui avait perdu sa vigueur durant la décennie précédente, jusqu'à se dissoudre complètement.

Après l'attentat au Palais de la Chimère, l'Ordre avait envoyé un patronus pour prévenir qu'une délégation se rendrait à la base des Goules Insoumises pour investiguer sur l'incident. En entrant dans le FLOP, chaque faction se soumettait à certaines règles et un protocole particulier. Aucune opération de ce genre ne pouvait être menée sans l'aval préalable du Phénix. L'attaque d'Hannah, non approuvée, représentait un manque manifeste à ces engagements.

En tant que chefs, Maugrey, Tonks et Dearborn devraient s'expliquer sur les faits. Ils étaient responsables des membres et de leurs actes - positifs comme négatifs. Ils devraient justifier la décision de renvoyer Hannah dans le régime, aussi tôt après son entrée dans les rangs. Pire encore, le récent suicide de Dean soulevait d'autres questions sur les conditions de vie dans la base.

Tonks avait l'impression d'être une épave depuis la mort de son ami. Elle ressentait un vide gigantesque, et il était fréquent qu'elle fonde en larmes lorsqu'elle se retrouvait seule, épuisée par le poids de ses responsabilités au sein des Goules Insoumises et de la perte soudaine de Dean.

Ils l'avaient enterré dans un champ des alentours, dans une cérémonie émouvante mais brève. Chaque sortie entraînait le risque d'être repérés par des Mangemorts. Le gouvernement avait d'ailleurs déployé davantage de Rafleurs sur le territoire, désireux de mettre la pression aux rebelles depuis l'attaque.

Sur la route vers le réfectoire, Tonks décida de faire un arrêt à l'infirmerie. Elle dormait extrêmement mal ces derniers temps, et sa santé en était impactée. Elle espérait obtenir une potion de sommeil pour l'aider à se reposer. Elle fut surprise de trouver Maugrey à la place de Pompom, s'affairant près de la fenêtre condamnée de la pièce. A son arrivée, il stoppa son geste et se tourna vers elle.

« Ah, Tonks. » dit-il de son éternel ton bourru.

« Que fais-tu ? » demanda-t-elle avec curiosité. « La délégation est sur le point d'arriver. »

« C'est justement pour ça que j'étais ici. Je voulais faire un tour et vérifier que nous n'avions pas manqué un indice. » expliqua Maugrey.

Tonks lui adressa un regard décontenancé.

« Un indice au sujet de Dean ? » demanda-t-elle avec confusion. « Tu penses que ce n'était pas un suicide ? »

« Si, si. Mais tu me connais, j'aime explorer absolument toutes les pistes avant de confirmer ce genre de choses. Mes vieilles habitudes d'Auror, sûrement. » rappela-t-il avec un clin d'œil.

Tonks hocha la tête.

« Je vois. » dit-elle en en croisant les mains sur ses bras, frissonnant d'inconfort.

Tonks réalisa qu'elle n'était pas à l'aise dans cette pièce. Le souvenir du corps sans vie de Dean, pendant à cette corde, lui revint en mémoire et elle sentit son estomac se retourner. Elle ferma les yeux, prenant une longue inspiration, pour ne pas craquer de nouveau.

« On devrait y aller. Pour les accueillir. » dit-elle dans un souffle.

Maugrey hocha la tête.

« J'ai bientôt terminé. Je vous rejoins dans un instant. »

Tonks acquiesça et se dirigea vers une zone réservée aux chefs et interdite aux membres de la base. L'accès était restreint par un sort. Elle se composait d'un bureau de fortune où ils entreposaient des informations critiques et d'une salle de réunion improvisée où ils se réunissaient pour discuter des points importants.

Elle prit place sur l'une des chaises de la table en vieux bois de chêne, et joignit ses mains, les triturant nerveusement. Dix minutes plus tard, la porte s'ouvrit et Caradoc Dearborn fit irruption dans la pièce, suivi d'un groupe composé de trois personnes. Le premier, un sorcier courtaud et trapu au nez busqué surnommé Dedalus Diggle, adressa un sourire avenant à Tonks, abaissant son chapeau. Il était suivi d'un homme à l'expression impénétrable. Ses cheveux d'un noir de jais, garnissaient un visage pâle au regard noir et glacial. Il portait une longue robe de sorcier noire et, contrairement aux autres, semblait rester en retrait. Quand les yeux de Tonks se posèrent sur le troisième individu du groupe, son cœur rata un battement.

« Bonsoir, Dora. » salua-t-il d'une voix tranquille, ses yeux d'un brun clair la dévisageant.

Dora, songea-t-elle. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas entendu quelqu'un l'appeler par ce surnom. Il était d'ailleurs la seule personne à l'appeler ainsi. Une preuve d'affection.

« R… Remus. » balbutia Tonks, stupéfaite.

Cela faisait plus de six mois qu'ils ne s'étaient pas vus et sa présence lui fit l'effet d'une douche froide. Il arborait une mine plus pâle qu'à l'accoutumée. Cette blancheur n'était pourtant pas naturelle. Elle était dû, Tonks le devinait, à la pleine lune qui s'approchait à grand pas. Heureusement, la condition de loup garou de Remus, était endiguée par un mélange de potions qui empêchait la transformation. Malgré tout, il semblait toujours souffrir davantage pendant cette période du mois.

La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés ensemble, Remus avait décidé de mettre fin à la relation qu'ils entretenaient depuis deux années, de manière officieuse. Leur couple avait toujours été compliqué à cause de la distance. Six mois plus tôt, il lui avait fait part de sa volonté de rompre, invoquant la difficulté d'entretenir une relation dans les conditions dans lesquelles ils vivaient. Les excuses avaient été nombreuses. Elle méritait mieux, prétendait-il. Il ne pourrait pas lui offrir ce qu'elle voulait. Chaque jour, il frôlait la mort à cause de leurs convictions et il ne voulait pas construire quelque chose de durable, par peur d'un drame.

Remus avait eu une vie difficile, frappée de tragédies, et cela avait fait de lui un homme tourmenté. Il était persuadé de ne pas avoir droit au bonheur à cause de sa condition - une tare qu'il n'acceptait pas et qu'il ne voudrait jamais transmettre à un enfant, même par accident. Tonks avait protesté longuement, sans succès. La décision de Remus avait été unilatérale et sans appel.

La distance l'avait aidée à supporter la rupture. Le voir constamment n'aurait pas été vivable pour elle. Elle était une femme à fleur de peau, qui vivait ses émotions de manière passionnée et intense. Pourtant, sa présence soudaine fit ressurgir tous ses sentiments enfouis et elle réalisa que son amour pour lui n'avait absolument pas disparu. Elle avait simplement essayé de réprimer ses sentiments dans l'espoir de moins souffrir.

Les trois hommes prirent place sur la rangée face à Tonks, tandis que Dearborn s'installait à ses côtés.

« Où est Maugrey ? » s'enquit Remus.

« Il arrive. » répondit Tonks à voix basse.

Elle cherchait son regard mais elle pouvait voir qu'il l'évitait à tout prix. Elle sentit un point douloureux dans sa poitrine. La porte de la pièce s'ouvrit à la volée, et Maugrey, de sa démarche claudicante, pénétra à l'intérieur.

« Liberté et Dignité. » salua-t-il d'une voix désagréable, son œil magique défilant à toute vitesse sur les trois arrivants, les jaugeant avec circonspection.

« La vérité nous rendra libres. » répondit Dedalus d'une voix enjouée.

« Maintenant que nous sommes tous présents, je propose de commencer sans attendre. » suggéra Remus. « Alastor, tu ne prends pas place ? »

Maugrey s'était placé vers le mur non loin de Tonks et Dearborn, les bras croisés, dans une position presque protectrice.

« Je suis bien là où je me trouve. » répliqua-t-il d'une voix bougonne.

Remus acquiesça, sans insister. Tonks savait qu'il n'était pas du genre à s'emporter. Il était toujours le médiateur dans les conflits.

« Navrés pour ce retard. Nous devions arriver deux jours plus tôt mais nous avons dû faire des détours supplémentaires. Le gouvernement a déployé un nombre conséquent de Rafleurs depuis l'incident et les déplacements sont plus risqués que jamais. »

« Pas de problème. » assura Dearborn.

« Nous aurions voulu faire une visite dans d'autres circonstances. » commença Remus.

« Pourquoi ne pas arrêter avec les banalités diplomatiques et aller droit au but, Lupin ? » suggéra Maugrey d'une voix impatiente. « Si tu nous disais plutôt à quel point le Phénix est en rogne ? »

Après les paroles sans tact de Maugrey, tous les regards de la pièce se tournèrent immédiatement vers Remus. Fol Œil n'était pas du genre à discuter et à faire preuve de retenue, une qualité pourtant cruciale dans les discussions entre les représentants de factions, afin d'éviter les malentendus et les conflits, vite survenus.

La collaboration entre les factions intégrées au FLOP était encore fragile et il suffisait de peu pour raviver les tensions entre ces groupes qui n'avaient jamais eu les mêmes revendications, et qui étaient habitués à prendre des décisions seuls, sans demander des comptes à une autorité supérieure.

« Nous ne sommes pas ici pour vous faire des remontrances. » assura Remus. « Nous voulons simplement comprendre ce qu'il s'est passé pour éviter ce genre d'erreurs à l'avenir. »

Maugrey esquissa un rictus sceptique mais garda le silence. Tonks savait que Remus était souvent mandaté pour représenter l'Ordre du Phénix auprès d'autres factions. Grâce à sa personnalité logique et raisonnable ainsi que ses capacités de médiation, il parvenait généralement à trouver un terrain d'entente avec ses interlocuteurs. Dedalus sortit un parchemin, comme s'il s'apprêtait à prendre des notes.

« Commençons par le début. » proposa-t-il. « Que savez-vous sur Hannah Boot ? »

Un long interrogatoire débuta pendant lequel ils les martelèrent de questions sur Hannah, ses fréquentations, ses missions, et son attitude pendant son court séjour à la base. Ce fut Dearborn qui répondit à la plupart des questions, parfois interrompu par les interventions bourrues de Maugrey. Tonks, elle, resta silencieuse pendant la majorité de la réunion. Ses nerfs étaient fatigués et si elle aurait été, habituellement, la première à essayer de détendre l'atmosphère, elle ne trouva pas la force de le faire.

« C'est l'acte isolé d'une femme déséquilibrée. » avança Maugrey, après une question de Dedalus. « Comme il y en a déjà eu par le passé par divers membres de la Résistance, toutes factions confondues. Ce n'est pas la première fois et ce ne sera sûrement pas la dernière. »

« L'ennui, Alastor, c'est que ce n'est pas la première fois que nous avons vent de rumeurs extrémistes sur votre faction. » dit Remus d'une voix posée.

« Tu as des preuves de ce que tu avances, Lupin ? » demanda Maugrey avec agressivité.

« Alastor, s'il-te-plait. » plaida Dearborn, lui envoyant un regard implorant avant de se tourner vers Lupin « Nous voulons vraiment vous aider. Mais aucun élément ne prouve qu'il y un mouvement extrémiste parmi nous et nous ne pouvons pas monter un dossier sur des rumeurs infondées. »

« Tu as totalement raison, Caradoc. » reconnut Remus. « C'est pour cette raison que nous allons passer les prochains jours ici, pour discuter avec les différents membres. Si cela vous convient, évidemment. »

« Est-ce qu'on a vraiment le choix ? » se moqua Maugrey.

« Disons que c'est fortement recommandé. » répondit Remus d'une voix agréable mais ferme.

Après trois heures de discussions intenses, la réunion prit fin. Ils se levèrent, s'apprêtant à quitter la pièce.

« Dora ? » demanda Remus, en se tournant vers Tonks.

Elle leva les yeux vers lui, étonnée qu'il s'adresse à elle après avoir évité son regard pendant toute la conversation. Les autres quittèrent la pièce, tous conscients de la situation entre eux. Lorsque la porte se referma, Remus s'approcha d'elle.

« C'est bon de te voir, Dora. » dit-il d'une voix douce, une tristesse apparente dans les yeux.

Tonks sentit sa lèvre inférieure trembler à ses paroles. Elle avait longtemps imaginé que Remus avait continué sa vie comme si de rien n'était après leur rupture, tandis qu'elle tentait de recoller les morceaux de son cœur brisé, sans succès. Pourtant, à le voir ainsi, elle réalisa qu'il souffrait autant qu'elle de cette situation.

« Je suis désolée pour Dean. » dit-il avec sincérité.

Cette fois, Tonks ne put retenir ses larmes et elle s'approcha de Remus, se laissant tomber dans ses bras, déversant toute la tristesse qu'elle éprouvait. Remus la serra longuement contre lui pendant qu'elle sanglotait inlassablement, incapable de retenir ce torrent de larmes. Il lui fallut plus d'un quart d'heure pour se tranquilliser et elle épongea ses yeux bouffis avec la manche de son pull.

« Comment vont les autres ? J'ai l'impression que ça fait des lustres. » demanda-t-elle d'une voix cassée.

« Tout le monde va bien. Sirius était supposé venir mais comme Severus était de la partie, nous avons décidé que ce ne serait pas une bonne idée. Il t'envoie le bonjour. Harry également. »

« Il me manque tellement. » dit-elle avec un faible sourire. « Toujours aussi cancre ? »

« Oh tu le connais, c'est bien le fils de son père. » dit Remus avec un rire. « Pour te dire la vérité, je ne les ai pas beaucoup vus ces derniers mois. Nous voyageons beaucoup pour visiter les autres factions. Mais nous avons dû tout stopper après l'attentat, car les routes de passage ne sont plus sécurisées. »

Tonks hocha la tête.

Remus faisait partie d'un groupe de privilégiés qui connaissaient la vraie identité du Phénix. Elle avait toujours admiré sa capacité à faire la différence entre leur liaison et son activité au sein de l'Ordre. Il séparait les deux facilement, ce que Tonks peinait à faire.

« J'imagine que nous sommes dans le pétrin. » dit-elle avec un soupir. « Surtout s'ils ont envoyé Rogue. »

Severus Rogue était un ancien espion infiltré dans le régime, qui avait travaillé comme agent double pour la résistance pendant des années. Lui aussi connaissait l'identité du Phénix. Il avait une relation tumultueuse avec Sirius Black et ils se détestaient cordialement. Selon les rumeurs, leur conflit venait d'un problème survenu bien des années auparavant, impliquant James et Lily Potter, deux membres imminents de l'Armée de Dumbledore, qui avaient péri lors d'une mission. Pour une raison obscure, Sirius tenait Severus coupable. Un fait étrange lorsque Remus et même le propre fils des Potter, Harry, ne semblaient pas avoir de problème avec Rogue.

Tonks était persuadée que le mépris de Sirius envers Severus était plutôt d'ordre personnel mais cela restait une supposition. Remus lui révélait peu d'informations sur les affaires personnelles de ses amis. Il était un excellent ami et possédait un sens du devoir inflexible. C'est l'une des choses qu'elle aimait chez lui mais qui la frustrait en même temps.

Le reste de la journée, Remus et Dedalus dialoguèrent avec plusieurs membres de la base. Rogue, lui, resta étrangement en retrait et n'adressa la parole à quasiment personne. Installé dans un coin isolé, il observait simplement les autres avec circonspection. Même si les membres de la base s'efforçaient d'agir comme si de rien n'était, il était évident que certains d'entre eux étaient nerveux de la présence de la délégation officielle du Phénix. Maugrey, lui, ne semblait pas voir d'un bon œil l'arrivée de ces ''mouchards de l'Ordre'' mais il ne fit pas de remarques supplémentaires et les laissa faire leur travail.

En fin de soirée, tandis que la base se faisait silencieuse, Tonks se dirigea vers l'un des dortoirs individuels, où Remus résidait pendant son séjour. Elle cogna à la porte discrètement et entra avec appréhension.

« Je peux ? » demanda-t-elle d'une voix nerveuse.

Remus parut hésiter mais hocha finalement la tête et Tonks pénétra à l'intérieur de la petite pièce, uniquement éclairée à la lueur d'une bougie. Elle s'installa sur le lit, à ses côtés, pendant qu'il rangeait des notes.

« L'enquête avance ? » demanda-t-elle d'une voix lente.

Il hocha la tête, sans extrapoler.

« Comment vont les choses, pour toi ? Tu as parlé des autres mais tu ne m'as pas dit comment tu allais. » fit-elle remarquer.

« Ça va. Je suis en vie et plus ou moins en bonne santé. » répondit-il en haussant les épaules, très pragmatique.

« Pas de nouvelle personne en vue ? » demanda-t-elle.

« Dora… Tu penses vraiment qu'après t'avoir quitté pour les raisons que j'ai évoquées, je serais allé voir une autre femme ? » demanda-t-il avec scepticisme.

Elle haussa les épaules, un peu embarrassée.

« Et toi ? » demanda-t-il soudainement.

Un petit espoir naquit chez Tonks. S'il posait cette question, cela signifiait qu'il avait encore de l'intérêt pour elle. Il voulait savoir si elle avait rencontré quelqu'un d'autre depuis leur rupture.

« Non. » Tu sais que je ne peux pas t'oublier aussi facilement, Remus. » confessa-t-elle d'une voix tremblante.

« Dora… »

« Je sais, Remus. J'ai compris ta décision, et je la respecte, crois-moi. Je ne te demande pas qu'on se remette ensemble. » assura-t-elle.

Elle baissa la tête.

« Mais avec tout ce qui s'est passé dernièrement… J'ai juste besoin d'une présence réconfortante. » murmura-t-elle en levant les yeux vers lui. « Quelqu'un qui me comprenne. »

Elle posa une main sur la sienne, au niveau de sa cuisse. Il sembla se tendre face au geste.

« Dora… » prévint-il directement.

« S'il-te-plait, Remus. » plaida-t-elle, les yeux brillants. « Juste cette nuit. ».

Elle avait murmuré ces paroles d'une voix implorante, avant de se pencher dans sa direction, cherchant son regard qui luisait à la lumière de la bougie tamisée. Tonks pressa alors ses lèvres contre les siennes. Remus ne la repoussa pas, et après quelques secondes d'immobilité, il lui rendit son baiser. Elle se laissa perdre dans la ferveur de leur baiser et il l'encercla fermement de ses bras, l'attirant à lui avant de l'allonger sur le lit étroit. Elle ne voulait pas penser aux conséquences, ni à la douleur qui en découlerait. Ce soir, elle voulait retrouver la chaleur des bras de l'homme qu'elle aimait et qui lui avait terriblement manqué.

La journée du lendemain se fit sur un nuage agréable pour Tonks qui avait retrouvé une once d'allégresse. Elle savait qu'elle n'était qu'éphémère mais elle s'en fichait. Ces dernières semaines avaient été difficiles pour elle et la consolation que lui apportait Remus était réconfortante.

Elle ne voulait pas penser au moment où il devrait la quitter encore une fois. Profiter du moment présent, c'était tout ce qui importait. La délégation du Phénix se fit discrète pendant son enquête et Tonks eut peu l'occasion de voir Remus pendant les journées, tous les deux occupés par leur tâches respectives. Pourtant, ils se retrouvaient chaque soir. Pendant l'espace d'un instant, elle eut l'impression de revenir à l'époque où ils étaient encore ensemble et cela lui fit un bien fou.

Quelques jours après leur arrivée, Tonks aperçut Remus se diriger vers une pièce isolée de la base et décida de le suivre. Elle marcha sur la pointe des pieds, et tenta de rester discrète, ce qui était compliqué étant donné qu'elle était une femme particulièrement maladroite. Elle réalisa toutefois que la porte de la pièce n'était pas totalement fermée et des voix lui parvinrent aux oreilles. Elle tendit l'oreille droite. Grâce à ses aptitudes de Métamorphomage, Tonks pouvait agrandir la taille de certains de ses membres. Elle étira son oreille de plusieurs centimètres, rallongeant ainsi son conduit auditif externe et son tympan. Leur sensibilité accrue lui permit d'écouter la conversation plus facilement. Elle savait que c'était mal mais la curiosité la rongeait et le refus de Remus de répondre à ses questions était devenu frustrant.

« Alors, Severus ? Tu as eu la confirmation ? » demanda la voix de Remus.

« Oui, nos soupçons étaient fondés. » répondit la voix froide de Severus Rogue. « C'est lui qui est derrière tout ça. Je n'ai pas pu le voir dans son esprit, qui est constamment bloqué, mais j'ai pu faire le rapprochement en fouillant dans l'esprit d'autres personnes. »

Tonks ouvrit la bouche de stupeur. Les bribes d'informations qu'elle détenait sur Rogue lui avaient été révélées par Remus et Sirius, bien que le discours de ce dernier n'ait jamais été élogieux à son égard. Malgré leur relation troublée, tous s'accordaient à dire que Rogue était un élément clef de l'Ordre. Selon Remus, Rogue était le meilleur Legilimens de la Résistance, si ce n'était du régime.

Tonks réalisa la raison du silence de Rogue depuis son arrivée. Les entretiens de Remus et Dedalus avec les autres membres n'étaient que des faux prétextes. En vérité, c'était Severus qui cherchait les informations en infiltrant les esprits des membres de la base à leur insu. Même si l'occlumancie était enseignée à tout le monde dans les rangs, les aptitudes différaient d'un individu à l'autre. Peu de sorciers pouvaient résister contre une tentative d'intrusion d'un Legilimens avancé comme Rogue. A part Maugrey, qui était un ancien Auror entraîné, elle ne connaissait personne dans la base capable de fermer son esprit sans même y penser.

« On le tient, enfin. » affirma une troisième voix - celle de Dedalus Diggle.

« Il va falloir faire attention. Les prochains jours seront décisifs. Il faut que je contacte le Phénix pour confirmer la marche à suivre. En attendant, il faut faire en sorte de ne pas éveiller ses soupçons. Continuons à agir comme si on ne savait rien. » affirma Remus.

Tonks écarquilla les yeux. Ils avaient donc réussi à lier l'attentat à un membre de la base. Hannah n'avait donc pas agi seule, pensa-t-elle avec horreur. Quelqu'un dans la base était en connivence avec elle. Cette pensée lui retourna l'estomac. Elle ne pouvait pas croire que des extrémistes se cachent parmi leur groupe soudé.

Higgs, pensa-t-elle soudainement, comme traversée d'un éclair de discernement.

Ça collait parfaitement, songea-t-elle. Les paroles de Dean lors de leur dernière conversation lui revinrent en mémoire. Tonks éprouva un horrible sentiment de culpabilité. Elle aurait dû l'écouter. Higgs avait-il quelque chose à voir dans la mort de Dean ?

Elle s'éloigna rapidement, pour éviter d'être surprise en train de les espionner. Dans le réfectoire, elle retrouva Maugrey, face à une cheminée, dans un coin isolé près de la fenêtre, occupé à lustrer sa jambe en bois.

« Que t'arrive-t-il, gamine ? » demanda Maugrey lorsqu'elle se laissa choir devant lui, troublée.

Tonks trouvait toujours agaçant cette manie de Maugrey de l'appeler 'gamine' alors qu'elle venait de devenir trentenaire. Elle ne fit pourtant pas de remarque, l'esprit agité par d'autres problèmes plus importants.

A la vue de sa question, Maugrey avait probablement remarqué son visage pâle. Tonks jeta des regards rapides autour d'eux pour s'assurer que personne n'épie leur conversation. S'il y avait une personne en qui elle plaçait une confiance aveugle dans la base, c'était bien Maugrey, lui aussi chef de la faction. Il serait choqué d'entendre la découverte de la délégation.

« Apparemment quelqu'un ici est lié à l'attaque. Hannah avait un complice. Ils soupçonnent quelqu'un fortement. » annonça Tonks à voix basse, la mine grave.

« Comment sais-tu cela ? » demanda Maugrey en fronçant ses sourcils épais, son œil magique se rivant sur Tonks.

« J'ai peut-être écouté aux portes et surpris une conversation que je n'aurais pas dû entendre ? » rapporta Tonks en esquissant un sourire mi-honteux mi-espiègle.

Maugrey l'observa attentivement. Il paraissait aussi avide d'informations qu'elle l'avait été.

« Qu'est-ce que tu as entendu, exactement ? »

« Que le responsable lui-même n'aurait pas laissé échapper d'informations en bloquant son esprit. Mais Rogue a réussi à obtenir des infos sur son implication dans l'esprit de quelqu'un d'autre. » révéla Tonks avec gravité.

Elle secoua la tête, choquée.

« Et dire que je ne voulais pas croire que quelqu'un pourrait faire quelque chose de ce genre. J'étais persuadée que cette fille avait tout simplement perdu la tête… » murmura Tonks avec un frisson.

« Ils ont donné un nom ? » demanda Maugrey, l'observant avec une lueur sombre dans ses yeux.

Tonks secoua la tête.

« Non. Ils n'ont rien dit. Mais c'est évident non ? Je pense que c'est Higgs. Tout collerait. Surtout avec les soupçons de Dean. Et s'il avait vraiment quelque chose à faire dans sa mort ? » dit-elle, sentant les poils se dresser sur ses bras.

« Qu'ont-ils dit d'autre ? » dit Maugrey, d'une voix insistante. « Que comptaient-ils faire ? »

« Ils ne veulent pas éveiller ses soupçons alors ils vont faire profil bas en attendant de recevoir des instructions du Phénix sur la meilleure manière de confronter le coupable. » révéla Tonks. « Je ne sais rien d'autre, malheureusement. »

« Merci d'avoir partagé cette information avec moi. » dit Maugrey, d'une voix plate.

« Évidemment. Il faut bien qu'on se serre les coudes, entre nous. Tout va nous retomber dessus en tant que chefs. Ils vont nous accuser de n'avoir rien vu. » dit-elle en grimaçant. « Je n'arrive pas à croire qu'on ait été trahis de cette manière. »

Plus tard dans la soirée, tandis que la base se faisait silencieuse, Tonks rejoignit Remus dans la petite chambre qu'il occupait. Cette fois, il ne la repoussa pas lorsqu'elle posa ses lèvres sur les siennes. Il l'encercla même dans une étreinte ferme, et approfondit le baiser tandis que ses mains caressaient fébrilement le corps de son amante.

« Tu m'as tellement manqué, Remus. » dit-elle contre lui, sentant des larmes lui monter dans les yeux, un mélange de tristesse et de bonheur.

Toutes ses tentatives pour l'oublier avaient été réduites à néant après ce séjour. Sa présence n'avait fait que lui rappeler à quel point elle était amoureuse de cet homme et qu'elle voulait être avec lui. Elle se demanda ce qui arriverait lorsqu'on arrêterait Higgs. Serait-elle punie par l'Ordre pour ne pas avoir accompli sa mission ? Une partie d'elle réalisa qu'elle était fatiguée de tenir ce rôle au sein de la base. Si elle était rétrogradée, alors elle pourrait rejoindre la base de Remus et se rapprocher de lui.

Elle avait l'impression d'être une chef de faction incapable - trop sensible et trop émotionnelle pour gérer les situations graves de manière pragmatique. Il était compliqué pour elle de mettre ses sentiments de côté pour se focaliser sur un but, surtout dans cette période. Elle était plus fragilisée et vulnérable que jamais.

Le lendemain, à son réveil, elle posa sa tête sur le torse dévêtu de Remus, caressant lentement la toison claire qui le parsemait. Elle sentit le bras de Remus se mouvoir légèrement et il la rapprocha de lui, caressant distraitement sa taille nue.

« Tes cheveux. » fit soudainement remarquer Remus avec amusement.

Tonks attrapa l'une de ses pointes, l'observant avec curiosité. La teinte était désormais d'un orange corail. Elle sourit.

« Ils prennent cette couleur quand je suis heureuse. Tu as oublié ? » dit-elle d'un ton taquin.

Ils échangèrent un sourire.

« J'aimerais qu'on reste ainsi. Pour toujours. » lui révéla-t-elle dans un chuchotement.

« Dora…. » murmura-t-il.

« Je sais. » coupa-t-elle, un peu sèchement.

Elle savait déjà ce qu'il s'apprêtait à répondre et elle ne voulait pas l'entendre. Pas maintenant. Elle soupira de frustration et un silence tranquille s'installa.

« J'ai… J'ai entendu ta conversation, hier soir. Avec Severus et Dedalus. » admit-elle avec gêne.

Immédiatement, elle le sentit se tendre contre elle. Tonks leva la tête vers lui et vit ses sourcils se froncer, une expression de désapprobation ornant son visage.

« Je sais, c'est mal. » dit-elle avec culpabilité.

« Qu'est-ce que tu as entendu ? »

« Que vous soupçonnez quelqu'un. Ou plutôt que vos soupçons sur cette personne ont été confirmés et que vous attendez les ordres du Phénix pour l'appréhender. » dit-elle dans un souffle.

Il grimaça.

« Est-ce que tu en as parlé à quelqu'un ? »

« Juste à Maugrey. Personne d'autre. » lui jura-t-elle d'une voix rassurante.

Les yeux de Remus s'écarquillèrent d'horreur. Il se redressa brusquement, retirant le drap d'un geste emporté. Tonks resta pantoise devant cette réaction.

« Tu as dit ça à Maugrey ? » dit-il d'une voix paniquée.

Elle acquiesça lentement.

« Il le saura bien assez tôt, de toute façon. Et nous ne nous cachons rien, entre chefs. Comme tu le fais avec Sirius et les autres. » se justifia Tonks.

« Tonks… Non… » s'écria-t-il en se relevant précipitamment.

« Quoi ? » dit-elle, sans comprendre.

« C'est Maugrey ! C'est lui l'extrémiste ! Nous le soupçonnions depuis des mois mais nous n'avions aucun élément concret avant hier - en fouillant dans les esprits d'Higgs et de Coote. » s'exclama Remus, désespéré.

La bouche de Tonks s'ouvrit sous le choc, stupéfaite et horrifiée par les paroles qu'elle venait d'entendre. Remus laissa échapper un juron particulièrement vulgaire - ce qui ne lui ressemblait guère. C'est ainsi qu'elle réalisa la gravité de la situation.

« Non… Non… C'est impossible. » murmura inlassablement Tonks, foudroyée. « Ça ne peut pas être lui… »

Son cerveau ne pouvait pas admettre cette information. Maugrey était la personne en qui elle avait le plus confiance parmi les Goules Insoumises. Il était un confident, un mentor et presque une figure paternelle pour elle. Elle ne voulait pas croire qu'il ait pu lui dissimuler une information si conséquente pendant toutes ces années. Jamais dans leurs conversations il n'avait laissé échapper le moindre élément pouvant lui faire penser qu'il était extrémiste.

Elle se rappela toutefois la conversation qu'elle avait eue avec Maugrey le jour de la mort de Dean. Il avait semblé tout faire pour écarter ses soupçons sur la présence d'extrémistes parmi eux, s'évertuant même à défendre Higgs avec une opiniâtreté qu'elle avait trouvé curieuse. C'était lui qui avait insisté sur les problèmes mentaux de Dean en prétendant qu'il avait probablement cherché à se suicider. Et quelques jours plus tôt, juste avant l'arrivée de la délégation du Phénix, elle l'avait trouvé dans l'infirmerie. Il avait prétendu chercher des indices sur une mort qui, selon lui, était un suicide. Et si, au contraire, il avait voulu s'assurer de n'avoir laissé aucune preuve pouvant l'incriminer aux yeux de la délégation, dont les méthodes d'investigation étaient bien plus poussées que celle de n'importe qui au sein de la base ?

« Oh Merlin... » balbutia-t-elle, sentant une nausée soudaine lui tordre le ventre.

Remus avait terminé de s'habiller, enfilant son t-shirt à la hâte. Son pantalon à peine boutonné, il se rua à toute allure en dehors de la pièce. Tonks enfila à son tour ses vêtements avant de le suivre, une boule se formant dans sa gorge.

Elle retrouva Remus dans le couloir avec Dedalus et Severus, leur murmurant des paroles à voix basse. A l'arrivée de Tonks, Severus lui adressa un regard obscur et Tonks se renfrogna, mal à l'aise.

« Je… Je suis désolée. » murmura-t-elle, au bord des larmes.

« Nous n'avons pas le choix. Nous allons devoir l'arrêter maintenant. » dit Severus d'un ton glacial, ignorant ses paroles. « Lupin, avec moi. Vous deux, au réfectoire pour bloquer les sorties éventuelles.

Il brandit sa baguette et s'élança au niveau des couloirs menant aux dortoirs, Remus sur ses talons. Dedalus et Tonks prirent la direction opposée.

Quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent dans le réfectoire. L'agitation régnante avait attiré les regards curieux de certains des membres. Tonks ignora leurs questions.

Finalement, Severus et Remus firent irruption dans le réfectoire, après plusieurs minutes qui semblèrent comme une éternité pour Tonks. Elle les observa avec appréhension et se précipita à leur rencontre, Dedalus sur ses talons.

« Il a pris la fuite. » révéla Remus avec gravité. « Il s'est enfui pendant la nuit avec d'autres membres. Il avait probablement plus de complices qu'on ne le soupçonnait. »

Tonks sentit le sol s'écrouler autour d'elle. Des extrémistes pullulaient dans les rangs des Goules Insoumises depuis des années et elle n'en avait jamais vu le moindre signe. Pire encore, par sa faute, ils s'étaient échappés dans la nature.


Valeur et vigueur chatons,

Ici Pansy, votre personnage favori. Fearless et son snack viennent d'acheter une maison et ils se préparent à déménager donc elle m'a demandé de répondre à vos reviews à sa place. Elle dit aussi qu'elle ne peut pas être tenue responsable des réponses que je vous donnerai - ce que je ne comprends absolument pas parce que je fais toujours preuve d'un tact hors du commun.

Étant d'une bonté exemplaire, j'ai décidé de prendre quelques minutes de mon agenda surbooké pour discuter avec vous. Allez-y, posez-moi toutes les questions qui vous brûlent les lèvres. Contrairement à l'auteure, je ne peux pas garder ma langue. Je vous préviens : pas de messages débiles, et appelez-moi Miss Parkinson parce que nous n'avons pas élevé les boursoufs ensemble.

Bref, qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Est-ce qu'on peut parler de Tonks et de ses cheveux oranges ? Comment veut-elle que Remus la prenne au sérieux avec une coiffure pareille ?

Et puis se jeter sur lui comme une désespérée… Ce n'est tellement pas classe. Je ne juge pas mais si je jugeais je lui dirais que c'est dégoûtant d'avoir des rapports sexuels dans une grotte miteuse. J'espère aussi qu'elle a pris ses précautions parce que tomber enceinte d'un va-nu-pieds qui n'a pas de boulot stable (à au moins sept chiffres) et qui vit comme un marginal, c'est juste la honte. Rien qu'à l'écrire, ça me rend sèche. Décidément, les femmes n'apprendront jamais. Elle devrait vraiment écouter ma chronique. C'est quand même la base, pour l'amour de Voldemort.

Bon, je crois avoir commenté tout ce qui était important dans ce chapitre. Je n'ai pas le droit de vous le dire mais le prochain chapitre s'appellera Feu aux Poudres et suivra uniquement Ginny et Draco. Il est long parce que votre cousine Fearless est incorrigible et ne peut pas s'empêcher d'écrire des pavés (et puis on ne va pas se mentir, la taille ça compte).

J'attends vos commentaires, je sais que vous avez hâte que je m'adresse à vous étant donné que je suis le personnage préféré de cette histoire. En parlant de ça, je ne comprends pas pourquoi on suit tous ces personnages insignifiants. Qui veut entendre parler de leurs vies inintéressantes quand on peut suivre la mienne ? D'ailleurs, vous ne trouvez pas aberrant que je n'ai pas encore eu un seul POV depuis le début de cette histoire ? Enfin je comprends, l'auteure veut garder le mystère. Le meilleur pour la fin.

A vos plumes, chatons !