Valeur et vigueur les amis,

Mon déménagement est terminé, j'ai repris le boulot, le sport (enfin me connaissant ça va durer un mois) et comme la rentrée est imminente, on reprend aussi les bonnes habitudes pour poster. Un grand merci à Jiwalumy, Lucylu, Chyriam, drou, Colixiphicus et Carlita pour leurs commentaires *coeurs sur vous*

Ce chapitre n'est pas aussi long que les précédents, mais il y a beauuuuucoup d'informations ! Et je vous préviens, il n'est vraiment pas fun.

Et maintenant vous connaissez les bails - montage et playlist pour ce chapitre à retrouver sur mon profil. Bonne lecture !

XXIV. Mauvais Sang

Hermione courait à en perdre haleine, le visage distordu par la terreur, les pulsations de son cœur plus violentes que jamais. Seule une pensée lui martelait l'esprit :

Elle devait se cacher. Au plus vite.

Autour d'elle, elle ne distinguait qu'un flou curieux, comme si son cerveau était incapable d'imager le paysage qui l'entourait. Ses jambes la tiraillaient et des feuillages hirsutes lui écorchaient la peau mais elle les ignora. Elle entendait au loin les appels de ses assaillants et la panique se fit plus oppressante au fil des secondes.

Trouver refuge.

Sa course fut brutalement interrompue lorsqu'elle rencontra une surface dure, la faisant chuter violemment au sol. La douleur était si vive qu'elle s'en retrouva étourdie. Elle resta au sol, au bord de l'inconscience, presque assommée par l'impact brutal.

Lorsqu'Hermione recouvra ses esprits, elle discerna des bruits de pas s'approcher rapidement, frappant la terre humide tels des tambours implacables, annonçant un sort des plus tragiques.

Elle se redressa et constata avec horreur qu'elle était entourée d'une dizaine de sorciers dont les visages étaient dissimulés par des masques effrayants. Elle pouvait toutefois apercevoir la lueur sans équivoque dans leurs yeux luisants. Une haine et un dégoût sans nom.

Ils brandissaient tous leurs baguettes dans sa direction, et semblaient sur le qui-vive, prêts à attaquer si elle esquissait le moindre mouvement suspect. Elle était toutefois acculée comme un animal traqué et sans défense, attendant l'approche fatidique de son funeste sort.

« Debout, Sang-de-Bourbe. » ordonna une voix profonde et effrayante.

Elle tourna la tête, et ses yeux se posèrent sur un homme à la carrure imposante qui la toisait, vêtu d'un masque rouge et d'une cape de la même teinte.

L'Exécuteur.

« Par pitié… » implora Hermione d'une voix chevrotante, des larmes au coin des yeux, la douleur de ses membres toujours aussi vive.

« J'ai dit 'Debout, Sang-de-Bourbe.' » répéta l'homme de sa voix grondante qui n'accordait aucune indulgence.

Il la saisit par les cheveux et releva sa tête avec violence, la forçant à se redresser. Elle se tenait désormais sur ses genoux éraflés, sentant du sang couler le long de sa tempe. Difficilement, elle posa un pied à terre, prenant appui sur sa cheville pour se relever. Même debout, l'homme la toisait toujours, la dépassant de près de deux têtes. Devant la détresse de la jeune femme, ses yeux n'affichaient qu'une répugnance abyssale. La peur lui tordait l'estomac et elle était tétanisée devant ces hommes hostiles.

Hermione sentit une main la saisir par le bras avec virulence, le tordant dans une position qui la fit hurler de douleur. Immédiatement, elle retomba sur ses genoux, gémissant bruyamment. Vint alors le premier coup qui la frappa dans l'omoplate gauche. Puis un second derrière la tête. Le troisième, au milieu de la poitrine, lui coupa la respiration et elle s'effondra totalement au sol, au bord de l'inconscience.

Elle se sentit soudainement tirée sans cérémonie à travers la terre, ses membres se heurtant parfois aux pierres et aux branches rêches jonchant le sol. A travers ses yeux mi-clos, elle n'apercevait que la silhouette des hommes masqués et la forme des arbres, hauts et imposants. Après ce qui lui sembla une éternité, l'ombre des arbres disparut et elle distingua un vaste champ, seulement éclairé par les lumières des baguettes qui luisaient dans l'obscurité.

« Il est temps pour toi de payer pour tes péchés, Sang-de-Bourbe. » annonça l'Exécuteur. « Nous ne te laisserons pas souiller notre sang sacré plus longtemps. »

Il pointa du doigt un point derrière Hermione et elle tourna la tête avec difficulté, la douleur dans sa nuque plus vive que jamais. Ses yeux s'agrandirent d'horreur lorsqu'elle vit un long poteau en bois, dressé dans le champ.

Un bûcher.

« Aujourd'hui, Voldemort m'en soit témoin, tu brûleras sous les flammes de la justice et de la pureté. » annonça l'Exécuteur.

« Non, non, non… » plaida Hermione avec panique tandis que les Mangemorts l'attrapaient par les bras.

Malgré la douleur qui l'assaillait, elle tenta de se débattre de toutes ses forces, frappant avec ses pieds dans l'air. Ces hommes la dominaient toutefois physiquement et malgré ses efforts, ils n'eurent aucune difficulté à la porter jusqu'au poteau. Ses mains furent placées autour du pilier, dans son dos, fermement accrochées par des lianes.

« Je vous en supplie… » sanglota Hermione, sa voix désormais brisée.

Ses lamentations furent toutefois vaines. Personne ne semblait l'écouter. L'Exécuteur érigea sa baguette et énonça une incantation :

« Ignis Daemonium ! »

Sous les yeux remplis d'horreur de la jeune femme, une forme incandescente émergea de sa baguette. Le feu se tortilla dans l'air, prenant de l'intensité au fil des secondes, comme s'il prenait vie. Bientôt, les flammes vertes prirent la forme d'une créature terrifiante - une chimère.

« Purifie. » ordonna l'Exécuteur d'une voix glaçante.

Immédiatement, la chimère se rua en direction d'Hermione qui hurlait à pleins poumons, tourmentée. La créature ouvrit sa gueule et un feu puissant s'en dégagea.

Le bruit strident du radio réveil lui parvint aux oreilles, et Hermione ouvrit les yeux dans un geste sec. Elle était si désorientée qu'il lui fallut plusieurs secondes pour se rappeler où elle se trouvait. Elle n'était pas dans ces bois effrayants ni dans ce champ vaste, accrochée à un poteau, parmi ces individus qui voulaient la voir brûler vivante.

Elle était dans son lit, installée dans des draps familiers. En sécurité.

Elle ne pouvait pourtant pas bouger, comme complètement tétanisée. Elle était en sueur et son cœur battait la chamade dans sa poitrine. La douleur dans sa cage thoracique était si intense qu'elle avait l'impression qu'elle allait suffoquer. Elle prit de grandes inspirations, et finalement, ses palpitations commencèrent lentement à s'apaiser. Elle recouvra l'usage de ses membres.

Cela n'avait été qu'un cauchemar. Un horrible cauchemar.

« Tu vas bien. Tu es vivante. Tu es en sécurité. » articula-t-elle à voix basse, les mots sortant difficilement de sa gorge sèche, le corps tremblant.

Ce n'était pas la première fois qu'elle faisait ce cauchemar. Il était même récurrent, prenant des formes diverses, affichant des protagonistes et même des lieux différents. Malgré tout, un seul élément revenait toujours dans ses songes.

Elle était toujours sacrifiée sur un bûcher, sous les flammes d'un terrible Feudeymon. Le mode d'exécution plébiscité pour les gens comme elle dans le régime.

Hermione répéta inlassablement ces mots de réconfort pour se calmer. Cela lui permettait de revenir à elle et à la réalité.

Ses cauchemars étaient revenus à la charge de manière plus vivifiante depuis le jour où elle avait révélé son secret à Théodore. Elle n'avait pourtant pas eu le choix. Dissimuler un secret aussi lourd pendant des années l'avait rongée de l'intérieur. C'était par terreur et instinct de survie qu'elle était parvenue à le faire. Pourtant, lorsqu'elle s'était retrouvée dans le hall du manoir des Nott, et qu'elle avait entendu la dispute de Théodore et de son père à son sujet, elle avait été frappée d'un éclair de lucidité.

Elle ne pourrait pas continuer à le regarder dans les yeux tout en omettant cette vérité. Et comment pouvait-elle prétendre l'aimer en lui dissimulant une partie si importante de son identité ? Une partie d'elle avait voulu s'assurer que l'amour qu'il prétendait ressentir pour elle était réel. Il devait comprendre dans quoi il s'engageait vraiment avec elle. Elle était désormais totalement à découvert devant lui. Il connaissait sa plus grande vulnérabilité et la sensation était à la fois effrayante et libératrice.

Le silence qui avait suivi sa confession lui avait semblé extrêmement long. Il n'avait duré que quelques secondes, mais pour Hermione, il avait semblé être une éternité.

« Ça ne change en rien ce que je ressens pour toi, Hermione. » avait assuré Théodore, une fois son état de choc passé.

C'était à cet instant même qu'elle avait obtenu sa confirmation. Ce qu'ils partageaient était réel. Malgré le danger, malgré la différence, malgré l'incertitude, il avait décidé de la choisir, elle.

Hermione s'était laissée tombée dans ses bras, ses jambes ne la tenant quasiment plus, parcourue entre le soulagement et un bonheur extrême.

C'était aussi la première fois qu'elle avait vu de la peur dans les yeux de Théodore. Comme s'il comprenait enfin l'ampleur et la gravité de la situation. Son idéalisme et son ouverture d'esprit ne seraient pas suffisants dans un monde où on voudrait la mort d'Hermione pour nulle autre raison que son existence même.

Hermione rabattit la couverture et se mit en position assise, posant ses pieds sur le sol glacé de la chambre. Elle se dirigea vers la salle de bain d'un pas silencieux pour ne pas importuner Ginny qui dormait probablement toujours. Dans le miroir, Hermione observa son visage avec désarroi. Son reflet était pâle et soucieux, manifestation de son angoisse perpétuelle.

Malgré la peur, elle ne pouvait pas ignorer cet autre sentiment qu'elle ressentait. Avouer son secret à quelqu'un d'autre avait été étrangement libérateur. Elle ne serait plus la seule à devoir porter ce lourd fardeau sur ses épaules. Personne de son entourage ne connaissait la vérité sur ses origines à part Théodore. Quelques années plus tôt, elle avait pris cette décision avec détermination. Ce jour-là, elle avait eu son premier aperçu du régime de Voldemort.

SEPT ANS PLUS TÔT

« Hermione, chérie, tu es prête ? » demanda la voix de Jean Granger, résonnant à travers les escaliers.

« Oui, maman. Je serai en bas dans une minute. » s'écria Hermione en s'abaissant sur la rampe des escaliers pour répondre à sa mère.

« Nous n'avons pas une minute. Nous allons être en retard si nous ne partons pas tout de suite ! Ton père vient de me dire qu'il y a des embouteillages sur la route. » insista sa mère.

Hermione attrapa son sac à dos, jetant un dernier regard rapide à sa chambre pour s'assurer qu'elle n'avait rien oublié dans la pièce parfaitement rangée. Elle ne serait pas de retour avant les vacances de fin d'année et ses parents n'auraient pas la possibilité de lui faire parvenir quoi que ce soit.

Estimant qu'elle était cette fois prête, la jeune fille descendit les escaliers du pavillon à quatre vitesses. Dans le hall d'entrée, elle fut interceptée par un énorme dogue allemand qui se précipita dans sa direction, manquant de la faire tomber, sa queue frétillant à toute allure. Harper, le chien de la famille était particulièrement affectueux et sautait régulièrement sur les membres de la famille, peu conscient de son large gabarit. La jeune fille éclata de rire, tandis que le chien tentait de lui lécher le visage.

« Tu vas me manquer aussi, Harper. » assura-t-elle en caressant l'animal avec affection. « Je te vois dans trois mois. »

Un bruit de klaxon retentit à l'extérieur de la maison et Hermione esquissa une dernière caresse à l'animal avant de s'élancer vers la sortie, où sa mère l'attendait, l'air impatient.

« Tu as tout ce qu'il te faut ? » demanda cette dernière.

Hermione hocha la tête et avança d'un pas entraîné vers l'espace familial où les attendait son père, Henri Granger, au volant. Elle posa son énorme sac à dos sur la banquette arrière avant de s'y installer à son tour, claquant la portière derrière elle. Tandis que le véhicule démarrait, Hermione observa d'un air distrait la maison des Granger, un cottage traditionnel, situé dans un quartier où vivaient généralement des familles de classe moyenne supérieure.

L'été prenait fin et elle était impatiente de retourner à l'école pour débuter sa sixième année scolaire dans son internat magique. L'Académie de Sorcellerie Brugwinns était située sur l'Ile de Man et accueillait majoritairement des enfants et adolescents irlandais. La communauté magique d'Irlande était relativement faible comparée à sa population moldue. Elle s'était pourtant développée après plusieurs vagues d'immigration, composées essentiellement de familles réfugiées ayant fui le Royaume-Uni. La plus grosse vague avait immigré deux centenaires auparavant, pour fuir la répression du régime purifié de Voldemort, une dictature autoritaire où primait la pureté du sang.

Dans la voiture, sans surprise, Henri Granger avait décidé de leur imposer l'anthologie de The Undertones, son groupe favori. Il avait enfilé ses lunettes de soleil, et comme à l'accoutumée, se mit à chanter énergiquement leur titre The Love Parade pendant qu'il conduisait, s'attirant le roulement des yeux de son épouse qui critiquait souvent les aptitudes vocales terribles de son mari. Hermione laissa échapper un rire amusé en observant son père s'en donner à cœur joie pendant l'un des solos du vocaliste du groupe, provoquant l'air désespéré de Jean.

Hermione extirpa de son sac son livre du moment. Ils avaient encore trois heures de route devant eux et elle était pressée de découvrir la suite des aventures de l'héroïne de l'histoire, une scientifique chevronnée mais talentueuse, envoyée sur une planète remplie de créatures autochtones pour une mission du gouvernement.

Au milieu du trajet, Henri souffla bruyamment. Ils étaient coincés dans les embouteillages et la circulation semblait plus lente que jamais. Il avait arrêté la musique et on entendait désormais les actualités à travers le poste.

Hermione avait refermé son livre, la tête posée contre la vitre, agitant devant son visage un éventail de fortune, conçu à partir de feuilles provenant du magazine de l'information dentaire auquel ses parents étaient abonnés. La dernière édition contenait même un article sur le nouveau cabinet dentaire qu'ils avaient ouvert à Ennis. Une fierté pour ses parents qui s'étaient rencontrés sur les bancs de l'université et qui ne s'étaient plus quittés depuis, tant sur le plan romantique que professionnel.

« Ce matin, le Ministre a accueilli des descendants des déplacés du Royaume-Uni pour commémorer l'anniversaire du deux-centième anniversaire de la catastrophe qui a causé la mort de plus de six millions de britanniques et forcé plus de trois millions d'individus à s'exiler dans d'autres pays. » expliquait la voix d'une chroniqueuse. « A l'occasion, nous recevons aujourd'hui à l'antenne le professeur Cilian O'Brien, un historien spécialisé sur le sujet. Professeur, deux cent ans après cette catastrophe humaine qui a décimé la population entière de trois pays, vous avez récemment publié un livre sur cette tragédie. »

« Merci de votre invitation, Aoife. » répondit la voix rugueuse du dénommé Cilian. « C'est effectivement l'une des catastrophes les plus choquantes que le monde moderne ait connu. On en parle pourtant peu, surtout au vu de l'impact significatif qu'elle a eu d'un point de vue humain. Étant moi-même un descendant de l'une de ces familles déplacées, je voulais vraiment faire lumière sur cette tragédie dont les conséquences perdurent toujours à notre époque contemporaine. »

« Pour nos auditeurs qui ne sont pas informés sur le sujet, pouvez-vous nous expliquer ce qu'il s'est passé ? » suggéra la chroniqueuse.

« Absolument. Au début du dix-neuvième siècle, une épidémie mortelle s'est déclarée sur le Royaume-Uni. Les informations officielles qui ont pu être retrouvées font l'état d'une contamination des sols et des récoltes, qui ont rendu des millions de personnes malades à travers la nourriture. L'infection a très vite évolué à cause d'un taux de contagion extrêmement élevé, probablement l'un des plus forts de toutes les catastrophes épidémiques connus par l'Homme jusqu'à aujourd'hui. » expliqua le professeur O'Brien.

Hermione, qui écoutait distraitement la conversation, secoua la tête. Si ces gens savaient réellement ce dont il s'agissait, pensa-t-elle.

Deux centenaires plus tôt, une guerre avait éclaté entre deux courants opposés de la communauté magique britannique. D'un côté, le gouvernement en place et de l'autre, Lord Voldemort, un chef de guerre autoproclamé. Après un conflit sanglant qui avait duré près d'une décennie, Voldemort était sorti victorieux et avait imposé sur la communauté magique un régime basé sur la supériorité du sang. Il ne s'était pourtant pas arrêté là. Estimant que les sorciers avaient un droit inné sur le territoire du Royaume-Uni, il avait décidé de partir en guerre contre la population moldue afin de sortir la communauté magique de l'ombre forcée dans laquelle elle vivait depuis la mise en place du Code International du Secret Magique.

Les plus grands Maîtres de Potions du régime avaient été mandatés pour concevoir une substance aux effets néfastes que le nouveau Ministère avait introduit sur les zones moldues du pays. Le virus avait peu d'effets sur les individus possédant du sang magique. La majorité de la population britannique, alors composée de moldus à l'époque, avait été décimée de cette façon. Les populations moldues survivantes s'étaient exilées dans des pays limitrophes, notamment le continent européen ou encore l'Irlande.

Quant aux sorciers opposés au régime, ils s'étaient réfugiés dans des zones libres - aux Pays de Galles ou dans certaines parties d'Écosse et d'Angleterre, non contrôlées par le régime à l'époque. Peu à peu, à travers les décennies, Voldemort avait lancé des opérations de conquêtes et d'expansion visant à agrandir le joug de son empire. A chaque fois, les populations magiques étaient forcées de se plier aux règles de l'empire purifié. Quant aux personnes Nés-Moldues, elles étaient exécutées sur-le-champ.

« L'air autour du Royaume-Uni ainsi que ses sols sont désormais complètement infectés, et il est impossible pour une population humaine d'y vivre. La zone est donc inoccupée, depuis. » indiqua la voix du professeur à travers le poste de radio. « On estime qu'aucune population humaine ne pourra y vivre pendant les quatre mille prochaines années. »

L'air infecté dont parlaient les moldus était en réalité un puissant sort de Repousse-Moldus, empêchant toute intrusion non désirée de la population non-magique.

Le régime de Voldemort s'était ensuite complètement refermé sur lui-même, ignorant les menaces des autres communautés magiques internationales et leurs accusations de crimes de guerre. Si une opération de ce genre aurait été difficile voire impossible à l'époque actuelle, l'absence d'organisations universelles ou d'accords qui transcendaient les frontières nationales à l'époque de l'instauration du régime avait facilité le processus pour Voldemort. A l'époque, les moyens de communication des moldus étaient archaïques et leurs technologies étaient bien faibles face à la magie des sorciers.

La quasi-totalité de l'ancien Royaume-Uni était également impossible à voir sur les radars et les satellites moldus. Le monde entier, mis à part les communautés magiques et quelques dirigeants moldus, était persuadé que l'ancien Royaume-Uni n'était qu'un amas de terre abandonné, où la vie humaine était impossible à cause du risque de danger biologique dans les environs. Cette zone du monde n'était plus qu'un souvenir dans l'imaginaire collectif et elle était désormais reléguée à un passage bref dans les livres d'histoires de certains pays, principalement ceux dans lesquels les populations exilées s'étaient réfugiées.

Il avait été difficile pour ces communautés de vivre leur magie en toute liberté et bon nombre d'entre elles avaient même dû se fondre aux populations moldues. Elles avaient perdu toute leur identité communautaire.

Cinquante ans plus tôt, un sorcier surnommé Armando Dippet avait décidé de créer un internat magique sur l'île de Man pour favoriser l'éducation magique dans la zone. Avant cela, tous les parents sorciers étaient forcés d'envoyer leurs enfants dans des écoles magiques à l'étranger. C'était grâce à cette initiative qu'Hermione, née de parents moldus, avait pu bénéficier d'une éducation magique. Le monde qui s'était ouvert à elle, cinq ans plus tôt, avait été bouleversant.

Le trajet arriva finalement à son terme et Hermione étreignit longuement ses parents, qu'elle ne verrait pas jusqu'aux prochaines vacances.

L'île de Man était également dissimulée aux Moldus afin d'éviter toute menace du secret magique. Les déplacements y étaient donc rares.

« Travaille bien. » insista Jean à l'adresse de sa fille, posant un baiser sur son front.

« Tu sais bien que notre fille est la première de sa promotion. » rappela son père avec fierté, passant une main dans les cheveux d'Hermione, les ébouriffant davantage.

« Papa ! » s'exclama-t-elle avec une grimace, en repoussant sa main.

Après leur avoir promis de leur écrire à son arrivée, Hermione se dirigea vers le vieux ferry qui ferait la traversée jusqu'à l'île. Elle montra son billet à un passeur qui le vérifia avec prudence avant de la laisser monter. Il devait s'assurer qu'aucun moldu n'entre dans le ferry par mégarde.

« Salut, Hermione ! » lança une voix.

Hermione tourna la tête et ses yeux tombèrent sur un visage familier. Il s'agissait d'un garçon noir, avec un afro court et au sourire éclatant. Il était installé sur un banc, à l'avant du ferry et, d'un geste enthousiaste, lui fit signe de le rejoindre. Hermione s'approcha de lui, lui adressant un sourire. Il gribouillait ce qui ressemblait à un super héros sur un carnet. Dean Thomas était féru de comics et avait un talent particulier pour le dessin.

« Hey, Dean. Tu as passé de bonnes vacances ? » demanda-t-elle en prenant place à ses côtés.

« Du tonnerre. » répondit Dean. « Et toi ? »

L'internat était petit et les élèves formaient un groupe soudé, car ils passaient tout leur temps ensemble. Comme elle, Dean était un Né-Moldu. Cette identité commune les avait rapprochés à leur arrivée à Brugwinns.

« J'ai entendu dire qu'ils avaient failli fermer l'école cette année. » lui annonça Dean d'une voix grave. « Ce n'est qu'à la dernière minute qu'ils ont décidé de la laisser ouverte. »

Hermione écarquilla les yeux, surprise par cette information.

« Apparemment, le gouvernement dit que c'est dangereux et que l'île est trop exposée au régime de Tu-Sais-Qui. » ajouta Dean.

Le régime purifié de Voldemort était un sujet tabou parmi la communauté magique. Le traumatisme qu'avait causé le régime et son idéologie sur les familles réfugiées était encore bien présent. A travers les générations, la perspective d'être envahis avait été une crainte justifiée pour beaucoup de sorciers vivant dans des territoires libres. L'île du Man était probablement la dernière zone libre aussi proche du royaume purifié. Nombreux étaient ceux qui prétendaient que son statut d'île la rendait hors de danger. Contrairement aux dernières zones conquises, elle était entourée par l'océan et n'avait aucun contact direct avec le régime. C'était d'ailleurs le prétexte invoqué par Dippet lorsqu'il avait créé Brugwinns et qu'il avait fallu convaincre les autorités de lui accorder l'autorisation.

« Si les gens du Ministère pensent que c'est dangereux, c'est peut-être parce qu'ils savent quelque chose que nous ne savons pas. » fit remarquer Hermione, mal à l'aise.

« Peut-être. Mais s'ils ont décidé de la laisser ouverte, c'est que la menace n'était peut-être pas aussi grave. » dit Dean avec son positivisme à toute épreuve.

Hermione hocha la tête, peu convaincue. Pour les personnes comme Dean et elle, la menace du régime purifié de Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom était presque une histoire de monstre, qu'on contait aux enfants pour leur faire peur, au pied du lit. Du fait de leurs origines moldues, ils n'avaient pas grandi en entendant les histoires sur la puissance du régime de Voldemort. Les étudiants aux origines magiques, eux, avaient une autre vision des choses.

« Ça va aller. » affirma Dean, optimiste. « Et sincèrement, qu'est-ce qu'il peut bien arriver ? »

La question de Dean trouva sa réponse exactement six mois plus tard.

Hermione observa avec horreur une partie du Manoir de Brugwinns s'effondrer devant ses yeux, causant un fracas assourdissant, tandis qu'un nuage de poussières remplissait l'air. Le côté droit du bâtiment avait été complètement détruit. Des volutes de fumées noires s'élevaient dans l'air et les cris de panique retentissaient partout, tandis que les habitants de l'île tentaient d'échapper à des assaillants masqués.

Hermione observa cette scène de désolation avec impuissance, le corps tremblant.

Les assaillants étaient entrés pendant la nuit, détruisant l'épais champ de protection autour de l'île. Selon certaines témoins, ils étaient arrivés grâce à des bateaux sous-marins ou aériens, dissimulés par une brume épaisse non naturelle.

Après un assaut qui n'avait duré que quelques heures, leurs ennemis, en supériorité numérique, avaient gagné le contrôle de l'île. Hermione et d'autres personnes furent forcés de grimper sur des navires dont les mâts arboraient d'énormes têtes de morts, sous les ordres des hommes terrifiants et menaçants. Avec leurs masques ornés et leurs gestes robotiques, ils paraissaient presque inhumains.

Hermione leva lentement la tête, et aperçut Dean quelques mètres plus loin, la lèvre tuméfiée. Il grimaçait de douleur et se tenait les côtes droites, comme s'il avait été blessé. Elle pria intérieurement pour qu'il soit indemne. A côté d'elle, une fillette pleurait à chaudes larmes, tenant quelque chose dans ses mains. Elle ne devait pas avoir plus de onze ans.

« Tu es toute seule ? » demanda Hermione d'une voix emplie de bienveillance, tentant de dissimuler sa propre préoccupation pour ne pas affoler davantage la fillette.

La petite fille répondit par la négative.

« Mes parents sont… » murmura-t-elle avant de fondre en larmes.

Hermione l'observa avec panique. Les hommes masqués avaient abattu tous ceux qui tentaient de se mettre sur leur chemin ou de résister.

« J'ai peur... » murmura la fillette, en plein désarroi.

Hermione posa une main sur la sienne, comme pour la réconforter. Elle aussi était terrifiée par la perspective de ce qui les attendait. Elle venait de voir des gens mourir devant ses yeux. Des gens qu'elle avait croisé sur l'île ou à l'internat pendant des années. Son ventre se tordit, épris par une nausée horrible.

La traversée sembla plus longue que jamais, secouée par des mouvements brusques du bateau sur lequel étaient entassés des survivants de l'île. Une pluie torrentielle s'abattit dans le ciel, suivie d'un tonnerre assourdissant qui provoqua des cris de panique autour d'elle. La fillette ferma les yeux et se serra contre Hermione qui la prit dans ses bras, dans un geste rassurant. Son propre corps tremblait de tout son long, effrayée à l'idée du sort qui les attendait une fois arrivées à destination.

Les intempéries semblèrent toutefois se tranquilliser. La petite fille s'était calmée et récitait lentement des paroles, en se secouant d'avant en arrière, ses yeux toujours luisants.

« Comment tu t'appelles ? » demanda Hermione d'une voix douce.

« Addy. » répondit la fillette.

« Je suis Hermione. Nous allons rester ensemble, d'accord ? » assura Hermione. « On ne se quittera pas. »

Addy acquiesça timidement. Immédiatement, elle reprit sa litanie, les bras enserrés autour de ses genoux.

« Mon nom est Addy Clarke-Day et mon sang est pur. Mes parents sont Leo Clarke et Christine Day. Mes grands-parents paternels étaient Capucina et Odetus Clarke. Mes grands-parents maternels sont Nohamus et Diane Day. » répétait-elle inlassablement d'une voix monotone.

Elle remonta à plusieurs générations, et Hermione fut choquée de constater la précision avec laquelle elle connaissait ses ancêtres.

« Pourquoi répètes-tu ça ? » demanda finalement Hermione avec confusion, sa curiosité éveillée.

« Je ne dois jamais oublier mes origines si on me les demande. » assura la fillette d'une voix tremblante, le teint blafard.

Elle tenait dans sa petite main une bague dont le chaton était serti d'une pierre précieuse, ressemblant à une opale.

« C'est la bague de maman. C'est tout ce qu'il me reste d'elle. » sanglota-t-elle. « Elle me l'a donnée avant de… »

Elle s'interrompit, ses larmes reprenant de plus belle. L'estomac d'Hermione se tordit alors qu'elle écoutait le récit de la fillette, qui avait assisté à la mort de ses parents, aux mains d'un groupe d'hommes masqués.

Presque instinctivement, Hermione posa la main sur la chaine en or blanc qu'elle portait autour du cou. Un cadeau de ses parents, offert à ses onze ans, avant sa première année à l'internat. Son cœur se serra. Elle ignorait si elle les reverrait.

La pluie se calma finalement et la brume intense qu'ils voyaient depuis leur départ de l'île s'évapora. Elle aperçut un gigantesque bloc de terre à une centaine de mètres des navires. Quelques instants plus tard, la traversée prit fin et les captifs furent invités à descendre des bateaux, bousculés violemment par les hommes masqués.

Hermione attrapa la main d'Addy et elles suivirent le groupe, la démarche incertaine. Ils arrivèrent dans ce qui ressemblait à un campement rudimentaire, installé au milieu de deux bâtiments devant lesquels des drapeaux noirs étaient dressés. La lettre V était visible sur les deux étendards. Les prisonniers furent forcés de s'asseoir à même le sol, les uns à côté des autres, par groupes de vingt personnes. Les hommes masqués les observaient avec hostilité, la baguette brandie.

Un homme blond à la carrure imposante se présenta devant eux, arborant un air faussement sympathique, les dévisageant tour à tour. Il portait une robe de sorcier particulièrement élégante, d'un rouge profond, qui se différenciait des tenues noires de ses confrères.

« Valeur et vigueur, chers visiteurs. » dit-il d'une voix suave. « Mon nom est Rupert Wilkes et je serai votre point de contact privilégié pendant les prochaines heures. Mon objectif principal est de faire en sorte que la procédure d'immigration se passe dans les meilleures conditions possibles. »

La procédure d'immigration ? songea Hermione, surprise.

« J'imagine que vous avez entendu pléthore de mensonges sur notre nation. Je me dois de rétablir la vérité. Nous sommes un havre de paix pour la communauté magique. Nous sommes là pour garantir la survie de notre existence dans un monde où notre nombre baisse chaque jour un peu plus. » expliqua Wilkes, l'air grave.

Il passa un regard sérieux sur toute la foule.

« Toutefois, pour garantir la sécurité et le bien-être de notre communauté, il est de mon devoir et celui de mes collègues ici présents de ne faire entrer que les personnes dignes. Toute personne indésirable et susceptible de causer du tort à nos concitoyens ne sera pas autorisée à entrer. »

Hermione déglutit.

« Si vous êtes dignes, notre Coven sacré sera miséricordieux. » poursuivit Wilkes. « Nous ne sommes pas vos ennemis. Nous venons vous sauver et vous ramener dans votre juste demeure. Vous retrouverez les terres de vos ancêtres, où vous pourrez vous épanouir, au lieu de vivre comme des étrangers dans d'autres contrées. »

Si vous êtes dignes, songea Hermione, mal à l'aise. Elle devinait ce que ce mot signifiait. Immédiatement, une panique latente lui saisit l'estomac. Pour le régime purifié de Voldemort, elle était une usurpatrice. La magie n'aurait pas dû lui être donnée. Et la sanction pour ce crime était des plus extrêmes. Wilkes commença à donner des instructions. Les captifs seraient questionnés pour confirmer leur identité.

« L'opération ne devrait pas durer plus de dix minutes. Ensuite, vous serez transportés en ville, où vous aurez votre liberté totale de déplacement. »

A ses côtés, Hermione entendit des murmures agréablement surpris face à ces paroles. Après ce qu'ils venaient de vivre et le massacre sur l'île, elle savait pertinemment que les choses ne seraient pas aussi simples que cet homme les décrivait.

Elle jeta un regard vers Addy qui avait les yeux rivés sur la bague de sa mère. Elle remarqua que l'épaisse pierre avait été relevée, faisant apparaître une minuscule pastille bleue à l'intérieur du bijou.

« Qu'est-ce que tu fais avec ça ? » demanda Hermione d'une voix inquiète, parcourue d'un mauvais pressentiment.

Elle avait parlé à voix basse, pour ne pas attirer l'attention des hommes masqués.

« Maman m'a dit que si je me retrouvais capturée par les ennemis, ça me protégerait. » répondit la petite fille d'une voix étrangement déterminée, ses larmes désormais disparues.

Avec appréhension, Hermione observa Addy tandis qu'elle portait le comprimé à sa bouche. Rien ne se passa. Après quelques instants d'attente, Hermione détourna les yeux. A quoi s'était-elle attendue ? pensa-t-elle avec dépit. A une arme quelconque qui aurait pu les aider ?

« Hermione… » entendit-elle soudain.

Elle se tourna de nouveau vers Addy dont le visage avait pâli. Elle observait Hermione à travers ses yeux devenus vitreux.

« Tout va bien ? » demanda Hermione, en fronçant les sourcils.

La fillette secoua la tête, comme si elle ne parvenait pas à parler. Elle commença à trembler et s'écroula au sol, saisie de spasmes violents. Une mousse blanchâtre s'écoula de ses lèvres et Hermione l'observa avec horreur. Elle se précipita aux côtés de la petite fille, saisie de panique.

D'autres captifs regardaient également la scène et l'agitation finit par attirer l'attention des hommes masqués.

« Écartez-vous ! » hurla l'un d'eux en brandissant sa baguette en direction du groupe qui entourait Addy.

Les spasmes de la petite fille étaient si vigoureux qu'elle se tordait dans tous les sens. Elle s'immobilisa brusquement, sa tête tombant sur le côté, les yeux grands ouverts. Choquée, Hermione observa ses yeux injectés de sang.

« Morte. » annonça l'un des hommes masqués après avoir inspecté le corps de la fillette.

Ses mots firent l'effet d'une douche glacée à Hermione qui fixait toujours la petite fille dans un état de choc extrême.

« Comprimé de Mort Subite. » commenta un second garde, qui s'était agenouillé vers le corps, observant les lèvres bleutées du cadavre d'Addy.

« Ôtez ça de ma vue. » ordonna Wilkes en levant les yeux au ciel, visiblement agacé. « Si jeune et pourtant déjà si corrompue. Bon débarras. »

L'un des hommes fit léviter la dépouille d'Addy vers l'un des bâtiments, disparaissant du champ de vision des prisonniers. Hermione n'avait pas bougé, les yeux humides, tétanisée par la scène à laquelle elle venait d'assister et choquée de la froideur de ces hommes face à la mort d'une fillette innocente.

Elle abaissa les yeux et son regard tomba sur un éclat luisant. Elle reconnut la bague qu'avait tenu Addy. D'une main tremblante, elle s'en empara, observant l'intérieur désormais vide. La mère d'Addy avait-elle caché ce comprimé de mort subite en prévision d'une catastrophe de ce genre ? Les sorciers des zones libres vivaient avec la peur constante d'une invasion par l'empire purifié de Voldemort. A entendre les paroles d'Addy, ses parents s'étaient défendus vertement avant de succomber aux attaques des assaillants de l'île.

Si cette femme craignait tellement pour le sort de sa famille alors qu'ils étaient de Sang-Pur, que se passerait-il pour quelqu'un comme Hermione ?

« Debout ! » s'exclama un homme masqué, la sortant de ses pensées. « Suivez-moi ! Allez, plus vite que ça ! »

Hébétée, Hermione jeta des regards autour d'elle, tandis que le groupe parmi lequel elle était assise se levait, suivant les ordres de l'homme.

Elle se releva difficilement, ses genoux encore tremblants. D'un pas titubant, elle suivit le petit groupe qui se dirigeait vers l'un des bâtiments en pierre blanche polie.

Elle se plaça dans une file, où les captifs attendaient de parler à une femme installée à un comptoir. Chacun d'entre eux prenait une fiole avant de rejoindre l'étape suivante du parcours, où deux hommes masqués leurs ordonnaient d'avaler le liquide transparent.

« Qu'est-ce qu'ils leur font boire ? » demanda quelqu'un dans la file d'une voix tremblante. « Le même truc qu'a pris cette gamine ? »

« Non. C'est du Veritaserum. » dit la voix grave d'un homme derrière Hermione, plissant les yeux.

Sa réponse provoqua un élan de panique chez la jeune fille tandis que la compréhension la heurtait de plein fouet. Ils allaient utiliser la potion de vérité sur toutes ces personnes afin de vérifier leurs origines. Il leur serait impossible de mentir.

« J'espère qu'il n'y a pas de Nés-Moldus parmi vous. » ajouta l'homme, la mine grave.

La file progressait rapidement et Hermione écouta attentivement la conversation de l'homme qui la précédait lorsque son tour arriva.

« Nom et statut de sang ? » demanda la femme au comptoir d'un ton désintéressé.

« Bernard Pebbles. Sang… Sang-Pur. » assura l'homme, dont le visage perlait de sueur. « Mes ancêtres ont émigré après le Grand Conflit. »

« Ce n'est pas moi qu'il va falloir convaincre. » répliqua la femme avec un sourire vicieux. « J'espère que vous connaissez votre arbre généalogique sur le bout des doigts pour le prouver. »

« S'il-vous-plaît. Je suis de Sang-Pur, croyez-moi. » supplia l'homme.

La femme le toisa de haut en bas.

« Peut-être qu'une petite… participation pourrait m'aider à m'en convaincre. » dit-elle en baissant le ton, mais pas suffisamment pour qu'Hermione ne puisse pas entendre.

Son regard était parlant et il ne fut pas difficile pour Hermione de comprendre qu'il s'agissait de corruption.

« Je vous donnerais tout ce que vous voulez. » assura l'homme, reprenant un peu de vigueur. « J'ai…J'ai de l'argent. Je peux vous donner 50 000 livres si vous me laissez... »

La femme du comptoir lui adressa un regard de dégoût extrême.

« Ça n'a aucune valeur ici. » dit-elle avec mépris avant de lui tendre une fiole et en appliquant un sceau sur le parchemin qu'elle venait de remplir. « Avancez. »

L'homme dut placer la carte autour de son poignet. Du coin de l'œil, Hermione aperçut un énorme X en rouge sur le papier vieilli. Un homme masqué installé au poste suivant du comptoir lui ordonna de boire le contenu de la fiole et l'homme s'exécuta d'un geste nerveux.

« Au suivant ! » s'exclama la femme au comptoir.

Hermione s'avança, les jambes flageolantes.

« Votre nom. » quémanda la femme.

« Hermione Granger. » répondit-elle, la panique lui tordant l'estomac.

Mentir ne servirait à rien s'ils utilisaient du Veritaserum, songea-t-elle.

« Statut de sang. » réclama la femme.

Elle serait perdue si elle avouait la vérité. Elle savait que le régime de Voldemort n'acceptait pas les sorciers issus de deux parents moldus. Et elle n'était pas assez naïve pour penser qu'on la renverrait sur un navire pour lui demander de rebrousser chemin.

« Statut de sang. » répéta la femme avec impatience.

Les mains d'Hermione étaient tellement serrées par l'angoisse qu'elle sentit une douleur vive. Elle ouvrit sa paume et son regard se posa sur la bague, sur laquelle une pierre précieuse luisait. Les mots de la femme, prononcées quelques moments plus tôt, lui revinrent en mémoire, lui donnant une idée folle. Elle n'avait pourtant rien à perdre, pensa-t-elle.

Elle leva la main et posa lentement la bague sur le comptoir, sous le regard étonné de la femme. Étonnement qui disparût bien rapidement, au profit d'un air rempli d'avidité. La femme jeta des regards autour d'elle, comme pour s'assurer que les hommes masqués à quelques mètres ne l'observaient pas. Elle attrapa la bague, l'observant sous différentes coutures, comme pour vérifier qu'il ne s'agissait pas d'une imitation. Hermione priait intérieurement pour que l'objet ait de la valeur.

« Donne-moi ton collier aussi. » quémanda la femme d'un ton conspirateur, les yeux rivés sur la nuque d'Hermione.

Cette dernière se figea à cette requête. Ce collier possédait une valeur sentimentale gigantesque pour elle et l'idée de s'en séparer était déchirante. Le garder servirait-il à quelque chose si ces gens apprenaient son statut ?

Résignée et la boule au ventre, Hermione détacha son collier. Elle réprima ses larmes tandis qu'elle le posait sur le comptoir. Les yeux de la femme brillaient de cupidité.

« Tu as plus de chance de passer en disant que tu es une Sang-Mêlée. On te posera moins de questions. » expliqua la femme à voix basse, en inscrivant quelques mots sur la carte à l'aide de sa plume, faisant mine de continuer l'interrogatoire comme si de rien n'était. « On ne te demandera pas de justifier tout ton arbre généalogique. »

Hermione acquiesça, un peu choquée par les instructions. La femme se tourna vers une large pile de petites fioles dans un carton. Pourtant, au lieu de prendre une fiole sur la pile, elle ouvrit un petit tiroir dans lequel une demi-douzaine de fioles étaient placées. Elle tendit l'une d'elle à Hermione qui l'attrapa d'un geste tremblant. Elle attacha ensuite la carte que lui donna la femme à son poignet à l'aide d'une cordelette.

« Suivant ! » s'écria la femme.

Hermione se dirigea vers les hommes masqués qui lui ordonnèrent de boire le contenu de la fiole. Elle s'exécuta et l'un d'eux tira sa tête en arrière, puis la força à ouvrir sa bouche, comme pour vérifier que le liquide avait bien été ingéré. Elle s'était attendue à un goût particulier mais le liquide ressemblait étrangement à de l'eau gazeuse.

Elle continua le parcours, se retrouvant cette fois dans ce qui ressemblait être une salle d'attente. Toutes les entrées étaient surveillées par ces mêmes individus masqués. Elle aperçut des compartiments à demi cloisonnés

Arriva finalement le tour d'Hermione d'être convoquée dans l'un deux. Cette fois, ce ne fut pas un individu masqué qui l'accueillit mais un jeune homme blond, qui portait une robe de sorcier d'un vert profond. Un badge pendait à son cou et Hermione put y distinguer les mots suivants : Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire.

Il prit la carte d'Hermione et la parcourut rapidement des yeux avant de saisir un parchemin.

« Votre nom et date de naissance complète. »

Hermione lui partagea les informations, ne ressentant pas le besoin de mentir ni de dire la vérité.

« Votre statut de Sang. »

« Sang-Mêlée. » répondit-elle d'une voix calme.

Même si elle n'avait jamais bu de Veritaserum, elle en savait suffisamment sur le sujet pour savoir que le buveur était fortement poussé à dire la vérité. C'était même une sensation physique intense qui l'y poussait et il était très difficile de contrer les effets pour une personne lambda.

Elle n'avait eu aucune difficulté à mentir, ce qui signifiait que cette femme lui avait donné autre chose. Un élan de soulagement la traversa.

« A quelle génération remonte votre ancêtre indésirable ? » demanda l'homme d'une voix blasée.

« Indésirable ? » répéta-t-elle, sans comprendre.

« Dépourvu de pouvoirs magiques. »

« Mon père. » répondit Hermione avec hésitation. « Ma mère était une sorcière et son sang était pur. Son nom était Christine Day. Ses parents étaient Nohamus et Diane Day. »

La boule au ventre, elle lui donna les noms qu'Addy avait répété inlassablement quelques heures plus tôt, tentant de garder une voix égale. Lorsqu'elle eut terminé, l'homme parut satisfait et inscrivit quelques notes sur son parchemin.

Hermione, elle, ne s'était jamais aussi sentie mal de sa vie. Elle était nauséeuse et éprouvait le besoin pressant de déverser le contenu de son estomac. Elle venait d'utiliser la mémoire de cette enfant et de sa famille pour se protéger.

L'homme lui tendit un parchemin.

« Vous devrez vous enregistrer au Ministère dans les sept jours suivants votre arrivée sous peine d'amende. Vous recevrez une baguette magique en échange de votre carte. » dit le sorcier en lui tendant le papier, sur lequel il apposa un sceau.

Hermione fut parcourue d'une vague de soulagement lorsqu'elle vit les mots inscrits sur le papier :

Statut de Sang : Sang-Mêlée.

Elle avait réussi à dissimuler son vrai statut, songea-t-elle, la main tremblante, n'osant pas y croire.

Hermione n'eut pas l'occasion de se réjouir plus longtemps car on entendit un bruit détonnant, suivi de hurlements et de cris, dehors.

« Des rebelles ! » hurla la voix d'un homme masqué tandis qu'il se ruait vers la sortie du bâtiment.

Hermione, à l'instar d'autres captifs, fut forcée de rejoindre un coin de la pièce, tandis que deux Mangemorts tenaient la garde. Dehors, les bruits étaient plus fracassants que jamais.

Ce ne fut qu'une demi-heure plus tard que les bruits cessèrent totalement et l'agitation fut de retour dans la salle, tandis que des hommes masqués faisaient irruption à nouveau dans le bâtiment. Certains d'entre semblaient mal en point et du sang coulait abondamment à travers leurs capes en lambeaux.

« Debout ! » ordonna une femme masquée. « Tous dehors ! »

Hermione suivit le groupe vers l'extérieur du bâtiment et son cœur rata un battement tandis qu'une scène macabre se présentait à elle. Des corps inertes gisaient sur le sol, entassés.

Ils traversèrent une rangée de corps sans vie et Hermione détourna le regard, incapable de fixer plus longtemps cette horreur. Jamais avant ce jour, elle n'avait assisté à la mort de manière si brutale. Le seul cadavre qu'elle avait vu était celui de son grand-père, décédé trois ans auparavant. Son cercueil était resté ouvert pendant ses funérailles. Pourtant, le visage de son grand-père lui avait paru calme et détendu, comme s'il était endormi.

Les expressions qu'affichaient ces corps étaient toutefois terrifiées, comme si leurs derniers instants avaient été terribles. Non loin d'elle, elle entendit quelqu'un tomber au sol et commencer à vomir violemment, secoué de spasmes. L'un des hommes masqués lui donna un violent coup de pied, le propulsant au milieu des corps ensanglantés. L'homme hurla avant de se relever précipitamment, hoquetant bruyamment comme s'il était sur le point de s'étouffer. Ces gens étaient des monstres, pensa Hermione, les larmes aux yeux. Dénués de la moindre empathie.

On les conduisit vers un autre groupe de captifs - probablement ceux qui étaient restés en retrait, attendant leur tour pour être interrogés. Elle vit Wilkes, le chef des hommes masqués s'agiter, donnant des instructions à certaines de ses hommes, semblant furieux.

« Que s'est-il passé ? » demanda la voix d'une femme à l'attention des captifs qui étaient restés dehors. « Vous avez vu quelque chose ? »

Un homme chauve à la barbe proéminente, hocha la tête.

« Des gens sont arrivés par les bois et ont commencé à les attaquer. Ils ont réussi à libérer certains prisonniers. » dit-il. « Je crois que c'était des rebelles. »

Il tendit la main vers Wilkes, qui se trouvait désormais face à un homme brun, agenouillé face à lui, le visage ruisselant de sang. Il observait pourtant Wilkes avec la tête haute dans une attitude de défi, visiblement peu intimidé par sa carrure imposante.

« Il était avec eux. Avec les rebelles. » annonça l'homme chauve d'un ton impressionné.

Hermione observa le rebelle avec admiration. Il dégageait un courage impressionnant, malgré les circonstances dans lesquelles il se trouvait. Pourtant, lorsqu'un homme masqué arriva près de Wilkes, tenant une femme rousse par les cheveux, l'attitude du rebelle sembla changer totalement.

« LILY ! » hurla-t-il, commençant à se débattre comme un forcené pour tenter de rejoindre la femme.

La dénommée Lily paraissait au bord de l'inconscience. Pourtant, la voix du rebelle sembla la faire réagir et elle releva faiblement la tête.

« James… » dit-elle, la voix tremblante.

« Comme c'est touchant. » ricana Wilkes, un sourire goguenard aux lèvres. « Rassurez-vous, dans ma bonté infinie, je vais vous autoriser à rester ensemble. »

Des hommes masqués firent leur apparition, faisant léviter de gigantesques poteaux en bois qu'ils placèrent au milieu de la place. Le couple fut hissé sur deux poteaux, côte à côte. D'autres individus les accompagnèrent. Hermione reconnut cette fois des captifs qui avaient été présents sur le navire, y compris l'homme qui l'avait devancée dans la file d'attente et qui avait tenté de négocier avec la femme du comptoir.

« Des Nés-Moldus. » souffla quelqu'un derrière Hermione.

Hermione jeta des regards partout autour d'elle, soudainement alarmée, à la recherche de Dean. Il n'était ni dans le groupe à ses côtés, ni dans le groupe d'individus attachés aux poteaux. Elle se força à regarder les corps au sol et constata avec soulagement qu'il ne semblait pas en faire partie. Où était-il ? Qu'avait été le résultat de son interrogatoire ? Comme elle, Dean était Né-Moldu. Hermione avait eu une chance phénoménale grâce à ce concours de circonstances qui lui avait permis de mentir sur son vrai statut. Elle savait qu'il était peu probable que Dean ait une chance similaire.

Elle se remémora les mots de l'homme chauve barbu. Certains des prisonniers avaient réussi à s'enfuir pendant le combat avec les rebelles. Une once d'espoir la traversa. Dean avait-il réussi à s'échapper, lui aussi ?

« Que font-ils ? » interrogea une seconde voix.

Plus de dix personnes étaient désormais suspendues aux poteaux, une terreur compréhensible dans les yeux pendant que Wilkes faisait les cent pas devant eux, visiblement épris d'un plaisir incommensurable. Il revêtit un masque rouge orné, ressemblant vaguement à celui des autres. Le sien était toutefois bien plus effrayant.

Il fit volte-face, sa longue cape sombre virevoltante derrière lui.

« Pureté et loyauté seront les mots qui dicteront vos vies à partir d'aujourd'hui. » annonça Wilkes à l'attention du groupe où se trouvait Hermione. « Vous disposez d'une seconde chance. Celle de purifier votre descendance et lui rendre toute sa vigueur et toute sa vertu. L'opportunité de lui retirer la souillure qui vous colle au sang et à l'esprit. »

Il érigea sa baguette magique en l'air.

« Prenez ça comme un avertissement. Tous ceux qui oseront défier le nom et les principes de notre sauveur Lord Voldemort, subiront la peine capitale. » assura-t-il d'une voix puissante. « Et par quel moyen, mes compagnons ? »

« Par le feu ! » hurlèrent des hommes masqués, placés partout sur le campement, leurs voix résonnant en chœur, glaçant le sang d'Hermione.

« Notre lutte sera longue et difficile mais notre cause est admirable. Chaque jour que Voldemort nous accorde, nous continuerons à garder notre race pure et intacte et à annihiler cette racaille. » poursuivit Wilkes avec fermeté.

Il murmura des paroles et de longues lanières se matérialisèrent au bout de sa baguette magique. Sur chacune des lanières, des flammes vertes incandescentes apparurent et Hermione hoqueta en réalisant qu'il s'agissait désormais d'un fouet enflammé.

« Pur soit le sang !» s'écria Wilkes avant d'assener le fouet enflammé vers les poteaux.

Le corps tremblant, et les yeux remplis d'horreur, Hermione observait ces individus se faire châtier par les flammes enragées du fouet pendant que leurs cris de douleur résonnaient. Elle ne put décoller son regard de James et Lily qui avaient dégainé leurs bras en direction de l'autre pour se tenir la main.

Les cris des condamnés cessèrent les uns après les autres et bientôt, un silence de mort s'éleva sur le campement. Dans le ciel brumeux, luisait une gigantesque tête de mort avec un serpent qui lui sortait de la bouche.

Hermione tremblait de manière incontrôlée. Elle venait d'échapper à une mort certaine. Elle savait désormais que pour survivre, personne ne devrait jamais connaître la vérité.


Un chapitre pas des plus heureux comme le constatez ! Ma bêta m'appelle 'Le Boucher' - ça me va bien vous ne trouvez pas :p Tuer des persos vous donne une belle peau, je vous le promets. Comme skincare routine, il n'y a pas mieux.
En tout cas vous connaissez désormais les détails sur le passé d'Hermione et de son arrivée dans le régime...

J'attends vos avis ! Je vous avais dit que les chapitres actuels seraient focalisés sur les quatre protagonistes. Dans le prochain chapitre, on retrouvera donc les POVs de Draco, Ginny et Hermione ! Il déjà terminé, mais faut juste que je me motive à éditer (enfin à faire de la chirurgie esthétique)

Besos !

Fearless