Valeur et vertu la populace,

J'espère que votre rentrée se déroule bien. Si ce n'est pas le cas, je viens égayer votre journée avec un nouveau chapitre (je suis tellement prévenante, je sais)

Comme d'habitude, les remerciements sont de rigueur. Donc un énorme merci à Fleur d'Ange, Jiwalumy, Colixiphicus, DI5M, pcam et Lucylu pour vos reviews ! Je vous avais dit au début de cette histoire que vous auriez droit à des surprises pendant cette fic. Ca commence aujourd'hui, mais on en parle à la fin de ce chapitre qui est bien plus fun que le précédent, promis ! Je vous ai assez traumatisés avec le passé d'Hermione !

Bonne lecture !

XXV. Secret d'Alcôve

« Bienvenue, jeune maître Malfoy. Vous êtes attendu sur la promenade. » salua un elfe de maison d'un air solennel, s'abaissant profondément devant Draco.

L'air distrait, Draco suivit la petite créature, vêtue d'une tunique d'un gris délavé. Ils traversèrent le hall principal de l'imposant manoir. Avec son style gothique flamboyant qui rencontrait les premières influences italiennes de la Renaissance, il était probablement l'un des édifices les plus impressionnants du pays, derrière le Manoir des Nott. On y rencontrait une cour centrale autour de quatre ailes disposées en quadrilatère. Ses arabesques étaient d'une richesse impressionnante et dans le hall principal que Draco traversa, on pouvait trouver une gigantesque fresque mouvante surnommée ''L'éveil de Circé'' qui symbolisait l'ensorcellement de plusieurs figures puissantes de l'histoire, transformées en chiens sous les enchantements de Circé.

L'extérieur du château était aussi impressionnant que son intérieur. Un vaste parc de plusieurs hectares entourait le domaine avec une diversité de verdure prodigieuse. Draco entendit un son cristallin retentir dans les airs, porté par le vent. C'était un chant agréable, provenant de la partie forestière du parc.

« Je vais le trouver seul. » informa Draco à l'attention de l'elfe qui hocha la tête poliment avant de reprendre la direction du manoir.

Sur sa route, Draco entendit à plusieurs reprises le même chant velouté. Il suivit la direction du bruit. Finalement, il aperçut une silhouette familière - celle d'un homme âgé, dont la tête était levée vers le ciel, arborant une expression de concentration extrême tandis qu'il épiait ses alentours.

Le pied de Draco écrasa une branche, provoquant un craquement sonore et on entendit un bruit de feuillage étouffé dans les arbres environnants. L'homme interrompit son geste, et se tourna vers Draco, sa cape élégante d'un violet de prune virevoltant gracieusement derrière lui. A la vue de Draco, un sourire franc s'étira sur ses traits nobles. L'homme avait des yeux expressifs, qui étincelaient presque d'une lueur d'intelligence et d'hardiesse. Son port majestueux, son regard vif et la confiance qu'il dégageait faisait d'Abraxas Malfoy un homme devant lequel on était rapidement intimidé. Il ne s'agissait pourtant pas de crainte - mais plutôt d'une admiration sans borne devant la force tranquille et le charisme qu'il éludait. Ses cheveux, qui lui arrivaient au-dessus des épaules, étaient placés soigneusement derrière son oreille. Ils avaient perdu leur blondeur d'antan, au profit d'un gris clair. Ses yeux étaient de la même couleur que ceux de Draco, le gris acier caractéristique des Malfoy. Ce gène, pourtant récessif, semblait se transmettre à chacune des générations. Contrairement à son fils Lucius, Abraxas était un homme avenant. Tous ceux qui l'avaient fréquenté gardaient de lui un souvenir marquant. Il était l'une de ces personnes qui vous laissaient un impact durable.

« Draco, mon garçon ! » s'exclama-t-il avec un plaisir manifeste, ouvrant ses bras gracieusement.

« Grand-père. » salua Draco à l'adresse de l'homme qui l'accueillit dans une étreinte vigoureuse, laissant une tape ferme sur son dos.

Abraxas était un homme démonstratif - le contraire total de son fils Lucius qui ne montrait jamais aucune émotion, même dans la sphère intime avec sa propre famille, comme s'il s'agissait d'un gage de faiblesse.

« Comment se passe la chasse ? » demanda Draco en jetant un regard par-dessus sa tête.

Des centaines de branches lui cachaient presque le ciel.

« Petite brise et ciel pas assez dégagé aujourd'hui mais rien de problématique pour un professionnel comme moi. » assura Abraxas avec un clin d'œil. « Joins-toi à moi, petit-fils. »

Draco se dirigea vers une table installée près d'un arbre, où des cordelettes circulaires, de tailles variées, étaient soigneusement disposées.

« Ça faisait longtemps. » admit Draco en attrapant l'une d'elles pour la placer soigneusement sur sa baguette.

« C'est comme monter sur un balai, tu le sais bien. Ça ne s'oublie jamais vraiment. » indiqua Abraxas tandis qu'il ajustait les gants en peau de dragon qu'il avait revêtus. « Le vent souffle au nord. »

Draco leva les yeux vers le ciel, observant avec attention ses alentours, sensible au feulement des branches pouvant l'alerter du mouvement de sa cible.

Soudainement, du coin de l'œil, il aperçut un oiseau s'envoler d'une branche. Draco dégaina sa baguette dans sa direction dans un mouvement adroit. Immédiatement, la cordelette se délia, formant une longue ligne jusqu'au ciel, en direction de l'oiseau. Elle le toucha au niveau de l'aile, ce qui ne fut pas suffisant pour le faire tomber.

« Presque. » commenta Draco avec frustration.

« Achève-le avant qu'il ne disparaisse de ta vue. Sinon il va souffrir quelques heures avant de périr. » ordonna Abraxas, les yeux levés. « Il y a entre 10 et 15 nœuds de vent. »

Le second coup de Draco atteignit l'oiseau directement au niveau du flanc. Immédiatement, un chant s'échappa de son bec avant qu'il ne fasse une longue chute en direction du sol.

« Je te l'ai dit. C'est comme monter sur un balai. » commenta Abraxas avec satisfaction avant de revêtir sa baguette d'une nouvelle cordelette.

Il se mit en position, la baguette placée en l'air, dans un angle de 90 degrés par rapport à son visage, tandis que ses pieds tournaient lentement et silencieusement.

Draco entendit le bruit d'un feulement si faible qu'il fût certain qu'il sortait de son imagination. Il ne vit pourtant rien bouger. Abraxas, d'un geste adroit et sûr, avait dégainé sa baguette. On entendit la cordelette heurter quelque chose et le son fut suivi d'un long chant dramatique.

La chasse aux jobarbilles était l'une des activités préférées de son grand-père. Il l'avait enseigné à Draco pendant son enfance et ils s'étaient livrés à l'activité régulièrement pendant l'adolescence de Draco, lors de ses visites. Les jobarbilles étaient de minuscules oiseaux bleus et tachetés. Ils n'émettaient aucun son jusqu'au moment de leur mort, pendant laquelle ils laissaient échapper un long cri constitué de tous les bruits entendus pendant leur existence. Plus leur vie avait été longue, plus leur chant était long et agréable.

Draco adorait son grand-père et la relation qu'ils avaient était celle qu'il aurait rêvé vivre avec son propre père. Tout ce qu'il connaissait lui avait été enseigné par Abraxas. C'était ce dernier qui lui avait enseigné la signification d'être un homme mais surtout un héritier d'une dynastie aussi privilégiée que celle des Malfoy.

Abraxas avait géré les opérations de Machinations Malforescentes, l'entreprise familiale, d'une main ferme mais efficace. Il avait été un chef d'entreprise et un gouverneur particulièrement apprécié par ses pairs et ses employés. La nouvelle de sa retraite avait été accueillie avec une déception évidente. Encore aujourd'hui, plus de dix ans après son retrait des opérations, on complimentait encore son leadership. Un fait qui agaçait grandement Lucius même s'il tentait de le dissimuler. Il avait toujours été dans l'ombre de son père, un homme plus charismatique, plus intelligent, plus visionnaire.

« Comment vont tes parents ? » demanda Abraxas d'une voix modulée tandis qu'il attrapait une nouvelle cordelette.

« Souhaites-tu la version polie ou la vérité, Grand-père ? » interrogea Draco avec un sarcasme manifeste.

Ses paroles provoquèrent un rire bruyant de la part d'Abraxas.

« Le mariage est une institution qui demande beaucoup de travail et d'investissement. » indiqua-t-il d'un ton sérieux.

« C'est pour cette raison que tu avais autant de concubines dans le dos de Grand-mère ? » ironisa Draco.

« J'ai toujours pensé que la monogamie était un concept difficile pour bon nombre d'hommes. Pour bien des femmes également, même si l'assumer serait de mauvais goût pour elles. » déclara Abraxas.

Abraxas Malfoy était un homme à femmes, et cette information n'avait jamais été un secret pour personne, y compris sa propre épouse, désormais défunte. Il aimait les belles femmes - son talon d'Achille selon lui – et ne s'en était jamais caché.

Abraxas était hédoniste. Il aimait profiter de tous les plaisirs de la vie et son style de vie avait toujours été perçu comme inapproprié dans la communauté magique anglaise traditionaliste. Toutefois, il était si apprécié et respecté qu'on outrepassait ses indiscrétions.

« Et tu l'apprendras bien assez vite. Parfois, les unions que nous scellons pour fortifier notre famille ne remplissent pas tous nos…besoins. Alors, pourquoi ne pas les remplir en dehors du foyer ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.

Draco avait rarement vu des mariages nés de sentiments chez les Treize sacrés. L'amour était rarement l'élément déclencheur des mariages, notamment pour les héritiers. Les unions se formaient pour des raisons pragmatiques - fortifier une alliance, obtenir un meilleur statut ou bien améliorer son statut financier.

Lui-même savait que c'était une union de raison qu'il attendait - une union qui aiderait les Malfoy à renforcer leur pouvoir et leur place au sein du Coven. Le mariage de ses parents en était un exemple parfait - une union sans amour, froide et distante, presque transactionnelle.

Draco n'avait pas un seul souvenir d'un moment heureux entre eux. Aussi loin qu'il s'en souvienne, ils avaient toujours agi comme deux étrangers vivant sous le même toit et les efforts de Narcissa pour montrer une image différente ne l'avaient jamais trompé, même durant son enfance.

Sans doute était-ce ce qui l'attendait avec quelqu'un comme Astoria Greengrass. Il se demandait si, avec le temps, les choses pourraient devenir différentes. Peut-être qu'une affection particulière pouvait se créer. Cela avait été le cas des parents de Pansy, par exemple.

Astoria Greengrass ne provoquait rien de particulier chez lui. Objectivement, c'était une femme charmante, intelligente et bien éduquée. Il lui manquait toutefois cette ardeur.

Celle dont Ginny Weasley était remplie.

Comme un feu qui n'attendait que lui pour être éteint.

En acceptant son gage stupide, Draco avait pensé que ce serait un moyen simple et efficace pour lui de remettre ses propres idées au clair. Se rappeler ce qu'elle était vraiment - une traîtresse à son sang, issue d'un milieu qu'il méprisait profondément. Une femme qui représentait juste un désir passager pour lui, probablement provoqué par une envie inconsciente d'aller contre le statuquo.

La vérité, toutefois, était que cette journée avait eu le résultat inverse. Elle lui avait fait réaliser que Ginny Weasley était bien plus que ça. Son esprit d'initiative, son sens aigu de la répartie, ses piques brûlantes, et bien spirituelles et son tempérament bien trempé. Elle avait une vraie personnalité. Et malgré qu'elle soit bien née, une femme discrète et respectable comme Astoria Greengrass lui semblait bien pâle en comparaison.

Draco éprouvait des sentiments contradictoires et le baiser qu'ils avaient partagé deux jours plus tôt n'avait fait que compliquer les choses. Il n'avait pas pu résister ce jour-là. Il avait laissé son corps le pousser à l'acte et cet acte irréfléchi n'avait fait qu'accroitre ce désir étrange qu'il nourrissait envers elle. Il la voulait et il n'avait aucune intention de la laisser quitter son espace.

/

Ginny se dirigea vers les escaliers en marbre blanc de Pansy Parkinson, adressant un sourire à Galileo à son passage. Le surhomme hocha la tête, comme pour approuver sa présence, mais garda le silence. Elle ne l'avait jamais entendu prononcer le moindre mot. Au début, il avait même semblé hostile envers elle, comme s'il jaugeait soigneusement sa présence nouvelle autour de sa protégée. Il semblait toutefois s'être habitué à Ginny, et avait désormais l'air de la considérer comme quelqu'un de confiance. Il répondait discrètement à ses paroles et ses salutations, en général par des mouvements de tête brefs.

L'objectif principal de la journée serait de discuter de l'organisation de l'anniversaire de Pansy. Ginny était cependant arrivée en avance, ayant la ferme intention de parler à Pansy de la journée passée avec Draco. Elle ressentait le besoin pressant d'en parler. Elle ne pouvait rien dire à Hermione, ni à Fleur à ce sujet et ne voulait pas relater ses problèmes superficiels à Luna alors qu'elle devait se préoccuper de la situation incertaine de son père.

Le baiser qu'elle avait partagé avec Draco Malfoy n'avait pas quitté son esprit et elle n'était pas certaine de la marche à suivre. Une partie d'elle lui criait que c'était une erreur. Elle ne pouvait pas ressentir quoi que ce soit à l'égard de quelqu'un comme lui. Pourtant, l'autre partie d'elle, ne parvenait pas à le sortir de ses pensées et pire encore, n'avait qu'une envie - recommencer. La sensation était effrayante et elle avait besoin de se confier à quelqu'un.

Perdue dans ses pensées, elle tapa impatiemment contre la porte du bureau de Pansy, à travers laquelle elle entendait des craquements, comme si cette dernière était en train de bouger des meubles. Ginny n'attendit pas la réponse et ouvrit la porte.

Elle se figea devant la scène qui se présenta face à elle. Pansy était à moitié dévêtue, ne portant qu'un soutien-gorge en dentelle noire et des talons aiguilles interminables de la même couleur.

Dans la pièce, Pansy n'était pas seule. Un homme, complètement nu, la grimpait diligemment sur le bureau, tandis que Pansy laissait échapper des gémissements de plaisir, la tête balancée en arrière.

Ginny laissa échapper un juron choqué, complètement mortifiée. Aussitôt, Pansy et son amant inconnu s'interrompirent, se tournant dans sa direction. Ce dernier sembla gêné. Pansy, quant à elle, afficha une mine espiègle et adressa un clin d'œil à Ginny, visiblement pas gênée le moins du monde.

« Je… Je suis vraiment désolée. » balbutia Ginny, le visage écarlate, avant de refermer la porte rapidement.

« Je t'interdis de t'arrêter ! » entendit-elle Pansy s'exclamer avant de refermer la porte.

Sa phrase se transforma en gémissement et Ginny se rua vers les escaliers, les descendant à toute vitesse, le visage en feu, choquée par la scène. Elle ne put toutefois pas s'empêcher de penser que la scène était torride et elle s'imagina dans la même position avec Draco Malfoy. Elle se donna une claque mentale à cette pensée, honteuse.

Un quart d'heure plus tard, elle entendit du bruit dans les escaliers et aperçut l'amant de Pansy, totalement habillé cette fois, surgir dans le living room. Il s'agissait d'un homme asiatique, bien bâti. Il portait une cape de travail, avec un brassard argenté. Une tenue d'Auror, reconnut Ginny avec stupéfaction.

« Valeur et vertu. » dit-il l'homme, un air un peu embarrassé sur son visage, avant de se diriger vers la porte.

« Valeur et vigueur. » bredouilla Ginny tandis que l'homme quittait l'appartement, refermant la porte derrière lui.

« Ah, ça de la vigueur, on peut dire qu'il en a. » commenta une voix suave derrière Ginny.

Pansy venait d'apparaître à ses côtés, vêtue d'un peignoir en satin violet, toujours perchée sur ses talons hauts. Un air rêveur habillait son visage, et ses joues étaient brillantes. Immédiatement, Ginny se confondit en excuses.

« Arrête-toi, rouquine. » interrompit Pansy en secouant la main d'un geste nonchalant, comme si elle ne l'avait pas pris en flagrant délit dans une situation totalement inappropriée.

« Qui est-ce ? » demanda Ginny, sa gêne atténuée, remplacée par une curiosité nouvelle.

« Mon quatre-heures. » commenta Pansy avant de placer son fume cigarette sur ses lèvres.

Elle se dirigea vers la cuisine, faisant signe à Ginny de la suivre.

« Rien de sérieux. » dit-elle d'une voix détachée. Une femme occupée dans mon genre doit bien se détendre de temps en temps. »

Au passage, elle s'arrêta devant un miroir pour observer son reflet, remettant de l'ordre à son carré plongeant.

« Par Voldemort, ce rouge à lèvres a une tenue impressionnante. Je n'arrive pas à croire qu'il ait tenu aussi bien après tout ce que je viens de faire. » commenta-t-elle avec appréciation. « Il faudra l'ajouter à la liste des produits qu'on garde. »

« Il est vraiment Auror ? » demanda Ginny.

« Non, c'est un déguisement. On adore les jeux de rôle. La dernière fois, il s'est déguisé en Médicomage et avant ça, en chasseur de dragons. Et tu devrais le voir dans son uniforme de Mangemort. » ajouta-t-elle rêveusement. « Il est tellement à croquer. »

Elle afficha un rictus moqueur devant la mine de Ginny.

« Détends-toi, c'était une plaisanterie. Il est un bien Auror. Enfin, la partie sur les déguisements était vraie. » indiqua Pansy.

Waterford, qui était dans la cuisine, lui apporta un verre d'hydromel. Ginny refusa lorsqu'il lui proposa également un verre. Malgré la scène complètement inappropriée à laquelle elle venait d'assister, elle était supposée être au travail. Elle n'allait pas boire de l'alcool à dix heures du matin.

Entre Pansy et son Auror ainsi que Théodore et Hermione, pourquoi Ginny était toujours celle qui surprenait les autres dans des situations délicates ?

« Qu'est-ce qui était si pressant pour que tu entres comme une furie pendant ma session de cardio ? » demanda Pansy avec un soupir.

Ginny rougit une nouvelle fois et reprit ses excuses.

« Arrête de t'excuser. C'est la première fois mais ce ne sera probablement pas la dernière fois que tu nous surprendras. On adore le faire dans des endroits inattendus. » dit-elle.

Ginny se demanda si Pansy ne prenait pas un malin plaisir à essayer de la mettre dans l'embarras.

« Alors ? » insista Pansy, en prenant une gorgée d'hydromel.

« Draco et moi… Nous nous sommes embrassés. » lâcha Ginny dans un souffle.

Elle avait dit cela rapidement, comme si cela aiderait à atténuer la gravité de ses paroles. Elle attendit la réaction de Pansy avec appréhension. Cette dernière ne sembla pourtant pas étonnée le moins du monde et leva un sourcil, l'observant avec moquerie.

« Tu n'es pas choquée ? » s'étonna Ginny.

« Étant donné que je me suis retrouvée à plusieurs reprises dans une pièce avec vous, et que la tension sexuelle était plus élevée que dans un four de Gobelin, non, je ne suis absolument pas surprise. » répondit Pansy avec sarcasme. « Raconte-moi tout. »

Ginny lui expliqua le gage qu'elle avait emporté, puis la journée qu'ils avaient passé ensemble, et la finalité de cette dernière.

« Et pourquoi es-tu dans tous tes états ? Tu avais clairement envie de faire ça, alors pourquoi te mens-tu à toi-même ? » répondit Pansy avec son honnêteté brutale.

« Parce que lui et moi sommes comme Gobelin et doxy. » répondit Ginny sur le ton de l'évidence.

Ils avaient passé des mois à se disputer et à se mépriser et désormais, ils s'embrassaient passionnément ? Ça n'avait aucun sens. Et même si certaines choses entre eux s'étaient sensiblement améliorées, elle n'aimait pas la manière dont il la traitait parfois.

« Tu sais, Ginny… Tu devrais accorder plus de crédits à Draco. » commenta-t-elle. « C'est lui qui m'a proposé de t'engager quand tu as perdu ton emploi au Ministère. »

Ginny ouvrit la bouche, choquée par cette nouvelle information.

« Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? » demanda-t-elle. « Il ne pense qu'à ses propres intérêts. »

Jamais elle n'avait rencontré quelqu'un d'aussi égocentrique que Draco Malfoy.

« Draco n'est pas aussi égoïste que tu le penses. Si tu es associée à lui d'une manière ou d'une autre, il ne te laissera pas tomber si tu as des problèmes. Il cherchera toujours une solution pour t'aider. Surtout s'il se sent responsable de ta situation.

Ginny était effarée par ce qu'elle entendait. Se sentait-il en parti responsable de la perte de son emploi au cabinet de la Gouverneure Warrington ?

Elle resta silencieuse pendant quelques instants, ne sachant pas quoi faire de cette information. Il l'aidait avec Pansy, avait tenu sa promesse pour mettre Victoire à l'école en payant même tous ses frais de scolarité. Elle devait admettre qu'il n'avait pas été aussi horrible qu'elle voulait le faire passer.

« Laisse-moi deviner » dit Pansy avec un rictus. « Tu ne veux pas être une autre gourgandine. Vu comment tu agis, je peux t'assurer que c'est bien parti. »

Leur relation était déjà compliquée et s'ils partaient dans cette voie, elle craignait de se saboter. Il ne respectait pas son statut. Ce qu'il ressentait était sûrement la même attirance passagère qu'elle éprouvait. Il n'avait rien à perdre en agissant ainsi. Pour elle, les choses étaient différentes. Leur marché était bien trop important – c'était le seul moyen d'aider son frère et sa famille.

« Si tu veux être sûre de garder le contrôle, tu n'as qu'une seule chose à faire. » indiqua Pansy.

« Laquelle ? »

« Garde tes cuisses serrées. » répondit Pansy sur le ton de l'évidence.

« P…Pardon ? » bredouilla Ginny, une mine outrée sur le visage. « Évidemment ! Je ne ferais jamais une chose pareille. »

Pansy lui adressa un regard ironique.

« Oh c'est probablement ce que tu penses maintenant. Mais attends que vous vous retrouviez de nouveau seuls dans une situation du même genre. » dit Pansy. « Tu n'auras plus que ça en tête, je te le garantis. »

Elle termina son verre d'hydromel puis s'étira longuement, à la manière d'un chat.

« Suis mon conseil. Ne couche pas avec Draco. Du moins pas avant d'avoir obtenu l'engagement que tu cherches de sa part » dit-elle. « C'est vraiment primordial.

Elle attrapa des raisins sur l'ilot et en porta deux à sa bouche, l'air pensif.

« Évite de te retrouver seule avec lui dans des endroits isolés. Et si tu n'as pas le choix, fais tout ce que tu peux pour réfréner tes envies avant d'aller le voir. Lis un livre érotique, masturbe-toi ou que sais-je. Tu peux même grimper un autre type avant d'aller le voir si ça te permet de contrôler ta libido. Ça t'évitera de céder. » assura Pansy.

Ginny écoutait la jeune femme avec stupéfaction, ne sachant pas que faire de ses conseils inattendus. Heureusement pour elle, ce fut le moment exact que choisit Romilda Vane, l'autre assistante de Pansy, pour entrer dans la pièce.

« Au travail. » annonça Pansy en claquant des mains, l'air enthousiasmé.

Les heures suivantes, elles se penchèrent sur l'organisation de l'anniversaire de Pansy. A l'occasion, cette dernière avait prévu d'organiser une série d'événements hauts en couleur. Les célébrations auraient lieu sur trois jours. Elles commenceraient par une soirée privée dans l'intimité de son appartement, avec un dîner en compagnie de ses amis proches. Le lendemain, elle passerait ensuite la journée avec ses parents, qui reviendraient d'un voyage pour fêter les vingt-cinq ans de leur fille unique. Le troisième jour, elle se rendrait à une convention de Sorcière-Hebdo dont elle serait la tête d'affiche. La journée consisterait en séances de dédicaces et de photos et même un brunch avec quelques-uns de ses fans les plus fidèles.

« On ne fête son quart de siècle qu'une fois. » assura Pansy d'une voix excitée.

Sans surprise, ses demandes furent particulièrement extravagantes mais Romilda ne sembla pas les considérer comme impossibles.

« Tous les invités ont confirmé pour le dîner. » indiqua Romilda en parcourant un parchemin des yeux. « Nous attendons encore la confirmation de M. Nott. »

« J'espère qu'il ne va pas encore se défiler. » dit Pansy en faisant la moue. « Et il n'a pas intérêt d'encore me sortir l'excuse de sa mère souffrante. »

Ginny lui jeta un regard en coin, outrée. Pansy faisait parfois preuve d'un manque cruel de considération envers les autres. Tout devait tourner autour d'elle.

« Faut-il le relancer ? » demanda Romilda, sans émotions, visiblement habituée aux remarques insensibles de sa patronne.

Pansy hocha la tête distraitement et tourna la page d'un livre composé par sa styliste et qui comprenait des suggestions de tenues pour l'évènement.

« Ginny, peux-tu t'en charger ? » demanda Romilda en se tournant vers elle.

Ginny hocha la tête avant de griffonner une note à côté du nom de Théodore sur la liste d'invités. Son regard remonta le long du parchemin et se posa sur celui de Draco Malfoy. Elle aperçut la mention '+1' indiquée à côté de son nom, confirmant la présence d'un invité.

Viendrait-il avec quelqu'un ? songea-t-elle. Une vague d'irritation la parcourut à l'idée, qu'elle s'efforça de chasser.

« Vos nouvelles boucles d'oreilles seront prêtes demain. Vous pourrez aller les essayer. » poursuivit Romilda.

Pansy avait refusé la première création du meilleur bijoutier du pays, prétendant que les bijoux étaient ''trop petits et pas assez impressionnants.'' Pansy réclamait les bijoux les plus beaux et les plus rares. Elle voulait des créations personnalisées et extraordinaires, jamais vues ailleurs, et elle était prête à y mettre le prix.

Le reste de la journée fut une course poursuite pour Ginny. Pendant que Pansy se trouvait dans les locaux de Sorcière-Hebdo pour enregistrer une émission pour sa chronique, Ginny se rendit dans plusieurs boutiques du Cours Écarlate pour récupérer plusieurs tenues. Elle rejoignit ensuite Romilda à l'appartement avec des fournisseurs triés sur le volet pour essayer plusieurs idées pour la décoration. Romilda prit des clichés des diverses options qu'elle montrerait à Pansy afin qu'elle fasse son choix final. Elle en profita également pour enseigner à Ginny des règles d'étiquette pour ce genre d'événement.

« Il y aura du monde ce jour-là et il faudra faire en sorte que le personnel ne dérange pas les invités. » indiqua-t-elle. « Miss Parkinson insiste pour avoir un serveur par invité. »

Elle pointa ensuite son bras en direction des différents coins de la gigantesque salle à manger où se déroulerait le dîner.

« Nous nous placerons ici et pour pouvoir avoir un bon de champ de vision au cas où elle nous fasse signe. » expliqua Romilda.

Apparemment, ces dîners étaient extrêmement codifiés. Par exemple, un seul mouvement discret de Pansy serait suffisant pour lancer l'étape suivante du repas. Les serveurs devaient servir la table en miroir, une technique qui consistait à effectuer une courbure simultanée avant de servir ou de débarrasser.

Encore une fois, Ginny termina sa journée avec un mal de crâne intense, provoqué par toutes les informations emmagasinées en l'espace de quelques heures.

Pansy rentra chez elle aux alentours de sept heures du soir et demanda à Ginny de rester dîner en sa compagnie. Romilda sembla heureuse de pouvoir prendre congé, les laissant seules.

Parfois, Ginny avait davantage l'impression que Pansy la traitait comme une amie que comme une véritable employée comme elle le faisait avec Romilda. Cela prenait tout son sens maintenant qu'elle savait que Pansy l'avait engagée par pure faveur envers Draco. Romilda, toutefois, semblait se réjouir de la présence d'une seconde personne pour l'aider.

« Je vais enfin pouvoir avoir mes soirées. » avait confessé cette dernière à l'attention de Ginny, plus tôt dans la journée. « Je ne rentrais pas chez moi avant dix heures du soir. »

Ses heures de travail intenses avaient apparemment mis son couple en péril et l'arrivée de Ginny pour l'aider était perçue comme une bénédiction.

Il était onze heures du soir lorsque Ginny entra dans son appartement, trébuchant sur un jouet de Pattenrond qui trainait devant la porte. Cette fois, elle n'avait pas réussi à dire non à Pansy lorsque cette dernière avait dégainé une bouteille entière d'hydromel rosé. Heureusement, elle avait été escortée jusqu'à chez elle par la diligence de Pansy, ce qui l'empêchait d'être contrôlée par des Mangemorts pendant les heures du couvre-feu.

« Tu rentres bien tard, Ginny. Tu es sortie avec tes amis ? » demanda Hermione à son arrivée, d'une voix un peu sévère. « Tu aurais pu me prévenir, je me suis inquiétée. »

« Non, j'étais au travail. » informa Ginny avant de se laisser choir sur le canapé à ses côtés.

Elle retira ses escarpins noirs, poussant un soupir de confort. Hermione se décala pour lui laisser davantage de place, resserrant son plaid sur ses jambes repliées sur le sofa.

« Je n'aurais pas dû boire de dernier verre. » gémit Ginny.

« Tu as bu de l'alcool ? Au travail ? » demanda Hermione d'un ton choqué.

« Juste deux verres. » indiqua Ginny avec un long bâillement. « Ou peut-être trois ? »

« Eh bien… Ton nouvel emploi a l'air bien plus intéressant que chez Burke. »

« Tu n'as pas idée. » assura Ginny avec un gloussement, tandis qu'elle repensait à la scène entre Pansy et son Auror dans le bureau, le matin même. « C'est vraiment… mouvementé. Mais je ne m'ennuie pas et j'apprends beaucoup de choses. »

Romilda lui avait fait un long topo sur les manières de table, une connaissance qui lui serait probablement importante dans le cadre de son travail.

« Cette femme chez qui tu travailles, je crois que c'est une connaissance de Théodore. » lança finalement Hermione. « Si j'ai bien saisi, elle organise une soirée et il m'a demandé si je voulais l'accompagner. »

Ginny se tourna dans sa direction, un peu surprise. Évidemment, songea-t-elle. Maintenant que Théodore et Hermione étaient officiellement en couple, il était évident qu'il voudrait la présenter à son cercle d'amis.

« Tu comptes y aller ? » demanda Ginny en gardant une voix égale.

« Je… Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Mais Théodore a l'air de penser qu'il est important de me présenter à ces personnes. Sincèrement, je ne suis pas convaincue. Qu'en penses-tu ? » demanda Hermione.

Dans les yeux d'Hermione, elle put lire une angoisse certaine. La jeune femme craignait probablement de ne pas être à sa place et de se faire juger, ce que Ginny comprenait parfaitement. Elle avait elle-même expérimenté cette crainte à plusieurs reprises. Contrairement à elle, Hermione n'était pas quelqu'un d'extraverti. Avec sa personnalité discrète et dans la retenue, elle ne faisait pas très bon ménage avec les inconnus. Et connaissant Pansy et son entourage, il était peu probable qu'Hermione se sente à l'aise.

« Si tu n'es pas à l'aise, tu devrais suivre ton pressentiment. Et puis, ces gens sont d'un autre monde. Ce n'est pas vraiment notre milieu. » assura Ginny d'un ton qui se voulait nonchalant.

Hermione hocha la tête, visiblement soulagée que Ginny partage son opinion sur la question.

« Dans ce cas, je dirais à Théodore que je préfère ne pas y aller. »

Ginny fut soulagée de sa réponse, même si elle ressentit un vague élan de culpabilité. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas qu'Hermione se rende à la soirée de Pansy, mais elle ne voulait pas mettre en lumière sa relation douteuse avec Draco Malfoy. Elle n'avait jamais mentionné à son amie la vérité sur leur marché, ni sur le fait qu'ils se fréquentaient depuis des mois. Hermione était une femme très observatrice. Ginny était certaine qu'elle se douterait de quelque chose. Il était évident qu'Hermione ne verrait pas d'un bon œil son rapprochement avec Draco Malfoy.

Heureusement pour elle, Théodore n'avait pas révélé à son amie sa présence avec Draco à l'Inferno.

Ginny était toutefois heureuse de constater que Théodore Nott ne tentait pas de cacher Hermione à la vue de ses proches comme un vilain petit secret. Il voulait afficher leur relation ouvertement auprès de son entourage.

« Il est vraiment sérieux à ton sujet, Hermignonne. » dit Ginny.

« Avec mon statut et les… réactions que ça pourrait causer, il pense qu'il serait bénéfique d'avoir des alliés dans son milieu. » répondit Hermione, un tressaillement de lèvre trahissant sa nervosité.

Ce revirement de situation surprit Ginny. Après tout, depuis leur rencontre, ils avaient tenté d'être discrets sur leur relation. Théodore penserait-il que sa relation avec une Sang-Mêlée serait mieux perçue s'il tentait d'obtenir le soutien d'autres héritiers comme Draco et Pansy ? Il y avait probablement une logique bien rodée derrière ce retournement de situation que Ginny ne saisissait pas.

Elle était toutefois trop exténuée pour réfléchir davantage sur la question. Elle s'excusa auprès d'Hermione et rejoignit la salle de bain. Après une rapide toilette, elle regagna sa chambre. Elle avait encore oublié de fermer la fenêtre et son nouveau compagnon sur pattes se trouvait sur le toit, l'observant avec ses grands yeux perçants.

« Nero. » appela-t-elle doucement, comme pour le saluer. « Où étais-tu passé ? »

Cela faisait des semaines qu'elle n'avait pas vu l'animal. Lorsqu'elle s'approcha de la fenêtre et esquissa la main dans sa direction, le chat se laissa attraper une nouvelle fois et sembla apprécier les grattements derrière son oreille. Tandis qu'elle caressait son poil noir duveteux, son attention se posa sur une ligne fine qui courrait le long de son flanc - une cicatrice.

« Que t'est-il arrivé, chaton ? » demanda-t-elle d'une voix douce, avec préoccupation. « Ce n'est pas joli à voir. »

Probablement un conflit avec un autre chat, songea-t-elle. L'animal ne semblait pas très amical ni domptable. A plusieurs reprises, elle avait essayé de lui donner la nourriture de Pattenrond, mais il n'avait pas daigné la toucher. Il avait même griffé Hermione et s'était battu à deux reprises avec Pattenrond lorsque Ginny avait tenté de le faire socialiser avec le reste du foyer. Elle évitait désormais de laisser la porte de sa chambre ouverte lorsqu'il était dans les alentours.

« On dirait bien que je suis ta seule amie. » commenta-t-elle avec amusement, passant une main sur son dos, dont le pelage luisait sous la lumière de la lune, visible à travers la petite fenêtre qui menait au toit.

Après une dizaine de minutes, comme si l'animal avait décrété qu'il avait reçu suffisamment de caresses, il commença à s'agiter dans les bras de Ginny. Lorsqu'elle le relâcha, il sauta sur la commode sous la fenêtre et regagna l'ouverture du toit.

« Reviens me voir bientôt. » dit-elle.

L'animal eut un geste étrange, qui consistait à fermer ses paupières, comme s'il clignait des yeux pour communiquer. Le geste laissa Ginny un peu hébétée et elle se demanda si elle n'avait pas rêvé. Parfois, elle avait la bizarre et ridicule impression que Nero comprenait ce qu'elle disait.

« Plus d'hydromel pendant tes journées de travail, ma vieille. » maugréa Ginny pour elle-même avant de rejoindre son lit.

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« Ceci est une allocution officielle de votre gouvernement. Afin d'assurer la protection et la sûreté de tous nos concitoyens, nous vous rappelons que toute affiliation avec un individu indésirable est formellement prohibée sous risque de sanction sévère. Tout citoyen pris en flagrant délit d'aide, d'assistance, de dissimulation ou autre type d'association avec un Sang-de-Bourbe ou un Dissident recevra la peine capitale. »

Hermione sursauta à l'entente du message qui sortait de la gueule d'une gargouille, résonnant sur toute l'allée piétonne. Elle se trouvait à quelques mètres des larges grilles donnant l'accès aux Grandes Archives des Macmillan. Il n'était que cinq heures trente de l'après-midi et pourtant, la nuit commençait déjà à tomber. A l'approche de l'hiver, Hermione était toujours plus anxieuse. Sa fatigue grandissante était probablement due au manque de sommeil. Ces derniers jours lui semblaient toutefois plus angoissants que jamais.

Un crissement de roues se fit entendre et une imposante diligence fit son approche vers les grilles, tirée par une créature décharnée à l'aspect squelettique et effrayant. Elle s'arrêta devant Hermione et cette dernière s'empressa de regagner l'intérieur du véhicule. Malgré sa nervosité, la vue du visage de Théodore l'emplit d'un sentiment de quiétude. Dehors, on entendit la gargouille reprendre son monologue d'une voix machinale.

« Ceci est une allocution officielle de votre gouvernement. Tout citoyen est dans l'obligation de signaler la présence de Sang-de-Bourbes et de Dissidents aux représentants de la Section Sécuritaire. »

Le reste des paroles de la gargouille fut étouffé lorsque Théodore claqua la porte de la diligence d'un geste résolu. Il posa ensuite une main sur celle de la jeune femme, d'un geste rassurant.

« Allons-y. » décréta-t-il d'une voix douce mais ferme.

Immédiatement la diligence entama son mouvement, roulant pendant plusieurs secondes sur le sol avant de s'élancer dans les airs.

« Comment s'est passée ta journée ? » demanda Théodore.

« Longue. » admit Hermione avec une grimace. « J'ai l'impression de passer mon temps à regarder autour de moi, ces derniers temps. C'est invivable. »

Depuis qu'elle avait avoué la vérité à Théodore, son anxiété s'était accrue. Sa paranoïa était plus forte que jamais. Le jeune homme hocha la tête, compréhensif.

Même si Théodore n'avait pas changé à son égard – quelque chose dans son attitude était différent. Son indifférence face à son environnement semblait avoir disparu, comme s'il avait soudainement pris conscience du danger qui les menaçait. Hermione le trouvait plus sérieux, et moins insouciant.

Elle lui avait parlé de la lettre cryptique reçue quelques mois plus tôt. Celle de cette personne inconnue qui prétendait connaître son secret.

Même si le secret en lui-même n'avait pas été explicitement mentionné dans la missive, les chances pour qu'il s'agisse d'une autre information que son vrai statut de sang étaient minimes.

« Je pense que cette personne veut quelque chose. » déclara Théodore, comme s'il avait lu dans ses pensées.

Hermione lui lança un regard confus.

« Sinon, pour quelle raison te contacter ainsi ? » interrogea-t-il, pensif. « Pourquoi ne pas simplement te dénoncer directement ? Il ou elle veut quelque chose en échange de son silence et essaie de t'intimider. »

« Qu'est-ce ce que cette personne voudrait ? »

« De l'argent, j'imagine. C'est ce qui me semble le plus logique. » indiqua-t-il en haussant les épaules.

« Si c'était le cas, pourquoi il n'a toujours rien demandé ? Ça fait des mois. » fit remarquer Hermione.

« Je l'ignore. Peut être un moyen de te mettre la pression ? » dit-il en haussant les épaules, comme s'il était confronté à une équation particulièrement difficile. « Tu l'as apportée ? »

Hermione hocha la tête et farfouilla dans la poche extérieure de son sac de voyages à ses pieds. Elle saisit l'enveloppe qu'elle avait reçue et la tendit à Théodore. Il observa le message avec attention.

Je connais ton secret.

L'écriture, en cursive, était soignée. La manière dont la personne avait barré ses T était originale. La ligne n'était pas droite mais légèrement ondulée, formant presque une vague.

« Je vais voir ce que je peux faire avec ça. » indiqua Théodore avant de placer l'enveloppe soigneusement dans la poche intérieure de sa cape. « On ne peut pas prendre le risque que cette personne revienne à la charge. »

Il sembla en pleine réflexion pendant un instant avant de poursuivre :

« En attendant, il faut qu'on cherche s'il y a des preuves incriminantes. » dit-il avec gravité.

« Comment comptes-tu faire ça ? »

« Mon père est Gouverneur dans ce régime corrompu. Ça a ses avantages, j'imagine. » répondit-il avec cynisme.

Hermione savait que les responsabilités de son père et son implication dans le Coven sacré ne plaisaient guère à Théodore. Pourtant, il avait été clair sur le fait qu'il ne lésinerait sur aucun moyen pour sortir Hermione de cette situation. Même si cela impliquait de profiter de l'influence de son père

Dans le régime, il était fréquent que certaines personnes soient accusées de mentir sur leur statut de sang. Lorsque ces affirmations semblaient fondées, le DUPE lançait une investigation pour vérifier les antécédents de la personne afin de décréter s'il existait une anomalie.

Hermione savait qu'elle n'était pas la seule sorcière à mentir sur son statut. L'usurpation de statut de sang était un fait qui arrivait dans toutes les couches du régime. Certains Sang-Purs mentaient même sur la pureté exemplaire de leur lignée. Ces tromperies étaient possibles grâce à la corruption de certains officiers du régime qui étaient prêts à changer un détail sur le dossier d'un sorcier en échange d'une somme d'argent conséquente.

« Ce que je vais te demander est difficile, je le sais, mais… Je veux que tu n'y penses plus et que tu me laisses gérer ça. » plaida Théodore en se tournant vers Hermione. « Je vais trouver une solution. »

Elle hocha la tête faiblement. C'était la première fois qu'elle le voyait si déterminé. Il était prêt à tout pour la protéger.

Le trajet jusqu'au domaine des Nott lui sembla plus rapide qu'à sa première visite. Encore une fois, Théodore l'avait conviée à passer le weekend avec lui. Désormais qu'elle avait rencontré ses parents, Hermione se sentait plus à l'aise à l'idée de se rendre chez eux. D'autre part, depuis le retour de Ginny dans leur appartement étroit, ils avaient peu d'intimité.

Théodore disposait d'une aile entière dans le gigantesque Manoir des Nott. Il pouvait probablement passer plusieurs jours sans même croiser le reste des habitants dans l'immensité de l'édifice.

Lorsque la diligence s'arrêta finalement devant l'escalier principal, la portière s'ouvrit à la volée. Ce fut Zéphyr, l'elfe de maison de Théodore, qui les accueillit. Elle sembla excitée en voyant Hermione et elle s'inclina profondément devant eux avant d'attraper le sac de voyage de la jeune femme.

Hermione était mal à l'aise devant le travail injuste que ces êtres privés de liberté devaient exécuter pour les sorciers. Elle devait pourtant avouer que Zéphyr ne semblait pas malheureuse avec les Nott, bien au contraire.

La petite créature leur expliqua que Gislena s'était retirée dans ses appartements et qu'elle ne les rejoidraient pas pour le dîner. Devant l'air inquiet d'Hermione, Théodore lui expliqua que cela se produisait fréquemment. Les traitements de Gislena étaient robustes et provoquaient une grande fatigue. Le père de Théodore était apparemment en déplacement professionnel, ce qui emplit Hermione de soulagement. Après la conversation qu'elle avait surprise entre Théodore et ce dernier, elle était nerveuse de se retrouver en sa présence.

« Je veux te montrer quelque chose. » dit Théodore avec un sourire mystérieux.

Il attrapa sa main et ils contournèrent l'imposante bâtisse, traversant les magnifiques jardins, jusqu'à une petite barrière qui menait à un chemin de terre étroit. Ils marchèrent pendant près de dix minutes avant d'arriver devant un courant d'eau, près d'une forêt.

Hermione entendit le bruit de sabots, suivi d'un hennissement et elle se retourna, sur le qui-vive. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle aperçut une créature ressemblant à un cheval, avec un pelage blanc scintillant. Une large corne se dressait sur la tête de l'animal.

« C'est une… licorne ? » demanda Hermione, éberluée, se tournant vers Théodore.

Il hocha la tête avec un sourire, visiblement content que sa surprise ait eu l'effet escompté.

« Tu peux t'approcher d'elle, si tu veux. » suggéra Théodore.

Surexcitée, Hermione esquissa quelques pas prudents en direction de l'animal, à la fois effrayée et impressionnée. Elle n'avait vu ses créatures sauvages qu'à travers des grimoires. Elles étaient extrêmement rares.

La licorne cessa de brouter l'herbe fournie et se tourna dans leur direction, une patte levée, comme si elle les jaugeait. Hermione stoppa son avancée immédiatement, retenant son souffle. Finalement, la licorne baissa la tête et continua de se sustenter. Hermione reprit lentement sa marche. Arrivée à quelques centimètres de la créature, elle l'observa avec émerveillement.

« Elle est magnifique. » s'extasia-t-elle.

« Tu peux la caresser. » proposa Théodore, en lui faisant un signe d'encouragement.

Timidement, Hermione leva la main et la posa sur le flanc de l'animal. Elle resta d'abord immobile, craignant que la licorne ne prenne peur. Mais il n'en fut rien et Hermione caressa lentement son poil lisse et duveteux.

« Je n'arrive pas à le croire. » dit-elle.

Elle se retenait de glousser comme une petite fille surexcitée. Cela lui rappelait la première fois que son père l'avait emmenée voir des chevaux, pendant un road trip qu'ils avaient réalisé au tour de la boucle de Kerry. Hermione avait observé les animaux courir sans se soucier de ce qui les entouraient. Elle avait été frappée par cette sensation de liberté grisante qu'ils dégageaient.

« Tu pourras la monter demain, si tu le souhaites. » continua Théodore en l'observant avec amusement. « Elles n'acceptent que d'être montées par des femmes. »

Hermione hocha la tête, surexcitée. Lorsqu'ils reprirent le chemin du Manoir, Hermione avait oublié toute sa nervosité, les yeux brillants et plein d'étoiles après sa rencontre avec la licorne.

« Comment est-ce possible ? » demanda-t-elle, confuse. « Je croyais qu'elles ne vivaient qu'à l'état sauvage. »

« C'est le cas. Elle ne restera avec nous que quelque mois. Et avec les bois qui bercent le Manoir, elle est encore dans son état naturel. On l'utilise pour prélever une petite quantité de sang, pour les traitements de ma mère. »

Le sang de licorne avait des propriétés de guérison puissantes. Mixé à certaines potions, il permettait de prolonger la vie d'un malade en phase terminale. C'était une solution à court terme qu'ils utilisaient car Gislena avait reçu de ses Médicomages un diagnostic clair sur le temps qui lui restait à vivre. Un avantage qu'ils avaient obtenu grâce à leur statut de famille sacrée. Les licornes étaient également une espèce savamment protégée.

A leur retour au Manoir, Hermione s'excusa pour prendre une douche avant le dîner. Pendant leur marche, ils avaient été surpris par une averse déferlante. Sur le chemin de terre boueux, des gouttes de terre avaient giclé un peu partout sur leurs vêtements.

Cette fois, Zéphyr avait installé les affaires d'Hermione dans la chambre de Théodore. Lorsque la jeune femme farfouilla dans son sac à la recherche de vêtements propres, elle aperçut la fiole de potion contraceptive que lui avait prescrit Luna et qu'elle avait commencé à prendre. Elle rougit d'embarras en se remémorant le cours qu'elle avait reçu de sa part, tandis que Ginny riait aux éclats.

Rafraîchie et détendue après sa douche, Hermione rejoignit Théodore dans la salle à manger pour le dîner.

« Tu ne m'as jamais parlé de ta famille. » dit soudain Théodore après le repas, tandis qu'ils s'installaient dans un sofa confortable face à la cheminée.

Hermione hocha la tête. Elle n'avait pas une seule fois mentionné le nom de ses parents à qui que ce soit, de peur de divulguer une information qui aurait pu lui attirer des problèmes et mettre en péril son mensonge. Elle n'avait aucune photo de ses proches et ne possédait plus d'objet personnel depuis qu'elle avait laissé son collier à son entrée dans le régime. Un sacrifice difficile mais nécessaire pour sa survie. Elle gardait seulement en tête des souvenirs qu'elle chérissait profondément.

Lorsqu'elle révéla à Théodore la vérité sur ses parents, ce fut avec un mélange de peine et de nostalgie, entre pleurs et rires.

« Mon père adorait me mettre dans l'embarras lorsque j'allais encore à l'école moldue. Il insistait pour m'accompagner tous les jours avec des masques complètement farfelus. Et pour Halloween, il donnait aux enfants des sticks à la menthe au lieu de bonbons. » expliqua-t-elle avec un rire.

Devant l'air confus de Théodore, elle lui expliqua les traditions moldues d'Halloween.

« Mes parents sont dentistes - ils soignent les dents des gens. » ajouta-t-elle.

Théodore sembla fasciné par ses révélations sur le monde moldu, un univers qui semblait complètement inconnu pour lui. Même s'il avait beaucoup voyagé, ses périples s'étaient cantonnés aux communautés magiques.

« Ils me manquent tellement… Ils croient probablement que je suis morte. » dit Hermione d'une voix tremblante tandis que des larmes coulaient le long de ses joues. « Je donnerais n'importe quoi pour communiquer avec eux. Juste les rassurer sur le fait que je suis vivante, même si je sais que je ne les reverrai probablement jamais. »

Théodore l'attira dans ses bras, l'enveloppant dans une étreinte réconfortante et Hermione se laissa aller contre lui, ses larmes coulant librement sur ses joues.

« J'aimerais pouvoir faire quelque chose. » dit-il, visiblement affecté devant sa peine.

« Tu ne peux rien y faire. » dit-elle tandis qu'elle se redressait. « Je me suis faite une raison, depuis. »

Elle était une personne pragmatique et réaliste. Elle savait qu'elle ne reverrait jamais ses parents et qu'elle ne quitterait jamais le régime. Elle ne voulait pas laisser la minuscule once d'espoir, ensevelie quelque part dans un recoin de son cœur, dicter ses actes. Le plus important était sa sécurité.

« Ma mère disait tout le temps que les choses arrivent pour une raison. » murmura Hermione dans un souffle. « Si tout ça n'était jamais arrivé, je ne t'aurais jamais rencontré. »

Théodore caressa lentement sa joue, tandis qu'ils échangeaient un long regard. Dans ces moments, et lorsqu'ils étaient ensemble, elle avait l'impression d'être dans un monde qui leur appartenait, loin de la répression du régime et des choses horribles qui se déroulaient autour d'elle. La sensation était agréable, même si elle était éphémère.

Théodore se pencha dans sa direction et posa ses lèvres sur les siennes, effleurant à peine sa bouche. Le baiser était doux, presque chaste, comme s'il lui demandait l'autorisation de continuer. La jeune femme lui rendit son baiser, pressant ses lèvres plus ardemment.

Les lèvres de Théodore quittèrent les siennes pour s'attarder sur sa nuque, embrassant chaque centimètre de sa peau découverte. Il passa une main délicate sur le corps de la jeune femme, comme s'il s'agissait d'une chose fragile qu'il voulait traiter avec le plus grand soin.

La sensation de ses doigts frôlant son corps lui fit réclamer davantage. Elle voulait sentir la chaleur de ses mains sur sa peau. Hermione frémit lorsque Théodore commença à déboutonner lentement son chemisier en lin, sous lequel elle ne portait rien à part une bralette. Tandis que le vêtement tombait au sol, Théodore reprit ses baisers humides sur la nuque d'Hermione, descendant jusqu'à sa clavicule, puis la naissance de sa poitrine. Ses baisers lui faisaient l'effet d'une décharge électrique, réveillant des sensations nouvelles. Il s'arrêta un instant, se redressant devant elle, ses yeux noircis par une lueur nouvelle. Elle devina qu'il s'agissait de désir et elle frissonna, partagée entre la gêne et la satisfaction de provoquer cette réaction chez lui.

« Je veux te goûter, Hermione. » confessa-t-il d'une voix rauque.

Cette déclaration, si directe et inopinée, la surprit et elle sentit son visage s'empourprer. Elle eut un moment d'hésitation. Il était en train de lui demander l'autorisation de poursuivre ses caresses et d'aller plus loin que les étreintes effrénées qu'ils avaient partagées jusqu'à maintenant.

La vérité était que son corps brûlait d'envie d'être touché. Caressé. Désiré. Et cette fois, toute sa gêne lui semblait totalement dissipée, remplacée par une curiosité grandissante et une envie martelante.

Elle acquiesça lentement, comme pour lui confirmer qu'elle était prête à aller plus loin. Face à son approbation, Théodore s'enhardit et il posa à nouveau ses lèvres contre les siennes pour l'embrasser avec ferveur, leurs langues se caressant dans un jeu langoureux. Elle frissonna tandis que ses lèvres descendaient lentement le long de son corps pour lui procurer des caresses délicieuses.


Non, je vous l'assure, je ne suis PAS une sadique, à terminer ainsi. La scène continue mais elle ne sera pas postée comme ça en public, à la vue de toutes les perverses du net. Je suis une lady, que croyez-vous ?

Plus sérieusement, il existe un bonus avec ce contenu explicite (des préliminaires) Je ne suis pas fan de poster mes smuts/lemons en public sauf s'ils sont nécessaires à l'intrigue, ce qui n'est pas le cas ici. Cependant, ça ne me dérange pas de le faire en comité restreint donc je partagerai le chapitre non censuré avec les personnes qui ont contribué à ma motivation jusqu'ici :)

Donc :

- Si au 3 septembre 2021, du chapitre 1 au 24 inclus, vous m'avez laissée au moins UNE review sur l'histoire, vous faites partie du gang très sélect d'initiés et vous avez le droit à ce bonus.

D'autres part, mes reviewers réguliers (et intéressés) c'est comme dans un jeu vidéo, vous avez tout simplement débloqué tout le contenu explicite de cette histoire jusqu'à la fin, plus de conditions pour vous. Vous les obtiendrez tous.

Donc SI vous êtes intéressés par le bonus de ce chap:

- Envoyez-moi un message privé (c'est le plus simple) sur le site

- Ou un email à itsfearlessuntamed AROBASE gmail . com en précisant votre pseudo sur le site

Je vous enverrai le lien de mon site privé.

Pour les reviewers réguliers, je vous enverrai directement les bonus quand je posterai les chapitres dans lesquels ils se trouvent.

On se dit à bientôt pour le chapitre suivant, avec les retrouvailles tant attendues entre Draco et Ginny à l'anniversaire de Pansy. Anniversaire qui ne sera pas de tout repos évidement (lançons les paris, qu'est-ce qui va arriver pendant la fête de notre héritière préférée, à votre avis ?)

A très vite,

Fearless