Valeur et vertu tout le monde,

Je vous ai manqué, pas vrai ? Soyez honnêtes ! Merci à Jiwalumy, Fleur d'Ange, Colixiphicus et Lou lovegood pour vos reviews :)

Vous pouvez retrouver la playlist et le montage de ce chapitre sur les liens dans ma page de profil.


XXVI. Faux-Semblants

« Valeur et vertu, fidèles auditrices. Bienvenue sur 'Il était une fois…. La Sorcière', une chronique faite par une femme pour les femmes. Nous sommes de retour pour la seconde partie de notre émission. Le thème du jour est la passion dans le couple et comment la faire perdurer à travers les années. Qui avons-nous à l'antenne, ce matin ? » demanda la voix enjouée de Pansy Parkinson.

« Pouvoir et pureté Pansy ! » s'exclama la voix haut perchée d'une femme. « Je suis Josephina. »

« Josephina, pouvez-vous vous présenter en quelques mots pour nos auditrices ? »

« J'ai 32 ans, je vis à Pré-au-Lard et je suis restauratrice dans une taverne. » répondit la dénommée Josephina d'une voix nerveuse.

« Dites-moi tout, Josephina. Qu'est-ce qui vous pousse à me contacter, aujourd'hui ? » interrogea Pansy d'une voix chantante.

« Je me sens particulièrement concernée par le thème du jour. Je suis en concubinage depuis quatre ans avec mon compagnon et j'ai l'impression qu'il ne me désire plus. » révéla la dénommée Josephina.

« Avez-vous des enfants ? » interrogea Pansy.

« Nous avons eu un bébé l'année dernière. » informa l'auditrice.

« A quelle fréquence sont vos rapports sexuels ? » questionna Pansy, gribouillant distraitement des notes sur le parchemin posé face à elle.

« Une fois par mois. Toujours le même jour, à la même heure, d'ailleurs. » révéla l'auditrice.

« Et depuis quand ressentez-vous ce manque de passion ? » insista Pansy.

« Les choses sont devenues plus compliquées après l'arrivée du bébé. Les deux premières années de notre relation, mon compagnon ne pouvait pas s'empêcher de me tripoter. » expliqua Josephina, visiblement frustrée.

Pansy l'écouta patiemment pendant qu'elle détaillait ses problèmes conjugaux. A la fin du récit, Pansy laissa échapper un long soupir et secoua la tête devant le microphone qui lévitait face à son visage.

«Josephina, votre situation est la même que celle de beaucoup de mes auditrices. Je reçois tous les jours des lettres sur ce sujet et ma réponse est toujours la même. Dans une relation, il arrive toujours un moment où la routine et les habitudes s'installent. C'est normal, c'est l'évolution logique d'une relation et il est naïf de penser que ça n'arrivera jamais. Le problème, pour la plupart d'entre vous, c'est que vous accélérez l'arrivée de ce moment. » assura Pansy avec véhémence.

« Est-ce que vous pensez que les choses peuvent s'améliorer ? »

« Si vous suivez mes conseils à la lettre, oui. » indiqua Pansy. « Il va falloir repasser par la case séduction, Josephina. Premièrement, ne vous laissez surtout pas aller physiquement. Prenez soin de votre apparence. Y compris quand vous êtes à la maison, même à ne rien faire, c'est important. Vous voir apprêtée et attirante motivera votre partenaire à faire des efforts. De temps à autre, achetez de la belle lingerie et portez-là, même sans occasion particulière. Je sais que les sous-vêtements en coton sont confortables mais vous ne pouvez pas porter ça tous les jours, Josephina. Faites preuve de mystère, créez de l'inattendu, ajoutez du piment. C'est pri-mor-dial. »

Pansy fit une pause, semblant réfléchir avant de poursuivre :

« Ensuite, ne vous rendez pas toujours disponible. Sortez sans lui, seule ou avec vos amies. Et bien évidemment, il va falloir faire des efforts au lit, Josephina. Le sexe planifié est l'un des pires pièges dans lequel vous pouvez tomber, croyez-moi. » ajouta Pansy avec une grimace, comme si l'idée même la révulsait. « Je sais que vous êtes fatiguée, entre le bébé, le travail et les corvées mais c'est à bannir complètement. Je me fiche que vous ne couchiez qu'une seule fois par semaine, mais faites-le de manière inattendue et spontanée.»

Elle tritura son parchemin.

« J'en profite d'ailleurs pour faire une parenthèse pour toutes mes auditrices. Ne donnez pas tout lors de vos premiers ébats avec un partenaire. La passion, c'est comme un marathon. Il faut voir sur le long terme. Gardez en tête que cette flamme doit durer, alors attendez avant de faire certaines choses. » gronda Pansy. « Que je ne vous surprenne pas à faire le grand écart dès vos premiers rapports. Gardez des choses en réserve. »

Deux heures plus tard, après trois appels, de nombreux spots publicitaires et un jeu-concours, l'émission prit fin. Pansy repoussa le micro qui lévitait près de sa bouche et s'étira longuement, avant d'accepter la bouteille d'eau citronnée que Ginny tendait dans sa direction.

« J'ai besoin de vacances. » déclara Pansy d'un ton dramatique, enfonçant son dos dans le dossier de sa chaise.

Ginny avait longtemps imaginé que Pansy passait son temps à faire du shopping et à boire des cocktails sur sa terrasse. Depuis qu'elle travaillait pour elle, elle avait été forcée de revoir ses a priori au sujet de la jeune femme.

Pansy travaillait énormément, et son agenda chargé ne lui laissait guère du temps pour des activités frivoles. Ginny avait rapidement réalisé pourquoi Romilda semblait toujours débordée. Non seulement il fallait gérer l'emploi du temps serré de Pansy et ses différents rendez-vous professionnels et personnels, il fallait également répondre aux nombreuses demandes – spécifiques et extravagantes - de la jeune femme. Elles devaient également gérer le courrier de fans colossal qu'elle recevait chaque jour - près d'une trentaine de lettres auxquelles il fallait apporter une réponse personnalisée.

« Quel est le programme de cet après-midi ? » interrogea Pansy, posant son fume-cigarette en or rose aux coins de ses lèvres rouges.

« Tu dois pré-enregistrer deux émissions, faire des photos pour une édition spéciale de Sorcière-Hebdo et tu as aussi des entretiens avec deux écrivains fantômes potentiels pour ton prochain livre. » énuméra Ginny.

Pansy publiait une série de livres de développement personnel qui s'étaient écoulés à des volumes impressionnants. Elle possédait une niche de marché spécifique et sa popularité parmi sa clientèle était indéniable. Ses fans étaient loyaux et n'hésitaient pas à dépenser régulièrement leur argent pour soutenir ses projets.

« Tu n'auras que dix minutes pour déjeuner avant la séance photos. » prévint Ginny.

« Je mangerai ce soir. Pas question d'avoir l'air d'une truie gestante dans la presse. » décréta Pansy. « Tout est prêt pour la soirée ? »

Elle faisait référence à son dîner d'anniversaire qui aurait lieu le soir-même.

« Romilda s'occupe des derniers préparatifs. » assura Ginny. « Tout devrait être en place. »

« Une équipe de choc. » déclara Pansy avec satisfaction. « Quel plaisir d'avoir enfin trouvé des personnes qui savent travailler correctement. Ça change de la dizaine de bras cassés que j'ai vu défiler avant vous deux. »

Le producteur de l'émission entra dans la cabine pour indiquer à Pansy qu'il était temps de reprendre l'enregistrement.

Contrairement à son émission matinale en direct, il n'y avait pas d'interventions d'auditeurs pendant les émissions préenregistrées. Il s'agissait d'un long monologue de Pansy sur ses opinions concernant l'actualité ou des faits divers. Ce format lui permettait de faire ce qu'elle savait faire de mieux - parler d'elle-même.

Ginny appréhendait la soirée du jour. Ce serait la première fois qu'elle croiserait Draco Malfoy après la journée qu'ils avaient passé ensemble. Elle n'avait pas cessé de penser à leur baiser passionné dans son bureau à l'Augurey Magistral. Elle sentit un tressaillement la parcourir, semblable à une légère décharge électrique, tandis qu'elle se remémorait le souvenir.

C'était comme si son corps avait enregistré le geste – elle se souvenait très clairement de la sensation de ses lèvres brûlantes sur les siennes, de la fermeté de ses mains sur sa nuque, de cet effluve masculin et entêtant qui avait persisté sur elle pendant des heures. Ginny n'avait pas réussi à penser à quoi que ce soit d'autre pendant la soirée qui avait suivi. Même ses songes ne lui avaient pas laissé de répit. Comment parvenait-il à ainsi monopoliser ses pensées ?

Une partie d'elle abhorrait cette attirance inexplicable qu'elle nourrissait à son encontre. L'autre partie, elle, ne désirait que poursuivre son avancée dangereuse sur cette pente qui lui promettait une destination inexplorée mais irrémédiablement séduisante.

De tous les hommes qui existaient dans ce fichu régime, pourquoi avait-elle jeté son dévolu sur Draco Malfoy ? Pourquoi avait-il fallu que leurs mondes respectifs entrent en collusion de manière si brutale et inattendue, ébranlant toutes les valeurs qu'elle croyait porter jusqu'à maintenant ?

Ils n'avaient rien en commun. Rien à faire ensemble. Leurs univers étaient à des années-lumière et il était évident que rien de positif ne pourrait ressortir de cette relation.

Pourquoi avait-il fallu qu'il montre cette autre facette de lui ? Qu'il lui dévoile autre chose que ce mépris ostensible qu'il avait paradé pendant des mois à son égard ?

Quand avait-elle même cessé de le détester ? Probablement après la nuit du bal, pendant laquelle les choses étaient devenues confuses et incontrôlables. Elle voulait presque retourner à l'époque où ils se méprisaient cordialement. L'époque où les choses étaient simples et normales. Les mots que Draco avait prononcés avant de l'embrasser lui revinrent en mémoire.

Je n'ai nullement l'intention de cesser de te voir.

« Ginny ! » s'exclama une voix insistante.

Ginny sortit de sa rêverie et se tourna vers Pansy qui l'observait avec une moquerie manifeste.

« As-tu entendu un seul mot de ce que je viens de te dire ? » questionna-t-elle avec désapprobation.

« Non, désolée… » s'excusa Ginny avec embarras, tentant de chasser le visage de Draco de ses pensées.

« J'étais en train de te dire que tu es invitée à mon dîner, ce soir. » annonça Pansy avec plaisir. Je suis certaine que Romilda pourra gérer le reste de l'organisation toute seule. »

« Vraiment ? » s'étonna Ginny, agréablement surprise.

« Oui, vraiment. Et je te rappelle que Draco sera accompagné. » fit remarquer Pansy en lui adressant un regard critique. « Donc tu ferais mieux de te reprendre, d'ici là. »

« Par qui ? » interrogea Ginny d'une voix qui se voulait détachée.

Sa fausse désinvolture ne sembla pas tromper Pansy qui esquissa un sourire goguenard.

« Astoria Greengrass. » répondit-elle d'un ton dédaigneux, levant les yeux au ciel. « Cette pauvre fille regarde Draco avec des yeux de salamandre éplorée depuis Poudlard. Je suis certaine qu'il a accepté de l'inviter par pure pitié. Elle n'est absolument pas son genre. »

Elle avait ajouté cela sur le ton de la confidence.

« Tu n'as pas l'air de l'apprécier. » commenta Ginny, levant un sourcil.

« Oh, je n'ai rien contre elle personnellement. C'est plutôt sa sœur qui me sort par les yeux. » reprit Pansy en serrant les dents, une lueur furieuse apparaissant dans ses yeux noirs.

Ginny écouta avec confusion le récit de Pansy au sujet d'une élection de Miss pendant sa scolarité à Poudlard. Apparemment, Daphné Greengrass, la sœur aînée d'Astoria, avait raflé le titre de Miss Fondatrice lors de leur dernière année. Une trahison du 'plus haut niveau' selon Pansy. Leur amitié s'était délitée définitivement après cet incident.

Parfois, Pansy relatait ses histoires personnelles de manière si dramatique, donnant à ses interlocuteurs l'impression que la situation était des plus sérieuses.

« Je préfère te briefer à l'avance pour ne pas que tu te laisses surprendre lorsque tu le verras avec une autre femme. » poursuivit Pansy tandis qu'elle réappliquait une couche généreuse de rouge à lèvres.

« Il fait ce qu'il veut. Ça m'est complètement égal. Il ne me doit absolument rien. » avança Ginny, l'air détaché.

L'air entendu de Pansy lui révéla qu'elle ne la croyait pas. Elle-même n'était pas totalement convaincue par ses propres paroles. Si elle devait être totalement honnête, une partie d'elle était agacée et même vexée.

« D'ailleurs, j'ai quelques amis célibataires avec qui tu pourras faire la conversation. Je suis certaine que ça agacera Draco. » ajouta Pansy avec un sourire machiavélique. « Théodore Nott que tu as déjà rencontré, par exemple. Blaise Zabini, aussi. Et Adrian Pucey. Non, oublie Adrian, ça ne sera pas crédible. Il n'a probablement pas vu de clitoris depuis la fin des années quatre-vingt-dix. Il est plutôt du genre à draguer Draco. » ajouta-t-elle, ce qui fit rire Ginny.

Le reste de la journée fut tellement chargé qu'elle oublia rapidement son irritation de la matinée au sujet de Draco et de son invitée. Elle rentra en compagnie de Pansy qui insista pour lui prêter une tenue sortie de son gigantesque dressing pour l'occasion, clamant qu'elle ne pouvait pas laisser ses invités ressembler à ''n'importe quoi'' pour son évènement. Ginny ne s'en vexa pas et en fut même soulagée.

Sa participation avait été décidée à la dernière minute et elle n'avait pas eu le temps de s'y préparer. Elle ne possédait pas de tenue correcte pour une occasion du genre. Elle ne voulait pas paraître ridicule parmi l'entourage sophistiqué de Pansy.

A son entrée dans l'appartement, Ginny observa les lieux avec admiration. Le séjour de Pansy avait semblé faire l'objet d'un ravalement de façade intégral. Romilda avait travaillé avec un décorateur pour créer une ambiance baroque et exubérante. Des centaines de bougies en suspension éclairaient l'endroit, où des compositions florales aux teintes rouges et noires décoraient la pièce, lui donnant un aspect particulièrement chargé. Pour parfaire le thème de sa soirée, Pansy avait réclamé à tous ses invités de porter du blanc ou du noir.

Lorsque Pansy se retira à l'étage supérieur avec son coiffeur, Ginny rejoignit Romilda dans la salle à manger pour la féliciter. La jeune femme arbora un grand sourire, visiblement soulagée et heureuse du compliment.

« J'ai vraiment cru que j'allais faire une crise cardiaque avec cette histoire de fleurs. » admit Romilda avec un rire nerveux. « Merci de ton aide, je ne sais pas ce que j'aurais fait, sinon. On a vraiment frôlé la catastrophe. »

Plus tôt dans la journée, Romilda l'avait contactée en panique pour la prévenir d'un contretemps avec le fleuriste dont la boutique avait pris feu après la visite d'un client et de son animal de compagnie – un crabe de feu. Ginny s'était alors empressée de contacter son ami Neville Londubat qui travaillait dans une boutique de botanique. Ils avaient pu, à la dernière minute, recréer des compositions florales similaires. Le résultat n'était pas totalement conforme à la demande de Pansy mais il était suffisamment proche. Grâce à l'éclairage tamisé, on n'y voyait que du feu.

Ginny était heureuse d'avoir pu apporter un gros client à la boutique de son ami. Ce n'était pas tous les jours qu'il recevait une commande de cette ampleur. Dans ces instants, elle réalisait le pouvoir du réseautage dont parlait constamment Katrina Street-Porter. Ginny était ravie d'avoir pu faire profiter à Neville de ses opportunités, même indirectement.

Lorsque Ginny informa Romilda qu'elle était invitée au dîner de Pansy, l'assistante afficha un air un peu surpris. Même si Romilda n'avait jamais fait de remarque désobligeante à ce sujet, Ginny pouvait voir qu'elle était envieuse de sa relation avec Pansy. Elle espérait que cela ne créerait pas de tensions entre elles. Contre toute attente, la relation de travail entre les trois femmes était plutôt efficace et Ginny avait réussi à trouver rapidement sa place. Elle ne voulait pas que des jalousies insignifiantes engendrent une atmosphère nuisible.

« Évidemment, je serai là pour t'aider, si besoin. » assura Ginny.

« Merci. » dit Romilda avec soulagement, visiblement rassurée par sa proposition.

« Et si tu veux, je prendrai le relais à la fin pour que tu rentres chez toi plus tôt. » ajouta Ginny, pour l'apaiser.

Romilda parut reconnaissante et sa brève contrariété sembla disparaître aussitôt. Les premiers invités arrivèrent une heure plus tard. Ginny descendit les escaliers menant au séjour d'un pas prudent, postée sur une paire de sandales à talons si hautes qu'elle eut une vague sensation de vertige. Elle portait une robe d'un blanc césure, qui s'arrêtait au niveau de ses genoux, et suffisamment moulante pour faire deviner ses formes de manière discrète. L'une de ses épaules était totalement dégagée tandis que la seconde était couverte par une manche à corsage drapé. Au centre de la robe, un volant discret marquait sa taille. C'était le styliste personnel de Pansy, un homme chauve faisant une tête de moins qu'elle, qui lui avait déniché cette robe dans le dressing de la jeune femme. Elle n'avait jamais porté la tenue, apparemment trop grande pour elle.

Avant de rencontrer Pansy, Ginny n'avait jamais compris l'obsession de certaines femmes pour les vêtements. Pendant des années, elle avait même observé Fleur, sa belle-sœur, avec une once de jugement pour l'importance qu'elle plaçait dans son style vestimentaire. Elle avait toujours pensé qu'il s'agissait d'un passe-temps superficiel. Pourtant, Ginny devait désormais admettre que le fait de porter une jolie tenue et d'être apprêtée lui apportait une sensation de bien-être particulièrement agréable.

Ses cheveux étaient ramenés dans une haute queue de cheval lisse, dégageant complètement son visage. Ses yeux ressortaient particulièrement grâce à un maquillage charbonneux.

Les premiers invités furent Millicent Bulstrode, une sorcière blonde, accompagnée de son compagnon Graham Montague, un homme bien bâti au visage anguleux et aux yeux enfoncés. La plupart des invités présents étaient des amis de longue date de Pansy. Peu de temps après ces derniers, un homme noir séduisant, aux yeux cuivrés, entra dans le séjour. Ginny était persuadée de l'avoir déjà rencontré mais elle ne parvint pas à mettre un nom sur son visage.

Lorsqu'il la salua poliment, Ginny eut un moment de pause, l'observant d'un air hagard. Il dégageait une aura particulière, presque surnaturelle, l'empêchant de décoller son regard de son visage. La sensation était semblable au sentiment qu'elle éprouvait parfois avec Fleur, sa belle-sœur. Elle se demanda si l'homme possédait lui aussi des gènes de Vélane. Avec lui, le sentiment était toutefois décuplé.

« Je suis Blaise Zabini. » se présenta-t-il d'une voix suave, presque caressante.

Une lueur de compréhension traversa Ginny. Elle l'avait croisé pendant cette soirée à l'Inferno, un club huppé du Quartier Treize dont il était le propriétaire. Il avait rejoint leur table pendant la nuit pour s'entretenir avec Draco.

Il était venu seul. Probablement l'un des célibataires qu'avait mentionnés Pansy quelques heures plus tôt. Ginny décréta qu'elle n'avait aucune objection à interagir avec lui.

Elle fut aussi surprise de voir Théodore Nott entrer à son tour, arborant un air distrait, comme à l'accoutumée. Elle aurait quelqu'un d'autre à qui parler pendant cette soirée, pensa-t-elle avec contentement. Il sembla également soulagé de la voir et ils entamèrent la conversation près du bar improvisé, face à la cheminée à foyer ouvert.

Quelques minutes plus tard, l'entrée de l'appartement s'ouvrit de nouveau, accueillant trois nouveaux arrivants. Les battements de cœur de Ginny s'accélèrent dans sa poitrine lorsqu'elle reconnut Draco. Elle jeta un regard bref aux deux femmes qui le suivaient. L'une d'elle avait des cheveux châtains rangés dans un chignon discret. Elle portait une robe sobre d'un blanc d'argent. Elle partageait un vague air de ressemblance avec la seconde invitée, une jeune femme plus grande, à la silhouette sculptée, mise en valeur par une robe d'un blanc lunaire qui révélait des jambes interminables. Avec ses longs cheveux bruns raides et ses yeux perçants d'un vert intense, elle dégageait une prestance évidente.

« Tout va bien ? » demanda la voix de Théodore, extirpant Ginny de sa contemplation un peu trop appuyée.

Ginny se tourna vers lui, hochant frénétiquement la tête, tentant de dissimuler son trouble. Il avait suivi son regard vers les nouveaux arrivants.

« Est-ce qu'il se passe quelque chose entre toi et Malfoy ? » demanda-t-il d'une voix posée.

Ginny ouvrit la bouche, estomaquée par cette question directe.

« Quoi ? Bien sûr que non. » s'empressa-t-elle de réfuter, sentant son visage se réchauffer. « Qu'est-ce qui te fait penser ça ? »

Il haussa les épaules.

« Juste de la curiosité. Je vous ai vus dans ce club, l'autre jour, alors je me demandais si… »

« Il n'y a absolument rien. » coupa Ginny avec fermeté avant de porter son verre d'hydromel à ses lèvres.

Théodore hocha la tête, comprenant qu'il était inutile d'insister davantage.

« Qui sont ces femmes ? » demanda Ginny d'une voix qui se voulait dégagée.

« Celle à gauche est Daphné Greengrass. » lui apprit Théodore. « Et il me semble que la seconde est sa petite sœur, Astoria. »

« Oh. » dit simplement Ginny.

Une onde de soulagement la parcourut en réalisant que l'invitée de Draco n'était pas cette femme fatale à la beauté transcendante mais la jeune femme discrète. Astoria était une jeune femme charmante mais banale comparée à sa sœur ainée.

Merlin, tu es ridicule, se réprimanda Ginny en réalisant qu'elle se comparait à ces femmes. Elle prétendait que les actes de Draco Malfoy ne l'affectaient pas. Alors pourquoi se sentait-elle si menacée ?

Le reste des invités ne tarda pas à arriver. Soudainement, les lumières de la salle s'éteignirent, plongeant la pièce dans l'obscurité totale. Toutes les conversations cessèrent. Un jet de lumière fut projeté au niveau des escaliers et tous les regards se rivèrent vers la source de lumière. Un air aux tonalités lascives retentit dans la pièce et Ginny aperçut la silhouette du pianiste qu'ils avaient engagé pour l'occasion, installé au piano près de la baie vitrée du séjour.

Elle tourna de nouveau son attention vers les escaliers et vit Pansy apparaître dans le halo de lumière, vêtue d'une robe fulgurante en tulle d'un rouge cinabre, parée d'une longue traîne. Elle portait une parure impressionnante, composée d'un énorme collier en diamant qui brillait de mille feux, avec des boucles d'oreilles assorties toutes aussi magistrales. La veille, un cortège était venu avec les bijoux - des créations personnalisées pour la jeune femme. Selon Romilda, l'ensemble valait près d'un million de gallions.

Pansy descendit les marches d'une démarche lente et dramatique. A son passage, les bougies s'allumaient une à une, créant un chemin illuminé derrière elle.

« On peut vraiment compter sur elle pour faire une entrée remarquée. » commenta Théodore avec amusement, aux côtés de Ginny.

Cette dernière hocha la tête, approuvant ses paroles, sans quitter Pansy des yeux. Encore une fois, Pansy n'avait pas failli à sa réputation. Et elle serait sans doute heureuse de constater que son entrée avait eu l'effet escompté. Toute l'attention était rivée sur elle.

Pansy s'arrêta au milieu du living room et lança un sourire radieux à ses invités qui l'applaudissaient avec véhémence. Elle alla à la rencontre de chacun d'entre eux pour les saluer.

« Théodore. » héla une voix traînante.

Immédiatement, Ginny sentit son corps se tendre à l'entente de cette voix familière. Elle tourna la tête et son regard se posa immédiatement sur Draco Malfoy qui s'était approché du bar, les sœurs Greengrass sur ses talons.

Bien qu'il ait prononcé le nom de Théodore, c'était sur Ginny que ses yeux étaient rivés. Dans son regard acier, elle ne trouva qu'une expression indéchiffrable. Elle détourna finalement les yeux, incapable de soutenir son regard.

« Valeur et vigueur, Draco. » répondit Théodore avec un léger mouvement de la tête.

« Tu te souviens sûrement de Daphné Greengrass. » présenta Draco en tournant la tête vers la jeune femme brune qui esquissa un mouvement de la tête. « Et je ne crois pas que tu connaisses sa sœur, Astoria. »

« Pouvoir et pureté. » lança cette dernière d'une voix douce et agréable.

Théodore les salua poliment. Aussitôt, les regards des deux jeunes femmes se posèrent sur Ginny, comme si elles attendaient qu'elle se présente.

« Valeur et vertu. » répondit Ginny, s'efforçant de plaquer un sourire sur son visage. « Je suis Ginny Weasley, l'assistante de Pansy. »

Astoria lui adressa un sourire avenant. Daphné, elle, lui jeta un regard empli de condescendance, comme si elle était une tache disgracieuse sur sa paire d'escarpins lustrés. Ginny fut prise de court par son hostilité.

Elle se renfrogna. De qui se moquait-elle ? Même vêtue de cette robe hors de prix, elle ne serait jamais comme ces filles. Elles baignaient dans ce monde depuis leur plus tendre enfance et jouissaient de tous les privilèges grâce à leur Nom. Son sentiment d'infériorité ne fit qu'accroître au fur et à mesure de la conversation.

Apparemment, Astoria Greengrass venait de terminer une résidence en Médicomagie à Ste Mangouste et travaillait parallèlement sur une thèse de psychomagie, sa spécialité.

Si Ginny l'avait trouvé discrète et banale comparée à sa sœur ainée, la conversation fut suffisante pour changer son opinion. Astoria semblait être une femme instruite et réfléchie. Elle dégageait une délicatesse incroyable avec sa voix douce et son sourire accueillant. Ce qu'elle manquait en beauté, elle le compensait par son attitude affable. Même en inventant tous les prétextes du monde, Ginny n'aurait pas pu se résoudre à la mépriser, bien qu'elle soit le rencard de Draco pour la soirée.

Comment détester une femme aussi gentille et agréable ? songea-t-elle.

Daphné, quant à elle, était diamétralement opposée à sa sœur. Malgré sa beauté frappante, elle dégageait une froideur et une condescendance qui la rendaient peu approchable. Elle semblait même se délecter d'être intimidante. A plusieurs reprises, Ginny la surprit à la jauger avec un mépris discret, comme pour lui communiquer qu'elle n'était pas à sa place, parmi cette élite.

Ginny resta silencieuse pendant la conversation. Elle évita résolument le regard de Draco. Malgré ce qu'elle avait prétendu à Pansy, elle n'était absolument pas indifférente à ses actes. Le voir entrer en compagnie d'Astoria l'avait contrariée. Elle s'efforça pourtant de ne pas afficher une quelconque émotion.

« Pour l'amour de Voldemort, puis-je savoir ce que tu fais ici, Greengrass ? » s'exclama une voix outrée.

Du coin de l'œil, elle aperçut une tornade rouge arriver à toute allure, se postant devant le groupe, les mains sur les hanches. Les yeux de Pansy étaient rivés sur Daphné Greengrass, la dévisageant avec une animosité évidente. Ginny se souvint des paroles peu élogieuses que Pansy avait proférées à l'encontre de cette femme, quelques heures plus tôt. Daphné esquissa alors un sourire - le premier depuis son arrivée - à l'attention de Pansy. Ginny trouva le geste particulièrement hypocrite.

« Victorieuse soit sa venue, Pansy. » salua-t-elle d'une voix mielleuse qui sonnait affreusement fausse.

« Épargne-moi tes banalités et réponds à ma question. » rétorqua Pansy. « Je ne me souviens pas t'avoir invitée. »

« Eh bien, quand j'ai entendu Draco et Astoria parler de ta soirée, je me suis dit que ce serait une excellente occasion pour nous d'enterrer la hache de guerre après toutes ces années, Pansy. » avança Daphné. « Je suis sûre que nous sommes passées à autre chose, depuis. Je ne viens pas faire d'histoires. Je voulais simplement célébrer ton anniversaire et te féliciter personnellement pour tes récents succès. »

« Oh vraiment ? Et un parchemin n'était pas suffisant ? » demanda Pansy d'une voix dédaigneuse.

« Pansy. » intervint Draco, comme pour temporiser la situation. « Daphné essaie de s'excuser. »

Pansy se tourna vers lui, le toisant avec mécontentement, visiblement irritée par son empressement à défendre Daphné. Un tressaillement apparut sur le coin de la lèvre de Pansy. Ginny le savait – la jeune femme était furieuse. Il était évident que son meilleur ami n'échapperait pas à ses foudres.

« Très bien. J'écoute. » déclara Pansy à l'attention de Daphné, d'un air impatient.

« Je suis désolée que tu te sois sentie trahie par ma participation à l'élection. Ce n'était absolument pas mon intention. » indiqua Daphné avec un sourire faussement complaisant.

Pansy lui adressa un regard sceptique. Ginny pouvait comprendre pourquoi elle ne semblait pas convaincue par les excuses de Daphné. Elles ne semblaient guère sincères. Contre toute attente, Pansy n'insista pas.

« Peu importe. » répliqua-t-elle en jetant des regards autour d'elle.

Les autres invités avaient interrompu leurs conversations et suivaient désormais l'altercation avec appréhension. Pansy saisit le verre qu'un serveur lui tendit.

« Tu peux rester, Daphné. J'imagine que tu veux voir à quoi ressemble la vie d'une vraie gagnante. » lança Pansy d'une voix suffisante, tendant son verre dans sa direction.

Daphné leva le sien à son tour, le faisant légèrement claquer avec celui de Pansy. Malgré leurs sourires de façade, l'hostilité semblait plus présente que jamais.

« Amusez-vous bien. » dit Pansy à l'attention du groupe avant de se retourner gracieusement. « Ginny ? »

Ginny s'empressa de la suivre, ravie de quitter l'atmosphère pesante de cette conversation. Plus que tout, elle voulait mettre le plus de distance possible entre elle et Draco. L'ignorer de manière si évidente devenait difficile.

Elle rattrapa finalement Pansy qui marchait rapidement, un air furibond sur le visage. Elle pénétra dans une pièce attenante au living-room, qui faisait office de bureau et de bibliothèque décorative, Ginny sur ses talons. Cette dernière ferma les portes coulissantes derrière elle, observant Pansy qui s'était mise à faire les cents pas, scandalisée.

« Qu'est-ce que cette goule des marais pense, exactement ? Qu'elle peut s'incruster à mon événement sans y être conviée ? Pauvre garce irrespectueuse. » s'exclama-t-elle, les dents serrées.

Elle vida son verre d'une traite.

« Je n'arrive pas à croire que sa cruche de sœur ait osé la ramener chez moi. Une plus-un qui ramène une plus-un, c'est du jamais vu. » fulmina-t-elle. « Et Draco… Oh par Voldemort, il va avoir de mes nouvelles, crois-moi. »

Elle posa son verre vide sur le rebord de l'une des nombreuses étagères qui remplissaient la pièce et se tourna vers Ginny.

« Trouve Romilda. Demande-lui de mettre cette idiote en bout de table. » réclama Pansy, dont les yeux lançaient des éclairs.

Ginny hocha lentement de la tête.

« Au moins, je vois que cette ingrate a porté ses meilleurs diamants. C'est un signe de respect. » ajouta-t-elle devant l'air confus de Ginny.

Pansy observa son reflet dans une assiette en argent, disposée sur une colonne en noyer blond massif, mettant de l'ordre à sa coiffure. Elle ferma les yeux et inspira profondément à trois reprises.

« Mon thérapeute m'a conseillé de faire ça quand je suis au bord de la crise de nerfs. » indiqua Pansy d'un ton enjoué, semblant soudainement retrouver sa bonne humeur.

Lorsqu'elle entra dans le living room, tous les invités se tournèrent dans sa direction, visiblement remplis d'appréhension. Pansy leur adressa un sourire radieux et les conversations reprirent normalement. Ginny traversa le séjour et retrouva Romilda Vane dans la cuisine, occupée à donner des instructions aux serveurs.

« Il y a une invitée supplémentaire. » la prévint Ginny avec un soupir. « Une certaine Daphné Greengrass. »

Avec un rire, elle lui relata le scandale qui avait eu lieu quelques instants plus tôt.

« Oh, encore cette histoire de Miss Fondatrice. » dit Romilda en secouant la tête.

« Elle a demandé de la mettre en bout de table. » ajouta Ginny.

Romilda eut un rire bref et Ginny lui adressa un regard curieux.

« Dans un plan de table, plus la personne est loin de l'hôte, moins elle est appréciée. » indiqua Romilda. « J'imagine que c'est une façon de lui faire passer un message sans le dire clairement. »

Pansy avait fait mine d'accepter ses excuses devant le reste de ses convives, mais il était évident qu'elle nourrissait une rancœur flagrante envers Daphné. Ginny éprouva une satisfaction mesquine de voir cette dernière recevoir ce traitement de la part de Pansy.

A son retour dans le séjour, Ginny attrapa un verre sur le plateau que paradait un serveur. Tandis qu'elle sirotait tranquillement son verre, elle jeta un regard circulaire à la salle. Elle aperçut Théodore en pleine conversation avec Millicent et Graham.

Elle tourna distraitement le regard vers un autre groupe dont Draco Malfoy faisait partie. Immédiatement, leurs regards se croisèrent. Ginny ne détourna pas immédiatement les yeux, interpellée par l'intensité avec laquelle il la fixait. Il ne semblait pas porter attention aux paroles d'Astoria Greengrass qui conversait avec enthousiasme à ses côtés. Ginny rompit finalement le contact visuel et se dirigea d'un pas plus assuré vers les sofas du séjour. Blaise Zabini était installé sur l'un d'eux.

« Je peux me joindre à vous ? » demanda Ginny avec un sourire.

« Je ne refuse jamais la compagnie d'une belle femme. » dit-il avec un sourire qui la fit rougir.

Elle prit place sur le fauteuil à ses côtés.

« Comment connaissez-vous Pansy ? » demanda Blaise avec un intérêt poli.

« Je travaille pour elle. » répondit Ginny. « Et vous ? »

« Nous étions ensemble à Poudlard. » informa-t-il. « C'est ainsi que j'ai rencontré la plupart des personnes dans cette pièce, d'ailleurs. Mais contrairement aux autres, je n'y ai fait que ma dernière année d'études. »

Blaise avait passé la majorité de sa vie entre le Nigéria et le Brésil, les pays originels de ses parents. Blaise et sa famille possédaient apparemment des établissements de divertissement à travers le pays. Elle était impressionnée par ses accomplissements à un si jeune âge. Ginny l'écouta avec fascination. Entendre des récits sur des contrées lointaines était fascinant pour elle. Mise à part Fleur qui venait de France, et sa voisine Mrs Moretti, une sorcière italienne, elle connaissait peu d'étrangers.

Elle n'avait jamais quitté le Royaume-Uni. Les déplacements à l'étranger étaient strictement encadrés par le gouvernement. Pour les sorciers de rang inférieur, ils étaient tout simplement interdits. Même pour les Sang-Purs, il était difficile d'obtenir une autorisation pour sortir du régime.

« Vous devriez venir passer une soirée dans l'un de mes clubs. Invitez toutes vos amies, c'est la maison qui offre. » ajouta-t-il.

Même si la proposition était alléchante, elle ignorait pourquoi elle ressentait une appréhension inexplicable à son encontre. Sans doute était-ce cette manière qu'il avait de la regarder depuis le début de la soirée. Il semblait le jauger, tel un commissaire-priseur qui tentait d'évaluer la valeur d'une œuvre d'art.

« Vous savez, j'emploie beaucoup de jeunes femmes comme vous. » lui apprit Blaise.

« Comme moi ? » répéta Ginny, sans comprendre.

« De rang inférieur. » répondit Blaise.

Le malaise de Ginny s'accrut. Comment connaissait-il son statut de sang ? Comme par réflexe, elle jeta un regard derrière elle, comme pour vérifier que personne n'écoutait leur conversation.

« J'ai deviné votre statut de sang. Personne d'autre n'est au courant, si c'est ce qui vous préoccupe. » ajouta-t-il d'une voix tranquille.

De nouveau, Ginny ouvrit de grands yeux, déstabilisée. C'était comme s'il avait lu dans ces pensées. Draco avait raison, pensa-t-elle avec panique. Il était primordial qu'elle se mette à travailler sérieusement ses aptitudes d'occlumancie.

Elle fixa le premier bouton de la chemise qu'il portait, s'efforçant de focaliser son esprit.

« On ne fait pas de discriminations. Et pour vous dire la vérité, j'ai des clients très bien placés qui seraient ravis d'être accompagnés par une jolie femme comme vous. » ajouta Blaise.

Elle n'était pas certaine de comprendre ce qu'il entendait par ''être accompagnés'' et ne voulait pas sauter à des conclusions hâtives sans informations concrètes. Pourtant, elle se souvint distinctement des femmes qui portaient des bracelets rouges à l'Inferno. Draco lui avait expliqué que Blaise Zabini n'hésitait pas à les laisser entrer malgré leur statut inférieur. La politique de l'établissement. Selon Draco, s'assurer d'avoir des jolies femmes dans ses établissements était un gage de revenus supplémentaires car elles attiraient forcément les hommes et par extension, l'argent.

« Hm, merci. Mais j'ai tout ce qu'il me faut. » répondit Ginny d'un ton agréable mais ferme.

« Très bien. Mais sachez que vous pouvez toujours me contacter, si jamais. » suggéra Blaise sans se défaire de son sourire charmeur. « Voici ma carte de visite. »

Il posa la main dans la poche avant de sa chemise et en extirpa une carte qu'il tendit dans sa direction. Ginny l'observa avec hésitation. Machinalement, elle tourna la tête vers Draco, toujours en compagnie d'Astoria. Ils avaient quitté le bar, et s'étaient rapprochés des sofas sur lesquels Blaise et Ginny étaient installés. Encore une fois, Draco l'observait fixement, une lueur impassible dans ses yeux gris. Ginny se tourna à nouveau vers Blaise, affichant un grand sourire tandis qu'elle s'emparait de sa carte de visite.

« Merci beaucoup, Blaise. Je vous recontacterai. » dit-elle avec un enthousiasme exagéré, prenant soin de parler assez fort pour se faire entendre.

Tandis qu'elle se relevait, elle coula un regard vers Draco. Il ne l'observait plus mais ses traits affichaient une mine contrariée évidente.

Quelques minutes plus tard, Ginny décida de rejoindre l'imposante terrasse qui faisait quasiment le tour de l'appartement. Elle avait le besoin pressant de prendre l'air. Elle laissa son dos aller contre le mur, appréciant le contact du vent frais sur son visage. Quelques instants plus tard, des voix se firent entendre sur la terrasse. Ginny était dissimulée par angle et les personnes ne semblèrent pas remarquer sa présence.

« C'est tellement décourageant, Daphné. » se lamentait quelqu'un.

Elle reconnut la voix d'Astoria Greengrass.

« Il m'ignore totalement… Je ne sais pas quoi faire de plus. » confessa-t-elle avec frustration. « Je me demande même pourquoi il m'a invitée ici. Je pensais vraiment qu'il avait enfin décidé de faire le premier pas. Mais il est clair que je ne l'intéresse pas. » déclara Astoria d'un ton résigné.

« Tu le connais. Il aime se faire désirer. Ce n'est qu'une façade, crois-moi, Tori. Il faut que tu sois plus entreprenante. » insista la voix autoritaire de Daphné, une once d'agacement audible dans ses paroles.

« J'ai l'impression que c'est peine perdue. » avança Astoria d'un ton peu convaincu.

« Tu pensais vraiment que tu pourrais avoir quelqu'un comme lui sans faire d'efforts, Astoria ? » s'exclama Daphné d'une voix irritée.

Un silence suivit sa question et d'une voix plus douce, Daphné reprit :

« Tu sais à quel point c'est important pour notre famille. Pour toi, pour moi et pour notre avenir. C'est ton devoir. » insista Daphné. « Tu ne peux pas laisser cette occasion te filer entre les doigts. Je ne te le pardonnerai jamais. Tu entends ? »

« T…Très bien. » céda Astoria d'une voix timide, visiblement apeurée.

« Je compte sur toi, Astoria. Ne fiche pas tout en l'air. » insista Daphné.

Son ton était doux mais la menace était évidente. Cette femme n'était pas seulement une peste envers les autres, réalisa Ginny, interloquée. Elle n'avait aucun scrupule à intimider sa propre sœur.

Le bruit d'une baie vitrée qu'on coulissait parvint aux oreilles de Ginny et elle resta immobile, attendant le silence complet avant de sortir de sa cachette. Elle emprunta une entrée différente pour ne pas qu'on réalise qu'elle avait épié leur conversation.

La discussion entre les sœurs Greengrass lui procura une satisfaction plus grande qu'elle ne voulait l'avouer. Voir Draco en compagnie de cette femme l'avait contrariée. Pourtant, elle-même avait remarqué son indifférence envers Astoria.

Pourquoi Daphné insistait-elle tant pour que sa sœur fréquente Draco ? Était-elle en train de jouer les entremetteuses ? La réponse lui parvint rapidement. Il ne fallait pas être doté d'une intelligence hors du commun pour savoir que Draco Malfoy était un bachelor désiré, même parmi les héritières des Treize.

On invita les convives à se diriger vers la salle à manger, où une table raffinée avait été dressée. Ginny trouva sa place au milieu de la table, entre Théodore Nott et Blaise Zabini. Pansy était installée en tête de table et Daphné Greengrass fermait un coin de la table, du côté opposé.

Le dîner fut lui aussi une expérience intéressante pour Ginny, qui n'était pas habituée à toutes ces règles codifiées. Elle tenta de se rappeler des leçons d'étiquette de Romilda Vane mais jeta un regard confus à l'assiette d'hors d'œuvre qu'un serveur posa devant elle.

« Commence par les couverts les plus éloignés de l'assiette. » expliqua Théodore à voix basse, à ses côtés.

Ginny lui adressa un regard empli de reconnaissance et lui jeta des regards réguliers pendant le reste du dîner pour imiter ses faits et gestes.

Il y avait un serveur par invité, tous disposés autour de la table. Apparemment, même dans leur milieu, ce n'était pas commun. Pansy ne faisait toutefois jamais les choses à moitié et elle cherchait toujours à impressionner les autres. Cette soirée n'y ferait pas exception.

Sans doute était-ce la conversation qu'elle avait surprise entre les sœurs Greengrass, mais Ginny fut bien plus détendue qu'au début de la soirée. La vision de Draco avec Astoria ne l'agaçait plus et elle cessa de leur porter attention.

Elle ignorait si Blaise Zabini était particulièrement drôle ou s'il s'agissait des trois verres d'hydromel qu'elle avait déjà ingurgités, mais elle s'amusa beaucoup pendant le dîner.

En plein milieu du repas, l'ambiance changea totalement lorsque Daphné eut le malheur de faire une remarque sur la chronique de Pansy, la décrivant de ''psychologie de comptoir pour des ménagères frigides''.

Elles s'étaient adressées des piques passives agressives tout au long de la soirée mais cette attaque frontale provoqua un silence gênant dans la pièce tandis que les regards se tournaient vers Pansy, redoutant sa réaction.

Ginny grimaça lorsqu'elle vit la lèvre de Pansy tiquer - un signe de contrariété chez elle. Ses yeux scintillaient, preuve de son état d'ivresse déjà bien avancé.

« La jalousie suinte de tes pores, ma très chère Daphné. Tout le monde m'adore et m'admire. Mon nom et mon visage sont placardés partout dans le pays. Où est le tien ? » demanda vicieusement Pansy. « Tu savais qu'on avait inventé une sexualité spécifique pour mes admirateurs ? Ça s'appelle être Pansexuel. »

Des éclaboussures jaillissaient de son verre pendant qu'elle faisait de grands gestes maladroits tout en parlant. Elle n'attendit pas la réponse de Daphné et enchaîna :

« Même sous ton meilleur jour, tu ne m'arriveras jamais à la cheville, chaton. » décréta Pansy d'une voix mielleuse, en contradiction totale avec les paroles malveillantes qu'elle énonçait.

« Toujours aussi agréable, Pansy. » déclara Daphné avec un rictus. « J'espérais que tu aurais gagné en maturité depuis Poudlard. Mais je constate que tu es toujours la même petite fille égoïste et capricieuse qu'à l'époque. Tu manques cruellement de classe. »

Pansy laissa échapper un rire empli de dédain.

« S'il y a quelque chose que vous les nouveaux riches ne comprendrez jamais, c'est bien la classe, Greengrass. Prends tes diamants de bas étage et sors de chez moi. Tu n'es pas invitée, de toute façon. » cracha Pansy en désignant la porte.

Daphné resta immobile, n'ayant visiblement pas l'intention de quitter la table. Aussitôt, Galileo, tapi dans l'un des recoins de la salle à manger, sortit de l'ombre. Il se contenta de regarder Daphné sans bouger. Sa position était toutefois intimidante et menaçante.

Daphné se leva d'un bond et se dirigea d'un pas assuré vers la sortie, le menton levé, gardant sa posture fière malgré l'humiliation. Astoria Greengrass arborait un air paniqué et s'empressa de se lever pour suivre sa sœur, disparaissant dans la pièce attenante. Pansy se tourna alors vers Draco.

« Ne t'avise pas de les suivre, sinon je te renie. » menaça-t-elle, les yeux plissés, la voix menaçante.

Draco leva les yeux au ciel. Pourtant, il ne bougea pas de son siège. Pansy sembla alors retrouver sa gaieté et adressa un sourire radieux à la tablée.

« Dessert ? » proposa-t-elle d'un ton plein de satisfaction.

Étrangement, le reste du dîner se déroula dans une ambiance bien plus festive. Parmi la tablée, personne ne sembla choqué de l'altercation qui venait d'avoir lieu. Ginny se demanda si ses amis étaient habitués aux éclats de Pansy et ses changements d'humeur drastiques. La jeune femme semblait avoir oublié sa mauvaise humeur et bavardait joyeusement avec Millicent, assise à ses côtés. Les serveurs apportèrent le gâteau d'anniversaire de Pansy, une gigantesque pièce montée de trois étages, probablement deux fois plus large que la pièce montée du mariage de Bill et Fleur. Pansy n'y toucha évidemment pas, car elle ne consommait pas de sucre.

Ginny fut surprise de voir Astoria revenir à la tablée, dix minutes après son départ, reprenant sa place auprès de Draco. Ils échangèrent des paroles brèves. Malgré le sourire de façade qu'elle affichait, la jeune femme paraissait embarrassée. Astoria était-elle revenue sous les ordres de sa sœur ? Sur la terrasse, Daphné avait paru extrêmement déterminée.

A la fin du dîner, la plupart des convives semblaient ivres, en particulier Pansy et Millicent qui entamèrent une danse particulièrement affriolante dans le living-room. Elles étaient étroitement enlacées et se murmuraient des paroles à l'oreille, gloussant de temps à autre. La longue robe de princesse de Pansy était dotée d'une traine détachable, qu'elle avait abandonnée, lui rendant sa liberté de mouvement.

« Elles agissent toujours ainsi quand elles sont ivres. » commenta une voix amusée derrière Ginny.

Elle se retourna et son regard se posa sur Blaise Zabini, qui avait surgi derrière elle dans un silence étonnant. Il tenait un verre à la main, et observait les deux jeunes femmes.

« C'était la même chose à Poudlard. A toutes les fêtes, elles étaient collées serrées. » poursuivit-il.

« Ça ne lui pose pas de problème ? » s'étonna Ginny.

Elle désigna Graham Montague d'un bref mouvement de la tête. Quelques heures plus tôt, Millicent l'avait présenté comme son compagnon. L'homme observait les deux jeunes femmes sur la piste improvisée, l'air benêt.

« Il s'est habitué, à force. Et puis avec Pansy, pas sûr qu'il ait son mot à dire. Personnellement, je le soupçonne d'attendre qu'elles l'invitent à participer. » ajouta Blaise avec un rire moqueur.

« Vous vous connaissez tous depuis l'école, c'est ça ? Es-tu aussi ami avec Théodore Nott et Draco Malfoy ? » demanda Ginny.

C'était de la pure curiosité mal placée de sa part. A part Pansy, elle ne connaissait personne de l'entourage de Draco. Sa réserve lorsqu'il s'agissait de sa vie personnelle la rendait curieuse.

Après tout, il en savait tellement sur elle. Sur son passé, son histoire familiale et ses passe-temps. Il avait même eu accès à des informations intimes directement dans son esprit.

Qui se cachait derrière le mystère Draco Malfoy ? Sa conversation récente avec Pansy sur la manière dont Draco traitait ses proches l'avait interpellée et elle voulait en savoir davantage. Elle avait mentionné le nom Théodore délibérément, pour ne pas que sa question paraisse trop portée sur Draco.

« Ami n'est pas le terme que j'emploierai. » répondit Blaise d'un ton neutre et diplomatique. « Disons que nous sommes… cordiaux. »

Elle hocha la tête, saisissant le sous-entendu avant de changer de sujet. Malgré sa proposition douteuse, Blaise était le convive qui s'était montré le plus accessible avec elle pendant la soirée. Elle devait admettre qu'il était charmant et drôle.

« Je m'interroge… Comment une femme comme toi a pu atterrir ici ? » demanda Blaise en l'observant avec un intérêt appuyé. « C'est vraiment… hors du commun. »

Elle lui jeta un regard du coin de l'œil, un peu étonnée par le ton employé. Une lueur sérieuse était visible dans son regard cuivré, comme s'il était particulièrement intéressé par cet exploit.

« Parfois, je me le demande moi-même. » répondit Ginny, sans extrapoler.

« Eh bien, bienvenue dans la jungle des Treize sacrés. C'est un beau mélange entre un salon de thé haut de gamme et un hôpital psychiatrique. » ironisa Blaise en portant de nouveau son verre à ses lèvres.

Ginny fut étonnée de sa facilité à parler de son milieu en toute décomplexion à une sorcière de rang inférieure. Elle écouta toutefois ses paroles d'une oreille attentive, ravie d'en entendre davantage sur ce monde dont elle apprenait les mécanismes chaque jour qui passait. Blaise semblait encore se considérer comme un étranger parmi eux. Après tout, les Zabini n'étaient entrés dans le Coven que sept ans auparavant. Il n'avait pas grandi dans ce cercle fermé et portait dessus un regard des plus cyniques.

Sans doute était-ce pour cette raison que Ginny éprouvait cette aisance à discuter avec lui, comparé aux autres convives. Lui aussi était un outsider qui avait dû se faire une place parmi les gens les mieux-nés du pays.

« Enfin, ce n'est pas étonnant lorsqu'on sait qu'ils se marient tous entre eux. » reprit Blaise. « Ça doit avoir des conséquences sur les gènes, à travers les générations. »

Le bassin des sorciers privilégiés à la pureté exemplaire n'était pas vaste. Pansy lui avait expliqué un jour que les héritières comme elle ne cherchaient pas seulement à épouser un Sang-Pur de premier rang, elles visaient des membres de dynasties sacrées, ou de familles pressenties pour rejoindre le Coven lorsque les familles actuelles seraient détrônées. Cela expliquait donc pourquoi Daphné tentait de jouer les entremetteuses pour Draco et sa sœur.

« Je crois qu'une règle officieuse stipule que si deux personnes ne sont pas certaines d'être apparentées, alors elles peuvent se marier. Après tout, tout le monde connaît sa famille directe. Les gens qu'on ne connaît pas sont probablement des cousins éloignés. Et c'est suffisamment distant pour une union. » ajouta Blaise.

Il sembla réfléchir un instant.

« Sauf chez les Carrow. Ils n'ont aucun scrupule lorsqu'il s'agit de mariage. J'irai même jusqu'à dire qu'ils préfèrent se marier entre eux. C'est la seule famille que je connaisse où ton grand-père est souvent ton cousin et ton oncle à la fois. » ajouta Blaise.

Sa remarque provoqua un rire étouffé de la part de Ginny. Elle plaça sa main sur sa bouche, manquant de cracher sa gorgée d'hydromel.

« Ça n'a aucun sens. » s'esclaffa Ginny, éprise d'un fou rire.

Quelques minutes plus tard, elle fut hélée par Romilda qui lui faisait des signes discrets, à l'entrée de la cuisine.

« Il est temps que je rentre. Les cuisiniers et la plupart des serveurs ont terminé et s'apprêtent à partir. Tout ira bien pour toi ? » demanda Romilda.

« Tout ira bien. » promit Ginny.

Romilda consentit enfin à prendre congé lorsque Ginny la rassura profusément sur sa capacité à gérer le reste de l'événement avec l'aide de Waterford, l'elfe de Pansy.

« Oh, j'oubliais. Un invité a demandé à s'entretenir avec toi dans le bureau. » dit Romilda. « Je crois que c'est à propos d'une surprise pour Miss Parkinson. »

Ginny hocha la tête et traversa le hall qui menait au petit salon. Dans la pièce, elle retrouva une personne bien familière.

« J'imagine que cette histoire de surprise n'était qu'un faux prétexte. » fit remarquer Ginny avec sarcasme tandis qu'elle refermait la porte derrière elle.

Elle se tourna vers Draco Malfoy qui l'observait en silence. Contre toute attente, il n'arborait pas son air impassible ou glacial, comme à l'accoutumée. Elle pouvait clairement lire des émotions sur son visage.

Un mélange de contrariété et de préoccupation qui la décontenança.

« A quoi joues-tu ? » demanda-t-il d'un ton froid.

« Je ne suis pas certaine de te suivre. » répondit Ginny avec lassitude.

« Zabini. » lâcha Draco avec irritation, comme s'il perdait patience.

Il était rare de le voir aussi expressif. Elle se demanda vaguement si c'était l'alcool qui lui faisait perdre son habituel masque de froideur. Après tout, la soirée avait été arrosée pour tous les invités. Elle même avait la tête qui tournait quand elle exécutait des mouvements trop brusques.

« A quoi joues-tu ? » répéta-t-il.

« Au même jeu que toi, j'imagine. » répondit-elle en haussant les épaules avec nonchalance.

Elle savait que sa réponse ne ferait que l'agacer davantage mais elle s'en moquait. Elle éprouvait même un plaisir certain à le provoquer.

« Je ne te demande pas des comptes sur ton invitée, à ce que je sache. » rappela-t-elle avec un sourire faussement complaisant.

Ginny croisa les bras, et leva un sourcil dans sa direction.

« D'ailleurs, comment ça se passe ? C'est chacune son jour, c'est ça ? » interrogea-t-elle avec insolence.

Draco ne s'attendait visiblement pas à ce qu'elle retourne le blâme contre lui car une lueur de surprise passa dans ses yeux gris. Elle disparut toutefois bien rapidement.

« Je ne fais que mon devoir. Tu ne peux pas comprendre. » répliqua-t-il.

« Et je fais le mien. » rétorqua Ginny. « A quoi tu t'attendais ? Que je reste toute la soirée dans mon coin sans parler à personne ? »

« Tu ne connais pas Zabini. Tu n'as aucune idée de qui il est et de quoi il est capable. » avertit Draco.

« Au contraire, Il m'a semblé bien sympathique. Je dirais même qu'il s'est montré très agréable avec moi ce soir, contrairement à d'autres. » ajouta Ginny.

« C'est un manipulateur professionnel. » assura Draco. « Ne tombe pas dans son piège. Il est dangereux. Je ne veux pas que tu l'approches. »

En temps normal, sa requête aurait piqué Ginny au vif et elle l'aurait envoyé paître directement. Pour qui se prenait-il pour réclamer quoi que ce soit d'elle ? Pourtant, quelque chose dans les yeux de Draco l'en empêcha. Il n'avait pas dit cela avec suffisance ou condescendance, mais paraissait réellement préoccupé.

Ce fut suffisant pour faire resurgir un malaise chez la jeune femme. Il détenait visiblement une information au sujet de Blaise Zabini qu'elle ignorait. C'était sans doute sa manière de l'alerter, même si la méthode était, encore une fois, des plus mauvaises.

Malgré l'air charmant de Blaise Zabini, son sourire suave et son humour spirituel, Ginny devait admettre qu'elle avait un pressentiment étrange à son sujet, difficile à expliquer. Fierté oblige, elle ne voulait toutefois pas donner raison et satisfaction à Draco.

« Pas besoin d'être aussi dramatique. Si tu es jaloux, tu peux simplement le dire. » se moqua-t-elle d'une voix sarcastique.

« Ça n'a rien à voir. » répliqua-t-il.

« Attention Draco, on pourrait presque croire que tu te soucies de moi. » ajouta Ginny avec ironie. « La convocation est-elle terminée ? Je peux y retourner ? »

Elle n'attendit pas sa réponse et se retourna vivement, esquissant un pas vers la porte. Avant qu'elle n'atteigne l'entrée, elle sentit une main attraper fermement son poignet et se retourna, confuse.

Draco avait parcouru les quelques mètres les séparant et lui faisait désormais face. Il relâcha son poignet et encercla la taille de Ginny de ses bras, la rapprochant de lui.

Les yeux de Ginny se froncèrent devant le geste inattendu. Elle voulait le repousser, outrée devant son audace. L'envoyer paître vertement en utilisant un langage coloré.

Elle n'en fit pourtant rien.

Elle resta immobile, le regard plongé dans le sien, retenant son souffle.

« Attention, Ginevra. On pourrait presque croire que tu suis mes conseils. » fit-il remarquer avec un sourire en coin.

Merlin, jamais de sa vie elle n'avait rencontré un homme aussi arrogant, capable de provoquer chez elle cette frustration incommensurable.

Et pourtant…

Ginny ne voulait pas qu'il lâche prise. Bien au contraire, elle ne désirait qu'être étreinte plus fort par ses mains fermes et masculines. A l'instar de ce jour dans son bureau, elle fut parcourue par cette chaleur inexplicable.

Et cette fois, contre toute attente, ce fut elle qui céda à ses pulsions. Elle se rapprocha de Draco, et pressa son corps contre le sien, prenant possession de ses lèvres.

Depuis le baiser qu'ils avaient partagé, elle avait été secouée par l'envie irrépressible de recommencer. Et immédiatement, ces sensations furent de retour, comme une bourrasque la frappant de plein fouet.

Passion dévorante. Flamme brûlante. Ardeur insatiable.

Sa tête tournait presque. Elle ignorait ce qui engendrait cette ivresse. Était-ce l'alcool ou était-ce tout simplement lui ? C'était comme si elle ne pouvait pas se lasser de ses lèvres chaudes. Sa langue qui dansait avec la sienne dans un ballet des plus sensuels. Ses mains, serrées autour de sa taille, l'enfermant dans une étreinte vigoureuse.

Comment pouvait-il réveiller un tel désir chez elle ? Tous les sentiments qu'elle nourrissait envers lui - exaspération, frustration, mécontentement - mergaient avec sa convoitise pour créer une énergie différente - un brasier prêt à tout consumer sur son passage.

Ginny avait encerclé sa nuque de ses bras, plongeant une main dans sa chevelure parfaitement coiffée, désirant le défaire de son apparence impeccable. Lui faire partager l'énergie qui la parcourait actuellement.

Chaotique. Éprise d'un désir coupable. Éloignée de toute pensée rationnelle.

Les lèvres de Draco quittèrent les siennes, effleurant le contour de la mâchoire de la jeune femme avant de se poser dans sa nuque, y déposant une traînée de baisers. Ginny se surprit à laisser échapper un soupir, les yeux clos, la tête relevée en arrière, la main toujours enfouie dans ses boucles blondes. Le son qui sortit de sa propre bouche la fit revenir à la réalité pendant un bref instant et elle rouvrit les yeux.

« On… On ne devrait pas. » articula-t-elle, haletante.

Draco s'écarta d'elle, son visage toujours à quelques centimètres du sien. A nouveau, elle fut perdue dans le piège ensorcelant qu'était son regard. Il était rempli, Ginny le savait, de la même convoitise qui l'habitait.

« Dis-moi d'arrêter. » dit Draco d'une voix légèrement rauque.

« Je veux… Je veux… » commença Ginny, la voix hésitante.

Sa voix était à peine audible. Je veux que tu arrêtes. Les mots étaient pourtant si simples. Alors pourquoi ne pouvait-elle pas les prononcer ? La réponse la traversa comme une vague implacable.

Parce qu'elle ne voulait pas qu'il s'arrête.

Et à la vue de la lueur dans les yeux de Draco, il en avait pleinement conscience.

Il pressa à nouveau ses lèvres contre les siennes, et elle répondit au baiser avec ferveur. Les mains de Draco étaient descendues le long de sa taille, caressant sa peau à travers sa robe, la faisant frissonner.

Le bruit des portes qui coulissaient parvint aux oreilles de Ginny et elle s'écarta immédiatement de Draco, choquée et coupable, ses jambes chancelantes.

Dans l'encadrement de la porte, Théodore Nott les observait d'un air interloqué.

« Mauvaise porte. » dit-il finalement d'une voix calme. « Navré. »

Il referma la porte sous l'air horrifié de Ginny. Elle se tourna vers Draco, un air paniqué sur son visage. Il avait déjà retrouvé sa contenance, et ne semblait absolument pas déphasé d'avoir été surpris dans cette situation.

Ginny lâcha un juron. Elle était frustrée par sa propre attitude. Frustrée de s'être de nouveau laissée aller et d'avoir cédé. Frustrée de ne pas avoir eu la force de lui demander d'arrêter quelques instants plus tôt. Frustrée qu'ils aient été interrompus.

Elle posa une main sur sa tempe, éprise d'un soudain mal de tête. Elle jura à nouveau, tentant de réfléchir à toute vitesse.

« Il ne dira rien. » articula-t-elle.

« Comment peux-tu en être certaine ? » demanda-t-il, levant un sourcil.

« Parce que… Parce qu'il sort avec ma colocataire. » admit Ginny du bout des lèvres. « C'est une Sang-Impur. Alors il n'a aucun intérêt à parler de nous. »

Théodore était dans une situation bien plus problématique que la scène à laquelle il venait d'assister.

Draco afficha une expression stupéfaite face à cette révélation. Ginny grimaça. Elle aurait dû se taire. Elle n'eut pourtant pas le temps de culpabiliser - elle avait plus urgent à faire.

« Je dois y aller. » dit-elle, s'empressant de quitter la pièce, évitant son regard.

Elle pressa le pas tandis qu'elle traversait le couloir, rejoignant le living room où la fête battait toujours son plein, avec une musique assourdissante. Personne ne lui porta attention, tous ivres et occupés à danser et à rire.

Ginny repéra la silhouette longiligne de Théodore devant l'une des sorties de la terrasse. Elle s'empressa de le suivre, traversant l'une des grandes portes vitrées. Elle savait que Théodore ne dirait rien aux personnes qui se trouvaient dans la pièce. Elle craignait toutefois qu'il en parle à quelqu'un d'autre.

« Théodore. » appela Ginny, le souffle court.

Elle fut frappée par le froid glacial sur la terrasse et elle posa les bras autour d'elle-même, comme pour se réchauffer.

Théodore, penché sur la rambarde, se tourna vers elle. Il pointa sa baguette dans sa direction, murmurant un sort. Immédiatement, Ginny fut parcourue par une chaleur agréable.

« Merci. » dit-elle en lui adressant un regard empli de reconnaissance.

« Je pensais qu'il ne se passait rien entre vous. » fit remarquer Théodore d'un ton entendu.

Il faisait référence à la conversation qu'ils avaient eu en début de soirée, pendant laquelle Ginny avait juré qu'il n'y avait rien entre Draco et elle.

« Ce que tu as vu… Ce…Ce n'était rien. Nous avons bu et les choses ont dérapé. Mais il n'y a absolument rien entre nous. » insista-t-elle.

« J'ai l'impression que c'est toi que tu essaies de persuader, Ginny. » indiqua Théodore avec patience.

Ginny se mordilla sa lèvre inférieure, déboussolée.

« Je t'en prie, n'en parle pas à Hermione. » implora-t-elle avec préoccupation. « S'il-te-plait. »

« Ça ne me regarde pas, alors je n'ai rien vu. » dit-il finalement.

Une vague de soulagement traversa Ginny.

« Mais ce ne serait pas correct de ma part de ne pas te mettre en garde. » reprit Théodore avec sérieux.

« Deux poids, deux mesures ? » ne put s'empêcher de demander Ginny.

Après tout, il était celui qui avait une relation sérieuse avec une personne de rang inférieur, malgré son appartenance aux Treize sacrés.

« Je ne dis pas ça par rapport à ton statut, Ginny. Je dis ça par rapport à Draco Malfoy. Je ne pense pas que c'est le type d'homme que tu veux fréquenter. Il n'en sortira rien de bon. » dit Théodore d'une voix grave.

Ginny resta silencieuse face à ces paroles. Elle savait pertinemment que Draco Malfoy n'était pas un prince charmant. Elle ne se faisait pas d'illusions. Elle n'avait aucune attente de sa part en dehors de leur marché. Ce qu'elle était en train de faire était dangereux, et elle était la première à l'admettre.

« Tu as raison. » avoua-t-elle dans un souffle. « C'était une erreur et ça ne se reproduira plus. »

Encore une fois, c'était elle qu'elle essayait de convaincre. Théodore hocha la tête, visiblement soulagé par sa réponse. Au moins, lui semblait la croire.

« Je rentre à l'intérieur. Quand je vous ai surpris, je cherchais les toilettes et je ne les ai pas trouvées. » expliqua-t-il, arrachant un rire bref chez la jeune femme.

Elle le suivit à l'intérieur du séjour et rejoignit le reste des convives. Draco était de retour dans le living room et était installé sur un sofa. Astoria Greengrass était à ses côtés, semblant ennuyée par son manque de considération.

L'attention de Draco était tournée vers Ginny et ils échangèrent un long regard avant qu'elle ne détourne les yeux, sentant de nouveau cette chaleur brûlante se loger dans son ventre.

Elle savait qu'elle empruntait une pente dangereuse. Elle savait qu'elle devait rester loin de cet homme et des sensations qu'il provoquait chez elle.

Elle n'était pourtant pas sûre d'en être capable.


J'espère que ce chapitre vous a plu ! Un chapitre fun, et sans catastrophe, ça fait du bien de temps en temps, hein ? Et surtout… Plein de tension entre Draco et Ginny ! C'est insoutenable ou pas encore ? On dirait que ça devient TRES difficile de résister.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Et n'oubliez pas, les absents ont toujours tort !

A plus,

Fearless