Liberté et dignité,

Déjà, pour commencer - Jiwalumy, Lestrange-maria, Phyladelphia, Black's Phoenix Dreams, Lou Lovegood, Guest, Fleur d'Ange, Sandy et drou - un GRAND merci pour toutes vos reviews ! Les lire m'a vraiment fait suuuuper plaisir donc je vous remercie d'avoir pris le temps de commenter !

And to non-french speakers, if you are translating this story, I suggest using DeepL instead of Google Translate. It's way more accurate :)

Liens vers la playlist et l'aesthetic de ce chapitre sur mon profil d'auteure.

Warning: Certaines scènes de ce chapitre sont dérangeantes et peuvent heurter la sensibilité de certaines personnes.

Bonne lecture !

XXXI. Aux Abois

Tracey Davis n'avait pas toujours détesté l'hiver. Son aversion pour cette saison avait réellement commencé à son arrivée au Royaume-Uni. Les températures glaciales de la fin de l'année étaient difficiles à supporter pour quelqu'un comme elle. Même avec les années, elle n'était jamais vraiment parvenue à s'y habituer. Sur son île d'origine, au cœur des Caraïbes, les températures hivernales étaient douces et clémentes.

Cet hiver, toutefois, avait une saveur particulière. Il lui paraissait chaleureux, convivial, tendre. Luna Lovegood, sa nouvelle petite-amie, n'était probablement pas étrangère à ce sentiment. Tracey voyait la vie en rose depuis ce jour où elles avaient échangé leur premier baiser devant la sortie de Sainte Mangouste, indifférentes aux regards curieux autour d'elles.

Sans doute étaient-ce les premiers émois d'une romance naissante, mais Tracey avait constamment l'impression d'avoir des papillons dans le ventre. Tout lui paraissait nouveau et excitant.

Elle ne s'était pas interrogée longtemps sur sa sexualité. Être avec Luna lui paraissait naturel et c'était tout ce qui lui importait. Sa famille n'avait pas mis longtemps à remarquer le changement dans son attitude. Et Tracey, incapable de garder un secret, leur avait parlé de Luna.

Un long silence avait suivi son annonce. Et pourtant, à la surprise de Tracey, ses proches s'étaient montrés plus ouverts à la nouvelle qu'elle ne l'aurait imaginé. Son père lui avait assuré qu'il voulait uniquement la voir heureuse. Ses frères, Fitzroy et Clive, avaient fait quelques remarques déplacées sur le fait qu'elle 'emballe une autre fille' mais s'étaient montrés étrangement matures pour une fois.

Ils avaient rencontré Luna une semaine après le début de leur relation. La personnalité insolite de la jeune femme les avait rendus quelque peu perplexes mais ils avaient tous semblé la prendre en affection. Les menaces de Tracey y étaient sans doute pour quelque chose. En temps normal, Tracey était douce et réservée. Elle n'hésitait néanmoins pas à sortir les crocs lorsqu'on s'attaquait à quelqu'un ou à quelque chose qui lui tenait à cœur. Elle se sentait étrangement protectrice envers Luna. L'attitude de certaines personnes à son égard l'indignait. Tracey abhorrait l'injustice et la méchanceté gratuite.

Tracey retira sa capuche épaisse et accéléra le pas sur le chemin sinueux qui menait à une habitation située sur une petite colline. La maison de Luna était à son image – excentrique. Avec sa forme cylindrique, dotée d'une lune fantomatique suspendue, elle laissait peu de visiteurs indifférents.

'Ne pas approcher des Prunes Dirigeables' clamait un panneau cloué maladroitement devant le portail. Tracey emprunta les marches qui donnaient accès à l'entrée et agita le heurtoir en forme d'aigle.

La porte s'ouvrit quelques instants plus tard et Tracey se retrouva face à une femme à la quarantaine avancée. Elle était frêle, avec un visage fatigué et blême, entouré de cheveux auburn ternes.

« Bonsoir Mrs. Lovegood. » salua gentiment Tracey. « Je peux entrer ? »

Pandora Lovegood hocha lentement la tête avant de s'effacer pour la laisser entrer. Tracey retira sa cape, sous laquelle elle portait toujours sa blouse d'hôpital. Elle était venue après la fin de son service, sans faire de détour.

« Comment allez-vous, aujourd'hui ? J'ai entendu dire que vous êtes allée au lac avec Luna, ce matin ? » s'informa Tracey.

« Au lac ? » répéta Pandora d'une voix lente.

Souffrant de psychose maniaco-dépressive, Pandora devait régulièrement prendre un mélange de potions neuroleptiques puissantes qui la laissait apathique. Ces traitements étaient pourtant critiques pour lutter contre les épisodes délirants dont elle souffrait parfois.

« Pourquoi ne montres-tu pas à Tracey ce que tu as attrapé pendant notre promenade, maman ? » demanda une voix douce, derrière elles.

Tracey tourna la tête et croisa le regard bleu de Luna qui venait d'entrer dans la pièce, faisant léviter un panier à linge derrière elle. Ce dernier se posa gracieusement aux pieds du sofa en patchwork.

D'un doigt frêle, Pandora désigna une petite cage placée sur un garde meuble. A l'intérieur, des créatures aux ailes lumineuses virevoltaient gaiement, se cognant de temps à autre contre les grilles.

« Ils sont adorables. » s'extasia Tracey en glissant son index à travers l'ouverture de la cage.

L'un des insectes se posa sur son doigt. Ses ailes prirent immédiatement une teinte marronne, imitant la couleur de sa peau.

Le visage de Pandora se fendit en un sourire enchanté et elle glissa à son tour son doigt à l'intérieur.

« Ce sont des papillons caméléons. » annonça joyeusement Luna. « Ils sont rares, surtout à cette période de l'année. Certaines personnes disent qu'ils portent malheur mais je n'y crois pas. »

Elle rejoignit Tracey, posant une bise rapide sur sa joue avant de se retourner vers sa mère.

« J'ai préparé l'eau de ton bain. » annonça-t-elle.

« Merci ma chérie. A plus tard, Tracey. » salua Pandora avant de quitter la pièce, tenant fermement la cage dans ses bras, l'air réjoui.

« Elle est de bonne humeur, aujourd'hui. » déclara Luna d'une voix contemplative. « Nous avons passé une très belle journée. »

Lors de sa dernière visite chez les Lovegood, Tracey avait assisté à un épisode délirant de Pandora. Elle s'était montrée paranoïaque, prétendant que quelqu'un la persécutait.

Même si elle était habituée à ce genre de scène dans le cadre de son travail, Tracey était restée figée, ne sachant pas comment agir. Le sang-froid de Luna l'avait laissé admirative. Cette dernière avait patiemment écouté les discours tourmentés de sa mère, tout en limitant son accès à des objets potentiellement dangereux. Sans faire usage de la force ni d'une quelconque ruse, Luna avait fini par lui administrer une potion calmante, la rendant complètement somnolente.

Tracey se demandait parfois comment Luna parvenait à jongler entre un travail aussi prenant que celui de Médicomage et les besoins pressants de sa mère. Ses responsabilités étaient d'autant plus laborieuses car elle devait désormais s'occuper de quelqu'un d'autre.

« Comment va ton père ? » demanda Tracey.

Le soupir de Luna et sa mine préoccupée furent suffisants pour répondre à la question de Tracey.

Cela faisait trois semaines que Xenophilius Lovegood avait été libéré d'Azkaban. Et malgré des retrouvailles émotionnelles, son retour n'avait pas été des plus simples. Il sortait rarement du grenier, que Luna avait aménagé pour lui afin de ne pas brusquer sa mère, qui n'était plus habituée à la présence de son mari après des années d'absence.

Xenophilius souffrait d'un trouble du stress post-traumatique. Le diagnostic n'avait étonné personne après les actes atroces qu'il avait dû commettre pour regagner sa liberté. Luna avait révélé à Tracey que son père faisait des cauchemars terribles. Elle l'entendait régulièrement sangloter en pleine nuit, implorant qu'un certain 'Terry' le pardonne.

Il ne sortait que rarement du grenier et encore moins de la maison. Après avoir passé des années cloîtré dans une cellule, il semblait trouver un réconfort particulier à rester dans un espace confiné.

Tracey savait qu'il faudrait du temps pour que Xenophilius se remette de ce traumatisme, s'il s'en remettait même un jour. Elle ne pouvait qu'imaginer ce qu'il ressentait - la culpabilité, le mal être et l'affliction d'avoir ôté la vie d'un homme si violemment, même s'il n'avait pas réellement eu le choix. Pourrait-il un jour savourer sa liberté après un coût aussi élevé et douloureux ?

Malgré tout, Luna était heureuse d'être de nouveau réunie avec ses parents. Et malgré les circonstances douces-amères, elle semblait être reconnaissante de bénéficier de cette opportunité.

« Ces gens ne pourront jamais revoir leurs proches après ce qu'il s'est passé. » avait soufflé Luna avec gravité.

Tracey admirait sa propension à voir les choses de manière si positive. Plus elle fréquentait Luna, plus elle réalisait que ce n'était pas seulement sa personnalité, c'était un choix de vie.

Tracey ignorait comment c'était possible, mais malgré la brièveté de leur relation, elle avait cette intuition puissante lui assurant qu'elle avait trouvé en Luna la bonne personne.

« Je suis heureuse que tu sois là. » dit Luna dans un souffle.

Elles étaient installées dans le sofa du living room et Tracey s'était assise entre les jambes de Luna.

Luna caressa ses cheveux, semblant fascinée par ses frisottis si serrés qu'ils en étaient presque invisibles. Tracey gardait généralement ses cheveux volumineux dans une coiffure discrète comme un chignon bas, ou deux grosses tresses plaquées. Aujourd'hui, elle avait laissé sa chevelure libre, formant désormais presque un nuage autour de son visage.

« Tu es si jolie, comme ça. Tu devrais porter tes cheveux plus souvent ainsi. » dit Luna d'un ton rêveur.

Tracey sourit devant le compliment, son ventre assailli par un soubresaut agréable, comme souvent lorsqu'elle était en présence de Luna.

Elles passèrent une soirée étrangement calme. Pandora sembla détendue après son bain et se montra particulièrement autonome, ne sollicitant pas l'attention de sa fille comme elle avait l'habitude de le faire.

« Peut-être qu'un jour, je pourrais te faire visiter mon île. C'est vraiment le plus bel endroit que je connaisse. » assura Tracey.

« J'adorerais ça. » dit Luna.

Tracey jeta un regard à sa montre. Le couvre-feu était sur le point de débuter. Elle avait totalement perdu la notion du temps, comme souvent lorsqu'elle était avec Luna.

« Il se fait tard. Il faut que je rentre à la maison. » annonça-t-elle avec un soupir déçu.

« Tu peux rester ici ce soir, si tu veux. » suggéra Luna.

Tracey sentit son visage se réchauffer devant la proposition. Elles n'avaient jamais passé la nuit ensemble.

« Je n'ai pas prévenu mon père. » admit Tracey avec une grimace. « Peut-être la prochaine fois ? »

Malgré son âge, son père, très protecteur, la traitait parfois comme une petite fille. L'un des désavantages de toujours vivre sous son toit.

Luna hocha la tête, sans insister. Tracey se pencha dans sa direction et lui donna un long baiser. Elle frissonna lorsque ses bras se placèrent autour d'elle, l'enserrant dans une étreinte.

Quelques instants plus tard, elles s'écartèrent, toutes deux haletantes et un peu désorientées. Tracey regretta presque d'avoir décliné sa proposition de passer la nuit chez elle.

« Allons-y. Je te raccompagne jusqu'au poste de cheminées. » déclara Luna.

Tracey hocha la tête et se releva à contrecœur. Elle revêtit sa cape et enroula son écharpe en laine favorite autour de sa nuque. Elle attendit patiemment pendant que Luna vérifiait si sa mère n'avait besoin de rien.

Elle fut de retour quelques minutes plus tard et elles quittèrent le cottage, s'engageant sur le long chemin calme et silencieux. La lune était de sortie, éclairant la surface du cours d'eau qu'elles longeaient, donnant une atmosphère que Tracey trouva particulièrement romantique. Elle glissa sa main dans celle de Luna, entremêlant ses doigts aux siens.

« Tu veux toujours aller au lac, demain ? » demanda Tracey avec enthousiasme.

Elles avaient prévu d'aller patiner sur le lac glacé pendant leur jour de repos commun.

« Bien sûr. Grand-mère viendra à la maison pendant mon absence. » informa Luna. « J'ai hâte d'y être. »

« Moi aussi. » assura Tracey.

Elle était toujours heureuse quand elles pouvaient passer du temps toutes les deux, hors de leur travail, sans que Luna n'ait à s'occuper de ses parents.

« A demain. » dit Tracey, lorsqu'elles arrivèrent au poste de cheminées publiques le plus proche.

Elles échangèrent un nouveau baiser, plus doux cette fois, avant de se séparer.

Et tandis qu'elle pénétrait dans l'âtre de la cheminée, disparaissant parmi un flot de flammes vertes, Tracey réalisa qu'elle était impatiente que le lendemain arrive.

/

Surréalistes.

C'était le seul mot qui venait à l'esprit de Théodore pour qualifier ces derniers jours. C'était comme s'il planait sur un nuage qui ne disparaissait jamais, le laissant dans un état d'euphorie perpétuel. Il avait du mal à décrire l'excitation qu'il ressentait à l'idée d'avoir retrouvé Georgina.

Cela n'avait pu être qu'un miracle, l'action de l'univers ou d'une entité supérieure, il n'en n'était pas certain. Ce dont il était sûr, toutefois, c'était que ce vide, longtemps enfoui en lui, commençait à se remplir.

Depuis leurs retrouvailles, il avait été pressé de passer du temps avec elle. Il avait tant à lui dire, tant à lui partager et tant à en apprendre sur elle. Combien de temps avait-il rêvé de pouvoir parler à sa sœur jumelle ? Pendant de longues années, il aurait tout donné pour revoir ne serait-ce qu'une dernière fois celle qui formait une partie inhérente de sa propre personne. Il avait encore du mal à réaliser que cette chance lui avait été donnée.

Théodore avait d'abord craint qu'elle soit submergée par tous ces changements brutaux. Après tout, Georgina découvrait une famille et un héritage jamais soupçonné. Contre toute attente, sa sœur semblait toute aussi avide que lui. Fascinée, elle l'écoutait parler de son enfance, de leur mère, de l'impact que sa disparition avait causé sur lui. Théodore était heureux de trouver quelqu'un qui pouvait le comprendre totalement.

« Cet endroit est gigantesque. » commenta Georgina pour la troisième fois depuis son arrivée.

C'était la première fois qu'elle visitait le manoir des Nott et elle observait ses alentours avec fascination. Elle ressemblait à une petite fille, admirative devant tout ce qu'elle voyait, touchant à tout, posant questions sur questions, l'air intarissable.

Théodore était heureux de la guider. Le Manoir, en plus d'être une merveille architecturale, regorgeait de secrets et d'objets rares et remplis d'Histoire. Elle sembla même intéressée lorsqu'il lui décrivit l'origine de certains tableaux ou sculptures tandis qu'ils marchaient dans les corridors. Il fut heureux de constater qu'elle avait une sensibilité pour l'art, comme tous les membres de leur famille.

« Tu veux dire que tout cet endroit est à toi ? » insista Georgina qui ne semblait pas y croire. « Tu vis vraiment la vie de château. »

« C'est chez toi, aussi, désormais. » corrigea Théodore.

Georgina lui adressa un sourire chaleureux qu'il lui rendit.

« Laisse-moi te montrer ta chambre. » suggéra Théodore.

Il jeta un regard par-dessus son épaule en direction d'Hermione qui les avait accompagnés pendant la visite mais qui était restée en retrait.

« Tu nous accompagnes, mon amour ? » demanda-t-il.

Elle lui adressa un sourire qu'il trouva moins avenant qu'à l'accoutumée. Elle semblait préoccupée ces derniers jours.

« Je vous laisse continuer la visite tous les deux. Je serais dans la bibliothèque si tu me cherches. » répondit-elle avant de se retourner, prenant la direction opposée.

Théodore l'observa s'éloigner puis se retourna vers Georgina qui le regardait avec une lueur indescriptible dans les yeux.

« Allons-y. » dit Théodore avant de s'engager dans le corridor qui menait à la chambre de Georgina.

Théodore était entré dans la pièce la veille, pour la première fois depuis des années, afin de préparer la visite de Georgina. Même si tous les souvenirs de sa sœur avaient été ôtés de la pièce pour la transformer en chambre d'amis deux décennies plus tôt, il gardait toujours en mémoire l'image de son apparence d'antan.

« Tu te souviens de cette pièce ? » demanda Théodore avec curiosité.

Georgina resta silencieuse tandis qu'elle examinait la pièce avec un air de concentration extrême.

« Pas vraiment, non. » avoua-t-elle, une once de frustration visible sur ses traits délicats.

Georgina avait subi un sortilège d'Amnésie lors de son abandon. Avec les années, elle avait recouvré quelques souvenirs de sa petite enfance. Ils étaient toutefois sans contexte et trop vagues pour qu'elle puisse résoudre le mystère de son passé par ce biais.

« Je ne me souviens pas du tout de cet endroit. » révéla-t-elle avec un soupir.

« C'était déjà ta chambre à l'époque. La nuit, tu venais souvent dans la mienne car tu avais peur d'être seule dans l'obscurité. » raconta Théodore avec attendrissement.

Georgina esquissa un sourire embarrassé.

« J'ai oublié de te le dire mais je me suis souvenue de quelque chose, l'autre jour. Je crois que nous étions dans une pièce du Manoir, et tu jouais du piano pour moi. » dit-elle.

Les yeux de Théodore s'agrandirent de surprise. Pendant les crises de Georgina, la musique avait été l'un des rares moyens de l'apaiser. C'était pour cette raison qu'il avait poursuivi cette passion avec autant de dévouement, même à un si jeune âge. Entendre que Georgina avait retrouvé ce souvenir lui réchauffa le cœur.

« Cette chambre est immense. Et tellement belle. » s'extasia Georgina avec excitation en tournoyant sur elle-même.

Elle pointa le lit du doigt.

« Je peux ? » demanda-t-elle avec timidité, comme une enfant qui demandait une permission à un parent.

« Bien sûr. Tu es chez toi, Georgina. » l'encouragea-t-il.

Elle ne se fit pas prier et se rua vers le lit, se jetant d'une manière peu élégante sur les draperies moelleuses du lit à baldaquin. Elle retira ses chaussures et sauta joyeusement sur le matelas. Elle riait à gorge déployée et Théodore l'observa avec affection.

Elle était tellement joyeuse et insouciante, ce qui était surprenant à la vue de son parcours de vie. Elle lui rappelait tellement Gislena, avec sa capacité d'apporter de la lumière lorsqu'elle entrait dans une pièce.

Cela contrastait avec la personnalité de Théodore, souvent maussade et renfrognée. Il avait toujours eu tendance à tomber dans une profonde mélancolie. Gérer ses états dépressifs était une lutte quotidienne. Théodore s'interrogeait – serait-il devenu un autre homme s'ils avaient pu grandir ensemble ? Sans aucun doute, songea-t-il.

« Je peux te poser une question ? » demanda Georgina alors qu'elle reprenait une position assise au bord du lit.

Théodore hocha la tête, un peu surpris par l'intonation soudainement sérieuse dans sa voix.

« Ta petite amie… Hermione... J'ai l'impression qu'elle ne m'aime pas beaucoup. » révéla Georgina avec préoccupation.

« Qu'est-ce qui te fait penser ça ? » s'étonna Théodore.

« Je ne sais pas… Elle semble très… distante avec moi. J'ai l'impression que ma présence l'incommode. » ajouta Georgina en haussant les épaules.

Théodore secoua vivement la tête.

« Non. Hermione peut être un peu réservée avec les gens qu'elle ne connait pas. Laisse-lui un peu de temps pour se familiariser avec toi. » lui affirma Théodore d'un ton rassurant.

Georgina hocha la tête.

« Très bien. » dit-elle, retrouvant son sourire. « Comment vous êtes-vous rencontrés ? »

« Sur son lieu de travail, aux Grandes Archives des Macmillan. Je crois que je suis tombé amoureux d'elle dès le premier jour. » admit Théodore.

« C'est tellement romantique. » commenta Georgina, des étoiles plein les yeux.

« Pour être honnête, elle n'était pas très ouverte au début. Mais mon insistance à la courtiser a fini par fonctionner. » ajouta-t-il avec un sourire.

Georgina laissa échapper un gloussement qui le laissa perplexe. Il leva un sourcil.

« Cette façon que tu as de parler, parfois… On dirait que tu sors d'un vieux livre. » taquina-t-elle. « Tu es si bien éduqué, je me sens tellement rustre à tes côtés. »

« Absolument pas. Tous les Nott sont délicats et élégants par nature. » avança-t-il avec morgue. « Tu as un petit-ami ? »

Georgina laissa échapper un soupir à fendre l'âme.

« Non. Et je ne sais pas si tu es prêt à entendre le désastre de ma vie amoureuse. » dit-elle avec un sourire auto dénigrant.

« Maintenant que tu le mentionnes ainsi, je suis curieux. » déclara Théodore.

« Pour une prochaine fois, alors. » dit-elle, énigmatique.

« Entendu. Je vais te laisser te reposer avant le dîner. » dit Théodore avant de se relever. « N'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit. »

Georgina hocha la tête avec véhémence. Elle se releva à son tour, s'élançant auprès de Théodore pour l'étreindre.

« Je suis tellement heureuse qu'on soit enfin réunis. » confessa-t-elle dans un murmure.

Théodore lui rendit son étreinte, partageant son sentiment. Georgina était enfin de retour à sa place, parmi les siens. Et ils pourraient enfin rattraper tout le temps perdu.

Lorsqu'il quitta la pièce, Théodore se dirigea vers son aile personnelle. Il retrouva Hermione dans la bibliothèque. C'était sans aucun doute la pièce préférée de la jeune femme. Elle regorgeait d'une large collection de grimoires en tout genre, amassés depuis des siècles par ses ancêtres, tous avides de savoir.

La jeune femme était installée sur un fauteuil en cuir brun. Trop absorbée dans sa lecture, elle ne sembla même pas remarquer son arrivée. Elle sursauta lorsque Théodore s'installa à ses côtés et l'attira à lui. Hermione ferma son livre tandis qu'elle laissait son dos aller contre le torse de Théodore. Il enveloppa sa taille d'un bras et posa un baiser bref sur son épaule.

« Elle est formidable. » annonça Théodore, avec un sourire lui allant jusqu'aux oreilles. « Elle ressemble tellement à Mère sur certains aspects, j'ai l'impression de la retrouver en elle. »

Hermione hocha la tête, mais ne fit aucun commentaire. Théodore se tourna vers elle, la question de Georgina lui revenant à l'esprit.

« Qu'est-ce que tu penses d'elle ? » interrogea-t-il avec curiosité.

« Nous n'avons pas eu beaucoup l'occasion de discuter. Mais elle semble très sympathique. » répondit Hermione d'une voix neutre.

« Désolé. » s'excusa Théodore. « J'imagine que j'étais tellement excité à l'idée de l'avoir retrouvée que je l'ai un peu accaparée. »

« C'est normal. Vous avez été séparés tellement longtemps, c'est important que vous passiez du temps ensemble. » assura Hermione.

Théodore esquissa un sourire. Il savait qu'Hermione comprendrait mieux que quiconque. Si elle semblait distante avec Georgina, c'était simplement parce qu'elle voulait leur laisser l'occasion d'apprendre à se connaître et à reconstruire leur relation.

« Tu en as parlé à ton père ? » demanda Hermione tandis qu'elle déposait son grimoire sur la table la plus proche.

« Non. Il n'est toujours au courant de rien. » admit Théodore.

Il n'était pas pressé de lui annoncer la nouvelle. Son père ignorait tout des recherches que Tamsin avait menées à la demande de Gislena.

« J'ai demandé à Georgina si elle voulait que je le fasse. Elle m'a demandé de patienter. Elle n'est pas encore prête, ce qui est compréhensible. » révéla Théodore.

Après tout, leur père avait pris la décision de l'abandonner. Cette information devait probablement provoquer des sentiments contradictoires chez Georgina.

Théodore ne savait pas non plus comment aborder le sujet avec son père. Ce dernier était dévasté par la mort de sa femme. Lui apporter une nouvelle aussi choquante dans ces circonstances ne lui semblait pas être une bonne idée.

« Pourtant elle a l'air de très bien s'acclimater à tout le reste. » fit remarquer Hermione.

Théodore crut distinguer un peu d'animosité dans son ton mais il ne releva pas. Après tout, elle n'avait pas tort. Lui-même avait été surpris du calme et de l'acceptation dont Georgina avait fait preuve face à la vérité. Elle ne semblait pas vouloir s'appesantir sur le passé ni chercher un quelconque coupable derrière son abandon. Elle voulait simplement connaître sa famille.

Qui pouvait lui en vouloir ? Ni lui ni Hermione ne savaient ce qu'elle avait traversé. Georgina gérait la situation comme elle l'entendait et Théodore ne désirait que l'accompagner dans ce processus compliqué, sans juger ses réactions.

Trois jours plus tard, Théodore et Hermione se présentèrent à Magipolis, le quartier des affaires de Londres. La diligence s'arrêta à l'arrière d'un immeuble de trois étages à la façade blanche polie. Théodore descendit les marches de la diligence, avant d'aider Hermione à faire de même. Une femme portant une robe de sorcière violette avec un chapeau de la même couleur les attendait devant l'entrée.

« Pouvoir et pureté. Je suis l'assistante de monsieur Sleezer. Je vais vous escorter jusqu'à son bureau. » annonça-t-elle.

Ils suivirent la femme tandis qu'elle ouvrait l'immense porte cochère pour les laisser pénétrer à l'intérieur.

Ils passèrent devant ce qui ressemblait à une imprimerie, où de gigantesques mécanismes faisaient tournoyer des longs rouleaux de parchemin.

« C'est également une usine de parchemins. Nos locaux sont installés ici pour plus de discrétion. » expliqua la femme, dont les escarpins, eux aussi violets, résonnaient sur le sol à chacun de ses pas.

Discrétion semblait être le maître mot de ce mystérieux Oscar Sleezer, l'homme que lui avait recommandé Draco Malfoy.

Théodore retira la capuche qu'il portait pendant qu'ils montaient des escaliers. Hermione fit de même, observant les lieux avec un mélange de méfiance et de nervosité.

Derrière eux, le Mangemort mandaté pour escorter Théodore lors de ses déplacements, suivait la marche en silence.

« Nous y sommes. » annonça l'assistante tandis qu'ils arrivaient à la réception. « Je vais informer monsieur Sleezer de votre arrivée. »

« Attendez-ici. » ordonna Théodore à l'attention du Mangemort qui hocha la tête, restant devant la porte.

« Tu es sûr que c'est une bonne idée ? » demanda Hermione, anxieuse.

« On ne peut pas rester à ne rien faire. » dit Théodore d'une voix qu'il tenta de rendre assurée, bien qu'il ne soit pas totalement certain de ses propres paroles. « Il m'a été recommandé. »

Elle ne protesta pas davantage mais ne perdit pas son air préoccupé tandis qu'ils patientaient dans une salle d'attente aux teintes violettes. Théodore tritura distraitement la carte de visite qu'il tenait dans sa main.

OSCAR SLEEZER

CABINET SLEEZER ET ASSOCIÉS

Les lettres s'effacèrent, en laissant apparaître des nouvelles :

NOTRE POLITIQUE : DISCRÉTION TOTALE

Après son entrevue avec Draco Malfoy à l'Augurey Magistral, Théodore avait envoyé une missive au cabinet. L'assistante de Sleezer l'avait contacté pour un entretien préliminaire afin de convenir d'un rendez-vous.

Apparemment, Sleezer n'acceptait de nouveaux dossiers que par recommandations personnelles de ses clients existants. A en croire les paroles de Draco sur ses prestations spéciales, il n'était pas le genre à promouvoir activement ses services auprès de clients inconnus.

Quelques instants plus tard, un homme fit irruption dans la salle. Il était court, avec un front dégarni et portait un costume trois pièces particulièrement clinquant d'un vert bouteille, accompagné de chaussures en peau de dragon violettes.

« Monsieur Nott. Quel honneur de vous recevoir. » s'exclama l'homme d'une voix forte en s'approchant d'eux. « Oscar Sleezer. »

Il serra fermement la main de Théodore puis se tourna vers Hermione.

« Et vous devez être Miss… ? »

« Granger. » répondit Hermione, jetant un regard incertain vers Théodore.

« Je vous en prie, entrez, entrez. » les accueillit Sleezer, les conduisant dans un large bureau aux meubles sombres. « Alda, apportez-nous une tasse de thé, voulez-vous ? »

Le violet semblait être la teinte de prédilection de l'établissement. Elle dominait l'endroit, du papier peint jusqu'à la moquette, en passant par les plumes parfaitement alignées sur le bureau. Sleezer s'installa sur son siège, les incitant à prendre place face au large bureau en bois d'ébène.

La dénommée Alda fit irruption dans la pièce, faisant léviter un service à thé.

« Avant de poursuivre cette conversation, je vais vous demander de signer un accord de confidentialité. » demanda Sleezer avec un sourire exagéré.

L'assistante posa des feuillets de parchemins devant eux.

« Est-ce vraiment nécessaire ? » demanda Théodore d'une voix hésitante tandis qu'il observait les trois pages contenant les termes d'une clause de non divulgation.

« C'est la procédure habituelle, monsieur Nott. Nous faisons cela pour garantir une politique de discrétion à toute épreuve pour tous nos clients. C'est un gage de sûreté pour toutes les parties impliquées. J'imagine que c'est ce que vous souhaitez également. » insista l'homme d'un ton entendu.

« Oui. » répondit Hermione, devançant Théodore.

« Parfait. Si vous pouvez assigner vos initiales en bas de chaque page, et signez à la fin du document, ce sera amplement suffisant. » indiqua Sleezer avec enthousiasme. « Tenez, vous avez même droit à des plumes spéciales. »

Théodore s'empara de la plume noire à l'extrémité violette que lui tendit Sleezer. Après avoir rapidement parcouru le document des yeux, il commença à signer.

Lorsque la plume toucha le parchemin, il ressentit une vive douleur sur sa paume. Théodore laissa échapper un hoquet de surprise et ouvrit sa paume, où une trace rouge était apparue.

« Un contrat de sang ? » demanda-t-il, médusé, à l'attention de Sleezer.

Oscar hocha la tête, sans se défaire de son sourire.

« Nous ne sommes jamais trop prudents. » affirma-t-il. « La discrétion, la confidentialité… »

Théodore apposa ses initiales puis signa le parchemin, ignorant la douleur. Hermione signa à sous tour, grimaçant tandis que sa main était aussi entaillée.

« Parfait, parfait. Alda ? » s'enquit Sleezer avec impatience.

L'assistante s'approcha d'Hermione avec une fiole dans la main et versa une goutte d'un liquide inconnu sur sa paume, avant de répéter le geste sur Théodore. Immédiatement, la plaie causée par la signature disparut, complètement soignée par ce qu'il imaginait être de l'essence de dictame. Elle quitta ensuite le bureau refermant soigneusement la porte derrière elle.

« Eh bien, nous pouvons débuter. J'ai lu les informations préliminaires que vous avez partagées à mon assistante, monsieur Nott. Vous dites vouloir retrouver quelqu'un ? Dites m'en plus. » sollicita Sleezer.

« Hermione a reçu cette note il y a quelque mois, chez elle. » indiqua Théodore en tendant à l'homme la missive.

Sleezer observa le message inscrit sur le parchemin d'un air pensif.

« Et j'imagine que le secret qui est mentionné ici est une information que vous ne voulez pas voir ébruitée. » devina-t-il.

Hermione hocha la tête nerveusement.

« S'agit-il d'une information compromettante ? » demanda Sleezer.

« Oui. »

« Illégale ? »

« C'est le problème. Nous ne sommes pas certains qu'il s'agit de l'information que nous avons en tête. Mais nos soupçons sont élevés. Et si notre pressentiment s'avère confirmé, alors, oui, ce serait considéré comme illégal. » répondit Théodore.

« Très bien. » répondit Sleezer sans sourciller.

Il apposa quelques mots sur un parchemin.

« Vous n'avez pas besoin de me révéler quoi que ce soit. Ce n'est pas nécessaire pour mon enquête. Du moins pour l'instant. » indiqua-t-il.

Il avait probablement l'habitude. S'il fréquentait des gens de la trempe des Malfoy, cela signifiait qu'il baignait dans des affaires compromettantes. Les Malfoy étaient connus pour leurs méthodes douteuses et intimidantes et à la limite de la légalité lorsqu'il s'agissait des affaires. Ils savaient parfaitement utiliser toutes les lacunes du système pour arriver à leurs fins, sans se soucier de considérations éthiques. Leur influence était telle que peu de personnes n'osait les défier sur ce terrain.

« Avez-vous déjà un ou des suspects en tête ? Quelqu'un qui aurait des raisons de vous envoyer cette note ? Si c'est le cas, nous pourrons peut-être commencer par nous pencher sur eux. » indiqua Sleezer.

« Non, personne en particulier. » répondit Hermione avec frustration.

« C'est la seule missive que vous avez reçue ? »

Elle répondit par l'affirmative.

« C'est curieux. Généralement, ce genre de message est suivi d'une requête spécifique. Très curieux. » poursuivit Sleezer.

Il semblait plus se parler à lui-même qu'à eux, gribouillant des notes sur son parchemin.

« Mon premier automatisme serait de penser qu'il s'agit d'un chantage de tout ce qu'il y a de plus banal. Mais le fait qu'il n'y ait eu aucune demande claire rend les choses différentes. On essaie peut-être simplement de vous intimider. »

« Comment ça ? » demanda Hermione avec confusion.

« Peut-être que le suspect ne cherche pas réellement à divulguer cette information. Peut-être essaie-il de vous faire peur et vous poussez à faire quelque chose ? Ou justement vous empêcher de faire quelque chose. » suggéra-t-il.

Théodore et Hermione échangèrent des regards confus.

« Ce ne sont que des suppositions infondées à ce stade. Nous allons commencer par établir une liste complète de toutes vos connaissances. » quémanda Sleezer.

Il demanda à Hermione de lister toutes les personnes qu'elle fréquentait dans sa vie personnelle, dans son travail ou encore dans les endroits auxquels elle se rendait fréquemment.

Elle dut renseigner des informations basiques sur toutes les personnes de la liste. Selon Sleezer, ils ne pouvaient écarter aucun suspect, même les personnes en qui elle avait confiance, comme sa colocataire.

« Je vous le garantis, par expérience, cela vient souvent de personnes qui vous connaissent personnellement. » indiqua gravement Sleezer. « Et c'est généralement des personnes proches, que vous ne voulez pas soupçonner. »

L'entrevue dura près d'une heure, pendant laquelle Hermione répondit aux nombreuses questions du détective.

« Merci, ce sera suffisant pour l'instant. Je vous contacterais pour vous donner des nouvelles de mon investigation. » prévint-il. « Je vais aussi garder la missive. »

« Vous pensez pouvoir retrouver cette personne ? » demanda Théodore avec appréhension.

« Vous êtes venus voir la bonne personne, monsieur Nott. » assura Sleezer en lui serrant la main. « Je vous laisse régler les détails de mes honoraires avec mon assistante, directement. »

Ils quittèrent le bureau de Sleezer, où l'assistante tendit en direction de Théodore un parchemin qui détaillait le prix de ses prestations, particulièrement onéreuses. Théodore s'en moquait toutefois. Tout ce qui lui importait était la sécurité d'Hermione et il était prêt à tout pour s'en assurer. L'argent n'avait jamais été un problème pour sa famille et s'il devait engager le meilleur détective du pays, alors il le ferait sans sourciller. Hermione était trop importante pour qu'il se risque à laisser les choses au hasard.

« Merci. » murmura Hermione tandis qu'ils rejoignaient la diligence.

Il put voir dans son regard qu'elle semblait moins anxieuse. Sleezer les avait convaincus tous les deux. C'était une première étape vers la résolution de ce mystère qui planait sur eux depuis trop longtemps.

Théodore s'approcha d'Hermione et posa un baiser sur son front. Il ignorait ce qu'ils étaient sur le point de découvrir mais s'il savait une chose, c'était qu'il serait prêt à tout pour la protéger.

/

Isaac Carrow avait toujours été persuadé que sa vie avait été maudite, avant même qu'elle ne débute. La Guérisseuse qui l'avait arraché des entrailles de sa mère avait laissé échapper un cri d'horreur lorsqu'elle avait posé les yeux sur Isaac pour la première fois.

On s'extasiait constamment devant les nouveau-nés, les observant avec adulation, s'émerveillant devant leurs mines adorables. Adorable n'avait jamais été un mot utilisé pour qualifier Isaac, même pendant sa tendre enfance.

A l'époque déjà, son visage était déformé par un menton probant, des lèvres étrangement gonflées et une peau rêche et craquelée. Le plus effrayant chez lui était sans doute la gigantesque tâche rougeâtre qui couvrait une partie de son visage et de sa nuque ainsi que la moitié de son dos et de son torse. La tâche, disgracieuse et à l'aspect repoussant, était recouverte de poils, donnant à Isaac une apparence presque bestiale selon son entourage. Il avait rapidement appris à la couvrir.

Les regards s'étaient faits de plus en plus dégoûtés à mesure qu'il grandissait. Sa souffrance d'être toujours dévisagé comme une bête de foire avait forcé Isaac à se retrancher et à éviter les interactions sociales.

Les membres de sa famille étaient ses pires détracteurs. Ses cousins l'avaient surnommé la Bête lorsqu'il était enfant, en référence à son apparence qu'ils jugeaient inhumaine. Avec les années, on avait même semblé oublier son prénom au profit de ce surnom insultant qu'il entendait régulièrement lorsqu'il marchait dans les rues du village.

Isaac haïssait sa difformité. Toute son existence, il avait seulement aspiré à être comme les autres. Il ne rêvait pas d'être beau ni attirant. Être banal aurait amplement suffi à le rendre heureux. Il ne désirait qu'une seule chose – être accepté par ses pairs.

Il ne se regardait jamais dans le miroir, refusant d'accepter ce reflet écœurant qu'il renvoyait. Il évitait de sortir en public la journée pour ne pas imposer aux autres son apparence disgracieuse.

Isaac haïssait sa vie. Très tôt, il avait réalisé qu'il était destiné à vivre une existence de solitude et d'isolement. A l'aube de ses vingt-sept ans, il n'avait jamais vécu les expériences que les personnes de son âge expérimentaient - se faire des amis, jouer au Quidditch avec eux ou même être considéré romantiquement par une femme.

Il n'avait pas intégré Poudlard et avait jalousement observé certains de ses cousins quitter le village pour leur scolarité. A chaque fois qu'il les entendait raconter leur vie à l'école, il était traversé d'une rage sans nom devant cette injustice. Et même s'ils n'étaient pas responsables de son sort, il les blâmait secrètement.

Il avait reçu une éducation à la maison, à l'instar d'autres cousins malchanceux. Malgré leur appartenance aux Treize sacrés, la hiérarchie était bien présente chez les Carrow. Seules certaines des branches de la famille, considérées comme supérieures aux autres, étaient autorisées à intégrer Poudlard. En tant qu'enfant non issue d'une union, Isaac, lui, était au bas de l'échelle.

Sa propre mère le dévisageait toujours comme s'il était une erreur qu'elle aurait voulu effacer. Elle n'avait jamais semblé ressentir l'amour inconditionnel d'une mère pour son fils. Cet amour qu'il voyait parfois dans les yeux d'autres mères du clan envers leur propre progéniture.

Isaac n'était qu'un parasite pour sa génitrice, un dérangement repoussant qu'elle osait à peine regarder dans les yeux. A plusieurs reprises, Isaac l'avait entendue prier dans l'obscurité de la nuit, agenouillée devant l'autel érigé pour Voldemort, le suppliant d'ôter la vie à cette 'monstruosité qu'elle avait enfanté.'

Elle n'était pourtant pas étrangère à sa situation. Après tout, les Carrow avaient toujours préféré les unions consanguines, clamant vouloir maintenir la perfection de leur lignage et accroître le pouvoir de leur dynastie. Cousins et cousines se mariaient régulièrement, entraînant parfois des conséquences sinistres sur leurs progénitures. Ces quelques 'ratés' étaient pourtant assez rares pour ne pas être pris au sérieux et pour les conforter davantage dans leurs traditions maritales.

Adamus Carrow, le Prophète sacré et gouverneur du clan des Carrow était le cousin au premier degré d'Ursina, la mère d'Isaac. Cette dernière ne s'était jamais mariée et lorsqu'à ses seize ans, elle s'était présentée engrossée devant ses parents, elle avait catégoriquement refusé de désigner l'auteur de sa grossesse.

En grandissant, Isaac, avait surpris Adamus à plusieurs reprises dans leur petit cottage, quittant discrètement la chambre de sa mère en pleine nuit. A l'époque, il avait été trop jeune pour comprendre. Pourtant avec les années, il avait commencé à se demander si Adamus n'était pas son père biologique.

Il avait toutefois gardé cette suspicion pour lui, conscient que ces choses ne se disaient pas. Des règles spécifiques régissaient le clan Carrow. Adamus Carrow était le chef d'une large famille composée de dix-huit branches différentes. Elles vivaient recluses dans un gigantesque domaine de plusieurs hectares surnommé White Haven. Ces familles ne se mêlaient que rarement au reste de la société pour préserver ses coutumes traditionnelles. La prière, la méditation et le labeur rythmaient la vie de tous les membres.

Le culte des Carrow, surnommé le Clan des Derniers Jours était né d'une prophétie reçue par l'un de leurs ancêtres, Ericus Carrow, un fervent disciple de Voldemort qui l'avait accompagné en guerre, deux centenaires plus tôt. Son don de Divination lui avait montré un futur où les valeurs de Voldemort règneraient en maître sur le Royaume-Uni. Ericus avait prédit que les Carrow seraient les disciples du message sacré de Voldemort à travers les siècles.

Chaque génération, un prophète était nommé parmi le clan et obtenait un pouvoir décisionnaire sur toutes les branches qui le formaient. Toute l'existence des membres de la famille était liée à l'œuvre de Voldemort et à la conservation de son message. La famille vivait principalement grâce aux dons des adeptes du Clan des Derniers Jours. Le culte était vénéré par quelques dizaines de milliers de membres à travers le pays.

Isaac admirait grandement Adamus. Il voyait en lui un leader sage, fort et charismatique. Malgré le traitement qu'Isaac recevait des autres, Adamus, lui, l'avait toujours pris sous son aile, lui offrant ce sentiment d'appartenance auquel Isaac avait toujours secrètement aspiré.

Adamus lui déléguait parfois quelques missions et l'avait même installé dans une petite maisonnette aux abords de la forêt, un endroit un peu isolé du reste des habitations de White Haven. Isaac y avait trouvé sa tranquillité.

Isaac passait généralement ses journées dans la forêt, où il coupait du bois et rassemblait d'autres matériaux qu'il utilisait ensuite pour confectionner des petites sculptures vendues dans les lieux de culte du Clan des Derniers Jours.

Isaac revenait d'une longue excursion dans la forêt lorsqu'il croisa des membres de sa famille, installés près du chemin qui bordait une rivière. Ils s'esclaffaient bruyamment devant un feu ardent. Isaac éprouva une jalousie maladive à les voir s'amuser et boire ensemble. Qu'aurait-il donné pour pouvoir les rejoindre ?

Il savait néanmoins qu'il n'obtiendrait que du mépris et des moqueries de leur part. Il en avait suffisamment été victime au cours de sa vie et il préférait éviter une déception supplémentaire. Parmi le groupe, se trouvaient Guido et Gareth, les fils de Amycus Carrow. Deux jeunes hommes robustes qui attiraient tous les gloussements des jeunes filles du clan. Ils représentaient tout ce qu'Isaac aurait rêvé être - ils étaient beaux, forts, aimés de tous.

« Ça te dirait de nous rejoindre, la Bête ? » s'exclama Guido au passage d'Isaac. « On se raconte des histoires terrifiantes. »

« Sa tête est plus terrifiante que n'importe quelle histoire que nous avons à raconter. » commenta Gareth à voix haute, provoquant les rires du groupe.

Isaac garda le visage rivé sur le sol, poursuivant sa marche sans interruption, ignorant leurs paroles. Intérieurement, toutefois, il bouillait de rage. Il rentra dans sa maisonnette, claquant la porte avec force, faisant presque trembler les murs. Ses lèvres s'étaient serrées sous la colère.

Il se dirigea vers la petite pièce qui faisait office d'atelier et se laissa choir sur son siège, enragé. Il ressentait cette envie pressante de leur faire du mal, de leur faire regretter leurs paroles cruelles à son encontre. Mais il n'oserait jamais les confronter. Il était trop faible.

Isaac dîna seul, mangeant un reste de ragoût que sa mère avait préparé trois jours plus tôt lorsqu'il était allé lui rendre visite.

Une fois la nuit tombée, Isaac revêtit sa cape, prenant soin de bien couvrir son visage. Il voulait à tout prix éviter qu'on puisse voir son visage. Il ne voulait pas faire face aux regards dégoûtés ou effrayés des passants.

Il quittait le domaine tous les soirs pour se rendre en ville, trouvant un peu de réconfort à être dehors, même s'il était toujours seul. En paradant dans les rues, il avait l'impression de ressentir une once de normalité.

Lorsqu'il atteignit le Chemin de Traverse, il emprunta son parcours habituel, en direction du Quartier des Embrumes. Parfois, il se demandait s'il serait capable de se lier d'amitié avec des Sang-Impurs. Après tout, eux aussi vivaient un traitement injuste et le comprendraient probablement mieux que quiconque. Isaac n'oserait pourtant jamais adresser la parole à qui que ce soit. Il était toujours retenu par cette peur constante du jugement et du rejet.

Alors, il se contentait d'observer les passants sans jamais interagir. Il aimait surtout regarder les femmes. Il n'avait jamais connu le bonheur et l'émoi procuré par l'attention ou le sourire d'une femme. Alors, lorsqu'elles passaient devant lui, il laissait courir son imagination, même s'il savait qu'il n'arriverait jamais à leur adresser le moindre mot.

Ce soir, toutefois, son regard défilait à la recherche d'une personne précise. Depuis quelques semaines, il avait posé son attention sur une femme en particulier.

Le couvre-feu étant toujours en vigueur, les rues étaient souvent vides à cette heure tardive, à part quelques retardataires qui rentraient chez eux. Son cœur s'emballa dans sa poitrine lorsqu'il la vit emmitouflée dans une cape particulièrement épaisse, humant un air agréable qui résonna dans le silence.

Elle avait l'une des voix les plus belles qu'il lui avait été donné d'entendre, songea-t-il, avec excitation, tandis qu'il la suivait, gardant ses distances pour ne pas se faire remarquer.

Sa contemplation fut toutefois de courte durée car elle arriva à destination et entra dans un bâtiment éclairé.

Isaac décida de rentrer chez lui, ravi d'avoir encore croisé cette belle inconnue. Il aimait imaginer des scénarios impossibles dans son esprit. Un jour, il aurait peut-être le courage de l'aborder et l'inviter à sortir. Il entendrait alors sa voix douce prononcer son prénom.

Cette pensée provoqua une chaleur en lui et il commença à se sentir à l'étroit dans son pantalon, saisi par l'envie pressante de se libérer. Lorsqu'il eut terminé, il huma de frustration et de culpabilité.

C'était interdit. Il savait qu'il lui était défendu de penser ainsi à une femme au sang probablement impur. Que dirait le Prophète Adamus s'il savait les pensées intolérables qui lui passaient à l'esprit au sujet d'une femme souillée ?

Isaac devait se punir. S'expier de ses pensées impures au plus vite.

Il saisit une ceinture cloutée rangée dans son placard et l'attacha soigneusement dans son dos, les mains tremblantes.

Il se sentirait mieux après, pensa-t-il tandis qu'il resserrait les lanières, sentant des pics pointus toucher sa peau, provoquant une sensation inconfortable. Une fois les sangles fermement attachées, Isaac prit une longue inspiration. Ses bras étaient désormais privés de leur mobilité car ils étaient attachés, mais il parvint à agiter sa baguette du bout de ses doigts, et murmura un sort. Immédiatement, la ceinture se resserra autour de ses épaules et de sa taille. Il sentit des aiguillons s'enfoncer dans sa peau, pas assez pour la transpercer mais suffisamment pour causer une douleur vive.

Il s'empêcha d'hurler, mordant ses lèvres si fortement qu'il sentit le goût métallique du sang imprégner sa bouche.

Il devait se punir.

Seuls le pardon et l'expiation le purifieraient de ses pensées et de ses actions condamnables.

La torture dura près de cinq minutes, pendant lesquelles des larmes lui sortirent des yeux, et que la douleur fut telle qu'il se trouva au bord de l'inconscience. Lorsque la ceinture arrêta finalement de serrer sa cage thoracique, Isaac se laissa tomber au sol, la respiration erratique. Les lanières se détachèrent seules, tombant à ses pieds.

Malgré la douleur et les traces rougeâtres et ensanglantées sur sa peau, Isaac se sentit mieux. L'autoflagellation était un moyen de repentance conseillé par le Prophète. Pour s'expier de leurs fautes, les fidèles acceptaient de donner leur vie à la cause et à en suivre tous ses principes. Après tout, c'était le seul moyen qu'ils auraient de rejoindre le Royaume de Voldemort, même après leur mort. Il était le seul homme à avoir percé les mystères de la mort et il en ferait bénéficier ses disciples les plus fidèles.

Les semaines suivantes, Isaac résista à la tentation de retourner au Quartier des Embrumes. A l'occasion des festivités de Yule, plusieurs soirées de culte seraient organisées dans les locaux du Clan des Derniers Jours et il fut mandaté pour aider, ce qui l'aida à s'occuper l'esprit.

Un soir pourtant, il ne put s'empêcher d'errer dans les rues après un culte particulièrement long. Il avait consommé de l'hydromel et il se sentait plus faible qu'à l'accoutumée. Il se rendit à nouveau dans le Quartier des Embrumes, espérant encore la croiser.

Malgré le couvre-feu qui commençait, les rues n'étaient pas totalement désertes, et il remarqua trois hommes ivres près d'une ruelle. Ils riaient à gorge déployée, se partageant ce qui ressemblait à une bouteille de whisky pur-feu. Isaac détourna le regard, les ignorant. Quelques minutes plus tard, il se redressa lorsqu'il la vit.

Il fronça toutefois les sourcils en réalisant qu'elle empruntait le chemin de la ruelle mal éclairée où les trois hommes ivres se trouvaient. Ce n'était pas une bonne idée, pensa-t-il immédiatement. Il avait passé assez de temps dans cet endroit pour savoir que le quartier était particulièrement mal famé. Ces rues n'étaient pas sûres pour une femme seule à une heure aussi tardive.

Tandis qu'elle continuait son avancée, Isaac voulut la prévenir, lui ordonner de prendre une ruelle différente, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Il n'avait jamais réussi à confronter qui que ce soit et sa faiblesse n'était plus à prouver.

La jeune femme sembla remarquer les trois hommes et sa démarche se fit hésitante. L'un des hommes la remarqua et hurla des paroles dans sa direction :

« Hey ma jolie, que dirais-tu de nous rejoindre pour un petit verre ? Allez, c'est les fêtes ! »

Elle se contenta de secouer la tête, poursuivant sa marche rapide, évitant de les regarder.

« Mon ami t'a posé une question, ma petite ! » s'exclama un autre homme, lui saisissant le bras pour qu'elle se force à se retourner.

De l'endroit où il était tapi, en hauteur, Isaac put apercevoir son visage. Elle semblait effrayée.

« Allez, prends un petit verre avec nous. » insista l'un des hommes.

« N…Non merci. Je suis désolée mais je dois rentrer. Il se fait tard et le couvre-feu a commencé. » glapit-elle.

Il réalisa qu'elle tentait de garder une voix ferme mais les intonations apeurées dans sa voix étaient évidentes.

« Allons, ne sois pas comme ça. Juste un. Il n'y a pas de Mangemorts dans ce coin. On traine ici tout le temps, alors on en sait quelque chose. » ricana l'homme qui l'avait saisi par le bras. « On ne risque pas de se faire chopper. »

« Merci pour la proposition mais je ne suis pas intéressée. Bonne soirée. » dit-elle avant de reprendre sa marche.

Cette fois, l'homme l'attrapa violemment par les cheveux.

« Tu te crois trop bien pour nous, c'est ça ? » s'exclama-t-il avec agressivité.

Elle poussa un cri apeuré de douleur.

« Qu'est-ce que tu fais ici en pleine nuit, si tu ne cherches pas des hommes, hein ? » demanda-t-il en ricanant, attrapant la jeune femme de manière inappropriée.

A côté de lui, ses compagnons riaient grassement.

« Allez, montre-nous ce que tu caches là-dessous. On te donnera quelques noises si tu es bien roulée. » promit-il avec moquerie.

Isaac pouvait voir à la mine de la jeune femme qu'elle était désormais terrorisée. Elle laissa échapper un hurlement, tentant de repousser l'homme. Il était pourtant trop fort pour elle et il la retint par les bras, l'empêchant de bouger.

L'un de ses compagnons sortit une baguette magique, la pointant en direction de la jeune femme. Immédiatement, on entendit un bruit de fissure, et Isaac réalisa que l'homme avait déchiré une partie de ses vêtements. Elle sanglota, tentant de se couvrir, pendant qu'ils riaient avec plaisir, ignorant ses supplications.

Isaac était figé devant la scène, ne sachant pas comment agir. Puis, saisit d'un courage inhabituel, il sortit soudainement de sa léthargie et émergea de sa cachette, se précipitant vers les hommes, sa baguette tendue.

« Laissez-la tranquille ! » hurla-t-il, assenant un sort en direction de l'homme qui la tenait prisonnière.

Celui-ci laissa échapper un hurlement tandis qu'il était propulsé en arrière, contre le mur de la ruelle. Les deux autres assaillants se tournèrent vers Isaac. Il ignorait pourquoi mais les deux hommes semblèrent prendre peur et s'empressèrent de fuir. Avec sa longue cape et sa capuche qui dissimulait son visage, ils l'avaient probablement pris pour un Mangemort, trop ivres pour faire la différence. Le troisième homme, qu'Isaac avait attaqué, se releva difficilement avant de s'élancer à la suite de ses amis, disparaissant dans la nuit noire.

Isaac observa la jeune femme toujours au sol, tremblante, un mélange de soulagement et de choc dans ses yeux. Il s'approcha prudemment d'elle. C'était la première fois qu'il la voyait de si près. Elle lui parut encore plus belle.

Et cette lueur présente dans ses yeux. Jamais personne n'avait regardé Isaac de cette manière. Une lueur témoignant d'une reconnaissance extrême. Comme s'il était un héros.

« M… Merci. » bredouilla-t-elle d'une voix chevrotante, des larmes coulant librement sur ses joues.

Elle était visiblement secouée et elle tenta de se redresser difficilement, désorientée. Isaac posa une main sur son bras pour l'aider.

« Vous m'avez sauvée. Merci, merci. » répéta-t-elle.

Isaac ne répondit pas, ses yeux fixés sur elle, ses pensées divaguant vers des choses qu'il savait interdites. Sa main posée sur son bras, sa peau désormais visible à cause de ses vêtements déchirés… il se sentit soudainement nerveux.

Il ignora ce qu'il se passa, mais il se sentit perdre pied. Et d'un coup, tout devint noir, comme s'il quittait sa conscience.

Lorsqu'Isaac retrouva complètement ses esprits, il réalisa qu'il se trouvait devant une maison et qu'il frappait contre la porte comme un forcené. Il s'arrêta, jetant des regards apeurés autour de lui, se demandant où il se trouvait. Il reconnut les alentours familiers de White Haven.

La porte de la maison s'ouvrit, et une femme apparut dans l'encadrement. Ses sourcils se froncèrent de perplexité à la vue d'Isaac et elle l'observa en silence pendant quelques secondes.

« Adamus. » appela-t-elle finalement, sans lui adresser la moindre parole.

Isaac reconnut l'une des épouses d'Adamus. Sa surprise avait disparu au profit d'un regard affolé, comme si elle se trouvait devant un fou. Quelques secondes plus tard, Adamus se présenta à la porte, observant à son tour Isaac. Une lueur sombre passa dans son regard. Il ne prononça pourtant pas un mot et sortit de la maison, fermant la porte derrière lui. Il saisit Isaac par le bras, le forçant à descendre les marches du palier.

Ils marchèrent dans un silence glaçant. Isaac tremblait toujours de manière incontrôlée. Ils arrivèrent finalement devant la porte de sa propre maisonnette et lorsqu'ils entrèrent à l'intérieur, Isaac se laissa tomber au sol.

« Pourquoi es-tu recouvert de sang, Isaac ? » demanda Adamus d'une voix calme et contrôlée.

Isaac abaissa le regard. Ses vêtements et ses mains étaient maculés d'une substance épaisse et rougeâtre. Du sang. Ses yeux s'écarquillèrent d'horreur.

« Qu'as-tu encore fait, Isaac ? » demanda calmement Adamus.

Isaac lui avoua la vérité, articulant difficilement, le corps traversé de spasmes et la voix chevrotante. Au fur et à mesure qu'il décrivait ses actes, les flashs lui revenaient en mémoire.

« Merci, merci. » lança la jeune femme avec reconnaissance.

Une lueur inconfortable apparut dans son regard lorsqu'elle remarqua qu'Isaac la fixait en silence, une lueur sombre animant désormais ses yeux.

« Je… Je vais partir maintenant. » dit-elle avant de tenter de retirer son bras.

Isaac referma sa prise comme par automatisme. Immédiatement, la lueur de reconnaissance quitta les yeux de la jeune femme tandis qu'elle réalisait qu'il n'était pas le sauveur qu'elle avait espéré.

Il était désormais l'agresseur.

Elle tenta de dégager son bras mais la poigne d'Isaac était ferme, l'empêchant de bouger. Immédiatement, la panique de la jeune femme sembla refaire surface et elle recommença à hurler, donnant un coup de pied violent vers Isaac qui fut repoussé en arrière, faisant tomber sa baguette magique au passage. Il se redressa rapidement et se jeta sur elle tandis qu'elle se débattait de toutes ses forces, hurlant à plein poumons. Il jeta des regards paniqués autour de lui. Sa baguette avait été projetée à plusieurs mètres. Il ne pouvait pas la récupérer et la tenir en même temps.

Il lui ordonna de se taire, mais elle continuait d'hurler, ignorant ses paroles. Bientôt, elle rameuterait les gens du voisinage et on accuserait Isaac de l'avoir agressée alors qu'il n'avait rien fait. Dans un mouvement de panique, il observa ses alentours, ne sachant pas quoi faire. Il devait la faire taire à tout prix. Du coin de l'œil, il aperçut quelque chose briller près de lui et il reconnut la bouteille de whisky pur feu que le groupe d'homme avait abandonné avant leur fuite. Il s'en empara et d'un mouvement plus brutal qu'il n'avait prévu, il assena une frappe sur le crâne de la jeune femme. Elle hurla de plus belle et il assena un second coup puis un troisième, qui cette fois, causa l'éclatement de la bouteille sur son crâne, envoyant des débris de verres partout, y compris sur le visage d'Isaac. La jeune femme s'immobilisa.

Isaac l'observa avec panique tandis qu'une flaque épaisse apparaissait sous sa tête, coulant sur le sol et remplissant les craquelures des dalles en pierre. Isaac la secoua, comme pour la réveiller mais elle resta résolument immobile. D'un geste tremblant, il tenta de prendre son pouls mais ne trouva rien.

Elle était morte, réalisa-t-il avec horreur.

« Non, non. » glapit-il, paniqué.

Il recula précipitamment, ses mains s'enfonçant sur des débris de verre, lui entaillant la peau. Il ignora la douleur. Il jeta des regards paniqués autour de lui, terrifié à l'idée que le bruit ait attiré l'attention du voisinage et qu'on le surprenne face au corps inerte de la jeune femme inconnue.

Il devrait faire quelque chose, au plus vite. Il se releva, la respiration si saccadée qu'il avait du mal à respirer correctement. Isaac courut vers sa baguette et à l'aide d'un sort, fit léviter le corps dans l'alcôve où il s'était tapi pour l'espionner quelques instants plus tôt. Il n'osa pas regarder son visage ruisselant de sang tandis qu'il s'enfuyait à toute allure.

« Dis-moi exactement où elle se trouve. » ordonna Adamus, le sortant de sa léthargie macabre.

Effrayé, Isaac lui décrivit la ruelle où il avait laissé le corps.

Adamus érigea sa baguette dans l'air et une forme translucide ressemblant à un loup se matérialisa devant lui. Adamus murmura des paroles à l'animal qu'Isaac n'entendit pas. Immédiatement, le loup bondit à toute vitesse, traversant les murs de la maisonnette. Quelques instants plus tard, on entendit des voix et des bruits de pas s'approcher. La porte du cottage s'ouvrit à la volée et Isaac reconnut Guido et Gareth, ses cousins éloignés, qui l'observaient avec stupéfaction.

« Les garçons. J'ai besoin de vous. » indiqua Adamus à l'attention de ses neveux.

Il leur donna des instructions qu'Isaac suivit à peine, l'esprit toujours déconnecté et le regard vitreux.

« Débarrassez-vous du corps et faites en sorte que personne ne vous voie. » ordonna Adamus.

« Bien, Prophète. » assura Gareth tandis qu'ils s'élançaient en dehors de la maison, non sans jeter des regards dégoûtés en direction d'Isaac.

« Ôte tes vêtements. » quémanda Adamus en se tournant vers Isaac qui s'exécuta machinalement.

Adamus alluma la cheminée et jeta les vêtements d'Isaac à l'intérieur.

« Prions. » dit-il avant de se mettre à genoux et de croiser les bras, exécutant le signe de Voldemort. « Puisse ta vigueur nous guider en ces temps troublés... »

Il énonça des oraisons pendant de longues minutes, et Isaac commença à se calmer. Adamus se tourna finalement vers lui.

« Combien de fois faudra-t-il que je te répète que les femmes impures ne feront que te pousser au vice, mon garçon ? » demanda Adamus d'une voix sévère. « Où est ta vertu ? »

«P-P-Pardonnez-moi pour ma faiblesse, Prophète. » sanglota Isaac.

« Lève-toi. Sa vie n'avait pas de valeur. Et tu ne fais que le travail de Voldemort en ôtant l'une d'entre eux de nos rues sacrées. En revanche, ton vice et cet esprit de convoitise qui t'habitent ne sont pas acceptables. Et pour cette raison, tu seras puni. Tu passeras les trois prochains mois dans la Cage aux Châtiments. » annonça Adamus avec austérité.

Le Prophète fit volte-face et quitta la maison sans une parole supplémentaire, sous le regard apeuré d'Isaac. Tandis que ce dernier regardait le feu crépitant dans la cheminée, il ouvrit sa paume, dans laquelle il avait conservé un morceau de tissu.

Il s'agissait d'un morceau du vêtement qu'elle portait, un uniforme mauve, semblable à celui porté par le personnel hospitalier. Isaac vit que son nom avait été soigneusement cousu sur l'uniforme.

Il savait que c'était mal. Malgré les paroles du Prophète, il ne pouvait pas s'empêcher de garder un souvenir de ces femmes à chaque fois.

Au moins, cette fois, il pourrait mettre un nom sur ce visage qu'il garderait en tête jusqu'au prochain.

Tracey Davis.


Oui, je sais, on aura connu meilleur comme cadeau de Noël. Votre cousine Fearless a encore frappé. J'avais prévenu en début de chapitre que ce chapitre ne serait pas une partie de plaisir… Pauvre Tracey :( (et Luna…) La fin de ce chapitre est atroce.
J'avais parlé rapidement de la secte des Carrow il y a trèèès longtemps (chapitre 8 si vous voulez vous rafraichir la mémoire) Mais ce chapitre vous aura permis d'avoir un aperçu de cette famille... Et ce n'est pas beau à voir...

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année et on se retrouve début janvier pour la suite ! En attendant, n'hésitez pas à laisser un commentaire !

Fearless