Valeur et vigueur mes lecteurs favoris,

Je comptais procrastiner pour poster ce chapitre mais j'ai eu une motivation nocturne soudaine, ce qui me permet de vous le poster. Un gigantesque merci à Jiwalumy, Mayoune, Nanew14, Fleur d'Ange, Lestrange-maria & DI5M. Il est 4h du mat et je suis malheureusement trop claquée donc je répondrais à vos reviews plus tard !

Montage/playlist accessibles sur mon profil, comme d'hab.

Bonne lecture !

XXXIV. Jeu de Dupes

Le regard pensif de Ginny Weasley était fixé sur Draco Malfoy. De l'extérieur, elle paraissait écouter attentivement ses paroles. En vérité, elle comprenait à peine ce qu'il disait, son esprit submergé par d'autres considérations.

Depuis leur discussion intense dans ce salon privé de l'Augurey Magistral, quelque chose avait changé entre eux. Envahie par la colère et la frustration, elle s'était livrée à lui sans aucune retenue. Draco avait été désarçonné par ses états-d'âmes, exprimés d'une manière si virulente et libérée. Dans son attitude toutefois, elle avait senti cette distance frustrante se réduire. Il savait désormais qu'elle n'était pas une ennemie, ni l'une de ces personnes uniquement intéressées par sa position dans le régime. Et finalement, il avait abandonné cette carapace qu'il n'avait jamais cessé d'ériger depuis leur rencontre.

Une partie d'elle contemplait ce changement avec une nervosité palpable et l'autre avec une excitation nouvelle. Pendant des semaines, elle s'était efforcée de garder ses distances avec Draco, afin de se focaliser sur leur marché uniquement. Ses tentatives avaient pourtant été vaines.

Et maintenant qu'elle entrevoyait ce nouvel horizon entre eux, ses anciennes résolutions disparaissaient également, lui faisant abaisser ses dernières défenses. Elle savait ce que signifiait ce pincement dans sa poitrine lorsqu'ils étaient ensemble.

Elle commençait à éprouver des sentiments pour Draco Malfoy et cette pensée était excitante et terrifiante à la fois.

« Qu'en penses-tu, Ginevra ? » lança la voix de Draco, la sortant de ses pensées.

« Hmpf ? » dit-elle en se redressant.

« Tu n'es pas attentive. » fit-il remarquer avec un soupir tandis qu'il roulait soigneusement un parchemin.

« Si, j'écoute. J'étais simplement en train de réfléchir à… ce que tu disais. » prétendit-elle.

« Et qu'est-ce que je disais ? » interrogea-t-il, levant un sourcil parfaitement arqué, visiblement peu convaincu.

« Il faut que je discute avec Greta Sawbridge pendant la conférence. » avança Ginny après un instant de réflexion.

« C'est ce que j'ai dit, il y a une demi-heure. » rappela Draco avec lassitude. « Si tu ne prends pas ça au sérieux, tu perds ton temps et le mien. »

Ginny soupira de frustration.

« Écoute Draco, toi et moi avons une façon de faire différente. Je sais que tu as besoin de tout préparer à l'avance mais dans mon cas, les choses se passent mieux quand j'improvise. » expliqua Ginny. « Toute cette préparation est en train de me rendre plus confuse qu'autre chose. »

La conférence Femmes d'Influence, sponsorisée par Cressida Warrington, aurait lieu le jour suivant. Ginny avait réussi à obtenir la liste des invités par le biais de Katrina. Draco l'avait ensuite aidée à identifier des contacts intéressants et proches de la Gouverneure Warrington, sa cible principale.

Ginny s'étira longuement, observant la pile de parchemin remplis de notes, posée sur la table basse. Ils se trouvaient dans le séjour de Pansy Parkinson. Cette dernière se trouvait à l'étage avec Romilda Vane, occupée à préparer son intervention du lendemain à la conférence.

Ginny observa Draco tandis qu'il roulait soigneusement le reste des parchemins. A sa grande surprise, il n'insista pas devant ses protestations. Ils avaient des méthodologies drastiquement différentes. Pendant les heures qu'ils avaient passées ensemble, Ginny l'avait vu imaginer tous les scénarios et objections imaginables avant de concevoir des stratégies pour les contrer.

Ginny, elle, préférait ne pas s'embarrasser de toutes ces réflexions. Après tout, la plupart de ces scénarios n'auraient jamais lieu. Elle préférait improviser et adapterait son discours lorsqu'elle se retrouverait dans la situation. Elle avait la chance d'être naturellement dotée d'un esprit vif.

« Entendu. » capitula-t-il finalement.

Ginny réprima un soupir de soulagement. Cela signifiait qu'il avait assez confiance en ses capacités pour la laisser gérer la situation seule, sans insister pour la microgérer.

« Mais essaye de contrôler Pansy. Tu sais comment elle devient quand elle se sent attaquée. » rappela Draco avec ennui.

Ginny hocha la tête avec véhémence.

« Je m'assurerais qu'elle garde son calme. » promit-elle.

Il était de notoriété publique que les relations entre Pansy Parkinson et Cressida Warrington étaient mouvementées. Ginny savait à quel point Pansy pouvait se montrer vicieuse avec les gens qu'elle n'appréciait pas. Dans le cadre d'une conférence qui serait suivie par des centaines de personnes, ce genre de débordement ne pouvait pas avoir lieu. C'était Ginny qui avait proposé Pansy en tant que conférencière et la Gouverneure en était consciente. La prestation de Pansy aurait une incidence importante sur le potentiel retour de Ginny dans l'entourage de Warrington. Elle ne pouvait donc pas se permettre de bâcler ses chances.

Pansy ne s'était pas montrée particulièrement excitée à l'idée de l'événement. Il s'agissait pour elle d'une corvée pénible et elle ne s'était pas gênée pour le répéter à maintes reprises à ses assistantes. Elle avait pourtant promis à Draco de s'y rendre et elle ne ferait rien pouvant causer du tort à son meilleur ami. Bien que Pansy soit au courant du marché entre Draco et Ginny, elle ignorait tout des détails et n'avait jamais posé de questions.

Ginny était parfois stupéfaite de la loyauté aveugle que Pansy entretenait envers Draco. Quiconque les fréquentait pouvait voir à quel point ils étaient proches et dévoués l'un envers l'autre. Ginny aurait menti en prétendant ne jamais s'être posée de questions sur leur lien.

« Draco est comme un frère pour moi, rouquine. » lui avait révélé un jour Pansy, lisant à travers les lignes des questions vagues et non formulées de Ginny.

Draco jeta un regard à sa montre. Cela faisait près de deux heures qu'ils préparaient la journée du lendemain.

« Il faut que je m'en aille. Je vais déjeuner avec ma mère. » indiqua-t-il avant de se relever, ramassant consciencieusement les parchemins roulés afin de les ranger dans un tiroir proche.

Ginny fut un peu surprise par cette information. Elle ne le montra toutefois pas et se contenta de hocher la tête. Un mois plus tôt, Draco n'aurait jamais partagé avec elle une information de la sorte, aussi futile soit elle. Il ne mentionnait jamais sa vie privée.

Cette fois, cependant, il avait indiqué ce détail de manière complètement naturelle. Une confirmation supplémentaire pour Ginny que les choses avaient changé entre eux. Elle devait admettre qu'elle appréciait cette évolution.

« Quand nous reverrons-nous ? » demanda-t-elle, se relevant à son tour. « …pour débriefer sur la conférence. »

Elle s'était empressée d'ajouter cette dernière partie pour ne pas lui donner l'impression qu'elle se languissait de leur prochaine rencontre. Si Draco s'en était rendu compte, il n'en fit rien paraître.

« Si ça te convient, j'enverrai une diligence pour toi, directement à la fin de la conférence. » suggéra-t-il, après un bref moment de réflexion.

Elle hocha la tête pour lui faire part de son agrément.

« Bonne chance, même si je ne me fais pas d'inquiétudes. Je sais que tu sauras te débrouiller. » déclara Draco.

De nouveau, l'expression de sa confiance dérouta la jeune femme, et une chaleur agréable l'envahit. Il était tellement exigeant que ses compliments avaient une valeur particulière.

Ils échangèrent un long regard, pendant lequel aucun d'entre eux ne prononça une parole, comme s'ils réfléchissaient à une manière opportune de prendre congé.

Encore une fois, Ginny sentit ce pincement marteler dans sa poitrine.

Elle détourna le regard. Cette manière qu'il avait de la regarder ne rendait pas les choses simples pour elle. C'était comme s'il la déshabillait du regard. Et à chaque fois, elle sentait un frisson agréable lui parcourir l'échine. Comment pouvait-il avoir autant d'effet sur elle, sans même la toucher ?

« A plus tard, Ginevra. » dit finalement Draco, rompant le silence devenu pesant.

Elle l'observa s'éloigner en direction de l'entrée de l'appartement. Après avoir repris sa contenance, Ginny rejoignit Romilda et Pansy à l'étage supérieur afin de discuter des derniers détails pour le lendemain.

En début d'après-midi, Romilda quitta l'appartement pour se rendre sur le lieu de la conférence, afin de vérifier que tout serait en place pour accommoder Pansy et ses demandes spécifiques. Sans surprise, la jeune femme s'était montrée très exigeante. Elles avaient dû négocier avec Katrina pour que Pansy obtienne une loge individuelle, suffisamment grande pour accommoder tout son staff, composé de ses deux assistantes personnelles, et de trois professionnels de l'esthétique.

« Être Pansy Parkinson coûte cher. » disait-elle régulièrement, pour justifier ses demandes extravagantes.

« Nous n'avons pas eu le temps de discuter depuis mon retour. » lança Pansy à son encontre. « Comment vont les choses entre toi et Draco, ces derniers temps ? »

Elle avait posé cette question d'un ton entendu. Pansy était toujours très observatrice. Ginny sentit ses joues prendre une couleur rosée. Elle s'efforça toutefois de feindre le détachement tandis qu'elle lui relatait ses récentes tribulations. Pansy laissa échapper une exclamation dédaigneuse lorsque Ginny mentionna Daphné Greengrass, qu'elle avait croisée dans le bureau de Draco.

« Comme s'il épouserait un jour cette dinde insignifiante. » commenta-t-elle au sujet d'Astoria. « Il faudra me passer sur le corps avant que je laisse mon meilleur ami épouser une Greengrass. »

Elle secoua la tête.

« Si ça ne tenait qu'à moi, il épouserait une femme comme Pippa Macmillan. Elle n'est pas très jolie mais soyons honnêtes, Draco est assez beau pour deux. » ajouta Pansy.

Même si sa remarque fit rire Ginny, cela fut aussi un rappel désagréable de la vérité. Draco Malfoy était un homme hors de sa portée. Et malgré l'attirance indéniable entre eux, rien de sérieux ne pourrait jamais en résulter. Il était un Sang-Pur, héritier d'une dynastie sacrée, avec toutes les responsabilités que cela incombait. Elle, en revanche, était une Sang-Impure qui tentait tant bien que mal de s'en sortir dans ce monde rempli de requins. La croisée de leurs chemins avait été un événement exceptionnel. Deux personnes comme eux n'étaient pas destinées à se rencontrer.

Pansy l'observait avec attention. Et comme si elle lisait dans ses pensées, elle lança :

« J'ai manqué de tact ? J'imagine que tu n'as pas envie d'entendre parler de Draco avec d'autres femmes. »

Ginny lui jeta un regard estomaqué. C'était la première fois qu'elle voyait Pansy reconnaître avoir manqué de tact. Elle secoua la tête.

« Non, rassure-toi. Je ne suis pas naïve. » dit-elle.

« Bien. Et puis, ça ne veut pas dire que tu ne peux pas profiter d'une histoire sans sérieux. Mais ne tombe pas dans le piège des sentiments. Tu vas te faire du mal inutilement. »

« Je croyais que tu me conseillais de garder mes cuisses fermées. » rappela Ginny en levant un sourcil.

« Garde les cuisses fermées tant que tu ne seras pas certaine qu'aller plus loin menacera d'entacher votre marché. » rectifia Pansy. « Mais si tu penses que ça n'aura pas d'incidence sur votre relation…professionnelle, alors ne te retiens pas. »

Elle lâcha un profond soupir.

« Et entre nous, il n'y a rien de mal à ce que deux adultes s'amusent sans attaches. » déclara Pansy en haussant les épaules.

« Comme avec ton Auror, j'imagine ? » dit Ginny avec un petit sourire narquois.

« Exactement. Je ne veux pas qu'il m'épouse, je veux simplement qu'il m'épuise. » expliqua-t-elle avec un petit air rêveur.

Ginny lâcha un rire franc devant ses paroles.

« Tu sais Ginny, mon conseil est le même que je donne à toutes les femmes que je coache. Dans une relation avec un homme, il ne faut pas que tu te mentes à toi-même. Tu peux mentir à tout le monde, mais pas à toi-même. »

Ginny se sentit rougir. Elle se mentait continuellement au sujet de Draco et de ses sentiments. La vérité était qu'elle n'était pas certaine de pouvoir se laisser aller à ses désirs avec Draco sans aucune attache. Ses réactions récentes lui avaient fait comprendre que ses sentiments n'étaient pas aussi platoniques qu'elle voulait le prétendre. Sa jalousie envers les sœurs Greengrass ou son éclat dans son bureau témoignaient de ce fait.

« Tu t'es encore perdue, chaton. » lança Pansy, la sortant de sa rêverie.

Ginny reporta son attention sur Pansy qui l'observait avec un air moqueur.

« A chaque fois qu'on parle de Draco, tu pars dans tes pensées pendant des lustres. Et puis tu as ce petit sourire niais, parfois. »

« Tu exagères. » protesta Ginny en levant les yeux au ciel devant cette dernière remarque.

« Avec le temps qu'il passe dans ta tête, il devrait y payer un loyer. » ironisa Pansy, arrachant un sourire amusé à Ginny.

Elle saisit son miroir à double sens.

« Mais tu m'as fait réaliser que je n'ai pas vu mon quatre-heures depuis des lustres. » dit-elle avec une moue.

C'était le surnom qu'elle donnait à l'Auror qu'elle fréquentait.

« Je parie qu'il pourra me détendre avant cette fichue conférence. » poursuivit-elle. « Je devrais lui demander de passer, ce soir. »

Ginny hocha la tête. Elle accueillerait avec plaisir tout ce qui pourrait mettre Pansy de bonne humeur avant l'événement du lendemain. Elle écouta avec amusement tandis que la jeune femme décrivait à quel point son Auror était un amant exceptionnel.

« Et il a cette façon de m'étrangler pendant que nous… » commença à expliquer Pansy avec enthousiasme.

« Pardon ? » s'exclama Ginny, pas certaine d'avoir bien entendu.

« Pas la peine de me regarder avec cet air de prude, rouquine. Quoi, tu ne vas pas me dire que tu n'as jamais essayé quelque chose du genre ? » lança Pansy.

« Absolument pas, et je n'ai pas l'impression que ça soit normal. » répliqua Ginny, avec un air choqué et dégoûté.

« Il n'y a rien d'anormal tant qu'il y'a du consentement, chaton. On voit bien qu'un homme ne t'a jamais étranglé pendant le sexe. Quand c'est bien fait, crois-moi, c'est jouissif. » assura Pansy.

A chaque fois que Ginny se persuadait que les frasques de Pansy ne pourraient plus la surprendre, cette dernière lâchait une information encore plus choquante. Elle se demandait même si Pansy le faisait de manière délibérée, pour la mettre dans l'embarras.

« Je crois qu'il est temps de retourner au travail. » affirma Ginny, décrétant que la conversation prenait une tournure trop outrancière pour elle.

Le lendemain, lorsque Ginny arriva sur le lieu de la conférence, elle fut surprise de voir des personnes faire la queue pour l'événement qui ne commencerait que trois heures plus tard.

« Certaines personnes attendent pour avoir de meilleures places. » indiqua Katrina lorsqu'elle croisa Ginny dans la salle. « Nous n'avons jamais eu autant de succès. Toutes les places ont été épuisées et certaines personnes font la queue à la billetterie en espérant trouver des places de dernière minute. La Gouverneure est ravie. Tu avais raison au sujet de Miss Parkinson. »

« La Gouverneure Warrington est-elle déjà arrivée ? » demanda Ginny avec intérêt.

Katrina secoua la tête.

« Pas encore, elle devrait arriver dans une heure. Elle avait une réunion importante, ce matin. » informa Katrina, entre deux instructions aux employés de la salle.

Ginny hocha la tête, un peu déçue. Elle avait prévu d'aborder la Gouverneure avant le début de la conférence. Elle savait qu'elle serait probablement prise dans l'euphorie de l'évènement et elle n'était pas certaine de pouvoir obtenir du temps avec elle.

Ginny rejoignit Romilda dans la loge réservée à Pansy pour terminer les préparatifs avant son arrivée. Étrangement, cette dernière arriva de bonne heure, même si ses cernes étaient plus prononcés qu'à l'accoutumée. Elle fit mine de mettre ses mains autour de sa nuque, mimant un étranglement, ce qui fit nerveusement glousser Ginny. Elles pouffèrent de rire devant l'air confus de Romilda qui n'avait aucune idée de quoi elles parlaient.

« Tu n'as plus besoin de moi ? » demanda Ginny à l'attention de Romilda, une heure plus tard.

« Non. » lui assura Romilda. Je vais me débrouiller pour le reste de la journée. « Profite de la conférence. »

« Merci Romilda, à plus tard. » lança Ginny avec un sourire avant de récupérer son sac à main et quitter la pièce.

A sa sortie, elle tomba immédiatement sur un visage familier.

« Miss Weasley ! Quel plaisir de vous revoir. » s'exclama Cressida Warrington, redressant le chapeau pourpre qu'elle portait.

Comme d'habitude, elle était escortée par deux Aurors. Ils étaient en retrait afin de ne pas être remarqués mais suffisamment proches pour pouvoir agir rapidement en cas de problème.

« Votre présence est regrettée au cabinet. » indiqua la Gouverneure.

Son œil magique effectua deux tours rapides dans son orbite avant de se poser sur Ginny.

« Katrina m'a indiqué que le projet de loi resterait en suspens jusqu'à nouvel ordre. » fit remarquer cette dernière, sur le ton de la conversation. « C'est bien dommage. »

La Gouverneure soupira et Ginny put distinguer une expression soucieuse apparaître sur ses traits âgés.

« J'ai bien peur que ce soit un sujet sensible pour le moment, Miss Weasley. » admit-elle. « Katrina m'a dit que vous travaillez actuellement pour Pansy Parkinson ? Quel doxy vous a poussé à accepter une telle offre ? »

Elle avait posé la question avec consternation, comme si l'idée même était ubuesque.

« Mais enfin, j'imagine que je suis d'une autre génération. Les choses ne sont plus ce qu'elles étaient, de mon temps. Pour une raison que je ne comprends absolument pas, cette jeune femme détient une popularité extrême malgré les inepties qu'elle raconte. » continua Cressida en secouant la tête.

Ginny fut heureuse d'avoir refermé la porte derrière elle. Si Pansy entendait ces paroles, elle déciderait probablement d'annuler son intervention sur le panel, même à la dernière minute.

« Enfin, je ne peux pas vous blâmer. C'est une excellente opportunité pour vous. Même si je suis certaine que vous pouvez aspirer à quelque chose de bien plus intéressant, entre nous. » assura Cressida. « Vous êtes une jeune femme intelligente et pleine de ressources, bien plus que certaines personnes que je vois défiler au Ministère. Si vous n'étiez pas de rang inférieur, je peux vous assurer que vous iriez très loin. »

« Je vous remercie, madame la Gouverneure » répondit Ginny, surprise et touchée par son compliment.

Ginny eut un bref moment d'hésitation. Elle ignorait si elle aurait une autre occasion de pouvoir s'entretenir en privé avec la Gouverneure. Elle devait sauter sur l'occasion. Elle décida de tenter sa chance :

« Si j'ai bien compris, c'est le budget du projet qui est actuellement mis en suspens ? » demanda Ginny.

« Effectivement. » confirma Cressida.

« Pourquoi ne pas continuer à avancer sur le projet de manière officieuse ? Si vous le souhaitez, je serais disposée à faire de la consultation quelques heures par semaine, sur la base du volontariat. Cela vous permettra de gagner du temps en attendant que vous obteniez de nouveau l'autorisation pour le financement. » proposa Ginny.

« Vous feriez ça ? » demanda Cressida, son œil magique s'écarquillant de manière un peu effrayante. « Pour quelle raison ? »

« Par convictions personnelles. Votre projet fait vraiment écho chez moi. Je crois en son potentiel et ses objectifs. Je serais ravie d'apporter ma pierre à l'édifice, même de manière minime. » assura Ginny. « Comme vous me l'avez dit il y a quelques mois, c'est un projet qui changera profondément notre société. Participer à un changement aussi important serait un honneur pour moi. »

Son discours sembla particulièrement plaire à la gouverneure. Elle avait délibérément évité de mentionner ses aspirations personnelles, ainsi que celles de la gouverneure. En mettant l'accent sur des valeurs telles que la collaboration et le bien commun, elle savait que la Gouverneure serait inspirée.

Malgré son statut au sein du régime, Cressida Warrington était une femme qui valorisait les avancées sociales. Ce projet, une fois implanté, aurait un impact colossal au sein de la société.

« Je vous l'ai dit Miss Weasley, vous avez de la vision et cela me plaît beaucoup. Votre passion est inspirante. » assura Cressida. « Laissez-moi quelques jours pour réfléchir à votre proposition. Si c'est possible, je vous contacterai dans les prochaines semaines, pour voir comment nous pouvons procéder. »

Ginny fut ravie d'avoir réussi à planter une graine dans son esprit. Elle espérait désormais pouvoir la faire germer. Même si elle n'avait pas encore obtenu une confirmation définitive, la discussion avait été prometteuse.

Après avoir remercié la Gouverneure et échangé de brèves banalités, Ginny retourna dans la salle principale de la conférence, où des stands appartenant à des entreprises, des associations ou tout simplement des entrepreneures individuelles avaient été installés. Des invités avaient commencé à affluer à l'intérieur.

La journée fut encore plus enrichissante qu'elle l'aurait cru. Ginny assista à plusieurs panels de discussion, axés sur des thèmes variés, et présentés par des femmes accomplies. A travers leur propre vécu, elles rapportèrent des témoignages sur la conciliation de vie personnelle et professionnelle ou leurs expériences et conseils pour entrer et s'épanouir dans certains secteurs difficilement accessibles. Ginny participa également à des ateliers ciblés sur la meilleure manière de négocier un salaire ou de se vendre efficacement devant un prospect ou un employeur potentiel.

A l'heure de l'intervention de Pansy, la salle était pleine à craquer, remplie de ses adorateurs mais aussi de quelques détracteurs. Ses discours, décalés et accrocheurs, laissaient rarement l'audience indifférente. Ce fut Cressida Warrington qui modéra le panel, intervenant pour commenter ou questionner les propos des différentes conférencières.

Même devant les piques évidentes de la Gouverneure, Pansy resta calme et y répondit gracieusement et de manière pertinente. Son attitude sembla étonner la Gouverneure qui essayait visiblement de la déstabiliser et de rabaisser ses opinions et ses conseils.

Ginny remercia intérieurement l'Auror de Pansy. Il lui avait été d'une aide formidable, sans même le savoir. Malgré leurs opinions différentes sur les stratégies que devaient adopter les femmes pour réussir, Mrs Warrington sembla trouver certains arguments de Pansy convaincants. Peu à peu, l'échange de piques se transforma en une discussion pertinente et instructive. A la fin de la conférence, Ginny eut même la sensation que Warrington observait Pansy d'un autre œil.

Malgré ses frasques et son art du discours des plus dramatiques, Pansy maîtrisait parfaitement son sujet et essayait réellement d'offrir des stratégies à ses auditrices pour les faire évoluer d'une manière, certes peu conventionnelles, mais réfléchie et surtout applicable. Contrairement à la plupart des autres intervenantes, elle réfutait en bloc le postulat d'adopter les mêmes codes masculins dans le monde du travail. Les femmes doivent commencer à voir leur féminité comme un atout et non une faiblesse. Pourquoi vouloir à tout prix ressembler aux hommes et vouloir faire les choses comme eux ? Vous êtes différentes d'eux, et vous devez le reconnaitre et l'accepter. Ça ne veut pas dire pour autant que vous n'êtes pas leurs égales, clama-t-elle.

Ginny tira énormément d'enseignements à travers les différentes interventions. Elle réussit même à s'entretenir avec deux femmes importantes au Ministère, qui collaboraient étroitement avec la Gouverneure, et qui, selon Draco, pourraient être des contacts intéressants dans le futur.

Elle réalisa qu'Hermione aurait probablement adoré assister à un événement de ce genre. Elle se promit de lui obtenir une invitation pour le prochain événement. Katrina lui avait expliqué que la Gouverneure organisait aussi des brunchs réguliers autour du concept des Femmes d'influence.

A la fin de cette journée épuisante mais riche en apprentissages, Ginny fut heureuse de prendre congé, remplie d'un sentiment d'accomplissement.

A sa sortie, elle remarqua une diligence familière - celle que Draco utilisait parfois lors de ses déplacements. Elle se dirigea vers le véhicule et monta à l'intérieur, calant son dos contre la banquette matelassée.

Le trajet jusqu'à l'Augurey Magistral fut tellement court que la diligence ne s'envola pas et fit le trajet à terre. Quelques instants plus tard, Ginny se retrouva dans un salon privé, devenu son lieu de rencontre privilégié avec Draco. Elle observa rapidement son reflet sur un miroir posé au-dessus de la cheminée, et remit de l'ordre à ses cheveux d'un geste machinal.

Une elfe de maison entra dans la pièce, s'inclinant poliment devant elle avant de faire apparaître une table ronde, qu'elle commença à draper. Quelques instants plus tard, Draco entra à son tour.

« Valeur et vertu. » la salua-t-il. « Navré de t'avoir fait attendre. Un rendez-vous de dernière minute. »

Ginny hocha la tête, lui faisant comprendre d'un geste de la main que ce n'était rien. A son visage, elle devinait qu'il était fatigué. Il se dirigea directement vers le bar.

« La journée a été longue ? » demanda-t-elle avec amusement, tandis qu'elle l'observait s'emparer d'une bouteille d'hydromel.

« Trop longue. » admit-il d'une voix un peu harassée. « Tu m'accompagnes ? »

Elle hocha la tête et accepta le verre qu'il proposait.

« Veux-tu rester dîner ? » suggéra Draco, en désignant d'un geste de la tête la table dressée.

Ginny n'avait rien avalé, mis à part quelques petits fours un peu plus tôt dans la journée. Parfois, lorsqu'elle était trop occupée et prise dans son travail, elle en oubliait parfois de manger.

Il était tard, sa journée l'avait épuisée et elle avait prévu de faire un compte rendu rapide à Draco avant de regagner son appartement.

Elle n'avait toutefois aucun autre projet pour le reste de la soirée et elle accueillerait un peu de compagnie avec plaisir. Depuis qu'Hermione avait officieusement emménagé chez Théodore Nott, Ginny n'avait que Pattenrond pour seul interlocuteur lorsqu'elle rentrait chez elle le soir, après des journées particulièrement éreintantes.

En guise de réponses, le chat se contentait de lui lancer des regards blasés, quelques bâillements ennuyés ou quittait simplement la pièce pour rejoindre le lit vide de sa maîtresse, devant le regard outré de Ginny, qui pestait contre le comportement impoli de cette boule de poils.

« Absolument. Que s'est-il passé ? » demanda-t-elle avec curiosité.

« Quelques… frictions du personnel. » répondit-il avec lassitude avant de se diriger vers la table.

Il attendit que Ginny s'installe à son tour, poussant sa chaise avant de rejoindre la sienne.

« Gérer un hôtel n'est pas aussi simple que je l'aurais cru. » admit-il. « Parfois, je me demande si c'est vraiment ma voie. »

« Pourquoi continuer, dans ce cas ? » demanda Ginny.

« Parce que ça me permet d'avoir des responsabilités et un défi sans avoir à travailler directement dans l'entreprise familiale. Sous mon père. » ajouta Draco.

Une brève grimace était passée sur son visage lorsqu'il avait ajouté ces mots.

« Et je ne veux pas donner de raisons à mes parents de penser que je n'ai pas les épaules pour gérer cet hôtel alors que je l'ai expressément réclamé. » ajouta-t-il en secouant la tête, comme s'il regrettait désormais sa décision.

« Pourtant, de ce que je vois, tu sembles bien gérer les choses. » fit remarquer Ginny en haussant les épaules.

« Sans doute. Mais mes parents sont difficiles à satisfaire. » indiqua-t-il avec une rancœur audible.

« C'est donc d'eux que tu tiens ça. » commenta Ginny.

Un rictus se glissa sur les lèvres de Draco.

« On essaie tous d'être à la hauteur des attentes de sa famille. C'est la même chose, avec mon frère. J'ai l'impression que malgré tout ce que j'entreprends, il me considère parfois encore comme une incapable. » confessa Ginny. « C'est frustrant. »

« Je connais peu de personnes de ton statut qui sont dans les cercles dans lesquels tu te retrouves actuellement, Ginevra. » déclara Draco. « Tu as probablement accompli davantage de choses que la majorité de tes pairs le feront dans leur vie entière. Tu es loin d'être une incapable. »

Le compliment réchauffa le cœur de la jeune femme et elle esquissa un sourire reconnaissant. Entre les éloges de Draco et ceux de la Gouverneure Warrington plus tôt dans la journée, elle ressentit une vague de contentement.

« Tu as raison. Trinquons à nos accomplissements, dans ce cas. Et à être plus indulgents avec nous-même. » suggéra-t-elle en levant son verre.

Draco fit de même et leurs verres claquèrent légèrement. Leurs yeux se croisèrent à la lumière de la bougie qui crépitait sur la table et Ginny eut un moment d'absence, perdue dans l'intensité de son regard.

L'elfe de maison entra de nouveau dans la pièce, et Ginny détourna les yeux, observant la créature poser une assiette à l'aspect succulent devant elle. Une odeur délicieuse lui parvint aux narines et elle réalisa qu'elle était affamée.

Pendant le dîner, Ginny lui fit un compte-rendu de sa journée, et lui rapporta le contenu de ses conversations avec la Gouverneure et les autres femmes qu'ils avaient identifiés avant la conférence. Draco sembla impressionné.

« Tu deviens vraiment très bonne à ce jeu, Ginevra. » commenta-t-il lorsqu'elle eut terminé.

« Merci. Je crois que ça me plait. » réalisa-t-elle, après un court moment de réflexion.

C'était bien plus stimulant que de passer des heures derrière la caisse enregistreuse d'une apothicairerie. Malgré ce milieu à l'opposé du sien, elle se sentait étrangement dans son univers.

« Eh bien, s'il y a une chose de positif à tout cela, c'est que tu auras trouvé ta voie. » commenta-t-il.

Ginny hocha la tête avec enthousiasme tandis qu'elle prenait une nouvelle gorgée d'hydromel. Une interrogation lui vint en tête lorsqu'ils terminèrent de dîner.

« Pourquoi cibler Warrington, spécifiquement ? » demanda Ginny avec curiosité.

Elle prit place sur l'un des sofas et Draco s'installa à ses côtés. Elle se posait cette question depuis des mois.

« Parce que la décision de Warrington va probablement faire peser la balance lors des prochaines élections. Son choix est imprévisible car elle n'a pas d'affiliation claire. » répondit Draco.

« Mais pourquoi ne pas essayer de la convaincre ? » demanda-t-elle.

« Elle n'apprécie pas ma famille, c'est de notoriété publique. Nous n'avons pas les mêmes objectifs, ni les mêmes valeurs. » dit Draco.

« Alors vous ne voulez pas lui laisser le choix et vous préférez la faire chanter. » devina Ginny.

« Une journée comme une autre en politique. C'est ainsi que les choses fonctionnent. » dit-il avec un soupir. « On n'arrive pas à certaines positions en étant un enfant de chœur, Ginevra. »

« J'imagine. Tout n'est qu'entourloupes, accords et manipulations. » dit-elle, désabusée.

Elle ne se sentait pas concernée par les discordes de ces gens. Elle voulait simplement obtenir une protection et un privilège pour sa famille. Le reste ne l'intéressait guère.

Elle se demanda si le projet de Draco était également une manière de s'attirer l'approbation de ses parents. Elle était heureuse qu'il se livre à elle sur des sujets aussi personnels. Cela signifiait qu'il lui faisait confiance.

« Je devrais y aller. » dit-elle en jetant un regard vers l'horloge placée au mur. « Il se fait tard. »

En toute honnêteté, elle appréciait ces moments agréables entre eux et si elle avait suivi ses envies, elle serait probablement restée plus longtemps. Elle était toutefois éreintée et devrait se lever de bonne heure le lendemain.

Draco hocha la tête et elle se demanda s'il ressentait la même chose. Malgré son attention de partir, Ginny n'avait pas esquissé le moindre geste pour se relever. Elle resta immobile, traversée de nouveau par cette vague d'appréhension, semblable à celle qu'elle avait ressenti la veille, lorsqu'ils s'étaient retrouvés tous les deux dans le séjour de Pansy.

Et encore une fois, comme pendant leur repas, elle se perdit dans son regard gris.

Elle fut incapable de dire qui s'approcha le premier, mais quelques secondes plus tard, leurs lèvres se rejoignirent dans un baiser fiévreux. Et encore une fois, plus rien ne sembla compter à part ses lèvres chaudes, ses mains autour de sa taille, la rapprochant de lui.

A chaque fois qu'ils s'embrassaient, Ginny se demandait comment elle était parvenue à garder ses distances et à se retrouver dans la même pièce sans se jeter sur lui.

Elle ignorait ce qui provoquait cette soif inassouvissable. Ce dont elle était certaine, c'était qu'elle n'avait jamais été attirée de la sorte par un autre homme. Même en compagnie d'Olivier Dubois, elle n'avait jamais ressenti cette envie brûlante qui faisait vibrer tous ses membres.

Était-ce le fait qu'il lui semblait si inatteignable ? Ou bien qu'il représentait tout ce qui était impossible et interdit à obtenir pour elle ? Rien n'était moins sûr. Sa seule certitude était qu'elle ne se lasserait jamais de ses lèvres ardentes contre les siennes et de son souffle chaud contre sa peau frissonnante.

Sans même le réaliser, Ginny se retrouva presque allongée sur le sofa, le poids de Draco sur elle tandis que ses mains parcouraient son corps avec avidité, leurs lèvres scellées dans un baiser langoureux qui la laissa pantelante.

Sur sa langue, elle goûtait la saveur délicate d'un hydromel haut de gamme, mélangé à celle du dessert exquis qu'ils venaient de manger. Cette combinaison délicieuse, se mêlant avec son effluve boisé et masculin fut intoxicante et lui fit perdre toutes pensées rationnelles.

Elle le désirait. Elle le désirait tellement que ça en était presque effrayant. Elle peinait à se contrôler. La voix au fond de son esprit qui émettait habituellement des ribambelles de doutes était à peine audible, recouverte par ce désir consumant.

Sans quitter ses lèvres, Draco fit glisser ses mains le long de ses cuisses, et elle se cambra machinalement, comme pour l'accommoder davantage, ignorant l'inconfort de la position sur le sofa étroit. Lorsqu'ils rompirent finalement le baiser, tous les deux haletants, Draco s'écarta un instant, et elle croisa son regard intense, assombri par le désir.

« Tu es certaine que c'est ce que tu veux, Ginevra ? » demanda-t-il dans un souffle.

Sa question la prit de court. N'était-il pas évident qu'elle n'attendait que cela ?

« Tu es certaine que tu ne le regretteras pas ? » insista-t-il. « Que nous pourrons continuer à travailler ensemble, comme avant ? »

Ginny savait pertinemment qu'elle ne pourrait plus reculer si elle décidait de continuer. Elle était certaine de son désir et de sa décision de s'y laisser succomber. Ses doutes concernaient surtout l'après. Elle craignait que cela mette en péril leur marché. Elle n'était pas de ces gens qui pouvaient séparer sa vie personnelle de sa vie professionnelle et agir comme si de rien n'était. Les sentiments récents qui avaient émergés à son égard s'intensifierait-ils si leur relation devenait intime ? Était-elle prête à mettre leur arrangement en péril pour succomber à ce désir, qui l'empêchait de penser de manière logique et rationnelle ?

« Je ne sais pas. » confessa-t-elle à demi-mots.

Les mots étaient sortis sans même qu'elle ne réfléchisse. Ils étaient pourtant le reflet de ses sentiments actuels. Elle vit une lueur indescriptible passer dans le regard de Draco et elle réalisa qu'elle avait sans doute prononcé les mauvaises paroles.

Ginny lui jeta un regard déconcerté lorsqu'il se redressa, mettant de la distance entre eux, avant de prendre une position assise sur le sofa. Ginny se redressa, les bras ballants, surprise par cet arrêt soudain.

« Que fais-tu ? » demanda-t-elle, un peu bêtement.

« J'ai ma réponse. » dit-il d'une voix étrangement calme, malgré les circonstances.

Avec un flegme surprenant, Draco remit lentement de l'ordre à sa chemise échevelée. Il se tourna vers elle, croisant son regard en plein désarroi.

« Tu ne sais pas ce que tu veux, Ginevra. » déclara Draco avec un calme olympien. « Et je ne te toucherai pas avant que ce soit le cas. »

La phrase, si décisive et tranchée, la prit au dépourvu. Pendant un bref instant, elle en fut presque offensée. Le sentiment la quitta pourtant lorsqu'elle fut traversée d'une prise de conscience soudaine.

Elle était l'élément problématique dans cette situation. C'était elle qui lui communiquait constamment le chaud et le froid. Draco n'aimait pas son indécision et voulait lui faire savoir. Et pouvait-elle réellement lui en vouloir ? songea-t-elle.

Ginny se redressa à son tour en silence, remettant de l'ordre à ses vêtements, les joues rosies par un mélange de frustration, d'émoi et de confusion.

Pourquoi les choses devaient-elles être aussi compliquées ?

Elle se releva, s'efforçant de garder sa contenance face à lui. En son for intérieur, cependant, ses émotions étaient en pagaille. Et lorsqu'elle quitta l'Augurey Magistral, Ginny se demanda si elle devait le remercier ou le maudire.

/

Hermione se tenait devant la pancarte oscillante d'un vieux pub à l'aspect douteux surnommé Le Lutin Voyageur. L'endroit ne lui était pas inconnu. C'était devant ce pubqu'ils avaient déposé Georgina, le jour de ses retrouvailles avec Théodore, quelques semaines plus tôt.

Elle fit une pause devant l'entrée, se demandant si elle devait poursuivre. Oui, songea-t-elle, presque immédiatement. Elle était déjà allée trop loin pour faire marche arrière maintenant.

Vu ses tarifs exorbitants, elle n'avait pas eu les moyens de s'offrir les services d'Oscar Sleezer. Elle avait cependant rassemblé toutes ses maigres économies, espérant obtenir une aide, même limitée. Devant la somme, il lui avait clairement indiqué qu'il ne pourrait pas faire une enquête. Il lui avait toutefois offert quelques conseils sur la manière d'aborder ce genre d'enquête de manière indépendante. Cela représentait déjà une aide colossale pour Hermione dont les moyens étaient limités.

Elle n'aurait jamais eu l'audace de lui demander de facturer sa demande sur le compte client de Théodore. Ce dernier s'était toujours montré très généreux avec elle – et insistait parfois pour l'aider financièrement, ce qu'Hermione refusait systématiquement. Elle n'aimait pas l'idée de prendre son argent, même si elle était dans le besoin. Elle s'était toujours débrouillée seule, malgré ses circonstances dans le régime. D'autre part, prendre son argent pour enquêter en secret sur sa sœur aurait été extrêmement déplacé.

Hermione se décida finalement à pousser la porte du pub, ignorant ses derniers scrupules. Quelque chose n'était pas net au sujet de Georgina et elle était déterminée à trouver de quoi il s'agissait.

Hermione avait d'abord visité plusieurs orphelinats, dans l'espoir de retrouver des informations dans leurs archives. Elle avait hésité à interroger Tamsin pour obtenir des détails sur l'établissement dans lequel les Nott avait abandonné Georgina mais avait craint que la doula en parle à Théodore. Cette piste ne s'était pas montrée très concluante.

Le Lutin Voyageur ne payait pas de mine et ne semblait pas être très fréquenté. Georgina leur avait indiqué qu'elle y travaillait à mi-temps pour un complément d'argent, en addition de son autre emploi de serveuse. Hermione s'approcha de la seule employée en vue – une serveuse avec un uniforme grisâtre dont la couleur avait déteint.

« Valeur et vigueur. » salua-t-elle poliment.

Elle saisit une image dans son sac qu'elle tendit à la serveuse. Il s'agissait d'une photo de Georgina et Théodore, prise deux semaines auparavant au Manoir, sur laquelle ils étaient bras dessus bras dessous, souriant joyeusement devant l'objectif.

« Je suis à la recherche de cette femme. » indiqua Hermione. « J'ai cru comprendre qu'elle travaillait parfois ici. »

La serveuse, qui mastiquait un chewing-gum de manière peu élégante, observa la photo d'un air blasé.

« Jamais vue. » répondit-elle.

« Vous êtes certaine ? Je crois qu'elle travaille ici à mi-temps. » insista Hermione.

« Ça fait six mois que je travaille ici et je n'ai jamais vu cette bonne dame. » assura la serveuse.

Hermione fronça les sourcils à l'entente de cette information. Cela signifiait donc que Georgina leur avait menti. Même si cela n'était pas la preuve irréfutable que cherchait Hermione, elle fut tout de même confortée dans sa démarche. Si Georgina avait menti sur ce détail de sa vie, sur quel autre sujet n'avait-elle pas été honnête ? L'once de culpabilité qu'elle ressentait envers Théodore se dissipa, au profit d'une résolution déterminée. Il était plus important que jamais qu'Hermione continue d'investiguer.

« Savez-vous quelque chose à propos des appartements au-dessus du pub ? » demanda avidement Hermione.

Elle avait aperçu une pancarte indiquant 'Chambre à louer pour un, trois ou six mois' à l'entrée du restaurant.

« Le patron pourra p't'être vous aider. » indiqua la serveuse. « C'est lui qui les loue. »

« Où puis-je le trouver ? » interrogea Hermione.

« Il s'ra là dans deux heures. » répondit impatiemment la serveuse. « En attendant, vous voulez commander quelque chose, oui ou non ? Y'en a qui travaillent, vous savez ? »

« Désolée. » s'excusa Hermione avant de prendre place à la table la plus proche.

La serveuse lui tendit le menu.

« Ragoût au bœuf et aux légumes, au menu du jour. » annonça-t-elle d'un ton désintéressé et mécanique.

« Juste une bièraubeurre, s'il-vous-plaît. » dit rapidement Hermione.

La serveuse hocha la tête avant de reprendre le menu et de s'éloigner vers une autre table, occupée par un groupe de Gobelins affichant des airs conspirateurs. Hermione observa l'intérieur du pub, à la fois nerveuse et excitée. Elle avait réclamé son après-midi auprès des Archives des Macmillan pour avoir le temps d'enquêter.

Elle s'était gardée de prévenir Théodore pour ne pas provoquer de questions auxquelles elle ne pourrait pas répondre. Deux jours après qu'Hermione soit rentrée chez elle suite à leur dispute, Théodore était venu la retrouver à son appartement, visiblement affecté par son départ soudain, s'excusant profusément de son attitude. Hermione, elle aussi, s'était excusée pour son insistance. Ils avaient tous deux été blessés par l'autre. Depuis, ils avaient préféré éviter le sujet de Georgina, conscients qu'il n'était qu'une source de conflit. Consciente de sa demande à Oscar Sleezer, Hermione s'était sentie coupable devant les repentirs de Théodore. Il était primordial qu'elle trouve quelque chose. Sinon, Théodore ne lui pardonnerait pas.

Le propriétaire du pub arriva deux heures plus tard, comme indiqué par la serveuse. Il s'agissait d'un homme chauve, au visage ridé et renfrogné et à l'air peu abordable.

« Excusez-moi ? » l'accosta Hermione tandis qu'il passait à côté de sa table. « Avez-vous un instant à m'accorder ? »

L'homme l'observa de haut en bas, avec méfiance. Son regard se posa sur l'insigne qu'Hermione portait toujours sur sa cape et elle vit le coin de sa bouche tressaillir, en signe de nervosité. Il s'agissait de son insigne d'employée chez Archives des Macmillan. Ces insignes étaient généralement trouvés dans la fonction publique.

« Vous êtes du Ministère ? » demanda-t-il d'un ton méfiant, se dandinant de gauche à droite, visiblement peu à l'aise.

Hermione devina qu'il avait confondu son insigne de travail avec ceux que certains officiers du Ministère de la Magie portaient. Elle réalisa que c'était une opportunité à saisir.

« J'ai quelques questions à vous poser. Ça ne prendra pas longtemps. » répondit-elle sans démentir ni confirmer sa question.

Le propriétaire sembla se renfrogner davantage, jetant un regard fuyant vers la porte du pub avant de reporter son attention sur Hermione. Elle ne put s'empêcher de remarquer à quel point son attitude semblait suspecte.

« Cinq minutes. » concéda-t-il finalement d'un ton bougon. « Suivez-moi. »

Il mena Hermione vers une porte où la mention Personnel avait été apposée grossièrement. Ils pénétrèrent dans une pièce qui semblait être un mélange entre un bureau et un débarras, remplie de bouteilles en tout genre, de paperasses et de matériel de bar.

« Asseyez-vous. » ordonna le propriétaire en désignant un tabouret de fortune, formé par des grimoires empilés à la stabilité douteuse.

Hermione s'y installa toutefois sans broncher et lui tendit la même photo qu'elle avait montré à la serveuse, quelques heures plus tôt. Dès que son regard se posa sur la photo, l'homme eut une grimace brève et ce fut suffisant pour qu'Hermione comprenne qu'elle était sur la bonne piste.

« Vous connaissez cette femme, n'est-ce pas ? » demanda Hermione.

Il sembla s'agiter davantage.

« Ça dépend. Qu'est-ce que je risque ? » demanda-t-il finalement.

« Ça dépendra de si vous parlez ou non. » indiqua Hermione d'un ton sérieux.

Il laissa échapper un long souffle.

« Je savais que ça finirait par arriver. » maugréa-t-il. « Je savais que cette gamine m'attirerait des problèmes, un jour ou l'autre. »

« Vous souhaitez parler directement ou dois-je simplement appeler les Aurors ? » questionna Hermione d'une voix posée.

Cela n'était qu'un bluff énorme de sa part, mais il sembla fonctionner.

« Que pouvez-vous me dire sur Georgina ? » demanda-t-elle en l'observant attentivement.

« Georgina ? C'est le nom qu'elle se donne, ces jours-ci ? » demanda-t-il avec un ricanement sans joie. « Je n'arrive plus à suivre, depuis. »

Sa réponse interpella Hermione.

« Que voulez-vous dire ? »

L'homme soupira profondément.

« Je lui loue fictivement l'une de mes chambres, à l'étage. » admit-il.

« Fictivement ? » répéta Hermione avec confusion.

« Elle ne la loue pas vraiment. Elle ne vit pas ici. Elle utilise juste l'adresse pour recevoir des courriers. » expliqua l'homme.

Sa réponse interloqua Hermione. Pourquoi Georgina mentait-elle sur son lieu de résidence ?

« Elle me paie une petite somme pour cet arrangement, rien de bien énorme, évidemment. » s'empressa-t-il d'ajouter. « Parfois, elle me demande de prétendre qu'elle travaille dans mon pub, aussi. »

Il commença à se justifier en prétendant qu'il s'agissait d'une somme modique, trop dérisoire pour être mentionnée dans sa comptabilité. Il jura avoir accepté car l'industrie de la restauration ne rapportait plus depuis quelques années. Hermione écouta à peine ses paroles, des pensées défilant à toute vitesse dans son esprit.

« Je n'en sais pas plus, d'accord ? Et d'ailleurs, la prochaine fois que je la croiserai, je vais lui dire que j'arrête ces conneries. » assura-t-il d'une voix déterminée. « Je ne veux pas avoir de problèmes à cause d'elle. »

« Savez-vous pourquoi elle fait cela ? »

« Non. Je ne suis au courant de rien. » clama-t-il.

Son air nerveux fit comprendre à Hermione qu'il n'était pas tout à fait honnête.

« Vous êtes certain de ça ? » demanda-t-elle d'une voix faussement complaisante. « Je n'aimerais pas faire des recherches supplémentaires et apprendre que vous ne m'avez pas donné toute la vérité. Cela pourrait avoir des retombées. »

A sa grande surprise, son bluff sembla de nouveau fonctionner. Elle pouvait désormais voir quelques gouttes de transpiration perler sur le cuir chevelu luisant de l'homme.

« Je crois que je me souviens de quelque chose d'autre. Ah oui… Plusieurs personnes sont déjà venues me demander des informations à son sujet. Je n'ai fait que leur confirmer qu'elle louait l'une de mes chambres. La dernière personne est venue i peine quelques mois. Elle m'a même laissé une carte. » dit-il en farfouillant dans son amas de papiers pour extirper un morceau de parchemin qu'il tendit à Hermione.

« Tenez, voilà. C'est tout ce que je sais, je vous le jure. » plaida l'homme.

Hermione observa la carte d'un air pensif.

« Et dites à vos patrons que je ne suis au courant de rien d'autre, hein ? Surtout si elle a fait quelque chose d'illégal. » ajouta-t-il.

Il secoua la tête.

« Ça t'apprendra, Freddy, à vouloir aider ces petites gamines. Elles savent comment manipuler les vieux comme moi, ça je vous le dis. Voilà ce qui se passe quand on veut être un bon samaritain. » poursuivit-il.

Hermione lui adressa un regard sceptique. Ses justifications étaient risibles. Cet homme était visiblement un propriétaire véreux, prêt à trouver tous les moyens de faire entrer de l'argent dans ses poches, sans se soucier de l'origine des fonds. Elle ne s'en formalisa pourtant pas davantage - elle avait d'autres chats à fouetter.

« Merci beaucoup. » indiqua Hermione en parcourant des yeux la carte. « Je reviendrais si j'ai d'autres questions. »

Elle prit congé, la tête encore plus confuse qu'à son arrivée, des centaines de questions se bousculant dans son esprit. Cette histoire allait au-delà de ce qu'elle avait imaginé en commençant son enquête. Hermione examina l'adresse indiquée sur le parchemin - celui d'une boutique d'accessoires pour créatures magiques surnommée Au Paradis Velu, située sur le Chemin de Traverse.

Les horaires mentionnés lui indiquèrent que la boutique était encore ouverte. Il lui restait deux heures avant le couvre-feu. Elle y ferait un tour rapide.

A son arrivée devant la façade charmante et colorée de la boutique, Hermione fut accueillie par un perroquet à cinq queues à l'entrée qui brailla un ''Valeur et Vigueur'' joyeux. Elle sursauta lorsqu'elle sentit quelque chose remuer sous ses pieds. En baissant la tête, elle aperçut deux yeux globuleux sur le tapis d'entrée intérieur, rivés sur elle, l'observant avec consternation. Le paillasson émit un gémissement plaintif, comme si le fait qu'on lui marche dessus était particulièrement douloureux.

« Désolée. » s'excusa Hermione avant de sauter sur le sol en pierre de la boutique.

Elle l'observa l'intérieur chargé du magasin, d'où se dégageait une odeur de renfermé, mêlé à un effluve forestier. Elle passait régulièrement devant cette boutique mais c'était la première fois qu'elle y mettait les pieds. La boutique pour créatures magiques du Quartier des Embrumes était bien plus accessible pour son porte-monnaie et probablement plus accueillante pour les sorciers de rang inférieur.

« Bienvenue au Paradis Velu, le paradis pour vos boules de poils, vos amis à nageoires et vos compagnons ailés. » lança une voix monocorde.

Le regard d'Hermione se dirigea vers un jeune homme installé au comptoir de la boutique, dont l'attention était rivée sur une bande dessinée.

« Valeur et vertu. Je cherche une certaine Honoria Furmage ? » demanda Hermione en montrant la carte.

« Maman ! » hurla l'employé du comptoir, faisant sursauter Hermione.

Une femme replète, aux cheveux d'un blond cendré, surgit à toute allure dans la boutique. Son visage rond arborait un air un peu paniqué, comme si elle venait d'être appelée pour une urgence. Le jeune homme désigna Hermione d'un geste bref de la tête avant de retourner à la lecture de sa bande dessinée.

« Valeur et vigueur. Mon nom est Hermione Granger. J'ai obtenu vos coordonnées par le propriétaire du Lutin Voyageur. » indiqua-t-elle. « Je cherche des informations sur une personne. »

La réponse de la femme la prit de court :

« Ça fait longtemps que j'attends ça. » indiqua la femme d'un ton solennel, avec un long soupir. « Je sais pour qui vous êtes là, venez. »

Elle conduisit Hermione à une table, près de l'arrière-boutique, non loin de deux étagères remplies de biscuits pour volatiles en tout genre. Hermione lui tendit la photo de Georgina et les yeux de la femme s'assombrirent.

« C'est bien elle. L'une des femmes qui a pourri la vie de ma famille. » murmura Honoria d'une voix tremblante.

« Que voulez-vous dire ? » interrogea Hermione, stupéfaite.

« Ça fait des mois que j'essaie de la retrouver et monter un dossier pour la traîner en justice. » affirma Honoria d'une voix dure.

Elle disparut quelques instants dans l'arrière-boutique, sous le regard perplexe d'Hermione. A son retour, elle tenait un gigantesque classeur qu'elle posa devant Hermione.

« Cette femme et sa sœur ont ruiné ma famille. » révéla Honoria, de la colère dans les yeux.

« Sa sœur ? » répéta Hermione.

« Oui, elles font équipe. »

Honoria extirpa ce qui ressemblait à un portrait de famille de son gigantesque classeur et le tendit à Hermione. Le cliché avait visiblement été pris pendant la période Yule, à en voir les décorations en arrière-plan. Sur la photo, on voyait Honoria qui tenait un homme à l'apparence frêle et fatiguée par le bras ainsi qu'un jeune homme qu'Hermione identifia comme le garçon au comptoir de la boutique. A leurs côtés, Hermione reconnut un visage qui la laissa médusée.

Sur la photo, aux côtés de cette famille, se trouvait Tamsin, la doula de fin de vie de Gislena Nott. Hermione écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, abasourdie. Honoria posa sur la photo un doigt dont l'extrémité était enduite d'un pansement qui couvrait à peine une brûlure.

« Cette femme a monté une arnaque bien rodée. Je l'ai appris à mes dépends. Elle se présente comme une accompagnatrice de fin de vie, et semble même faire son travail convenablement, du moins au début. En réalité, elle essaye d'entrer dans l'intimité de familles en situations difficiles pour recueillir des informations privées, comme le contenu de l'héritage. » indiqua la femme avec dégoût et colère.

Elle montra d'autres photos à Hermione.

« Mon époux – Martinus - est tombé gravement malade, il y a deux ans. Une dragoncelle incurable. Nous ne pouvions rien faire à part attendre. Pendant des mois, cette femme a fait partie de notre quotidien. Elle est presque devenue un membre de notre famille. Elle s'est montrée si bienveillante et si compréhensive. Évidemment, elle ne jouait qu'un rôle pour mieux nous berner et nous faire baisser la garde. Pendant ce temps, elle profitait de notre naïveté et de notre confiance pour soutirer des informations. Mon mari lui a révélé les détails d'une grosse somme d'argent qu'il avait gardé de côté pour les temps difficiles. Je ne l'ai su que trop tard. Cette femme a détourné l'argent et, après la mort de mon mari, a disparu du jour au lendemain. A cause des traitements onéreux pendant sa maladie que je ne pouvais plus rembourser, je me suis retrouvée endettée. J'ignore même si je vais pouvoir garder notre boutique familiale. » relata Honoria, les larmes aux yeux.

Hermione l'observait avec horreur, choquée par ses révélations.

« J'ai pu trouver deux autres familles qu'elle avait arnaqué, au fil de mon enquête. Son mode opératoire change selon les familles où elle se rend mais le but est toujours le même, essayer d'extirper tout ce qu'elle peut. Sa sœur vient parfois l'aider, selon les besoins. Dans notre cas, elle nous a fait croire qu'elle était une représentante de la banque Gringotts. Tout était bien rodé, son insigne, les papiers, sa façon de parler, tout. Ce sont des comédiennes professionnelles. » ajouta Honoria avec frustration.

« Vous dites donc que Tamsin est la sœur de Georgina ? » souffla Hermione, qui avait toujours du mal à croire ce qu'elle entendait.

« Son vrai nom n'est pas Georgina mais Iola. Iola et Tamsin Hillicker sont leurs vrais noms. Elles ont plusieurs identités, c'est pour cette raison qu'elles sont difficiles à retrouver. Et elles sont assez malignes pour mettre des gens dans leurs combines. C'est ce qu'elles ont fait avec le propriétaire du pub qui vous a envoyé ici. » expliqua Honoria.

La femme sembla chercher quelque chose dans son épais dossier et en tira d'autres images qu'elle tendit à Hermione. Sur l'un des clichés, elle reconnut Tamsin et Georgina – ou plutôt Iola - plus jeunes, parmi un groupe de jeunes, vêtues modestement. Sur un autre cliché, les deux sœurs exécutaient des figures gracieuses sur des balais en souriant à l'objectif. Hermione reconnut l'Envolée Synchronisée, la discipline de prédilection de Georgina.

« Voilà les rares informations que j'ai pu trouver sur leur passé. Ce sont deux orphelines qui ont fugué avant leur majorité. Leur trace est difficile à retrouver après cette fugue mais les preuves que j'ai rassemblées tendent à dire qu'elles ont commencé à faire des petites combines illégales très tôt. Avant de se lancer dans une arnaque bien plus organisée, évidemment. » continua gravement Honoria.

Hermione avait la gorge sèche tandis qu'elle écoutait le récit de cette femme.

« Qu'a-t-elle prétendu, dans votre cas ? » interrogea Honoria avec intérêt.

« Que Georgina - ou plutôt Iola - est la sœur jumelle disparue de mon petit-ami. » murmura Hermione d'une voix déboussolée, les mots provoquant un pincement d'inconfort dans son estomac.

« Comme c'est commode. Et j'imagine que ce secret de famille a été révélé à Tamsin à un moment donné ? » devina Honoria.

Hermione hocha la tête gravement. Son anxiété grandissait au fil des secondes tandis qu'elle réalisait l'ampleur de la situation. Sous le couvert de son accompagnement, Tamsin s'était infiltrée dans le quotidien des Nott pour en apprendre le plus possible sur eux. Elle avait patiemment attendu que Gislena lui raconte ses secrets pour pouvoir en tirer bénéfice. A la mort de Gislena, elle avait alors pu mettre son plan diabolique en marche en utilisant sa sœur pour usurper l'identité de Georgina Nott. Combien de temps auraient-elles pu profiter de la situation si Hermione n'avait pas fait cette enquête ? songea-t-elle avec horreur. Comment pouvait-on être aussi machiavélique et exploiter ainsi le malheur des autres par pur appât du gain ?

Hermione réalisa toutefois qu'un détail ne semblait pas coller : la ressemblance frappante de Iola avec Théodore et Gislena.

« Je ne comprends pas comment c'est possible. » commença Hermione avant de vocaliser ses doutes à la femme.

« Je ne vous ai pas du tout dit. » poursuivit la femme d'un ton sinistre. « Iola est Métamorphomage. C'est d'ailleurs ce qui leur permet d'être aussi efficaces et convaincantes. »

Un éclair de lucidité frappa Hermione face à ces paroles. Tout prenait son sens. Cela expliquait ce détail qu'elle avait remarqué, quand elle avait trouvé Iola dans la galerie du Manoir des Nott.

Elle avait vu ses yeux prendre une teinte noisette, sans doute leur couleur naturelle. Pourtant, lorsqu'Hermione avait jeté un nouveau regard au visage de la jeune femme, les yeux de cette dernière avait repris la même teinte perse de Théodore. Ce jour-là, Hermione s'était persuadée de l'avoir rêvé ou d'avoir été trompée par un reflet de lumière.

Même si les métamorphomages pouvaient altérer leur apparence, ils ne pouvaient pas faire de changements profonds sur les traits du visage. Iola avait toutefois pu modifier des détails clefs - comme ses yeux ou la forme de son nez. Ces changements avaient été amplement suffisants pour pouvoir feindre une ressemblance avec les Nott. Après tout, aucun d'eux ne connaissait le visage adulte de la vraie Georgina.

Comment ces femmes étaient-elles capables de faire un acte aussi cruel et vicieux ? songea-t-elle avec indignation.

« Votre cas est encore plus pervers que le nôtre. » affirma Honoria avec pitié. « Au moins, elle a eu la décence de disparaître après la mort de mon mari. On dirait qu'elles auraient pu vous tromper encore très longtemps. »

En profitant du secret des Nott, les sœurs Hillicker auraient pu les extorquer pendant des mois voire des années. Iola avait d'ailleurs déjà soutiré à Théodore des sommes d'argent conséquentes en quelques semaines seulement. Qui savait ce qu'elle avait pu soutirer d'autre ? Hermione se rappela l'avoir vue à plusieurs reprises errer dans la demeure, observant ses alentours avec intérêt. Lorsque Théodore lui avait fait la visite du Manoir, Iola avait posé énormément de questions sur la provenance de certains objets. Hermione réalisa qu'il ne s'agissait pas d'une appréciation pour l'art mais d'une tentative pour estimer la valeur de ces œuvres. Elle n'aurait pas été étonnée d'apprendre que Iola était sur le point de subtiliser des objets de valeur lorsqu'elle l'avait surprise dans la galerie du Manoir.

En entamant cette enquête, Hermione ne s'était pas attendue à découvrir une vérité aussi sinistre. Si une partie d'elle était contente d'avoir eu raison, l'autre partie, elle, ressentait une angoisse extrême face à ce qui suivrait. Elle le savait, quand Théodore apprendrait la vérité, il serait dévasté.


Et une révélation, une ! La plupart d'entre vous trouvaient ''Georgina'' très louche, à juste titre. Mais est-ce que vous vous imaginiez que ce serait à ce point ? Et surtout – que la doula Tamsin serait la tête pensante derrière cette arnaque cruelle ? Heureusement que notre petite Hermignonne était à la rescousse sur ce coup-là !

Quant à Draco et Ginny… Vous êtes suffisamment frustrés ou pas encore ? On se console quand même en se disant qu'on a fait un grand bond entre ces deux-là… Mais on veut les voir se grimper dessus pour l'amour de Merlin !

Et avouez-le, Pansy et ses délires vous avaient manqués !

J'espère que ce chapitre vous a plu et je vous encourage à laisser un commentaire si ça a été le cas :)

A bientôt pour la suite :3

Fearless