Valeur et vigueur tout le monde,

J'espère que je vous ai manqué. J'ai passé de super vacances, les parcs et les attractions HP étaient juste génialissimes, encore mieux que mes attentes ! Et bien sûr, j'ai représenté ma maison (Serpentardgang) donc très fun.
Un énorme merci à Sarah Maes, Jiwalumy, Lestrange-maria, Brouette, plinchy, Charlène, Ginny Danae Malfoy, Fleur d'Ange et DI5M pour vos reviews. Je finirais d'y répondre ce weekend car trop claquée !

Montage/playlist pour ce chapitre dispos sur mon profil. Bonne lecture !

XL. Concours de circonstances

Ginny ferma les yeux et se massa lentement les tempes, s'efforçant de contenir son irritation face à l'émission pour enfants qui résonnait sur le poste de radio depuis plusieurs heures, sans interruption. La RITM des Petits Sorciers passait actuellement les aventures des mascottes de la station, relatant leur périple durant une folle chasse au trésor.

Ginny ouvrit les yeux et son regard se posa immédiatement sur sa nièce dont l'attention était rivée sur le poste de radio. Victoire, elle, ne semblait pas se lasser des morceaux qui passaient à répétition depuis le début de l'après-midi.

« Ta tasse de thé. » retentit la voix fluette de Fleur, sa belle-sœur. « Désolée pour le retard, Nicky a encore eu une colique. »

Avec un sourire désolé, elle tendit une tasse de thé fumante à Ginny. Cette dernière la remercia chaudement.

« Victoire. » appela Fleur à l'attention de sa fille aînée. « Va écouter tes émissions dans ta chambre. Tu ne vois pas que tu es en train de fatiguer ta tante avec les aventures de Milo et Porco ? »

Victoire attrapa ses figurines et se rua en direction des escaliers sans demander son reste.

« Elle est de meilleure humeur. » commenta Ginny en observant sa nièce s'éloigner d'un pas joyeux. « Comment les choses se passent-elles, à l'école ? »

« Beaucoup mieux depuis le retour des congés de Yule, je dois dire. » annonça gaiement Fleur en agitant sa baguette vers le landau de Dominique qui se mit à osciller lentement.

Ginny était heureuse d'entendre que sa nièce n'était plus la cible du harcèlement de ses camarades plus âgés. Elle éprouva pourtant une vague culpabilité à l'idée de ne pas s'être enquis de la situation plus tôt. Depuis les fêtes de fin d'année, Ginny n'avait pas rendu visite à sa famille – fait surprenant étant donné qu'elle était habituée à dîner avec eux au moins une fois par semaine. Son emploi du temps rempli ne lui permettait plus de voir ses proches aussi régulièrement.

Après son séjour au chalet des Parkinson, elle avait élu domicile chez son frère, prétendant qu'une infestation de doxys venimeux avait forcé les locataires à quitter les lieux temporairement, dans l'attente de la décontamination du bâtiment.

Ginny n'était pas non plus retournée travailler depuis son retour. Pansy lui avait accordé un congé sans soldes afin qu'elle se 'remette de ses émotions' Un prétexte qu'elle avait trouvé étrange mais qu'elle n'avait pas contesté. Elle s'était même demandée s'il s'agissait d'une requête de Draco.

Ginny vivait donc recluse à la Chaumière aux Coquillages. Entre une nièce hyperactive et un bébé qui ne faisait pas encore ses nuits, cela n'avait pas été une partie de plaisir. Quant à Bill et Fleur, ils avaient tous les deux de fortes personnalités et même s'ils prétendaient qu'elle ne les dérangeait pas, Ginny avait l'impression d'être de trop dans leur quotidien. Même si elle adorait sa famille, elle appréciait l'indépendance qu'elle avait acquise ces deux dernières années.

Être de retour sous le toit de Bill était difficile à gérer pour elle. Il avait l'insupportable manie de la traiter comme une enfant. Elle était fatiguée de devoir se justifier lorsqu'elle sortait. Fleur, elle, semblait ravie de la présence de Ginny. Cela lui permettait de prendre une pause et d'obtenir son aide avec les enfants.

Malgré sa frustration, Ginny ne se plaignait pas. Elle savait qu'elle serait forcée de vivre sous leur toit jusqu'à nouvel ordre pour des raisons qu'elle ne pourrait jamais leur révéler et n'aurait d'autre choix que de se soumettre aux règles de la maison.

Elle avait eu peu de nouvelles de Draco après leur visite chez les Nott et la conversation houleuse qui avait suivi. Il lui avait indiqué qu'il serait occupé à cause de son absence impromptue à l'Augurey Magistral et qu'il la contacterait dès qu'il aurait davantage d'informations de la part de son détective privé.

Il avait contacté Ginny deux jours plus tôt, entre deux réunions, pour lui demander les coordonnées du propriétaire de son appartement. Même si elle aurait souhaité discuter plus longtemps, elle était consciente des nombreuses obligations de Draco. Il avait bien d'autres choses à faire que de l'occuper pendant qu'elle se morfondait chez sa famille, complètement désœuvrée.

Elle n'était pas certaine de la manière dont leur relation évoluerait après ces moments intenses qu'ils avaient partagés dans le chalet, loin de leur quotidien.

Leur relation avait pris un nouveau tournant - pas seulement sur le point de vue physique - mais également émotionnel. Jamais Ginny n'aurait pu imaginer qu'ils se rapprocheraient autant et elle devait admettre que cette connexion intime l'effrayait encore – tant elle était intense et inattendue.

Les pensées de Ginny s'égarèrent vers cette première nuit incroyable qu'ils avaient passée ensemble. Elle ressentait encore des frissons lorsqu'elle y pensait. Le troisième et dernier jour de leur séjour au chalet avait été particulièrement torride. Sans doute s'étaient-ils sentis enclins à rattraper ce désir ardent qu'ils refoulaient depuis des mois - mais ils ne s'étaient pas arrêtés, enchaînant les quatre coins du chalet, incapables de détacher leurs mains l'un de l'autre.

Lorsqu'elle se trouvait en compagnie de Draco, une énergie fulgurante, difficile à décrire, planait dans l'air. Comme de l'électricité statique qui traversait tout son corps - de ses cheveux jusqu'à sa voute plantaire. Dans ces moments-là, elle ne voyait que lui. Il lui coupait presque le souffle. Et lorsqu'il la touchait, elle se sentait défaillir.

Elle ne se rappelait pas avoir éprouvé autant de plaisir avec son ex pendant leur relation. Ce qu'elle avait ressenti avec Olivier lui paraissait désormais bien pâle en comparaison des sentiments qui l'animaient lorsqu'il s'agissait de Draco.

« Il était bon ? » demanda la voix de Fleur, la sortant de ses pensées inappropriées.

Ginny faillit s'étouffer avec sa gorgée de son thé. Elle toussa bruyamment.

« Q…Quoi ? » balbutia—t-elle.

« Le thé. » précisa Fleur, levant un sourcil parfaitement dessiné. « J'ai rajouté de la camomille dedans, je ne sais pas si tu allais aimer. »

« Oh… Je… Oui, très bon. » répondit rapidement Ginny en se frottant la nuque, embarrassée par sa propre réaction.

Le reste de l'après-midi se passa en toute quiétude, sans les bruits insupportables de la radio pour enfants de Victoire et Ginny finit même par se détendre.

Pendant le dîner, elle sentit son miroir à double sens émettre des vibrations dans sa poche et elle s'excusa auprès de Bill et Fleur avant de quitter la pièce, pour plus de discrétion. Elle se réfugia dans le hall d'entrée, et extirpa le miroir de sa poche. Le visage de Draco apparut dans le reflet.

« Est-ce que je te dérange ? » demanda-t-il.

« Non. » indiqua Ginny à voix basse en jetant un regard vers le couloir pour s'assurer que personne ne pouvait l'entendre. « Mais je ne peux pas parler très longtemps. »

« Je ferai court. Peux-tu me rejoindre chez Pansy, demain, vers dix heures ? »

« Oui. Est-ce que tout va bien ? » demanda la jeune femme, un peu anxieuse.

« Pas de raison de t'inquiéter. Nous en parlerons demain. » assura brièvement Draco.

Elle entendait des voix provenir de son côté et elle devina qu'il ne pouvait probablement pas parler en toute liberté.

« Je dois te laisser. A demain, Ginevra. » dit-il rapidement, avant de couper la conversation.

Elle observa le visage de Draco disparaître du miroir. Elle était heureuse d'avoir eu de ses nouvelles, même brièvement. Draco n'était pas du genre à s'épancher pendant des heures, surtout à distance, elle en avait conscience. Elle mentirait toutefois en prétendant ne pas vouloir davantage de temps et d'attention de sa part. A son retour dans la salle à manger, Bill et Fleur lui jetèrent des regards curieux.

« C'était au sujet de mon travail. » mentit-elle en reprenant sa place. « Je dois y retourner demain. »

L'excuse sembla suffisamment plausible car la conversation se porta vers un autre sujet.

Le lendemain, Ginny accompagna Victoire à l'école. Elle suivit sa nièce tandis qu'elle courait en direction de deux petites filles de son âge. Victoire insista pour présenter sa 'tante préférée' à ses deux camarades, l'air surexcité. Ginny ne put s'empêcher de sourire avec attachement tandis qu'elle les observait entrer dans le bâtiment.

Elle prit la direction de l'immeuble de Pansy qui se trouvait également dans le même quartier, à seulement dix minutes de marche. Les londoniens fortunés plaçaient sans doute leur jeune progéniture dans cet établissement afin de les préparer à entrer à Poudlard, la meilleure institution magique du pays, réservée aux sorciers bien-nés.

A son arrivée dans le hall de l'immeuble de Pansy, Draco l'attendait déjà. Ses yeux gris se posèrent sur elle, et immédiatement, elle ressentit ce pincement dans le ventre, comme à chaque fois qu'elle le voyait.

« Valeur et vigueur, Ginevra. » la salua-t-il avec politesse, sa voix plate et mesurée.

« Valeur et vertu. » répondit-elle sur le même ton, consciente des regards des gardes du hall sur eux.

« Allons-y. »

Elle suivit Draco et fronça les sourcils en constatant qu'ils se dirigeaient vers un ascenseur différent. Parmi les trois ascenseurs du hall, l'un d'eux était exclusivement réservé à Pansy et ses visiteurs. Il donnait uniquement accès à l'appartement-terrasse du dernier étage. Draco fit signe au Mangemort qui l'escortait de rester en retrait et ce dernier ne pénétra pas dans l'ascenseur avec eux.

« Pourquoi nous prenons cet asc… » commença à interroger Ginny, confuse.

Elle ne termina néanmoins pas sa phrase. Dès que les portes de l'ascenseur se refermèrent sur eux, Ginny sentit les bras de Draco la saisir par la taille et l'attirer vers lui. Ses lèvres se pressèrent contre les siennes, dans un baiser ardent qui la laissa titubante pendant un instant. Une fois sa surprise passée, elle répondit à son baiser avec autant d'entrain. La cloche de l'ascenseur retentit lorsqu'ils arrivèrent à l'étage et ils s'écartèrent, à bout de souffle. Draco remit de l'ordre à son col et lorsque les portes s'ouvrirent de nouveau, sortit de l'ascenseur comme si de rien n'était. Ginny lui emboîta le pas, ses joues légèrement rosies et son cœur palpitant un peu trop vite dans sa poitrine.

Elle observa ses alentours. Ils se trouvaient dans une section de l'immeuble qu'elle n'avait jamais vue. Probablement l'un des étages inférieurs.

Draco traversa le long corridor, en direction de la dernière porte de l'étage. Il extirpa une clef de sa poche et l'introduisit dans la serrure qui émit un clic avant de se déverrouiller.

« Après toi. » lança Draco en s'effaçant pour la laisser entrer.

D'un pas hésitant, Ginny entra à l'intérieur et jeta un regard circulaire à la pièce. Il s'agissait d'un large appartement aux grandes baies vitrées, complètement vide.

« Que faisons-nous ici ? » demanda-t-elle en se tournant vers Draco.

« Ton nouveau chez-toi. » annonça Draco d'une voix tranquille.

Ginny ouvrit la bouche, prise au dépourvu.

« Q… Quoi ? » dit-elle, interloquée. « Tu plaisantes ? »

Son air lui prouva néanmoins qu'il était sérieux.

« Tu as besoin d'un nouvel endroit où vivre. Et j'imagine que tu ne veux pas rester chez ta famille pendant des mois ? » demanda-il en levant un sourcil.

« Non… Mais ça ? » dit-elle en désignant l'appartement d'un geste de la main, un peu intimidée. « Je n'ai pas les moyens de vivre ici, Draco. »

Elle avait été forcée de partager un appartement avec Hermione dans un quartier mal famé de la ville parce que c'était la seule alternative que son budget lui autorisait. Et même si elle gagnait bien mieux sa vie désormais, elle n'aurait jamais les moyens de vivre dans un endroit aussi luxueux, dans les plus beaux quartiers de la ville.

« Ne te préoccupe pas de ça. » répondit Draco pour seule réponse. « Tu veux faire un tour ? »

Ginny hocha la tête et lui emboîta le pas. L'appartement était immense comparé à celui dans lequel elle vivait. Même s'il ne comprenait qu'une seule chambre, elle était gigantesque. Tout lui paraissait si grand, si spacieux. De la cuisine lumineuse en passant par la salle de bain imposante, qui comprenait une large baignoire ainsi qu'une douche. L'endroit n'était évidemment pas aussi grand que l'immense appartement-terrasse de Pansy, qui occupait l'équivalent de deux étages entiers de l'immeuble. Pour Ginny, toutefois, c'était un luxe qu'elle n'aurait jamais cru pouvoir entrevoir. Draco l'observa avec amusement tandis que son excitation grandissait à mesure qu'elle visitait.

« Tu es vraiment sérieux ? » insista-t-elle pour la troisième fois, depuis le début de la visite, comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait pas.

Elle ignorait pourquoi elle s'attendait à ce qu'il lui révèle qu'il s'agissait d'une mauvaise blague. Elle savait pourtant que ce n'était pas son genre.

De nouveau, Draco hocha la tête.

« Tu pourras dire que c'est un appartement de fonction. Ça évitera les questionnements. » ajouta-t-il en plaçant ses mains dans les poches de sa cape.

Il avait déjà pensé à tout, comme d'habitude. Comment aurait-elle pu expliquer à ses proches qu'elle vivait dans un endroit pareil sans s'attirer leurs suspicions ? Bill penserait immédiatement à des choses malsaines. Prétendre qu'il s'agissait d'un appartement de fonction qu'elle pouvait occuper pour sa proximité avec Pansy était une excellente justification.

« Je… Je ne sais vraiment pas quoi dire, Draco. » murmura-t-elle, encore stupéfaite.

« Un 'merci' suffira amplement. Tu m'as sauvé la vie à deux reprises. C'est le moins que je puisse faire. » ajouta-t-il en haussant les épaules.

Elle fut surprise de l'expression sincère de sa reconnaissance. Évidemment, elle l'avait fait sans intérêt et n'attendait rien en retour.

« Je vais officiellement être au service de Pansy vingt-quatre heures sur vingt-quatre. » dit Ginny avec un rire désabusé.

Sa remarque sembla amuser Draco.

« C'est encore vide, mais j'imagine que Pansy et son assistante pourront t'aider pour la décoration. » ajouta-t-il. « Et tu pourras emménager quand tu le souhaites. »

Elle hocha la tête frénétiquement, incapable de cacher son excitation.

« D'ailleurs, j'ai quelques nouvelles au sujet de ton ancien appartement. Mon détective privé est allé voir ton propriétaire. » informa Draco.

Apparemment, le propriétaire avait placé un sortilège anti-brigand sur toutes les entrées de l'appartement. Ces sorts différaient des sorts anti intrusion qui empêchaient toute entrée. Le sort anti-brigand, était une alternative moins coûteuse - et peu surprenante pour le propriétaire de l'immeuble qui était particulièrement pingre et qui tentait d'éviter à tout prix les dépenses superflues.

Si le sort n'empêchait pas les intrusions, il bloquait toutefois toutes les sorties après une intrusion illégale. Le sortilège ne durait que quelques heures mais était un moyen de coincer les voleurs. Le sort était appliqué par le Réseau des Protections Domestiques du Ministère et était supposé leur envoyer une alerte dès qu'il était activé. Ils envoyaient généralement des agents de sécurité ou des Aurors sur place. Apparemment, le propriétaire n'avait pas payé la facture depuis plusieurs mois, voulant probablement économiser quelques gallions. Aucune notification n'avait donc été faite au sujet de l'intrusion.

« Donc ce type ne pouvait probablement pas sortir. » devina Ginny.

Cela expliquait l'hésitation de l'assaillant lorsqu'il avait voulu ouvrir la porte.

« Et des pistes sur son identité ? » demanda Ginny avec appréhension.

« Pas encore. Mais un voisin a vu un homme correspondant à sa description traîner dans le coin les jours précédents. S'il y a la moindre avancée à ce sujet, Sleezer me préviendra. Mais tu ne peux pas retourner vivre là-bas. » décréta Draco.

Ginny hocha la tête, anxieuse. Savoir que cet homme inconnu en avait après elle ou Hermione et qu'il préparait son coup depuis des jours était angoissant.

Des coups énergiques contre la porte d'entrée se firent entendre et Ginny sursauta, observant Draco avec appréhension. Il fronça les sourcils et se dirigea vers la porte. Lorsqu'il l'ouvrit, son visage perdit son expression interrogatrice au profit d'une mine blasée.

« Pouvoir et pureté. » s'exclama une voix familière.

Pansy Parkinson pénétra à l'intérieur de l'appartement, observant ses alentours avec appréciation. Le talon de ses bottes interminables résonna sur le parquet lustré de la pièce. Elle tendit une bouteille d'hydromel soigneusement décorée par un nœud rose à Ginny qui s'en empara avec un rire mi-nerveux, mi-surpris.

« Pour ma nouvelle voisine préférée. » dit Pansy d'un ton joyeux.

Elle observa l'appartement avec intérêt.

« A quand la pendaison de crémaillère ? » demanda-t-elle avec entrain.

Draco lui adressa un regard blasé. Il semblait agacé par son interruption soudaine. Pansy fit toutefois mine de ne pas le remarquer, prenant un air innocent qui ne trompait personne.

« Comment savais-tu que nous étions ici ? » demanda Draco d'une voix traînante.

« Parce que j'ai des connexions dans l'immeuble, chaton. » rappela-t-elle, évasive. « Tu aurais pu me dire que c'était pour Ginny que tu voulais savoir s'il y avait pas de logement libre dans l'immeuble. »

Elle ignora l'air irrité de Draco.

« Ne faites pas attention à moi. Je vais visiter. » indiqua-t-elle avant de disparaître dans le couloir.

Ginny l'observa s'éloigner avec un sourire lassé puis se tourna vers Draco.

« Je dois retourner à l'hôtel. » annonça-t-il.

« Très bien. » dit-elle d'un ton déçu.

Elle avait espéré pouvoir passer davantage de temps en sa compagnie.

« Tiens. C'est à toi, maintenant. » indiqua-t-il en lui tendant un trousseau de clefs. « Même si je pense qu'il va falloir changer la serrure pour éviter les entrées indésirables. »

En prononçant ses paroles, il avait jeté un regard vers le couloir où Pansy avait disparu. Ginny ne put s'empêcher de lâcher un rire. Draco s'approcha d'elle et posa de nouveau ses lèvres sur les siennes. Elle frissonna au contact de ses mains sur sa taille. Cela eut pour effet de raviver les sensations qu'elle avait ressenties, deux semaines plus tôt, dans l'intimité du chalet. Si Ginny avait écouté son instinct, elle ne l'aurait sans doute pas laissé partir aussi rapidement. Elle était certaine qu'ils trouveraient un moyen original de se laisser aller à leurs désirs malgré le vide de l'appartement.

Le rire de Pansy dans la salle adjacente la ramena à la réalité et Ginny quitta à contrecœur l'étreinte de Draco. Ils échangèrent un long regard qui eut l'effet d'accélérer les battements de son cœur et Draco prit finalement congé. Quelques instants plus tard, Pansy fit de nouveau irruption dans le séjour.

« Cet endroit est adorable mais décidément trop petit. Tu n'as pas suffisamment de place pour un dressing digne de ce nom. » décréta-t-elle.

Elle haussa les épaules.

« Mais ça va te changer du placard à balais dans lequel tu vivais avant. » ajouta Pansy, faisant preuve de son manque de tact légendaire. « Et puis ça ressemblera à quelque chose quand il y aura des meubles. Quand arrivent-ils ? »

« Rien n'est encore prévu. » admit Ginny. « Draco m'a dit de voir avec toi et Romilda pour choisir. »

« Un excellent conseil de sa part. J'ai la meilleure décoratrice d'intérieur du pays. Je demanderai à Romilda de nous organiser un rendez-vous avec elle. J'imagine que le budget est… illimité ? » ajouta-t-elle avec un air conspirateur.

« Je ne suis pas certaine que… » commença Ginny.

Pansy l'ignora, commençant déjà à parler de ses plans ainsi que des différentes teintes et styles décoratifs qui siéraient à l'endroit. Après quelques minutes, elle changea le sujet.

« Tu as écarté les cuisses, pas vrai ? » demanda-t-elle d'une voix directe, avec un sourire en coin.

Ginny se sentit furieusement rougir.

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » dit Ginny, sans vraiment la regarder dans les yeux.

« Pas à moi, chérie. Je l'ai remarqué immédiatement lorsque je suis entrée. Ça transpire dans l'air. Il s'est visiblement passé quelque chose entre vous. »

« Comment fais-tu pour deviner ces choses ? » demanda Ginny en l'observant avec un mélange d'admiration et de stupéfaction.

« C'est mon métier, chaton. » rappela Pansy. « Je te rappelle que je suis payée pour remarquer ce genre de choses. Et puis Draco n'était visiblement pas content de me voir vous interrompre. Si les regards pouvaient tuer, je serais déjà enterrée. Quelle façon de traiter sa meilleure amie, vraiment. »

« Tu vas me faire la morale ? » demanda Ginny en levant un sourcil.

Pansy lui avait conseillé à plusieurs reprises de ne pas céder si cela pouvait mettre en péril son marché avec Draco. Elle devait être certaine qu'il respecterait ses engagements.

« Oh non, absolument pas. Au contraire. » s'enthousiasma Pansy. « Tu sais combien coûte le loyer d'un appartement comme celui-ci ? Surtout dans le marché immobilier actuel ? Si Draco t'installe ici à ses propres frais, je peux te garantir que tu as réussi ton coup. Il doit être mordu de toi. »

Elle jeta un regard circulaire à la pièce.

« Et puis, tu crois sincèrement que Draco allait te laisser continuer à vivre dans cette boîte à chaussures glauque après ce qu'il s'est passé ? Par Voldemort, c'est la première et la dernière fois que je mets les pieds dans un quartier pareil, crois-moi. »

Elle tressaillit de façon théâtrale, comme si elle se remémorait un souvenir particulièrement désagréable.

« Il voulait me remercier de lui avoir sauvé la vie. » dit Ginny.

Pansy se tourna vers elle, l'observant avec mansuétude.

« Décidemment, tu aimes vraiment te voiler la face lorsqu'il s'agit de Draco. Ta désillusion serait presque adorable si elle n'était pas aussi lassante. »

Ginny lui envoya un regard confus.

« De un - Draco a failli y passer en voulant te venir en aide cette nuit-là. De deux - il t'installe dans l'un des meilleurs quartiers de la ville et tu prétends encore ne pas comprendre ? A ton avis, c'est le comportement d'un homme qui veut juste te remercier ? » interrogea Pansy d'un air entendu.

Ginny secoua la tête. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas comprendre. Après tout, dans le chalet, Draco n'avait pas maché ses mots et elle savait désormais qu'il partageait les mêmes sentiments qu'elle nourrissait envers lui. Elle craignait toutefois d'aller trop vite, et de se jeter la tête la première dans cette relation. Une partie d'elle l'implorait de rester calme. Probablement un mécanisme de défense après sa relation désastreuse avec Olivier Dubois qui l'avait profondément blessée. Elle avait peur de souffrir. Et elle le savait, Draco Malfoy était le genre d'hommes qui pourrait la faire souffrir.

« D'accord… Mais cet appartement ? Je ne sais pas quoi dire. C'est juste… trop. » admit Ginny.

« Eh bien ne dis rien à part 'merci'. Je ne veux jamais t'entendre dire que c'est 'trop' et encore moins devant Draco. Il faut apprendre à accepter les cadeaux qu'un homme te fait et ne pas contester la valeur qu'il place sur toi avec des phrases toutes faites comme ''tu n'aurais pas dû'' ou ''c'est trop''. Tu préférerais qu'il te mette dans un taudis ou une boîte à chaussures comme celle où tu vivais avant ? » demanda Pansy en levant un sourcil.

Ginny secoua la tête. Pendant un moment, elle eut l'impression d'être l'une de ces femmes que Pansy coachait dans ses chroniques et dans ses séminaires dédiés aux relations amoureuses.

« Quoi qu'il en soit, je suis ravie que mon plan vous ait permis de passer plus de temps ensemble et d'enfin concrétiser. » ajouta Pansy d'un ton guilleret.

Ses paroles provoquèrent la stupéfaction de Ginny qui écarquilla les yeux.

« Qu'est-ce que tu veux dire ? »

« Tu t'es bien rendue compte que Draco n'a pas eu besoin de trois jours pour s'en remettre ? » demanda Pansy sur le ton de l'évidence. « Sa rémission a dû être pliée en vingt-quatre heures maximum, non ? »

« Tu veux dire que tu m'as menti ? »

« Oh, tout de suite les grands mots. J'ai juste profité d'une opportunité qui se présentait à moi. J'ai peut-être embelli quelques détails ici et là mais c'était pour la bonne cause. Vous aviez besoin d'être seuls, sans interruption. »

« Donc tu n'as pas seulement menti, tu nous as aussi manipulés ? » reprit Ginny en fronçant les sourcils. « A moins que Draco était aussi courant ? »

« Bien sûr que non. Tu ne m'écoutes jamais et lui encore moins. » répliqua Pansy, sans la moindre culpabilité. « Cette superbe idée était de moi. N'oublie pas que j'ai été répartie à Serpentard, chaton. »

« Où ça ? » demanda Ginny, sans comprendre.

« J'oublie toujours que tu n'es pas allée à Poudlard. » répondit Pansy en secouant la tête. « Mais tu vas vraiment me blâmer alors que tout s'est passé comme tu le voulais ? Tu es heureuse du résultat, non ? »

« Oui mais ce n'est pas la question. » protesta Ginny.

« Dans ce cas, je ne vois aucun problème. » répliqua Pansy.

Ginny laissa échapper une exclamation de frustration. Elle n'insisterait pas davantage. Elle savait qu'elle n'aurait jamais le dernier mot avec Pansy.

« Vous aviez besoin d'aide et c'est exactement ce que j'ai fait. Et puis très sincèrement, je commençais à me lasser. Je n'ai jamais lu un livre où les protagonistes mettaient autant de temps à avouer leurs sentiments. J'aurais déjà demandé un remboursement à l'auteur, vingt chapitres plus tôt.

Une lueur d'excitation passa dans les yeux de Pansy.

« Quoi qu'il en soit, je suis venue aux nouvelles parce que Draco ne voulait rien me dire depuis votre retour. Le suspense était insupportable. » ajouta-t-elle d'un ton dramatique. « Comment c'était ? »

Ginny émit un long soupir, un sourire se fendant sur ses lèvres.

« Pansy… C'était parfait. »

Pansy eut un sourire en coin et brandit la bouteille d'hydromel avec enthousiasme.

« Raconte. Je veux tout savoir. »

/

« Surprise ! Encore un autre dossier à gérer avant la fin de la semaine. » annonça une voix accablée.

Bernie Pillsworth leva la tête et jeta un regard désespéré en direction de sa collègue, Mona Radford. Elle venait de poser un énième fascicule sur son bureau déjà jonché de paperasse.

« Ça n'en finit pas. » se plaignit Mona avant de rejoindre son propre bureau, dans le cubicule adjacent à celui de Bernie.

Dépassé, Bernie observa le nouveau dossier avant de le placer sur la pile qui attendait toujours qu'il se penche dessus. Plusieurs fois par jour, il se posait la même question – pourquoi continuait-il à s'infliger cela ?

Pourquoi n'était-il pas resté à son ancien poste, au Service de maintenance et de conciergerie du Ministère ? Il aurait eu une position confortable, sans trop de stress.

C'était probablement l'appât du gain qui avait motivé sa décision, songea Bernie. S'il avait su qu'il n'aurait grimpé qu'un seul échelon dans la hiérarchie depuis, il aurait pris une autre décision pour sa carrière.

Il avait désormais un crédit immobilier à rembourser, et trois bouches à nourrir à la maison. Il n'était plus en mesure de prendre des risques professionnellement parlant.

Son métier n'était pas horrible, loin de là. C'était les restrictions budgétaires, les changements incessants de supérieurs et la récente insistance de la Ministre sur la productivité des employés qui rendaient la tâche aussi pénible.

Bernie était fonctionnaire au sein du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire. Son équipe était une petite cellule de la Commission d'enregistrement des Sang-Impurs et Indésirables, chargée d'investiguer les demandes régulièrement déposées par les citoyens qui suspectaient certains individus de mentir sur leur statut de sang. Après une enquête poussée, Bernie émettait un avis sur le dossier qui passait ensuite devant la Commission pour une décision finale. A l'issue de l'enquête, le statut de sang de l'individu était mis à jour.

Les demandes n'avaient fait qu'augmenter ces deux dernières années. Puis, après l'attentat des dissidents pendant ce bal réservé à l'élite du régime, le nombre de dossiers avait explosé de manière exponentielle. Le gouvernement avait lancé une campagne encourageant la délation de tout suspect potentiel. Depuis, tout le monde accusait son voisin, son collègue ou un inconnu vu dans un pub de mentir sur son statut ou d'être lié à des activités douteuses.

« Tu sais ce qui me dégoûte le plus ? » continua de pester Mona, tandis qu'elle plaçait furieusement sa plume sur un parchemin. « Nous sommes en train de cravacher comme des elfes pendant que les supérieurs se la coulent douce. »

Bernie hocha la tête, approuvant ses paroles.

« Tu te rends compte du travail que nous avons accompli ces derniers mois ? Pas même un bonus de fin d'année digne de ce nom. » ajouta-t-elle avec irritation. « Alors que la moitié de l'équipe est au bord du burnout. »

En guise de remerciements, Bernie et ses collègues avaient reçu un bon d'achat de vingt gallions dans une boutique de nécessaires à potions et une caisse de Chocogrenouilles dont la date de péremption se rapprochait déjà dangereusement.

« Tu prêches un convaincu. » assura Bernie.

« Pendant mon évaluation de fin d'année, ils ont osé me reprocher ma productivité. Tu peux le croire ? » geignit Mona. « En me demandant de prendre exemple sur Smith et Wade. S'ils savaient ce que font vraiment Smith et Wade pour gérer autant de dossiers, ils tomberaient des nues. »

Bernie jeta un regard vers Smith et Wade, tout sourires, occupés à prendre une tasse de thé, l'air détendu. Il était de notoriété publique que ces derniers trichaient sur certains dossiers et n'effectuaient pas les investigations nécessaires. Ils émettaient des avis arbitraires, généralement basés sur des détails totalement discriminants lus dans les dossiers.

Sous pression et au bord de l'épuisement, Bernie avait souvent pensé à les imiter. Pourtant, il savait qu'il ne pourrait pas dormir de la nuit en émettant un avis totalement arbitraire qui pourrait détruire la vie d'un individu et de ses proches.

Évidemment, il ne pouvait pas passer le temps qu'il jugeait nécessaire sur ses dossiers. Il n'était pas un surhomme. Il faisait donc avec les moyens du bord - les ressources que son département mettait à sa disposition – aussi limitées soient-elles.

Bernie saisit le dossier suivant sur sa liste et le parcourut lentement des yeux. Les premières lignes lui parurent relativement simples. Peu d'éléments de preuves avaient été apportés par la partie requérante. Ce genre de dossiers était généralement clos rapidement, sans investigation formelle, avec la mention 'Manque de preuves'

Le service ne pouvait pas gérer tout le volume de plaintes reçues et les responsables avaient des procédures très claires sur la marche à suivre pour optimiser le temps des fonctionnaires.

Pourtant, une note dans le témoignage de la requérante le fit hésiter à clore immédiatement le dossier.

Il héla Mona qui pestait toujours dans sa barbe, le visage dissimulé derrière les piles de dossiers sur son bureau.

« Je peux avoir ton opinion ? » demanda Bernie, embêté.

Mona grommela des paroles inaudibles mais leva la tête vers lui.

« J'ai un 4B. » indiqua Bernie.

« Petit chanceux. » dit Mona d'un air appréciateur. « Tu peux le fermer et ça va booster ta productivité. Pourquoi je n'en ai quasiment jamais, hein ? »

« L'ennui, c'est que le dossier mentionne deux familles sacrées - les Nott et les Macmillan. » indiqua Bernie en lui tendant le fascicule.

La requérante – une dénommée Pénélope Deauclaire - travaillait aux Archives privées des Macmillan. Selon les procédures internes, tout contact avec une famille sacrée devait être investigué par mesure de sécurité. Y compris les dossiers sans preuves qui devaient normalement être clos immédiatement.

« Je retire ce que j'ai dit. Tu as une sacrée malchance. » rectifia Mona avec une grimace tandis qu'elle parcourait rapidement des yeux le dossier. « On dirait que tu vas devoir faire une enquête de terrain, mon pauvre. »

Bernie soupira longuement, laissant son dos s'enfoncer dans son fauteuil. Il sentit son mal de nuque revenir de plein fouet. Un mélange de stress constant et la conséquence des heures passées sur sa chaise sans activité physique.

« Voyons voir si cette Hermione Granger a quelque chose à cacher. » dit-il avec un long soupir.

Il commença son investigation dès le lendemain. Elle durerait deux semaines à cause de l'employeur des parties impliquées. La Commission ne pouvait pas se permettre de laisser passer la moindre erreur lorsqu'il s'agissait de cas touchant de près ou de loin les Treize sacrés.

Pendant ses recherches, Bernie remarqua quelques éléments curieux. Pourtant, comme ils ne concernaient pas directement son dossier, il ne les mentionna pas.

Hermione Granger semblait vivre une vie relativement rangée et structurée. Elle arrivait à son lieu de travail tous les jours en avance, et semblait apprécier de faire des heures supplémentaires. Elle se déplaçait principalement dans les mêmes endroits - son lieu de travail et son appartement dans le Quartier des Embrumes.

Bernie remarqua toutefois une diligence qui venait régulièrement la chercher ou l'emmener aux Archives. Il devina à l'aspect sophistiqué de la diligence qu'elle appartenait à quelqu'un de fortuné ou d'important. Ce genre de modèle était onéreux et pas à la portée de la majorité des citoyens. Il ne fut pas en mesure de la suivre pour en découvrir le propriétaire. Même s'il trouva le détail étrange, Bernie ne s'en formalisa pas davantage. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait des gens hauts placés avoir des relations extra-conjugales et fréquenter des petites concubines (le terme poli) de rang inférieur.

Granger ne semblait pas être le type de femmes que ces hommes visaient habituellement mais l'expérience avait prouvé à Bernie que les femmes les plus discrètes et banales étaient parfois celles qui tenaient un train de vie choquant dans la sphère privée.

Rien de tout cela n'était cependant illégal et il laissa donc le mystère en suspens.

A l'issue de ces deux semaines de surveillance rapprochée, il ne lui resta qu'une seule étape pour clore son dossier une fois pour toute. Bernie avait épié l'appartement que Granger partageait avec une autre femme dont les déplacements semblaient plus variés et imprévisibles.

Travailler sur le terrain le fatiguait. Entre la longue attente, l'ennui et le froid, il n'avait plus l'énergie. Il attendit patiemment que les deux jeunes femmes quittent l'appartement, un soir, pour passer à l'acte. Dissimulé sur le toit de l'immeuble d'en face, il observa les deux femmes entrer dans une diligence. C'était sa chance, pensa Bernie. Elles semblaient apprêtées, ce qui signifiait qu'elles iraient probablement passer une soirée festive, comme les jeunes gens de leur âge qui n'avaient ni de crédit immobilier, ni trois rejetons à nourrir.

Lorsque la diligence fut hors de son champ de vision, Bernie traversa la rue. Il attendit qu'une vieille dame entre dans l'immeuble pour la suivre à l'intérieur. Il resta dans le hall, faisant mine de chercher quelque chose dans son sac. Une fois la vieille dame disparue, il grimpa au troisième étage, où était situé l'appartement de Granger.

Il avait appliqué des sorts pour modifier légèrement son apparence - comme le voulait la procédure lors des investigations sur le terrain. Une demi-heure serait suffisante et il pourrait enfin mettre un point final sur ce dossier qui lui avait déjà pris trop de temps. Un mal de tête le traversa lorsqu'il repensa à la pile de dossiers qui l'attendait toujours et qui n'avait fait qu'accroître les jours précédents, pendant son absence au bureau.

Arrivé devant la porte, Bernie utilisa sa clef passe-partout, un instrument concédé à tous les inspecteurs lors des enquêtes sur le terrain. Conçues par le Réseau des Protections Domestiques, ces clefs passe-partout étaient capables d'ouvrir la plupart des portes ordinaires, lorsqu'un sort anti-intrusion n'avait pas été apposé dessus.

La porte s'ouvrit avec une facilité déconcertante et Bernie laissa échapper un soupir soulagé. Ce serait plus facile qu'il ne le pensait. Les gens qui avaient des choses à cacher faisaient généralement en sorte de mettre des protections sur leur logement.

Une majorité de Sang-Impurs n'avaient pas les moyens de payer l'abonnement mensuel pour les protections, ce qui rendait la tâche bien plus simple pour lui. Comme d'habitude, Bernie appliqua sur ses mains un sort qui fit disparaître les lignes sur ses paumes et ses doigts et qui l'empêcherait de laisser la moindre empreinte. Il commença sa fouille de l'appartement. Grâce à sa mémoire visuelle, il s'assurait de tout remettre en place dès qu'il terminait une section.

Sans surprise, il ne trouva rien d'intéressant - à part un ouvrage dont le nom de l'auteur était présent sur la très longue liste d'auteurs bannis. Il noterait ce détail dans le dossier mais il n'était néanmoins pas suffisant pour déclencher de fortes suspicions. Bernie décida finalement de mettre fin à la fouille et se dirigea vers la porte.

Dès l'instant où il posa ses doigts sur la poignée, une chaleur vive le parcourut, suivie d'une violente décharge. Il se retrouva propulsé en arrière, à plusieurs mètres, et perdit connaissance, complètement assommé par le choc.

Lorsque Bernie recouvra ses esprits, il était allongé sur le sol, et il lui fallut quelques secondes pour se souvenir où il se trouvait. Le souvenir du choc qu'il avait reçu en essayant d'ouvrir la porte lui revint en mémoire. Finalement, l'appartement disposait bien de protections. Combien de temps avait-il été assommé ? songea-t-il en se massant douloureusement l'arrière de la tête. Il se releva et se dirigea de nouveau vers la porte.

Il saisit un torchon dans la cuisine pour limiter le contact avec sa main et saisit la poignée de la porte. De nouveau, la poignée envoya une autre décharge, moins puissant cette fois. Il ne fut toutefois pas en mesure d'ouvrir la porte.

Aucun des sorts qu'il tenta ne fonctionna. La clef passe-partout sembla elle aussi inutile. Bernie se dirigea vers les fenêtres et fut soulagé de constater qu'elles s'ouvraient. Pourtant, lorsqu'il essaya de passer la tête à travers l'une d'elle, il reçut une nouvelle décharge qui le propulsa contre un garde meuble et l'assomma de nouveau. Toutes les fenêtres de l'appartement agirent de manière identique. Il lâcha une exclamation de frustration.

Quelques instants plus tard, alors qu'il sortait du couloir menant aux chambres, il entendit soudainement le bruit de la porte d'entrée. Il réalisa qu'on introduisait une clef dans la serrure. Bernie se figea et éteignit la lumière, restant caché derrière une porte du couloir. Étaient-elles déjà de retour, pensa-t-il avec panique ? Il ne savait pas combien de temps il avait passé inconscient. Et les deux chocs reçus l'avaient laissé quelque peu confus. Il saisit sa baguette, sur le qui-vive. Il entendit des bruits de pas et la lumière s'alluma.

Paniqué, Bernie se dirigea vers la porte, espérant prendre la personne par surprise et pouvoir s'enfuir par la porte. Il reconnut une jeune femme - la colocataire de Granger.

« Qui… Qui êtes-vous ? » balbutia-t-elle d'une voix paniquée. « Que faites-vous ? »

Elle recula lentement vers la porte désormais close et plongea sa main dans la poche de sa cape. Bernie réalisa qu'elle était sur le point de sortir sa baguette magique. Il ne pouvait pas se permettre d'être démasqué. Il se rua dans sa direction et saisit son bras avant qu'elle ne puisse sortir sa baguette. La jeune femme laissa échapper un hurlement de frayeur et tenta de se libérer furieusement de la prise de Bernie. Ce dernier était lui aussi pris de panique. Il ne voulait pas lui faire du mal mais ne pouvait pas prendre le risque d'être reconnu.

Il pouvait comprendre la réaction de la jeune femme. Elle venait de trouver un intrus dans son appartement et ignorait tout de ses intentions à son égard.

Tandis qu'il réfléchissait à la meilleure manière d'agir pour temporiser la situation, Bernie sentit un coup violent au niveau de son entrejambe et il poussa un cri de surprise, le souffle coupé. Il recula, relâchant immédiatement le bras de la jeune femme, et gémit de douleur.

La jeune femme se rua vers sa baguette qui était tombée au sol. Bernie reprit ses esprits et se jeta de nouveau sur elle pour l'arrêter. Ils luttèrent brièvement pour prendre le contrôle sur la baguette et il fut surpris de l'énergie de la jeune femme qui se défendait de toutes ses forces, comme si sa vie en dépendait.

Soudainement, au coin des yeux, Bernie aperçut une ombre sombre fuser à toute allure dans sa direction et lui sauter au visage. Il sentit des entailles sur son visage et il lâcha prise avec un cri apeuré. Il réalisa qu'il s'agissait d'un chat. Il s'était jeté sur lui et l'attaquait avec virulence, à coup de griffes acérées.

Bernie tentait de se débattre tant bien que mal, sa baguette agitée dans tous les sens. L'une de ses mains était rivée sur ses yeux pour les protéger des attaques sauvages du chat et l'autre jetait des sorts à l'aveugle. L'un de ses sortilèges frappa la fenêtre de plein fouet, la faisant éclater en mille morceaux. Finalement, Bernie réussit à attraper brutalement l'animal enragé par la queue et le retira de son visage désormais en sang. Puis, d'un geste brutal, il l'envoya valser à l'autre bout de la pièce. Le chat fut projeté vers la cheminée contre laquelle il se cogna violemment.

Bernie se tourna vers la jeune femme qui l'observait avec terreur, toujours au sol. Il la vit sortir un objet de sa poche avant de le jeter avec force à ses pieds. Une alarme assourdissante retentit dans la pièce, lui agressant les tympans.

Bernie se jeta alors vers la porte. La jeune femme avait pu entrer sans problème et il espérait qu'il parviendrait cette fois à sortir. Il eut un moment d'hésitation avant d'actionner la porte. Il fut surpris de la voir s'ouvrir sans problème et se figea un bref instant, comme s'il attendait que la porte lui envoie une nouvelle décharge. Ce ne fut pas le cas et Bernie se rua dans le couloir puis dans les escaliers, prenant la fuite.

Il ne s'arrêta pas de courir avant d'avoir quitté le Quartier des Embrumes. Il vérifia que personne ne le suivait et s'arrêta, tentant de reprendre son souffle. La douleur sur son visage le tiraillait. Il croisa quelques personnes dans la rue qui lui jetèrent des regards curieux. Sans doute des gens qui travaillaient de bonne heure ou des fêtards qui rentraient chez eux après une soirée arrosée. Bernie prit la direction du poste de cheminées publiques le plus proche.

Décidément, il détestait vraiment son travail. Il était temps de remplir un dossier de transfert.

/

Dolores Ombrage laissa échapper un profond soupir de contentement tandis qu'elle observait sa cuillère touiller lentement sa tasse de thé.

Elle ignorait pourquoi, mais elle avait un excellent pressentiment au sujet de cette journée. Elle venait de terminer la réunion mensuelle du département, pendant laquelle elle recevait le compte rendu de l'activité des différents services par Mafalda Hopkrik, la Présidente de la Commission d'enregistrement des Sang-Impurs et Indésirables. Les chiffres du département étaient en amélioration constante et avaient même atteint le meilleur rendement depuis sa création.

Dolores avait été nommée ministre du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire trois ans plus tôt. Sa nomination avait eu lieu après la démission soudaine de Tiberius Ogden dont les valeurs ''ne s'alignaient plus avec celles du département.''

Toutes les personnes bien renseignées savaient qu'Ogden avait en réalité été aperçu dans une position compromettante en public avec une personne de rang inférieur. On l'avait alors mis au placard jusqu'à ce qu'il démissionne publiquement après que l'affaire ait éclaté dans la presse illégale, donnant une excuse au département pour l'écarter de manière définitive. Lors de sa dernière prise de parole publique, aux côtés de son épouse humiliée, Tiberius Ogden avait déclaré qu'il abandonnait toutes ses fonctions officielles, mentionnant que sa conduite ''ne reflétait pas les valeurs de son département ni celles d'un père de famille pieux''

Dolores Ombrage, sa numéro deux, avait alors pris sa place à la tête du département, par une décision officielle de la procureure Bellatrix Lestrange elle-même.

Dolores n'était pas étrangère à la découverte du scandale qui avait secoué l'ancien ministre. Elle savait mieux que quiconque qu'il fallait parfois forcer le destin.

Les personnes qui avaient fréquenté Dolores avaient toujours su qu'elle irait loin. Ses parents avaient observé la petite Dolores avec attachement pendant qu'elle tentait déjà de dominer ses camarades en petite classe, voulant à tout prix être la première à obtenir les bons points de l'institutrice.

Pourtant, atteindre le haut de la pyramide signifiait également devoir faire de lourds sacrifices. Et encore une fois, Dolores n'y était pas étrangère. Elle s'était assurée de faire disparaître tous les squelettes qui se trouvaient dans ses placards.

Cela avait commencé avec sa famille. Sa mère, même si cela n'avait jamais été prouvé (et ne le serait jamais) avait vu son statut questionné pendant toute l'enfance de Dolores. A la mort de sa mère, peu après l'entrée de Dolores au Ministère, cette dernière s'était donc efforcée de faire disparaître toute documentation qui pourrait devenir problématique à l'avenir pour ses ambitions. Son éloquence, son acribie et sa capacité à se faire les bons contacts avaient permis à Dolores de rapidement grimper les échelons au Ministère.

Après sa nomination au poste de Ministre, Dolores avait mis en place de profonds changements au sein du département. Le nombre de dossiers traités avait augmenté de plus de deux cents pour cent les deux premières années de son mandat. Le nombre de statuts changés avait lui aussi grimpé en flèche, une conséquence directe du volume que le département gérait chaque mois.

Dolores avait fait en sorte d'encourager la relation étroite de son département avec la Section Sécuritaire, la police des crimes de sang, et avait proposé une abondance de décrets dont la plupart avait été adoptée par le Magenmagot ou le Coven sacré.

Elle avait par exemple instauré la vérification obligatoire des antécédents lorsqu'un employeur embauchait un nouvel employé. Elle avait augmenté le montant des taxes pour les gens qui employaient des sorciers de rang inférieur dans certaines professions par mesure de dissuasion.

La pureté était plus qu'une valeur pour Dolores. Il s'agissait pour elle d'un écosystème qui existait à tous les niveaux de la société, et les dirigeants avaient l'obligation de conserver et protéger son intégrité afin de garantir une société saine pour les citoyens.

S'il y avait la moindre tache dans la matrice, c'était tout le système qui en était impacté. Dolores savait mieux que quiconque que lorsqu'il y avait un problème dans une portée de chatons, c'était toute la portée qu'on devait mettre à bas.

A travers les années, Dolores avait observé avec méfiance et frustration la détérioration de certaines valeurs pourtant essentielles à la survie de leur nation.

Il existait encore trop de familles indulgentes parmi les Treize sacrés. A commencer par le Ministre de la Magie lui-même, Kingsley Shacklebolt. Son leadership dans la retenue et trop progressiste frustrait bon nombre de détracteurs, dont Dolores. Trop longtemps, elle avait tenté de tirer la sonnette d'alarme sur les dangers qui incombaient si les choses continuaient ainsi.

Elle avait donc été euphorique à la nomination de la procureure Bellatrix Lestrange, une femme forte et remarquable qui partageait le même rêve que Dolores nourrissait pour leur société. Un retour total aux valeurs d'antan. Son rêve était de pouvoir entrer un jour dans le cercle très privé de la Procureure. Elle rêvait même de la voir devenir Ministre de la Magie.

C'était exactement ce que le Coven avait besoin - une femme impavide, intransigeante et pleine d'ardeur. Dolores retrouvait de nombreux parallèles dans sa propre carrière et celle de la Procureure.

Pendant des années, elle aussi avait eu la place de numéro deux. Deux femmes dans l'ombre d'hommes gavaches et dans l'erreur, forcées de suivre une direction faussée alors qu'elles détenaient la vérité ultime.

Dolores Ombrage, elle, avait fini par réussir à prendre la place tant convoitée, qui lui revenait de droit. Et elle était plus que disposée à aider Bellatrix Lestrange à faire de même.

Le processus des élections était sur le point de commencer et Dolores aspirait à devenir une figure importante dans la campagne de Bellatrix.

Elle se souviendrait toujours de ce gala, dix ans plus tôt, pendant lequel elles avaient longtemps conversé. Ce jour-là, Dolores avait presque eu un coup de foudre pour cette femme exceptionnelle. Elle avait été époustouflée par sa vision. Et dans le regard perçant et passionné de Bellatrix, Dolores avait immédiatement su qu'elle était l'élue tant attendue.

Celle qui comprenait profondément les aspirations de Lord Voldemort.

Sa successeure légitime. S'il était encore vivant, il l'aurait sans doute appointée comme telle. Dolores se demandait parfois s'il ne s'était pas réincarné en elle. Elle se gardait toutefois d'exprimer à voix haute cette pensée blasphématoire.

Bellatrix avait des rêves de conquête. Elle avait de l'ambition, de la vision, et de l'audace. Elle n'aspirait pas seulement à voir le Royaume-Uni entièrement purifié.

Elle voulait étendre ses valeurs à l'étranger. A commencer par les autres nations purifiées, en créant une alliance politique robuste et infrangible.

Ensuite, elle s'attaquerait au reste de la communauté magique, pour leur apporter le vrai message et les sortir de leur ignorance, encouragée par des siècles d'obscurantisme par leurs leaders mécréants.

Bellatrix était prête à le faire, de gré ou de force. Elle ne reculerait devant rien pour atteindre ce but salvifique, Dolores le savait. Et une fois que ce but serait atteint, il ne resterait plus que les Indésirables sur leur chemin.

Elle voulait faire asseoir la domination totale des Sang-Purs sur ces êtres de bas étage et les réduire à ce qu'ils étaient vraiment.

De la racaille.

De la vermine.

Des esclaves dont la seule existence se résumait à être au service de la race supérieure.

Ils ne pouvaient pas vivre en cohabitation. L'un devrait dominer l'autre. Nombreux étaient ceux qui comprenaient cette nécessité dans l'entourage de Dolores. Peu de personnes comprenaient toutefois à quel point c'était une urgence.

Dolores savait toutefois que ce plan était celui d'une vie. Il prendrait sans doute plusieurs générations à se réaliser et elle ne serait plus de ce monde pour le voir s'accomplir. Elle était toutefois investie d'une mission importante - s'assurer de préparer le terrain.

De manière plus pragmatique, Dolores avait ses propres aspirations. Elle rêvait de rejoindre les Treize sacrés. Après tout, les commérages dans certains cercles juraient que la dynastie des Black s'essoufflait et arrivait à son déclin. Dolores voulait s'assurer d'être dans les principaux compétiteurs en lice pour rejoindre le Coven et devenir Gouverneure. Et si elle jouait bien ses cartes, peut-être un jour pourrait-elle même devenir Procureure à son tour, et assister la future Ministre de la Magie - Bellatrix Lestrange.

Dolores ne put s'empêcher de laisser échapper un gloussement de satisfaction tandis qu'elle portait la tasse de thé fumante à ses lèvres fines. Une petite décharge agréable la traversait au niveau de son nombril lorsqu'elle pensait à ses ambitions.

Elle émit un soupir de ravissement. La tasse de thé de fin d'après-midi était décidément sa préférée. Pendant ces instants, elle profitait d'un rare moment d'accalmie pendant lequel elle pouvait contempler à souhait sa magnifique vaisselle à l'effigie de chatons adorables, suspendue sur le mur de son bureau. Et elle avait alors tout le loisir de réfléchir à tous ses fantasmes.

Dolores avait néanmoins conscience d'une chose - pour remplir ses objectifs, elle avait encore beaucoup de travail à réaliser. Elle avait tenté de communiquer son soutien à Bellatrix, et s'efforçait de s'attirer ses faveurs. Elle était par exemple intensivement investie au sein du Clan des Derniers Jours, et organisait des campagnes de dons régulièrement pour le Prophète Adamus Carrow, un proche de la procureure.

Bellatrix était une femme exigeante lorsqu'il s'agissait de son cercle privé et Ombrage savait qu'elle devait se montrer méritante pour pouvoir y accéder. Elle devrait lui prouver sa valeur et sa déférence. Et il lui faudrait quelque chose de significatif pour y parvenir.

Comme si Voldemort lui-même avait écouté les prières que Dolores récitait le soir venu, ce quelque chose arriva plus vite que prévu, comme un cadeau du ciel, directement sur son bureau.

Des coups contre la porte lui firent lever les yeux de sa tasse de thé. Dolores prit sa serviette en coton et tapota lentement ses lèvres, s'assurant que son rouge à lèvres rose cerise tenait toujours parfaitement en place. Elle plia ensuite la serviette en quatre plis, comme à l'accoutumée, et la déposa sur le recoin attitré de son bureau. Elle suivait des rituels très spécifiques dans son quotidien et s'en tenait toujours au geste près. Le désordre provoquait en elle une anxiété profonde et ce depuis sa plus tendre enfance. On lui avait diagnostiqué des troubles obsessionnels compulsifs.

« Entrez. » lança Dolores d'une voix fluette.

Mafalda Hopkrik, la présidente de la Commission et sa proche confidente, entra dans le bureau en trombe. Ses cheveux blonds habituellement parfaitement en place étaient décoiffés. Une lueur de panique était visible sur son visage osseux.

« Une urgence, Dolores. » dit-elle en refermant la pièce derrière elle. « Le Service d'immatriculation des actes civils a reçu une demande d'enregistrement pour une union sacrée. »

Dolores hocha la tête, attendant qu'elle poursuive.

« Pour Théodore Alexander Nott et sa nouvelle épouse. » informa Mafalda.

Dolores fronça les sourcils.

Les unions sacrées des Treize étaient habituellement une affaire publique et grandiloquente. Pour les Nott, qui étaient également une famille originelle, toute nouvelle union au sein de la famille était perçue comme un événement illustre.

Dolores se rappela du fils unique du Gouverneur Nott, revenu à Londres l'année précédente, après des années passées à l'étranger. Elle avait assisté à l'une de ses représentations au Théâtre de Damasus de Décadent. Un garçon rempli de talent, avait-elle pensé cette nuit-là, une larme d'émotion lui coulant au coin de l'œil après sa performance artistique.

« L'union sacrée a été faite avec une Sang-Impur, Dolores. » poursuivit Mafalda d'une voix grave.

Dolores ouvrit la bouche, stupéfaite. Elle resta silencieuse pendant un bref instant, peu certaine d'avoir bien entendu tant ces paroles étaient révoltantes. Sans doute était-ce un problème de documentation ? songea-t-elle. Deux dossiers qui avaient été mélangés par erreur. Cela arrivait régulièrement. Le Service d'Immatriculation des Actes Civils était connu pour employer des incompétents. Cela était même une plaisanterie d'initiés au sein du Ministère.

« C'est sans doute une erreur. » affirma Dolores, ne voulant pas se mettre dans tous ses états sans raison.

« C'est ce que le service pensait également. Les vérifications ont déjà été faites. C'est véridique, Dolores. » indiqua gravement Mafalda.

Dolores observa les papiers que sa subordonnée plaça devant elle, ses sourcils se fronçant davantage à chaque mot qu'elle lisait. Mafalda disait vrai.

« Ce n'est pas tout. » révéla Mafalda. « Il y a pire. »

Pire ? Qu'est-ce qui pouvait être pire qu'un membre des Treize uni par les voies sacrées du mariage avec une personne de rang inférieur ? pensa Dolores avec indignation.

Mafalda, sans un mot, posa un second fascicule devant Dolores qui le consulta attentivement. Il s'agissait des résultats d'une enquête menée par la Commission sur le statut de l'épouse. Et tandis qu'elle parcourait les lignes, son cœur se mit à battre très fort dans sa poitrine. Les Nott, en s'associant avec cette Sang-Impur, s'adonnaient par extension à une activité répréhensible et indigne de leur statut sacré.

C'est ça, pensa-t-elle avec jubilation. Son excitation était telle qu'elle ne parvint pas à la dissimuler devant sa subordonnée. Sa satisfaction dépassait même son dégoût et son indignation face à la nouvelle de cette union sacrée.

Dolores avait enfin trouvé son ticket d'entrée auprès du Coven. Elle leva les yeux vers Mafalda, une lueur nitide brillant dans ses iris noires, et sa bouche étirée en un sourire malveillant.

« Saisissez immédiatement la Procureure. » ordonna-t-elle.


Omg. 40 chapitres. Vous pouvez le croire ? Et pourtant on s'amuse toujours autant, et la passion ne s'essouffle pas :p J'espère que c'est la même pour vous. Je sais que oui - c'est comme une relation toxique, vous ne pouvez pas vous empêcher de revenir.

Je ne suis toujours pas sûre à 100% du nombre de chapitres final et je ne veux pas donner un nombre pour à nouveau le changer. Ce qui est sûr c'est que mon plan originel de faire 50 chapitres est juste impossible. Encore trop d'intrigues donc c'est mort.

Après la fin de ce chapitre, je pense que vous pouvez un peu deviner dans quelle direction nous allons... Et ça ne va pas être une partie de plaisir. Comme vous le savez, je vous mets régulièrement en garde sur le contenu qui arrive dans cette histoire et je ne plaisante vraiment pas. Vous savez maintenant que mes warnings ne sont jamais mis à la légère.

Donc j'espère que vous avez apprécié ce chapitre, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

A plus !

Fearless