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XLIII. Mauvais Œil

Dressée devant un imposant miroir mordoré à la glace biseautée, Hermione observait son reflet, troublée par l'image qu'il renvoyait. Elle portait une longue robe de bal sophistiquée, d'un bleu pervenche. Avec sa tulle de soie lumineuse d'une teinte bleu glacier, la robe soulignait l'arrondi de ses épaules d'une manière flatteuse. Une fine ceinture tavelée de cristaux marquait la transition entre le bustier et la longue jupe qui couvrait ses escarpins, mettant en valeur sa taille. La lumière se reflétait sur l'étoffe vaporeuse, accentuant l'opalescence de la robe.

C'était la première fois qu'elle se voyait dans une tenue aussi somptueuse. C'était le genre de robe que portaient les princesses tout droit sorties des contes de fées de son enfance. Même sa robe de mariage n'avait pas été aussi spectaculaire. Par un effort miraculeux, ses cheveux avaient été relevés en un chignon compliqué, forçant ses boucles habituellement rebelles à rester en place.

Hermione se souvenait d'un conte en particulier. Il relatait les déboires d'une souillon qui éblouissait toute une assemblée et un prince, le temps d'une soirée. Et une fois les coups de minuit passés, elle retrouvait sa vie ordinaire, loin des fastes et des lumières.

La réalité n'était pas aussi simple, avait réalisé Hermione en grandissant. Et sa vie n'avait plus rien d'ordinaire. Dans sa réalité, elle s'apprêtait à entrer dans la fosse aux lions et elle n'était pas certaine d'en sortir saine et sauve.

Le grincement discret de la porte la fit sortir de sa rêverie. Dans le reflet du miroir, elle aperçut Théodore. Elle se retourna lentement, lui faisant face. Il resta silencieux pendant de longues secondes, tandis qu'il observait sa nouvelle apparence.

« Tu… Tu es éblouissante, mon amour. » la complimenta-t-il, scotché.

Hermione esquissa un sourire devant sa réaction.

« Merci. Et c'est vrai que cette robe brille beaucoup. » ne put-elle s'empêcher de commenter. « Je ne serais pas surprise qu'elle éblouisse vraiment quelqu'un. »

Elle ne pouvait nier que la robe était absolument superbe. Néanmoins, elle ne lui ressemblait pas. Elle était trop extravagante et trop tape à l'œil à son goût. Si elle avait pu choisir, Hermione aurait sans doute opté pour quelque chose de plus subtil et discret. Elle aimait les choses simples et classiques, qui n'attiraient pas l'attention. Des mots dont Pansy Parkinson ne connaissait probablement pas la définition. C'était cette dernière qui l'avait aidé à trouver une tenue pour l'occasion, faisant appel à son carnet d'adresses exclusif.

« C'est l'évènement qui ouvre la Saison et votre première apparition en couple. C'est votre rite de passage et ton baptême du feu. » avait rappelé Pansy, quelques jours plus tôt, en compagnie d'une équipe d'inconnus qui s'étaient affairés autour d'Hermione. « Il est pri-mor-dial de marquer le coup. »

« Tu ne trouves pas que c'est trop ? » demanda Hermione avec appréhension, faisant de nouveau face au miroir, observant son reflet avec hésitation.

« Tu n'es jamais allée à l'un de ces bals. » dit Théodore avec diplomatie. « Rien n'est jamais ''trop'' pour ces gens, Hermione. »

La jeune femme hocha la tête. C'est l'occasion de voir et d'être vu, avait répété Pansy, inlassablement.

« J'ai mal au ventre. » admit Hermione en prenant une longue inspiration.

Sa gorge était nouée et elle n'avait pas pu se détacher de cette nausée constante qui la tiraillait depuis des jours. L'idée de se retrouver parmi l'élite du régime, sous le feu des projecteurs, tandis que leur union serait officiellement confirmée, était anxiogène. Elle avait dormi deux heures à peine, la nuit précédente. Son bref sommeil avait été peuplé de cauchemars grotesques dans lesquels elle se retrouvait dans des scénarios tous plus humiliants les uns que les autres - parmi une foule hostile qui n'attendait que de l'ostraciser.

Quand avait-elle ressenti autant de nervosité ? songea-t-elle. Probablement le jour de son entrée dans le régime, lorsqu'elle avait dû se présenter devant cette femme inconnue qui réclamait son statut de sang. Cela avait été un moment décisif pour elle.

« Tu n'es pas seule. Je serai avec toi à chaque moment. » assura Théodore en s'approchant d'elle.

Il se plaça derrière elle, sans lâcher son regard à travers le reflet du miroir. Il glissa ses bras autour de sa taille avant de saisir sa main et de caresser son alliance luisante.

« Nous allons affronter ça comme tout le reste. Ensemble. »

Hermione hocha la tête, les yeux vitreux.

« Oh, j'oubliais. J'ai quelque chose pour toi. » lança Théodore en plongeant sa main à l'intérieur de sa cape.

Il saisit un écrin noir en suède et le plaça devant Hermione avant de l'ouvrir prudemment. A l'intérieur, se trouvait un magnifique collier de diamants en cascade, rehaussé par un superbe saphir bleu. Elle observa les pierres scintillantes, éberluée. Jamais de sa vie elle n'avait vu quelque chose d'aussi spectaculaire et décadent.

« On m'a dit que ce serait un choix adéquat pour compléter ta tenue, alors… » ajouta-t-il.

« Il… Il …est magnifique, Théodore. » balbutia-t-elle. « Je ne peux vraiment pas accepter ça… »

Théodore le retira avec précaution de l'écrin puis le posa autour de la nuque d'Hermione, avant de l'attacher d'un geste délicat. Hermione observa le joyau d'un air bluffé. Il semblait presque luire de mille feux. La sensation lui sembla étrange. Elle n'avait rien porté sur sa nuque depuis le jour où elle avait dû abandonner le collier que ses parents lui avaient offert. Elle avait dû s'en séparer pour assurer son entrée dans le régime, en toute sécurité.

Théodore caressa lentement ses bras et leurs regards se croisèrent dans le miroir.

« Rien n'était trop beau pour toi. » assura Théodore en posant un baiser sur son épaule dégagée. « Mrs Nott. »

Hermione lui sourit - cette fois de manière plus franche. Après une longue expiration, elle lui fit face.

« Les invités commencent à arriver. » lui révéla Théodore. « J'ai dit à mon père que nous serions là dans quelques minutes. »

Hermione hocha la tête, un peu anxieuse à la mention de Theodius. Leur dernière conversation l'avait refroidie et elle avait commencé à le voir d'un nouvel œil. Alors que leurs relations avaient semblé s'améliorer après l'épisode Georgina, elles s'étaient de nouveau détériorées après la nouvelle de leur union sacrée. Ils venaient d'emménager dans leur nouvelle maison et Hermione avait ressenti une bouffée d'air frais à l'idée de ne plus être sous son toit.

Elle ressentait presque un sentiment de défi. Elle voulait lui prouver qu'elle ne ferait pas marche arrière. Elle refusait de lui donner des raisons supplémentaires de questionner ou de rabaisser leur union. Elle ne lui accorderait pas cette satisfaction.

« Je suis prête. » dit-elle d'un ton résolu.

Hermione saisit la main que Théodore lui tendit et ils quittèrent la pièce, s'engageant dans les couloirs. La réception avait lieu dans la salle principale du Théâtre de Damasus le Décadent, possédé par la famille de Nott depuis plusieurs siècles. C'était Methodius Otto Nott, un mécène influent, qui l'avait édifié au dix-septième siècle. Véritable merveille architecturale, l'endroit était considéré comme l'une des bâtisses les plus illustres du pays. Ce symbole de la communauté artistique avait même été homologué en monument national.

L'accès principal à la grande salle se faisait par un imposant escalier à double révolution qui accentuait son côté palatial. Il offrait un premier aperçu de la finesse et l'élégance des lieux. Sur les rampes en or massif, des statues représentaient des muses dotées de flûtes traversières, symboles du clan Nott. Elles accompagnaient les visiteurs en leur indiquant la direction à suivre. Toutes les pièces de l'endroit avaient été imaginées pour être spectaculaires et uniques, offrant à tous les visiteurs une expérience inoubliable.

Du côté opposé, une autre entrée n'était accessible qu'aux personnes avisées. Un escalier moins imposant mais tout aussi raffiné menait à un large balcon qui surplombait la grande salle. Il était généralement emprunté par les employés ou la famille.

Hermione avait été ravie d'entendre qu'ils emprunteraient un passage différent pour leur entrée. Ce serait une source de stress en moins.

Ils s'arrêtèrent devant le large balcon qui donnait une vue imprenable sur la salle principale. Il n'était visible qu'à partir des loges exclusives. De cet endroit, ils avaient une excellente visibilité sur la salle, sans être vus.

Pour l'occasion, la magnifique salle à l'italienne du Théâtre avait été transformée en une vaste salle de banquet, remplie de tables luxueusement décorées. Sur la scène, un quartet jouait un air qu'Hermione était certaine d'avoir déjà entendu. Elle se demanda s'il s'agissait d'une composition de Théodore.

La salle avait effectivement commencé à se remplir et la jeune femme observa les convives avec nervosité. Elle réalisa que Théodore et Pansy n'avaient pas exagéré. Apparat, prestige et extravagance semblaient être les maîtres mots de la soirée. Toutes les sorcières étaient tirées à quatre épingles, toutes plus éblouissantes les unes que les autres, dans des tenues et coiffes flamboyantes et alambiquées. Les hommes n'étaient pas en reste dans leurs costumes tout aussi rutilants.

Hermione sentit la main de Théodore se glisser dans la sienne. Elle suivit son regard et son attention se porta sur Theodius qui avait relevé la tête et dont les yeux perçants étaient rivés sur eux.

« Allons-y. » dit Théodore d'une voix ferme, saisissant la demande silencieuse de son père.

La boule à l'estomac, Hermione lui emboîta le pas dans l'escalier. Chacun de ses pas sur les marches lui donnait l'impression de s'avancer vers sa chute inéluctable. A leur entrée dans la salle de banquet, des regards se tournèrent immédiatement vers eux. Et au fur à mesure qu'ils marchaient, les regards se faisaient plus nombreux, comme si la salle prenait conscience de leur présence. Hermione s'efforça de regarder droit devant elle, le visage crispé. La main de Théodore serra ses doigts tremblants dans une vaine tentative pour la rassurer.

Bien qu'elle fît de son mieux pour ne croiser aucun regard, Hermione se rendit rapidement compte que toute l'attention était déjà portée sur eux.

C'était comme si toutes les conversations avaient instantanément cessé. Les convives chuchotaient désormais entre eux, les yeux rivés dans leur direction. Hermione tenta de se focaliser uniquement sur sa marche, se concentrant sur chaque pas qu'elle faisait, espérant ne pas s'effondrer tant elle était nerveuse.

Soudainement, deux personnes apparurent devant eux, leur bloquant le passage. Hermione s'arrêta, désarçonnée, retenant sa respiration, tentant de se préparer mentalement à ce qui allait suivre. Il s'agissait d'un couple de personnes âgés.

« M. et Mrs. Nott. » s'exclama la femme d'une voix pleine de ravissement.

Hermione posa son attention sur elle, déstabilisée par l'intonation aimable dans sa voix. Elle portait un chapeau extravagant d'un vert malachite, assorti à sa tenue de soirée. L'un de ses orbites arborait un œil magique d'un bleu vif qui fixait Hermione avec une intensité qui la rendit mal à l'aise.

« Madame la Gouverneure. » salua Théodore d'une voix polie à l'adresse du couple. « Monsieur Warrington. »

« Nous ne pouvions pas attendre plus longtemps de faire la connaissance de votre nouvelle épouse, M. Nott. » répondit la femme, son regard avide toujours rivé sur Hermione, comme si elle se trouvait devant une bête de foire.

Pansy lui avait parlé de cette femme lorsqu'elles avaient parcouru ensemble la liste des convives les plus importants de l'événement. Cressida Warrington était une femme influente grâce à son statut de Gouverneure au sein du Coven sacré. Elle était décrite par beaucoup comme progressiste, une prise de position inadmissible pour certains de ses collègues. Selon Pansy, elle montrerait probablement une curiosité appuyée à l'égard d'Hermione et n'arborerait aucune hostilité, contrairement à la plupart des familles qui formaient les Treize.

« Vous n'êtes pas sans savoir que c'est le seul sujet de conversation, ce soir. » ajouta Cressida d'un ton entendu. « Tout le monde n'a que votre nom à la bouche. Je n'avais pas vu le beau monde cancaner autant depuis le dernier esclandre des Black. »

Hermione et Théodore échangèrent des regards déroutés. Les commentaires directs de Cressida Warrington étaient déstabilisants.

Avant que l'un ou l'autre ne puisse dire quoi que ce soit, Cressida s'approcha d'Hermione, commençant à l'assaillir de questions en tout genre, visiblement impatiente d'entendre davantage de détails sur elle et sur leur relation. Hermione trouva son insistance quelque peu déstabilisante mais répondit poliment à ses questions. Pansy lui avait dit de ne pas hésiter à répondre de manière vague.

« Le but pour toi n'est pas d'avoir des conversations profondes, surtout avec des gens que tu ne connais pas encore. Ils pourraient utiliser cela contre toi, plus tard, si tu n'es pas méfiante. Contente-toi des banalités, c'est bien plus sûr. Et n'hésite pas à leur poser des questions pour éviter de répondre aux leurs. » lui avait savamment conseillé Pansy.

Pendant leurs leçons, Pansy lui avait reproché d'avoir trop tendance à débattre et à vouloir avoir raison, un trait de personnalité qui pourrait lui coûter dans ce milieu, surtout en tant que femme.

« Je sais que tu vas avoir le sentiment d'avoir des choses à prouver. Crois-moi, ce n'est pas un concours d'intelligence ou de culture. » avait indiqué Pansy. « Parfois, il est mieux que les gens te prennent pour plus stupide que tu ne l'es vraiment. Ça les met en confiance, ils se méfient moins et deviennent même plus agréables. Tu ne veux surtout pas qu'ils aillent penser que tu es un danger potentiel. Il est même préférable que les conversations les confortent dans leur sentiment de supériorité, aussi frustrant que cela puisse être. »

Hermione avait trouvé ces conseils particulièrement frustrants et rétrogrades. Elle comprenait toutefois l'importance de ne pas faire de vagues parmi ces gens, à la vue de sa position déjà compliquée. Elle avait donc décidé de suivre les conseils de Pansy et de ravaler sa fierté personnelle. Une Sang-Impure parmi leurs rangs était déjà un événement problématique. Une Sang-Impure éduquée devenait un danger pour eux.

Contre toute attente, la conversation avec les Warrington aida Hermione à se décrisper. Elle s'était tellement attendue à être agressée verbalement que l'attitude agréable – bien qu'insistante - de cette femme lui fit un grand bien. Après de longue minutes, M. Warrington interpella gentiment sa femme pour mettre un terme à la conversation.

« Je suis certain que M. et Mrs Nott ont d'autres personnes à saluer. » dit fermement Cassius Warrington à l'attention de son épouse.

Il les salua poliment avant de s'éloigner, entraînant avec lui sa femme dont l'œil magique resta rivé sur Hermione. Cette dernière se tourna vers Théodore qui l'observait avec un sourire.

« Tu as été parfaite. » assura-t-il d'une voix encourageante.

Ses mots lui provoquèrent un sourire contrit. Elle tourna la tête et balaya la pièce des yeux. Presque aussitôt, elle remarqua les regards rivés dans leur direction. Pendant leur discussion avec les Warrington, il avait été simple de les oublier.

Cette fois pourtant, elle ne pouvait pas les ignorer. Et contrairement à la Gouverneure Warrington, ces regards-là étaient tout sauf aimables. Elle distingua très clairement un mélange d'indignation, de jugement et de dégoût dans la plupart d'entre eux. La brève relaxation qu'elle avait ressentie disparut immédiatement. Le poids de ces regards contempteurs était pesant. Ils l'accablaient silencieusement, lui communiquant leur hostilité avec subtilité. La pièce était désormais pleine. Et parmi tous ces gens guindés, Hermione se sentit plus petite que jamais.

« Allons rejoindre mon père. » retentit la voix de Théodore à son oreille, comme s'il avait senti son nouveau mal être.

Il posa une main sur sa taille et la guida dans la direction opposée. Ils furent forcés de traverser l'immensité de la salle de banquet, naviguant entre les regards insistants et méprisants et les messes basses à peines voilées. Hermione baissa les yeux.

Après ce qui lui sembla une éternité, ils atteignirent finalement leur table. Theodius y était déjà installé, en compagnie de la directrice du Théâtre ainsi que les présidents de la fondation de la lutte contre l'Éclabouille jaune.

Hermione avait déjà rencontré ces derniers dans le cadre de l'organisation du gala. Si ces derniers partageaient le même mépris pour Hermione que le reste des invités, ils avaient réussi à le dissimuler. Les Nott étaient les sponsors officiels de la fondation et de l'événement. Au regard du soutien financier que la famille apportait, les présidents de la fondation ne voulaient probablement pas se montrer déplaisants.

« Tu serais étonnée de voir à quel point l'argent surpasse les valeurs, dans certains cas. » avait commenté Pansy avec dédain. « L'hypocrisie est un sport national, ici. »

Il était toujours étrange d'assister à la déférence avec laquelle on traitait Théodore à cause de son statut. Bénéficier pour la première fois de ce privilège à son tour avait été une expérience déstabilisante et hors du commun pour Hermione.

Elle prit place au siège qui lui était réservé – entre Theodius et Théodore. Elle s'efforça d'esquisser un sourire poli vers son beau-père qui l'observait d'un air impassible.

« Comment les choses se passent-elles ? J'espère que vous n'êtes pas trop intimidée ? » demanda-t-il d'une voix si basse qu'elle fut la seule à pouvoir l'entendre.

Elle trouva sa question sournoise et peu sincère. Il était évident qu'elle était tendue et intimidée. Elle ne lui donnerait toutefois pas satisfaction en l'avouant.

« Tout va bien. » répondit-elle d'un ton neutre, sans extrapoler.

Alors qu'il s'apprêtait à répondre, une voix s'éleva à travers toute la pièce. La plupart des convives avaient désormais rejoint les tables qui leur étaient attribuées.

« Chers invités, je vous souhaite la bienvenue à la dix-septième édition du Gala Annuel des Groupements contre l'Éclabouille jaune. » salua un homme grisonnant, à la mâchoire carrée. « Je suis Arnadius Hepworth et j'aurais encore, cette année, l'honneur d'être votre hôte le temps de cette fabuleuse soirée. Quel plaisir de constater, cette année encore, que nous sommes réunis en si grand nombre afin de contribuer à la lutte contre cette maladie destructrice. »

Des applaudissements fervents retentirent dans toute la salle.

« J'aimerais commencer par remercier la très noble famille Nott et tout particulièrement monsieur le Gouverneur, d'avoir mis à disposition ce lieu illustre pour accueillir cet évènement. Leur générosité est grandement appréciée. » indiqua Arnadius.

Theodius leva son verre en direction de l'homme. Cette fois, les applaudissements semblèrent plus réservés et forcés. Tous les regards de la salle étaient rivés vers leur table. Hermione savait que ce n'était pas Theodius ou Théodore qu'ils regardaient avec autant d'insistance mais elle-même.

Elle était le sujet de conversation dans toutes les bouches. Elle n'avait pas eu besoin de la confirmation de la Gouverneure Warrington pour s'en rendre compte. Elle sentit la main de Théodore lui toucher le genou, sous la table.

« Comme le veut la coutume, j'aimerais donner la parole à M. Nott pour notre discours d'ouverture. » continua l'hôte.

A ses côtés, Hermione vit Theodius se lever pour s'adresser à l'assemblée. Il mentionna la nécessité de la lutte contre cette maladie ainsi que l'importance qu'elle avait représenté pour son épouse, de son vivant. Tandis qu'il parlait de Gislena, Hermione ne put s'empêcher de l'observer avec un mélange de peine et d'admiration. Malgré leurs rapports compliqués, elle ne pouvait pas nier l'amour qu'il portait à son épouse. Elle sentit toute l'émotion dans sa voix tandis qu'il disait des mots en son honneur.

Ses paroles semblèrent également émouvoir le reste de l'assemblée et à la fin de son discours, les applaudissements se firent cette fois plus vigoureux. Hermione tourna le regard vers Théodore dont les yeux brillaient. Elle savait que les paroles de son père l'avaient également ému. Cette fois, ce fut au tour d'Hermione de prendre sa main sous la table et de la serrer doucement, tentant de lui communiquer toute son affection par ce geste.

Une cohorte de serveurs fit son apparition pour commencer à servir le dîner et Hermione écouta distraitement les conversations de la tablée, sans vraiment y prendre part. Elle fut heureuse lorsqu'on lui servit un verre d'hydromel. Elle le porta à sa bouche, devenue sèche. Elle n'attendit même pas que Theodius finisse son toast avec la tablée et engloutit sa première gorgée un peu trop vite, appréciant grandement la fraîcheur de la boisson dans sa trachée. Pansy critiquerait sans doute ses manières de table après les nombreuses leçons d'étiquette qu'elle lui avait dispensées avant le gala, à l'aide de son assistante Romilda Vane. Hermione n'en avait toutefois que faire. Elle comptait bien utiliser tous les moyens à sa disposition pour lutter contre la nervosité qui lui tordait l'estomac. Théodore réprima un petit rire devant son geste.

A son grand soulagement, l'alcool l'aida à calmer ses nerfs agités et elle parvint à se concentrer sur les discours qui s'enchaînaient sur la scène. L'un des représentants de la fondation expliqua à l'assemblée que la maladie causait toujours un grand nombre de morts et aucun antidote n'avait été encore découvert à ce jour. L'Éclabouille jaune était une version aggravée de l'Éclabouille traditionnelle et, contrairement à cette dernière, conduisait à une mort lente et désagréable si elle n'était pas détectée dans sa première phase. Elle sévissait le plus chez les jeunes sorciers.

Il mentionna les progrès encourageants des dernières années, obtenus grâce à la recherche approfondie. Cette dernière était principalement financée par les dons récoltés chaque année pendant le GAGE. Il insista sur l'importance de continuer à poursuivre leurs efforts déjà bien entamés. Grâce aux contributions de ces dernières années, l'espérance de vie pour les porteurs de la maladie avait été rallongée de dix années.

Le dîner fut une expérience curieuse pour Hermione. D'un côté, elle avait l'impression d'être totalement transparente, tandis que les convives qui s'approchaient de la table s'adressaient exclusivement à Théodore ou à son père. De l'autre, elle eut la sensation d'être observée avec attention et circonspection, comme une bête curieuse. Elle ne manqua pas les regards en biais des convives installés aux tables adjacentes ou de ceux qui passaient près de leur table.

Lorsque le dîner prit fin, les tables disparurent d'un claquement de doigts, faisant place à la piste de bal, et sonnant le moment fatidique qu'Hermione redoutait depuis le début de la soirée.

Un couple devrait ouvrir le bal - et la tradition voulait que cette responsabilité revienne au couple Nott. Gislena n'étant plus de ce monde, Theodius leur avait cédé cette tâche.

Hermione sentit son estomac se tordre. Elle se demanda si sa nausée était causée par l'alcool. Elle n'avait bu que deux verres d'hydromel, mais de manière hâtive. N'ayant pas l'habitude de consommer régulièrement de l'alcool, elle avait rapidement senti une chaleur singulière lui monter à la tête. Elle avait espéré que la liqueur l'aiderait à vaincre son stress, mais ce dernier lui semblait plus intense que jamais, comme si la substance n'avait fait qu'intensifier son anxiété. Lorsque Théodore se releva et qu'il tendit sa main vers elle pour l'inviter, Hermione sentit son cœur battre à toute allure dans sa poitrine. Elle glissa sa main dans la sienne et se releva à son tour. Ils se dirigèrent vers le centre de la pièce, au milieu de tous les convives dont les regards étaient fixés sur eux. Hermione se sentait comme un agneau s'apprêtant à entrer à l'abattoir. Pourtant, contrairement à ces animaux, elle savait exactement ce qui l'attendait.

La marche jusqu'au milieu de la piste de bal lui parut plus longue que jamais. Et lorsque Théodore s'arrêta enfin, et qu'ils se retrouvèrent face à face, Hermione s'efforça de se concentrer sur ses yeux. Ils étaient si différents des regards qu'elle avait croisés depuis le début de la soirée. Elle n'y lisait pas de dédain ou d'aversion.

Ils reflétaient un amour inconditionnel, plein de promesses, d'encouragements, d'empathie. Et son regard lui rappela exactement pourquoi elle se trouvait dans cet endroit, à cet instant précis. Cela lui redonna un élan de courage. Lorsque la musique du quartet retentit, Hermione reprit sa contenance et adressa un sourire à Théodore pendant qu'il plaçait ses mains sur elle. Ils entamèrent une valse lente, et pendant un bref instant, elle en oublia presque où ils se trouvaient. Elle eut l'impression de se retrouver à cette soirée pendant laquelle ils avaient décidé de s'unir dans les liens sacrés, en toute intimité. Ils avaient partagé leur première danse, étroitement enlacés, perdant toute notion de temps et d'espace. Ce souvenir serait à jamais gravé dans sa mémoire et ce fut dans cette énergie qu'elle puisa une fois encore.

Malgré sa frustration, son anxiété et ses craintes, Théodore arrivait toujours à la recentrer. Il était son noyau, son appui. C'était grâce à lui qu'elle avait le courage de se tenir debout au milieu d'une foule qui la haïssait pour ce qu'elle représentait. C'était pour lui qu'elle côtoyait des individus prêts à lui faire subir les pires sévices s'ils prenaient connaissance de son véritable statut.

Rien d'autre ne comptait mis à part ses yeux plongés dans ceux de Théodore, ses mains rassurantes l'enlaçant amoureusement, perdus dans ce moment qui n'appartenait qu'à eux.

Pourquoi était-il aussi facile pour elle d'oublier à quel point elle était chanceuse ? Après tout, elle était dans une robe superbe - bien qu'extravagante - dans les bras d'un l'homme qu'elle aimait éperdument et qui était prêt à tout pour elle, y compris à sacrifier son nom et la réputation de sa famille.

Hermione ignorait combien de temps ils dansèrent ainsi, égarés dans leur propre monde. Elle remarqua finalement que d'autres couples commencèrent à les rejoindre sur la piste. Du coin de l'œil, elle aperçut la Gouverneure Warrington et son mari. Elle vit ensuite Pansy Parkinson entraîner Draco Malfoy sur la piste, probablement dans une volonté de soutien. Hermione ressentit un élan de reconnaissance envers elle. Très rapidement, la piste commença à se remplir.

« Une danse d'ouverture parfaite. » murmura Théodore avec fierté, jetant des regards autour de lui. « Tu es époustouflante, Hermione. Je sais à quel point c'est difficile pour toi. »

Ils dansèrent encore sur quelques morceaux avant que Théodore lui propose d'aller leur chercher des rafraîchissements. Hermione accepta brièvement. Elle commençait à avoir chaud dans sa robe et la température avait semblé grimper de quelques degrés.

Théodore disparut de son champ de vision, et Hermione se retrouva livrée à elle-même. Elle reporta son attention sur ses alentours. De nouveau, elle croisa les regards méprisants et hostiles, autour d'elle. Ils lui semblèrent soudainement pires. C'était comme s'ils avaient attendu que Théodore s'éloigne pour pouvoir manifester leur dégoût d'une manière plus virulente que jamais. Mal à l'aise à l'idée de rester ainsi exposée face à cette foule inamicale, elle décida de retourner à sa table. Et tandis qu'elle tentait de se frayer un chemin parmi la foule, elle entendit leurs critiques :

« Quelle honte. » cracha une voix.

« Un sacrilège. » assena une autre.

« Puisse Voldemort les foudroyer pour ce blasphème. » souhaita quelqu'un.

Le corps tremblant, Hermione poursuivit son avancée.

« Quelle indécence. Ils devraient avoir honte. » prétendit quelqu'un d'autre.

« Les Nott sont tombés bien bas. » conspua une voix.

« Traîtres à leur sang. »

« Blasphème, blasphème. »

« Quelle magie noire cette putain impure a-t-elle utilisé pour les tromper ainsi ? »

« On devrait immédiatement leur retirer leur statut. Ils ne méritent pas de faire partie des Treize. »

Les mots, d'une violence inouïe, la coupèrent comme une lame vive, et toutes ses pires angoisses refirent surface, plus violemment que jamais. Hermione eut envie de fondre en larmes. Et tandis qu'elle se précipitait vers sa table, elle se cogna brutalement contre quelqu'un. Elle se redressa, commençant à s'excuser avec profusion.

Elle s'interrompit lorsqu'elle croisa le regard sombre et perçant d'une femme aux cheveux noirs de jais, portant une robe noire avec un corsage amplifié, entrelacé de broderies anthracites. Des plumes imposantes étaient apposées sur les épaules carrées de la robe, intensifiant son impression de dureté. Hermione s'arrêta net, pétrifiée devant cette femme à la prestance évidente. Son aura, à la fois lugubre et splendide, lui coupa le souffle.

Elle reconnut son visage, qu'elle avait vu à plusieurs reprises dans la Gazette du Sorcier et dans l'Abécédaire de la Pureté.

La procureure Bellatrix Lestrange en personne.

Elle dégageait une aura sinistre et malveillante qu'Hermione avait rarement vue ailleurs. Ses yeux pénétrants détaillaient Hermione avec une insistance terrifiante et la jeune femme sentit ses poils de dresser sur ses bras, parcourue d'un malaise profond. La lueur de haine glaciale dans les yeux de cette femme la mit dans un état de terreur inexprimable.

Bellatrix ne prononça pas un seul mot à son encontre et pourtant, ses yeux exprimaient bien des paroles. Et leur teneur était des plus parlantes - Hermione n'était pas bienvenue parmi ces gens et sa présence ne serait pas tolérée. Apeurée devant les menaces silencieuses mais évidentes, Hermione recula de quelques pas.

« Ex… Excusez-moi. » balbutia-t-elle d'une voix hystérique, incapable de dissimuler davantage sa panique.

Elle s'éloigna à toute allure, oubliant toute politesse tandis qu'elle se frayait un chemin pour retrouver sa table. Alors qu'elle s'en approchait, elle croisa le regard de Theodius Nott, rivé sur elle. Et dans ses yeux emplis de jugement, elle crut l'entendre dire ''Je vous avais prévenue.''

Hermione, les larmes aux yeux, fit marche arrière et se dirigea immédiatement vers le grand escalier, ne supportant plus de rester dans cette pièce pleine de détracteurs.

Elle descendit l'escalier à toute allure, devant les regards décontenancés de quelques convives, et se mit à courir vers l'escalier réservé au personnel qu'ils avaient emprunté pour entrer dans la salle de banquet. Elle savait qu'elle ne trouverait pas d'invités dans cette zone. Elle ignora la douleur de ses chaussures. Elle devait probablement avoir l'air démente mais s'en moquait. Sa priorité était de s'éloigner au plus vite.

Elle entra dans la première pièce qu'elle put ouvrir – une remise remplie de matériel musical et ferma la porte derrière elle dans un geste brutal. Elle se rua vers le mur, le percutant avec force. Elle posa son visage contre la pierre glacée, suffocante.

Elle hoqueta bruyamment, la respiration erratique. Sa main était rivée sur sa nuque, serrée sur ce collier qui lui paraissait désormais si lourd. Elle ne désirait que l'arracher pour pouvoir respirer. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'elle faisait une crise de panique.

Ses crises avaient débuté après son entrée dans le régime. L'élément déclencheur était toujours le même - elles survenaient dans les moments où Hermione se retrouvait dans une situation de stress important, et qu'elle n'avait aucun contrôle. C'était Luna Lovegood qui lui avait fait ce diagnostic, lorsqu'Hermione lui avait décrit les crises qui l'assaillaient parfois.

Elle ferma les yeux, la respiration alourdie, la main sur sa tempe, des larmes coulant sur ses joues. Elle suffoquait toujours et une douleur saisissante lui tiraillait la cage thoracique. Elle se sentit éprise de vertiges qui la désorientèrent. C'était comme si elle voyait ses alentours tournoyer violemment autour d'elle, sans qu'elle ne puisse faire quoi que ce soit pour mettre fin à ce calvaire. Les palpitations de son cœur étaient devenues incontrôlables.

Il lui fallut plusieurs minutes pour se calmer. Elle se concentra sur sa respiration, tentant de lui faire reprendre un rythme normal. Elle finit par y parvenir avec difficulté. Hermione se laissa finalement glisser au sol, le corps toujours tremblotant. Le poids oppressant qui lui comprimait la poitrine commençait à se dissiper.

Elle réalisa avec culpabilité que Théodore ignorait où elle se trouvait. Elle n'avait pas eu la force de le prévenir. C'était comme si son instinct de survie s'était réveillé soudainement, lui hurlant de fuir au plus vite.

L'hostilité environnante, les paroles abominables de ces gens et le regard terrifiant de Bellatrix Lestrange avaient ravivé les souvenirs traumatisants du jour de l'invasion.

Hermione se raidit lorsqu'elle entendit la porte s'ouvrir lentement. Immédiatement, son angoisse refit surface, effrayée à l'idée d'être trouvée dans cet état de détresse extrême. Elle écarquilla les yeux lorsqu'elle reconnut Pansy Parkinson. Il s'agissait de la dernière personne qu'elle s'attendait à voir. Elle portait une longue robe de soirée d'un rose pâle, avec un décolleté en V profond, texturée de broderies florales sophistiquées. Les ornements de la tenue descendaient en feuillage tout au long de la jupe, avant de se fondre dans le satin.

Pansy resta d'abord silencieuse, l'observant longuement d'un air un peu décontenancé. Et dans son regard, Hermione vit quelque chose qui lui fit mal - de la pitié.

Elle devait lui paraître plus pathétique que jamais, gisant ainsi sur le sol, les larmes aux yeux, en proie à une crise d'anxiété profonde. A cet instant précis, Hermione n'avait pourtant pas l'énergie de recevoir les énièmes critiques désobligeantes de Pansy au sujet de son apparence. Ni celles à propos des nombreuses erreurs d'étiquette qu'elle avait dû commettre depuis le début de la soirée.

« Si tu veux me critiquer, ce n'est pas le moment. » souffla Hermione d'une voix esseulée.

« Au contraire, je comptais te complimenter. On dirait la souillon Griselda enfin transformée en princesse, tout droit sortie de sa diligence en forme de citrouille. C'est vraiment miraculeux ce qu'une robe de créateur peut faire. » commenta Pansy en l'observant de haut en bas avec appréciation.

Hermione lui lança un regard médusé.

« Merci… Je suppose. » dit-elle finalement, incertaine.

Les compliments de Pansy ressemblaient toujours à des critiques. Il était difficile de savoir comment les prendre. La comparaison d'Hermione à Griselda la souillon était particulièrement passive-agressive. Il s'agissait de la protagoniste d'un conte pour enfants célèbre parmi les sorciers.

A son entrée dans le monde magique, à l'aube de ses onze ans, Hermione avait été surprise d'apprendre que de nombreux contes de fées moldus tiraient en réalité leur origine dans des vrais récits de la communauté magique. C'était d'ailleurs le cas de Cendrillon, la version moldue des tribulations de Griselda la souillon.

Hermione avait appris que l'auteur de ces contes était en réalité un écrivain sorcier au creux de la vague dont les ouvrages n'avaient jamais eu le succès escompté parmi sa communauté. Il avait alors tenté sa chance dans le monde des moldus, adaptant des histoires qui se basaient sur des faits véridiques et embellissant certains détails pour l'effet dramatique. Il avait laissé la magie dans ses récits - avec les transformations en tout genre, et la présence de créatures magiques. Il avait obtenu un succès fulgurant grâce à ses récits féeriques. Les Moldus fantasmaient sur l'existence de la magie depuis toujours à travers la littérature ou le cinéma, même s'ils ignoraient tout de sa réelle existence.

Hermione observa Pansy d'un air vide.

« Je… Je ne peux pas continuer. Tout ça… Ce n'est pas moi… » murmura Hermione, accablée.

Pansy secoua la tête, son visage arborant désormais un air sévère.

« Foutaises. Que pensais-tu qu'il se passerait en épousant l'héritier d'une famille sacrée ? Que ce serait une partie de plaisir ? C'est du travail de tout instant et pour nous les femmes, c'est encore pire. Tu devras tout subir sans pouvoir te défendre, pour ne pas impacter ton clan. » avança Pansy avec amertume. « J'espère que tu es prête car c'est un contrat à vie. Accroche-toi. Il n'est plus possible de reculer, désormais. »

Hermione était médusée par son discours. Était-il supposé lui remonter le moral ou la rabaisser encore plus ?

« Tu ne réalises pas la chance que tu as de t'être mariée par amour. La plupart d'entre nous n'aurons jamais cette chance. » assena Pansy avec frustration.

Hermione lui jeta un regard surpris, étonnée par son soudaine éclat.

« Remets-toi debout et assume les conséquences de tes propres choix. Et si tu refuses de le faire pour toi-même, fais-le au moins pour ton mari. Si tu n'étais pas aussi obsédée par tes propres états d'âmes, tu te rendrais compte que Théodore a bien plus à perdre que toi. Tu étais déjà au bas de l'échelle sociale, qu'est-ce qui peut t'arriver de pire ? »

Hermione réalisa qu'en laissant Théodore seul dans cette pièce pour affronter cette foule hostile, elle avait fui ses responsabilités.

Ce n'était pas ce qu'ils s'étaient promis. Ils s'étaient jurés d'affronter l'adversité ensemble. Contre vents et marées. Ils étaient liés pour le meilleur et pour le pire. Et s'ils devaient vraiment former une équipe, elle devait commencer à se montrer totalement honnête avec lui. Elle réprimait encore trop de choses et cela portait préjudice à leur mariage.

« Tu as raison. » murmura finalement Hermione, dans un souffle.

Pansy sembla surprise de cette admission. Son étonnement disparut rapidement, au profit de son habituel air prétentieux.

« Debout. » ordonna-t-elle en lui tendant une main parfaitement manucurée. « Allons faire un petit tour avant d'y retourner. »

Hermione attrapa sa main et se releva. Pansy lui lança un regard critique tandis qu'elle sortait un étui en or rose de sa pochette de soirée. Elle plaça un fume-cigarette au coin de ses lèvres.

« Quel gâchis. On ne traite pas une robe aussi belle de cette manière. C'est un sacrilège. » commenta-t-elle en secouant la tête, l'air désapprobateur.

Elle s'approcha d'Hermione et arrangea soigneusement les plis de sa robe pour lui redonner sa forme originelle. La jeune femme la remercia du bout des lèvres, étonnée par son attitude envers elle. La voir essayer de la motiver de cette manière la surprenait. Sans doute avait-elle été prise de pitié devant son état pitoyable.

Pansy n'avait jamais daigné se montrer particulièrement agréable ni empathique envers elle. Hermione, elle, ne lui avait jamais facilité la tâche, se montrant également hostile et pleine de préjugés à son encontre.

Pansy lui tendit un mouchoir en soie.

« Il va falloir que tu apprennes à pleurer comme une vraie lady. Il y a toute une technique pour limiter les dégâts sur ton maquillage. » indiqua-t-elle. « Plie le mouchoir en quatre et tapote les recoins de tes yeux dès que les larmes sortent. Ça évite qu'il s'étale partout et sabote tout. »

En temps normal, Hermione aurait sans doute levé les yeux au ciel devant cette leçon improvisée. Elle n'avait jamais rencontré une personne capable d'alterner une conversation profonde et sérieuse avec des remarques aussi superficielles.

Toutefois, lorsqu'Hermione quitta la pièce, le cœur moins lourd, elle éprouva une reconnaissance immense envers Pansy Parkinson.

/

Ginny balaya des yeux la salle de banquet, traversée d'un sentiment d'excitation grisant. Elle adorait l'ambiance électrisante de ces bals grandiloquents. Elle avait eu l'occasion d'assister à quelques évènements de moindre intérêt mais ils étaient bien pâles en comparaison du GAGE. Il lui rappelait l'atmosphère effervescente du Bal de L'Ellébore. Du moins avant cette terrible explosion.

Étrangement, elle repensait rarement à cette dernière. Les détails étaient flous. C'était comme si le souvenir s'évaporait à chaque fois qu'il atteignait son esprit. Le sort de Draco avait été d'une efficacité terrifiante.

Manipuler de cette manière un souvenir n'était sans doute pas une méthode sans risques mais elle était heureuse de ne pas devoir revivre les détails les plus morbides de cette tragédie.

Ginny poursuivit l'analyse discrète de ses alentours. Même si ces évènements de prestige étaient d'une beauté impressionnante, elle appréciait surtout d'observer les comportements des convives. Ils s'adonnaient à cette comédie codifiée qu'elle trouvait fascinante. Elle avait la sensation d'en apprendre beaucoup sur la nature humaine en observant les comportements des gens qui l'entouraient.

Elle était venue en compagnie de Katrina Street-Porter, dont le mari était absent à cause d'un empêchement. Malgré son statut inférieur, Ginny bénéficiait parfois de l'influence et des relations de ses collègues au cabinet de la Gouverneure.

Lorsque quelques curieux s'enquéraient sur son identité, Ginny partageait brièvement son nom avant de mettre en exergue sa relation avec la Gouverneure. Cela suffisait à éviter toute question intrusive sur sa vie personnelle. Même si elle parvenait désormais à se fondre dans la masse des Sang-Purs avec aisance, elle était consciente que crier son statut sur tous les toits serait une mauvaise stratégie.

Ginny s'empara d'un verre hydromel lorsqu'un serveur passa devant elle, faisant léviter un plateau rempli devant lui. La soirée avait déjà apporté son lot de rebondissements. Cela avait commencé par l'entrée de Théodore et Hermione dans la salle. C'était comme si l'air s'était fait absent, tandis que tous les regards de la pièce se posaient sur eux. Ginny avait entendu des chuchotements de toute part – désapprobateurs pour la majorité et franchement insultants pour d'autres. Un sentiment de malaise l'avait parcouru en entendant certains commentaires désobligeants et cruels destinés au couple – et particulièrement à Hermione.

Même si elles étaient en froid, Ginny éprouvait toujours de la loyauté envers elle. Elle ne pouvait pas rayer des années d'amitié à cause d'une dispute. Hermione n'avait pas semblé remarquer sa présence, visiblement absorbée par d'autres considérations.

Ginny les observa attentivement tandis qu'ils ouvraient le bal, devant les regards scrutateurs et avides des convives. Hermione garda la tête haute, mais Ginny la connaissait suffisamment pour savoir reconnaître l'angoisse qui la tiraillait. Il était évident qu'elle peinait dans ce contexte, si éloigné de son quotidien.

Ginny ne put s'empêcher de les trouver adorables tandis qu'ils dansaient, semblant immergés dans leur propre univers, oubliant presque l'agitation néfaste autour d'eux. Une partie d'elle enviait Hermione. Malgré les circonstances du régime, elle pouvait s'afficher publiquement aux côtés de l'homme qu'elle aimait.

« Du jamais vu. » avait commenté Katrina, un air de choc extrême sur le visage.

Katrina était habituellement au courant de tous les commérages de l'élite et ne s'étonnait jamais des stratégies les plus scandaleuses qui se jouaient pour obtenir une ascension sociale. Elle observait toutefois Hermione et Théodore avec un mélange de stupéfaction et d'admiration.

Pendant l'heure qui suivit, Ginny écouta Katrina en silence pendant qu'elle commérait activement avec d'autres invités du Ministère au sujet de l'union sacrée des Nott. Tout le monde semblait avoir son mot à dire sur cette union morganatique - la première du genre.

En deux centenaires d'existence, jamais le régime n'avait assisté à un tel scandale, touchant le haut de la pyramide. Si les couples mixtes avaient toujours existé, y compris parmi les familles les plus haut placées, aucuns d'entre eux ne s'étaient affichés de manière officielle, aux yeux de la foule. L'audace de Théodore Nott d'avoir épousé une sorcière de rang inférieur et de la présenter ainsi en société était si choquante que les gens ne semblaient pas savoir comment agir. On guettait attentivement les réactions des invités les plus importants – notamment celle de la Procureure Bellatrix Lestrange, présente pour l'occasion.

Ginny savait que c'était la tante de Draco mais il ne l'avait jamais vraiment mentionnée lors de leurs conversations. Elle n'avait pu s'empêcher de ressentir un malaise inexplicable à la vue de cette femme dont la beauté était intimidante et glaçante. Ses yeux exprimaient une austérité profonde qui lui faisait froid dans le dos. Tous les gens qui l'entouraient semblaient l'observer avec déférence et obédience, la suivant comme un aimant magnétique, intensifiant davantage cette aura puissante qu'elle dégageait.

Ginny ne s'était jamais vraiment intéressée à la politique avant de rencontrer Katrina et Draco. Elle avait toujours pensé que c'était un thème ennuyeux et trop compliqué, réservé à l'élite de la population, et bien loin des considérations quotidiennes d'une jeune femme ordinaire dans son genre. Avec le temps, elle commençait à comprendre l'engouement autour de la politique et les intérêts qu'elle pouvait servir à ceux qui acceptaient de se plier à son jeu.

« Je ne pensais même pas que c'était possible. » commenta Katrina au groupe, au sujet de l'union sacrée des Nott.

Pour beaucoup, il semblait saugrenu que la loi autorise une union entre un membre des Treize et une sorcière de rang inférieur. Cela était probablement un concept si inconcevable qu'il n'était venu à l'idée de personne de la légiférer.

« S'ils déclarent que c'est un acte illégal, leur union sera annulée, n'est-ce pas ? » demanda une sorcière asiatique, en fronçant les sourcils.

« C'est impossible. Une union sacrée est infrangible. » renchérit quelqu'un d'autre d'une voix grave. « Et le mal est de toute façon déjà fait. »

« Quelle honte qu'une famille aussi prestigieuse soit tombée dans de tels travers. Des siècles de pureté exemplaire pour finir de cette manière. Gislena Nott doit se retourner dans sa tombe. » commenta la sorcière asiatique, en secouant la tête, l'air désapprobateur.

Ginny décida de s'éloigner, mal à l'aise devant leurs commérages. Katrina ne savait rien de ses liens personnels avec Hermione. Elle ne pouvait donc pas lui en vouloir de prendre part aux conversations. Après tout, le sujet était à la bouche de tous les convives.

Ginny descendit son verre d'hydromel un peu trop vite. C'était déjà son troisième et elle se sentait déjà plus détendue. Elle était étonnée par sa récente tolérance à l'alcool. Probablement un effet direct de son amitié avec Pansy Parkinson.

Elle laissa son regard errer à l'autre bout de la pièce, à la recherche de visages familiers. Elle trouva Draco en compagnie de Pansy et d'un autre homme qu'elle ne reconnut pas. Comme à son habitude, Pansy semblait animer toute la conversation, s'exprimant avec des grands gestes, racontant manifestement un récit des plus dramatiques, sous l'air fasciné du sorcier qui les accompagnait. Draco, quant à lui, écoutait la conversation avec son flegme habituel. Ginny l'observa avec appréciation. Il était plus séduisant que jamais, vêtu d'un smoking trois pièces d'un noir brillant, qui mettait en valeur sa silhouette athlétique.

Agir comme des inconnus lorsqu'ils étaient en public était frustrant mais Ginny commençait à s'y habituer. Pendant un bref instant, elle n'avait pas pu s'empêcher de jalouser la liberté de Théodore et Hermione. Elle savait toutefois que les choses étaient différentes pour elle et Draco. Ils comprenaient parfaitement les enjeux. Aucun d'entre eux ne prendrait le risque d'attirer des retombées dramatiques sur leurs familles respectives.

Ginny porta le verre à sa bouche. Elle s'humecta les lèvres sans le réaliser. Ils n'avaient cessé d'échanger des regards brûlants depuis le début de la soirée. Un jeu qu'elle trouvait terriblement excitant.

Quelques instants plus tôt, profitant des regards rivés sur les Nott pendant leur danse, Draco en avait profité pour passer derrière elle discrètement. Elle avait senti sa main effleurer sa taille d'une manière subtile. Puis, derrière elle, elle avait senti son souffle chaud près de sa nuque dégagée, la faisant frissonner de la tête aux pieds. Cela avait eu pour effet de raviver des sensations qu'elle ne connaissait que trop bien. Depuis, Ginny n'avait pu penser à rien d'autre que ses mains sur elle, ses lèvres dans sa nuque et sur d'autres endroits de son anatomie, lui procurant des caresses délicieuses.

Merlin, pourquoi fait-il si chaud ? pensa-t-elle. Étaient-ce les effets de l'alcool, ou tout simplement la robe au tissu épais qu'elle avait revêtue pour l'occasion ?

Elle portait une superbe robe de soirée en crêpe de soie, ouvragée de dentelle de guipure. Avec son velouté d'un vert profond, son bustier en cœur et sa jupe fonctionnelle, la tenue allongeait sa silhouette. La robe révélait une jambe fuselée à chaque pas qu'elle faisait.

Elle n'avait pas manqué le regard soutenu de Draco lorsqu'il avait posé les yeux sur elle pour la première fois, à son entrée. Il n'avait pas cessé de la déshabiller du regard, depuis.

Le choix de sa tenue n'avait pas été anodin. Après tout, le vert était la couleur favorite de Draco et cette teinte avait toujours été particulièrement flatteuse sur elle, seyant joliment à ses cheveux.

Ginny devait admettre que jouer de ses charmes à distance, en sachant pertinemment que Draco ne pouvait rien faire dans cette pièce bondée, était plus excitant que jamais. Une torture délicieuse qu'elle adorait lui infliger. Elle savait qu'il lui ferait regretter cet affront dès qu'il en aurait l'occasion et elle n'attendait que ça.

Ils trouvèrent finalement une occasion d'échanger quelques mots. Ginny s'était approchée d'un escalier, et un éventail lévitait nonchalamment devant son visage, lui procurant un air agréable. Elle sut que Draco était à ses côtés avant même de le voir. Elle reconnut immédiatement son odeur boisée et envoûtante.

« Tu es spectaculaire, ce soir. » l'entendit-elle déclarer d'une voix basse.

Ginny ne se retourna pas, et garda les yeux toujours rivés devant elle. Un sourire s'étira toutefois sur ses lèvres à l'entente du compliment.

Aux côtés de Draco, elle avait l'impression que l'air se faisait presque étouffant, tant il était chargé de cette tension sensuelle et sexuelle qui la faisait vibrer. Elle avait longtemps pensé qu'une fois ce désir puissant consommé, il perdrait enfin cette emprise sur elle.

Elle s'était trompée royalement. Maintenant qu'elle y avait goûté, elle n'en n'avait jamais assez. C'était comme une drogue dure à laquelle elle était immédiatement devenue dépendante. Elle avait même l'impression que plus le temps passait, plus son désir devenait plus intense.

« Rejoins-moi dans le hall d'entrée dans cinq minutes. » demanda-t-il.

Ginny se contenta de hocher la tête, distinguant des bruits de pas qui s'éloignaient. Elle attendit quelques minutes avant de se retourner à son tour et de traverser la salle de banquet. Elle posa son verre vide sur un plateau qui lévitait nonchalamment dans les airs et se dirigea vers l'escalier majestueux qui menait au hall du Théâtre.

Elle n'y trouva que quelques sorciers, visiblement ivres, qui conversaient avec un enthousiasme un peu trop débordant. Elle repéra Draco devant ce qui ressemblait à une porte de service. Quand elle arriva au bas de l'escalier, leurs regards se croisèrent et Draco hocha la tête d'un air entendu avant de passer par la porte, disparaissant derrière. D'une démarche lente, Ginny prit la même direction. Elle passa devant un garde qui arborait un air confus et qui lui porta à peine attention lorsqu'elle passa à son tour la porte. Elle se retrouva dans un long couloir - probablement une zone réservée au personnel. Au bout, elle vit une porte ouverte et elle traversa le couloir pour la rejoindre. Elle pénétra dans une large pièce, au plafond haut. La présence d'imposantes étagères atteignant presque le plafond lui fit penser à une ancienne bibliothèque. Aucun ouvrage ne remplissait toutefois les nombreuses rangées vides. Draco était nonchalamment adossé contre un bureau placé face à une grande fenêtre.

« Tu as lancé un sort à ce garde ? » demanda Ginny d'un ton amusé, en haussant les sourcils.

« Rien de très dramatique. » prétendit Draco en haussant les épaules avec indifférence.

« Tu prends beaucoup de risques ce soir, Draco. » fit-elle remarquer, mutine.

« Tu n'as encore rien vu. » assura-t-il en s'approchant de Ginny. « Et heureusement pour nous, les Nott accaparent toute l'attention aujourd'hui. Personne n'a le temps de s'intéresser au reste. »

Il captura ses lèvres dans un baiser fiévreux, glissant sa main sur sa nuque pour la rapprocher de lui. Et comme à chaque fois qu'il l'embrassait, Ginny se sentit perdre pied, plongée dans l'intensité et la fougue de son baiser, immédiatement traversée par cette chaleur délicieuse et agréable que son toucher provoquait chez elle. Elle enroula sa nuque de ses bras, s'accrochant davantage à lui, cherchant avidement cette proximité dont elle s'était languie pendant toute la soirée.

Elle s'était attendue à ce qu'il patiente jusqu'à la fin du gala pour la rejoindre dans son appartement dans lequel ils se seraient probablement adonnés à une session d'ébats particulièrement explosifs. Les yeux assombris de Draco et l'impatience dans ses gestes lui prouvèrent qu'il n'avait aucune intention de patienter jusque-là.

Le souffle saccadé, ils s'écartèrent un instant pour reprendre leur souffle, et Draco la scruta avec adulation.

« Cette robe… » murmura-t-il avec appréciation, tandis que ses mains suivaient les courbes de sa taille et de ses hanches.

« Tu aimes ? » demanda Ginny d'un ton aguicheur, bien qu'elle soit parfaitement consciente de la réponse.

« Dire simplement 'Oui' serait en dessous de la vérité. » assura-t-il.

« Je l'ai choisie pour toi. » dit-elle en esquissant un sourire satisfait.

« Ce décolleté était nécessaire ? » interrogea-t-il en désignant d'un geste de la tête le décolleté illusion qui laissait apercevoir la naissance de sa poitrine.

« Je pensais que ça te plairait. » avança Ginny.

« Oh crois-moi, ça me plait énormément. Ce qui me plaît moins, c'est qu'autant d'hommes ici puissentégalement l'apprécier. » admit-il, ses sourcils se fronçant légèrement.

Elle lâcha un rire espiègle. Draco était particulièrement possessif avec elle.

« Je veux être le seul à te voir ainsi. » déclara Draco avec résolution.

Il traça la forme de sa taille avec ses mains.

« Le seul à te toucher ainsi. »

Ginny laissa échapper un soupir lorsque ses lèvres se posèrent dans sa nuque, y laissant une traînée de baisers humides.

« Le seul pour qui tu gémis de cette manière. » poursuivit-il d'une voix suave.

Il reprit possession de ses lèvres avec ardeur, et ses mains se pressèrent autour de sa taille.

« Le seul nom qui sort de cette jolie petite bouche. » murmura-t-il contre ses lèvres.

Ses mains descendirent au niveau de ses fesses, les saisissant d'un geste ferme. Il la souleva avec facilité avant de l'entraîner vers le bureau près de la fenêtre, sur lequel il la déposa avant de se pencher vers elle pour capturer ses lèvres avec ferveur.

Elle le repoussa légèrement lorsqu'elle crut entendre des pas derrière la porte. Elle tendit l'oreille mais ne distingua qu'un silence. Elle ignorait s'il s'agissait simplement de sa paranoïa à l'idée d'être découverts qui lui faisait entendre des bruits. Draco enroula ses bras autour d'elle, rapprochant son corps du sien. Ginny comprit immédiatement ses intentions.

« Draco. On ne peut pas faire ça ici. » protesta Ginny, jetant un regard incertain vers la porte, partagée entre un désir intense et la peur d'être surprise dans cette position inappropriée.

« Je ne suis pas de cet avis. » répliqua Draco avec morgue.

« Nous n'avons pas beaucoup de temps. » dit-elle, dans une vaine tentative de dissuasion.

« Comme si j'avais besoin de plus de cinq minutes pour te faire crier comme une déchaînée. » rappela-t-il avec un rictus.

« Tu es tellement prétentieux. » l'accusa-t-elle en levant les yeux au ciel.

Elle savait qu'il était de toute façon trop tard pour reculer. Et il aurait été hypocrite de sa part de prétendre qu'elle ne se languissait pas de lui à cet instant précis.

« Dans ce cas, qu'est-ce que tu attends ? » interrogea-t-elle finalement sur le ton du défi, oubliant totalement ses réserves.

Draco ne se fit pas prier.

Quelques instants plus tard, Draco pressa ses lèvres contre les siennes une dernière fois, tandis qu'ils se remettaient de leurs émotions, après le moment intense qu'ils venaient de partager. Il referma soigneusement les boutons de sa chemise, avant de revêtir sa veste.

Draco agita sa baguette magique, matérialisant de nouveau sur Ginny la tenue qu'il avait ôtée sans ménagement quelques instants plus tôt. Elle lui adressa un regard entendu auquel il répondit par une expression innocente peu convaincante.

Ginny se redressa, s'efforçant également de retrouver sa contenance, non sans difficulté. Son visage était encore rougi et sa coiffure complètement défaite. Malgré cela, elle ne regrettait absolument pas son état échevelé. Encore une fois, leurs ébats avaient tout simplement été spectaculaires et elle ne regrettait pas de s'être laissée aller au risque. Elle laissa échapper un petit rire nerveux et excité. Elle n'arrivait pas à croire qu'ils venaient de passer à l'acte dans ce lieu de prestige, alors que toute l'élite du régime se trouvait à seulement quelques mètres. Elle devait même admettre que la menace d'être surpris à tout moment avait apporté une excitation certaine à l'acte.

Dans un souci de discrétion, ils s'accordèrent pour quitter la pièce séparément, à quelques minutes d'intervalles. Draco fut le premier à sortir.

Ginny remit de l'ordre à sa robe, et une fois sa contenance totalement retrouvée, elle quitta la pièce à son tour, traversant le long couloir qui menait au hall. Il était totalement vide et le garde du hall arborait toujours un air hagard, probablement toujours sous l'effet du sort de confusion que Draco lui avait lancé.

Ginny rejoignit les toilettes les plus proches et s'enferma dans une cabine vide. Quelques minutes plus tard, lorsqu'elle sortit du WC, elle tomba immédiatement sur une femme.

Ginny eut un temps bref temps d'arrêt en reconnaissant son visage. Elle avait vu cette femme pour la première fois pendant la soirée d'anniversaire de Pansy. Quelques semaines plus tard, elle l'avait vue sortir du bureau de Draco, à l'Augurey Magistral, un air contrarié sur le visage.

Daphné Greengrass.

Elle n'avait pas oublié son nom. Elle savait que cette femme s'était donnée la mission de jouer les entremetteuses entre Draco et sa sœur cadette. Daphné leva la tête vers le miroir au-dessus de l'évier et leurs regards se croisèrent.

Ginny resta immobile tandis que Daphné la dévisageait impassiblement. Elle se demanda vaguement si elle l'avait reconnue. Ginny détourna les yeux et se dirigea à son tour vers le lavabo en marbre pour se laver les mains et remettre de l'ordre à son apparence échevelée. C'était toutefois peine perdue, réalisa-t-elle en observant d'un air blasé ce qui restait de son chignon sophistiqué. Elle décida de le défaire complètement et laissa ses cheveux cascader librement sur ses épaules. En s'observant dans le reflet, Ginny eut un moment de stupeur en réalisant un détail sur sa robe. Le décolleté illusion de sa tenue avait complètement disparu, et le tissu couvrait davantage sa poitrine. Elle fronça les sourcils avec confusion avant de réaliser que c'était l'œuvre de Draco. Il avait probablement profité de ce sort pour faire ce changement sur sa tenue. Parfois, elle était interloquée par le culot de cet homme. Elle se promit de lui faire la remarque lorsqu'il la rejoindrait à son appartement, après le gala.

Ginny coula de nouveau un regard vers Daphné et réalisa que son regard était toujours rivé sur elle, la fixant avec une insistance froide qui la rendit vaguement mal à l'aise. Elle ne se laissa pourtant pas intimider. Le coin des lèvres de Ginny s'étirèrent en un sourire éclatant qui sembla déstabiliser Daphné.

Une partie d'elle, immature et mesquine, ne put s'empêcher d'éprouver une satisfaction extrême. Elle éprouvait même un plaisir certain à la narguer ainsi. Évidemment, Daphné ne se doutait probablement pas de sa relation avec Draco, ce qui rendait les choses encore plus jouissives. Lorsqu'elle l'avait croisée, le jour de l'anniversaire de Pansy, Daphné Greengrass l'avait traitée avec hauteur et mépris. Que dirait-elle si elle savait que c'était sur Ginny, une femme de rang inférieur sans pedigree, que Draco avait jeté son dévolu ? Et sans un mot, Ginny quitta les toilettes, consciente du regard brûlant de Daphné Greengrass sur elle.

De retour dans le hall, elle aperçut une association improbable : Hermione en compagnie de Pansy Parkinson. Après une brève hésitation, Ginny décida de les approcher. Hermione se tourna vers elle et elles échangèrent un long regard.

« Par Voldemort, il fait un froid de troll ici, tout d'un coup. » fit remarquer Pansy en les observant tour à tour, consciente de la tension présente dans l'air. « Je vais vous laisser discuter et aller me chercher un autre verre et un mari. Le vivier d'héritiers sacrés disponibles se réduit à vue d'œil par votre faute. Il n'en restera bientôt aucun pour nous autres. »

Sa remarque aurait sans doute été amusante si les deux jeunes femmes n'étaient pas occupées à s'observer avec intensité. Pansy s'éloigna, empruntant les escaliers qui menaient à la salle de banquet.

Ginny observa brièvement ses alentours. Le hall était quasiment vide, mis à part un couple, près des vestiaires. Le mari semblait ivre et sa femme tentait désespérément de lui faire enfiler sa cape.

« Valeur et vigueur. » salua simplement Ginny, incertaine de la manière opportune d'entamer cette conversation qu'elle redoutait.

Hermione semblait encore sur la défensive. Ginny remarqua que ses yeux étaient légèrement rougis, et elle se demanda si elle avait pleuré.

« Tu es très jolie, ce soir. J'adore ta robe. » la complimenta Ginny.

« Je te retourne le compliment. » répondit Hermione d'une voix plate.

Elle n'était pas hostile, réalisa Ginny. C'était un début.

« Comment la soirée se passe pour toi ? J'imagine que ça ne doit pas être facile. » devina Ginny avec empathie.

Hermione haussa les épaules, visiblement harassée.

« Parfois, je fantasme sur le fait de pouvoir tout quitter pour partir loin. Très loin. » admit Hermione avec un long soupir. « Tout ça… Tout ça ne me ressemble pas. »

Elle avait désigné d'un geste de la main leurs alentours, un air frustré sur son visage. Ginny hocha la tête, ne sachant pas trop quoi répondre devant cette admission.

« Je t'ai écrit plusieurs lettres. Tu n'as répondu à aucun d'entre elles. » ajouta Ginny.

Elle avait dit cela d'un ton factuel, sans reproches.

« J'étais occupée. » répondit Hermione avec détachement.

L'indifférence dans sa voix vexa Ginny. Depuis leur interaction houleuse, au Manoir des Nott, deux mois plus tôt, elle avait été la seule à faire un effort pour renouer le contact. Toutes ses tentatives avaient été accueillies par un silence offensant. Voir qu'Hermione arborait toujours ce détachement à son égard, après toutes ces semaines de silence, la blessa profondément. Hermione ne la traitait pas comme une amie de longue date, mais comme une connaissance à qui elle ne devait rien. Elle tenta d'ignorer son ressentiment. L'une d'elles devrait se comporter en adulte si elles espéraient un jour pouvoir arranger cette situation. Jamais Ginny n'aurait pensé être celle qui montrerait une once de maturité.

« Je ne sais pas si tu as lu mes lettres mais j'ai déménagé. Notre ancien appartement est toujours vacant, et il restera ainsi jusqu'à nouvel ordre. Tu n'as pas besoin de t'en préoccuper, Draco a tout pris en charge. » informa-t-elle.

A la mention de Draco, le coin de la lèvre d'Hermione tiqua, comme si Ginny avait dit quelque chose de particulièrement insultant. Ses yeux bruns s'assombrirent.

« Écoute Hermione, je sais que tu m'en veux de ne pas avoir été transparente avec toi sur ce qu'il se passait dans ma vie... » commença Ginny.

« Crois-moi Ginny, les détails de ton amourette avec… Avec lui, sont le cadet de mes soucis. Figure-toi que j'ai d'autres choses à gérer. » l'interrompit Hermione d'un ton empli de dureté. « Peut-être que tu t'en serais rendue compte si tu n'étais pas aussi absorbée par ce type. »

Sa phrase provoqua un élan de frustration chez Ginny et immédiatement, elle sentit sa propre contrariété refaire surface.

« Et peut-être que tu te serais rendue compte de la chance que tu as. » répliqua-t-elle.

« La chance que j'ai ? » répéta Hermione, sans comprendre.

« Tu as épousé l'homme que tu aimes, Hermione. Il n'a pas hésité une seule seconde à sacrifier son avenir et celui de sa famille. Pour toi. »

« Je… Je n'ai rien demandé. » balbutia Hermione.

Ce fut à cet instant précis que Ginny réalisa que l'univers était vicieux et se plaisait à les tourmenter. Ginny aurait adoré être à la place d'Hermione et vivre sa relation au grand jour. Elle priait intimement pour ne plus être le vilain petit secret de Draco. Hermione, au contraire, aurait probablement été ravie de vivre son amour avec Théodore en toute discrétion.

Ginny repensa à ce jour, presqu'une année plus tôt. Elles avaient fait appel à la Loi de l'Attraction pour manifester l'amour dans leurs vies respectives. La jeune femme réalisa avec rancœur qu'elle aurait sans doute dû être plus spécifique dans sa demande.

« Tu es protégée, maintenant. » rappela Ginny. « Et si tu joues bien tes cartes… »

« Si je joue bien mes cartes ? » répéta Hermione en écarquillant les yeux. « C'est ce que tu apprends avec Malfoy ? »

Ginny sentit son poing se serrer de frustration, désormais plus irritée que jamais par l'attitude d'Hermione.

« Non. J'essaie simplement de survivre, de faire quelque chose de ma vie et surtout d'aider ma famille. Mais je ne m'attends pas à ce que tu comprennes ça. » répliqua sèchement Ginny.

Sa réponse sembla blesser Hermione. Ginny savait que ce commentaire au sujet de sa famille était insensible. Cela avait été un coup bas de sa part. Mais la vérité était qu'Hermione était seule dans le régime, depuis son arrivée. Sa famille ne courrait pas les mêmes dangers que celle de Ginny et ne devrait pas faire face aux conséquences de ses actes.

Tous les choix qu'Hermione avait dû prendre avaient été pour elle-même. Ginny, elle, n'avait pas ce loisir. Elle savait que tous ses choix pouvaient impacter de manière positive comme négative le destin de ses proches. Tout ce qu'elle entreprenait était dans le but de leur offrir un futur meilleur. Pour que ses nièces ne grandissent pas comme des sous-personnes, comme cela avait été son cas.

Chaque jour passé à baigner dans ces eaux troubles remplies de requins, à s'impliquer dans des affaires qui pourraient être dangereuses si elles étaient révélées au grand jour, était un risque gigantesque de sa part.

« Ce que je veux te faire comprendre, c'est que tu fais maintenant partie d'une famille sacrée, Hermione. Tout sera différent pour toi. » insista Ginny.

« Tu penses réellement que ça change qui je suis ? Que moi ou tous ces gens allons oublier qui je suis ? » assena Hermione en élevant la voix.

Le couple près des vestiaires leur jeta des regards curieux, visiblement alarmé par leur conversation animée.

« Peut-être que tout ce temps passé avec Malfoy et Parkinson et les gens du Ministère t'ont fait oublier d'où tu viens, Ginny. À ton avis, comment je me sens, en voyant mon amie fréquenter des gens qui me fustigent ? Je t'ai observée, aujourd'hui. Je vois bien que tu aimes être parmi eux. Que tu t'amuses. Comment peux-tu faire une chose pareille ? » demanda Hermione, en secouant la tête, écœurée.

« Et que suis-je supposée faire, Hermione ? Dis-le-moi, puisque tu sembles tout savoir ! Passer mon temps à ruminer sur mes circonstances ? Empêcher toutes mes chances de trouver un semblant de bonheur ? » demanda Ginny, les yeux plissés, la voix chevrotante à cause de l'émotion et de la colère. « Tu crois vraiment que toutes les personnes qui sont dans cet endroit te détestent, Hermione ? Eh bien laisse-moi t'apprendre que c'est loin d'être le cas. Certains d'entre eux se battent même pour que les gens comme nous obtiennent un semblant de droits. »

Après avoir rencontré des gens comme Cressida Warrington ou bien Katrina, elle avait réalisé que les choses n'étaient pas aussi simples qu'elles paraissaient. Tout n'était pas noir ou blanc, comme elle l'avait longtemps pensé. Elle ne comprenait pas pourquoi quelqu'un d'intelligent comme Hermione refusait de voir ces nuances et affichait une telle vision arrêtée sur la situation.

Les réactions de son amie lui donnaient même l'impression que quelque chose d'autre intervenait dans son raisonnement manichéen. Quelque chose que Ginny ignorait mais qui semblait profondément ébranler Hermione.

« Hermione, je ne veux plus me disputer avec toi. Je veux juste t'aider. Que les choses redeviennent comme avant, entre nous. Mais je ne peux pas le faire si tu refuses de me parler et d'être franche avec moi. » dit Ginny, ses yeux brillants, ses larmes menaçant de couler. « Est-ce qu'il y a quelque chose que tu aimerais me dire ? »

Elle observa attentivement Hermione dont les yeux brillaient également, trahissant son émotion. Elle remarqua la lueur hésitante qui passa dans les yeux de son amie, comme si elle voulait lui dire quelque chose mais se retenait. Elle semblait traverser un dilemme particulièrement déchirant.

« Non. Je n'ai rien à te dire. » souffla finalement Hermione à voix basse, en détournant le regard.

Sa réponse lui fit l'effet d'un seau glacé sur le visage. Ginny se redressa, ses yeux s'assombrissant.

« Très bien. Dans ce cas, je crois que nous n'avons plus rien à nous dire. » déclara froidement Ginny. « Bonne chance, Hermione. J'espère que tu auras la vie que tu souhaites. »

Elle se retourna vivement et emprunta à son tour la direction des escaliers, d'un pas résolu. Ginny était fatiguée d'être celle qui devait constamment faire le premier pas, plaider et se justifier.

Pour une raison obscure, Hermione restait campée sur ses positions et ne semblait pas vouloir faire d'efforts. Et Ginny décida qu'elle ne passerait pas davantage de temps à essayer de sauver cette amitié.

Une amitié était supposée être à double sens et elle avait l'impression d'être la seule à s'impliquer. Visiblement, recoller les morceaux de leur amitié brisée ne semblait pas être dans les priorités d'Hermione. Et même si cela était difficile, Ginny devait l'accepter. Hermione avait sa nouvelle vie, et peut-être qu'elle n'avait pas sa place dedans.

Si sa relation avec Draco lui avait appris quelque chose, c'était qu'elle devait se prioriser. Et si cela signifiait perdre son amitié avec Hermione de manière définitive, alors il en serait ainsi.

/

Sibylle Trelawney tira ses cartes pour l'énième fois depuis le début de la journée, son corps agité de frémissements incontrôlables. Ses récents tirages s'étaient tous révélés particulièrement macabres et elle sentait une présence sinistre et pesante dans l'air. Un présage omineux qui ne la quittait pas et qui lui donnait des sueurs froides.

La porte branlante de son salon de voyance, La Thérapie de l'Âme, s'ouvrit, laissant entrer une habituée de l'établissement. Maggie Dillard était une jeune trentenaire au caractère angoissé qui souffrait d'un cruel manque de confiance en elle et en ses aptitudes. La prise de décision provoquait chez elle une anxiété profonde et elle venait régulièrement consulter sa voyante pour s'assurer qu'elle faisait les bons choix.

A sa première visite au salon, quelques années plus tôt, Maggie avait voulu savoir si elle réussirait enfin son concours d'entrée au Ministère de la Magie. Sibylle lui avait prédit qu'elle ne voyait qu'un échec cuisant dans son futur proche.

« Vous aviez raison, Miss Trelawney. » avait glapit Maggie quelques semaines plus tard, avec découragement. « J'ai encore raté le concours. »

Cette expérience avait suffi pour convaincre Maggie de la véracité des dons de Sibylle Trelawney et elle avait régulièrement commencé à fréquenter son salon. En vérité, à défaut d'avoir un troisième œil spectaculaire, Sibylle utilisait ses deux yeux pour observer attentivement sa cliente. Le manque de confiance en soi et la peur de l'échec avaient transpiré des paroles et de l'attitude de Maggie. Il n'avait donc pas été difficile d'en tirer des conclusions. De la même manière, Sibylle avait ''deviné'' les difficultés que Maggie rencontrait avec les hommes.

Elle avait pris l'habitude de venir la consulter une à deux fois par semaine, utilisant une grande partie de son salaire modeste pour entendre Sibylle lui présager des choses qu'elle aurait pu deviner en faisant un minimum preuve d'introspection. Heureusement pour Sibylle, Maggie Dillard n'avait pas deux sous de jugeote.

Occasionnellement, elle éprouvait un vague élan de pitié envers cette femme, mais le sentiment disparaissait bien rapidement lorsqu'elle recevait les gallions de la consultation. Après tout, il fallait bien vivre dans cette économie difficile. Et les affaires n'étaient plus ce qu'elles avaient été pour Sibylle. Les fins de mois étaient serrées.

D'autre part, les quelques fausses prédictions qu'elle donnait à sa cliente étaient compensées par les vrais présages qu'elle lui octroyait de temps à autres. Elle ne se sentait donc pas coupable pour un sou.

Malgré les apparences, Sibylle n'était pas entièrement un charlatan. Elle avait réellement un don de clairvoyance. C'était à ses neuf ans, qu'elle avait eu sa première vision. Elle s'en souvenait encore parfaitement. Dans le petit jardin qui bordait leur maison, la petite Sibylle s'était brutalement figée, éprise d'une soudaine transe qui lui avait coupé le souffle. Elle avait vu sa mère, enceinte de son petit frère, s'effondrer brusquement dans la cuisine étroite de leur cottage de campagne. La vision avait paru si réelle et si vive qu'elle en avait eu des sueurs froides.

« J'ai vu maman mourir. » avait-elle annoncé à son père, en larmes.

D'un air distrait, son père avait écouté le discours délirant et absurde d'une petite fille créative et pleine d'imagination. Le présage de Sibylle n'avait pas eu l'air de le paniquer outre mesure. Jusqu'à ce que son épouse enceinte s'effondre effectivement sur le carrelage en terre cuite de la cuisine, saisie d'un arrêt cardiaque. Le bébé qu'elle portait ne survécut pas non plus.

Après sa mort, qui dévasta leur petite famille, son père commença à regarder Sibylle autrement. Avec un mélange de crainte et de désarroi.

« Comment savais-tu ça ? » demanda-t-il finalement un jour, ivre de chagrin.

Sibylle ne put toutefois l'expliquer et à travers les années, ses prédictions continuèrent. Elle prédisait parfois des choses simples et insignifiantes - comme la météo du lendemain et des évènements sans grande importance, dans le voisinage.

Parfois, toutefois, Sibylle prédisait des choses plus sérieuses. Comme lorsqu'elle annonça à son père qu'il allait bientôt perdre son travail. La prédiction se réalisa un mois plus tard. On mit son père à la porte de la petite usine de nécessaires à potions dans laquelle il travaillait depuis des années afin d'embaucher des Sang-Impurs, jugés plus travailleurs et surtout moins chers. Son père, déjà ivre de chagrin par la perte de sa femme, tomba dans une dépression sévère après la perte de son travail.

« Je ne veux plus t'entendre dire ces… choses. Plus jamais, tu entends ? Tu n'apportes que le malheur avec toi. » cracha-t-il à l'attention de Sibylle avec un hoquet, peinant à articuler ses mots après le litre d'alcool qu'il avait ingurgité.

L'effet de telles paroles sur une petite fille de la part de son père fut des plus dévastateurs. Et Sibylle n'eut qu'une idée en tête - refouler ces dons sur lesquelles elle n'avait aucun contrôle et qui n'engendraient que le malheur autour d'elle.

Au début, faute de pouvoir les réprimer, elle arrêta tout simplement d'en parler. Et avec le temps, elle parvint à les ignorer totalement, dans l'espoir de retrouver l'approbation de son père.

Elle surprenait parfois ce regard qu'il lui adressait - un mélange de crainte et de répulsion. Ce fut d'ailleurs ce regard qu'elle reçut la majorité de sa vie. A commencer par son entrée à Poudlard. Sans doute étaient-ce ses intérêts peu communs ou sa personnalité originale, mais Sibylle se retrouva rapidement à l'écart parmi ses condisciples. Ses difficultés scolaires ne l'aidèrent pas à s'attirer l'approbation des professeurs.

Sibylle la débile fut le surnom qui la suivit tout au long de sa scolarité. Un comble pour elle, qui fut envoyée à Serdaigle par le Choixpeau. Et parmi l'élitisme de sa maison, elle ne trouva jamais vraiment sa place.

Avant sa dernière année d'études, elle apprit la mort subite de son père et décida de ne pas terminer sa scolarité. Il fit une chute accidentelle en rentrant du pub, totalement ivre, et se cogna la tête violemment. L'ironie du sort fit en sorte que Sibylle ne puisse pas prédire ce malheur.

Ce fut en farfouillant dans les affaires de sa famille qu'elle trouva enfin des réponses sur ce qu'elle était. Dans les effets personnels de sa mère, elle trouva des documents sur sa famille maternelle, les Trelawney. Ce fut ainsi qu'elle découvrit son lien de parenté avec son arrière-arrière-grand-mère Cassandra Trelawney, une voyante aux dons spectaculaires.

Et pour la première fois de sa vie, Sibylle ressentit un sentiment d'appartenance qui la fit tomber au sol, tandis que ses yeux déversaient un torrent de larmes, de soulagement et de bonheur.

Rien ne clochait chez elle. Elle n'était pas un oiseau de mauvais augure, comme l'avait longtemps accusée son père. Elle possédait un véritable don - un cadeau familial. Elle devina qu'elle était la première personne de sa famille à hériter des dons de divination depuis Cassandra.

Après cette découverte, Sibylle se plongea à corps perdu dans cet héritage retrouvé. Elle décida d'accepter pleinement les pouvoirs qu'elle avait longtemps refoulés. La tâche fut plus laborieuse que prévu. Après avoir réprimé ses dons de manière si virulente, elle peina à les recouvrer entièrement. Ils se manifestaient de manière inégale et incontrôlable.

Sibylle chercha activement à rencontrer des personnes comme elle. Elle fit la connaissance d'individus qui prétendaient avoir les mêmes pouvoirs. Sa déception fut profonde lorsqu'elle réalisa que ce milieu était rempli de charlatans qui profitaient de la crédulité de quelques imbéciles pour gagner de l'argent.

Elle observa ces imposteurs avec hauteur et indignation. Après tout, elle avait été pourvue d'un vrai don et ne voulait pas être assimilée à ces diseurs de bonne aventure de pacotille.

Refusant de travailler pour le compte de quelqu'un d'autre, Sibylle décida de vendre la petite maison familiale et d'acheter un local à prix cassé sur l'allée principale du Quartier des Embrumes. Elle y installa son salon de voyance, La Thérapie de l'Âme, et accueillit ses premiers clients. Elle eut un succès immédiat. Bien qu'ils soient inégaux, ses dons étaient revenus et elle parvenait chaque jour à les maîtriser davantage. Ce fut également à cette période qu'elle abandonna son nom de famille pour reprendre le nom de jeune fille de sa mère - Trelawney.

Ce fut ainsi qu'elle fit la connaissance de son mari, Elias. Elle tomba sous son charme à leur première rencontre. Il lui promit monts et merveilles et jura de la faire devenir célèbre. En quelques mois seulement, Elias l'aida à faire passer sa petite affaire locale au niveau supérieur.

Elias avait le flair pour les bonnes affaires. Il la fit diversifier ses activités - ajoutant des services en tout genre, comme la cartomancie, la voyance de cristal ou encore la lecture des astres. Grâce à lui, elle obtint même l'autorisation du Ministère d'officier des unions sacrées. Folle amoureuse, Sibylle l'épousa à l'aube de ses vingt ans, malgré leur différence d'âge de près de quinze ans.

Tout fut parfait jusqu'à ce qu'elle le surprenne en compagnie d'une autre femme, dans une position compromettante. Elle apprit ensuite qu'il profitait de sa semi-célébrité pour séduire des admiratrices de Sibylle, leur promettant des autographes ou des réductions sur ses consultations.

Sibylle eut le cœur brisé.

Malgré les excuses d'Elias et ses tentatives de manipulation, elle eut la force de le chasser de sa vie et de mettre un terme à leur mariage qui - heureusement pour elle - n'était pas une union sacrée.

Après leur séparation, elle tomba dans une profonde dépression. Les conséquences sur ses dons furent immédiates et dévastatrices. Pendant une année entière, Sibylle fut incapable de faire une seule prédiction.

Croulant sous les dettes à cause de son ex-mari qui avait pris la fuite avec une grande partie de leurs économies, et pour survivre, Sibylle fut forcée de s'en remettre à ces arnaques qu'elle avait tant méprisées.

Les affaires ne reprirent jamais pour elle. Elle parvint à peine à garder la tête hors de l'eau. Elle comprit que ses émotions et ses traumatismes influaient sur ses dons. Et après son cœur brisé et cette trahison insupportable, elle réalisa que ses dons l'avaient sans doute quittée de manière définitive.

Jusqu'à ce qu'elle tombe sur le nouvel amour de sa vie.

L'alcool.

Il devint un partenaire fiable, toujours présent pour lui remonter le moral. Il ne la rabaissait pas, ne l'obligeait pas à changer qui elle était, et mieux encore, ne la trahirait jamais.

Et surtout, il agissait sur son cerveau d'une manière qui stimulait ses visions. Après un verre de whisky pur feu, quelque chose semblait s'activer dans son esprit. C'était comme si les chakras s'ouvraient de nouveau, lui faisant tout percevoir de manière plus lucide et lui permettant de se transcender pour accéder à des concepts supérieurs. Cet état devint addictif pour elle.

Mais il ne survint pas sans coût.

Plus elle buvait, plus elle avait besoin d'intégrer des quantités importantes d'alcool pour retrouver le même état, car son corps s'habituait aux effets. Et bientôt, il en devint dépendant.

Pendant ses pires périodes, Sibylle en vint à consommer une bouteille de whisky pur feu par jour. Dans ces moments, elle se réveillait avachie dans son canapé, à l'étage supérieur de son cabinet, après s'être endormie dans son propre vomi.

Étrangement, elle continua à garder une once de lucidité dans son travail. Sans doute parce qu'il s'agissait de sa passion. Et même si Sibylle était infiniment reconnaissante pour ses dons, ils étaient parfois aussi son pire ennemi. Le catalyseur de toutes les catastrophes et les tragédies qu'elle avait traversées dans sa vie.

Sibylle lâcha un profond soupir et secoua la pléthore de bracelets qu'elle portait aux bras. Elle prit un autre shot de whisky pur feu, comme pour se donner de l'énergie. Il provenait d'une bouteille bas de gamme, le type qu'elle prenait généralement en fin de mois, quand les gallions se faisaient rares. Elle retourna à la table pour rejoindre sa cliente Maggie et s'assura de la garder captivée pendant près de deux heures, enchaînant les prédictions tragiques et exagérées.

Si Sibylle était dépendante à l'alcool, Maggie, elle, était probablement dépendante à Sibylle et à ses prédictions. Même si c'était peu honnête de sa part, Sibylle n'allait pas l'empêcher de dépenser son salaire dans son établissement. Après tout, chacun était libre de dépenser son argent comme il l'entendait.

Lorsque Maggie quitta la boutique, Sibylle rejoignit la petite cuisine étroite et réchauffa un reste de ragoût, accompagné de la moitié d'une bouteille de whisky entamée la veille.

Elle s'installa ensuite à sa table et recommença à tirer les cartes. Le présage fut immédiat et lui serra l'estomac.

La mort.

Elle fit un nouveau tirage qui se révéla similaire.

La mort.

Les autres tirages furent les mêmes.

La mort. La mort. La mort.

Sibylle laissa tomber ses cartes, les mains tremblantes, encore envahie par ce sentiment oppressant qui l'assaillait depuis des semaines. Ces derniers jours, il s'était intensifié, comme un souffle constant auprès de son oreille, lui chuchotant des promesses macabres. C'était comme si son don essayait de la mettre en garde contre quelque chose qu'elle n'arrivait pas à identifier.

Elle saisit la bouteille d'un geste tremblant et la porta directement à sa bouche, avalant une longue gorgée. La liqueur lui brûla la gorge mais elle l'ignora. Elle effaça la sueur qui perlait sur son front d'un revers de la manche, traversée par une chaleur soudaine.

Pourquoi était-elle aussi nerveuse ? songea-t-elle, préoccupée.

Un bruit soudain la fit sursauter et elle releva la tête, sur le qui-vive. Elle ne vit pourtant rien de particulier. Tout lui semblait en ordre dans l'intérieur chargé de la boutique.

Le chat avait probablement encore fait tomber quelque chose, devina-t-elle avant de reporter son attention sur les cartes. Elle avait oublié de remplir sa gamelle et l'animal faisait toujours des siennes pour lui rappeler la maîtresse indigne qu'elle était.

Elle reporta son attention sur les cartes, éparpillées sur la table. Ce pressentiment étrange avait commencé après l'union sacrée qu'elle avait officiée, trois mois plus tôt. Au début, elle avait émis quelques réserves à l'idée. Après tout, apprendre qu'un membre d'une famille sacrée voulait épouser une sorcière de rang inférieur dans les liens sacrés lui avait paru tout à fait aberrant.

Ses réserves s'étaient envolées lorsque Théodore Nott lui avait demandé de nommer un prix. Sibylle avait suggéré deux mille gallions, parfaitement consciente que c'était exagéré, ayant peu d'espoir qu'il accepte.

Il n'avait même pas sourcillé à la somme et avait accepté sa demande. Évidemment, refuser une telle somme d'argent aurait été complètement déraisonnable pour Sibylle, surtout au vu de ses difficultés financières.

A son grand étonnement, la cérémonie avait été un franc succès. Elle n'avait pas exécuté un rituel d'union sacrée depuis des lustres et avait craint d'avoir oublié certains éléments du sort.

Elle avait passé une excellente soirée ce jour-là, accompagnée pour la première fois depuis bien longtemps. Elle avait observé avec nostalgie ces jeunes gens pendant qu'ils célébraient l'un des plus beaux jours de leurs vies. Et pendant un instant, cela lui avait rappelé son propre mariage. Elle avait été tellement heureuse ce jour-là, persuadée qu'elle terminerait ses jours aux côtés d'Elias.

Voir les nouveaux mariés enlacés sur la piste, et écouter leur amie lui raconter ses propres déboires amoureux, n'avait fait que rappeler à Sibylle les émois de l'amour.

Depuis ce jour toutefois, ce pressentiment désagréable ne l'avait pas quittée. Et il devenait chaque jour plus intense. Sibylle finit par ranger ses cartes et se dirigea vers le fauteuil le plus proche, sa bouteille en main. Elle n'avait même pas touché le ragoût.

Elle s'endormit rapidement, la bouteille désormais vide toujours pendue dans sa main. Ce fut un bruit sec qui la réveilla. Elle grommela de frustration, les yeux toujours clos. Elle fut ensuite submergée par une chaleur insupportable. L'air se fit soudain plus oppressant. Elle ouvrit les paupières et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur lorsqu'elle vit qu'un feu gigantesque avait envahi l'intérieur de La Thérapie de l'Âme.

Elle se releva, paniquée, ses mouvements troubles à cause de l'alcool. Une peur handicapante l'envahit et elle tenta de se ruer vers la sortie. Une large étagère s'effondra devant elle, détruite par les flammes dévastatrices, lui barrant totalement le passage. Le feu avait déjà pris du terrain.

L'accès arrière était également bloqué par le feu grandissant. Elle ne trouva pas sa baguette, probablement laissée à l'étage. Elle commença à tousser violemment tandis que des fumées toxiques lui saturaient les poumons et elle couvrit son nez et sa bouche avec sa main, tentant désespérément de ne pas les inhaler.

« À l'aide ! » hurla-t-elle, terrorisée « À l'aide ! »

Elle hurla inlassablement, espérant que quelqu'un à l'extérieur puisse entendre ses supplications. A travers ses yeux demi-clos, Sibylle distingua soudainement une ombre de l'autre côté du feu. Quelqu'un était dans la boutique, songea-t-elle avec espoir. Espoir qui s'endormit aussitôt lorsqu'elle réalisa que la silhouette s'éloignait.

« Non ! Attendez ! Ne me laissez pas ici ! » implora-t-elle, à pleins poumons, désespérée.

Les cris de Sibylle redoublèrent pour attirer l'attention de la personne. Rien ne vint, et Sibylle s'écoula sur le sol, à bout de souffle, privée d'oxygène.

Et avant qu'elle ne succombe complètement, la dernière chose qu'elle vit fut la forme distincte d'une chimère enflammée qui se rua sur elle.


J'espère que ce chapitre vous a plu autant qu'à moi. C'est l'un de mes préférés. Et c'est le plus long de cette histoire jusqu'ici :p

Bon - il y a tellement à débriefer :

1. Déjà, on peut confirmer que l'amitié d'Hermione et Ginny est officiellement brisée :'( Hermione n'a pas voulu lui dire la vérité sur son vrai statut. Et peut-on réellement lui en vouloir ? Les risques sont trop grands avec les circonstances actuelles.

2. L'affront des Nott est désormais public et tout le monde est officiellement au courant de l'union sacrée. C'est un manque de respect clair au Coven. Quelles vont être les conséquences, à votre avis ?

3. Daphné Greengrass est de retour ! Se doute-t-elle de quelque chose ?

4. Sibylle... :( C'est un personnage que j'aimais beaucoup et j'ai beaucoup aimé l'exploiter dans cet UA. Je suis triste de la voir mourir. Évidemment, ce n'est pas accidentel. Qui est derrière cela ?
En vrai, ça faisait longtemps que personne n'était mort, ça commençait à sérieusement me démanger. Je sais, je suis horrible lol.

5. En fait, le seul point heureux de ce chapitre – c'est notre couple préféré. #DrinnySupremacy

D'ailleurs, parce que je n'arrive pas qu'avec des mauvaises nouvelles, il y a un bonus sexy entre eux pour ce chapitre :) Petite dédicace à une lectrice qui sera contente de les voir s'adonner aux plaisirs de la chair sur un bureau lol.

Les modalités n'ont pas changé - si vous êtes intéressés par ce bonus :

- Envoyez-moi un message privé direct sur le site (c'est le plus simple) OU un email à itsfearlessuntamed AROBASE gmail . com en précisant votre pseudo.

Condition : Vous êtes un reviewer régulier (au moins dix reviews depuis le début) OU vous avez laissé au moins UNE review du 15 avril 2022 au 4 juillet 2022 inclus sur cette histoire.

Et bien sûr, ça coule de source, vous devez avoir au moins 18 ans svp.

En tout cas, comme d'habitude, les absents ont toujours tort. Les privilégiés savent déjà ce que les autres ratent :p

J'attends vos avis, j'ai repris l'écriture en juillet, donc j'ai besoin de motivation !

Fearless