Valeur et vigueur le peuple !

J'espère que vous allez bien.

Recap des chapitres précédents :

Narcissa a rendu visite à Ginny pour lui demander de cesser tout contact avec Draco. Après une discussion un peu houleuse, Ginny s'est opposée à sa demande. Suite à la mort d'Abraxas Malfoy, le contenu de son testament a causé la stupeur. Il a sauté l'ordre de succession attendu et légué ses parts de Machinations Malforescentes, l'entreprise familiale, directement à Draco, et non à Lucius. Cette décision aurait été prise pour protéger les actifs de la famille en vue des problèmes légaux de Lucius.
Le livre des comptes de Jacobus Cloyd, le propriétaire de La Trappe a été dérobé. Il a été retrouvé dans les affaires d'Ivo qui a donc été accusé - même s'il est innocent. En tant que lecteur, nous avons une petite idée de qui a réellement commis cet acte pour le saboter (Kitty) mais Ivo, lui, n'en sait rien.

Montage/playlist dispos sur mon profil. Bonne lecture !

Warning : maltraitance infantile

XLIX. Corde au cou

La sonnerie de l'appartement retentit, sortant Ginny de ses pensées profondes. Elle s'extirpa de son sofa à contrecœur, rabattant le plaid qu'elle avait placé sur ses jambes pendant qu'elle lisait le compte rendu d'une enquête sur le travail des Sang-Impurs. Ou plutôt qu'elle tentait de lire. Trop distrait, elle luttait pour comprendre la section qu'elle relisait depuis plus d'une heure.

Elle se dirigea vers la porte d'entrée, parcourue d'une légère appréhension tandis qu'elle s'interrogeait sur l'identité de son visiteur. La dernière visite qu'elle avait reçue, une semaine plus tôt, n'avait pas été des plus agréables. Voir Narcissa Malfoy se présenter ainsi dans son appartement l'avait prise au dépourvu.

Elle ouvrit la porte et fut soulagée d'apercevoir le visage de Pansy. La présence de cette dernière en dehors des heures de travail ne présageait généralement rien de bon. La séparation du travail et de la vie personnelle semblait être un concept inconnu pour Pansy, qui réclamait une implication totale de la part de ses assistantes personnelles, en dépit de leur consentement.

Ginny fut toutefois heureuse de la voir. Elle avait volontairement évité Draco depuis la visite de sa mère. Elle avait inventé toutes sortes d'excuses pour éviter de le voir et elle savait que son attitude commençait à devenir suspecte.

Ginny s'effaça pour laisser Pansy entrer dans le living-room. La jeune femme portait un ensemble de nuit en flanelle avec des chaussons en fourrure. Elle paraissait sur le point d'aller au lit. Ginny jeta un coup d'œil bref vers l'horloge qui affichait déjà onze heures du soir passées.

« Je m'apprêtais à dormir à poings fermés après une soirée sensationnelle avec mon Auror préféré. » annonça Pansy d'un ton dramatique avant de prendre place sur le sofa, croisant ses jambes.

« Et qu'est-ce qui t'empêche de le faire ? » demanda Ginny d'une voix plate tandis qu'elle prenait place à ses côtés.

« Toi et Draco. » répondit Pansy en levant les yeux au ciel, une irritation évidente sur le visage.

« Moi ? » répéta Ginny, confuse. « Je n'ai rien fait. »

« Justement. C'est précisément ton manque d'action qui me crée tous ces soucis. Figure-toi que j'ai dû faire l'objet de toute la contrariété de Draco parce qu'il ne peut pas te voir. Ce qui est vraiment étrange si tu veux mon avis. » ajouta Pansy en secouant la tête, dépassée. « Du moins ça l'était avant qu'il ne m'explique que tu étais croulée sous le travail cette semaine à cause de moi, et que je te demandais tellement de choses que tu n'avais pas le temps de le voir. »

Pansy fit mine de réfléchir.

« C'est curieux, mais je n'ai pas l'impression de t'avoir donné tant de travail que ça... D'ailleurs, si je me souviens bien, j'ai même fait en sorte de te laisser tranquille car tu as prétendu avoir beaucoup de travail au Ministère. » rappela Pansy en l'observant d'un air entendu.

Ginny réprima une grimace. Ses prétextes n'avaient pas été convaincants. Il était évident que Draco finirait par s'enquérir auprès de Pansy. Après tout, ils étaient meilleurs amis.

« J'ai comme l'impression que tu essayes à tout prix de l'éviter et que tu m'utilises comme prétexte. Et crois-moi, ça ne me dérangerait absolument pas s'il s'agissait de quelqu'un d'autre. Mais avoir Draco sur le dos est extrêmement fatiguant. J'imagine que quand il est sur ton dos, c'est dans des circonstances différentes et bien plus agréables. Mais c'est loin d'être le cas pour moi. » assura Pansy avec lassitude.

Elle croisa les bras.

« Je n'aime pas me retrouver au milieu de vos querelles d'amoureux. Surtout quand je ne suis pas payée pour le faire, contrairement au reste de mes clients. Donc soit vous arrêtez tous les deux votre manège, soit je vais commencer à vous facturer. A vous de décider. »

Ginny soupira longuement.

« Je suis désolée, Pansy. J'ai… J'ai eu une semaine compliquée. Je ne savais pas comment agir, et utiliser ce prétexte m'a paru la meilleure solution. Je ne voulais pas te mettre dans l'embarras par rapport à Draco. » admit Ginny d'un ton navré.

« Que se passe-t-il ? » interrogea Pansy en levant un sourcil. « Maintenant que je suis au milieu de tout ça, autant savoir de quoi il s'agit. »

Ginny hésita longuement. Elle avait peur de parler de la visite inopinée de Narcissa Malfoy à Pansy. Elle avait néanmoins le besoin vital de se confier à quelqu'un. Pansy avait toujours été une confidente au sujet de sa relation avec Draco. De plus, elle connaissait bien la mère de ce dernier, qu'elle considérait même comme sa tante. Si quelqu'un pouvait lui venir en aide dans cette situation, il s'agissait bien de la jeune femme.

« La mère de Draco est venue me voir. Elle est au courant pour nous deux. » avoua finalement Ginny dans un souffle.

Devant l'air médusé de Pansy, elle relata sa conversation avec Narcissa. Elle ne put retenir les larmes de frustration qui emplirent ses yeux tandis qu'elle décrivait la condescendance et le mépris dont Narcissa avait fait preuve à son égard. Ses paroles et ses actes montraient le peu de considération qu'elle avait pour Ginny. Il ne faisait aucun doute qu'elle la considérait comme une fille facile ou une profiteuse qui tentait de manipuler son fils.

« Elle a dit que j'allais conduire Draco à la ruine. » avoua Ginny.

Cette accusation avait été particulièrement blessante pour elle.

« Qu'est-ce qu'elle voulait dire par là ? » poursuivit-elle, l'air confus et accablé.

Narcissa pensait-elle que Ginny allait le ruiner financièrement ? Elle était visiblement au courant des larges dépenses de Draco pour elle. Faisait-elle référence à son statut impur ? Craignait-elle qu'elle ruine sa descendance à cause de son statut de sang ?

Les paroles de Narcissa étaient d'autant plus offensantes pour Ginny à cause des insécurités qu'elle nourrissait déjà au sujet de leur relation. Elle avait toujours eu peur que Draco pense qu'elle était intéressée par ce qu'il pouvait lui offrir, comme les femmes qui voyaient en lui un ascenseur social et financier. De l'extérieur, le fait qu'il la prenne en charge financièrement pouvait donner cette perception.

« Je crois que tu devrais voir le bon côté des choses. » dit finalement Pansy, après l'avoir écoutée en silence. « Et ne pas tout prendre au premier degré. »

Ginny lui jeta un regard médusé.

« Le bon côté des choses ? » répéta Ginny, à la fois désemparée et contrariée.

Elle ne voyait pas quel aspect positif Pansy parvenait à trouver dans ces mots.

« Si Narcissa Malfoy s'est déplacée pour te parler et qu'elle affirme que tu vas conduire son fils unique à la ruine, ça signifie qu'elle a compris ce que Draco est prêt à faire pour toi. Elle est en train de reconnaître que tu as un pouvoir sur lui. » interpréta Pansy avec sérieux.

Ginny garda le silence. Elle n'avait pas vu les choses de cette manière. Elle s'était sentie rabaissée par l'attitude de Narcissa Malfoy. Pourtant, le fait qu'elle se déplace pour s'entretenir en face à face signifiait qu'elle la considérait comme une menace sérieuse, capable de faire dévier Draco du schéma familial qui était attendu de sa part. Pendant la conversation, elle avait même accusé Ginny de profiter de la vulnérabilité de Draco après la mort de son grand-père.

Narcissa avait même prétendu avoir demandé à Draco de mettre un terme à leur relation, sans succès. Qu'avait dit Draco à son sujet pour pousser sa mère à prendre les choses en main ?

« Draco t'a-t-il dit quoi que ce soit à ce sujet ? » demanda Ginny en effaçant ses larmes d'un revers de la manche.

« Non. Mais nous savons toutes les deux qu'il peut être très secret sur certaines choses. » rappela Pansy en haussant les épaules. « Et qui sait, peut-être qu'elle bluffe ? »

« Non, il est au courant. » assura Ginny.

Elle comprenait désormais l'attitude récente de Draco qui insistait pour que leurs rencontres se fassent dans la plus grande discrétion. Il avait voulu éviter que Narcissa découvre qu'il continuait à la voir.

« Je ne comprends pas pourquoi il ne m'en a pas parlé. » ajouta-t-elle.

« Parce que c'est un homme. » avança Pansy sur le ton de l'évidence. « Et qu'il veut avoir le beurre et l'argent du beurre. Les hommes pensent toujours être plus malins. Mais c'est mal connaître Narcissa. Elle est intelligente et pleine de ressources. Et je peux te garantir que cette histoire n'est pas terminée. »

« Je ne sais pas quoi faire. » avoua Ginny, nerveuse. « Est-ce que je dois en parler à Draco ? Elle a insisté pour que je ne dise rien sur notre conversation. »

« Non. Après tout, c'était à lui de t'en parler d'abord. Il aurait pu le faire dès qu'il a appris que Narcissa était au courant. »

Ginny acquiesça lentement, approuvant ses dires.

« En revanche, tu ne vas pas pouvoir l'éviter plus longtemps. Si tu ne lui laisses pas l'occasion de te voir, alors il n'aura pas l'occasion de te dire la vérité. » rappela Pansy d'un ton entendu.

Ginny hocha la tête, un peu embarrassée par la logique des paroles de Pansy. Merlin, elle avait l'impression de ne pas pouvoir réfléchir correctement dès que ses sentiments étaient impliqués. Elle laissait ses émotions dicter ses actes.

Le lendemain, alors qu'elle s'apprêtait à quitter son appartement pour commencer sa journée de travail, Ginny fut surprise de recevoir une missive. L'enveloppe était particulièrement élégante avec son grain épais et sophistiqué. Ses yeux s'agrandirent d'effarement tandis qu'elle parcourait la missive des yeux. La lettre provenait de Narcissa Malfoy et la conviait à une entrevue privée, le lendemain. A son arrivée aux locaux de Sorcière-Hebdo, quelques instants plus tard, Ginny s'empressa d'en parler à Pansy.

« Devrais-je y aller ? » demanda Ginny avec appréhension.

« Évidemment. Tu n'as pas envie de te la mettre davantage à dos. Je me demande ce qu'elle veut te dire… » dit Pansy d'un ton pensif, une lueur curieuse dans ses yeux sombres.

Pansy, qui était habituellement très observatrice et qui excellait dans l'analyse des comportements humains, paraissait elle aussi perdue quant aux agissements de Narcissa Malfoy. Toutefois, contrairement à Ginny qui était désemparée face à la situation, Pansy semblait trouver les choses amusantes. Elle agissait comme si elle attendait avec impatience la suite des évènements.

« Elle est parfois difficile à cerner. » admit Pansy.

Selon Pansy, Narcissa était une femme extrêmement intelligente. Son fils était accessoirement la personne la plus importante à ses yeux. Cela ne fit qu'accroître l'angoisse de Ginny face à la perspective de cette entrevue. Narcissa Malfoy allait-elle la menacer davantage et trouver un prétexte assez grave pour la pousser à mettre un terme à sa relation avec Draco ?

Ginny craignait désormais pour sa famille. Se retrouver dans le collimateur de l'épouse d'un gouverneur serait extrêmement dangereux pour elle. C'était exactement ce qu'elle avait redouté lorsque Draco lui avait proposé ce marché, un an plus tôt. Si on apprenait qu'elle espionnait une Gouverneur - un acte de traîtrise - les conséquences seraient graves.

Elle était terrifiée à l'idée de ce qui allait suivre.

/

Le visage de Narcissa afficha une expression préoccupée tandis qu'elle observait son mari tousser bruyamment, devant les regards mal à l'aise de la tablée. Il éructait exagérément, traversé d'une toux violente, le visage rougi.

« Tout va bien, Lucius ? » interrogea Narcissa d'un ton insistant, comme pour lui signifier de se reprendre.

Lucius s'empara du verre d'eau posé devant lui et l'avala à grandes gorgées. Il se racla la gorge avant de hocher la tête.

« Je vais bien. » assura-t-il d'un ton impatient. « Poursuivons. »

Il posa la main sur son torse, comme si quelque chose à l'intérieur de sa poitrine l'oppressait. Sa voix était rauque et voilée. Malgré le calme et le contrôle qu'il tentait d'afficher, Narcissa pouvait entrevoir le tourment de son mari. Les dernières semaines avaient été éprouvantes pour leur famille et notamment pour Lucius. Entre les accusations au sein de Machinations Malforescentes, le décès brutal de son père ainsi que la trahison au sujet de l'héritage, il n'était pas étonnant que sa santé physique reflète son état psychologique actuel. Elle en éprouva une vague pitié qu'elle noya toutefois rapidement.

Narcissa tourna la tête vers Oscar Sleezer qui observait également Lucius avec insistance derrière ses lunettes à la monture en peau de dragon. Il reporta son attention sur les parchemins disposés devant lui.

« Comme je vous l'expliquais, les conséquences de l'enquête du conseil d'administration vont sans doute se révéler dévastatrices. Il est crucial que nous mettions en place une stratégie proactive pour pouvoir leur couper l'herbe sous le pied. » déclara gravement I'homme.

Le bref répit que le conseil d'administration leur avait accordé par respect après la mort d'Abraxas était déjà arrivé à son terme. Ils devraient désormais répondre de leurs actes.

« Lucius, il est très probable que le conseil d'administration vous poursuive en justice pour détournement de fonds et qu'il réclame une compensation conséquente. Et cela signifie que votre patrimoine personnel pourra être saisi. » indiqua Sleezer. « Les parts familiales de Machinations Malforescentes sont heureusement hors de portée grâce à l'acte de succession d'Abraxas au profit de Draco mais tout le reste peut être en péril. Notamment votre Manoir familial et tous vos autres actifs. »

Lucius grimaça, visiblement mécontent par les mauvaises nouvelles qu'il entendait.

« Et n'y a-t'il personne qu'on peut tenter de convaincre ? » demanda Lucius d'un ton un peu désespéré.

La corruption était une option qu'ils utilisaient régulièrement pour éviter des problèmes ou renforcer des alliances.

« Comme vous le savez, c'est l'une des premières solutions que j'ai essayé d'explorer. Nous pourrons corrompre certains d'entre eux mais pas suffisamment pour faire pencher la balance. » admit Oscar d'un ton navré. « Il semblerait que certains des membres du conseil aient une vendetta personnelle envers vous. Ils veulent vous voir couler. »

Narcissa se tourna de nouveau vers son mari. Il recueillait les retombées de son leadership déplorable chez Machinations Malforescentes. Nombreux étaient les employés qui regrettaient Abraxas. A son arrivée, poussé par son égo surdimensionné et son complexe de supériorité, Lucius avait instauré un environnement toxique au sein de l'entreprise. Il était fréquent qu'il prenne des décisions en ignorant complètement les recommandations du conseil d'administration. Il s'était créé beaucoup d'ennemis à travers les années, et la relation entre la direction de l'entreprise et les investisseurs était plus que tendue que jamais. Narcissa avait toujours dû agir activement pour corriger ses nombreuses bévues, s'efforçant de restaurer un semblant de diplomatie dans ces discussions. Avec le temps, elle avait pris la place de médiatrice entre eux, pour éviter d'empirer des rapports déjà extrêmement difficiles.

Et lorsque le conseil apprendrait que Lucius n'était même pas l'héritier des parts d'Abraxas, comme tout le monde l'attendait, ils réaliseraient qu'ils pourraient éjecter Lucius de sa place de Directeur général sans difficulté. Il restait donc peu de temps aux Malfoy pour trouver une stratégie efficace contre la tempête imminente.

Lucius arborait un air d'impuissance, quelque chose qu'elle avait rarement vue sur son visage en deux décennies de mariage. A travers son expression, Narcissa compris qu'il avait fini par se résoudre face à la situation. Lucius n'aurait d'autre choix que de faire face aux conséquences de ces actes. Chose qu'il avait rarement dû faire durant son existence privilégiée, continuellement protégé par son entourage - notamment par son père et Narcissa.

« Dans ce cas, je veux faire en sorte de limiter le risque sur mon patrimoine. » indiqua finalement Lucius d'un ton résigné. « Nous ne pouvons pas nous permettre de risquer nos actifs financiers et nos biens immobiliers. »

Sleezer hocha la tête dans un signe d'approbation.

« Pensez-vous que transférer tous mes actifs à Narcissa sera suffisant ? Est-ce que cela pourra les empêcher de les atteindre ? » demanda Lucius à l'attention de l'avocat.

« Oui. » assura Sleezer. « C'est la solution la plus raisonnable et la plus sûre à ce stade. Une fois que l'enquête terminée et votre condamnation annoncée et actée, nous pourrons exécuter le transfert dans l'autre sens. »

Sleezer leur avait suggéré cette solution, jugée plus rapide et efficace. Étant son épouse, Narcissa était déjà inscrite comme dépositaire secondaire des biens de Lucius et la loi lui permettrait de prendre la place de Lucius au sein de l'entreprise si jamais il était écarté pour une quelconque raison. Cela leur permettrait de garder un contrôle familial et empêcherait le conseil d'administration de pouvoir nommer un remplaçant en attendant que Draco soit jugé apte à prendre les commandes de l'entreprise.

Plus important encore, cela les empêcherait de réclamer les biens de Lucius, qui possédait la plupart des biens personnels du clan Malfoy, lorsqu'ils demanderaient une compensation financière pour les opérations frauduleuses. On estimait déjà le montant à près d'un milliard de gallions, une somme colossale qui leur ferait perdre les propriétés immobilières de la famille.

Une fois Narcissa dépositaire unique de ces actifs sous le régime de la séparation des biens, il deviendrait difficile pour le conseil d'administration d'y avoir accès. Ils utilisaient une zone grise de la loi pour limiter l'ampleur des dégâts sur le clan. C'était exactement la raison pour laquelle ils employaient Oscar Sleezer. A travers les années, il leur avait permis d'éviter des situations délicates grâce à des stratagèmes à la limite de la légalité.

« En combien de temps pouvons-nous transférer la propriété de tous mes actifs à Narcissa ? » interrogea Lucius.

« En trois jours, si les papiers sont rédigés et signés aujourd'hui. » informa Oscar.

Lucius hocha la tête, une once de soulagement sur son visage.

« Dans ce cas, faites-le au plus vite. » réclama-t-il.

Le lendemain, lorsque Narcissa entra dans l'intérieur prestigieux du Grand Café de Linder, elle salua les employées d'un air distrait. Cela lui ressemblait peu - elle prenait toujours son rôle social très au sérieux malgré ses états d'âme personnels et ne laissait jamais ses derniers visibles à la face du monde. Sa frustration actuelle était pourtant si grande qu'elle menaçait son adhérence aux codes.

Sa présence dans ce lieu n'était pas anodine. Elle y tenait généralement des rendez-vous d'affaires dans un contexte plus informel, profitant de la loge privée réservée à la direction de Machinations Malforescentes afin de s'entretenir avec des clients ou des associés importants.

C'était toutefois l'assurance de discrétion qui avait guidé son choix quant à cet endroit. Elle devait s'assurer que cette prochaine entrevue se ferait dans le plus grand des secrets.

Il était particulièrement frustrant pour Narcissa d'être forcée d'intervenir dans les intrigues intimes de Draco au moment où leur clan traversait déjà une crise importante. Elle savait toutefois qu'elle ne pouvait pas se permettre de laisser Draco agir comme il l'entendait. Elle ne voulait rien laisser au hasard et cette aventure pourrait apporter son lot de problèmes dans le futur si elle n'intervenait pas avant qu'il soit trop tard.

Il était trois heures de l'après-midi et l'établissement était vide. A cette heure, habituellement, on rencontrait seulement quelques femmes aisées et désœuvrées qui se réunissaient pour partager quelques ragots autour d'un goûter dinatoire.

L'accès à la loge privée de Machinations Malforescentes assurait toutefois une entrée discrète, grâce à un passage exclusif, sans passer par les zones publiques de l'établissement. Elle ressentit un élan d'ironie en réalisant que c'était dans cet endroit même que cette histoire absurde avait débuté. Elle s'était entretenue avec Daphné Greengrass dans cette même loge, apprenant au détour de la conversation les activités extra professionnelles de son fils.

Pour ne prendre aucun risque, Narcissa avait demandé de faire privatiser l'établissement intégralement pour les deux prochaines heures afin de s'assurer qu'aucun regard curieux ne puisse même se poser sur elle. Elle ne permettrait pas qu'on puisse fomenter les prémisses d'une quelconque rumeur.

« Valeur et vigueur, Mrs Malfoy. » la salua l'hôte du restaurant d'un ton courtois avant de la conduire à la loge. « Votre fils est déjà arrivé. »

« Parfait. » répondit Narcissa avec satisfaction avant de lui emboîter le pas.

A son arrivée à la table, Draco leva la tête dans sa direction, un air interrogateur sur son visage. La veille, elle lui avait intimé de venir pour une discussion importante, sans expliciter la raison.

« Pur soit le sang, cher fils. » salua Narcissa d'une voix polie tandis qu'elle prenait également place à la table.

« Victorieuse soit sa venue. » répondit Draco d'une voix traînante.

Elle ne manqua pas l'air un peu méfiant qu'il arborait. Narcissa garda toutefois une expression neutre, lui adressant un sourire.

« Pourquoi tout ce mystère ? » demanda-t-il.

Sa frénésie ne la surprit pas. Draco avait toujours manqué de patience, malgré ses vaines tentatives pour lui inculquer cette qualité pourtant primordiale depuis son jeune âge.

« Tu vas comprendre dans quelques instants. » lui répondit Narcissa.

Elle avait relevé la tête tandis qu'elle prononçait ces mots, les yeux rivés vers l'entrée du salon, où le serveur avait de nouveau fait irruption. Il était accompagné d'une jeune femme qui observait ses alentours avec appréhension.

Draco tourna la tête et son visage se figea dès qu'il vit Ginny Weasley entrer dans la pièce. Lorsque le regard de cette dernière se posa sur lui, elle parut également mortifiée. Narcissa jubila intérieurement en voyant la panique dans leurs yeux.

« Valeur et vigueur, Miss Weasley. Vous nous rejoindrez bien pour une tasse de thé ? » suggéra Narcissa en lui désignant le siège aux côtés de Draco, et face à elle.

Le serveur tira la chaise pour que Ginny prenne place. Elle s'exécuta, murmurant un 'Valeur et vertu' à peine audible. Narcissa les observa tour à tour, réprimant un sourire satisfait. Elle trouvait particulièrement jouissif le fait de les voir ainsi, complètement désemparés par la situation.

L'expression sur le visage de son fils fut particulièrement cocasse pour Narcissa. Il paraissait particulièrement désarçonné et fixait Narcissa avec un mélange de contrariété et de désarroi. Il n'imaginait probablement pas qu'elle aurait l'audace de les convoquer ainsi dans un contexte officiel. Cela était un affront évident aux codes que Narcissa suivait en toute circonstance.

Elle n'avait toutefois aucun scrupule lorsqu'il s'agissait d'obtenir ce qu'elle voulait. Elle était prête à faire obstruction aux conventions. Son fils ne réalisait pas la manipulation et la flexibilité dont elle avait dû faire preuve dans sa vie pour arriver à la position qu'elle occupait désormais.

Elle trouvait leur silence amusant. Ils ne s'étaient adressés aucune parole, évitant même de se regarder, ne sachant visiblement pas comment agir face à elle.

« Merci d'avoir accepté mon invitation, Miss Weasley. Je n'étais pas certaine de vous voir après notre dernière conversation. » déclara Narcissa.

Les joues de la jeune femme se colorèrent face à ces mots. Draco, lui, fronça les sourcils, visiblement choqué d'entendre qu'il ne s'agissait pas de leur première rencontre. Narcissa fut satisfaite de constater que Ginny avait respecté sa demande et n'avait pas révélé leur entrevue précédente à son fils.

« Mère, que signifie tout cela ? » demanda Draco en haussant le ton.

« Je pense être la plus disposée à poser cette question, Draco. » répliqua-t-elle d'une voix agréable mais ferme.

Elle leva un sourcil entendu à l'attention de son fils. Il sembla se rendre compte de la bêtise de sa propre question.

« Cependant, comme j'ai pris mes propres dispositions pour obtenir les informations dont j'avais besoin, je n'aurais pas besoin de te demander ce qu'il se passe, Draco. » indiqua-t-elle d'un ton entendu.

Il sembla se renfrogner.

« Je pensais avoir été claire, Draco, lorsque je t'ai demandé de cesser de voir Miss Weasley ici présente. » fit remarquer Narcissa. « Quelle fut ma déception quand j'ai réalisé que non seulement tu ne m'avais pas écoutée mais qu'en plus tu essayais de me tromper. » indiqua-t-elle avec mécontentement.

Elle se tourna vers Ginny.

« Quant à vous, Miss Weasley. J'imagine que votre réponse à ma demande est toujours la même ? Vous sembliez particulièrement déterminée dans votre décision de ne pas cesser votre relation avec mon fils. » rappela-t-elle.

Ginny jeta un regard bref vers Draco avant de hocher la tête. Narcissa put lire toute sa nervosité sur son visage. Contrairement à leur première rencontre, pendant laquelle elle s'était rebellée, elle semblait cette fois particulièrement intimidée.

« Je suis certaine que vous réalisez tous les deux à quel point cette… relation est problématique et la situation délicate dans laquelle elle pourrait tous nous placer si elle venait à s'ébruiter. » indiqua-t-elle d'un ton grave, les observant tour à tour.

Avant que Draco ne puisse dire quoi que ce soit, Narcissa l'interrompit :

« Et je ne veux rien entendre au sujet de votre supposée discrétion. Si j'ai pu vous démasquer aussi facilement, quelqu'un d'autre sera également en mesure de le faire. Ce qui est déjà techniquement le cas de Daphné Greengrass. »

« Greengrass est au courant… Mais comment ? » demanda Ginny d'un ton choqué, ouvrant la bouche pour la première fois.

Elle observa successivement Narcissa et Draco, affolée.

« Miss Greengrass a de fortes suspicions. Elle est d'ailleurs venue me trouver pour m'en faire part. » expliqua Narcissa. « Elle a toutefois accepté de garder le silence en échange de voir Draco considérer l'idée d'une union potentielle avec sa sœur cadette. »

Devant ces mots, Draco leva les yeux au ciel, visiblement agacé. Quant à Ginny, son visage se décomposa et Narcissa reconnut un mélange de crainte et de peine sur ses traits. Il était évident que la jeune femme était affectée par cette probabilité. Si sa détermination pendant leur discussion précédente n'avait pas été suffisante pour prouver ses sentiments, sa réaction face à la perspective de voir Draco avec une autre femme, ne fit que le confirmer. Il était évident que Ginny Weasley était amoureuse de son fils.

Lorsque Narcissa avait eu vent de leur relation, elle avait d'abord pensé qu'il s'agissait d'une amourette ridicule et sans importance, probablement basée sur un intérêt charnel que Draco avait pour cette femme.

Pourtant, plus le temps passait et plus elle observait leurs réactions respectives, plus elle réalisait à quel point elle s'était trompée.

Entendre Ginny Weasley mentionner la pression familiale que Draco ressentait à cause de Narcissa et Lucius lui avait mis la puce à l'oreille. Le fait qu'elle soit au courant d'une information si intime que son fils n'aurait jamais révélé à quelqu'un sans importance avait confirmé à Narcissa que les choses étaient plus sérieuses qu'elle le pensait.

Elle connaissait très bien son fils. Il avait du mal à s'ouvrir aux autres et il y avait peu de personnes en qui il avait suffisamment confiance pour révéler ce genre de faiblesses. Il était évident que Draco avait des sentiments pour cette femme, qu'il l'admette ou non.

« Mais ce n'est pas la raison pour laquelle je vous ai convoqués aujourd'hui. » indiqua Narcissa.

Les deux intéressés lui adressèrent des regards interrogateurs.

« A vrai dire, j'ai décidé de vous autoriser à poursuivre cette liaison. » informa Narcissa avec calme.

Son annonce fut suivie par des mines choquées.

« Comment ça ? » demanda Draco, sidéré.

« Quoi ? » dit Ginny, au même moment, médusée.

Pour la première fois depuis leur arrivée, ils échangèrent un regard et Narcissa ne manqua pas le léger sourire qui apparut sur leurs visages tandis qu'ils se regardaient.

« Évidemment, cela ne sera pas sans conditions. » poursuivit Narcissa.

Ils gardèrent le silence, attendaient visiblement qu'elle poursuive.

« Tout d'abord, votre discrétion devra être à son maximum. Aucun contact en public même si vous êtes persuadés que personne ne vous regarde. Ce qui s'est passé au GAGE ne peut absolument pas se reproduire. » dit-elle en fronçant les sourcils.

Ils hochèrent la tête gravement, visiblement conscients de l'erreur qui les avait menés à cette situation. Narcissa se tourna vers Draco.

« Ensuite, Draco, je veux que tu commences à fréquenter Astoria Greengrass. »

« Pardon ? » répéta-t-il d'un air sidéré.

« Je ne suis pas enthousiasmée par la perspective d'une union avec cette famille, crois-moi. Surtout après l'attitude exécrable de Daphné Greengrass. Je refuse de me faire forcer la main par le chantage ridicule d'une débutante arrogante. » dit-elle avec dédain.

C'était même insultant. Si une petite peste comme Daphné Greengrass pensait qu'elle pouvait se permettre de la faire chanter, elle se trompait lourdement et n'était pas au bout de ses surprises. Si, par le passé, Narcissa n'aurait pas eu de problèmes à embrasser l'idée d'une union entre leurs deux familles, cet événement avait définitivement rayer toute possibilité dans le futur.

« Je veux toutefois que Miss Greengrass ait l'impression que nous donnons suite à sa demande. Cela permettra de la garder sous silence et empêchera toute enquête supplémentaire à votre sujet pour le moment. »

« Mais si elle réclame que j'épouse sa sœur… » commença Draco, clairement réticent.

« Cela n'arrivera pas. Ce n'est que temporaire. Le temps que Miss Greengrass baisse la garde. D'ici là, j'aurais déjà trouvé une solution pour la remettre à sa place. » indiqua Narcissa avec assurance, mettant un terme aux protestations de son fils.

Elle lui adressa un regard insistant.

« Il va sans dire que j'ai besoin que tu joues le jeu sérieusement pour que ce soit crédible. » insista Narcissa.

Draco hocha finalement la tête, même si elle savait que c'était à contrecœur. Narcissa se tourna ensuite vers Ginny dont le visage avait pâli à ces paroles. Entendre que Draco devrait fréquenter une autre femme - même s'il ne s'agissait pas de son choix - était difficile pour une femme amoureuse, Narcissa en était consciente.

Le visage de Ginny Weasley était particulièrement expressif et il était évident qu'elle était frustrée et blessée par cette perspective et par l'accord de Draco, qui avait montré peu de protestations face à la demande.

« Quant à vous, Miss Weasley, je souhaite que vous continuiez ce que vous avez commencé avec Mrs Warrington. » poursuivit Narcissa.

Lorsque Draco lui avait avoué l'existence de ce marché entre eux, Narcissa avait réalisé à quel point cela pourrait leur être bénéfique. Les élections approchaient et les alliances qui se formaient entre les différents clans étaient plus importantes que jamais. La famille Warrington avait une influence et un pouvoir indéniables. Obtenir des informations compromettantes à leur sujet pourrait leur donner une arme conséquente afin de faire pencher la balance. La jeune femme avait réussi à s'infiltrer au cabinet de la gouverneure, parmi son cercle de personnes proches. Une telle relation était inestimable. Et même si Draco avait eu une idée de génie et qu'il avait bien débuté, il ne serait jamais en mesure de maximiser cette relation et son potentiel. Contrairement à Narcissa, il n'avait pas encore l'expérience des jeux politiques et sociaux. Avec Narcissa en tant que mentor, Ginny serait capable d'aller encore plus loin dans sa relation avec Warrington pour obtenir ce dont ils avaient besoin.

Ginny sembla décontenancée par la demande.

« En échange de votre aide, j'honorerai ce que mon fils vous a promis. Un pardon ministériel pour votre famille. » indiqua Narcissa.

Les yeux de Ginny brillèrent d'une lueur heureuse tandis qu'elle observait Narcissa avec un mélange de choc et de reconnaissance.

« M… Merci. » bredouilla-t-elle, la voix pleine d'émotions.

Il était évident qu'elle ne s'était pas attendue à ce que la conversation prenne une telle tournure. Tous les deux semblaient d'ailleurs désemparés par la discussion. C'était probablement ce choc qui leur avait fait accepter ces termes aussi rapidement, sans broncher.

Durant ces derniers jours, Narcissa avait longuement analysé la situation afin de trouver une solution appropriée. Sa première erreur avait été de penser que cette relation n'était qu'une passade capricieuse et sans intérêt pour son fils.

C'était avec cette idée en tête qu'elle était allée trouver Ginny Weasley pour lui proposer de l'argent. Elle avait voulu prouver qu'elle n'était qu'une profiteuse comme les autres. Son refus catégorique et son indignation avaient été un premier élément de réponse pour Narcissa.

Puis, en constatant les moyens que son fils avait déployés pour protéger cette relation et la cacher davantage aux yeux de Narcissa, il lui avait montré qu'il avait des sentiments évidents.

Narcissa, mieux que quiconque, savait ce que signifiait vivre une relation interdite, dans le plus grand secret. Elle avait énormément sacrifié au cours de sa vie, et se trouvait actuellement dans un mariage sans amour, où l'hostilité et l'inconsidération régnaient. Une partie d'elle voulait épargner son fils de cette perspective lugubre. En tant que mère, elle aspirait au bonheur de son fils et voulait qu'il connaisse également les joies d'un amour réciproque et désiré.

Elle avait vu le changement chez lui, ces derniers mois. Il semblait plus ouvert et plus épanoui, et même si c'était difficile à accepter, c'était manifestement lié à la présence de Ginny Weasley dans sa vie.

D'autre part, Narcissa - même si elle ne l'avouerait pas devant eux - avait réalisé qu'il serait plus difficile que prévu de faire plier son fils au sujet de cette relation. Aussi frustrant qu'il était de l'admettre, Ginny Weasley avait un impact et un pouvoir certain sur son fils et Narcissa n'était pas certaine de vouloir apprendre jusqu'où cela pourrait les mener.

Elle savait que Draco avait le sens du devoir et prétendrait toujours vouloir placer les intérêts de son clan avant tout. Mais cela ne l'empêcherait pas de commettre des erreurs. L'amour et le désir étaient des émotions dangereuses et incontrôlables, qui pouvaient mener quelqu'un à sa ruine. Il avait beaucoup à perdre, beaucoup plus que cette femme.

La troisième raison pour laquelle Narcissa avait choisi cette solution était plus égoïste et intéressée. Elle ne voulait pas se mettre à dos Draco en le forçant à cesser de voir cette femme. Elle craignait que cela crée un conflit entre eux. Et la perspective de perdre la personne qu'elle avait de plus chère au monde - son fils - était anxiogène.

Elle avait besoin de Draco à ses côtés pour la soutenir dans les prochains mois difficiles qui s'annonçaient pour le clan Malfoy. Elle s'apprêtait à faire des choix décisifs et elle aurait besoin de la loyauté et de l'implication absolue de son fils si elle voulait remplir tous ses objectifs.

Elle n'aurait ni le temps ni la charge mentale de devoir jouer les entremetteuses et les Aurors pour l'empêcher de fréquenter cette femme. En leur permettant de continuer à se fréquenter - dans un cadre contrôlé et sous le couvert de certaines conditions - elle s'assurait d'obtenir leur reconnaissance et d'empêcher toute insurrection potentielle. Et plus que tout, cela permettait à Narcissa de placer toute son attention et son énergie dans l'accomplissement de ses propres ambitions.

Quant au futur de cette relation illégitime, elle y réfléchirait plus tard, une fois ses objectifs remplis. Avec un peu de chance, d'ici quelques mois ou années, comme tous les amours de jeunesse, cette relation finirait par se déliter d'elle-même sans intervention de sa part, quand ils se rendraient tous les deux compte qu'ils n'avaient pas d'avenir ensemble.

Et si par un quelconque miracle cet idylle se poursuivait plus longtemps que prévu, elle persuaderait Miss Weasley d'accepter la place d'amante pour Draco pendant qu'il épousait une femme plus respectable et vaquait à ses devoirs d'héritier d'une famille sacrée originelle. Après tout, quasiment tous les hommes du Coven agissaient ainsi. Le mariage était une obligation sociale, une manière de faire prospérer son clan en formant une forte alliance avec une autre famille. Il était commun qu'ils aient des relations extraconjugales. Narcissa elle-même vivait ce type d'arrangement. Narcissa se garderait toutefois de leur mentionner cette éventualité pour le moment.

Et si par malheur, Ginny Weasley se révélait plus problématique que nécessaire, Narcissa n'hésiterait pas à prendre une méthode plus définitive à son encontre.

Ainsi plongée dans la planification des prochaines années pour son clan, Narcissa n'avait pas remarqué que les regards Draco et Ginny étaient rivés sur elle. Elle sortit de sa torpeur, reprenant ses esprits.

« Draco, je compte sur toi au sujet des Greengrass. Tu sais à quel point il est primordial de couvrir tes traces et tu n'as pas su le faire. C'est à cause de ta négligence que nous sommes dans cette situation. » dit Narcissa avec mécontentement. « Je veux que tu sois le plus convaincant possible, y compris si tu dois utiliser ton ancienne liaison avec Daphné Greengrass pour la manipuler à ton avantage. »

A ces paroles, Draco parut mortifié et Narcissa l'observa avec surprise. D'abord confuse, elle esquissa un regard vers Ginny qui affichait la même expression. Un silence pesant s'installa, et Narcissa les observa de tour à tour, intriguée, ne comprenant pas ce qu'elle avait dit de mal.

« Son ancienne liaison avec Daphné Greengrass. » répéta Ginny, sa voix à peine audible.

Elle se tourna vers Draco, comme si ses yeux cherchaient une confirmation de ce qu'elle venait d'entendre. Narcissa pouvait lire l'expression blessée sur son visage et elle parut soudainement contrariée.

« Ginevra… » commença Draco comme s'il s'apprêtait à se justifier, esquissant un geste pour toucher son bras.

Ginny se dégagea d'un geste brutal et furieux, comme si l'idée même qu'il la touche la répugnait. Narcissa observa l'interaction avec choc. Elle comprit à la réaction de Ginny qu'elle n'était pas au courant de la liaison que Draco avait entretenu avec Daphné Greengrass. Et vue son attitude, c'était un sujet qui avait déjà été mentionné entre les deux. Draco avait-il menti à ce sujet ? songea Narcissa.

« Veuillez m'excuser, je vais devoir partir. Merci pour votre temps, Mrs Malfoy. » dit Ginny d'un ton étrangement calme avant de se relever.

Et sans un regard pour Draco, elle se rua hors de la pièce, visiblement contrariée. Draco laissa échapper un soupir frustré et laissa son dos s'enfoncer dans sa chaise, murmurant des paroles inaudibles. Il se tourna vers sa mère, lui adressant un regard désapprobateur auquel elle répondit par un sourire contrit.

« Ce dernier commentaire était-il vraiment nécessaire, Mère ? » demanda-t-il entre ses dents.

Narcissa haussa les épaules tandis qu'elle reprenait sa tasse de thé.

« Il faut que tu apprennes que tes mots et tes actes ont des conséquences, mon fils. » se contenta-t-elle de répondre.

Pour une fois, elle allait laisser son fils gérer seul la situation délicate dans laquelle il s'était mis. Il pensait visiblement pouvoir obtenir tout ce qu'il voulait, et échapper aux conséquences. Il n'allait probablement pas échapper au courroux de Ginny Weasley.

Draco se releva à son tour et se dirigea vers la porte, probablement pour la rattraper.

Narcissa termina calmement sa tasse de thé, l'air satisfait. Vu comment les choses se déroulaient, elle n'aurait probablement même pas besoin d'intervenir entre eux pour les séparer quand le moment serait venu.

Cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas eu une journée aussi productive, songea-t-elle.

/

Les yeux d'Ivo s'ouvrirent difficilement et ne rencontrèrent qu'une obscurité familière. La nuit noire était désormais son quotidien perpétuel. Depuis que Cloyd avait trouvé son livre de comptes dans les affaires d'Ivo, il s'était donné comme mission personnelle de transformer sa vie en véritable calvaire.

L'homme était resté totalement impassible devant les tentatives de négation d'Ivo. Malgré ses supplications, les preuves contre lui étaient incriminantes et la punition devait être à la hauteur du crime.

Cloyd l'avait enfermé dans une malle étroite, pas suffisamment grande pour qu'Ivo puisse se lever ou même s'allonger de tout son long. Il restait assis ou recroquevillé dans une position inconfortable, sans aucune lumière et dans une chaleur oppressante.

Ivo était tourmenté. Il ignorait depuis combien de temps il était enfermé dans cette prison suffocante. Il avait perdu toute notion de temps. Il passait ses journées dans un silence insupportable, seulement interrompu par ses pleurs ou par les paroles adressées à lui-même. On lui donnait à peine des vivres – une coupelle d'eau et des vieux restes tous les deux jours. Le reste du temps, il était affamé. La faim était tellement pesante qu'elle s'insinuait jusqu'à dans son sommeil. Il rêvait de viande fumée, de pommes de terre onctueuse, de légumes à la vapeur.

Pourtant, dès son réveil, ces mets disparaissaient lentement de son esprit évanescent. La sensation de faim, elle, restait pourtant bien ancrée, palpable et tiraillante. Parfois, elle était si intense qu'il mordait les morceaux de bois qu'il parvenait à décrocher des parois de l'intérieur de la malle. D'autres fois, le petit garçon avalait les petits insectes qui se faufilaient à travers le trou de la serrure.

Il était forcé de supporter l'odeur nauséabonde de sa propre crasse car Cloyd ne le laissait pas sortir à loisir de sa prison. Dans les rares moments où on retirait l'épais couvercle de la malle, il entrevoyait la fin de son supplice. Son espoir naïf était néanmoins rapidement éteint et il réalisait que son calvaire était loin d'être terminé.

Cloyd le forçait seulement à sortir pour le brutaliser davantage. Parfois, d'autres brutes, des occupants de la Trappe, se joignaient à lui. Ils le ruaient de coups violents, le laissant au bord de l'inconscience avant de le jeter à nouveau comme un vieux déchet dans la malle, le laissant traumatisé et agonisant.

Malgré les conditions inhumaines de son enfermement, ce n'était pourtant pas le pire pour le jeune garçon.

Le plus difficile était ce qui se déroulait dans son esprit.

Cette solitude constante qu'il ressentait. L'attente désespérée de revoir la lumière, mélangée à l'angoisse et la peur d'être de nouveau brutalisé.

Au moindre bruit près de la malle, le corps d'Ivo tremblait de tout son long, terrifié à l'idée de recevoir d'autres sévices et humiliations. Il retenait son souffle, les membres tendus, attendant avec impuissance son sort.

Plus Ivo jurait être innocent, plus cela semblait enrager Cloyd qui redoublait de violence à son encontre. Les pleurs et les cris d'Ivo semblaient l'irriter davantage et il faisait preuve d'une cruauté inouïe. Il était tellement barbare qu'Ivo s'évanouissait régulièrement, son corps ne supportant pas la douleur qu'on lui infligeait.

Étrangement, dans la tragédie son enfermement, les pensées d'Ivo ne se tournaient que vers une seule personne – une femme à qu'il n'avait plus pensé depuis longtemps.

Sa mère.

Le manque d'argent l'avait empêchée de l'élever convenablement. Ivo n'avait d'ailleurs jamais connu son père. Il n'était même pas certain que sa mère ait été capable d'affirmer avec assurance son identité.

Malgré la vie ardue qu'ils avaient vécue, Ivo aimait profondément sa mère. Et pendant sa tendre jeunesse, il avait tout fait pour se faire petit et ne pas empirer leur quotidien déjà compliqué.

Il avait vu sa mère consommer toute sorte de substances qui la faisaient agir étrangement. Dans les pires moments, il l'avait vu racler le fond de fioles et de chaudrons, à la recherche désespérée de ces substances. Ivo avait depuis appris qu'il s'agissait de drogues. A l'époque, pourtant, son esprit de petit garçon avait baigné dans l'ignorance. Tout ce dont il avait été conscient, c'était que ces choses rendaient sa mère différente.

Il se souvenait surtout de ces occasions terrifiantes durant lesquelles elle avait perdu connaissance pendant de longues heures. Ivo, en larmes à ses côtés, l'avait secoué inlassablement, terrifié à l'idée qu'elle soit morte.

Il n'avait jamais eu les moyens d'aller à l'école. Il passait ses journées à errer dans les rues, à mendier et à attendrir des passants pour quelques pièces ou pour de la nourriture afin de pouvoir se nourrir. Nombreux étaient les jours où il avait dû dormir le ventre vide.

Occasionnellement, sa mère s'était extirpée de ses transes. Et dans ces rares moments, Ivo avait eu l'impression de redevenir un petit garçon normal. Elle pleurait à chaudes larmes, le serrant fermement dans ses bras frêles, s'excusant inlassablement et lui promettant qu'elle allait changer et qu'elle ne se laisserait pas à nouveau tomber dans ses travers.

Ces moments n'avaient jamais duré très longtemps – quelques mois au plus - et elle était toujours retombée dans son addiction.

Un jour, la plus grande peur d'Ivo s'était réalisée. Sa mère ne s'était pas réveillée. Et malgré toutes ses tentatives pour lui faire reprendre connaissance, elle était restée résolument immobile. Et quand il avait vu son visage changer de couleur et sa peau devenir extrêmement froide, il avait compris.

C'était les voisins qui avaient prévenu les secours. Ivo avait observé la scène avec désarroi tandis qu'on plaçait une couverture sur le corps de sa mère pour l'emmener dans un endroit inconnu. Elle n'avait même pas eu droit à un enterrement décent. Comme la plupart des Sang-Impurs qui n'avaient pas de moyens et de famille, on avait incinéré son corps avant de disposer des cendres.

Depuis son enfermement, Ivo rêvait régulièrement de sa mère. C'était cette pensée qui l'aidait à tenir. Il tentait d'oublier la solitude, l'inconfort, ses articulations douloureuses et sa peau meurtrie par les coups en pensant aux bras rassurants de sa mère. De la douceur de ses mains tandis qu'elle le serrait contre lui. De son odeur agréable et de sa voix douce, accueillante, aimante.

Après sa disparition, Ivo s'était débrouillé tant bien que mal pour survivre. Il avait d'abord été envoyé dans un orphelinat. Chétif et faible, il avait vécu un calvaire à cause de son statut de Sang-Impur. Il avait préféré s'enfuir, passant près de deux mois dans les rues hostiles du régime, dans des conditions horribles, vivant de la charité de certains passants qui prenaient pitié et lui offraient parfois une couchette ou un bol de soupe. Il avait rencontré d'autres enfants comme lui, qui fuyaient également les orphelinats. A cause de leur statut, personne ne voulait d'eux et leur fugue ne causait aucun émoi. On ne se mettait d'ailleurs jamais à leur recherche.

C'était par l'un de ces enfants qu'il avait entendu parler de La Trappe. On avait présenté le lieu comme un havre solidaire pour les enfants comme lui. Un endroit sûr où il pourrait avoir un lit et un repas chaud, tant qu'il travaillait et aidait la communauté.

Un jour, Ivo vit la malle s'ouvrir et il se tendit immédiatement, terrorisé. La lumière aveugla ses yeux habitués à l'obscurité. Puis entre ses paupières entrouvertes, il distingua une silhouette. Elle n'était pas aussi imposante que celle de Jacobus Cloyd.

« Putain de merde, petit. » jura une voix familière d'un ton indigné.

« K-Kitty ? » demanda Ivo d'une voix enrouée.

Il parlait rarement. Seuls des cris et des pleurs sortaient de sa gorge qui le tiraillait désormais. Il ne reconnut même pas sa propre voix. Il croisa les yeux bleus d'une jeune fille.

« Qu'est-ce que cette ordure t'a fait ? » murmura-t-elle en le fixant d'un air estomaqué.

Sans doute fut-ce le fait de voir un visage familier et la présence d'une personne qu'il appréciait, mais Ivo se sentit submergé par une vague d'émotions intenses. Il fondit en larmes.

Kitty lui jeta un regard empli de pitié.

« Je suis désolée de ce qu'il t'arrive, petit. » murmura-t-elle d'une petite voix.

« Je… Je n'ai rien fait, je te le jure. Je n'ai rien volé. » plaida Ivo entre ses pleurs.

« Je te crois mais ça n'a plus d'importance. » indiqua Kitty.

« Aide… Aide-moi Kitty. » la supplia Ivo.

« Je ne peux pas te faire sortir d'ici. Les superviseurs sont partout. S'ils me voient, ils vont nous tuer tous les deux. » dit-elle avec une grimace, jetant un regard par-dessus son épaule, comme pour vérifier que personne ne s'était faufilé derrière elle.

« Alors…Tue-moi. Je ne peux pas continuer comme ça. » plaida Ivo avec désespoir, ses yeux suppliants.

Ce n'était pas la première fois que cette pensée le traversait. Le souvenir constant de sa mère avait créé en lui l'espoir de la revoir. Plus les jours passaient, plus il espérait qu'un des coups de l'homme serait mortel et qu'il n'aurait pas besoin de se réveiller.

« Je suis désolée, petit, je ne peux pas faire ça. » dit Kitty d'une voix un peu choquée.

Après un autre regard derrière elle, elle commença à chercher quelque chose dans sa besace. Elle en extirpa une boule de pain qu'elle lui tendit.

« Tiens. Mange. » ordonna-t-elle.

Ivo saisit le pain avec des mains tremblantes. Affamé, il se jeta sauvagement dessus. Il n'avait rien avalé depuis des jours. Kitty lui tendit une gourde qu'il s'empressa de porter à sa bouche, avalant l'eau à grand goulots.

« Garde ça à l'intérieur. Histoire de ne pas mourir de soif. » dit-elle.

Elle sortit une baguette de sa poche et jeta un sort de nettoyage à la malle, lui faisant retrouver un état propre.

« Merci… » dit Ivo, en larmes.

« De rien, petit. Il faut que j'y aille. Mais je reviendrai. Je vais trouver un moyen de te sortir d'ici. » promit-elle avec détermination.

Ivo hocha la tête avec reconnaissance. Et lorsqu'elle referma la malle, ses larmes devinrent des pleurs de bonheur et de soulagement. Il savait qu'il pouvait compter sur Kitty. Si une personne était capable de l'aider, c'était bien elle.

Son espoir fut toutefois de courte durée. Quelques jours plus tard, Ivo fut extirpé de force de son sommeil lorsque la malle s'ouvrit de nouveau. Il reconnut le visage terrifiant de Jacobus Cloyd. Les sourcils épais de l'homme se froncèrent en apercevant la gourde. Il s'en empara, l'observant sous tous les angles. Ivo écarquilla les yeux de terreur.

« Qui t'a donné ça ? » gronda Cloyd d'une voix furieuse.

« P… Personne. » jura Ivo d'une voix paniquée.

Furibond, Cloyd le saisit brutalement par les épaules hors de la malle avant de le tirer de force en dehors de la pièce. Il se retrouvèrent dans le réfectoire bondé. C'était probablement l'heure du dîner, réalisa Ivo en voyant les plateaux posés devant les jeunes qui discutaient et riaient avec animation. Un silence s'installa à l'entrée de Cloyd. Tous les regards de la pièce se tournèrent vers Ivo. Certains lui jetèrent des regards horrifiés, visiblement choqués par son apparence déplorable. Il ne mangeait quasiment pas et avait la peau sur les os. Son visage était émacié et d'une pâleur extrême. Sa peau était maculée de bleus et de plaies à cause des sévices reçus.

« Qui a donné de l'eau à ce petit traître ? » hurla la voix de Cloyd dans le réfectoire.

Personne ne répondit. Ivo, toujours tremblant, aperçut Kitty à quelques mètres, le regard rivé sur lui. Cloyd saisit sauvagement Ivo par les cheveux.

« Qui t'a donné ça, merdeux ? » demanda-t-il.

Ivo garda le silence, son corps tremblant de manière incontrôlée.

« Tu ne vas pas répondre ? »

Cloyd saisit une barre dans les mains d'une superviseuse. Les responsables de la Trappe utilisaient rarement la magie pour corriger les enfants 'récalcitrants'. Ils prétendaient que leurs statuts dégoûtants ne méritaient même pas qu'on utilise de la magie sur eux. Cloyd leva la barre sous l'air horrifié d'Ivo et l'assena avec violence sur lui. Il le frappa encore et encore. De plus en plus fort. Entre chaque coup, il réclamait le nom de la personne qui l'avait aidé.

Malgré les coups, Ivo ne répondit pas.

« C'est… C'était m-moi. J'ai… J'ai réussi à sortir et je l'ai volée. » articula-t-il finalement, ne supportant plus la douleur.

Les yeux de Cloyd s'assombrirent et lui donna une autre ruée de coups avant de considérer que c'était suffisant et que le mystère était résolu. Autour d'eux, les enfants étaient complètement horrifiés et certains étaient en larmes. Ivo sentait du sang ruisseler de sa tête. A travers son œil tuméfié, il croisa brièvement le regard de Kitty qui l'observait d'un air grave. Ivo fut ensuite de nouveau jeté dans la malle.

Deux jours plus tard, lorsque l'ouverture de la malle s'ouvrit, il fut surpris de voir le visage de Kitty.

« Tu ne m'a pas dénoncée… » murmura-t-elle, les yeux un peu écarquillés, comme si elle n'y croyait pas elle-même.

Ivo secoua la tête. Jamais il n'aurait pu la trahir ainsi. Elle avait tellement fait pour lui depuis son arrivée à la Trappe. C'était grâce à elle qu'il avait pu s'en sortir aussi longtemps. Il n'aurait jamais pu la dénoncer, malgré les coups.

« Merci. Tu es un bon, petit. Je te jure que je vais trouver un moyen de te sortir d'ici. Tu me fais confiance, n'est-ce pas ? » interrogea-t-elle en lui caressant les cheveux.

Ivo hocha la tête. Une fois encore, elle lui donna de la nourriture et de l'eau. Cette fois, ils prirent soin de nettoyer la malle pour ne laisser aucune trace. Kitty emporta la gourde avec elle.

Après cette conversation, Ivo ne vit plus Kitty pendant un long moment et bientôt, il perdit totalement la notion du temps. Il aurait pu être enfermé dans la malle pendant une semaine ou un mois, il n'aurait pas pu le confirmer.

Tout ce qu'il connaissait étaient la solitude, la peur, les coups et les insultes. Tout son corps le faisait souffrir. L'un de ses genoux était foulé ainsi que l'un de ses poignets. Chaque mouvement le faisait grimacer de douleur. Il ne pouvait plus supporter son supplice. Chaque jour, il priait et implorait pour que son calvaire prenne fin. Pour enfin rejoindre sa mère, peu importe où elle se trouvait désormais.

Seul un silence sourd répondait à ses complaintes.

Et finalement, un jour, il ses prières trouvèrent une réponse. Une lumière éclatante lui aveugla les yeux. Bientôt, il distingua la silhouette éthérée d'une femme, avec de longs cheveux qui virevoltaient autour de son visage.

Il la reconnut immédiatement.

« M… Maman ? » demanda-t-il d'une voix tremblante et couverte d'émotions.

Son calvaire était enfin terminé. Il allait enfin la retrouver. Il avait probablement fini par succomber de ses blessures.

La lumière aveuglante se dissipa tandis que ses yeux s'y habituaient et il fronça les yeux, essayant de distinguer le visage de sa mère, qu'il avait presque commencé à oublier avec les années.

« Petit. » appela une voix.

Ce n'était pas sa mère, réalisa-t-il avec déception. C'était Kitty.

« Tu as tenu le coup, petit. Tu es vraiment plus fort que je le croyais. » dit-elle avec un sourire fier. « Lève-toi. »

Elle l'aida cautionnement à sortir de la malle. Ivo grinça des dents de douleur tant les mouvements lui faisaient mal. Il s'arrêta brusquement en réalisant qu'elle le menait vers la porte de la pièce.

« Tu… Tu ne peux pas faire ça. Si Cloyd te trouve, tu vas avoir des problèmes. « rappela-t-il, terrifié.

« Non. Cloyd sait ce que je suis ici. » affirma la jeune fille. « Je t'ai dit que j'allais t'aider n'est-ce pas ? »

Ivo la fixa, confus. Il tenait difficilement debout à force d'être allongé dans une position inconfortable à longueur de journée. Il n'était pas sûr que ses jambes puissent encore le porter. A sa grande surprise, il aperçut un fauteuil volant près de la porte et Kitty l'aida à l'installer sur ce dernier.

« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Ivo d'un ton craintif, sans comprendre.

« Je fais ce que je t'ai promis. Je te sors d'ici. » répondit-elle avec un léger sourire.

Elle commença à marcher, quittant la pièce sombre, et le fauteuil volant d'Ivo lévita derrière elle, à quelques centimètres du sol. Il ouvrit les yeux d'horreur lorsqu'ils croisèrent l'un des superviseurs dans un couloir. Nous sommes démasqués, pensa Ivo, saisi d'une panique soudaine. Il allait de nouveau se faire corriger et Kitty également.

Cependant, à son grand étonnement, le superviseur ne fit rien. Il se contenta de les regarder passer, fixant Ivo avec un dégout certain. A leur passage devant le réfectoire, le cœur d'Ivo fit un bond paniqué dans sa poitrine lorsqu'il vit Cloyd. Ce dernier le suivit du regard, une expression malveillante sur son visage.

« Dommage que je n'aie pas eu le temps d'en finir avec toi, enfant de chienne. » dit-il entre ses dents, avant de détourner les yeux.

Ivo n'en revenait pas. Allaient-ils vraiment le laisser partir ? Cloyd était pourtant persuadé qu'Ivo avait dérobé son livre des comptes. Avait-il décidé que les violences infligées à Ivo étaient désormais suffisantes ?

Où l'envoyait-on ?

Un éclair de compréhension le frappa et la peur s'insinua dans tous ses membres. Il allait être envoyé à la mine des gobelins pour y travailler de force. Et comme le reste des malchanceux qui l'y avaient précédé, il ne reverrait probablement plus jamais la lumière du jour. Il travaillerait dans la mine jusqu'à la mort.

Ils quittèrent les murs lugubres de La Trappe et malgré la peur de ce qu'il attendait, Ivo fut heureux d'abandonner cet endroit dans lequel il avait tant souffert. Les larmes lui remplirent les yeux lorsqu'il sentit la douceur du soleil et du vent sur son visage. Il ignorait combien de temps il était resté enfermé dans cette malle et avait oublié les sensations et les sons du dehors.

Dans son calvaire, il n'avait entendu que sa propre voix, celles de ses agresseurs et les couinements des rats qui grouillaient autour de la malle. Il avait passé le reste du temps dans un silence angoissant. Des larmes coulèrent de ses joues.

« On attend ici. » déclara Kitty en jetant des regards impatients autour d'elle. « Elle ne devrait pas mettre longtemps à arriver. »

Ivo se demanda de qui elle parlait. Quelques minutes plus tard, un bruit claquant se fit entendre, semblable à des pas imposants. Une créature squelettique se posta devant eux, tirant une diligence.

Kitty s'avança et ouvrit la portière. Elle aida Ivo à grimper à l'intérieur et l'installa sur une banquette confortable. Après être resté sur un sol dur pendant tout ce temps, la douceur et le confort de la banquette le choqua. Ivo prit soudainement conscient de son état de saleté. Il ressentit un élan de honte devant Kitty. Elle ne semblait toutefois pas s'en formaliser.

« Dis au revoir à cet endroit. Tu ne le reverras plus. » annonça Kitty.

A travers la vitre du véhicule, Ivo observa le bâtiment de La Trappe, un peu désemparé, ne réalisant pas qu'il quittait enfin cet endroit qui lui avait causé tant de malheur. Et pourtant, c'était aussi dans cet endroit qu'il avait fait la meilleure rencontre de sa vie - Kitty.

« Où va-ton ? » demanda-t-il d'une voix faible, prenant finalement son courage à deux mains.

« Tu te rappelles du jour où l'on s'est rencontré ? » demanda Kitty, les yeux rivés à travers la vitre, observant la vue impressionnante qu'ils avaient depuis les airs. « Quand je t'ai dit que j'allais te former ? »

Ivo hocha la tête.

« Tu m'as demandé ce que je voulais en échange de mon aide. » rappela-t-elle. « Je t'ai dit qu'il n'y avait pas grand-chose que tu pourrais m'apporter. Mais j'ai bien réfléchi et finalement, je crois que j'ai trouvé. »

Ivo lui adressa un regard interrogateur, désormais curieux.

« J'ai réussi à négocier avec Cloyd pour qu'il accepte de transférer ton contrat à quelqu'un d'autre. Et il a accepté. » annonça-t-elle.

Ivo écarquilla les yeux face à cette information. Cloyd avait accepté de vendre le contrat d'Ivo ? Cloyd devait donc considérer qu'il n'avait plus aucune valeur. Même le brutaliser devait lui coûter du temps et des ressources.

Cela signifiait également qu'Ivo n'aurait pas besoin de rembourser cette dette impossible qui planait sur lui. Mais qui avait accepté d'accueillir un garçon comme lui ? A entendre Kitty, il ne semblait pas s'agir de la mine des Gobelins.

« Tu vas travailler dans un autre établissement. Ton rôle sera d'assister la gérante et les employées dans des petites tâches quotidiennes. Tu seras en quelques sortes leur petit concierge. » lui dit Kitty avec un clin d'œil.

Ivo haussa la tête, à la fois agréablement surplis et curieux.

« Ah, ça me rappelle quelque chose ! » s'exclama soudainement Kitty en farfouillant dans sa besace, à la recherche de quelque chose.

Elle en extirpa un objet qu'elle tendit à Ivo.

« Tiens, j'ai gardé ta merdouille. » dit-elle avec amusement.

Le regard de ce dernier s'écarquilla en le reconnaissant. Il s'agissait du petit briquet qu'il avait dérobé à un passant fortuné sur le Chemin de Traverse. Il ne fonctionnait pas mais Ivo avait décidé de le garder. Il avait pris l'habitude d'activer le bouton lorsqu'il était dans sa poche, comme un moyen inconscient de noyer son stress. Reconnaissant, Ivo remercia profusément la jeune fille qui lui adressa un autre clin d'œil en guide de réponse.

Le trajet fut extrêmement long. Ivo eut envie de vomir à plusieurs reprises à cause des mouvements de la diligence. C'était la première fois qu'il utilisait ce moyen de locomotion et il réalisa rapidement qu'il avait le mal de l'air et le vertige.

Finalement, après ce qu'il lui sembla une éternité, la diligence sembla amorcer sa descente. Elle se posa finalement sur le sol et roula encore pendant quelques mètres avant de s'immobiliser complètement. Kitty ouvrit la porte et sortit. Elle aida Ivo à faire de même, le replaçant sur le fauteuil volant.

« Il y'a une Guérisseuse, ici. » indiqua Kitty avec enthousiasme. « Elle va te remettre sur pieds en un rien de temps, tu verras. »

Elle lui adressa un clin d'œil et Ivo esquissa un sourire timide. Un geste qu'il n'avait pas fait depuis des lustres. La sensation fut des plus étranges.

Il leva la tête et aperçut un imposant édifice. Jamais il n'avait vu un bâtiment aussi impressionnant d'aussi près. Les seuls aperçus qu'il avait eus de tels lieux prestigieux étaient ceux vu dans la Gazette du Sorcier. Même s'il ne savait pas lire, Ivo aimait parcourir les journaux que les gens abandonnaient dans les rues. Il regardait simplement les images en mouvement, essayant de leur inventer un contexte. Il observa la bâtisse avec un mélange d'admiration et d'appréhension.

« Voilà ta nouvelle maison, Ivo. » annonça Kitty d'un ton solennel. « Bienvenue à l'Ambrosia. »


C'est l'un des chapitres – si ce n'est le chapitre - qui a été le plus dur à écrire pour moi, je pense. Vous le savez maintenant, j'explore beaucoup de sujets sombres mais s'il y a un thème qui me trigger – c'est bien la maltraitance infantile.

Je me suis reprise à plusieurs fois pour ce chapitre. J'ai hésité sur le POV. J'ai essayé avec celui de Kitty d'abord et ensuite celui de Cloyd mais je trouvais que ça rendait le passage encore pire. Narrer ces choses du POV de l'agresseur, sans aucune empathie, c'était juste insupportable.

La version finale, bien que difficile, est la plus appropriée je pense.

En tout cas, vous l'avez compris, cela signifie que deux intrigues vont se rencontrer de manière imminente – celles d'Ivo et d'Hermione – ça fait bizarre d'arriver là après près de 50 chapitres !

Quant au reste du chapitre, j'imagine que vous avez été très surpris de l'attitude de Narcissa qui a accepté de laisser Draco fréquenter Ginny. Qui aurait pu s'y attendre ? Évidemment notre chère Narcissa n'est pas Mère Thérèsa et ne fait jamais rien par gentillesse de l'âme ! A voir comment ce nouvel arrangement va se dérouler pour toutes les parties impliquées…

En tout cas, j'aimerais connaitre votre point de vue ! Je sais qu'on est sur des passages difficiles qui ne sont pas la tasse de thé de tout le monde mais c'est aussi la réalité du monde dans lequel vivent ces personnages. Donc dites-moi si ça vous plait toujours. N'oubliez pas que les retours sont les seules récompenses des auteurs. Trop d'auteurs se découragent à cause du manque de feedback des lecteurs du site donc c'est important de les soutenir si vous appréciez lire leurs histoires !

A bientôt pour la suite,

Fearless