Valeur et vertu tout le monde,

Un grand merci à drou, Fleur d'Ange, Jiwalumy, Michtochondrie, plinchy et Lestrange-maria pour vos reviews qui me font toujours très plaisir **coeurs**

C'était mon anniversaire hier, donc je vais continuer à fêter ça ce week-end. Je répondrai à vos messages dans les jours à venir !

Playlist/montage sur mon profil

Note : Un passage de ce chapitre peut paraître sensible, mais lisez jusqu'au bout !

Bonne lecture !

LI. Lueur d'espoir

« Comme il est adorable ! » s'exclama la voix d'une jeune femme avec un soupir émerveillé.

Des voix féminines jaillirent de toute part, lâchant des exclamations toutes aussi enthousiastes, semblant approuver ces paroles. L'air intimidé, Ivo esquissa un sourire hésitant aux femmes attroupées autour de lui, toutes plus jolies les unes que les autres. Elles l'observaient comme s'il était la chose la plus adorable qui ait jamais foulé la terre. L'une des femmes lui pinça gentiment la joue.

« Je pourrais te croquer. » prétendit-elle avec un accent appuyé.

« Nous savons toutes que tu pourrais vraiment le faire, Saffron. » répliqua une autre femme d'un ton moqueur.

Ivo n'entendit pas la réplique de la dénommée Saffron et la conversation partit en querelle. S'il avait remarqué une chose depuis son arrivée à l'Ambrosia, une semaine plus tôt, c'était que les employées se chamaillaient constamment. Tous les sujets semblaient être source de controverse.

Il n'avait pas su à quoi s'attendre en passant les portes de l'Ambrosia. Kitty n'avait pas été particulièrement bavarde, se contentant de lui faire promettre de suivre les ordres et de ne pas se mettre la gérante à dos.

Une partie de lui n'avait pu s'empêcher d'éprouver de la méfiance. Le calvaire qu'il avait vécu entre les mains de Jacobus Cloyd l'avait profondément marqué et il tentait toujours de se remettre des séquelles physiques et mentales de sa captivité.

L'atmosphère intime de l'Ambrosia lui paraissait si différente des murs bruyants et énergiques de la Trappe. Il se dégageait de l'endroit un magnétisme languide, bien loin de l'agitation constante de l'ancien refuge d'Ivo. Les premiers jours, il avait eu l'impression de sommeiller. Comme si son esprit lui jouait des tours, lui faisant croire qu'il était libre alors qu'il était toujours enfermé dans la malle. Il se demandait même s'il ne s'agissait pas d'un énième jeu pervers de la part de son bourreau. Pourtant, Jacobus Cloyd n'était nulle part en vue et Ivo avait dû se résoudre à accepter qu'il était bel et bien hors d'atteinte.

Il éprouvait une immense reconnaissance envers Kitty. Elle l'avait extirpé de ce calvaire et sans aucun doute, lui avait sauvé la vie. Il avait cru que la faim, la soif ou encore les coups de Cloyd et de ses sbires finiraient par l'emporter.

On avait installé Ivo dans une petite chambre de fortune, près de la buanderie. La pièce était étroite, composée d'un petit lit et d'un bureau pour seul mobilier. Pour Ivo, c'était un luxe inespéré. Il n'avait jamais possédé sa propre chambre.

Malgré ces conditions plus agréables et fortuites que jamais, Ivo ne parvenait pas à fermer l'œil. Il craignait de voir Cloyd jaillir brusquement de l'obscurité et le punir pour sa fuite.

La propriétaire de l'Ambrosia, Madame van Detta, était une femme intimidante. D'abord par sa stature, impressionnante pour une femme, mais également par son charisme. Elle éludait le pouvoir et provoquait la peur et l'admiration à la fois.

À l'instar de ses employées, elle semblait avoir pris Ivo en affection - probablement attendri par son jeune âge. Dès son arrivée, devant sa figure chétive et traumatisée, elle lui avait assuré qu'il ne reverrait jamais ''cette brute stupide et sans éducation de Jacobus Cloyd.''

Madame van Detta lui avait octroyé le titre de petit concierge et l'avait chargé de fournir aux employées de l'Ambrosia tout ce dont elles avaient besoin dans l'exécution de leurs activités.

Il avait été surpris par l'accueil reçu. Le fait d'être le seul enfant dans cet endroit semblait lui conférer une position privilégiée et confortable, contrairement à la Trappe où il était un enfant parmi tant d'autres et où il était placé en compétition constante. Dans cet endroit, on le traitait comme s'il était spécial. Les femmes semblaient apprécier sa présence, n'hésitant pas à lui parler, le complimenter, ou le remercier profusément quand il les assistait.

Il n'avait jamais réalisé le cruel manque d'affection dont il souffrait avant de la recevoir de la part de ces jeunes femmes inconnues. Retrouver la chaleur d'une étreinte chaleureuse lui avait rappelé les bras de sa mère. Dans les rares moments où elle n'avait pas été submergée par les effets des drogues, elle avait été une bonne mère. C'était ainsi qu'Ivo avait décidé de se souvenir d'elle.

Petit à petit, il commença à s'habituer à sa vie à l'Ambrosia et pour une fois depuis très longtemps, il réalisa qu'il se plaisait dans cet endroit aux murs remplis de mystères.

« Nous sommes une grande famille. » avait assuré Madame van Detta d'une voix traînante. « Et tu seras comme un petit neveu pour toutes mes filles. »

Les journées commençaient généralement tôt pour Ivo. Il débutait ses rondes par la volière, puis aidait à organiser les stocks de nourriture et de boissons qu'ils recevaient chaque jour en masse, avant de fournir aux employées les petits colis que Krista, l'assistante de Van Detta, leur préparait.

Il n'était pas autorisé à entrer dans certaines zones de l'établissement - notamment les étages où les filles recevaient les clients. Il n'était pourtant pas naïf et savait exactement ce qui se déroulait entre ces murs. Ces femmes étaient des professionnelles et vendaient leurs services en échange de gallions.

Il avait déjà entendu le terme de maison close à la Trappe. Il avait d'ailleurs appris beaucoup de choses sur le monde des adultes en écoutant les conversations des autres jeunes. Il savait que certains des résidents les plus âgés de la Trappe fréquentaient parfois des établissements similaires à Londres, lorsque leurs gains le leur permettaient. Il s'agissait toutefois de bordels mal famés, loin de l'ambiance élitiste et haut de gamme de l'Ambrosia. Une rumeur disait même qu'à chaque fin du mois, Jacobus Cloyd invitait une demi-douzaine de professionnelles dans ses quartiers privés, utilisant l'argent durement gagné par les jeunes pour divertir ses superviseurs. Bien que les histoires racontées à la Trappe soient toujours grossièrement exagérées, elles contenaient généralement une part de vérité.

Ivo faisait de son mieux pour suivre les instructions à la lettre et s'appliquer dans son travail. Il craignait d'être considéré comme un moins que rien comme à ses débuts à la Trappe. Il réalisa rapidement qu'il travaillait bien mieux sans subir de pression constante et des menaces.

Il n'avait pas eu l'occasion de remercier Kitty depuis son arrivée. Elle n'était pas revenue à l'Ambrosia depuis le jour où elle l'y avait laissée. Il fut toutefois interloqué de reconnaître un visage familier.

Ivo marchait dans un corridor faiblement éclairé, soutenant une petite cagette remplie de fioles que Krista lui avait réclamé d'apporter à Van Detta.

Il la voyait régulièrement préparer des potions dans un petit atelier du sous-sol, dont l'accès était restreint par plusieurs sortilèges de verrouillage. Ivo n'était pas autorisé à y entrer lorsqu'elle n'était pas présente. Il était chargé d'écrire la date du jour sur la petite étiquette, ainsi que d'autres indications qu'il ne comprenait pas. Comme il ne savait pas lire, il se contentait de reproduire les caractères que Krista inscrivait au préalable pour lui sur un parchemin.

Ivo sursauta lorsqu'il croisa une jeune fille dont les cheveux d'un blond vénitien très joli lui descendaient jusqu'à la taille. Elle marchait d'un pas distrait, sans porter attention à ses alentours, la mine absente. Il la reconnut immédiatement.

« Ruby ? » demanda-t-il, estomaqué.

La jeune fille interrompit sa marche et leva les yeux vers lui. Même s'il ne l'avait vue qu'une seule fois, à la Trappe, il n'avait pas oublié son visage. Elle avait été l'une des malchanceuses à être sélectionnée lors d'une rafle de Cloyd.

Il se souvenait encore de l'air de panique totale sur son visage à l'entente de son nom. La mine dévastée et remplie de larmes, elle avait rejoint le groupe de malheureux, sous les regards de pitié des autres résidents.

Quelques heures plus tard, Ivo l'avait aperçue monter dans une diligence mystérieuse, en compagnie de Kitty et d'une femme inconnue qu'il reconnaissait désormais comme étant Madame Van Detta. A l'époque, la scène l'avait laissé songeur même s'il avait deviné qu'elle ne serait pas envoyée à la mine des gobelins, comme les autres.

Kitty avait donc emmené Ruby à l'Ambrosia, bien avant lui.

« Qui es-tu ? » demanda Ruby d'un ton un peu méfiant, ses yeux se plissant.

Elle ne l'avait pas reconnu, ce qui ne le surprit pas. Ils ne s'étaient vus qu'une fois, après tout.

« Je suis Ivo. J'étais à la Trappe, moi aussi. » expliqua-t-il avec un sourire.

Elle eut un tressaillement à l'entente du mot. Une lueur de dégoût passa dans son regard et pendant un bref instant, elle sembla totalement absente. Pendant qu'il observait Ruby, Ivo ne put s'empêcher de remarquer à quel point elle avait changé, même s'il n'était pas capable d'indiquer exactement dans quelle mesure. C'était comme si elle avait perdu cet éclat qui avait fait tourner toutes les têtes lors de son passage à la Trappe. Ivo n'avait pas manqué l'air avide dans les yeux de Kitty lorsqu'elle avait aperçu Ruby pour la première fois. C'était le même regard qu'elle avait réservé à Ivo lors de leur première rencontre.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda-t-elle d'un ton désapprobateur, les sourcils légèrement froncés comme si elle était ennuyée par sa présence.

« Je travaille. » répondit fièrement Ivo. « Et toi ? »

« Je travaille. » répondit Ruby d'une voix plate, après une brève hésitation.

Sa réponse le rendit mal à l'aise. Ruby était-elle l'une des filles de Vivienne Van Detta ? Ou exécutait-elle une autre tâche pour le compte de la propriétaire ? Il ignorait son âge, mais il n'était pas sûr qu'elle ait déjà atteint la majorité. Ce qui était certain, c'était qu'elle paraissait bien plus jeune que les autres employées de l'Ambrosia.

Après son arrivée, Ivo s'était brièvement demandé si Kitty était également une fille de l'Ambrosia. Son absence lui avait cependant confirmé que Kitty effectuait sans doute d'autres besognes pour Van Detta - ce qui l'avait rassuré.

Il reporta son attention sur Ruby. Il remarqua quelque chose de curieux dans son comportement. Son corps semblait saisi de tremblements et ses gestes étaient erratiques. Son teint était anormalement pâle, comme si elle était souffrante.

« Est-ce que tout va bien ? » demanda Ivo, un peu inquiet. « Tu n'as pas l'air dans ton assiette. »

« Occupe-toi de tes affaires. » répliqua Ruby d'un ton venimeux.

Ivo ouvrit la bouche puis la referma, pris au dépourvu par cette soudaine hostilité injustifiée. Ruby secoua la tête, comme si elle regrettait son éclat soudain.

« Désolée. » s'excusa-t-elle avec embarras. « Je ne me sens pas très bien, aujourd'hui. »

Ivo s'approcha d'elle, préoccupé.

« Je peux t'apporter quelque chose pour t'aider, si tu veux ? » suggéra-t-il.

Il savait que Krista disposait de potions contre les maux les plus fréquents, comme la fièvre ou les maux de tête. Ruby ne répondit pas, ses yeux soudainement rivés sur la cagette qu'Ivo tenait toujours dans ses bras. Le couvercle s'était déplacé à cause de son mouvement brusque quelques instants plus tôt, et les fioles dans de la caisse étaient visibles. La lueur dans les yeux de Ruby changea complètement. Elle perdit son regard absent et apathique, au profit d'une expression avide et excitée. Elle se redressa, animée d'une énergie nouvelle. Ivo eut presque l'impression d'être face à une nouvelle personne.

« Qu'est-ce que tu transportes dans cette caisse ? » demanda Ruby, une légère excitation audible dans sa voix.

« Oh, rien d'important. Juste des potions. » répondit Ivo en haussant les épaules.

« Je peux regarder ? » demanda Ruby en esquissant un geste pour toucher la caisse.

« Non. » refusa Ivo d'un ton ferme, reculant d'un pas pour l'empêcher d'y toucher.

Il avait reçu des instructions claires de la part de Krista. Personne ne devait voir ce qu'il transportait et il devait apporter le contenu de la caisse dans son état originel, à Madame van Detta. Ivo ne voulait pas avoir de problèmes.

« Je dois aller déposer ça. A plus tard, peut-être. » dit Ivo d'un ton hésitant avant de se remettre en marche, coupant court à la conversation qui le rendait désormais mal à l'aise.

Il sentit une main attraper fermement son bras, le forçant à se retourner. Ivo eut un moment de stupeur, prise de court par ce geste. La main de Ruby serrait son poignet et ses yeux bleus affichaient une lueur déterminée. Le malaise d'Ivo s'intensifia.

« Donne-moi une fiole. Juste une. » réclama Ruby avec insistance. « S'il-te-plaît. »

Ivo secoua fermement la tête.

« Non. Je n'ai pas le droit de faire ça. » refusa-t-il.

« Allez, personne n'en saura rien. Je te le jure sur la vie de toute ma famille. » plaida-t-elle, un soudain désespoir audible dans sa voix.

« Non. » répéta Ivo.

Ls yeux de Ruby se remplirent d'un voile sombre et pendant un instant, elle lui parut terrifiante. Ivo esquissa un mouvement de recul et resserra la cagette contre lui, se sentant clairement menacé.

« Donne-moi ça ! » s'écria-elle, soudainement furieuse.

Elle saisit les extrémités de la petite caisse, tentant de tirer dessus avec force pour la retirer des mains d'Ivo.

« Non ! » s'exclama Ivo, paniqué.

« Tu ne comprends pas ! J'en ai besoin ! » s'écria Ruby avec hargne. « Donne-la-moi petit merdeux, sinon je te… »

« Hé ! » s'exclama une voix derrière eux.

Ruby se figea immédiatement à l'entente de la voix et se retourna vivement. Ivo l'imita et aperçut une jeune femme brune, aux cheveux bouclés et volumineux.

« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle d'un ton froid, en les observant tour à tour.

« Rien qui te concerne. Nous étions simplement en train d'avoir une conversation. Privée. » répondit Ruby d'un ton impatient, essayant visiblement de congédier la nouvelle arrivante.

L'attention de cette dernière se posa alors sur Ivo qui l'observait avec nervosité, lui réclamant silencieusement de l'aide.

« Madame van Detta n'est pas loin. Elle se dirige vers ce couloir. » prévint la jeune femme. « Je ne suis pas sûre qu'elle accepte votre grabuge alors que des visiteurs pourraient vous trouver. »

Ces paroles avaient été prononcées d'un ton factuel, mais les avertissements étaient évidentes. Elles semblèrent faire effet sur Ruby qui relâcha immédiatement Ivo, arborant l'air coupable d'un brigand qui venait d'être pris sur le fait. Tout le monde craignait Vivienne van Detta.

Ruby jeta un regard vers Ivo et la cagette, puis un autre vers la jeune femme, comme si elle pesait le pour et le contre. Elle secoua finalement la tête, l'air frustré et défait, avant de faire volte-face et s'éloigner, sans un mot supplémentaire.

Ivo laissa échapper un long soupir de soulagement. Il s'empressa de replacer le couvercle de la caisse pour en cacher son contenu.

« Merci… » bredouilla-t-il à l'attention de la jeune femme qui se contenta de hocher la tête.

C'était la première fois qu'il la voyait. Les employées de l'Ambrosia étaient nombreuses et travaillaient en roulement, à toute heure du jour et de la nuit.

D'autre part, on lui demandait généralement d'assister le même groupe particulier de femmes. Il avait compris qu'elles étaient les employées favorites de Van Detta et jouissaient sans doute du privilège de disposer d'un petit assistant, disponible pour répondre à toutes leurs demandes. Il les entendait même s'en vanter entre elles, se moquant ouvertement des autres employées qui les jalousaient profondément selon elles.

« Je t'en prie. » répondit-elle d'une voix neutre. « J'ai menti pour lui faire peur. Elle n'est pas vraiment derrière moi. »

Elle avait ajouté cela en voyant Ivo jeter des regards paniqués vers le couloir, craignant de voir apparaître Vivienne Van Detta. Ivo se détendit, soulagé par sa confirmation.

Il observa la jeune femme inconnue avec curiosité et ne put s'empêcher de remarquer qu'elle paraissait préoccupée. Il se demanda ce qui la rendait si accablée. Il avait toujours été particulièrement sensible au sort et aux émotions des autres. Cela l'avait d'ailleurs desservi à plusieurs reprises à la Trappe, où il était plus sûr de ne pas se mêler des soucis d'autrui. Son désir de vouloir venir en aide aux autres et leur remonter le moral lui avaient causé plus de problèmes qu'autre chose. La jeune femme croisa son regard et Ivo détourna le sien, les joues soudainement en feu, réalisant qu'il l'observait avec une insistance trop appuyée pour être polie.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? Quel âge as-tu ? » demanda-t-elle, les sourcils froncés.

« Treize ans. » répondit-il fièrement. « Je suis Ivo, le nouveau petit concierge. »

Un air de confusion s'installa sur le visage de la jeune femme.

« Tu ne devrais pas être ici. » dit-elle. « Ce n'est pas un endroit pour un enfant. »

Elle était révoltée et Ivo trouva adorable le fait qu'elle semble s'inquiéter pour lui alors qu'elle ne le connaissait absolument pas. Cela lui réchauffa le cœur. Recevoir autant de réactions bienveillantes était tellement étrange pour lui. Il s'était habitué à être constamment moqué, méprisé et maltraité pendant la majeure partie de sa vie. Si bien que cela était devenu la normalité pour lui.

Les femmes de l'Ambrosia s'étaient montrées si charmantes et obligeantes avec lui depuis son arrivée qu'il avait toujours du mal à y croire. Il apprenait peu à peu à accepter de recevoir un autre traitement que les maltraitances à laquelle on l'avait tant habitué. Lui aussi avait le droit d'être encouragé, respecté et apprécié.

Maintenant qu'il y réfléchissait, sa conversation avec Ruby avait été sa seule altercation. Ivo ne pouvait pourtant pas chasser cette intuition qui lui assurait que quelque chose n'allait pas bien chez elle. Son attitude avait changé brutalement, comme si on avait actionné un loquet dans son esprit.

« Que s'est-il passé ? » demanda la jeune femme.

« Je ne sais pas. » confessa Ivo en jetant un coup d'œil rapide vers la direction où Ruby s'était enfuie. « Elle n'avait pas l'air dans son assiette. Elle voulait prendre les potions. »

« Quelles potions ? »

« Juste des potions que Krista m'a demandé d'apporter au premier étage. » répondit Ivo d'un ton vague.

Un air de compréhension éclaira le visage de la jeune femme. Pendant un long moment, son regard resta fixé sur la cagette qu'il tenait toujours. Instinctivement, Ivo resserra sa prise sur la caisse, agité. La jeune femme semblait en proie à un dilemme intérieur et pendant un bref instant, il vit la même lueur déterminée que celles dans les yeux de Ruby. Pourquoi ces potions les intéressaient-elles tant ? songea Ivo avec confusion.

Après ce qui parut une éternité à Ivo, la jeune femme détourna finalement le regard. Elle secoua la tête, murmurant des paroles qu'Ivo n'entendit pas.

« Fais juste attention à toi, Ivo. » souffla-t-elle d'un ton presque suppliant. « Ce n'est pas un endroit pour un enfant de ton âge. »

Ivo hocha la tête.

« Comment tu t'appelles ? » demanda-t-il avec intérêt.

« Lila… » répondit-elle après une courte hésitation.

Il décela une tristesse et un déchirement dans sa voix, comme si lui donner cette information lui coûtait.

« Merci de m'avoir aidé, Lila ! N'hésite pas si tu as besoin de quoi que ce soit. » assura Ivo avec un grand sourire avant de détaler à toute vitesse pour terminer sa livraison.

Il s'était déjà fait trop attendre et craignait de contrarier Van Detta. Il remercia intérieurement Lila de lui avoir évité un problème avec Ruby. Si la moindre chose était arrivée à ces fioles, Ivo aurait probablement eu de graves problèmes. Son estomac se serra d'angoisse à cette pensée.

Il trouva Lila deux jours plus tard dans l'un des débarras de l'étage où se trouvaient les dortoirs des employées. La jeune femme sursauta quand elle vit Ivo jaillir devant elle, comme si elle venait d'être prise en flagrant délit d'un acte interdit. Elle se détendit en le reconnaissant et esquissa même un léger sourire. Ivo entendit un bruit de verre.

« Tu m'as fait peur. » rouspéta-t-elle avec un rire nerveux.

« Désolé. » s'excusa Ivo, navré. « Je venais chercher du matériel. Des ciseburines ont installé leur abri dans la volière et ça dérange les oiseaux. » expliqua Ivo avec enthousiasme.

Chaque jour, il arrivait un problème surprenant et original dans l'établissement et il devait trouver une idée pour solutionner l'incident. Il avait longuement observé le comportement des ciseburines et avait été particulièrement fasciné par l'organisation dont ils faisaient preuve pour bâtir leur nid. Ivo se demandait si certains d'entre eux étaient forcés d'exécuter toutes ces tâches où s'ils étaient tous parfaitement heureux de travailler pour la survie de leur clan. Les ciseburines étaient toutefois des parasites récalcitrants. Ils volaient la nourriture des volatiles et tentaient d'infester leur plumage, ce qui était problématique. Les hiboux et les chouettes étaient utilisés pour confirmer les demandes de rendez-vous des clients. L'établissement n'autorisait pas les venues non planifiées.

« Tu devrais utiliser de la fourrure de Croup pour les attirer hors de leur nid. Ils adorent ça. » expliqua Lila. « Si tu la places dans une cage invisible, ils se précipiteront dessus mais ne pourront pas en sortir. C'est le moyen le plus facile et efficace de t'en débarrasser. »

Lila quitta la pièce, disparaissant de sa vue avant qu'il n'ait eu le temps de la remercier. Le lendemain, il la croisa de nouveau dans le débarras.

« Merci beaucoup pour ta solution. Ça a fonctionné comme du tonnerre ! » Ils ont tous été attirés dans la cage. Il n'en restait que quelques-uns dans l'abri. » annonça-t-il avec excitation. « Comment savais-tu ça ? »

« J'avais beaucoup d'infestations de ciseburines dans l'endroit où je vivais, avant. J'ai trouvé cette solution dans un livre. » lui expliqua-t-elle sur le ton de l'évidence.

« J'aurais bien aimé savoir ça. Ça m'aurait évité beaucoup de piqûres. » admit-il avec une grimace. « Est-ce qu'ils parlent aussi d'un moyen de te débarrasser des piqûres, dans ton livre ? »

« Pas sûre. Mais peut-être qu'il y a quelque chose à ce sujet dans la bibliothèque. Tu as le droit d'y entrer, non ? » demanda-t-elle avec un espoir qu'il n'avait jamais vu auparavant sur son visage.

Ivo regarda ses pieds.

« Oui, mais ça ne sert à rien que je m'y rende. Je ne sais pas lire. » répondit-il un peu honteux.

« Oh. » répondit simplement Lila, un peu décontenancée.

Ivo sentit ses joues se réchauffer, se sentant stupide.

« Pourquoi es-tu dans cet endroit ? Ne devrais-tu pas être à l'école, à ton âge ? » demanda-t-elle d'un ton un peu contrarié, comme si le fait qu'il ne soit pas scolarisé était un affront personnel pour elle.

Ivo secoua la tête.

« Je préfère travailler. » admit-il.

Sa réponse lui arracha un rire nerveux.

« Où sont tes parents ? » demanda-telle, une fois son hilarité passée.

« Morts. Je suis orphelin. » souffla Ivo d'un ton grave.

Lila écarquilla les yeux, horrifiée par sa réponse.

« Je… Je suis tellement désolée. » balbutia-t-elle, l'émotion audible dans sa voix.

« Ce n'est rien, tu ne pouvais pas savoir. » lui assura Ivo avec gentillesse.

Un silence s'installa. Pendant de longues secondes, Lila sembla hésiter à prendre la parole. Elle parut vouloir poser une question mais semblait se retenir.

« Est-ce que… Est-ce qu'on t'a forcé à venir ici ? » demanda-t-elle finalement, les yeux froncés, un air de préoccupation sur le visage.

Ivo secoua la tête.

« Non. » dit-il. « J'étais dans un endroit horrible avant. On m'a sauvé la vie en m'emmenant ici. »

Sa réponse sembla abasourdir Lila qui avait ouvert la bouche, désarçonnée. Elle l'observa comme s'il se moquait d'elle. Elle finit toutefois par hocher la tête même si elle ne semblait pas totalement convaincue.

« Et toi ? » demanda Ivo avec intérêt.

De nouveau, il vit cette lueur de tristesse profonde traverser les yeux de Lila. Celle qu'il avait déjà aperçue dans son regard et qui témoignait d'une existence probablement difficile. Il se demanda si, comme lui, Lila était orpheline.

« Je dois y retourner. » annonça-t-elle, sans répondre à sa question. « Fais attention à toi, Ivo. »

Il hocha la tête tandis en l'observant s'éloigner, espérant qu'il n'avait pas dépassé les limites.

Au fil des jours, ils commencèrent à développer une amitié. Ils se croisaient régulièrement dans le débarras et avec le temps, cela devint leur lieu de rencontre favori, à l'abri des regards.

Lila, avec un sérieux qui l'étonna, avait entrepris de lui apprendre à lire. Parfois, lorsqu'il se débrouillait bien pendant leurs leçons, elle lui lisait le chapitre d'un livre qu'il avait réussi à dénicher à la bibliothèque, que les filles n'étaient généralement pas autorisées à fréquenter. Ivo, prétextant qu'il devait vérifier que les ciseburines n'avaient pas installé de nid dans la pièce, flânait parmi les étagères, et observait les nombreux ouvrages qui s'y trouvaient. Il se basait sur les images mouvantes sur les couvertures pour décréter si le livre l'intéressait. Il le cachait ensuite sous sa cape pour son prochain rendez-vous avec Lila.

Il percevait une profonde tristesse chez elle. Les rares moments où il la voyait sourire étaient lorsqu'elle lisait à voix haute un passage qu'elle trouvait drôle ou émouvant. Dans ces instants, Ivo la regardait avec fascination, ému par les expressions de son visage.

Lila lui lisait des chapitres issus de classiques tels que les Hauts d'Azkaban, Raison et Scrutoscopes ou encore Romana et Julius. Il devait admettre qu'il trouvait ces histoires romantiques bien plus intéressantes que les récits d'aventures et d'épopées historiques. A la Trappe, on l'avait toujours critiqué vicieusement pour certains de ses goûts. Lila, elle, ne le jugeait pas et ne se moquait pas de son goût prononcé pour les romans d'amour et d'amitié.

Lors de sa lecture de Romana et Julius, Lila se montra particulièrement émotionnelle. Le livre relatait les péripéties à la fois magnifiques et tragiques de deux protagonistes dont l'histoire d'amour était impossible à cause de leurs familles et de leurs communautés, foncièrement ennemies. Lorsqu'Ivo lui demanda pourquoi elle pleurait, Lila lui avoua que le récit lui rappelait sa propre vie. Et pour la première fois depuis leur rencontre, elle commença à se livrer à Ivo sur son passé.

Elle n'était pas arrivée ici de son plein gré. On l'avait sévèrement punie pour être tombée amoureuse d'un sorcier de Sang-Pur. Selon elle, sa présence dans cet endroit était un moyen de l'éloigner de cet homme.

Ivo la fixa avec dépaysement, horrifié par ses paroles. Il ne s'était jamais douté que certaines femmes puissent se retrouver dans cet endroit sans leur consentement. Il avait automatiquement déduit que Ruby avait préféré cette alternative aux mines des Gobelins.

Ivo se rappelait d'une conversation surprise entre Krista et l'un des gardes. Une fille avait tenté de s'enfuir quelques jours plus tôt et avait été violemment attaquée par l'une des créatures sauvages dans les bois qui bordaient les lieux. Son corps avait été recouvré dans un piteux état.

La forêt était dangereuse et interdite, lui avait répété Krista, à maintes reprises. Au début, Ivo n'avait pas pris cela au sérieux, persuadé qu'il s'agissait d'une tentative pour l'effrayer. Pourtant, à entendre le sort de cette pauvre femme, il ne s'agissait pas d'une exagération.

Ivo était persuadé qu'il existait un autre moyen plus sûr de quitter la forêt. Après tout, les clients allaient et venaient sans difficulté particulière. Ivo décida d'investiguer davantage. Personne n'épiait ses allées et venues et ne se méfiait de lui, contrairement aux employées, dont tous les déplacements étaient étroitement surveillés. Lorsqu'il fit part de son idée à Lila, elle l'observa avec un mélange de malaise et de doute.

« Je ne veux pas t'attirer des problèmes. » souffla-t-elle.

Ivo secoua la tête, lui assurant qu'il ne tenterait rien de téméraire. Toutefois, le lendemain, il aperçut Lila passer dans les couloirs, en compagnie de Krista qui la menait à sa chambre. Il fut horrifié par son apparence. Des traces violacées marquaient sa nuque et ses vêtements étaient déchirés, comme si elle s'était retrouvée dans un duel. Ce ne fut que le lendemain, en écoutant les commérages des autres filles, qu'il apprit que Lila s'était faite agressée par un client forcené. Heureusement, elle avait pu s'échapper in-extremis avant qu'il ne fasse quelque chose de plus grave.

Immédiatement, les pensées d'Ivo se tournèrent vers ce calvaire inhumain qu'il avait subi entre les mains de Jacobus Cloyd. Pendant des jours, enfermé dans cette malle, on l'avait affamé et battu, si bien qu'il avait cru succomber. Le soir-même, il resta dans son lit en position fœtale, les yeux serrés et la gorge nouée, submergé par ses souvenirs horribles.

Les jours suivants, Lila ne sembla que l'ombre d'elle-même. Elle lui avait toujours paru profondément triste et taciturne - mais c'était comme si son chagrin s'était intensifié.

Ivo, lui, était plus déterminé que jamais à trouver une solution pour aider Lila. Si elle parvenait à s'enfuir de l'Ambrosia, peut-être retrouverait-elle cet homme qui l'attendait quelque part ?

Il commença à suivre Krista davantage et lui proposa d'exécuter toutes les tâches que Van Detta lui réclamait mais qu'elle n'aimait pas réaliser. Réjouie de pouvoir déléguer ces basses besognes à quelqu'un d'autre tout en continuant à s'attirer les faveurs de sa patronne, Krista ne révéla rien de leur petit arrangement. Elle ne se doutait pas qu'Ivo s'appliquait à retenir toutes les informations importantes qu'elle lui partageait. Il tentait d'identifier des failles potentielles dans leur dispositif de sécurité.

Un jour, alors qu'il errait dans les couloirs, Ivo trouva une entrée secrète derrière une tapisserie. Après cinq minutes de marche dans le passage glacé qui le laissa particulièrement anxieux - il se retrouva à l'un des étages qui lui était interdit.

Le Salon du Vice, lut-il sur l'inscription au mur. Les leçons de lecture de Lila commençaient à payer et il parvenait à déchiffrer davantage de mots. Il jeta des regards dans ses alentours, vérifiant que personne ne se trouvait dans le couloir. Il quitta le passage secret et commença sa découverte de l'étage.

Les clients de l'établissement venaient à toute heure du jour et de la nuit. Pendant la journée, l'Ambrosia recevait principalement des travailleurs portant l'insigne du Ministère ou d'autres administrations. Certains venaient pendant leur pause déjeuner avant de repartir discrètement. D'autres arrivaient même en groupe après leur fin de journée de travail. Ils réservaient un salon privé - un service particulièrement onéreux - où plusieurs filles venaient les divertir pendant des heures, tandis que l'alcool coulait à flot.

« Qu'avons-nous là ? » demanda soudainement une voix rauque derrière Ivo, le faisant sursauter.

Il se retourna vivement, pris sur le fait, horrifié d'avoir été ainsi découvert. Il n'était pas autorisé à fréquenter les étages où les filles recevaient les clients. Ivo leva les yeux vers l'homme devant lui. Il était imposant, avec un front dégarni, et des petits yeux cachés derrière des lunettes épaisses. Il était âgé - probablement dans la soixantaine - avec un ventre bedonnant qui semblait l'incapaciter. L'homme respirait bruyamment, contemplant Ivo avec un air amusé qui mit le jeune garçon mal à l'aise. Il portait une robe pourpre, avec un 'M' dorégravé sur la poitrine. Ivo devina qu'il s'agissait d'un employé du Ministère. Une angoisse profonde le parcourut. Il devait se faire discret et ne jamais être aperçu par les clients, par ordre de Krista et Van Detta.

« Valeur et vigueur, M'sieur… » balbutia Ivo avec hésitation.

« Valeur et vertu, mon garçon. Que fais-tu ici ? »

« J'accompagne ma grande sœur. » mentit Ivo.

« Quel âge as-tu ? »

« Treize ans, m'sieur. »

« Ce n'est pas un endroit pour un garçon de ton âge. » fit remarquer l'homme en secouant la tête.

L'homme l'observa de haut en bas et Ivo resta silencieux, nerveux. Il serait puni par Van Detta. Ivo esquissa un sourire contrit. Dans sa poche, il actionna le petit briquet par nervosité, comme à chaque fois qu'il était stressé.

« Je… Je dois partir. Je me suis perdu. » prétendit Ivo avant de prendre ses jambes à son cou en direction des escaliers.

Une fois arrivé dans le hall principal, il inspira profondément, relâchant toute la pression accumulée. Il espérait que sa visite dans les étages interdits ne parviendrait pas aux oreilles de Krista ou de Van Detta. Il fut toutefois heureux d'avoir trouvé un autre passage secret. Il se demandait s'il en existait d'autres. Probablement, devina-t-il. S'il avait compris quelque chose, c'était que la discrétion était un concept très important au sein de l'Ambrosia. Ils avaient probablement fait en sorte que les employées et les gardes se déplacent en toute discrétion pour ne pas déranger les clients.

Le lendemain, il arriva ce qu'Ivo craignait. Krista lui réclama de se rendre dans le bureau de Van Detta. Elle paraissait nerveuse.

« Tu as intérêt à lui dire que tu t'es perdu, hier. Et que tu errais dans les couloirs sans mon autorisation. » menaça Krista.

Ivo hocha la tête, craintif. Lorsqu'il frappa à la porte du bureau de Vivienne van Detta, ce fut d'un geste tremblant. Il entendit sa voix modulée lui réclamer d'entrer et il s'exécuta, la boule au ventre. Il trouva Madame van Detta assise sur le bord de son bureau, son fume-cigarette au coin des lèvres. Il n'avait jamais vu une femme aussi imposante de sa vie. Elle dépassait même Jacobus Cloyd. Elle ne ressemblait pourtant en rien au troll qu'il était. Avec ses tenues toujours impeccables, sa coiffure soignée et sa démarche assurée et féminine, elle était intimidante et fascinante à la fois.

Les autres filles la surnommaient la Reine-Mère et semblaient la craindre, ce qu'Ivo comprenait tout à fait. Contrairement à Cloyd qui asseyait son autorité par la violence et la peur, Van Detta avait une approche plus insidieuse. Elle était le genre de personne qu'on n'osait pas contrarier, sans même réaliser pourquoi.

« Assieds-toi donc, mon garçon. » lui proposa-t-elle, un large sourire habillant ses lèvres d'un rouge sang.

Ivo fut surpris de cet accueil. Il s'attendait à recevoir des réprimandes sévères. Van Detta se releva, et se dirigea vers un bar improvisé. Elle érigea sa baguette pour remplir des verres. Elle fit léviter l'un d'eux - une coupe en argent - en direction d'Ivo qui l'attrapa au vol. Elle retourna s'installer sur son bureau, l'observant attentivement.

« Tu ne bois pas ? » demanda-t-elle en levant un sourcil.

D'un geste tremblant, Ivo porta le verre à sa bouche. Il repensa à Lila. Au détour d'une conversation, elle lui avait fait juré de ne jamais boire ce que Van Detta ou Krista lui donnaient directement.

Ivo s'était demandé pourquoi elle avait semblé aussi insistante. Pourtant, à mesure que les jours passaient, il avait commencé à comprendre. Les filles consommaient constamment ce qu'elles surnommaient le cocktail du bonheur, dont les effets semblaient très puissants. Ivo porta le verre à ses lèvres, donnant l'impression d'en boire le contenu, mais les laissa fermement closes pour ne rien avaler. Van Detta parut satisfaite.

« Je… Je m'excuse d'être entré dans un couloir interdit, hier. Je me suis perdu et… » commença Ivo.

« Ce n'est rien, mon garçon, ça peut arriver. » répondit Van Detta en secouant sa longue main manucurée, comme si elle n'en n'avait cure.

Ivo écarquilla les yeux, désarçonné par sa nonchalance à ce sujet. Il réprima un soupir de soulagement. Une question le laissait toutefois songeur. Pourquoi avait-il été convoqué ?

« J'ai entendu dire que tu fais du très bon travail. Tout le monde est très satisfait de toi. » complimenta-t-elle.

Ses paroles donnèrent du baume au cœur d'Ivo, ravie d'avoir le vent en poupe. Il avait fait de son mieux depuis son arrivée. Terrifié à l'idée qu'il lui arrive la même chose qu'à la Trappe, il avait fait en sorte de se faire apprécier et de faire tout ce qu'on lui demandait. Du moins presque tout.

Il savait qu'il prenait un risque gigantesque en voulant aider Lila à s'enfuir mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il ressentait un élan de protection envers elle - comme avec Kitty. Il ne voulait pas la voir malheureuse. De plus, elle avait fait preuve d'une gentillesse extrême envers lui. Comme Kitty, il voyait en Lila une grande sœur. Pour lui qui n'avait jamais eu une vie de famille typique, cela lui procurait un sentiment de contentement et d'appartenance.

« Je fais de mon mieux, M'dame. » répondit Ivo avec sincérité.

« J'en suis persuadée. C'est pour cette raison que j'ai une promotion pour toi. » annonça Van Detta.

« Une promotion ? » répéta Ivo, effaré. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Tu as passé beaucoup de temps à aider mes filles et à faire en sorte qu'elles ne manquent de rien. Alors j'aimerais que tu fasses la même chose pour certains de nos clients. Ce sont des gens très importants, qui cherchent une expérience irréprochable. Il est crucial que nous continuions à maintenir notre réputation.

« Qu'est-ce que je dois faire ? » demanda Ivo.

« Oh tout simplement passer du temps avec eux, discuter de tout et de rien. Je veux que tu te comportes comme le petit garçon que tu es. C'est ce qu'ils attendent. » indiqua-t-elle d'un ton détaché. « Et si tu fais bien ton nouveau travail, tu pourras rembourser la dette de ton contrat bien plus rapidement. Qu'en dis-tu ? »

Ivo hocha la tête. Cela ne lui semblait pas très compliqué.

« Le monsieur que tu as croisé hier va revenir dans quelques jours. C'est quelqu'un de très important et l'un de nos meilleurs clients. Il dépense beaucoup d'argent pour obtenir un traitement privilégié. Il est important qu'il soit satisfait, tu comprends ? »

Ivo acquiesça de nouveau et la femme sourit davantage.

« Excellent. Je savais que j'utiliserais mieux ton potentiel que cet imbécile de Cloyd. » se moqua-t-elle avec un rire.

Elle s'approcha d'Ivo, esquissa un geste dans sa direction. Elle caressa sa joue avec un ongle pointu, l'observant avec un regard calculateur qui le rendit mal à l'aise.

/

Hermione passa distraitement sa cuillère dans le bol de soupe qui se trouvait face à elle, les yeux rivés sur les morceaux de légumes qui gisaient dans le bol fumant, sans vraiment les voir. L'idée d'avaler quoi que ce soit la révulsait toujours. A chaque repas, elle devait se forcer à manger quelque chose.

L'expérience traumatisante qu'elle avait vécue à cause de ce fou furieux l'avait profondément ébranlée. Et pourtant, c'était sa propre réaction qui l'avait le plus terrifiée. Elle était d'abord restée de marbre, et pendant une seconde, elle avait espéré qu'il réussisse à lui ôter la vie. Pendant ces quelques instants, Hermione avait contemplé l'idée de quitter ce calvaire, une fois pour toute.

Pourtant, pour une raison obscure, l'homme l'avait relâchée, en hurlant à la mort. Et lorsqu'il s'était mis à se taper violemment la tête contre le mur, quelque chose s'était activé chez Hermione. Elle était sortie de son apathie, traversée d'une adrénaline soudaine. Elle s'était ruée hors de la pièce pour échapper à son agresseur, ressentant ce sentiment qu'elle pensait pourtant disparu.

L'instinct de survie.

Elle ne voulait pas imaginer ce qui aurait pu arriver si elle était restée dans cette pièce. Les yeux de l'homme avaient semblé habités d'une lueur folle, comme s'il était possédé par une entité sombre et meurtrière.

Il l'aurait sans doute tué, avait-elle réalisé. Et il avait fallu qu'elle frôle la mort pour comprendre qu'elle n'était pas prête à abandonner. Elle ne resterait pas dans cet endroit. Elle parviendrait à s'enfuir, même si elle devait tout risquer pour le faire.

Elle devait arrêter d'espérer que quelqu'un viendrait la sauver.

Elle ne pouvait pas compter sur Théodore ou quelqu'un d'autre pour lui venir en aide. Ils n'avaient aucune idée de l'endroit où elle se trouvait, et après leur dispute et la fausse lettre qu'il avait reçue, elle ignorait même s'il essaierait de la retrouver.

Elle devait se débrouiller par elle-même, comme elle l'avait toujours fait. Elle n'avait pas traversé toutes ces épreuves pour se laisser dépérir ainsi. Ils avaient déjà tellement pris d'elle.

Son nom.

Son corps.

Sa dignité.

Sa liberté.

Elle ne les laisserait pas également prendre son envie de vivre.

Après son agression, les choses prirent un tournant un peu étrange. Elle fut étonnée de voir Vivienne Van Detta fulminer à son chevet. Hermione réalisa toutefois qu'elle était contrariée par les dommages faits à l'une de ses marchandises. Hermione n'était rien d'autre qu'un objet de valeur pour elle - qu'elle pouvait troquer comme bon lui semblait contre rémunération.

Van Detta lui accorda un ''congé exceptionnel'' après l'incident. Hermione fut incapable de parler pendant deux jours à cause de la pression sur sa nuque. Elle fut dispensée de travail et elle sauta sur l'occasion pour se concentrer davantage sur son sevrage.

Préparer sa fuite lui demanderait de garder la tête claire et cela serait impossible sous l'emprise de la drogue. Elle savait toutefois qu'arrêter d'un coup serait trop dangereux. Sissy, sa collègue de chambrée, plus expérimentée en la matière, lui avait assuré que son sevrage pourrait la tuer s'il était trop rapide et trop brusque.

Elle s'efforça de réduire chaque jour les doses. Cela signifiait toutefois que les moments de manque étaient une torture à supporter. Son corps était parcouru de tressaillements incessants, comme lors d'une fièvre sévère. Elle vomissait régulièrement et ses membres la tiraillaient constamment. Ce n'était pourtant rien comparé à l'aspect mental de la chose. Elle luttait pour résister à la pulsion de boire la potion dans sa totalité et d'oublier toutes ses idées noires.

Elle prenait assez de potion pour soulager ses symptômes de manque mais pas suffisamment pour ressentir les effets euphorisants. Cela nécessitait une discipline colossale de sa part mais elle s'y tint. La perspective de sa fuite la gardait motivée.

Heureusement pour elle, Krista et Van Detta regardaient à peine si elle ingérait correctement ses doses. En faisant en sorte que toutes les filles soient dépendantes à la potion, elles s'assuraient d'avoir un contrôle total sur elles, sans faire trop d'efforts.

La présence d'Ivo l'aida également. Elle ignorait pourquoi ce petit garçon lui fournissait une telle consolation. Elle avait été choquée d'entendre son histoire. Avoir vécu autant de malheur à un si jeune âge était d'une injustice insupportable. Et pourtant, le voir garder le sourire malgré ses circonstances lui fit prendre du recul sur sa propre situation.

Elle avait effleuré le bonheur dans sa vie mais n'avait pas su le voir. Elle se sentait coupable de la manière dont elle avait traité Théodore. Il avait tant sacrifié et elle n'avait su que se montrer ingrate et intransigeante. Elle avait déversé ses propres frustrations sur lui et elle ignorait comment il continuait à la pardonner, encore et toujours.

L'amour, sans aucun doute.

Même si Hermione était dispensée de sessions privées, on ne la laissa pas pour autant se tourner les pouces. A cause de l'incident, un vent de plaintes se fit entendre parmi les employées de l'Ambrosia au sujet de leur sécurité. Même Van Detta sembla prendre l'affaire au sérieux. On voyait parfois quelques manquements et autres incidents minimes provoqués par des clients ivres, mais rien de cette gravité. C'était pour cette raison que certaines femmes travaillaient pour l'Ambrosia. Avec ses moyens élevés, son cadre haut de gamme, et son dispositif de sécurité, l'établissement promettait aux employées un environnement sûr, chose rare dans cette profession où l'insécurité régnait.

« Tu ne veux vraiment pas faire ça dans la rue… » avait murmuré Sissy avec un frémissement, comme si elle se remémorait des souvenirs effroyables. « Nous avons un toit convenable et des gardes. C'est beaucoup plus sûr. »

Le prix de cette protection n'était pourtant pas modeste. Elles acceptaient de perdre leur liberté et devenaient dépendantes d'une substance puissante qui leur faisait oublier leur propre intérêt.

Van Detta mit donc en place un nouveau procédé pour éviter les incidents. Dissimulée derrière un mur ensorcelé, une autre employée pouvait rester dans la pièce pendant la session d'une autre. Elle pouvait intervenir au moindre problème.

Tous les rendez-vous ne faisaient pas l'objet de ce nouveau système. Il était réservé aux sessions tenues dans le Salon du Vice ou le Salon de la Douleur, dans lesquels les prestations étaient plus extrêmes et pouvaient plus facilement déraper.

Hermione, par ordre de Van Detta, passait donc la majorité de ses journées à monitorer ces rencontres. A chacune de ses propres sessions avec un client, Hermione avait été sous l'influence des drogues. Dans ces moments-là, son rapport à la réalité avait été déformé. Elle avait eu l'impression de ne pas être dans son propre corps.

Devoir assister à ces scènes complètement sobre, en tant que spectatrice, était tout aussi traumatisant. Et avec le temps, elle se demanda s'il ne s'agissait pas d'une punition de Van Detta. Cette dernière lui réclama de prendre note du travail de ses collègues car ses ''propres prestations laissaient à désirer''

La violence de ces mots et des images qu'elle voyait chaque jour manquèrent de la faire rechuter. Pendant des heures, Hermione était restée immobile, une fiole entière du cocktail du bonheur entre ses mains tremblantes, tentée de l'avaler pour oublier. Par miracle, elle réussit à résister.

Le lendemain, Vivienne van Detta vint la trouver. Hermione resta de marbre même si une haine sans nom la parcourut. Elle ignorait quand ni comment, mais elle ferait payer à cette femme ce qu'elle lui avait fait subir.

« Un client très important est sur le point d'arriver. Je veux que tu surveilles cette session. » annonça Van Detta.

Hermione se contenta de hocher la tête. Des personnes haut-placées venaient régulièrement à l'Ambrosia. Seules certaines employées étaient habilitées à les recevoir.

« Tu ne dois le déranger sous aucun prétexte. Il a payé une très grosse somme d'argent pour ce service. Le client est roi. Peu importe ce qu'il veut. » insista Van Detta.

Hermione grimaça intérieurement mais resta silencieuse.

« Je dois me rendre en déplacement. » indiqua Van Detta. « Krista s'occupera de la supervision de toutes les opérations pendant mon absence. Lila, tu es désormais celle qui a le plus d'expérience avec la surveillance, assure-toi donc que tout se passe parfaitement bien pendant cette session. Entendu ? »

« Entendu, Madame van Detta. » souffla Hermione d'un ton plat.

Elle la suivit à l'étage supérieur, dans l'un des salons privés. L'endroit ressemblait presque à une suite d'hôtel, avec son séjour et sa salle à manger. De la nourriture et des boissons garnissaient le buffet. Hermione observa la décoration de la pièce avec décontenancement. Elle vit des jouets, un ours en peluche grandeur nature, des pâtisseries et des confiseries dispersées à travers la pièce.

Parfois, les clients avaient des demandes étranges et l'établissement les remplissaient pour un supplément de gallions. Elle avait l'impression de voir le décor d'une fête d'anniversaire pour enfants. Le fait qu'elles soient dans une maison close rendait la chose encore plus sordide.

Elle mena Hermione dans le passage ensorcelé qui lui permettrait de voir ce qui se passait à l'intérieur de la suite sans être vue. Pendant une demi-heure, Van Detta continua de lui donner des instructions et Hermione n'écouta que d'une oreille, ne comprenant pas pourquoi elle insistait autant. Ce n'était pas la première fois qu'Hermione exécutait cette tâche.

Un bruit attira l'attention d'Hermione et elle observa la suite à travers le mur transparent. La porte de la suite venait de s'ouvrir et l'assistante de Van Detta, Krista, venait d'y pénétrer. Hermione écarquilla les yeux en constatant qu'elle n'était pas seule. Son cœur chuta brutalement dans sa poitrine en reconnaissant la personne qui l'accompagnait.

Ivo.

« Que fait-il ici ? » demanda Hermione, les yeux rivés sur le garçon, le cœur battant.

« Le client l'a réclamé pour une session privée. » annonça Van Detta d'une voix factuelle et sans émotion, comme si elle parlait d'un échange de chaudrons.

Immédiatement, une angoisse monstrueuse saisit l'estomac d'Hermione.

« Q... Quoi ? Vous…Vous ne pouvez… Ce n'est qu'un enfant ! » protesta Hermione, alarmée.

Elle était tellement horrifiée que les mots n'arrivaient pas à sortir convenablement. Le regard sombre de Van Detta se posa sur elle. Elle s'avança d'une démarche menaçante, paraissant plus intimidante que jamais. Hermione recula et se recroquevilla contre le mur, dans une attitude de soumission.

« Toutes les personnes qui sont dans cet endroit m'appartiennent. Et tant que vous serez sous mon toit, c'est à mes ordres que vous obéirez. Et celui qui ne veut pas obéir devra en subir les conséquences. »

Ses avertissements étaient sans équivoque. Elle hocha la tête, la poitrine oppressée. Van Detta sembla se satisfaire de sa capitulation.

« Parfait. Krista restera dans les parages. Va la chercher s'il y a le moindre problème. En aucun cas tu ne devras déranger le client, tu entends ? »

Hermione acquiesça de nouveau, la main tremblante, luttant contre la nausée violente qui lui avait saisi l'estomac. Van Detta quitta l'alcôve et Hermione reporta son regard vers la suite. Krista avait disparu et Ivo s'y trouvait désormais seul. Il observait ses alentours, impressionné par ce qu'il voyait. Les yeux brillants, Hermione l'observa goûter des confiseries d'un air joyeux, n'ayant probablement aucune idée de ce qui allait suivre.

Elle l'observa avec impuissance, les larmes aux yeux. Une partie d'elle voulait tout simplement s'enfuir, pour ne pas assister à ce spectacle atroce et immonde. L'autre se refusait à le laisser seul.

Son angoisse s'intensifia lorsque la porte de la suite s'ouvrit, laissant entrer un homme d'un âge avancé. Il sembla familier à Hermione. Avec nervosité, elle les observa discuter. Elle n'entendait rien de sa cachette et ne pouvait donc pas distinguer le contenu de la conversation. L'attitude détendue d'Ivo lui confirma que l'échange était pour le moment innocent.

Ils conversèrent pendant près d'une heure devant une partie de bataille de cartes explosive. De temps à autre, homme lui proposait de se servir au buffet garni de confiseries. Hermione observa Ivo boire ce qui ressemblait à du jus de citrouille. Elle craignait que la boisson contienne autre chose. Elle savait que Van Detta n'avait aucun scrupule. Ivo semblait toutefois dans son état normal, ce qui la soulagea. Le cocktail du bonheur agissait instantanément et Hermione savait que l'effet serait plus intense chez un enfant de son âge.

Soudainement, l'homme posa sa main sur l'épaule d'Ivo et Hermione commença à trembler de panique lorsqu'elle vit la lueur dans son regard. Une lueur qui n'aurait jamais dû être dirigée vers un enfant.

De la convoitise.

Son estomac se serra et elle commença à respirer difficilement. Elle se retrouva dans le même état de panique qu'elle avait ressenti dans ce débarras isolé du Théâtre de Damasus le Décadent, le jour du GAGE. Elle ferma les yeux, s'efforçant d'inspirer pour se calmer. Il lui fallut de longues minutes pour retrouver une respiration normale.

Pourtant, lorsqu'elle ouvrit de nouveau les yeux, son cœur repartit de plus belle devant la scène face à elle. L'homme tenait désormais Ivo par le bras, tentant de le tirer vers le sofa, malgré les protestations du garçon.

Hermione était plus paniquée que jamais. Ses yeux scannaient toutes les directions, désespérément à la recherche d'une quelconque solution. Elle ne pouvait pas rester passive pendant que ce cauchemar se déroulait devant ses yeux. Elle n'avait que faire des menaces de Van Detta, ni des châtiments qui l'attendaient pour avoir désobéi à ses ordres.

Un souvenir survenu huit ans plus tôt, le jour de son entrée au régime, après l'invasion des Mangemorts, s'imposa dans son esprit. Celui du visage d'Addy, cette petite fille qu'elle n'avait pas pu sauver. Hermione était restée figée, incapable de bouger un seul doigt pendant que la fillette avalait un comprimé mystérieux et commençait à spasmer violemment avant de s'immobiliser, le corps sans vie.

Hermione avait toujours ressenti un immense sentiment de culpabilité depuis cette mort tragique. Elle n'avait rien fait pour lui venir en aide. C'était pourtant cette même petite fille qui l'avait aidée sans le savoir. Grâce à Addy, elle avait pu rester dans le régime sans être exécutée. Sa mort la secouait toujours, et elle la revivait régulièrement dans ses cauchemars.

Cette fois pourtant, les choses seraient différentes, décida Hermione. Elle ne resterait pas immobile pendant qu'Ivo courrait un tel danger.

La respiration haletante, Hermione sortit de l'alcôve secrète et entra dans la suite. L'homme ne semblait pas l'avoir remarquée, distrait par les cris retentissant d'Ivo qui se débattait bec et ongles pour s'extirper de sa poigne. L'homme lui ordonna de se taire et de se laisser faire.

Le sang d'Hermione ne fit qu'un tour. Elle ne réfléchit pas une seule seconde et s'approcha de la table garnie de confiseries, s'emparant d'un large bol en verre. Elle se rua dans leur direction et lâcha un cri pour attirer l'attention de l'homme. Ce dernier se retourna vivement, surpris.

« Par Voldemort, qu'est-ce que vous… » commença l'homme d'une voix contrariée.

Avec une force surhumaine, Hermione envoya brutalement le récipient en verre sur lui et le fracassa sur sa tête. L'homme lâcha un hurlement lorsque le verre s'écrasa contre le recoin de sa tête. Il tituba quelques secondes, désorienté. Des morceaux de verre s'étaient incrustés profondément dans sa peau, et du sang commençait à couler des lésions.

Les mains tremblantes, Hermione s'était figée tandis qu'elle regardait l'homme s'effondrer au sol, immobile. Il lui fallut plusieurs secondes pour sortir de son état de choc. Elle réalisa ce qu'elle venait de faire. C'était l'instinct qui l'avait guidée et elle n'avait pas réfléchi un seul instant. Tout en elle lui avait crié d'arrêter cet homme coûte que coûte, avant qu'il ne commette un acte impardonnable.

Du sang avait giclé sur son propre visage et Hermione resta paralysée, pendant que le liquide coulait lentement sur ses joues. Elle fixa l'homme étendu au sol. Une flaque de sang épaisse émergeait de sa tête, maculant la moquette.

Hermione se tourna vers Ivo dont le corps tremblait de tout son long. Il semblait aussi choqué qu'elle. Une tâche humide apparut soudainement sur son pantalon et elle vit de l'urine couler lentement sur ses chaussures. Il était terrorisé. Elle se rua dans sa direction et l'attira à elle, en larmes.

« Je… Je suis désolée. » hoqueta-t-elle.

Le garçon se réfugia contre elle, épris de violents sanglots.

« Tout va bien. Je ne le laisserai pas te faire du mal… » jura-t-elle en l'étreignant de manière rassurante.

« M… Merci Lila… » balbutia-t-il entre ses pleurs.

« Hermione. » rectifia-t-elle d'une voix douce.

« Qu… Quoi ? »

« Hermione. C'est mon vrai prénom. Pas Lila. » révéla-t-elle d'une voix plus ferme. « Hermione Granger Nott. »

Ivo s'écarta d'elle, et la lueur dans ses yeux, si innocente et craintive, lui brisa le cœur.

« Il… Il est mort ? » demanda-t-il dans un souffle.

Dans sa question, elle distinguait une once d'espoir.

« Je… Je l'ignore. » admit Hermione en se tournant vers la silhouette immobile de l'homme.

Le sang continuait toujours de couler abondamment de sa tête. Elle ne savait pas quoi faire. Que se passerait-il lorsque Krista ou quelqu'un d'autre se rendrait compte qu'Hermione avait agressé et potentiellement tué un client ?

Un cliquetis la sortit de ses pensées. Ivo tenait un petit objet dans la main, l'actionnant de façon forcenée, l'air angoissé. Hermione écarquilla les yeux.

« Où as-tu trouvé ça ? » interrogea-t-elle, prise au dépourvu.

Ivo parut confus.

« Je l'ai volé, il y a longtemps… » admit-il d'un air un peu gêné. « Mais il ne marche pas. »

Il avait ajouté ce détail comme s'il aurait effet d'alléger le vol. Devant l'air ébahi d'Hermione, il pressa à nouveau l'objet, comme pour lui prouver qu'il ne fonctionnait pas.

Elle resta silencieuse, déboussolée. Elle avait immédiatement reconnu l'objet en cuivre. C'était le Sonuminateur que Théodore avait perdu l'année précédente, après leur longue escapade sur le Chemin de Traverse. Il utilisait désormais un second exemplaire. L'objet était d'une rareté extrême et avait été inventé par l'un de ses ancêtres musiciens. Il n'en existait que deux exemplaires.

Avant qu'Hermione ne puisse dire quoi que ce soit, des tapotements contre la porte de la suite se firent entendre. Hermione et Ivo se figèrent et échangèrent des regards paniqués.

« Monsieur Ogden ? » demanda une voix féminine derrière la porte de la suite. « Avez-vous besoin de quoi que ce soit ? »

« C'est Krista… » murmura Ivo avec panique. « Qu'est-ce qu'on fait ? »

Hermione saisit le Sonuminateur des mains d'Ivo et actionna le bouton. Elle prit une profonde inspiration pour calmer ses nerfs agités. Elle ferma les yeux, se remémorant la voix de l'homme qu'elle avait brièvement entendue quelques minutes plus tôt, avant de l'assommer brutalement. Puis, priant que cela fonctionne, elle lâcha d'une voix claire :

« Tout va bien. Je ne souhaite pas être dérangé. »

La voix qui était sortie de sa gorge n'était pas la sienne mais celle du dénommé Ogden.

« Entendu. Passez une bonne soirée. » dit la voix de Krista.

Hermione resta immobile pendant de longues secondes et lorsqu'elle réalisa que Krista n'allait pas entrer, elle lâcha un soupir de soulagement. Elle se tourna vers Ivo qui la regardait, l'air médusé.

« C'est à ça qu'il sert ? » dit-il d'un air impressionné en fixant le Sonuminateur.

Elle hocha brièvement la tête. Ils venaient d'avoir une chance incroyable.

« Il faut le fouiller. » dit soudainement Ivo à voix basse.

Hermione lui jeta un regard confus, déroutée par cette suggestion.

« Q…Quoi ? » bredouilla-t-elle.

« Il a peut-être sa baguette sur lui. » devina Ivo.

Elle lui adressa un regard admiratif avant de hocher la tête.

« Oui, tu as raison. » dit-elle.

Elle se releva et s'approcha prudemment de la silhouette pansue d'Ogden. La vue de la flaque de sang lui retourna un peu l'estomac et elle ferma les yeux pendant un bref instant. Se donnant du courage, elle posa fermement ses deux mains sur l'homme qui était avachi et tenta de le placer sur son dos. Il était extrêmement lourd. Ivo la rejoignit et ils parvinrent à le retourner. Hermione fouilla dans ses poches et en retira une fine baguette en bois d'if. Elle remercia le ciel avant de se relever.

« Il faut qu'on trouve un moyen de partir d'ici. » dit-elle, nerveuse.

Selon Sissy, il était difficile de s'enfuir de l'Ambrosia. En plus des gardes, une large forêt remplie de créatures voraces bordait le domaine, pour dissuader quiconque d'essayer. Pourtant, les rares personnes qui avaient tenté de s'enfuir n'avaient probablement pas pu le faire dans des conditions idéales. Elle espérait de tout son cœur que cette baguette magique pourrait faire la différence. C'était probablement leur seule chance de s'enfuir. Ils devaient la saisir.

« Il faut aller dans le bureau de Krista ! » intervint soudainement Ivo. « Je sais où elle range le double des clefs. »

Hermione hocha la tête.

« Allons-y. »

Cela faisait plus de huit ans qu'elle n'avait pas utilisé une vraie baguette magique, mise à part un bref essai avec celle de Théodore, l'année précédente. Aucun sort de défense et d'attaque n'étaient possibles sur les baguettes magiques restreintes, réservées aux sorciers de rang inférieur.

A travers des grimoires obtenus sur le marché noir et dans les Archives des Macmillan, elle avait tenté d'apprendre des nouveaux sorts par la théorie. La pratique était toutefois nécessaire pour parfaitement maîtriser un sort. Elle espérait toujours maîtriser les sortilèges de défense qu'elle avait appris pendant sa scolarité à Brugwinns.

« On peut y aller sans passer par les couloirs. » assura Ivo avec détermination. « Suis-moi. »

Ils se dirigèrent vers la porte. D'un geste prudent, Ivo l'ouvrit. Hermione était derrière lui, la baguette tendue, prête à l'utiliser s'ils croisaient quelqu'un.

« Personne. » murmura Ivo à son attention avant de sortir.

Elle lui emboîta le pas et ils se faufilèrent dans les couloirs vides de l'étage. Des voix et des rires étaient audibles à travers certaines portes. Hermione savait toutefois que cet étage était peu occupé à cause des prestations spéciales qui s'y déroulaient, généralement très coûteuses. Alors qu'elle se dirigeait vers les escaliers, Ivo saisit son bras pour l'arrêter.

« Non. Pas par ici. Suis-moi. » ordonna le garçon.

Elle le suivit tandis qu'il prenait une direction différente et s'arrêtait devant une large tapisserie. Il la souleva et Hermione écarquilla les yeux en apercevant une entrée dans le mur.

« Passage secret. » annonça Ivo avec fierté.

Ils s'engagèrent dans le passage sombre et glacial. Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'Ivo ne semblait pas très à l'aise à l'intérieur. Elle alluma l'extrémité de la baguette magique, et la lumière sembla le rassurer. Après plusieurs minutes de marche, ils débouchèrent sur une autre sortie, elle aussi dissimulée derrière une tapisserie.

Elle savait que le bureau de Van Detta n'était pas loin. Ils empruntèrent toutefois un autre couloir et atteignirent celui de Krista. Ivo plaça son oreille près de la porte pour écouter.

« Elle est à l'intérieur. » souffla-t-il avec appréhension.

Hermione hocha la tête et Ivo tapa contre la porte. Cette dernière s'ouvrit et Krista apparut dans l'encadrement. Elle fronça les sourcils en voyant Ivo.

« Que fais-tu ici ? Tu étais supposé être avec… » commença-t-elle à gronder.

Avant qu'elle ne puisse finir sa phrase, Hermione, cachée derrière la porte, brandit sa baguette sur elle.

« Stupéfix ! » s'écria-t-elle.

Seul un faible jet de magie émergea de la baguette. Elle constata avec horreur que son sort n'avait pas fonctionné.

Krista l'aperçut et ouvrit de grands yeux. Elle esquissa un geste pour saisir sa propre baguette mais Hermione s'écria :

« Petrificus Totalus ! »

Cette fois, le sort fonctionna sans problèmes et Krista se retrouva immobilisée. Elle tomba à terre, les yeux grands ouverts, dans l'incapacité de bouger.

« Vite ! » hurla Hermione à l'attention d'Ivo.

Il s'empressa d'enjamber le corps de Krista et d'entrer dans le bureau. Il fut de retour quelques instants plus tard, portant un énorme trousseau de clefs.

« Je l'ai ! » hurla-t-il avec satisfaction avant de s'élancer dans le couloir, Hermione sur ses talons.

Des frissons traversèrent soudainement la jeune femme et elle sentit son corps s'affaiblir. Il s'agissait de ses symptômes de manque. Sa dernière dose remontait à bien trop longtemps.

De nouveau, au lieu d'utiliser les corridors habituels, Ivo la mena à travers plusieurs passages secrets. Ils atteignirent finalement les sous-sols et Ivo utilisa l'une des clefs pour ouvrir une fenêtre étroite qui menait à l'extérieur. Hermione s'y hissa d'abord avant d'aider Ivo à faire de même. Sa respiration était saccadée et tous ses gestes lui demandaient un effort surhumain.

« Tu peux le faire, Hermione. » se répéta-t-elle inlassablement.

Ils étaient bien trop proches de la sortie pour qu'elle laisse son corps la lâcher. Elle ignora son mal-être.

« C'est la sortie arrière. Certains clients arrivent ici par diligence. C'est plus discret que l'entrée principale. » lui expliqua Ivo. « Et il y a moins de gardes. »

Elle fut désarçonnée par sa connaissance des lieux en si peu de temps. Elle n'aurait probablement pas pu aller aussi loin sans lui.

« Une fois qu'on arrivera à passer le portail, on avancera à l'aveugle. Je ne connais pas les bois. » avoua-t-il d'une voix désolée.

« Ne t'inquiète pas. Tu nous as déjà sauvé la vie. » lui assura Hermione en pressant son épaule avec reconnaissance.

Ivo hocha la tête.

« Il y'a deux gardes. » prévint-il tandis qu'ils se cachaient derrière un muret, observant leurs alentours.

« Je ne pourrai pas me débarrasser des deux. » admit Hermione avec frustration. »

Elle n'avait même pas été capable de lancer un sortilège de Stupéfixion à Krista. Elle ne pourrait rien faire face à deux gardes armés et bien entraînés. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, Ivo se dirigea vers les deux gardes, près de l'imposant portail.

« A l'aide ! Quelqu'un nous attaque ! Miss Krista est inconsciente ! » hurla Ivo en se jetant vers eux en pleurs, l'air paniqué.

Les deux se retournèrent, interpellés. Ils échangèrent des regards hésitants.

« Va voir ce qu'il se passe ! » ordonna l'un des gardes à son collègue.

Ce dernier sprinta en direction du bâtiment. L'autre resta avec Ivo, sur le qui-vive. Hermione extirpa sa baguette et jeta un sort en direction d'un buisson, à quelques mètres d'eux, qui commença à vibrer.

« Il y'a quelqu'un, là-bas ! » cria Ivo en désignant le buisson.

Le garde se rua vers la direction désignée pour voir ce qu'il se passait. Ivo fit un signe à Hermione qui sortit de sa cachette. Ils sprintèrent à toute vitesse en direction du portail. Ivo secoua le trousseau de clefs avec panique, à la recherche de la bonne clef.

« Vite ! » hurla-t-elle.

« Je fais ce que je peux. » s'écria-t-il, paniqué. « Je l'ai ! »

Il réussit à ouvrir la porte du portail et ils passèrent dans l'ouverture. Au même moment, un jet de lumière violet les effleura, les ratant de quelques centimètres. Ivo lâcha un cri apeuré et ils se mirent à courir à perdre haleine en direction des bois. D'autres sorts arrivèrent dans leur direction, les manquant à chaque fois de peu. Hermione sentit l'un d'eux l'écorcher au niveau de la taille. Hermione tourna la tête et vit le garde. Il avait compris qu'il avait été dupé et s'était jeté à leur poursuite. A son tour, elle jeta des sorts au hasard, sans regarder derrière elle.

L'un de ses sorts sembla atteindre l'homme car les attaques de ce dernier cessèrent soudainement.

« On a réussi ! » s'écria Ivo, d'une voix remplie de bonheur. « On a réussi à s'enfuir ! »

Il avait raison. Ce n'était pas un rêve ou un mirage. Ils avaient réussi à s'enfuir. Hermione n'arrivait pas à le croire.

Ils coururent jusqu'à ce qu'ils n'aient plus l'énergie de continuer. Ils marchèrent à l'aveuglette dans les bois désormais sombres, seulement éclairés par la pointe de la baguette magique, sans savoir quelle direction prendre. La nuit était désormais tombée et ils entendaient des bruits angoissants autour d'eux.

Après une heure de marche, Hermione commença à faiblir. Les symptômes de manque la martelaient désormais de plein fouet et elle peinait à avancer.

Elle hocha la tête quand Ivo lui demanda si elle allait bien. Elle le suivit difficilement, l'esprit embrouillé et la vue trouble. Elle se sentait si mal. Elle avait l'impression qu'elle allait s'effondrer.

« Tu es sûre que ça va ? » insista Ivo, de la crainte dans la voix.

Hermione ne répondit pas et se laissa soudainement tomber sur ses genoux, le souffle coupé.

« Hermione ! » hurla Ivo. « Hermione ! »

Sa voix lui paraissait si lointaine.

« Hermione, tu saignes ! » glapit Ivo avec effroi.

Hermione baissa les yeux au niveau de son abdomen. Elle souleva sa blouse, désormais maculée d'une large tâche rougeâtre. Elle avait d'abord pensé qu'il s'agissait du sang d'Ogden qui avait giclé sur elle quelques instants plus tôt. Elle aperçut une large coupure profonde au niveau de son estomac, près de sa taille. Elle gémit de douleur.

Poussée par l'adrénaline, elle ne s'était pas rendue compte que le garde l'avait touchée pendant leur fuite. Elle avait uniquement justifié son état par les symptômes de manque, qui s'étaient manifestés depuis le début de leur fuite.

« Hermione ? » entendit-elle.

Elle ne répondit pas, les yeux à demi-clos, peinant à les garder ouverts.

« Hermione… » répéta Ivo. « Re… Regarde autour de nous. »

Sa voix lui paraissait tellement effrayée. Elle voulait le rassurer, lui jurer qu'elle irait bien même si elle savait que ce n'était pas vrai.

Elle leva les yeux vers lui et remarqua que ce n'était pas elle qu'il regardait. Ses yeux étaient rivés vers quelque chose au loin, dans les bois.

Elle suivit son regard et aperçut des silhouettes sombres. Plusieurs paires d'yeux bleus foncés luisaient dans la nuit noire, rivées sur eux.

« Tu… Tu as dit que ces bois étaient remplis de créatures dangereuses, pas vrai ? » demanda Ivo, affolé.

Il avait pris la baguette allumée et la brandit devant eux. Ils étaient entourés de créatures félines au pelage noire qui s'approchaient dangereusement. Elle vit des crocs acérés.

Malgré l'urgence de la situation, elle ne pourrait pas les défendre. Elle se sentait si faible. Ils avaient tout fait pour s'enfuir de l'Ambrosia. Quelle ironie de réaliser que ce serait ces créatures voraces qui mettraient un terme à leur évasion.

Hermione entendit soudainement un sifflement strident. Immédiatement, les créatures cessèrent d'avancer, comme si elles suivaient un ordre. De façon lointaine, elle entendit une voix, cette fois humaine, hurler une incantation.

Hermione se laissa tomber complètement, son dos contre la terre, incapable de tenir davantage. Et alors qu'elle sombrait dans l'inconscience et que ses yeux se fermaient complètement, elle aperçut une forme translucide dans le ciel, au-dessus d'elle. Celle d'un oiseau magistral qui déployait ses ailes majestueusement.

Un Phénix.


J'espère que ce chapitre vous a plu :)

Je ne sais pas si vous vous rendez compte à quel point c'est jouissif quand des intrigues commencées dès les premiers chapitres se rencontrent enfin, après plus de 50 chapitres et 500 000 mots. Je ne pourrais même pas vous décrire ce sentiment de satisfaction en tant qu'auteure. Voir le résultat de ma planification névrosée et des détails disséminés ici et là prendre forme est tellement gratifiant. Ça efface (presque) toute la frustration et la galère passées à imaginer, planifier, écrire et corriger.

Je pense que vous avez compris ce que signifie l'apparition de ce Phénix - Ivo et Hermione ont trouvé la Résistance. Je vous avais promis que leur rebond serait épique.

C'est le dernier chapitre de l'année, qui la clôt en beauté après quelques mois de rebondissements oppressants, je pense. On se revoit donc en janvier pour commencer le prochain arc (que j'adore !) En attendant, je vous encourage à laisser une review pour me dire ce que vous en avez pensé et vos théories pour la suite !

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année. Merci de continuer à me suivre dans l'aventure folle et intense qu'est cette histoire. Merci infiniment aux personnes qui prennent le temps de commenter régulièrement ou occasionnellement. Vous ne vous doutez pas de la motivation que vos mots peuvent m'apporter.

A bientôt,

Fearless