Valeur et vigueur le beau monde,

Je parie que vous ne vous attendiez pas à ce que je poste aussi rapidement ? Que voulez-vous, je suis pleine de surprises.

Un gran merci à Sarah Maes, Jiwalumy, plinchy, Fleur d'Ange et Michtochondrie pour vos reviews sur le chapitre précédent !

Montage/playlist à retrouver sur mon profil

Bonne lecture !

LIII. À fleur de peau

Ginny éclata d'un grand rire tandis qu'elle passait la porte épaisse d'un restaurant chic du Quartier Treize, le district londonien renommé pour sa vie nocturne animée. Elle avait cédé aux sollicitations de Pansy pour dîner en sa compagnie. Cette dernière avait prétendu vouloir lui remonter le moral, lassée de la voir constamment afficher "cette mine de banshee éplorée"

En dépit de ses premières réserves, Ginny devait reconnaître que la soirée avait été agréable. Sortir lui avait changé les idées. Malgré ses frasques, Pansy était d'une compagnie hilarante et divertissante. Après deux semaines émotionnellement intenses, Ginny avait le cœur plus léger.

Accompagnées d'un membre du personnel, elles avaient emprunté la porte arrière du restaurant qui menait à une ruelle plus discrète que l'entrée clinquante de la façade. Pansy était souvent reconnue en public en raison de sa notoriété et recourait donc à des subterfuges quotidiens pour assurer une certaine discrétion.

Le rire de Ginny s'intensifia tandis qu'elle observait Pansy lutter pour aligner deux pas sur ses escarpins interminables. Comme à son habitude, elle n'avait pas lésiné sur l'alcool, donnant au serveur un pourboire conséquent pour s'assurer que ses verres étaient bien dosés. Ginny la soupçonnait même d'être sous l'influence d'autres substances. À leur arrivée, Pansy avait fait un détour aux toilettes plus long que nécessaire. À son retour, ses pupilles avaient semblé plus dilatées qu'à l'accoutumée et elle avait paru d'humeur particulièrement heureuse.

Ginny attrapa le bras de Pansy pour l'aider à marcher jusqu'à la fin de la ruelle vide afin de retrouver la diligence qui les attendait. Alors qu'elles passaient devant l'entrée de service d'un autre établissement, une porte s'ouvrit brusquement, laissant échapper une musique forte et rythmée. Sans doute l'une des nombreuses boîtes de nuit du quartier.

Deux hommes, élégamment vêtus, sortirent du bâtiment en titubant, semblant ivres. Dès que la lourde porte fut refermée derrière eux, le silence revint dans la ruelle.

« Mesdemoiselles, vous partez déjà ? Que diriez-vous de continuer la soirée ailleurs ? Laissez-nous vous offrir un verre. » suggéra l'un d'eux, clairement éméché, en s'approchant d'elles.

Devant l'air ennuyé de son ami, il commença à faire la conversation.

« Attendez une petite seconde… Je vous ai déjà vue quelque part. » dit l'homme en pointant le doigt sur Pansy, un air agité sur le visage.

Pansy leva un sourcil amusé face à l'homme.

« Oh vraiment ? » dit-elle avec un rictus narquois.

« Oui ! Vous êtes cette femme de la radio que ma sœur et toutes ses amies écoutent ! » s'exclama l'homme avec enthousiasme. « Puis-je avoir un autographe pour elle ? Elle ne va pas croire que je vous ai vue. »

« Pas maintenant. » dit Ginny en s'avançant vers l'homme, mal à l'aise à cause de sa proximité physique. C'était le genre de scène qu'elles avaient souhaité éviter en empruntant la sortie arrière du restaurant.

« Je vous suggère de ne pas trop vous approcher. » prévint Pansy à l'attention de l'homme avec amusement. « Sinon vous allez le regretter. »

« Allez, quoi. Ne soyez pas comme ça ! » insista l'homme ivre en esquissant un geste pour toucher le bras de Pansy.

Ginny, qui avait vu du coin de l'œil une ombre géante filer à toute vitesse dans leur direction, sentit soudainement le vent se lever. Elle vit l'homme se faire plaquer contre le mur le plus proche. Un cri de douleur s'échappa de ses lèvres, alors qu'il était fermement maintenu par Galileo, le garde du corps personnel de Pansy, apparu de nulle part.

Dans l'obscurité de la ruelle, Galileo paraissait plus imposant et intimidant que jamais. L'homme lâchait des cris étouffés, le visage coincé entre le mur et la main géante du surhomme. Son ami, en retrait, observait la scène avec un air paniqué.

« Je l'avais pourtant prévenu. » déclara Pansy avec un long soupir de lassitude, l'air superbement blasé. « Laisse-le partir, Galileo. »

Immédiatement, Galileo relâcha l'homme qui tomba au sol. Son ami se rua dans sa direction et l'aida à se relever, se fondant en excuses paniquées, craignant visiblement de subir le même sort.

L'homme au sol se releva avec difficulté, sans cesser de gémir. Ginny vit que la moitié de son visage était en sang. Elle aperçut la trace du mur de pierre sur sa peau et grimaça. Elle était impressionnée que Galileo ne lui ait pas écrasé la tête contre le mur.

L'intervention rapide et inattendue de ce dernier l'avait prise au dépourvu. Avec son gabarit imposant, il était quasiment impossible pour Galileo de passer inaperçu. Elle ne l'avait pas vu, ni entendu, jusqu'à ce qu'il se retrouve à quelques centimètres de l'homme. En l'espace d'une fraction de seconde, il avait pris la mesure de la situation.

Peu de personnes osaient s'approcher de Pansy, conscients de la menace que représentait le surhomme à ses côtés, la suivant comme son ombre. L'état de cet homme inconnu était un argument supplémentaire en faveur de l'efficacité déconcertante de Galileo.

Les deux hommes se sauvèrent à toute allure, disparaissant dans une rue voisine. Ginny se tourna vers Pansy qui ne paraissait absolument pas déphasée par la situation.

Elles poursuivirent leur chemin jusqu'à la fin de la ruelle, débouchant sur une large avenue bien plus fréquentée et animée. Elles aperçurent l'imposante diligence de Pansy, garée près du trottoir et s'engagèrent à l'intérieur.

Le trajet du retour se fit dans un calme peu commun. Pansy restait rarement silencieuse. Elle semblait toutefois occupée à fixer son miroir à double sens et Ginny devina qu'il s'agissait d'un effet des substances qu'elle avait probablement ingérées pendant la soirée.

Une fois de retour sur la terre ferme, elles se dirigèrent vers les portes de leur immeuble et Ginny se figea à leur entrée dans le hall élégant de la tour.

« Draco ! » s'exclama joyeusement Pansy en se ruant vers son meilleur ami.

Elle se jeta dans ses bras, le faisant reculer de quelques pas, manifestement surpris par son étreinte soudaine.

« Quelle surprise de te voir ici ! » lança Pansy d'un ton appuyé qui ne trompait personne.

Ginny jeta un regard blasé dans sa direction, s'empêchant à grand-peine de lever les yeux au ciel face à cette comédie outrancière. La présence de Draco à cette heure avancée de la soirée n'était assurément pas une coïncidence.

Cela expliquait le silence inhabituel de Pansy et sa concentration sur son miroir à double sens pendant leur trajet. Elle avait probablement déjà prévu son coup et s'était organisée pour arranger ce guet-apens, sans que Ginny s'en aperçoive.

Deux semaines s'étaient écoulées depuis cette entrevue avec Draco et sa mère, pendant laquelle cette dernière avait accordé sa bénédiction à leur relation sous certaines conditions. Puis, Narcissa était venue la trouver quelques jours plus tôt, pour lui faire la morale sur sa naïveté et lui faire comprendre qu'elle devrait changer son attitude.

Ginny avait ignoré toutes les tentatives de Draco pour la contacter. Elle n'avait pas envie qu'on lui force la main. L'embuscade de Pansy lu laissait d'ailleurs un goût amer dans la bouche. Lorsque celle-ci se retourna vers elle, un air comploteur sur le visage, Ginny lui destina un regard assassin que Pansy fit mine d'ignorer.

« Je crois que j'ai trop bu. Je vais dormir. Et puis vous avez sûrement beaucoup à vous dire ! » clama Pansy d'un ton faussement innocent.

Elle s'approcha de Ginny pour lui donner une étreinte rapide, se penchant vers son oreille.

« Ne sois pas trop méchante avec lui. C'est le seul meilleur ami que j'ai. » implora-t-elle à voix basse.

Elle lui adressa un clin d'œil.

« Bonne nuit, mes chatons ! » s'exclama-t-elle joyeusement avant de détaler à toute vitesse vers son ascenseur privatif, Galileo à sa suite.

« Valeur et vigueur, Ginevra. »

En entendant sa voix, le cœur de Ginny fit un bond dans sa poitrine. Elle ne l'avait pas entendu depuis ce qui lui semblait une éternité. La manière dont il avait prononcé son prénom lui provoqua un vague sentiment de nostalgie.

Il était le seul à l'appeler ainsi. Elle avait d'ailleurs toujours trouvé étrange cette insistance d'utiliser son prénom complet. Avec le temps, elle s'y était néanmoins habituée et avait même appris à apprécier cela. C'était devenu quelque chose de spécial entre eux. Une faveur qu'elle n'accordait qu'à lui. Une preuve du lien spécial qu'elle accordait à leur relation.

Sans doute était-ce pour cette raison qu'elle était tant blessée. Plus l'attachement était grand, plus la déception était difficile à surmonter. Résignée, elle leva les yeux et planta son regard dans le sien.

De nouveau, son cœur manqua un battement, agité par des sensations contradictoires. Une partie d'elle réalisait à quel point sa présence lui avait manqué. Elle ne pouvait pourtant pas ignorer cet autre sentiment qui la tiraillait et qui alimentait sa colère et sa déception.

Elle refusait d'agir comme si rien ne s'était passé et de passer à autre chose aussi facilement. Elle avait besoin qu'il comprenne et respecte ses limites personnelles s'ils devaient continuer cette relation. Cela devenait d'autant plus impératif avec les requêtes de Narcissa Malfoy au sujet des Greengrass.

Elle ne cessait de se questionner – s'il lui avait menti à ce sujet, pour quelles autres raisons serait-il capable de mentir ? Elle avait laissé passer trop de choses dans sa relation avec Olivier Dubois. Le manque de respect à son égard était devenu chose courante, car elle n'avait pas su imposer des limites.

Elle soupira longuement. Il n'y avait aucun intérêt à poursuivre cet acte d'indifférence plus longtemps. Elle avait eu suffisamment de temps pour réfléchir à la situation et elle était prête à en parler.

« Tu veux monter ? » demanda-t-elle d'une voix blanche.

Draco acquiesça et elle passa devant lui sans un regard. La montée dans l'ascenseur se fit dans un long silence pesant. Cette distance soudaine lui rappelait les premiers mois après leur rencontre, à l'époque où ils alternaient entre le mépris et l'attirance. Elle avait été soulagée d'avoir enfin mis un terme à ces rapports frustrants et d'entamer une relation sur une base plus saine.

Ginny ouvrit la porte de son appartement et se dirigea immédiatement vers la cuisine, sans un mot. Elle retira sa veste au passage, la déposant sans cérémonie sur le bras du sofa. Draco l'avait suivi en silence et lorsqu'elle croisa son regard, elle se hâta de détourner les yeux, incapable de le soutenir.

Pourquoi était-elle dans cet état alors qu'elle n'était pas la fautive dans cette histoire ? Il lui devait des explications. Elle détestait cette emprise qu'il avait parfois sur elle. Décidant qu'elle avait besoin de calmer ses nerfs agités, Ginny se dirigea vers l'un des plans de travail et en extirpa une bouteille d'hydromel entamée.

Elle avait fait preuve de raison lors du dîner au restaurant en compagnie de Pansy qui buvait toujours excessivement. Désormais qu'elle était exempte de toute responsabilité, un verre ne serait pas de refus.

« Tu veux un verre ? » demanda-t-elle d'une voix détachée tandis qu'elle servait l'un des verres.

Une main s'empara soudainement de son poignet, l'empêchant de poursuivre son geste. Elle releva les yeux vers Draco, ahurie et confuse, reposant la bouteille.

« Non. Et tu passes trop de temps avec Pansy. Ce n'est pas une bonne habitude à prendre. » commenta-t-il d'une voix trainante en désignant le verre d'hydromel à moitié rempli.

Médusée par ses remontrances, Ginny retira son bras d'un geste brusque. Immédiatement, sa nervosité s'envola, laissant place à une contrariété grandissante. Même dans ces circonstances, il ne pouvait pas se détacher de son besoin incessant de vouloir tout contrôler.

« Vraiment, Draco ? » demanda-t-elle d'une voix enragée. « C'est tout ce que tu trouves à me dire ? »

Elle saisit de nouveau la bouteille et remplit le verre à ras bord. Cette-fois, il ne fit rien pour l'en empêcher.

« Comment ai-je pu oublier… Je ne mérite pas d'avoir mon mot à dire sur ce que j'ai le droit de faire ou non. Je ne mérite pas que l'on respecte ma volonté. Je ne mérite pas que l'on soit honnête avec moi. »

Elle avait prononcé ces mots d'une voix un peu tremblante, à cause de la contrariété et de la frustration. Draco sembla se raidir, réalisant sans doute qu'il avait appuyé sur le mauvais bouton. Ginny porta le verre à ses lèvres, avalant une longue gorgée, avant de le reposer férocement sur le comptoir, éclaboussant le plan de travail. Elle leva les yeux vers lui, une once de courage – ou de colère – retrouvée, prête à en découdre.

« Tu as eu plusieurs occasions de me dire la vérité au sujet de cette garce. » accusa-t-elle d'une voix furibonde. « Et comme si le fait que tu m'aies menti ne suffisait pas, j'ai dû apprendre la vérité devant ta mère. »

Elle s'était sentie tellement stupide, tellement humiliée. Elle était montée sur ses grands cheveux devant Narcissa lors de sa première visite à son appartement, clamant haut et fort son amour pour son fils et son refus de la laisser s'immiscer dans leur relation. Elle s'était targuée de savoir des choses intimes qui tenait à cœur à Draco et que sa propre mère ignorait. Les révélations de Narcissa au sujet de Draco avec Daphné Greengrass l'avait fait passer pour une idiote.

« Alors ? Tu n'as rien à dire soudainement ? » martela Ginny avec fureur. « Je ne peux pas croire que tu te sois pointé ici sans un tissu d'excuses sous ta manche. »

Le silence de Draco et son flegme apparent ne faisait que l'irriter davantage. Pourquoi restait-il toujours aussi calme alors qu'elle semblait toujours si hystérique ? Elle détestait être la seule à se montrer affectée.

Draco ne répondit pas, mais esquissa deux pas dans sa direction. Elle leva aussitôt une main devant elle et recula pour mettre de la distance entre eux. Elle n'allait pas se laisser amadouer facilement. Elle vit une lueur de frustration passer brièvement sur le visage de Draco.

« Non… » dit-elle avec fermeté, secouant la tête. « Ça ne sera pas aussi facile cette fois. »

Elle pointa un doigt accusateur sur lui.

« Tu m'as dit qu'il n'y avait rien entre vous. »

« Et c'est le cas. Est-ce que j'ai eu une aventure avec elle ? Oui. Avant qu'il y ait quoi ce soit entre nous deux. Tout cela appartient au passé. » déclara finalement Draco d'une voix prudente.

« Alors pourquoi ne pas m'avoir dit cela lorsque je t'ai posé la question ? » interrogea Ginny en croisant les bras.

« Sincèrement ? Pour éviter le genre de réaction que tu as maintenant. » répliqua-t-il d'un ton entendu. « Et… »

Il s'interrompit comme s'il hésitait à continuer.

« Et quoi ? » demanda Ginny avec impatience.

« Et j'estimais que mon passé avec elle ne te regardait pas. » admit-il finalement.

Ginny fut surprise par cette réponse si directe et risquée compte tenu des circonstances. Elle resta sans voix pendant de longues secondes, un peu stupéfiée par son audace.

« Tu veux la vérité. C'est ce que je suis en train de te donner. » ajouta Draco, comme pour se justifier.

Sa justification était peu plaisante à entendre, même si elle obtenait enfin la vérité qu'elle avait longtemps prétendu vouloir. Elle dut admettre que cela la blessait. Elle s'était montrée totalement transparente avec lui lorsqu'il l'avait interrogée au sujet de son ex. Il avait manifestement été stupide de sa part de penser que la faveur lui serait retournée.

« Et aurait-ce vraiment changé quelque chose si je t'avais donné cette information ? » demanda-t-il, peu convaincu. « Est-ce que tu m'aurais laissé me rapprocher de toi ? »

Ginny resta silencieuse, déroutée par la question. Aurait-elle continué à le fréquenter si elle avait eu vent de sa situation avec Daphné Greengrass ? Probablement pas. En réalité, elle aurait été dévorée par la jalousie et le doute, et aurait repoussé toute tentative de rapprochement.

Ce fut à cet instant qu'elle prit conscience de quelque chose.

Le problème ne venait pas de Draco, ni de Greengrass. Le problème n'était pas l'aventure qu'ils avaient eue ensemble ni son refus de lui en parler.

Le problème venait d'elle.

Elle transportait un bagage émotionnel conséquent – celui d'une femme dupée à maintes reprises par une personne qu'elle aimait et à qui elle avait accordé sa confiance.

Ce doute et cette insécurité ne l'avaient jamais vraiment quitté. Ils étaient toujours enfouis quelque part dans son subconscient, menaçant de jaillir à chaque élément déclencheur. En réalité, elle craignait de revivre ce qu'elle avait vécu avec Olivier Dubois.

Depuis que Draco faisait partie de sa vie, les sentiments qu'elle avait eus pour son ex semblaient tellement futiles. Comme une adolescente sans expérience qui apprenait les courages de l'amour pouvait l'être, elle avait cru être éperdument amoureuse. À l'époque, la rupture de son couple lui avait paru comme la fin du monde. Les humiliations et le manque de respect de la part d'Olivier avaient été difficiles à supporter.

L'idée de revivre la même chose avec Draco la terrorisait. Au fond d'elle, elle savait que la souffrance qui en découlerait serait décuplée. Il avait été plus facile pour elle de s'éloigner et de l'ignorer, pour ne pas affronter ses propres démons. Il était plus simple de lui rejeter la faute entière, sans prendre la peine de résoudre ses propres problèmes.

Ginny se retourna brusquement, le cœur serré, sentant des larmes lui brouiller la vue alors qu'elle arrivait à cette conclusion désagréable. Avant cet instant, elle ne s'était pas rendu compte de l'étendue de ses insécurités. Elle se sentait stupide. Blessée. Éreintée.

Elle sentit une main se poser sur son épaule et elle ne résista pas lorsque Draco la retourna, la forçant à lui faire face. Elle n'osa pas croiser son regard, ses larmes coulant désormais librement sur ses joues. Elle tenta de réprimer les sanglots qui menaçaient de quitter sa gorge, mais cela fut vain et elle éclata en pleurs. Draco l'attira contre lui et elle se laissa aller, posant sa tête contre son épaule.

Après ce qui lui sembla une éternité, ses larmes s'apaisèrent finalement. Ils restèrent toutefois dans cette position, en silence. Elle se laissa aller, appréciant la sensation familière de ses bras autour d'elle. Elle réalisa à quel point sa présence lui avait manqué.

« Je suis désolé. » dit Draco.

Elle crut déceler dans ses mots un mélange de sérieux et de regret. Malgré ses réserves précédentes, elle fut convaincue qu'il réalisait à quel point cette situation l'avait blessée.

« Je te pardonne. Mais ne me mens plus. » souffla-t-elle à voix basse. « Plus jamais. »

L'intonation de sa voix lui parut plus suppliante que jamais. Merlin, qu'elle paraissait ridicule en agissant ainsi. Dans son esprit, elle entendait déjà Pansy lui faire la morale, en lui réclamant de ne pas se montrer aussi désespérée.

Cet homme réalisait-il seulement qu'il détenait son cœur entre ses mains ? Que d'un simple claquement de doigts, il serait capable de le briser en mille morceaux ?

Elle n'était pas comme Hermione et Pansy ou ces autres femmes capables de faire preuve de logique et de recul dans leur relation. Elle aimait éperdument, se laissant vivre son amour sans retenue, d'une manière capable de la consumer. Si cela aurait été un conte de fée avec un autre homme, elle craignait où cela la mènerait avec Draco.

« Non. » répondit simplement Draco.

Il remit les cheveux de Ginny derrière ses épaules, les dégageant de son visage. Il mit ensuite sa main sur son menton, relevant son visage vers le sien. Leurs regards se croisèrent et du bout des doigts, il essuya les larmes sous ses yeux humides. Ginny s'écarta de lui, le cœur plus apaisé après son éclat émotionnel.

« Ta chemise… » chuchota-t-elle avec gêne.

Des traces de larmes, mêlées à des restes de maquillage, souillaient la chemise immaculée de Draco. Il secoua la tête, comme pour lui indiquer que ce n'était rien.

Quelques instants plus tard, alors qu'ils étaient allongés sur son lit, côte à côte, Ginny posa sa tête contre son torse, écoutant les battements calmes et réguliers de son cœur. Pensive, elle contempla la Lune qui brillait à travers la fenêtre de la pièce.

Elle savait que Draco, même s'il était silencieux à ses côtés, ne dormait pas non plus. Elle bougea légèrement et il plaça une main dans ses cheveux, les caressant lentement.

« Pourquoi penses-tu que ta mère a accepté que l'on continue à se voir ? » souffla Ginny, brisant le silence.

À cause de leur dispute, ils n'avaient pas pu discuter de ce retournement de situation insolite.

« Je ne vais pas prétendre connaitre ses raisons. Mais je suppose que ç'a un lien avec Greengrass. Mère déteste que l'on tente de lui forcer la main. » expliqua Draco. « Je n'arrive pas à croire que cette insolente ait eu l'audace d'aller la voir. »

Il lâcha un rire sans joie, presque moqueur.

« Qu'est-ce qui te fait rire ? » s'étonna Ginny, curieuse.

« Greengrass pensait probablement qu'aller voir ma mère était une bonne idée. Qu'elle pourrait me doubler ainsi, malgré mon refus d'épouser sa sœur. » déclara Draco. « Si elle connaissait un tant soit peu ma mère, elle n'aurait jamais osé faire ça. »

« Que veux-tu dire ? »

« Elle ignore de quoi ma mère est capable. Elle est si douée à ce jeu que personne ne la soupçonne. » révéla Draco d'un ton énigmatique. « À ton avis, qui m'a appris tout ce que je sais ? Greengrass n'a aucune idée de ce qui va lui tomber dessus. »

Ginny savait qu'elle aurait dû être rassurée par ces paroles qui prédisaient la chute imminente de Daphné Greengrass. Pourtant, elle ne pouvait pas s'empêcher être traversée par un profond sentiment de malaise en écoutant les paroles de Draco. Si sa mère était capable du pire, Ginny devait-elle s'inquiéter pour elle-même ? Narcissa l'avait accusée d'être une femme qui pourrait mener son fils à sa perte. Que serait-elle capable de faire si elle estimait que Ginny devenait dérangeante ?

Elle s'efforça d'ignorer ce mauvais pressentiment. Elle devait se concentrer sur les faits présents. Draco était soulagé que sa mère soit au courant de leur relation, ce qu'elle pouvait comprendre. Cacher une partie aussi importante de sa vie était difficile. Elle le vivait au quotidien avec sa propre famille.

Cependant, la proposition de Narcissa avait suscité un nouvel espoir chez elle. Elle pouvait désormais imaginer un meilleur futur pour sa famille. En considérant tout ce qu'il s'était passé, cet arrangement était encore une victoire pour elle. Ginny pourrait continuer à voir Draco tout en bénéficiant du soutien d'une épouse de Gouverneure. Elle devait prendre les victoires comme elles venaient.

Elle sentit Draco bouger près d'elle, et elle leva la tête vers lui, rencontrant ses yeux qui luisaient dans la pénombre de la pièce. Elle laissa courir ses doigts sur son torse. Il attrapa sa main et l'approcha de son visage, l'effleurant de ses lèvres. Elle sentit son cœur battre plus vite lorsqu'il approcha son visage du sien et s'empara de ses lèvres. Elle approfondit le baiser, l'attirant à elle, ne désirant que retrouver cette chaleur familière qui lui avait tant manqué.

Le lendemain, lorsque Ginny arriva aux bureaux de Sorcière-Hebdo, un peu plus tard qu'à son habitude, elle fut accueillie par un sourire entendu de la part de Pansy.

« Je ne veux rien entendre. » prévint-elle à l'attention de cette dernière.

« Je n'ai encore rien dit. » riposta Pansy d'un ton indigné.

« Pas besoin de dire quoi que ce soit. Je sais déjà ce que tu penses. » dit Ginny.

Un petit silence s'installa.

« Quoique... » lança Pansy après quelques instants. « Un 'merci' ne serait pas de refus. »

Ginny lui lança un regard noir en guise de réponse.

« Un merci pour quelle raison, exactement ? Pour m'avoir tendu une embuscade ? » ironisa-t-elle.

« J'appellerai plutôt ça une opportunité. » rectifia Pansy. « Vous aviez besoin de discuter et je n'ai fait que faciliter cette discussion. »

Ginny leva les yeux au plafond, mais un petit sourire se fendit sur son visage.

« J'en conviens que vous vous êtes réconciliés ? » devina Pansy, les yeux remplis d'espoir.

Ginny hocha la tête.

« Gloire à Voldemort. Je commençais à me lasser de vos jérémiades. » dit Pansy avec un long soupir à fendre l'âme.

Elle observa Ginny avec amusement pendant de longues secondes.

« Je vois que les retrouvailles ont été mouvementées. »

« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » demanda Ginny, décontenancée.

Pour seule réponse, Pansy se contenta de ricaner, comme si elle détenait un secret.

Ce ne fut que lorsqu'elle se rendit aux toilettes, deux heures plus tard, que Ginny comprit à quoi Pansy faisait allusion. En regardant son reflet dans le miroir, elle vit une marque rosâtre sur sa nuque, signe des retrouvailles agréables de la veille. Elle grimaça. Le matin même, elle était partie à la hâte, pressée par le temps.

Elle était persuadée que Draco n'avait pas pu manquer ce détail, car il était toujours très attentif aux détails. Comme si elle avait besoin que des rumeurs de sa vie amoureuse circulent sur son lieu de travail, songea-t-elle. Elle se consola en se disant que la situation aurait pu être pire. Les locaux de Sorcière-Hebdo, contre toute attente, étaient moins propices aux commérages que les murs en apparence sérieux du ministère de la Magie, véritable nid à potins.

Le jour suivant, Ginny eut sa première entrevue avec Narcissa Malfoy dans un salon privé de l'Augurey Magistral. Cette dernière se montra particulièrement professionnelle avec Ginny, ce qui la dérouta et la soulagea à la fois.

Durant la majorité de ce premier entretien, Narcissa se contenta d'écouter Ginny tandis qu'elle lui décrivait toutes les informations collectées sur Cressida Warrington et son cabinet. Elle ne l'interrompit que pour lui poser des questions et pour clarifier certains points.

« Son associée de presse. Nous allons utiliser votre relation avec cette femme pour atteindre Warrington. » décida finalement Narcissa d'une voix posée, la mine calculatrice.

L'estomac de Ginny se serra un peu. Katrina Street-Porter lui avait été d'une aide précieuse depuis son entrée au cabinet de la gouverneure. Elle avait été une alliée de taille pour Ginny dans ses premiers moments, difficiles. Elle avait énormément appris grâce à elle. Bien que l'idée d'utiliser leur amitié naissante soit perturbante pour Ginny, elle hocha la tête, ne voulant pas contrarier Narcissa.

Elle devait penser à ses objectifs et arrêter de laisser ses scrupules la faire douter sans arrêt. C'était pour sa famille qu'elle agissait ainsi. Si elle avait appris une chose grâce à Katrina, c'était l'importance de se prioriser.

À la fin de la séance, Ginny fut surprise d'entendre quelqu'un taper à la porte. Elle fut étonnée de voir Draco entrer dans le salon privé. Elle lui avait parlé de son entretien avec Narcissa mais ne s'attendait pas à ce qu'il se présente.

« Valeur et vigueur, Draco. » salua Narcissa d'un ton distant.

« Valeur et vertu, Mère. » répondit sur le même ton.

Ginny remarqua une tension dans l'air et elle se demanda si Draco était toujours fâché contre Narcissa suite à ses révélations au sujet de Daphné Greengrass. Si elle avait remarqué l'attitude froide de Draco, Narcissa n'en fit rien paraitre.

Draco s'approcha de Ginny, déposant un baiser sur ses lèvres. Ginny le regarda avec surprise, mais sourit, heureuse qu'il n'agisse pas envers elle différemment parce qu'ils étaient en compagnie de Narcissa.

« J'ose espérer que tu as déjà invité Astoria Greengrass au bal des Rosier, Draco ? » interrogea Narcissa.

« Oui. Comme tu me l'as réclamé à maintes reprises, Mère. » confirma-t-il.

« Parfait. « Dans ce cas, j'espère que cette soirée sera un succès » indiqua Narcissa d'un ton entendu.

Elle se tourna vers Ginny.

« Merci, Miss Weasley. Je vous enverrai un hibou pour organiser notre prochaine rencontre. » prévint-elle.

« Entendu. Pur soit le sang, Mrs Malfoy. » répondit Ginny.

Elle attendit que Narcissa quitte pièce pour se tourner vers Draco.

« Quel bal ? » demanda-t-elle aussitôt, croisant les bras sur sa poitrine.

Draco soupira longuement.

« Le bal de la Roseraie, samedi prochain. Encore une mascarade mondaine à laquelle je vais devoir assister. » répondit-il d'un ton blasé.

Bien qu'elle se soit promis de rester calme, son irritation revint de plus belle à la mention d'Astoria. Bien qu'ils aient clôturé le sujet Daphné Greengrass, après une discussion ardue, elle devrait maintenant gérer celui d'Astoria. Le fait qu'elle ne puisse pas avoir son mot à dire sur la situation était de plus en plus frustrant.

Ginny ne pouvait pourtant pas ignorer ce sentiment de jalousie grandissant qui lui tordait l'estomac à l'idée de le voir avec une autre femme. Le manque de transition ne rendait pas les choses faciles pour elle. Avant de pouvoir se retenir, elle lança :

« Que vas-tu faire si cette fille tombe amoureuse de toi ? » demanda-t-elle du bout des lèvres.

« Je ne pourrais pas lui en vouloir si c'était le cas. Après tout, je suis le meilleur parti du pays. » répondit-il d'une voix doucereuse.

Elle savait que c'était une tentative d'humour de sa part, mais elle ne put pas s'empêcher de mal le prendre. Il était conscient que la situation la rendait frustrée et qu'il exaspérait cette frustration en jouant avec, même s'il le faisait sous le couvert de l'humour.

Cette fois, elle décida de gérer sa contrariété d'une autre manière. Elle avait accepté la proposition de Narcissa et elle devait se montrer plus raisonnable malgré ses frustrations personnelles.

Elle opta pour une autre stratégie, tout aussi nocive, elle le savait.

« Très bien. » dit-elle finalement, feignant le détachement. « C'est le même jour que le mariage de mon ami Cédric Diggory, de toute façon. Neville m'y accompagne. Olivier sera également de la partie. Ça fait des mois que je ne l'ai pas vu. Je suis sûre que ça pourra me changer les idées. »

Elle avait prononcé ces mots en toute conscience dans le but de l'agacer, et elle s'aperçut aussitôt que cela avait eu l'effet escompté. L'air irrité de Draco lui montra qu'elle avait touché un point sensible. Il était injuste qu'elle soit la seule des deux à être constamment dans l'insécurité et dans la jalousie. Elle allait également lui fournir une motivation pour ne pas se reposer sur ses lauriers. Elle ferait en sorte qu'il soit perturbé toute la soirée qu'il passerait avec Astoria Greengrass dans ce bal guindé.

Elle le sentit plus irrité que jamais alors qu'il la retrouvait à son appartement, à la fin de la journée. Il sembla moins bavard que d'habitude pendant la soirée, ne lui accordant presque aucune attention.

Ginny, estimant que ce n'était pas encore suffisant, décida d'ajouter une couche supplémentaire. Elle partit dans sa chambre quelques instants et en ressortit vêtue d'une robe violette près du corps avec un long dos nu plongeant.

« C'est ce que j'ai prévu de mettre au mariage. Qu'en penses-tu ? » demanda-t-elle en se tournant dans tous les sens, posant exagérément dans des positions suggestives.

Draco l'observa sans faire de commentaires. Elle le connaissait suffisamment pour savoir que sa mâchoire serrée était un signe de contrariété.

« Tu m'aides avec la fermeture ? » demanda innocemment Ginny.

Il se releva et s'approcha sans rien dire, se plaçant derrière elle. Il tira la fermeture d'un geste sec et elle entendit un bruit de craquement.

« On dirait qu'elle est cassée. » fit-il remarquer.

Elle leva les yeux au ciel.

« Laisse-moi arranger ça. » dit-il en passant sa baguette dessus.

Avant qu'elle ne puisse l'en empêcher, il lança un sort. Elle entendit un bruit de fissure.

« On dirait que ça n'a pas fonctionné. » fit-il remarqué. « Le bas s'est déchiré et la fermeture s'est coincée. »

« Draco ! » s'écria Ginny en s'écartant de lui, scandalisée. « Je ne vais pas avoir le temps de la faire réparer avant le mariage. »

« On dirait que tu vas devoir réfléchir à une autre tenue. » dit-il d'une voix traînante, en haussant les épaules sans le moindre regret.

Elle savait qu'il l'avait fait exprès. Elle n'était même pas surprise. Elle avait été stupide en le provoquant de cette manière alors qu'elle le connaissait parfaitement.

« Tu es détestable, quand tu t'y mets. » s'énerva-t-elle avec frustration.

« Vraiment, Ginevra ? Détestable ? » répéta-t-il, la mine soudainement assombrie.

Elle vit une once de mécontentement passer sur son visage. Il lui attrapa soudain la main et la fit reculer vers la table à manger, la forçant à s'y asseoir. Il posa une main sur sa taille, la remontant lentement sur sa poitrine à travers le tissu fin de la robe, désormais déchirée.

« Pourquoi laisses-tu quelqu'un de détestable te toucher ainsi ? » interrogea-t-il, excédé.

Sa seconde main se plaça entre ses cuisses, extirpant un hoquet de surprise à Ginny. Sa main remonta lentement pour disparaître sous la robe.

« Est-ce que tu me détestes toujours autant, Ginevra ? » demanda Draco dans un souffle à son oreille, la faisant frissonner.

Elle ne sut pas quoi répondre, déstabilisée.

« J'espère que tu penseras à la personne détestable que je suis quand tu seras en compagnie de ces guignols. » cracha-t-il d'un ton impérieux, empli de mépris.

Sous l'air confus de Ginny, il retira brusquement ses mains et quitta l'appartement, claquant la porte derrière lui.

La jeune femme resta pantelante, bouleversée par la tournure des évènements et, bien qu'elle ne l'avouerait jamais, étrangement excitée par cet échange.

/

Vivienne van Detta était contrariée.

Non, à n'y bien regarder, elle n'était pas seulement contrariée. Elle fulminait. Elle ressentait une rage intense comme elle n'en avait pas ressenti depuis des années. Elle se rappelait encore très précisément la dernière fois qu'elle avait éprouvé une telle colère. Cela avait été lors d'une nuit en apparence ordinaire, huit ans plus tôt.

Ce jour-là, sa maison close, bâtie grâce à un travail acharné et déjà l'une des plus en vues du pays, lui avait été injustement dépossédée par les Lestrange.

Ce jour-là, ils avaient usé de leur pouvoir et de leurs menaces pour l'obliger à signer un accord peu avantageux pour elle.

Ce jour-là, elle avait de nouveau plié le genou, un geste symbolique pour une ancienne prostituée qui avait passé plusieurs décennies sur ses rotules, à assouvir les désirs pervers de personnes plus chanceuses.

Durant ses années passées comme femme de mauvaise vie, elle avait appris une dure réalité : la vie était injuste.

À chacun sa chance. Tous les êtres humains naissaient avec des cartes différentes. Il ne restait plus qu'à chacun de les jouer correctement pour s'en sortir et pour se créer une place dans ce monde injuste.

Le monde avait un ordre bien établi où les prostituées, au bas de l'échelle, prenaient ce que les gens honnêtes daignaient leur laisser. Elles étaient destinées à être prises par le cou pour être mises à genoux. Vivienne, en dépit des préjugés et des difficultés attendues, avait réussi à s'élever jusqu'au sommet de sa profession en ouvrant sa propre maison close.

Une ascension remarquable, disaient celles qui lui ressemblaient.

Une manipulation honteuse, disaient ceux qui la méprisaient.

Ce n'était toutefois ni la chance ni la philanthropie qui avaient fait d'elle ce qu'elle était – une femme respectée et connue dans son milieu, qui ne semblait rien craindre. C'était le fruit d'un dur labeur. Une vie de sueur, de sang et de larmes. Et bien d'autres fluides qu'elle ne voulait plus jamais voir.

Pourtant, malgré les apparences et son personnage public mystérieux et intrépide qu'elle entretenait, Vivienne craignait certaines choses.

Ou plutôt, elle craignait certaines personnes.

Les Lestrange.

L'idée même de mettre en colère ceux qui l'avaient forcé à plier le genou la terrifiait.

Et, désormais qu'elle se retrouvait dans cette suite sens dessus dessous, face au corps immobile d'un membre du Magenmagot, mis dans cet état par la faute de ses deux plus récentes acquisitions, Vivienne éprouva la même terreur qu'elle avait connue huit ans plus tôt. Celle qui l'avait forcée à céder certains droits sur son établissement.

Ce n'était pourtant pas la première fois qu'un client mourait dans les couloirs tamisés et voluptueux de l'Ambrosia. On avait déjà vu quelques clients, qui semblaient déjà au bord du trépas, mourir entre les jeunes cuisses d'une employée, leur cœur battant si forts qu'ils en avaient fait un malaise, sans doute aggravé par les substances qu'ils ingéraient pour les assister dans leur performance.

Le problème n'était pas tant qu'il soit potentiellement mort – même s'il était un client fidèle et généreux dont elle regretterait certainement la perte.

Le problème était le reste.

Hermione Granger s'était évadée, pendant qu'elle était sous la surveillance de Vivienne.

Et, lorsque les Lestrange l'apprendraient…

Non, se reprit-elle immédiatement, s'efforçant de ne pas penser à cette éventualité dantesque.

Vivienne était habituée à résoudre des situations problématiques. La gestion de crise était une compétence qu'elle avait rapidement dû apprendre dans ce milieu. Plus que jamais, elle devait garder la tête froide et trouver une solution.

« Alors ? » s'exclama impatiemment Vivienne à l'attention de Krista penchée sur la silhouette inconsciente de l'homme.

Une flaque épaisse de sang coulait de son corps bedonnant.

« Il n'est pas encore mort. » informa Krista avec soulagement en se relevant. « J'entends son pouls, mais il est très faible. Il ne lui reste pas longtemps. »

Elle tourna son visage tiraillé vers sa patronne, une lueur de frayeur dans les yeux. Ses cheveux blonds, habituellement toujours parfaitement coiffés, étaient ébouriffés et lui collaient au visage.

Elle avait contacté Vivienne en panique et cette dernière avait dû écourter son rendez-vous d'affaires. Krista avait déballé un flot de paroles incompréhensibles, une panique évidente dans la voix, à travers les flammes de la cheminée. Vivienne n'avait retenu que les informations les plus importantes et elle s'était empressée de retourner à l'Ambrosia.

Elle se retrouvait désormais avec un problème gigantesque sur les bras.

Robert "Bob" Ogden.

Il avait évidemment fallu qu'il s'agisse d'un membre éminent du Magenmagot. En temps normal, Vivienne évitait d'accepter les demandes trop extravagantes des clients de l'Ambrosia. Elle préférait faire office de médiatrice pour ces demandes un peu originales, les organisant toujours en dehors de son établissement.

Pourtant, quand Bob Ogden, un de ses clients les plus fidèles, avait proposé cette somme colossale pour s'entretenir avec ce jeune garçon, elle n'avait pas pu refuser. L'appât du gain avait pris le dessus sur la prudence de Vivienne.

Elle était avant tout une femme d'affaires. Si des parents étaient assez irresponsables pour laisser leur progéniture errer dans les rues sinistres du régime sans surveillance, ce n'était pas de sa responsabilité.

Jamais elle n'aurait imaginé que ce petit garçon pourrait s'évader, accompagné par Hermione Granger. Lorsque Krista lui avait décrit les circonstances de leur fuite, Vivienne avait même cru à une plaisanterie. Comment un petit garçon et une femme constamment droguée à son cocktail puissant avaient pu s'échapper aussi facilement, sous la surveillance de son équipe armée et entrainée ?

Avait-elle été tellement aveuglée par une organisation en apparence calme et efficace qu'elle n'avait pas réalisé qu'elle travaillait en réalité avec des incapables ?

Vivienne soupira longuement, sentant sa mâchoire se crisper. Elle ne devait pas se laisser envahir par la colère. Pas avant d'avoir trouvé une solution. Une fois la situation urgente gérée, elle se chargerait de son personnel incompétent.

Elle s'était tournée vers Krista qui s'était levée, ses genoux maculés de sang.

« Quelqu'un d'autre l'a vu dans cet état ? » demanda Vivienne.

« Non, la porte était fermée. Quand les gardes sont venus me libérer du sort, je suis venue vérifier directement. » expliqua Krista.

Vivienne acquiesça lentement, tandis que son esprit passait en revue diverses possibilités.

« Il nous reste encore du Polynectar. » déclara-t-elle.

Quelques fioles qu'elle avait conservées pour les cas d'urgence. La complexité et le temps de sa préparation rendaient cette potion difficile à obtenir. Les ingrédients nécessaires à sa préparation étaient également réglementés par le ministère, ce qui rendait quasiment impossible sa réalisation.

Vingt ans auparavant, il avait été plus facile d'en faire l'acquisition. Elle avait régulièrement utilisé la potion dans le cadre de son business, faisant changer d'apparence ses filles au bon vouloir des clients.

Vivienne se retrouva quelques minutes plus tard face à Bob Ogden, semblant cette fois-ci bien vivant. Krista avait bu la potion qui, pendant une heure, lui donnerait son apparence. Ogden était cependant sur le point de trépasser. Une fois mort, son cheveu ne fonctionnerait plus et elles ne pourraient pas renouveler l'opération. Le temps était compté.

« Traverse le hall, et sors par l'entrée principale. Fais en sorte d'être vue et entendue. » lui ordonna Vivienne.

Krista – sous sa nouvelle apparence – hocha la tête et s'empressa de quitter la pièce. Vivienne arpentait la pièce de long en large, pensant à tous les aspects de son plan, en espérant ne pas avoir oublié un détail important.

On verrait un Bob Ogden bien portant quitter l'Ambrosia. Il rejoindrait les rues fréquentées du Chemin de Traverse ou du Cours Écarlate. Cela leur permettait d'éviter d'être interrogées lorsque l'on annoncerait la disparition de l'homme et que l'on retrouverait son corps, quelques jours plus tard. Elle ne voulait pas que l'on sache qu'un membre éminent de la communauté avait été assassiné dans son établissement.

Ce n'était pas bon pour les affaires.

Krista fut de retour quelques heures plus tard, sous son apparence habituelle.

« C'est fait. » lui confirma-t-elle.

Un problème réglé, pensa Vivienne, l'air préoccupé. Maintenant, elle devait s'atteler au plus important.

Le lendemain, lorsqu'on tapa à la porte de son bureau, Vivienne termina le verre de vodka pure glace qu'elle avait entamé. Krista pénétra dans la pièce en compagnie d'une jeune fille blonde.

« Valeur et vigueur, Madame van Detta. » salua poliment la jeune fille, avec cet air innocent et confiant qui lui avait octroyé bien des avantages.

Vivienne darda un regard glacial sur Kitty Sharp.

« Ton petit protégé s'est enfui la nuit dernière, avec une de mes filles. Ils ont laissé derrière eux un bazar qui risque de me couter très cher. » annonça Vivienne d'une voix froide.

À l'entente de ces paroles, Kitty perdit son petit sourire espiègle, l'air soudainement nerveux.

« I...Ivo s'est enfui ? » balbutia-t-elle dans un souffle, agitée.

« Je veux que tu les retrouves. Tous les deux. » ordonna Vivienne, sans répondre à sa question.

« Mais j'ignore où ils ... » commença à protester Kitty.

En un instant, Vivienne se retrouva face à elle, la surplombant de toute sa hauteur. Elle serra la nuque de sa victime avec une force décuplée, ses yeux voilés d'une colère froide. Vivienne abaissa son visage vers celui de la jeune fille. Une lueur de terreur passa dans le regard de Kitty.

« Qu'importe si tu dois explorer les bas-fonds de Londres ou que tu doives retourner le pays entier… Retrouve-les et ramène-les-moi. » ordonna Vivienne d'une voix glaciale en serrant davantage sa prise sur ses cheveux.

Kitty laissa échapper un cri de douleur et Vivienne la relâcha brusquement. La jeune fille s'éloigna de quelques pas, les mains sur sa nuque, reprenant son souffle. Elle fut toutefois retenue par Krista qui lui adressa un regard impérieux.

« Tu as quarante-huit heures. » avertit Vivienne d'une voix menaçante avant de retourner à son bureau, le visage fulminant.

La mine affolée, Kitty hocha la tête avant de se ruer hors de la pièce.

/

Hermione fut réveillée brutalement par une douleur aiguë, mettant fin à son sommeil agité. Elle posa une main sur son abdomen, traversée par une vague de douleurs semblables à des coups de couteau. Tout son corps se crispa et sa respiration se coupa pendant un bref instant.

La crise ne dura que quelques secondes qui parurent pourtant à la jeune femme comme une éternité. La douleur finit par s'atténuer et elle put de nouveau respirer. Son corps était parcouru de frissons intenses.

Ses mouvements lui causaient d'horribles crampes, comme si son corps était maintenant fait d'un verre fragile et que chaque geste pouvait le briser.

« Tu ferais mieux de rester en place. Tu n'es pas en état de faire quoi que ce soit. » lança une voix dans la pièce, la faisant sursauter.

Hermione se figea. Elle était certaine de ne pas reconnaître cette voix, mais avait l'étrange impression de l'avoir déjà entendue.

D'un geste maladroit, elle parvint à se tourner, se détournant de la paroi contre laquelle elle était appuyée. Elle croisa le regard d'une femme aux cheveux blonds cendrés, retenus en une queue de cheval basse. Ses yeux bleus affichaient une lueur intelligente, mais prudente. Elle était vêtue d'un pantalon cargo et d'une chemise ajustée qui lui donnait un air professionnel et déterminé. Avec ses bottes de combat, elle ressemblait à un soldat moldu. Les muscles bien dessinés de ses bras renforçaient cette impression. Elle était assise sur une chaise près d'Hermione. Elle serrait quelque chose dans sa main ressemblant à des étoiles aux extrémités coupées en pointe.

Hermione fut parcourue par un sentiment de panique à la vue de l'inconnue. D'un coup, elle fut assaillie par une vague de souvenirs. Le corps gisant de ce client. Sa fuite de l'Ambrosia. Ce sort qu'elle avait reçu au niveau de l'abdomen. Cette course dans les bois pour s'enfuir. Ces créatures mystérieuses et terrifiantes qui l'avaient cernée dans la forêt. Ce phœnix vaporeux apparu de nulle part dans le ciel avant qu'elle tombe dans l'inconscience.

Ivo.

Sa panique s'accrut.

« Ne t'inquiète pas. Le gamin va bien. » révéla la femme, comme si elle avait deviné ses pensées.

« Où est-il ? » demanda Hermione, méfiante.

Sa voix était rauque et voilée, comme si elle n'avait pas parlé depuis des jours.

Ignorant sa douleur, Hermione s'était redressée, prenant une position assise. Le drap qui la recouvrait glissa au niveau de ses cuisses. Elle réalisa qu'elle ne portait plus les vêtements dans lesquels elle avait perdu connaissance, mais ce qui ressemblait à une robe d'hôpital. Elle ne reconnaissait d'ailleurs rien autour d'elle. Elles étaient dans une pièce aux murs écaillés, avec un sol usé et une fenêtre minuscule. Le mobilier était composé de deux lits métalliques grinçants et de tables de chevet en bois usé. L'endroit était loin de l'atmosphère élégante et haut de gamme de l'Ambrosia. Cela ne fit que confirmer ce qu'elle savait déjà, à savoir qu'elle n'était plus dans ce lieu maudit.

« Où est-il ? » demanda Hermione d'une voix insistante.

« En sécurité. » se contenta de répondre la femme d'un ton serein. « Ne t'inquiète pas, Ivo est dans de bonnes mains. Sincèrement, c'est plutôt pour toi que tu devrais t'inquiéter. »

Même si ces paroles auraient pu paraitre menaçantes au premier abord, le ton employé par la femme ne l'était pas.

« Je ne veux même pas imaginer ta souffrance, entre ta blessure et le sevrage. » poursuivit la femme.

« Que... Que m'est-il arrivé ? » demanda Hermione dans un souffle.

« Je vous ai trouvés tous les deux dans les bois. Tu as reçu un maléfice qui a perforé ton foie. Heureusement, nous sommes intervenus rapidement avant que ça s'aggrave. Quant au reste de tes symptômes, ils sont dus au sevrage des drogues que tu consommais. » énuméra l'inconnue, tel un Médicomage qui expliquait un diagnostic à un patient.

Hermione l'observa, déstabilisée. Comment était-elle au courant ?

« Malheureusement, il n'existe aucun remède pour écourter ta souffrance. Tu devras supporter les effets du sevrage jusqu'au bout. Je suis étonnée de ne pas te voir entre la vie et la mort. » admit la femme d'un ton pensif. « Surtout quand on connait la puissance du cocktail de la Reine-Mère. »

Hermione écarquilla les yeux, choquée.

« Je sais que tu étais à l'Ambrosia. Tu es la seule fille à avoir réussi à s'échapper depuis un petit moment. Peu d'entre elles parviennent à le faire. J'en sais quelque chose, car j'étais dans ta situation. » répondit la femme d'un ton sombre.

Hermione fut stupéfiée par cette révélation et elle observa la femme avec un air d'incrédulité.

« Vous… Vous étiez là-bas ? » murmura-t-elle, arrivant à peine à y croire.

L'inconnue hocha la tête, une lueur affligée passant dans son regard. Hermione reconnut l'expression qu'elle avait vue à maintes reprises sur son propre visage en s'observant dans le miroir.

« J'y ai travaillé deux ans. Si l'on peut qualifier cela de travail. C'était davantage de l'esclavage moderne. Comme toi, j'étais dépendante à sa potion. J'ai réussi à m'échapper un jour et les sept jours qui ont suivi ont été les pires de ma vie. J'ai dû être sevrée de force. J'en serais morte si l'on ne m'avait pas retrouvée. » révéla-t-elle avec des frissons, comme si elle se remémorait des souvenirs horribles.

Elle leva les yeux vers Hermione.

« C'est pour ça que je suis étonné de te voir dans cet état. Tes symptômes semblent moins extrêmes que les miens l'étaient. » ajouta-t-elle d'un ton pensif, en observant Hermione comme si elle était une anomalie.

« Parce que j'ai fait en sorte de réduire ma consommation. » avoua Hermione.

Pendant les deux dernières semaines précédant sa fuite, elle s'était efforcée de réduire ses doses et avait forcé son corps à supporter pendant des heures la sensation horrible du sevrage. Lorsque l'inconfort était devenu insupportable, elle avait recouru à la potion, s'efforçant cependant de ne pas en consommer autant qu'au dosage précédent. Si on l'avait désintoxiquée après les grandes quantités de drogues qu'elle ingérait encore quelques semaines plus tôt, son état aurait sans doute été bien pire.

« Alors, tu as une force inhumaine. Une motivation et une discipline que je n'ai jamais vue chez une fille là-bas » dit la femme avec un mélange de surprise et d'admiration.

« Où suis-je ? » interrogea Hermione, changeant le sujet.

La femme soupira.

« Ce n'est pas à moi de répondre à cette question. Mais ne t'inquiète pas, tu auras bientôt les réponses. Je venais juste m'assurer que tu es toujours en vie. » dit-elle avec un soupir. « Tu devrais te reposer pour le moment. »

Hermione ne pourrait pas se reposer. Pas avant de savoir où elle se trouvait et si Ivo était en sécurité. Elle ne connaissait pas cette femme et ne lui accorderait pas sa confiance aussi facilement. Rien ne lui disait qu'elle ne lui racontait pas des histoires pour pouvoir lui soutirer des informations. Elle devait impérativement comprendre où elle avait atterri et retrouver Ivo. Ses douleurs étaient pourtant si intenses qu'elle n'était pas en mesure de tenter quoi que ce soit. La seule stratégie à sa portée serait d'obtenir des informations.

« Comment m'avez-vous sortie de là ? » questionna Hermione, s'efforçant de ne pas se montrer trop hostile.

« Qu'est-ce que' tu veux dire ? » demanda la femme en fronçant les sourcils, sans comprendre.

« Je me souviens de ces monstres dans la forêt. Ils étaient prêts à nous attaquer. » se rappela Hermione.

« Ce n'étaient pas des monstres, mais des matagots. Ils répondent à mes ordres. Ils ont repéré votre trace à cause du sang. » répondit la femme en détournant les yeux. « Je vous ai trouvés de cette manière. »

Hermione eut l'impression qu'elle ne disait pas tout. Pourquoi se trouvait-elle dans cette forêt, connue pour regorger de créatures magiques dangereuses ?

« Et cette forme dans le ciel… Ce Phénix ? » souffla Hermione, le souvenir s'imposant dans son esprit embrumé.

L'avait-elle vraiment vu ou avait-il s'agit de son imagination ?

« C'était un sort que j'ai lancé. C'est un signal que mes amis et moi utilisons pour communiquer à distance. En voyant ton état, j'ai déduit que les gardes de Van Detta ne devait pas être loin. J'ai lancé ce sort pour demander du renfort. » expliqua la femme.

Hermione écouta son récit, pantoise. Elle n'avait aucun souvenir de ces évènements.

« Tu es restée inconsciente pendant un bon moment. Ivo nous a expliqué ce qui vous est arrivé. » poursuivit l'inconnue.

Hermione grimaça. Ivo était un enfant, avec toute la naïveté qui en découlait. Il ne se rendait pas compte à quel point il pouvait être dangereux pour eux de parler à des inconnus.

« Je veux le voir. » réclama Hermione d'une voix déterminée.

La femme ne répondit pas immédiatement. Elle hésita, comme si elle mesurait le bien-fondé d'une décision.

En croisant le regard déterminé d'Hermione, elle soupira.

« Très bien. Je sens que tu ne vas pas rester tranquille, sinon. »

Elle quitta la pièce, refermant soigneusement la porte derrière elle. Hermione se força à s'asseoir au bord du lit. Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit et son cœur se réchauffa lorsqu'elle vit Ivo surgir dans la pièce. Il se rua dans sa direction et se jeta sur elle pour l'étreindre, une mine heureuse sur le visage.

Hermione gémit de douleur à la force de l'impact. Ivo la relâcha immédiatement et recula, l'air navré.

« Je suis désolé, Lila… Je veux dire, Hermione. » rectifia-t-il, penaud.

« Ce n'est rien. » lui assurant Hermione tandis qu'un sourire se fendait sur son visage.

Elle constata avec soulagement qu'Ivo paraissait en parfaite santé.

« Comment vas-tu ? »

Elle avait posé cette question à voix basse, ne souhaitant pas être entendue par la femme qui se tenait près de l'entrée et qui les observait en silence.

« Du tonnerre ! Cet endroit est génial. J'ai hâte de te montrer ça quand tu iras mieux ! » avança Ivo avec un emballement. « Tout le monde est très sympa ici, tu verras ! »

Son enthousiasme débordant la déstabilisa. Même si ses paroles étaient rassurantes, elles n'étaient pas suffisantes pour chasser la méfiance naturelle de la jeune femme. Elle avait appris à ne pas se fier aux apparences.

« Que leur as-tu dit, Ivo ? » demanda-t-elle dans un chuchotement.

« Je leur ai dit qui nous étions et d'où nous venions. C'était le seul moyen pour qu'ils nous aident. Ils t'ont sauvé la vie, Hermione. » se justifia-t-il, une détresse soudaine dans les yeux, comme s'il craignait d'avoir mal agi.

Elle se sentit coupable de l'interroger ainsi. Elle ne pouvait pas imaginer la peur qu'il avait ressentie dans ces bois, lorsqu'elle était tombée dans l'inconscience et qu'il s'était retrouvé seul, face à des inconnus. Il avait fait de son mieux étant donné les circonstances.

« Je te promets que ce sont des gens bien, Hermione. » assura-t-il en hochant frénétiquement la tête.

« Ivo dit la vérité. Nous n'avons rien à voir avec les gens qui vous ont tenus captifs. » commenta la femme avec sérieux.

Cela reste à prouver, songea Hermione. Elle se garda toutefois d'énoncer cette pensée à haute voix.

« Marlène ? » demanda Ivo à la femme.

La dénommée Marlène se tourna vers lui.

« Est-ce qu'on peut rester ici ? Hermione et moi ? » demanda-t-il d'une voix remplie d'espoir.

« Ça ne dépendra pas de moi, malheureusement. » répondit-elle d'un ton désolé.

« De qui ça dépendra ? » insista le garçon avec déception.

« De moi. »

Tous les regards se tournèrent vers l'homme qui venait d'entrer dans la pièce. Hermione l'observa avec attention. Il semblait avoir son âge. Il avait des cheveux noirs et épais, rassemblés en un chignon masculin sur la tête, qui lui donnait une allure décontractée. Ses yeux vert émeraude, derrière des lunettes rondes, reflétaient une curiosité et un esprit vif qui attiraient l'attention. Il était grand, avec une silhouette svelte, mais athlétique, avec une posture confiante et détendue. Son regard était rivé sur Hermione, la fixant avec une attention qui la mit mal à l'aise. Elle remarqua une cicatrice prononcée sur son front. Elle se sentit intimidée pour une raison obscure.

« Tu es enfin réveillée. » dit le nouvel arrivant d'une voix claire et assurée. « Nous avons beaucoup de questions à te poser. »

« Qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai l'intention de répondre à vos questions ? » répliqua sèchement Hermione.

Marlène et Ivo semblèrent choqués par son hostilité.

Contre toute attente, le visage sérieux de l'homme se fendit en un sourire plus chaleureux. Il sembla amusé par la réponse d'Hermione.

« Désolé. J'ai perdu toutes mes bonnes manières à force de vivre en reclus. » admit-il avec un soupir. « Recommençons. »

Il tendit une main en direction d'Hermione.

« Je suis Harry Potter. » se présenta-t-il.


Et oui, vous ne rêvez pas, notre célèbre survivant fait son entrée dans cette histoire ! Que nous réserve l'avenir pour Hermione et Ivo ? Je prends vos théories ! J'adore lire vos théories d'ailleurs, ne vous privez jamais d'en faire ! J'espère toujours parvenir à vous surprendre, mais j'adore aussi quand vous arrivez à deviner certaines choses :p

À très vite,

En attendant, n'hésitez pas à me donner vos impressions.

Fearless