Un grand merci à Jiwalumy, drou, Michtochondrie, Fleur d'Ange, plinchy et coeerinnee pour vos reviews !

Montage/playlist du chapitre sur mon profil.

LVI. Machinations Infernales

« La lieutenante Lee vous attend, patron. » informa un homme d'une voix mesurée. « Dois-je lui demander de patienter plus longtemps ? »

Blaise se retourna gracieusement, extirpant son regard des flammes ardentes qu'il fixait depuis près d'une heure. Comme à chaque fois qu'il élaborait ses stratégies, il était si concentré qu'il ne faisait plus attention au passage du temps.

Son cerveau ne s'interrompait jamais. Il était constamment en train de réfléchir, de calculer, de mesurer. Il envisageait toutes les possibilités pour chaque situation et spéculait sur la meilleure façon de minimiser les risques et de régler les problèmes avant qu'ils se présentent.

Cette flexibilité était cruciale dans le milieu où il faisait ses armes. L'illégal regorgeait de scélérats peu scrupuleux, prêts à toutes les vilenies pour obtenir une position plus avantageuse.

Amara, sa mère, lui avait appris que la confiance ne pouvait être accordée à n'importe qui. La crainte était généralement la principale source de respect dans ce milieu. Les démonstrations de force étaient nécessaires pour asseoir son autorité.

Blaise avait toujours eu un talent naturel pour les relations interpersonnelles. Il avait une aptitude particulière pour analyser les humains et cette capacité lui avait évité bien des ennuis. Ce qu'il manquait en expérience à cause de son jeune âge, il le compensait grâce à son intelligence émotionnelle et son esprit d'analyse. On disait qu'il était un Legilimens naturel. Blaise, lui, savait que son don fonctionnait différemment.

Il sortit de la pièce et se dirigea vers le hall, suivi par deux membres de sa garde rapprochée. Il ne faisait pas confiance aux Mangemorts mandatés par le Ministère et s'entourait uniquement d'hommes de main de sa propre organisation.

Depuis que les Zabini avaient découvert que les Lestrange ourdissaient un complot en secret pour les détruire, leur paranoïa avait atteint son paroxysme. Blaise et Amara savaient qu'ils devraient manœuvrer manière calme et réfléchie, sans prendre de risques inutiles. Ils ne devaient pas gâcher l'avantage qu'ils avaient sur les Lestrange : ces derniers ignoraient que les Zabini étaient au courant de la mission d'espionnage de Scarlett.

Un incident récent avait rendu la situation encore plus délicate. L'Ambrosia, l'un des plus grands établissements de prostitution du pays, avait été victime d'une attaque organisée. Un incendie avait ravagé l'endroit et la gérante des lieux avait été retrouvée morte, à peine reconnaissable.

Si Blaise était réjoui de voir les poches de ses compétiteurs affaiblies, il savait aussi que les circonstances autour de l'attaque pourraient causer des problèmes. Il avait craint que l'on accuse son propre clan d'avoir fomenté l'assaut. On lui avait rapporté quelques rumeurs prétendant que des dissidents étaient impliqués, mais elles n'avaient aucune base solide.

Plus que jamais, la prudence serait de mise. Il voulait éviter que les suspicions des Lestrange se dirigent vers son clan. Cela compromettrait son plan de vengeance et lui enlèverait l'effet de surprise.

Les positions haut placées qu'occupait le couple Lestrange au sein du Gouvernement leur conféraient un avantage certain sur le plan légal. Ils contrôlaient les forces de l'ordre et seraient parfaitement capables de poster des espions auprès des Zabini sous le prétexte de la sécurité.

Les Zabini étaient très exigeants vis-à-vis de leur entourage proche. À leur arrivée au Royaume-Uni, par des prétextes diplomatiques, ils avaient amené avec eux une grande délégation de personnes, allant des hommes de main aux domestiques.

Au fil des ans, cette communauté avait grandi, suite au recrutement de nouvelles personnes, formant un vaste réseau d'opérations. Les individus aux commandes étaient ceux qui avaient prouvé leur loyauté. La lieutenante Meixhan Lee était une de ces personnes. Lorsque Blaise arriva à sa hauteur, cette dernière lui adressa un signe de tête courtois.

« Victorieuse soit sa venue, Monsieur. » salua-t-elle d'une voix agréable.

Lee était une femme asiatique dans la soixantaine. De prime abord, sa petite taille et sa silhouette frêle lui donnaient l'apparence d'une grand-mère inoffensive et affable. C'était néanmoins loin d'être le cas.

Lee et trois autres lieutenants géraient les opérations pour le compte des Zabini. Elle était chargée des activités de passeurs, notamment la contrebande et le recel d'artefacts interdits. Elle s'occupait également du trafic de drogues et d'autres substances illicites qui se vendaient plus que jamais. Depuis qu'elle avait été promue au rang de lieutenante, cette activité n'avait cessé d'accroître.

Derrière son apparence apprêtée et son style classique, se cachait un véritable bourreau, crainte par ses subalternes pour sa sévérité. Elle ne laissait passer aucun écart. Elle organisait des lynchages publics pour empêcher les associés de se remplir les poches en secret.

« Pur soit le sang, Madame Lee. » répondit Blaise d'un ton courtois.

Il lui tendit poliment son bras et la vieille femme posa ses doigts frêles sur celui-ci. Ils marchèrent jusqu'à une diligence, postée devant le bâtiment. Blaise aida Meixhan à monter à l'intérieur avant d'entrer à son tour, prenant place face à elle.

« Merci de vous être rendu disponible, patron. Je sais que vous êtes occupé, mais cette opportunité requiert votre attention. » avança la femme. « J'ai besoin de votre expertise pour m'assurer que tout est en règle. »

Blaise se contenta d'acquiescer.

« Si mes estimations sont correctes, cela pourrait être une affaire très rentable pour nous. Un contrat sur plusieurs années qui pourrait se traduire par des commandes régulières et conséquentes. »

« Qui sont les acheteurs ? » demanda Blaise.

« Ce sont des Dissidents, monsieur. Un groupuscule appelé la Révolte du Yorkshire. Une bande de hors-la-loi supposément impliqués dans plusieurs agressions ces dernières années, notamment envers des membres de la Section Sécuritaire. » expliqua-t-elle avec amusement.

Nombreux auraient été choqués d'apprendre que lui et ses associés s'apprêtaient à passer un marché avec des ennemis du gouvernement.

Les Zabini ne se souciaient toutefois pas de ces considérations idéologiques. Tout ce qu'ils convoitaient était l'argent. Vendre du matériel à un groupe de dissidents était un moyen comme un autre d'en obtenir. Après tout, les opposants du régime étaient en demande perpétuelle en raison de la guerre qu'ils menaient. Ces caractéristiques faisaient d'eux de bons clients - fidèles, réguliers, désespérés. Le Graal pour une entreprise. Les Zabini étaient parfaitement conscients qu'une zone en guerre était une source inépuisable d'opportunités. Avant d'arriver au Royaume-Uni, ils s'étaient spécialisés dans les trafics dans les régions en guerre, principalement en Afrique de l'Ouest.

Depuis l'année précédente, le climat politique était plus perturbé que jamais. Les dissidents semblaient plus organisés et provoquaient plus de dégâts. Leurs activités demandaient une quantité importante d'armement et de matériel pour les aider au combat.

Les Zabini n'avaient pas de position politique définie. Dans son pays d'origine, le Nigéria, Amara avait toujours veillé à collaborer avec le gouvernement en place. Cela lui permettait de ne pas être soumise à un régime instable. Elle continuait à gagner de l'argent dans le milieu illégal, en s'assurant que les bonnes personnes du gouvernement étaient bien payées pour leur silence et leur inaction.

Dans le régime puriste du Royaume-Uni, cela serait considéré comme une trahison de la plus haute importance et mènerait directement les Zabini à l'échafaud. C'était pour cette raison que Blaise avait décidé d'accompagner Meixhan Lee pour poursuivre les négociations avec les dissidents. Il était important pour lui de se vérifier lui-même si ces gens étaient dignes de confiance, car cela impliquait un certain risque.

La diligence s'immobilisa enfin. Ils se trouvaient au bord d'une falaise, éclairée seulement par la lumière pâle de la lune. Les rochers escarpés semblaient menaçants dans l'obscurité, tandis que les vagues de la mer en contrebas éclataient avec force contre les parois rocheuses. De temps en temps, le bruit des vagues était amplifié par l'écho des falaises, produisant un rugissement sourd qui résonnait dans tous les alentours.

L'endroit était situé sur un territoire bien connu par le clan de Blaise où ils pourraient facilement obtenir des renforts en cas de besoin. La localisation et les alentours du lieu compliquerait toute tentative de fuite ou d'embuscade par leurs interlocuteurs.

Ce genre de rencontres étaient toujours tendues, car elles présentaient des risques pour les deux parties. Des hommes de main étaient stationnés et dissimulés un peu partout dans les alentours, prêts à intervenir au moindre incident. Meixhan et Blaise, ainsi que trois autres associés, avaient tous revêtu un masque sur leurs visages, à l'effigie de vipères, le symbole de leur organisation.

Meixhan était au centre et dirigerait les négociations. Blaise se tenait un peu à l'écart, ce qui laissait croire qu'il faisait partie de la garde rapprochée de Meixhan. Il ne prendrait pas directement part à la discussion. Sa présence était motivée par autre chose. Il était là en observateur. Il analyserait les attitudes et les réponses de leurs interlocuteurs afin de vérifier s'ils disaient la vérité.

Cinq minutes plus tard, leurs interlocuteurs se présentèrent, au nombre de cinq. À l'inverse du groupe de Blaise, les dissidents n'avaient pas caché leurs visages. Ils portaient cependant tous les mêmes traits, sans exception. Du Polynectar, songea-t-il, amusé.

La fabrication du Polynectar nécessitait certains ingrédients qui étaient actuellement en pénurie, rendant sa production difficile. Blaise n'aurait pas été surpris d'entendre qu'ils avaient pu se les procurer grâce au marché illégal que son propre clan entretenait. L'effet de la potion ne durerait qu'une heure, ce qui signifiait que la conversation serait brève et qu'ils auraient peu de temps pour parvenir à un accord.

« Valeur et vigueur. » salua Meixhan, sa voix légèrement modifiée derrière son masque.

« Liberté et dignité. » répondit l'homme au centre.

Blaise perçut immédiatement une note d'agacement dans la voix du dissident. Ce dernier jeta un regard circulaire autour de lui. Ses gestes impatients étaient révélateurs d'une certaine agitation.C'était probablement dû à la présence d'une délégation, tapie dans les environs. Blaise ignorait comment, mais l'homme savait qu'ils étaient encerclés.

Blaise établit rapidement le profil de l'homme - un individu sanguin, à l'humeur changeante. Sa position de leader fut confirmée en observant la façon dont les autres se comportaient autour de lui. Blaise réprima un rire. En se présentant tous sous les mêmes traits, ils lui avaient involontairement facilité la tâche. À partir d'un même visage, il était capable d'identifier plus rapidement les tics de chacun et de comparer les différences afin d'établir ses suppositions.

Par exemple, il remarqua immédiatement que l'homme à la gauche du leader était sans doute un homme de plus petite taille sous son apparence originelle. Sa posture dans l'espace était celle d'une personne d'une taille généralement plus courte, qui avait besoin de lever la tête pour parler à ses interlocuteurs. Blaise remarqua que son front luisait sous la lumière de la lune - ce qui n'était pas le cas des autres. De la sueur, réalisa-t-il. Un homme nerveux et peu sûr de lui. Probablement un subordonné vu la manière dont il regardait le chef. À la droite de ce dernier, se tenait un homme stoïque. Il observait Meixhan avec un air impassible. Un homme qui maîtrisait ses émotions, pensa Blaise. Il ne manqua pas la manière dont l'homme analysait discrètement ses alentours, aux aguets. Il possédait sans doute une formation militaire. Blaise remarqua toutefois un détail étrange. Seul l'œil gauche de l'homme se déplaçait. L'œil droit louchait et se déplaçait beaucoup plus lentement que l'autre. Sa posture était également curieuse. Tout son poids semblait appuyé sur un seul côté de son corps, comme si l'une de ses jambes était plus courte ou estropiée.

« Je propose d'entrer directement dans le vif du sujet, nous avons un temps limité. Les rafleurs pullulent dans le coin. » dit le leader.

« Ne vous inquiétez pas, nous avons veillé à ce que la zone soit déserte. Personne ne viendra ici nous déranger. Personne que nous ne contrôlons pas. » informa Meixhan.

Elle avait ajouté cela d'une voix courtoise, mais les sous-entendus étaient clairs. Une démonstration de force pour faire comprendre aux dissidents qu'ils étaient bien plus préparés et qu'ils avaient l'avantage du nombre.

L'expression sur le visage du leader prouva qu'il avait saisi l'implication. Blaise vit sa mâchoire se contracter. L'homme avait visiblement l'habitude de contrôler la situation et ne semblait pas apprécié d'être mené à la baguette ou de recevoir des ordres, surtout devant les personnes qui lui étaient subordonnées. Complexe de supériorité, songea Blaise. La discussion débuta et Blaise observa avec attention les cinq dissidents, tour à tour.

« Nous vous proposons les termes suivants. Pour commencer, la fourniture de deux tonnes de matériaux explosifs sur les deux prochaines années, divisée en livraisons mensuelles. Ensuite, un prix préférentiel sur les ingrédients et les plantes que nous avons listés lors de notre entrevue précédente, avec des réductions supplémentaires si les commandes dépassent certains seuils à définir au préalable. En troisième lieu... »

Meixhan commença à énumérer les biens qu'ils s'engageaient à fournir aux dissidents, tels que des ingrédients de potions, des baguettes magiques non restreintes et divers artefacts.

« Comme nous l'avions précédemment évoqué, nous vous fournirons également des portoloins activés à l'avance vers des destinations spécifiques. » continua Meixhan.

« Et les passages hors du régime ? » demanda le leader d'un ton bourru.

« Pour le moment, ce service n'est plus disponible. Nous pourrons éventuellement le remettre en place à l'avenir, mais nous ne pouvons pas l'assurer pour le moment. »

Ils avaient la possibilité de faire passer un nombre limité de réfugiés sur les navires du régime afin de rejoindre des pays limitrophes. L'opération était cependant complexe. Les entrées et les sorties étaient bloquées depuis l'attentat.

La veille, Amara avait confirmé à Blaise qu'un vote aurait lieu au sein du Coven sacré pour décider d'un assouplissement de cette décision. Le régime autorisait parfois l'immigration de personnes venues d'autres pays dans le but de développer sa population et surtout sa main-d'œuvre.

L'instauration du couvre-feu, ainsi que les règles plus strictes concernant les Sang-Impurs avaient eu un impact négatif sur l'économie et même si celui-ci avait été levé depuis quelques mois, les effets se faisaient encore ressentir. D'autre part, des conflits grandissants avec les gobelins, en charge de la monnaie, avaient eu des conséquences dévastatrices sur l'économie. Il y avait donc un manque à gagner conséquent et le gouvernement voulait dynamiser l'économie.

Blaise regardait attentivement leurs interlocuteurs tandis que Meixhan, en l'excellente négociatrice qu'elle était, listait et discutait des prix des différents biens et services à fournir ainsi que les conditions de l'accord. Les prix seraient avantageux pour les dissidents à condition qu'ils passent régulièrement des commandes. Blaise et son clan étaient disposés à pratiquer des tarifs bas pour s'assurer d'avoir un contrat sur une longue durée.

Contre toute attente, les termes commerciaux furent acceptés rapidement. À en juger la posture et les intonations de la voix du leader, il semblait satisfait de l'issue.

« Un plaisir de faire affaire à vous. » acheva Meixhan en tendant sa main à l'homme qui la serra brièvement.

« C'est ça. » répondit le leader avec empressement avant de tourner les talons et de s'éloigner rapidement, suivi de ses amis, s'enfonçant dans la nuit noire.

Avant de partir, l'homme nerveux près du leader observa Meixhan un peu plus longtemps que nécessaire avant de se détourner et s'éloigner à son tour.

« Qu'en avez-vous pensé, patron ? » demanda Meixhan tandis qu'ils regagnaient la diligence. « Pensez-vous que nous pouvons avoir confiance en eux ? »

Ce n'était pas la première fois qu'ils faisaient affaire avec les dissidents. Pourtant, cela n'avait jamais été un accord d'une telle importance.

« Pour le moment, oui. Ils sont méfiants, mais leur leader semble digne de confiance en ce qui a trait à l'accord. C'est visiblement une fin qui justifie les moyens pour lui. Tant que nous tiendrons notre part du marché, il tiendra la sienne. » affirma Blaise. « Bon travail, Madame Lee. »

Malgré ses paroles encourageantes à l'intention de la lieutenante, Blaise ne put se défaire d'un mauvais pressentiment.

« J'ai cependant une mauvaise intuition concernant l'un de ses subordonnés. »

Si le leader avait paru disposé à respecter le contrat, Blaise avait remarqué quelque chose de suspect chez le subalterne nerveux qui faisait partie du groupe.

« Il me semble être le maillon faible. Il faudra le garder à l'œil. » poursuivit-il, pensif.

Meixhan hocha la tête, lui signifiant qu'elle avait saisi.

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« Désirez-vous une autre tasse de thé, Miss Greengrass ? » proposa poliment Narcissa, avec cette attention gracieuse qu'elle réservait généralement à ses convives.

« Volontiers, Mrs Malfoy. » répondit Astoria avec un sourire avenant.

« Dobby ? » réclama Narcissa.

Aussitôt, un elfe de maison se présenta à la tablée et servit du thé à la jeune femme, ainsi qu'à Narcissa. Lorsqu'il s'approcha de Draco, ce dernier secoua la tête et indiqua par un geste discret qu'il voulait que l'on remplisse son verre d'hydromel. S'il devait supporter cette mascarade plus longtemps, il aurait besoin d'un véritable stimulant.

Ils s'étaient installés sur la véranda principale du manoir des Malfoy qui donnait une vue imprenable sur les jardins majestueux de la propriété. Draco avait invité Astoria Greengrass à la demande de sa mère, après leur soirée récente au Bal de la Roseraie.

Il était cependant surpris de voir que son père avait décidé de se joindre à eux pour l'après-midi. À voir son expression, sa présence avait sans doute été fortement sollicitée par Narcissa. Cette dernière mettait un point d'honneur à préserver l'image d'une famille parfaite aux yeux du monde extérieur. Une façade qu'elle semblait d'ailleurs la seule à vouloir maintenir.

Lucius ne fit pas d'efforts pour se montrer impliqué dans la conversation, arborant un œil absent. Au cours des dernières semaines, Draco avait remarqué un changement d'humeur significatif chez son père. Lorsque ses opérations frauduleuses avaient été mises en lumière, le conseil d'administration de Machinations Malforescentes l'avait écarté de son poste de dirigeant, contre sa volonté. Afin de ne pas avoir à payer la somme importante qu'on lui demandait de verser en guise de compensation, il avait temporairement transféré ses actifs à son épouse.

C'est la première fois que Draco voyait son père passer autant de temps au manoir familial. Il avait toujours été coutumier pour lui de passer son temps libre hors du foyer, ne montrant aucun intérêt pour la vie familiale ou à son rôle de père et d'époux. Lucius ne sortait désormais jamais de la propriété – sauf pour accomplir ses quelques devoirs de gouverneur au minimum syndical. Draco savait combien son père était orgueilleux et soucieux de son image et de sa réputation auprès de ses pairs. Il ne voulait probablement pas se retrouver dans un contexte social où il devrait justifier sa rétrogradation forcée.

« Vos jardins sont d'une beauté incroyable. » commenta Astoria avec enthousiasme. « Les lilas sont une excellente sélection. »

Draco retint son envie de lever les yeux au ciel devant cette conversation sur la végétation des jardins. Il détestait les discours creux, pleins de platitudes. Sa mère également, il le savait. En tant qu'hôtesse et maîtresse de maison accomplie, elle savait toutefois parfaitement dissimuler cette aversion. Elle était même capable de faire preuve d'un grand intérêt face à ses interlocuteurs. Parfois, Draco admirait les talents de comédienne de sa mère. Cependant, sa situation était différente de la sienne. Ce comportement était attendu de la part d'une femme de son rang. On ne placerait jamais de telles attentes sur Draco. Il n'était pas obligé de faire preuve de cette courtoisie excessive. Personne ne lui reprochait de ne pas sourire ou de ne pas participer aux banalités. Un avantage incontestable de son sexe.

Il dirigea de nouveau son regard vers Astoria Greengrass, joyeusement engagée dans une conversation avec sa mère. De temps à autre, elle se tournait vers Draco avec un sourire et lui posait une question, écoutant sa réponse avec attention.

Il ne pouvait pas nier qu'elle était charmante et sympathique, mais il était évident qu'elle appliquait le script qu'on lui avait enseigné, à la perfection. Il ignorait si ce qu'elle montrait de sa personnalité était réel ou si elle faisait semblant d'être une personne qu'elle n'était pas, dans le seul but de devenir une candidate potentielle à ses yeux. Certes, tout le monde portait un masque public, mais celui d'Astoria Greengrass ressemblait davantage à un costume.

Draco la trouvait particulièrement insipide. Sans saveur et sans relief. Une jeune femme bien éduquée qui savait suivre des ordres et des instructions sans les remettre en question.

Draco demeura silencieux pendant la plus grande partie de l'après-midi, laissant sa mère faire la conversation. C'était d'ailleurs Narcissa qui avait souhaité organiser cette rencontre dans le but de rendre leur farce plus crédible. Elle voulait convaincre les Greengrass que les Malfoy étaient sérieux dans leur volonté de sceller une alliance avec eux. Il connaissait pourtant trop sa mère et il savait qu'elle avait d'autres intentions derrière ses sourires de façade et ses discussions insignifiantes.

Dans d'autres circonstances, Draco aurait peut-être envisagé de fréquenter Astoria. Pourtant, dès qu'il la regardait ou l'écoutait, il imaginait les griffes manipulatrices de Daphné dans son ombre, la manœuvrant comme une vulgaire marionnette.

« Qu'avez-vous pensé du Bal de la Roseraie ? J'ai entendu dire que le thème de l'année avait été particulièrement époustouflant. » déclara Narcissa.

« Tout simplement stupéfiant. » assura Astoria d'un ton rêveur avant de se lancer dans une longue tirade engouée sur les festivités tenues par les Rosier.

« J'espère que Draco a été un bon cavalier. » commenta Narcissa.

« Oh, absolument. » assura Astoria en rougissant légèrement. « Nous avons passé une excellente soirée. »

Elle s'était tournée vers Draco en prononçant ces paroles, une lueur pleine d'espoir dans les yeux, comme si elle attendait qu'il renchérisse et approuve ses dires. Draco ne répondit pas, se contentant de porter son hydromel à ses lèvres. Une lueur de déception s'installa sur les traits de la jeune femme. Narcissa, qui avait observé l'interaction, lança :

« Mon fils est peu loquace, mais je peux vous assurer qu'il n'a pas cessé de louer votre compagnie depuis, Miss Greengrass. Les hommes se plaisent à prétendre qu'ils n'aiment pas ces bals, mais ils les apprécient secrètement. Parfois même plus que nous. » assura Narcissa sur le ton de la confidence.

Les yeux d'Astoria brillèrent de nouveau de joie et elle arbora un sourire éclatant devant la remarque de Narcissa, oubliant l'indifférence de Draco.

« Quel dommage que vous n'ayez pas pu y assister, Mrs Malfoy. » se lamenta-t-elle.

« Effectivement. Nous avons malheureusement dû faire face à une urgence de dernière minute. En revanche, je serai présente la semaine prochaine, au Gala de charité des Fudge. »

Elle se tourna vers Draco.

« Draco, as-tu déjà fait part de ta suggestion à Miss Greengrass ? Tu as mentionné ton intention de l'y inviter. » fit remarquer Narcissa à son fils.

« Pas encore, Mère. Nous n'avons pas eu l'occasion d'en discuter. » répondit platement Draco.

Narcissa lâcha un rire qui se voulait embarrassé.

« Je vous prie de m'excuser. J'ai l'impression de monopoliser votre attention depuis votre arrivée, Miss Greengrass » dit Narcissa en secouant la tête, l'air navré. « Je suppose que vous voulez passer du temps ensemble. »

« Ne vous inquiétez pas, Mrs Malfoy. Je suis ravie de pouvoir discuter avec vous et M. Malfoy et de davantage faire votre connaissance. » assura aussitôt Astoria avec sincérité.

Draco la remercia intérieurement. Il n'avait ni l'énergie ni l'envie de discuter avec elle en tête-à-tête. Il préférait même les entendre parler de combinaisons florales.

Tandis qu'elles poursuivaient leur conversation, il cala son dos dans son siège pour éviter le soleil si éblouissant qu'il en était désagréable. La fin du printemps était particulièrement chaude, rendant l'air étouffant. Dobby, voyant son inconfort, claqua des doigts et le parasol se déploya au-dessus d'eux.

Draco jeta un regard rapide à sa montre. Il n'avait pas vu Ginny depuis plusieurs jours. Ils n'avaient parlé qu'à travers leurs miroirs à double sens, de manière brève. La jeune femme était plus occupée que jamais en raison de l'agenda social rempli de Pansy ainsi que ses impératifs avec la gouverneure. Le Magenmagot avait accordé le feu vert à la reprise du projet de loi et les choses s'accéléraient au cabinet de Warrington. Depuis que Ginny s'entretenait avec Narcissa, qui la conseillait désormais, elle redoublait d'efforts pour entrer dans les bons papiers de la gouverneure.

Ils avaient pourtant convenu de se retrouver en fin de journée et Draco attendait impatiemment ce moment. Il lui avait brièvement fait savoir qu'il avait invité Astoria au Manoir, prenant bien le soin de préciser que cela avait été à la requête de Narcissa. Ginny n'avait pas fait de commentaire et avait changé de sujet. Il était conscient que la perspective d'une relation - même fictive - avec Astoria ne lui plaisait guère, mais elle semblait s'être faite à cette idée après leur dernière conversation.

Les Greengrass étaient un sujet de discorde et Draco s'efforçait de ne pas trop le mentionner pour ne pas la contrarier et attiser la jalousie de la jeune femme.

Et s'il devait être honnête, Draco lui non plus n'était pas en reste lorsqu'il s'agissait de jalousie.

« C'est le même jour que le mariage de mon ami Cédric Diggory, de toute façon. Neville m'y accompagne. Olivier sera également de la partie. Ça fait des mois que je ne l'ai pas vu. Je suis sûre que ça pourra me changer les idées. » avait indiqué Ginny d'un ton doucereux lors de leur dernière dispute.

Il était évident qu'elle avait prononcé ces paroles par pure mesquinerie, dans l'unique but de le provoquer. Pourtant, cela avait agacé Draco plus qu'il ne voulait l'admettre.

Il avait écourté sa soirée avec Greengrass au Bal de la Roseraie pour rejoindre Ginny au mariage auquel elle assistait. Il n'avait pas pu s'empêcher de regarder dans son esprit. Elle parvenait désormais à repousser les intrusions la plupart du temps, par réflexe. Ce jour-là, toutefois, l'alcool consommé avait réduit ses défenses.

Draco avait confiance en elle mais la confiance n'excluait pas le contrôle. Et Ginny ne semblait pas toujours s'apercevoir de l'attention qu'elle recevait.

Dans son esprit, il avait vu des bribes de la conversation avec son ex-petit ami, Olivier Dubois, ce qui l'avait profondément agacé.

Ce dernier ne semblait pas vouloir accepter leur rupture. Il envoyait régulièrement des lettres à Ginny – que Draco détournait systématiquement pour qu'elles n'arrivent pas à la nouvelle adresse de la jeune femme. Dubois avait même eu l'audace de se rendre à plusieurs reprises à son ancien appartement, ignorant qu'elle n'y habitait plus. Draco avait été averti grâce aux protections magiques qu'il avait fait installer dans son ancien logement, après l'attaque mystérieuse de Ginny, quelques mois auparavant.

Voir Dubois essayer de la reconquérir au mariage l'avait décidé à se débarrasser de lui une bonne fois pour toutes. Draco avait un profond mépris pour les personnes récalcitrantes qui ne savaient pas rester à leur place.

Draco avait conscience que ses actes envers Dubois étaient en partie motivés par une certaine insécurité de sa part. Ginny et Olivier partageaient un passif long et tumultueux.

D'autre part, les choses avaient été également mouvementées entre Draco et Ginny. Cette dernière était frustrée par la comédie qu'il devait jouer avec Greengrass. La situation ne faisait que mettre en lumière ce qu'il ne pouvait pas lui offrir - une relation normale, qu'ils pourraient librement vivre, sans se cacher. Encore combien de temps Ginny accepterait-elle de rester un secret ? Elle désirait plus que ce qu'il pouvait lui offrir pour l'instant. Ginny finirait par comprendre qu'elle méritait mieux que cela et prendrait la décision de le quitter. Cette idée le perturbait, même s'il n'était pas prêt à l'admettre.

C'était sans doute la combinaison de tous ces facteurs qui l'avait incité à ensorceler Dubois pour s'assurer qu'il serait hors concours une fois pour toute. Draco n'avait ni le temps ni l'énergie de s'assurer que cet homme arrêterait de poursuivre Ginny de manière si insistante et non désirée.

Draco ne jouait jamais de façon juste et intègre – ce n'était tout simplement pas dans sa nature. Un Gryffondor au sens moral élevé qualifierait certainement son comportement de déloyal. En bon Serpentard qu'il était, Draco préférait appeler ça de la stratégie. La concurrence, aussi faible soit-elle, ne lui plaisait pas et il préférait s'en débarrasser directement. Pansy et lui avaient toujours eu l'habitude de dire ''Je ne joue pas, je triche.'' lors de leurs années à Poudlard. Et si les conseils de Pansy (que Draco écoutait parfois, même s'il prétendait les trouver ridicules) lui avaient appris une chose, c'était qu'il n'y avait pas de justice et de règles en amour. C'était une lutte. Une arène, où seuls les meilleurs sortaient vainqueurs.

Draco avait donc retrouvé Dubois après l'une de ses nombreuses escapades pour s'assurer qu'il laisserait Ginny tranquille. Elle n'était clairement pas intéressée par ses avances et Draco n'appréciait pas le fait que Dubois la harcèle - même si elle n'en était techniquement pas consciente.

Il n'avait fallu que peu de temps à Draco pour voir l'ampleur de la perversité sexuelle et de l'immaturité émotionnelle d'Olivier Dubois. Sa brève visite dans son esprit débauché l'avait même conforté dans ses actions. Le but de Dubois était de manipuler les femmes pour en obtenir des faveurs sexuelles avant de les abandonner. Plus ironique encore, Dubois semblait même toujours se croire légitime de l'affection de Ginny. Draco n'aimait pas l'idée qu'il rode auprès de cette dernière, surtout à cause de leurs antécédents. Après tout, pour une raison que Draco ne parvenait pas à comprendre, Ginny l'avait repris à plusieurs reprises, malgré ses nombreuses incartades.

Olivier Dubois ne serait désormais plus un problème.

Draco savait pertinemment que Ginny serait furieuse si elle découvrait ses agissements et son ingérence dans sa vie privée, sans y avoir été convié. Draco ferait face aux conséquences lorsque la situation se présenterait. Il préférait demander le pardon après les faits plutôt que de réclamer la permission.

Il reporta son attention sur la conversation des deux femmes. Elles parlaient à présent de la résidence en médicomagie d'Astoria à l'hôpital Sainte-Mangouste. Tandis qu'il écoutait d'une oreille distraite, le bruit de verre brisé lui parvint soudain aux oreilles.

Draco tourna les yeux en direction de Lucius qui était soudainement tombé au sol, sur les genoux, le corps penché en avant. Son visage était d'une pâleur extrême et il avait posé la main sur son thorax, le visage tendu et essoufflé, comme s'il ne parvenait pas à respirer.

« Lucius ? « Lucius ! » s'écria Narcissa, une lueur de panique dans ses yeux bleus, avant de se précipiter vers lui.

Lucius semblait vouloir dire quelque chose, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Draco fixa son père avec horreur, tandis qu'il s'effrondait brusquement au sol, inerte.

/

Narcissa Malfoy avait appris à travers les années que plus la patience était grande, plus la vengeance était jouissive.

L'éducation qu'elle avait reçue lui avait clairement fait comprendre que ses besoins, son confort et ses désirs passaient toujours après ceux des hommes de son entourage, malgré son statut privilégié de sorcière née dans une famille sacrée originelle. Depuis son plus jeune âge, Narcissa avait vécu sous la coupe des hommes de sa famille. La cage était dorée, certes, mais elle n'en demeurait pas moins une cage.

Cela avait débuté avec son père, Cygnus Black, troisième du nom. Il ne s'était jamais caché de sa préférence pour Narcissa, sa benjamine, parmi ses trois filles. Narcissa était la plus jolie, avec ses magnifiques cheveux blonds soyeux, sa peau laiteuse, ses traits délicats et ses yeux d'un bleu perçant qui captivaient l'attention. Elle était celle qui ne le décevrait jamais, prétendait-il. Et, pendant une grande partie de sa jeunesse, Narcissa n'avait cherché que l'approbation de son père.

Elle avait ainsi fait la fierté de ses parents en convolant en justes noces avec Lucius Malfoy tandis que Bellatrix épousait un héritier de moindre pedigree et qu'Andromeda salissait le nom de ses ancêtres en copulant avec un Sang-de-Bourbe. Après la fuite d'Andromeda, c'était Narcissa qui avait dû ramasser les pots cassés, s'efforçant tant bien que mal d'apporter à son père du réconfort pour apaiser son cœur meurtri et trahi.

Très tôt, Narcissa avait réalisé que la relation qu'elle entretenait avec son père était particulière et spéciale pour lui. Plus spéciale que celle avec ses deux autres filles. Plus spéciale encore qu'avec sa propre épouse.

Une chose qu'il avait répétée à Narcissa à maintes reprises, lorsqu'il l'invitait à s'asseoir sur ses genoux et que ses mains devenaient un peu trop tactiles. Quelque chose en elle avait toujours su que ces gestes étaient déplacés. Son intuition lui avait soufflé que ce ne pouvait pas être la manière dont un père devait démontrer son affection envers sa propre fille. Elle n'avait pourtant jamais rien dit.

Par honte.

Par peur de décevoir.

Par peur de faire imploser leur famille parfaite sous tout rapport. En apparence, du moins.

Heureusement, son père ne s'était pas aventuré plus loin que des caresses inappropriées et n'avait rien tenté de plus grave. Il avait même semblé se désintéresser de Narcissa à mesure qu'elle grandissait et qu'elle perdait son apparence de petite fille. Avec le temps, au grand soulagement de Narcissa, ils avaient repris une relation entre père et fille normale.

Au cours de son adolescence, alors qu'elle commençait à mieux comprendre le monde qui l'entourait et les relations entre les êtres humains, elle avait pris conscience de la gravité des actes de son père. Elle avait alors éprouvé une colère silencieuse envers cet homme qu'elle avait longtemps considéré comme un héros. Alors qu'elle vivait ses premiers émois amoureux avec des garçons, Narcissa avait pris conscience de l'impact néfaste que les gestes de son père avaient eu sur elle. Les effets sur sa capacité à accepter et à retourner l'affection des autres, en particulier celle venant des hommes. Les conséquences sur sa relation à son propre corps. Elles avaient engendré un rapport honteux et un sentiment de clandestinité devant tout ce qui relevait de la sexualité et du plaisir. Des conséquences dont elle avait mis des décennies à se défaire.

Elle avait pris ses distances avec son père et, contre toute attente, il ne s'était pas opposé à cela. Narcissa savait que son père avait parfaitement compris les motivations qui animaient cet éloignement soudain. Il avait néanmoins préféré agir comme si de rien n'était, se voilant la face. Lorsqu'elle avait finalement eu le courage de le confronter, à l'aube de ses dix-sept ans, son père avait tout nié en bloc. Il s'était insurgé avec indignation et véhémence. Il l'avait traitée de menteuse. Il l'avait accusée de vouloir briser sa famille et sa réputation, comme l'avait tenté Andromeda en le trahissant avec son Sang-de-Bourbe. Comment osait-elle faire des insinuations aussi graves et dégoûtantes ?

En état de choc, Narcissa avait encaissé, en silence, réalisant pour la première fois que prendre la parole de manière frontale ne provoquait que le chaos. Il était préférable - non - nécessaire de se taire. En tant que jeune femme, ses paroles étaient insignifiantes et ne pouvaient pas rivaliser avec celles d'un homme puissant. Il existait une hiérarchie du droit de parole. Et dans cette pyramide structurée, il était nécessaire qu'elle apprenne sa place et qu'elle agisse en conséquence. C'était une question de survie.

En elle, quelque chose s'était pourtant mis à bouillir.

Elle avait cependant décidé de se taire et avait repris son rôle de fille modèle, qui ne faisait pas de vagues. Au point que son père avait fini par abandonner sa colère après ses accusations. Narcissa avait dû composer avec des sentiments contradictoires envers son père, un homme qu'elle aimait et qu'elle détestait profondément à la fois.

Elle avait travaillé dur pour réussir ses études et obtenir de bons résultats. Elle avait bénéficié du mentorat de personnes intelligentes et réussies. À cette époque, déjà, Narcissa avait senti les premiers signes de la ruine imminente de la famille Black. Considérant les scandales que sa famille tentait désespérément de cacher aux regards des autres - notamment le départ de sa sœur, Andromeda, et de son cousin, Sirius - ainsi que les comptes familiaux qui commençaient à diminuer dangereusement, elle savait que le futur des Black était incertain. Elle devait se désolidariser au plus vite, afin de ne pas subir les conséquences de cette ruine imminente. Et cela ne serait possible qu'avec le billet d'évasion le plus précieux pour une femme comme elle - le mariage. Elle avait conscience qu'il était important de ne pas se contenter d'être un objet ornemental pour son futur mari et qu'elle ne devait pas dépendre entièrement de la bonne volonté de ce dernier. Les hommes étaient instables et le fait d'être traitée d'une façon à un instant donné ne garantissait pas que cela durerait indéfiniment. En outre, la plupart des hommes de son rang social souffraient d'un narcissisme pathologique dû au manque de contestation par leur entourage et à une trop grande adulation. Elle avait pensé qu'en était plus que ce que l'on attendait d'une héritière, elle ne vivrait pas ce genre de situation. Une grande erreur de sa part.

Narcissa n'avait pas été aveugle à l'intérêt qu'elle recevait de la gent masculine. Sa mère avait d'ailleurs rapidement flairé l'opportunité et avait mis tout un stratagème en place pour que Narcissa fasse un beau mariage.

Au grand bonheur de sa famille, elle avait reçu une demande de main de Lucius Malfoy, lui aussi héritier d'une famille sacrée originelle. Le clan Malfoy était dans toute sa vigueur et sa splendeur, contrairement aux Black qui n'avaient que le prestige et l'ancienneté de leur nom à offrir.

Narcissa était entrée dans son union avec Lucius avec de grands espoirs, bien décidé à ne pas subir le même sort que celui de beaucoup d'épouses de l'élite. Elle avait d'abord cru toucher le jackpot marital. Elle était pourtant tombée de haut lorsque, peu de temps après leur union, Lucius avait révélé son vrai visage. Celui d'un homme nombrilique, jaloux et exécrable.

L'adaptation à sa nouvelle vie de famille entre les murs austères du manoir des Malfoy, avec ses beaux-parents et un mari absent, avait été difficile. Ses nombreux échecs dans sa quête de procréation l'avaient plongée dans une intense dépression. Un événement avait temporairement animé sa vie quotidienne lorsque Abraxas Malfoy lui avait fait cette étrange et indécente proposition.

« Mon fils n'est pas en mesure de vous donner ce que vous désirez profondément - un enfant. Laissez-moi le faire à sa place, Narcissa. » lui avait suggéré son beau-père.

Narcissa s'était engagée dans une relation passionnée avec ce dernier jusqu'à ce qu'elle tombe enceinte, six mois plus tard. Après la naissance de Draco, elle avait eu la naïveté de croire que les choses s'amélioreraient. Lucius semblait ravi de la naissance d'un héritier. Il avait même semblé faire des efforts pendant une courte période avant de replonger dans ses anciens travers. Cette fois, cependant, Narcissa était trop occupée et heureuse par l'arrivée de Draco pour s'en soucier. Sa priorité était désormais d'être la meilleure mère possible pour son fils, son miracle.

La maternité, bien que ponctuée de moments de bonheur, apportait aussi son lot d'épreuves. L'exhaustion, la pression, la peur d'être jugée et critiquée dans son rôle de mère, et son stress au travail avaient multiplié les disputes avec Lucius, chaque jour plus virulentes.

« Tu as toujours été un parfait incapable, Lucius. Et tout le monde le voit autour de toi. C'est pour cette raison que ton père a dû me donner un enfant. Parce que tu es un incapable impotent qui ne sera jamais à sa hauteur. » avait martelé Narcissa d'une voix venimeuse.

C'était la colère et l'envie de le blesser profondément qui l'avaient poussée à dire la vérité. Pendant cet instant de faiblesse, qu'elle avait regretté pendant deux décennies, elle avait voulu lui faire subir la même malveillance qu'il avait montrée à son encontre depuis le début de leur mariage.

Et du jour au lendemain, Lucius avait développé une indifférence glaciale envers Draco. Narcissa avait perçu dans les yeux de son fils toute l'incompréhension qu'un petit garçon pouvait saisir à un si jeune âge. Elle s'en était tellement voulue d'avoir été si faible. D'avoir préféré la gratification immédiate à la protection de la personne qui comptait le plus à ses yeux.

Si elle avait l'habitude de la colère de Lucius à son égard et réussissait à l'ignorer la plupart du temps, un incident la fit sortir de ses gonds.

Cela se passa durant la période de Yule. Narcissa travaillait avec ardeur pour organiser le Gala d'hiver que sa famille tenait chaque année. Une soirée importante, sur laquelle elle misait beaucoup pour montrer la puissance des Malfoy et pour entretenir leur précieux réseau en se positionnant comme des alliés indispensables.

Ce soir-là, pendant une nuit d'hiver particulièrement froide, Narcissa rentra aux alentours d'une heure du matin. Elle retrouva les vestiges d'une fêtes privée dans le salon principal. Lucius avait pour habitude de tenir ces soirées bacchanales au sein même du domicile familial, démontrant son absence totale de limites et le profond manque de respect qu'il avait envers Narcissa. Elle se dirigea vers la chambre de Draco afin de le border, comme elle le faisait chaque jour, sans exception. À son arrivée, l'elfe de maison Dobby se précipita sur elle, en panique, lui rapportant les détails d'une altercation.

En apercevant les bandages de Draco, elle réalisa avec horreur que la violence que Lucius exerçait de façon passive et psychologique s'était transformée en violence physique et palpable — une peur que Narcissa avait toujours eue. Elle ignorait combien de temps elle était restée à sangloter, serrant son fils dans ses bras, inconsolable.

« Je… Je suis tellement désolée, Draco. » murmura Narcissa, embrassant les cheveux de son fils, la voix chevrotante.

Lorsqu'elle quitta finalement son chevet, Narcissa se tourna vers l'elfe.

« Où est-il ? » demanda Narcissa d'une voix étrangement calme à la vue de la colère profonde qui bouillonnait en elle, ne demandant qu'à exploser.

« Dans son bureau, Maîtresse. » glapit l'elfe.

Elle retrouva Lucius dans son bureau, en état d'ébriété avancée. Il redressa la tête, manifestement perplexe devant son expression furieuse. Elle lui hurla les pires vitupérations ce jour-là, libérant toute la frustration accumulée depuis le début de leur mariage. Que Lucius lui manque constamment de respect était une chose. Le fait qu'il ne ressente ni amour ni affection pour elle, et qu'il ne fasse aucun effort pour le cacher, également. Mais, qu'il ait eu l'audace de lever sa baguette sur Draco ? Qu'il l'ait marqué à jamais ? Cela était inacceptable pour Narcissa.

« Comment as-tu osé lever la main sur mon fils ? » demanda Narcissa, sa voix presque hystérique.

« Parce que ton fils m'a désobéi. » répliqua Lucius, sa voix lente et provocatrice.

Cela ne fit qu'accroître sa colère, si cela était même possible. Tout dans son comportement la rendait ivre de rage. Son état d'ébriété avancé. Son attitude désinvolte. Ses vêtements qui empestaient l'alcool et le parfum bon marché d'une prostituée avec qui il avait probablement forniqué sous le toit qu'il partageait avec sa famille.

« Peu m'importe que tu m'insultes en amenant tes trainées chez moi, mais si tu penses que tu as le droit de toucher à un seul des cheveux sur la tête de Draco, tu te trompes lourdement, Lucius. » assura-t-elle, enragée.

Les yeux de Narcissa s'assombrirent, couverts d'un masque de colère.

« Tu le paieras un jour, Lucius. Je te le garantis. Peut-être pas aujourd'hui, ni même demain, ni même dans les cinq prochaines années, mais tu le paieras. » affirma Narcissa d'une voix sombre.

« Tu me menaces ? » s'écria Lucius avec colère, tentant de se relever.

L'ivresse eut raison de lui, il retomba de façon peu digne dans son fauteuil.

« Oh non, Lucius. Ce n'est pas une menace. C'est une promesse. » assura Narcissa d'une voix glaciale.

Et pour la première fois depuis le début de leur mariage bancal, elle vit une émotion qu'elle n'avait jamais aperçue dans les yeux de son mari - de la crainte.

La vie reprit son cours comme si de rien n'était et personne ne mentionna plus jamais l'incident. Narcissa, cependant, n'oublia jamais. Et, ce fut ce souvenir qui alimenta son désir de vengeance pendant les années suivantes. Une soif qui, elle le savait pertinemment, ne disparaitrait jamais avant d'être satisfaite. Il grandissait même plus, chaque jour que Voldemort faisait.

Elle savait en revanche qu'elle devrait faire preuve de patience pour pouvoir lui faire payer tout ce qu'il leur avait fait subir. Elle reprit son masque d'épouse parfaite, ne laissant échapper aucune preuve de leur mariage estropié en public, ni de sa haine viscérale envers son époux. Elle avait tellement pris l'habitude de porter ce masque qu'il était devenu une partie d'elle. Aux yeux du monde extérieur, ils formaient le couple idéal. En réalité, leur relation n'était plus qu'un amas de ressentiment, d'inimitié et de frustration.

Lucius prit officiellement les commandes de Machinations Malforescentes lorsque Abraxas décida de s'écarter, afin de profiter d'une retraite bien méritée et d'une nouvelle liberté obtenue après le décès de son épouse.

Lucius peinait avec ses nouvelles responsabilités mais tenta par tous les moyens de cacher ses difficultés à son père et au reste de l'entreprise. Il n'était pas le leader charismatique qu'était Abraxas.

Au travail comme dans son mariage, Lucius était un homme rempli d'insécurité, qui écrasait les autres pour compenser des complexes enfouis. En plus d'être incompétent pour gérer une entreprise aussi complexe, il avait un comportement insupportable et se fit rapidement détester par ses employés, à l'exception de quelques personnes qui le flattaient pour gagner sa faveur, et ainsi gravir les échelons.

Il affichait une confiance démesurée, et ignorait les opinions des experts lors des prises de décision importantes, ce qui entraîna plusieurs catastrophes. Deux ans après sa nomination, en raison de ses choix discutables ainsi qu'une conjoncture économique perturbée, l'entreprise commença à traverser une crise difficile.

Lucius effectua des transactions illégales pour dissimuler la réalité de la situation au conseil d'administration. Narcissa le découvrit quelques semaines plus tard mais décida de garder le silence. Elle conserva soigneusement les preuves écrites de cette découverte, dans l'espoir qu'elles se révèlent un jour utiles.

Elle était la seule à voir à quel point Lucius était dépassé. Elle feignit le rôle de la femme à l'écoute, le conseillant sur certains sujets, restant de marbre même lorsqu'il critiquait ses idées. Il agissait comme s'il était doté de la science infuse. Lorsqu'elle donnait une bonne idée, il minimisait sa contribution, et trouvait un moyen de la faire passer pour la sienne devant les autres.

Elle était son éminence grise. Celle qui réfléchissait à toutes les décisions stratégiques importantes dans l'ombre tandis qu'il s'affichait comme le visage public. Malgré cet arrangement avantageux pour lui, Lucius réussit quand même à se mettre le conseil d'administration à dos.

Narcissa attendait patiemment son heure. Elle ne disait rien, dans l'espoir que Lucius croie qu'elle était là pour l'aider. Plus il montait les échelons, plus la chute serait brutale. Pendant ce temps, elle s'assurait de placer ses propres cartes et à nouer ses propres relations, si bien qu'on lui donna finalement la place de Vice-Présidente.

Lucius endossa également le rôle de gouverneur et rejoignit le Coven sacré. Après ce changement, il commença à agir de manière encore plus condescendante envers Narcissa. Encore une fois, elle supporta, se concentrant sur son but ultime.

Ce fut quelques années plus tard qu'un évènement bouscula la vie de Narcissa. Allegra McGrath fut embauchée pour l'assister. Rapidement, elles entamèrent une liaison passionnée et palpitante dans laquelle Narcissa retrouva le sentiment enivrant d'être désirée et de désirer une personne en retour. Tout était si différent avec Allegra. Elle ignorait si c'était à cause du fait qu'elle soit une femme, mais tout lui semblait tellement plus agréable en sa compagnie. La sensation était grisante.

Cela l'aida à supporter son mariage et son mari bien plus facilement, consciente qu'elle pouvait retrouver les bras aimants d'Allegra lorsqu'elle le souhaitait. Allegra était d'une loyauté aveugle envers elle. Et après l'amour, tandis que la dopamine et la sérotonine étaient à leur paroxysme, elles se plaisaient à imaginer une vie dans laquelle elles pourraient librement s'aimer.

Lorsqu'elle quittait Allegra, la réalité revenait brutalement au visage de Narcissa. Tant que son mari était dans sa vie, elle serait prisonnière. Les quelques escapades qu'elle s'autorisait avec son amante n'était qu'une distraction temporaire qui ne devaient pas la tromper. Narcissa ne s'était toujours pas affranchie de sa cage dorée. Elle ne devait pas perdre de vue ses objectifs.

Elle avait gardé le contact avec un ancien camarade de Poudlard, Caractacus Burke. Ils avaient tissé une amitié malgré leur différence d'âge. Burke avait toujours manifesté un profond respect à son égard - sans doute en raison de son appartenance aux Treize sacrés. Tous les deux avaient été fascinés par les potions à Poudlard. Il l'avait même tutorée tandis qu'elle préparait ses BUSES et plus tard ses ASPICS. Burke avait fait de sa passion son métier, devenant l'un des Maîtres de Potions les plus réputés du pays et en ouvrant l'une des boutiques les plus spécialisées du pays. Narcissa avait financé une partie de son établissement en échange de parts dans celles-ci — ce qui expliquait en partie la loyauté que Burke lui accordait. Un jour finalement, pendant un dîner, elle lui posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis des années.

« Hypothétiquement, si nous devions affaiblir une personne sans pour autant provoquer sa mort et sans que cela soit détectable, quelle serait la méthode la plus appropriée ? » demanda Narcissa, en simulant une curiosité innocente.

Un peu ivre, Burke lui mentionna l'Eau d'Esquinte, une concoction difficile réalisée à partir de venin de Serpencendre et d'autres ingrédients. Si elle était consommée sur une longue période, cette substance pouvait causer de graves dommages invalidants en attaquant les nerfs du corps humain. Il suffisait d'administrer une goutte par jour au sujet. Le processus était cependant lent car la potion avait besoin de plusieurs mois pour agir, en fonction du profil et de l'état de santé de la victime. La potion était administrée à une dose si petite qu'elle était quasiment intraçable dans les analyses médicomagiques.

La potion était extrêmement difficile à préparer - l'une de ces concoctions qu'on laissait généralement aux grands Maîtres de Potions car une erreur pouvait causer des conséquences désastreuses. Quant à certains ingrédients, ils étaient extrêmement difficiles à trouver.

« Pourriez-vous me procurer une fiole ? » demanda Narcissa.

Les yeux de Burke s'illuminèrent de surprise. Il émit un rire nerveux en disant que le poison était la méthode de meurtre favorite des femmes et lui demanda si elle comptait tuer son mari, ce à quoi elle fit mine de sourire, jouant la femme un peu choquée.

« Vous savez que notre famille a beaucoup d'ennemis. » se contenta-t-elle de répondre.

Le visage de l'homme s'éclaira, et ses yeux enfoncés affichèrent une mine un peu conspiratrice, comme s'il était fier et ravi d'être impliqué dans les manigances secrète d'une famille sacrée. Caractacus Burke accordait une importance primordiale au statut social et tout ce qui le rapprochait du prestige était bienvenu.

« Je suis certain que je peux examiner ce qui peut être fait, Mrs Malfoy. », assura-t-il, désireux de lui plaire.

Quelques semaines plus tard, Narcissa demanda à Draco d'aller chercher le colis spécial qu'elle avait commandé. Il contenait l'Eau d'Esquinte préparée par Burke. Draco se plaignit de devoir faire une telle course, ne comprenant pas pourquoi un elfe de maison ou Allegra n'était pas chargé de cette tâche.

Narcissa était consciente qu'elle ne devait laisser cette mission qu'à une personne en qui elle avait entièrement confiance. Elle ne lui dirait évidemment rien afin de ne pas l'impliquer davantage. Quant à Allegra, elle la réservait pour une autre partie du plan.

Narcissa programma une nouvelle rencontre avec Burke dans les jours qui suivirent, prétextant une commande pour la soirée d'inauguration de l'Augurey Magistral qui aurait lieu prochainement.

Burke ne se présenta pas seul. Il fut accompagné d'une employée, Ginny Weasley. Narcissa lui adressa à peine un signe de tête, son attention entièrement tournée vers son objectif.

« Valeur et vigueur. » salua Narcissa lorsqu'elle pénétra dans le salon où elle recevait généralement ses invités.

« Valeur et vertu. » répondit Burke d'un ton formel, s'inclinant profondément devant elle, de façon un peu exagérée.

« Merci de votre réactivité, Burke. Comme je vous l'ai expliqué, mon hôtel l'Augurey Magistral ouvre officiellement après une rénovation qui a duré près de cinq ans. J'organise un bal d'inauguration pour l'occasion et j'aimerais confectionner un panier-cadeau original pour mes convives. » expliqua Narcissa en prenant la tasse de thé que l'elfe avait posé sur une table basse près du sofa.

Dobby entreprit ensuite de servir Burke et son employée.

« J'ai dans l'idée d'intégrer un breuvage rare et inattendu à l'intérieur. J'ai donc besoin de votre savoir-faire pour me conseiller à ce sujet. » poursuivit Mrs. Malfoy.

« Bien sûr, Mrs. Malfoy. Sachez d'abord que je suis extrêmement honoré que vous ayez pensé à moi pour une occasion aussi importante. » lança Burke d'un ton empli de flatterie, s'abaissant de manière exagérée.

Le visage de Narcissa resta impassible tandis qu'elle observait l'homme s'exprimer, guère troublée par les flatteries de Burke.

« J'ai apporté plusieurs propositions qui pourraient vous plaire. » dit-il en agitant la main vers la jeune femme rousse qui s'approcha d'eux avec le coffre qu'elle tenait.

Burke lui présenta trois potions potentielles - toutes aussi rares et uniques les unes que les autres et d'un niveau de préparation tellement avancé que seul un Maître des Potions confirmé pouvait les réussir à la perfection du premier coup.

« J'ai envoyé en avance des échantillons à votre assistante. Pour que vous puissiez en constater les effets de manière pratique. » dit-il, visiblement très fier de son idée.

« Effectivement. Mon assistante m'a indiqué qu'elle n'avait pas dormi depuis deux jours — et qu'elle ne ressentait aucune fatigue. Combien de temps l'effet peut-il durer ? » interrogea Narcissa

« Sept à dix jours selon l'âge et le gabarit de la personne, Mrs Malfoy. » expliqua Burke.

« Parfait. Eh bien, je crois que nous avons un gagnant. » lança Narcissa d'un ton satisfait, sirotant une nouvelle gorgée de sa tasse de thé. « J'en commanderai deux cents flacons. »

Burke sembla heureux d'entendre la confirmation de sa demande. La transaction avait duré cinq minutes mais ce n'était pas la réelle raison de la venue de Burke.

« J'ai une autre demande. » dit Narcissa, reposant sa tasse de thé, observant Burke avec insistance. « Allons en discuter dans l'antichambre, si vous le permettez. »

Burke hocha la tête et se leva immédiatement. Il se tourna vers Ginny Weasley, lui murmurant des paroles que Narcissa n'entendit pas. Une fois dans l'antichambre, Narcissa lui demanda des instructions détaillées sur l'utilisation de l'Eau d'Esquinte, notamment le dosage exact et sa posologie. L'homme lui sembla cette fois plus enthousiaste et répondit librement à ses questions, visiblement ravi par la commande conséquente effectuée quelques instants plus tôt. Burke lui promit qu'il lui procurerait la potion et, plus important encore, qu'il garderait le secret quant à cette requête peu ordinaire.

À la fin de leur discussion, à son retour, elle vit Draco en compagnie de la jeune femme rousse. Cette dernière affichait une expression mal à l'aise.

« Oh Draco, te voilà enfin. » dit Narcissa, affichant un grand sourire à la vue de son fils.

Il se releva et vint à leur rencontre, saluant brièvement Burke.

« Merci encore pour votre accueil, Mrs. Malfoy. » dit Burke avec adulation.

« Avec joie. Je compte sur vous. » dit-elle, lui jetant un regard entendu avant de s'éloigner. « Draco, raccompagne notre invité, veux-tu ? »

Narcissa commença à faire ingérer la potion à Lucius les semaines suivantes. Elle lui faisait boire au moins une goutte par jour, comme Burke le recommandait, par l'intermédiaire de Dobby, faisant passer la potion pour le remède contre les allergies de son époux.

« Maîtresse Malfoy. Le thé est servi sur la terrasse. » annonça une voix fluette aux côtés de Narcissa, la faisant sortir de sa torpeur, alors qu'elle était occupée dans les jardins.

Narcissa gravit les trois marches qui conduisaient au patio, où une table joliment dressée sur une nappe en lin élégant, ornée de motifs d'entrelacs, l'attendait. Les elfes avaient ensorcelé les vitres du patio qui diffusaient désormais une chaleur agréable dans le froid de novembre. Lucius était déjà assis à la table, sirotant sa tasse de thé, les yeux rivés sur la Gazette du Sorcier. Il ne leva pas les yeux lorsque Narcissa s'installa face à lui.

« Comment se passent les choses, au ministère ? » demanda Narcissa d'une voix agréable, pour entamer la conversation. « Il me semble que tu avais une réunion avec le Coven, ce matin. »

L'attentat au Bal de l'Ellébore avait profondément ébranlé le pays.

« Rien à reporter. » répondit Lucius d'un ton détaché, son attention toujours rivée sur son journal.

« Est-ce qu'ils planifient une action concrète ? » insista-t-elle. « Je pense que… »

Lucius posa son journal sur la table et planta ses yeux gris dans ceux de Narcissa, excédé.

« Sauf erreur de ma part, ton opinion n'a pas été sollicitée. Je suis le Gouverneur et je me chargerai de te donner des informations si je le juge nécessaire. En attendant, reste à ta place. » assena-t-il d'une voix sèche.

La conversation s'arrêta là et malgré la frustration grandissante de Narcissa, elle ressentit une satisfaction certaine en observant son mari boire sa tasse de thé, qui contenait de l'Eau d'Esquinte.

Pendant que cette partie de son plan se déroulait lentement, Narcissa s'occupa de lancer la seconde partie de son plan. Elle passa par Allegra pour faire parvenir au conseil d'administration les preuves incriminantes qu'elle avait accumulées sur les opérations douteuses de Lucius. En utilisant Allegra comme lanceuse d'alerte, Narcissa s'assurait de garder de la distance et évitait ainsi tout soupçon. Après ces révélations d'une gravité sans précédent, il fallut peu de temps pour recevoir la convocation du conseil.

Lucius n'eut d'autre choix que de confesser à Narcissa ses actes. Elle reprit son rôle de l'épouse loyale, prête à tout pour extirper son mari d'une situation délicate. En son for intérieur, elle jubilait à l'idée de le voir si paniqué, assistant en première loge à l'effondrement de son monde. Jamais elle ne l'avait vu dans une telle détresse, essayant désespérément de s'accrocher à tout ce qu'il pouvait. Il croyait qu'ils formaient une équipe alors qu'elle le sabotait habilement.

« Je te rappelle que l'audit externe aura bientôt lieu, Lucius. Si jamais ils trouvent quoi que ce soit de douteux, que fera-t-on ? » demanda Narcissa, faussement préoccupée.

Ils se trouvaient dans la salle à manger du manoir et venaient de recevoir la convocation du conseil d'administration.

« Nous ferons en sorte qu'ils ne trouvent rien. » répondit Lucius d'une voix ferme.

Il semblait presque vouloir se persuader lui-même. Elle était consciente qu'il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour cacher ses incartades. Malheureusement pour lui, elle avait déjà tout préparé et il lui serait impossible de se sortir de cette situation indemne.

« Nous devons absolument réfléchir à une solution de secours, au cas où. » insista Narcissa.

Draco entra dans la pièce à ce moment-là et ils mirent un terme à la conversation.

« Draco. » l'accueillit-elle avec contentement. « Nous n'étions pas sûrs que tu nous rejoindrais, ce soir. »

Ce dernier avait été particulièrement absent ces derniers temps, passant le plus clair de son temps à l'hôtel.

« Tu travailles tellement dur. » poursuivit Narcissa avec appréciation. « Et les résultats sont là. »

Elle était extrêmement fière du travail accompli par son fils. Il prouvait qu'il était capable de gérer des projets importants.

« Grand-père est venu à l'hôtel, aujourd'hui. » informa Draco sur le ton de la conversation en dépliant sa serviette pour la placer sur ses genoux.

Comme à chaque fois que son père était mentionné, Lucius pinça les lèvres et afficha une mine irritée. Tandis que les elfes commençaient à servir, la conversation se tourna vers un autre sujet :

« Draco, le GAGE approche mais ton père et moi ne pourrons pas y assister. Nous recevons une visite importante et exceptionnelle du conseil d'administration et nous ne pouvons pas la reprogrammer. » expliqua Narcissa en jetant un regard bref vers Lucius. « Nous avons donc besoin que tu te rendes au Gala pour représenter notre famille. »

« Entendu. » se contenta-t-il de répondre, un peu déconcerté.

Le GAGE était l'événement qui ouvrait la saison mondaine et Narcissa ne le manquait jamais. Les problèmes au sein de Machinations Malforescentes ne leur laissaient évidemment pas le choix.

« A ce sujet… J'ai entendu une rumeur impensable au sujet du fils du gouverneur Nott. » commenta gravement Narcissa, ses sourcils froncés.

On racontait dans les cercles de l'élite que Théodore Nott s'était uni dans les liens sacrés avec une sorcière de rang inférieur, un affront à son statut et à son héritage. Accessoirement, un raccourci instantané vers le statut de paria. Draco sembla tendu pour une raison inconnue.

« J'ose espérer qu'il ne s'agit que de rumeurs grotesques. Une plaisanterie de mauvais goût. Ce serait un tel blasphème si c'était la vérité. » ajouta-t-elle en secouant la tête.

Draco resta silencieux. À cette époque, elle était loin de s'imaginer qu'il menait ses propres intrigues avec une femme de rang inférieur.

Le jour de la convocation du conseil arriva finalement.

« Le conseil d'administration préconise donc une enquête plus approfondie pendant les prochaines semaines. » lut l'inspecteur d'une voix formelle, récitant le contenu du parchemin qu'il tenait.

Comme elle l'avait prédit, le conseil avait décidé d'examiner la situation de plus près. Les explications de Lucius pendant la conversation ne semblèrent pas les convaincre et ils réclamèrent le détail de toutes les opérations financières sur les dix dernières années.

Narcissa était extatique. Elle afficha néanmoins une expression inquiète à la fin de l'entrevue. Après un interrogatoire particulièrement poussé de la part du conseil, ils se retrouvaient maintenant seuls dans la salle de réunion.

« Pas ici, Narcissa. » coupa Lucius d'une voix autoritaire lorsqu'elle lui demanda ses impressions.

Il observa les alentours, visiblement nerveux, comme s'il craignait qu'on ne les écoute. Ce ne fut qu'une fois de retour dans l'intimité du manoir familial qu'ils purent s'exprimer en toute liberté.

« Je ne serais pas étonné qu'ils écoutent nos conversations au bureau. » indiqua Lucius en serrant les dents, une expression sombre sur son visage.

Il faisait les cent pas dans la pièce, manifestement agité, devant le regard serein de Narcissa. Dobby pénétra dans la pièce, apportant le thé qu'elle avait réclamé à leur arrivée. L'elfe s'avança vers Lucius pour le servir et ce dernier prit sa tasse de thé d'un air contrarié, commençant à boire sous l'œil attentif de Narcissa.

« Devrait-on en parler à ton père ? » risqua Narcissa, presque candide.

« Surtout pas. » refusa immédiatement Lucius. « Je vais contacter Sleezer. Essayer de comprendre quelles sont nos options. »

« Ça me semble être la meilleure solution. » approuva-t-elle d'une voix douce avant de se relever.

Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la pièce, elle sentit une main saisir son poignet. Elle se tourna vers son mari, désarçonnée par le geste.

« Nous allons devoir tout faire pour surmonter cette crise. » affirma-t-il. « Ensemble. »

Elle l'observa avec effarement, prise de court devant la lueur implorante dans les yeux gris de Lucius. Un mélange de supplication et de vulnérabilité qu'elle n'avait jamais vu chez lui auparavant. Elle posa une main sur la sienne, la serrant fermement pour lui faire savoir qu'elle était là pour lui. Intérieurement, elle devait lutter contre l'envie d'éclater d'un rire méprisant à la vue de son désarroi. Seul Voldemort savait à quel point elle était ravie de voir les cartes se retourner ainsi.

« Évidemment, Lucius. Tu sais que le bien-être et l'avenir de notre famille sont toujours ma priorité. » répondit-elle toutefois d'une voix assurée.

Alors qu'elle sortait de la pièce, une seule pensée lui occupait l'esprit. Après avoir patienté si longtemps, elle allait se faire un plaisir de le détruire.

Narcissa dut toutefois revoir ses plans lorsqu'une tragédie soudaine survint, provoquant le choc dans le clan et dans la communauté – la mort subite d'Abraxas. Narcissa en fut particulièrement bouleversée. Elle avait toujours vu Abraxas comme un homme vigoureux et hors de son temps. Elle en oubliait parfois son âge avancé. Cependant, des années d'un style de vie caractérisé par l'excès et la permissivité eurent finalement raison de lui.

Abraxas qu'avait eu un fort impact dans sa vie. Elle lui serait à jamais reconnaissante de lui avoir donné Draco. Ses motivations personnelles furent reléguées en arrière-plan, et Narcissa s'efforça d'être plus présente que jamais pour son fils dans cette période difficile. Il avait partagé une relation fusionnelle avec son grand-père et sa disparition l'ébranla profondément.

La mort soudaine d'Abraxas apporta son lot de rebondissements inattendus. Le contenu du testament d'Abraxas laissa tout le monde au dépourvu. Une grande partie du patrimoine personnel d'Abraxas, y compris les biens immobiliers, revenait à Lucius en tant qu'héritier direct. En revanche, ils furent interloqués d'apprendre que la majorité des parts détenues par Abraxas chez Machinations Malforescentes seraient directement léguées à Draco.

Abraxas autorisait seulement Lucius à garder son rôle de dirigeant exécutant en attendant que Draco soit prêt à prendre les commandes du groupe. Estimée à plusieurs milliards de gallions, l'entreprise était le pilier de la fortune familiale. Ce changement avait été effectué seulement quelques semaines avant la mort d'Abraxas.

« Vous a-t-il expliqué pourquoi il a fait ce choix ? » demanda Narcissa à l'attention de Sleezer.

« Pour des raisons de protection légale et d'optimisation financière. Le conseil d'administration de Machinations Malforescentes regarde attentivement certaines opérations de Lucius et à l'issue de leur enquête, il est fortement possible qu'elles puissent être considérées comme illégales. Cela pourrait avoir des répercussions graves pour Lucius et l'entreprise. En passant directement la succession à Draco, Abraxas s'est assuré de protéger tous les actifs, dans tous les cas. C'est une façon de contrecarrer les potentielles conséquences négatives. C'est la meilleure solution pour toutes les parties impliquées. » révéla Sleezer. « Abraxas m'a formellement interdit d'en parler. Naturellement, il ne s'attendait pas à une mort aussi subite mais il voulait être préparé, au cas où. »

À ses côtés, Lucius affichait désormais un teint livide. Il semblait plus angoissé que jamais, et avala à grands goulots la tasse de thé que l'elfe avait posé devant lui quelques instants plus tôt, l'air grave.

Abraxas lui-même connaissait l'incompétence de son fils et s'était assuré de ne pas le laisser en charge de quoi que ce soit. Les événements semblaient s'enchaîner si parfaitement pour Narcissa qu'on aurait presque pu croire à une prophétie. Comme si l'univers approuvait ses actions et la récompensait d'avoir pris son mal en patience pendant si longtemps. Narcissa jubilait. Même si la mort d'Abraxas était soudaine et dramatique, elle pourrait transformer cette tragédie en opportunité. Le testament d'Abraxas simplifierait les choses et lui permettrait sans doute d'épargner des années dans la mise en œuvre de son plan.

Lucius devint plus agité que jamais. Son hostilité envers Draco augmenta de manière exponentielle après l'annonce de la succession. Lucius était particulièrement exécrable avec Draco, qui ne pouvait évidemment pas comprendre les véritables raisons de la haine que Lucius lui portait.

« C'est lui qui aurait dû mourir à la place de grand-père. » martela Draco d'une voix impétueuse, lorsque Lucius quitta la pièce avec Sleezer.

« Draco… » temporisa Narcissa d'une voix ferme. « Je ne veux pas t'entendre prononcer de telles paroles. »

« Pourquoi ? Je sais que tu penses la même chose. » répliqua Draco en se tournant vers elle, le regard impérieux. « Comment peux-tu tolérer la manière dont il te traite ? »

« Il y a des choses que tu ne peux pas encore comprendre, Draco. Le mariage est une chose complexe. Tu le réaliseras toi aussi, quand le temps viendra. » assura Narcissa, une lueur d'affliction passant dans ses yeux bleus.

« Patience, mon fils. Bientôt, il cessera d'être un problème pour nous. » songea-t-elle.

Elle décida d'accélérer les choses. Elle augmenta les doses d'Eau d'Esquinte administrées à Lucius. Les effets ne se firent pas attendre sur l'état de santé de son mari. Lors d'une réunion importante avec Oscar Sleezer, Lucius se mit à tousser violemment, s'attirant les regards mal à l'aise de la tablée. Il éructait bruyamment, traversé d'une toux violente, le visage rougi.

« Je vais bien. » assura-t-il d'un ton impatient quand Narcissa le questionna sur son état. « Poursuivons. »

Sa voix était rauque et voilée. Il porta une main à sa poitrine, comme si quelque chose à l'intérieur de son thorax l'oppressait.

« Comme je vous l'expliquais, les conséquences de l'enquête du conseil d'administration vont sans doute se révéler dévastatrices. Il est crucial que nous mettions en place une stratégie proactive pour pouvoir leur couper l'herbe sous le pied. » déclara Sleezer.

Il se tourna vers Lucius.

« Lucius, il est très probable que le conseil d'administration vous poursuive en justice pour détournement de fonds et qu'il réclame une compensation conséquente. Et cela signifie que votre patrimoine personnel pourra être saisi. » indiqua Sleezer. « Les parts familiales de Machinations Malforescentes sont heureusement hors de portée grâce à l'acte de succession d'Abraxas au profit de Draco mais tout le reste peut être en péril. Notamment, votre manoir familial et tous vos autres actifs. »

Lucius grimaça, visiblement mécontent par les mauvaises nouvelles qu'il entendait. Ces derniers semaines, elles n'avaient cessé de tomber, comme si l'univers s'acharnait sur lui. Il ignorait que cela était le résultat d'une action bien réelle - celle de sa femme.

« Et n'y a-t'il personne qu'on peut tenter de convaincre ? » demanda Lucius d'un ton désespéré.

« Comme vous le savez, c'est l'une des premières solutions que j'ai explorées. Nous pourrons corrompre certains d'entre eux, mais pas suffisamment pour faire pencher la balance. » admit Oscar d'un ton navré. « Apparemment, certains des membres du conseil ont une vendetta personnelle envers vous, Lucius. Ils veulent vous voir couler. »

Lucius affichait un air d'impuissance totale, quelque chose que Narcissa avait rarement vu sur son visage en plus de deux décennies de mariage. Elle assistait chaque jour un peu plus à sa déchéance. Rien n'avait jamais était aussi jouissif pour elle.

« Dans ce cas, je veux faire en sorte de limiter le risque sur mon patrimoine. » indiqua finalement Lucius d'un ton résigné. « Nous ne pouvons pas nous permettre de risquer nos actifs financiers et nos biens immobiliers. »

Sleezer hocha la tête dans un signe d'approbation.

« Pensez-vous que transférer tous mes actifs à Narcissa sera suffisant ? Est-ce que cela pourra les empêcher de les atteindre ? » demanda Lucius à l'attention de l'avocat.

« Oui. » assura Sleezer. « C'est la solution la plus raisonnable et la plus sûre à ce stade. Une fois que l'enquête terminée et votre condamnation annoncée et actée, nous pourrons exécuter le transfert dans l'autre sens. »

« En combien de temps pouvons-nous transférer la propriété de tous mes actifs à Narcissa ? » interrogea Lucius.

« En trois jours, si les papiers sont rédigés et signés aujourd'hui. » informa Oscar.

Lucius hocha la tête, une once de soulagement sur son visage.

« Dans ce cas, faites-le au plus vite. » réclama-t-il à l'avocat.

C'est gagné, pensa Narcissa avec exultation. Elle devrait faire en sorte que le conseil prenne les mesures nécessaires pour sanctionner Lucius de manière adéquate. Ce fut quelques jours plus tard que son plan prit une nouvelle tournure décisive. Elle était assise à son bureau, anxieuse et incapable de se concentrer sur quoi que ce soit. Son cœur s'accéléra lorsqu'elle entendit des coups contre la porte.

« Entrez. » dit Narcissa.

Allegra pénétra dans la pièce, un air serein sur son visage. Elle referma la porte avec soin derrière elle avant de s'approcher du bureau. Les yeux bleus de Narcissa étaient rivés sur elle, attentifs et inquisiteurs.

« Alors ? » demanda-t-elle d'un ton avide, incapable de patienter davantage.

« C'est fait. » confirma Allegra tandis qu'un sourire se formait sur son visage.

Narcissa ressentit un soulagement et une euphorie déferlants. Elle poussa un long soupir, comme pour évacuer toute l'angoisse qu'elle avait accumulée au cours des dernières semaines.

Enfin, songea-t-elle avec un plaisir non dissimulé. Les cartes commençaient vraiment à se mettre en place. Elle avait fourni à Allegra les documents qui finiraient par détruire Lucius - des preuves écrites et irréfutables de ses opérations illégales à travers les années. Allegra avait donné ces informations au conseil, avec qui elle communiquait en secret depuis plusieurs mois, agissant en tant que lanceuse d'alerte. Le conseil avait promis à Allegra que les discussions seraient tenues confidentielles. Personne ne pourrait soupçonner qu'elle était à l'origine des preuves.

Mieux encore, le conseil lui-même ne saurait pas que c'était en fait Narcissa qui tirait les ficelles.

Lucius allait être rétrogradé, cela ne faisait plus aucun doute. Il perdrait ses fonctions de manière imminente. Cela avait pris du temps, beaucoup de temps, mais Narcissa s'approchait de son objectif et la sensation était des plus jouissives.

Elle se redressa avec élégance et d'un pas léger, fit le tour du bureau. Elle s'avança vers Allegra et enlaça sa taille, l'attirant contre elle. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser passionné et brûlant. Elles se perdirent dans ce baiser intense, enivrées par le goût de l'interdit, du danger et par la satisfaction d'une mission accomplie. Lorsqu'elles s'écartèrent, le souffle court, elles échangèrent un long regard brûlant.

« Tu me manques. » confessa Allegra dans un murmure.

Leurs entrevues secrètes s'étaient faites plus rares à cause des évènements récents. Plus que jamais, Narcissa ne pouvait pas se permettre de laisser le moindre doute planer. Son image et sa réputation seraient des outils cruciaux pour l'aider à surmonter les événements à venir. Elle était si près du but. Elle pouvait presque le toucher avec ses doigts. Elle ne laisserait pas un désir éphémère détruire ce pour quoi elle avait travaillé depuis tant d'années. Elle avait pris son mal en patience. Elle avait enduré les humiliations constantes de son mari. Elle avait gardé le silence pendant qu'elle se faisait rabaisser. Elle avait toléré de partager sa vie avec un homme qu'elle détestait profondément. Mais tous ses sacrifices seraient vains si elle commettait une erreur avant d'atteindre son objectif.

« Je sais, mais nous n'avons pas le choix. Tu sais ce qui est en jeu. » lui rappela Narcissa, retrouvant sa contenance.

Allegra hocha la tête. Narcissa arrangea sa robe et prit son rouge à lèvres dans sa pochette posée sur le bureau. Elle appliqua délicatement le bâtonnet sur ses lèvres.

« Une fois que ce que j'ai prévu sera réalisé, tout sera différent. » assura Narcissa, son ton rempli de promesses.

Allegra acquiesça de nouveau, lui signifiant qu'elle comprenait.

« Dans ce cas, je vais me remettre au travail et m'assurer que ce soit le cas. » indiqua-t-elle d'un ton mutin, qui contrastait avec l'air sérieux qu'elle affichait généralement devant ses pairs.

Narcissa esquissa un sourire satisfait et caressa lentement la joue de son amante. Allegra ferma les yeux à son toucher, un air heureux sur le visage. Lorsqu'elle les ouvrit de nouveau, ses yeux bruns lancèrent un regard flamboyant à Narcissa avant qu'elle ne quitte la pièce.

La concrétisation de son plan arriva quelques semaines plus tard, lors d'une journée ensoleillée, sur la véranda du manoir familial. Les Malfoy étaient en compagnie d'Astoria Greengrass, bien décidé à faire bonne figure pour lui faire croire qu'ils étaient intéressés par la perspective d'une union entre leurs deux clans. Lucius ne prenait pas part à la conversation, le visage blême et tiraillé. Narcissa avait constaté que son état s'était détérioré depuis quelques jours et il semblait évident qu'il était en souffrance. Une conséquence de l'Eau d'Esquinte, sans aucun doute. Elle se demandait si l'angoisse et le stress liés à ses problèmes récents avaient aggravé les choses. Il faisait peine à voir. Narcissa, elle, jubilait intérieurement.

Alors que Narcissa discutait avec Astoria de sujets qui lui semblaient aussi futiles et ennuyeux que les autres, elle entendit soudainement le bruit du verre brisé.

Elle tourna la tête en direction de Lucius qui était soudainement tombé à terre, sur ses genoux. Son visage avait changé de couleur, prenant une teinte presque bleutée et ses mains étaient gluées sur son torse, au niveau de son cœur, comme s'il ne parvenait pas à respirer.

« Lucius ? Lucius ! » s'écria Narcissa avant de se ruer dans sa direction.

Il sembla vouloir communiquer mais aucun son ne sortait de sa bouche. Derrière Narcissa, Draco et Astoria l'observaient avec horreur. Lucius tomba soudainement au sol et cessa de bouger.

Les Médicomages arrivèrent avec une rapidité saisissante et Narcissa les observa avec un air déploré pendant qu'ils administraient les premiers soins à son époux. Elle simula la préoccupation. Lucius fut transporté en toute urgence à l'hôpital.

À l'hôpital, après quelques heures d'attente, on leur expliqua que Lucius avait souffert d'un infarctus cérébral. Si son pronostic vital n'était pas engagé, l'attaque aurait des conséquences graves sur sa santé.

Après avoir mené de nombreuses analyses, les Médicomages ne semblèrent pas identifier une cause particulière. À son âge, leur expliqua-t-on, cela pouvait arriver, même si cela n'était pas commun.

Narcissa passa trois jours à l'hôpital à veiller sur son mari, ne quittant pratiquement pas sa chambre. Elle reçut les regards de pitié et de compassion, et des promesses de prières à Voldemort pour la rémission de son mari. Elle reçut une pléthore de messages de la part de la communauté. Elle ne prit même pas la peine de les lire et donna l'ordre à Allegra de leur répondre avec des remerciements standards.

Elle voulait s'assurer de ne pas être trop vue en public. Dans les rares moments où cela survenait, il serait important de paraître tourmentée. Elle savait que tout le monde était susceptible de l'observer. Y compris les Guérisseurs et les Infirmages qui se bousculaient auprès de son mari.

Après deux semaines de soins, Lucius fut autorisé à rentrer chez lui.

Lucius était désormais dans un état végétatif. La moitié de son visage était paralysée, ne lui permettant pas de faire des mouvements. Il ne pouvait plus marcher et devait être alité ou assis sur un fauteuil adapté.

Selon les analyses initiales, Lucius ne pourrait presque plus rien faire de lui-même et devrait être aidé dans toutes les tâches du quotidien, même les plus basiques. Il n'aurait plus aucune autonomie.

Une guérisseuse fut mandatée pour s'occuper de Lucius temporairement et pour montrer aux elfes de maison et à Narcissa les bons gestes. Si Lucius pensait une seule seconde quelle serait celle qui lui ferait sa toilette, il serait gravement déçu, songea Narcissa avec mépris. Elle le laisserait subsister dans sa propre crasse sans aucun remords, si cela ne tenait qu'à elle.

« Il y a de fortes chances que son état ne s'améliore jamais », avait gravement annoncé un Médicomage à Narcissa. Il l'avait regardée avec compassion pendant qu'elle faisait mine de pleurer à chaudes larmes devant la nouvelle.

Ce qui rendit Narcissa la plus heureuse fut la perte de parole de Lucius. Il pouvait communiquer de manière extrêmement limitée, à travers des gestes non contrôlés et le regard. Sa nouvelle condition était sans aucun doute un calvaire pour un homme aussi fier et fanfaron que lui. Il n'avait plus son mot à dire et devait subir l'humiliation de devoir être aidé par autrui dans les moments les plus personnels du quotidien.

Narcissa était enchantée par la tournure des choses. Elle avait dû se montrer extrêmement prudente quant au sort réservé à son mari. Elle n'avait pas pu tuer son mari. Elle était soumise à une ancienne règle qui régissait les Treize sacrés. Si un membre des Treize causait la mort, volontairement, indirectement ou par conspiration d'un autre membre, cela entraînerait sa propre mort. Le texte ne mentionnait pourtant rien au sujet des blessures à long terme. Lucius était dans un état végétatif, ce qui permettait à Narcissa d'avoir le dessus sur tous les plans.

C'était pour cela qu'elle avait toujours une bonne négociatrice et une femme d'affaires. Elle savait comment reconnaître les zones d'ombre et comment les utiliser à son avantage.

Dobby conduisit le fauteuil volant de Lucius jusqu'aux appartements de Narcissa, une fois la Guérisseuse partie. L'elfe sembla un peu surpris par la demande. Ils faisaient chambre séparée depuis bien des années.

Narcissa entra dans la pièce, vêtue d'un peignoir en soie sophistiqué. Sous la tenue, elle portait un ensemble de lingerie qui soulignait toutes ses courbes, mettant en valeur son corps de manière particulièrement séduisante. Un ensemble en dentelle noir, contrastant avant sa peau ivoire. Même après les années, elle avait toujours mis un point d'honneur à maintenir son physique. Elle avait remarqué que les femmes autour d'elle avaient tendance à négliger leur apparence une fois devenues mères. Elle connaissait toutefois le pouvoir de la beauté et de la féminité et ses bénéfices pour une femme. Bien qu'elle n'ait pas agi de la sorte dans le but de séduire son époux, elle était consciente qu'il était important de rester désirable.

Narcissa saisit un verre de whisky-pur-feu et, avec assurance, se dirigea vers le grand lit de sa chambre. Elle s'installa sur le bord, face à Lucius, assis sur son fauteuil volant. La partie gauche de son visage était figée, mais son œil gauche était mobile. Parfois, ses yeux semblaient rapidement se déplacer dans leurs orbites, comme s'il tentait de communiquer de quelques manières que ce soit.

Elle observa son mari et l'état pitoyable dans lequel il était, avec satisfaction. Elle saisit le verre, porta celui-ci à ses lèvres et avala une gorgée de liqueur.

« Demain, je serai officiellement nommée à ta place au poste de gouverneure pour notre clan. » annonça-t-elle avec un plaisir non dissimulé. « En attendant que tu te remettes sur pied. Ce qui n'arrivera jamais, bien sûr. »

Elle avait ajouté cela avec un rire ouvertement moqueur.

« Je t'avais assuré que je me vengerais Lucius, t'en souviens-tu ? Ce jour est enfin arrivé. Je n'avais pas imaginé à quel point ce serait satisfaisant. Te voir dans cet état dépasse toutes mes attentes. » admit-elle. « Tu as enfin ce que tu mérites. »

Elle caressa le bras du fauteuil de Lucius d'un geste lent.

« Tu sais que je ne peux malheureusement pas te tuer. Même si ce n'est pas le désir qui manque, crois-moi. Mais tu ne mérites pas que je perde la vie. Et sincèrement, cette situation me convient parfaitement. Tu ne pourras plus rien faire. Tu vivras ainsi pendant encore de très longues années, sans possibilité d'autonomie. Avec le temps, tu perdras le reste de tes facultés. C'est ce que les Médicomages m'ont expliqué. Ils ont proposé un nouveau traitement alternatif encore en phase de test, mais qui a donné des résultats encourageants sur d'autres patients. Ils sont persuadés que ça améliorera les choses pour toi. Mais, je leur ai expliqué qu'on ne peut pas prendre le risque d'administrer un traitement expérimental à un gouverneur - enfin un ancien gouverneur. La pauvre épouse éplorée que je suis ne peut s'y résoudre. Je préfère attendre qu'il soit approuvé. Selon les Médicomages, ça prendra du temps. Des années, sans doute. Mais rassure-toi, j'ai tout prévu pour toi, cher époux. Pendant tout ce temps, tu apprendras enfin ce que cela fait d'être la personne qui doit rester plantée là, en étant ignorée. La personne qui tente de s'exprimer, mais dont les opinions ne sont pas respectées. Tu vas enfin comprendre ce que j'ai vécu pendant presque toutes ces années à tes côtés. » dit-elle avec un sourire malveillant.

Elle prit une autre gorgée de whisky-pur-feu, la savourant pleinement.

« Oh ce silence. Qu'il est agréable. Je n'ai plus besoin de supporter tes accusations incessantes, tes manques de respect, tes critiques rabaissantes. Ce silence est tellement rafraichissant. » admit-elle.

On tapa soudainement à la porte.

« Entrez » lança Narcissa.

Allegra entra dans la pièce. Narcissa lui fit signe d'approcher et elle s'exécuta, l'air un peu hésitant. Narcissa saisit doucement le bras d'Allegra et l'invita à s'asseoir à ses côtés, au bord du lit. Allegra jeta un regard incertain vers Lucius puis vers elle, confuse.

Cette dernière esquissa un geste pour lui caresser la joue. Allegra avait été le secret de Narcissa pendant des années. Jusqu'aujourd'hui.

Les yeux de Lucius s'agitèrent et Narcissa devina à son expression qu'il avait enfin compris la vraie nature de sa relation avec Allegra. Un rictus habilla le visage de Narcissa. Elle avait obtenu sa vengeance et lui avait quasiment tout pris. Mais, ce n'était pas encore tout à fait suffisant, décréta-t-elle. Elle se tourna vers Allegra et approcha son visage du sien, pressant ses lèvres contre les siennes, l'embrassant passionnément. Lorsqu'elles s'écartèrent, Narcissa se tourna vers Lucius, affichant un air impérieux.

« Tu vas tout simplement mourir à petit feu pendant que tu me regardes enfin vivre. Et cette pensée m'apporte une immense satisfaction. » assura Narcissa d'une voix doucereuse.

Elle retira son peignoir, le faisait tomber à ses pieds, révélant sa lingerie fine, sous le regard appréciateur d'Allegra. Narcissa la fit reculer sur le lit et se plaça à califourchon sur elle. Puis, le regard, assombri d'un désir dévorant, elle se pencha sur son amante et lui captura les lèvres, caressant son corps fébrilement pour la déshabiller.

Pour la première fois depuis le début de leur mariage, son mari allait la voir prendre du plaisir pendant des ébats. Comme elle-même l'avait fait durant des années car Lucius s'obstinait à prendre sans jamais rien donner en retour.

À chaque fois qu'elle ferait l'amour à Allegra, elle le forçerait à être présent dans la pièce. Et il n'aurait d'autre choix que de les regarder, impuissant.

Oui, Lucius allait littéralement la regarder vivre.


Narcissa a enfin eu sa vengeance sur Lucius... A-t-elle eu raison ou est-elle allée trop loin ? Quant aux Zabini, l'appât du gain les incite à s'acoquiner avec les ennemis du régime. Espérons pour eux que les Lestrange ne le découvrent pas…

J'adore tellement ce chapitre, vous n'avez pas idée ! Il est jouissif parce qu'il reprend certaines scènes depuis le premier chapitre. J'adore écrire les rétrospectives des personnages qui réfléchissent et planifient sur le long terme. En tant qu'auteure, c'est gratifiant de voir se concrétiser des intrigues dont les détails ont été disséminés précédemment.

Dites-moi ce que vous en avez pensé en attendant la suite !

Fearless