Valeur et vertu,
Un grand merci à Fleur d'Ange, Sarah MAES, Jiwalumy, Michtochondrie, drou et plinchy pour vos reviews ! Cœurs sur vous !
Récap des chapitres précédents:
* Lucius Malfoy a souffert d'une crise cardiaque sévère qui la laissé paralysé (après avoir été lentement empoisonné par Narcissa, par vengeance)
*Après sa disparition, Théodore a reçu une lettre écrite de la main d'Hermione (sous la contrainte) lui indiquant que son départ était volontaire. Son enlèvement a été commandité par les Lestrange pour la punir de son union avec Théodore.
* 8 ans plus tôt, Hermione a vécu l'invasion de sa région libre par le régime de Voldemort. Ce jour-là, elle a assisté à l'exécution de James et Lily Potter.
* Après sa fuite de l'Ambrosia avec Ivo, elle a accepté de rejoindre les rangs de l'Ordre du Phénix.
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LVII. Coup Double
L'esprit préoccupé, Astoria observa les mots qu'elle venait d'apposer soigneusement sur le parchemin délicat. Elle avait rédigé cette lettre à plusieurs reprises, peinant à trouver les bons mots, de peur de trop en dire ou pas assez.
« Astoria, ne fronce pas autant les sourcils. Ce n'est pas esthétique. » commenta une voix familière derrière elle, la faisant sursauter.
Sa sœur ainée, Daphné, apparut devant elle, l'observant d'un air critique.
« Tu es encore en train de pleurnicher ? Il n'y a pas mort d'homme à ce que je sache. » poursuivit Daphné d'une voix agacée.
Astoria secoua la tête, s'efforçant de reprendre sa contenance. Elle était à fleur de peau depuis sa visite au manoir des Malfoy. Assister en direct à l'attaque de Lucius Malfoy avait été particulièrement traumatisant. Durant l'espace d'un instant, en voyant la mine livide du gouverneur, elle avait cru au pire.
A ses côtés, Draco avait semblé partager la même crainte. C'était d'ailleurs la première fois qu'elle l'avait vu perdre ses moyens. Alors qu'il contemplait son père inconscient, l'air désemparé et impuissant, elle avait aperçu chez lui une facette plus humaine. Elle ne pouvait lui faire aucun reproche. Elle était restée elle aussi paralysée, incapable de faire le moindre geste.
Elle ignorait comment les choses auraient pu tourner si Narcissa Malfoy n'avait pas fait preuve de tels réflexes. Elle s'était précipitée auprès de son mari, criant son nom, pour lui administrer des sortilèges de premiers soins.
C'était pour cette raison qu'Astoria s'était orientée vers la psychomagie. Elle savait qu'elle n'aurait jamais pu supporter de voir des personnes en détresse physique. Elle n'aurait jamais le sang-froid nécessaire pour rester calme et leur porter assistance. Elle avait toujours été bien trop sensible pour ça. Chaque seconde était comptée dans ces situations.
Sous tension, la communauté entière retint son souffle les jours qui suivirent le malaise de Lucius Malfoy, redoutant les nouvelles sur son état de santé. Astoria était restée en retrait, se mordant les doigts, remplie d'angoisse.
Elle aurait aimé manifester son soutien de manière plus active, mais elle craignait que ce ne soit pas opportun. Après tout, elle n'était encore rien pour leur famille et s'immiscer dans un moment si personnel n'aurait pas été approprié.
Elle choisit donc d'envoyer une lettre et des fleurs pour leur faire part de son soutien et de ses vœux les plus sincères de rétablissement. Elle avait été agréablement surprise de recevoir une lettre de remerciements de la part de Narcissa, dès le lendemain. Le courrier était même arrivé avec une bonne nouvelle : le pronostic vital de Lucius n'était pas menacé dans l'immédiat et il pourrait rentrer chez lui.
Astoria n'avait reçu aucunes nouvelles directes de Draco mais ne s'en était pas formalisée. Elle avait conscience de l'ampleur de la difficulté de sa situation. Elle avait donc décidé de lui écrire une lettre, cette fois plus personnelle, pour lui témoigner son soutien et lui indiquer qu'elle était disponible si jamais il avait besoin de quoi que ce soit.
« Alors, cette lettre avance ? » demanda Daphné en prenant place à ses côtés.
Astoria hocha la tête et tendit le parchemin à sa sœur, attendant avec appréhension son retour. Daphné était une personne très exigeante. Depuis qu'elle donnait des conseils à Astoria au sujet des Malfoy, son exigence avait même doublé. Astoria était angoissée à l'idée de ne pas pouvoir répondre aux attentes de sa sœur ainée. Comme à l'accoutumée, elle n'avait rien osé dire. Daphné n'était pas le genre de personnes à qui l'on disait non et Astoria, qui n'aimait pas le conflit, s'abstenait de tout ce qui aurait pu la contrarier. La seule fois où elle avait osé questionner les recommandations de sa sœur, cette dernière avait semblé outrée, l'accusant d'être ingrate et lui rappelant qu'elle ne faisait que l'aider.
Daphné attrapa la plume d'Astoria et commença à apporter des améliorations sur la missive. Elle insistait pour relire ses communications avec Draco et conseillait Astoria sur le contenu de ses messages.
« Je ne peux pas te laisser tout ficher en l'air. » lui avait-elle indiqué.
Astoria aurait aimé que sa sœur lui fasse davantage confiance, mais elle savait que les intentions de cette dernière étaient bonnes. Elle avait plus d'expérience de vie et connaissait bien Draco, avec qui elle avait été amie depuis sa scolarité à Poudlard. Astoria se fiait beaucoup à son opinion. Elle décida de mettre sa frustration de côté.
Elle avait toujours été bien plus sensible que Daphné et la détresse et l'infortune des autres l'affectaient profondément. Elle avait pleuré à plusieurs reprises après l'incident, s'efforçant de rester seule quand elle était envahie par les émotions, ne voulant pas recevoir les critiques de sa sœur au sujet de son attitude. Une fois que Daphné eut terminé de corriger la lettre, elle lui tendit le parchemin, couvert de notes.
« Tu peux la récrire en prenant compte des changements. » indiqua Daphné.
Astoria hocha la tête et entreprit de réécrire la nouvelle version de la missive. Un elfe pénétra dans la pièce pour leur servir du thé.
« Mets un peu de parfum. Rien de très choquant, juste une note subtile. » lui conseilla Daphné.
Daphné pensait que ce serait une manière discrète et subtile de rester inconsciemment dans l'esprit de Draco, en attisant ses sens. Même s'ils ne se voyaient pas, le fait qu'il puisse sentir l'odeur de son parfum sur le parchemin lui rappellerait la présence d'Astoria.
Parfois, Astoria se demandait d'où sa sœur tirait toutes ses idées. Elle se demandait même si Daphné n'écoutait pas secrètement les conseils de son amie ennemie, Pansy Parkinson, qui tenait une chronique populaire à la radio, dédiée aux femmes. Elle avait toutefois gardé ce commentaire pour elle.
« Quel soulagement que les Médicomage aient pu sauver le Gouverneur Malfoy. » admit Astoria avec un soupir. « J'espère qu'il pourra définitivement se rétablir. Toute cette situation est si triste... Je ne peux pas imaginer traverser une telle épreuve... »
Cette pensée lui provoquait même un pincement douloureux dans l'estomac tant elle était angoissante. Daphné déposa sa tasse de thé, l'air indifférent.
« Je ne me ferais pas trop d'espoir, si j'étais à ta place. J'ai entendu dire que sa condition est déplorable. Pire qu'un légume. Les chances qu'il retrouve l'usage de ses membres sont faibles. » expliqua Daphné.
Astoria frissonna à l'entente de ces mots et ne put s'empêcher de penser à Draco. Après la mort récente de son grand-père, le patriarche Abraxas Malfoy, traverser une telle tragédie devait être dévastateur.
Astoria était consciente que ce genre d'événement pouvait avoir un impact durable sur une personne. Elle-même avait vu la santé de sa mère se dégrader ces dernières années. Même si les problèmes de Renata Greengrass étaient davantage d'ordre mental, ils avaient des répercussions sur son physique. Renata n'était plus la femme qu'elle avait été. Elle était devenue une coquille vide, ne ressemblant plus qu'à une ombre d'elle-même. Son mari et sa fille ainée semblaient généralement l'ignorer, comme si ses troubles les rendaient mal à l'aise. Comme beaucoup de personnes, ils ne comprenaient pas les troubles mentaux et les considéraient comme une tare. Dans les milieux élitistes du régime, ces préjugés étaient ancrés encore plus profondément. Ces familles prétendaient avoir des gènes supérieurs au reste de la population et fuyaient tout ce qui pouvait contredire cette croyance. Astoria, quant à elle, n'avait jamais quitté le chevet de sa mère. L'une des raisons qui l'avaient poussée à étudier la psychomagie était de pouvoir mieux comprendre ce que sa mère vivait.
« Il est très probable que le gouverneur Malfoy décède plus rapidement que prévu et qu'ils décident d'accélérer la succession de Draco. » devina Daphné, une lueur calculatrice dans ses yeux verts. « Cela signifie que Draco aura la responsabilité de se marier. »
Astoria ne manqua pas l'air jubilatoire de sa sœur tandis qu'elle prononçait ces paroles. Elle ressentit un malaise l'envahir. Elle trouvait inapproprié et cruel le fait de faire de tels pronostics sur la santé et la vie d'une personne.
Daphné savait mettre ses émotions de côté pour pouvoir se concentrer sur une tâche ou sur un but, de manière objective. Parfois, Astoria enviait sa capacité à conserver son calme en toute situation. Elle était souvent à fleur de peau et facilement affectée par les énergies et les émotions des autres.
« Tu devrais proposer à Draco de venir lui rendre visite. J'imagine qu'il a besoin de se changer les idées. » continua Daphné d'un ton plat. « C'est le moment opportun pour gagner des points en étant présente pour lui... »
« Il n'a répondu à aucun de mes messages. J'ignore s'il est prêt et disposé à… » commença Astoria.
« Passe par sa mère. » interrompit Daphné. « Elle sera bien plus réactive. Cet instant est crucial et pourrait nous être bénéfique si nous jouons bien nos cartes. Ton soutien dans cette période difficile et décisive jouera en ta faveur. »
Daphné entama l'un de ses longs monologues, ignorant totalement Astoria qui se contenta de garder le silence. Cette dernière, pour la première fois de sa vie, ne put ignorer cette contrariété soudaine qu'elle ressentait face à l'attitude égoïste et insensible de sa sœur aînée.
/
D'un geste maîtrisé, Harry décèlera à la dernière minute et traversa le champ de protection magique invisible, pénétrant dans le QG de l'Ordre du Phénix. Son balai ralentit et perdit de l'altitude, effectuant une descente tranquille vers la terre ferme.
Arrivé à un mètre du sol, Harry sauta de son balai, attrapant l'extrémité de celui-ci. Sa promenade dans les airs lui avait fait un bien fou. Cette méthode était toujours aussi efficace quand il ressentait le besoin pressant de se détendre et de libérer son esprit.
Il avait parfois le sentiment d'être plus à l'aise dans les airs que sur la terre ferme. Harry avait eu tout juste deux ans, la première fois qu'il était monté sur un balai. Il avait alors voulu suivre les traces de son père, James, un grand féru de Quidditch qui avait même été capitaine de l'équipe de sa maison pendant sa scolarité.
À quatre ans, Harry avait pris son envol seul pour la première fois sur un balai miniature, devant l'œil fier et excité de James. Lily était à ses côtés, observant son petit garçon avec inquiétude, peu rassurée de le voir à plusieurs mètres du sol, sans être accompagné d'un adulte.
Harry avait toujours adoré voler avec son père. Courses effrénées clandestines et matchs de Quidditch improvisés avaient été un moment de détente et de complicité entre père et fils. Un moyen de décompresser et d'oublier temporairement leurs circonstances et le combat difficile qu'ils menaient chaque jour.
Dans ces moments où il se sentait particulièrement perdu, comme aujourd'hui, Harry aurait souhaité que son père soit toujours en vie et à ses côtés pour le guider. Il traversait des périodes où il était assailli de questions car il doutait de ses capacités à prendre les bonnes décisions. Il avait toujours eu la propension à s'auto-saboter en raison de ses pensées parasites.
Ironiquement, c'était son habitude de se comparer à son père qui avait engendré cette anxiété. Il avait toujours vécu dans l'ombre de son père, un leader naturel et apprécié de tous. La présence de James avait toujours été rassurante, car il avait quelqu'un pour lui apporter soutien et direction. Sa mort soudaine, après une attaque qui avait mal tourné, lui avait fait réaliser à quel point il se complaisait dans l'ombre de son père, même s'il prétendait le contraire. C'était une place sécurisante, avec des enjeux faibles. Après la mort de ses parents, Harry avait dû faire face à de nombreux changements et sortir de sa zone de confort.
Les gens qui l'entouraient avaient commencé à le regarder avec espoir, s'attendant à ce qu'il reprenne le flambeau d'une place pourtant irremplaçable.
La pression était difficile à gérer, et parfois, comme ces derniers jours, elle devenait même paralysante. Bien qu'il admirait grandement son père, Harry n'appréciait pas que l'on fasse des comparaisons entre eux. Il avait le sentiment que malgré tous ses efforts, il ne parviendrait jamais à sa hauteur.
Au fil du temps et probablement grâce à l'expérience, ce sentiment avait commencé à s'estomper et il avait identifié des méthodes pour l'aider à sortir de ce cycle négatif. Il avait trouvé que se retirer temporairement de la communauté pour se ressourcer était un des meilleurs moyens de faire cela.
Durant ces moments d'accalmie, Harry revoyait le visage chaleureux de sa mère qui lui répétait qu'il était une personne à part entière. Lily avait toujours été consciente de l'admiration sans bornes qu'Harry vouait à son père, mais également de cette insécurité et ce sentiment d'infériorité qui l'habitaient. Elle avait toujours eu un don pour trouver les mots les plus justes.
Tandis qu'il traversait la route principale de la base, Harry nettoya la buée accumulée sur ses lunettes avant de les replacer sur son nez.
« Hey, Harry ! » s'exclama une voix derrière lui.
Il se retourna et vit un homme d'une quarantaine d'années lui faire de grands gestes de la main, sous le porche d'un stand où étaient placés divers accessoires de vol. Harry s'avança vers le stand en faisant un signe de la main à Ionas en guise de salutation.
« Liberté et dignité, Ionas. »
« J'ai bientôt terminé ton nouveau balai, fiston. » lui indiqua fièrement l'homme, une excitation évidente dans la voix. « Je travaille sur les dernières finitions. J'ai trouvé un moyen pour augmenter la portée du sortilège anti-maléfice. »
Les balais volants étaient le mode de transport privilégié des membres de l'Ordre du Phénix. Leur base étant située dans une région montagneuse, cela rendait les déplacements par la route plus complexes.
La hauteur des montagnes permettait de cacher la base, et évitait ainsi que les Rafleurs ne les repèrent. Ces derniers étaient mandatés par le régime pour traquer les dissidents qui trouvaient souvent refuge en dehors des villes, dans des endroits isolés.
« J'ai hâte de voir ça. Merci, Ionas. » assura Harry d'un ton appréciateur.
Ionas Wilkes était fabricant de balais depuis près de deux décennies. Un savoir-faire hérité de ses ancêtres qui avaient travaillé sur l'élaboration de balais depuis des générations. Avant de se joindre à la Résistance, il avait même travaillé pour la marque de renom Nimbus. Grâce à son expertise, ils avaient pu bénéficier de balais de grande qualité, et ne dépendaient plus du marché noir pour s'en procurer. Ionas avait conçu des balais destinés aux transports de marchandises, ensorcelés pour suivre un itinéraire précis. Un de leurs principaux défis était de se procurer des ressources et de la nourriture. L'utilisation des balais ensorcelés réduisait les effectifs humains nécessaires au transport des vivres. Cette méthode comportait néanmoins ses inconvénients. Le balai suivait sans jamais en dévier l'itinéraire donné. Cela signifiait que n'importe quel individu malintentionné pouvait le voir et le suivre. Le sort de dissimulation placé sur le balai ne durait jamais pendant toute la traversée. Afin de réduire les risques, les balais de transport étaient dirigés vers des destinations un peu éloignées de la base. Des membres de l'Ordre allaient ensuite chercher les colis, s'assurant que la voie était libre.
Les membres de l'Ordre du Phénix avaient pris possession de ces montagnes depuis presque deux ans. Le campement de départ était devenu un petit village fonctionnel. L'endroit était stratégique et leur offrait un excellent refuge discret, mais il était difficile d'y accéder et cela posait des problèmes logistiques. Depuis quelques semaines, ils étaient à la recherche d'une nouvelle base avec des caractéristiques similaires. Même si les membres de leur groupe n'étaient pas itinérants, contrairement à la faction nomade de la Ruée Hostile, ils s'efforçaient de ne pas rester au même endroit pendant trop longtemps. Avec les années, ils avaient amélioré leurs capacités à établir un camp sédentaire qui pouvait être déplacé relativement facilement en cas de besoin. L'expertise d'un professionnel en urbamagie leur avait permis de concevoir des hameaux en adéquation avec leur environnement et leur mode de vie.
Harry poursuivit son chemin après avoir salué Ionas. Il aperçut Hermione et Ivo sur les marches de la cabane utilisée comme salle de classe pour les enfants de la base. Il vit un sourire animer le visage de la jeune femme.
C'était le seul moment où il la voyait sourire quand elle était en compagnie du jeune garçon. Avec les autres, elle était généralement sur la réserve et sur ses gardes. Elle s'était lentement ouverte à certaines personnes, notamment Marlène et Harry, mais on décelait toujours cette méfiance naturelle. Il était évident qu'elle n'accordait pas facilement sa confiance. Harry comprenait la raison de son attitude. Elle avait subi de nombreux traumatismes. Il n'était pas surpris de voir qu'elle construisait une carapace autour d'elle-même pour se protéger.
Harry pénétra dans un bâtiment aux murs lisses, élevé sur des pilotis. Il se retrouva devant une porte sur laquelle se dressait un tableau représentant un vieil homme. Il portait des cheveux argentés et une barbe imposante de la même couleur, lui arrivant jusqu'à la taille. Derrière ses lunettes en forme de demi-lune, on voyait un regard bleu, sondeur et perspicace.
Albus Dumbledore — le seul sorcier que Lord Voldemort n'ait jamais craint. Le Grand Conflit avait duré près d'une décennie car il avait réussi à opposer une résistance au coup d'État de Voldemort, deux centenaires plus tôt. Au terme d'une longue guerre sanglante, Voldemort avait finalement triomphé. Albus Dumbledore et son clan, très affaiblis, avaient dû fuir la répression du nouveau régime purifié de Voldemort. Le premier groupe de résistants avait ainsi vu le jour.
« Veritas liberabit vos. » prononça Harry à l'attention du tableau.
Dumbledore lui adressa un clin d'œil et le tableau coulissa, laissant apparaître une entrée. Harry pénétra dans la salle où était dressée une grande table en bois massif au centre de la pièce.
« Ah, te voilà enfin. J'ai cru que j'allais devoir faire cette réunion seul. » commenta Sirius avec un sourire en coin.
Harry se dirigea vers son parrain et prit place à ses côtés à la table.
« Où sont les autres ? » demanda-t-il, étonné.
Il avait redouté d'être en retard après son excursion aérienne.
« Je suppose que Remus a été embusqué par Tonks. Quant à Servilus, probablement en train de se graisser les cheveux, quelque part. » répondit Sirius d'un ton méprisant.
Harry eut du mal à garder son sérieux face à la remarque. Sirius et Severus se détestaient depuis longtemps et les années ne semblaient pas atténuer leur haine. Sirius ne manquait jamais une occasion de faire une remarque acerbe à Severus qui se contentait généralement de l'ignorer, ce qui avait pour effet d'agacer Sirius au plus haut point, car il n'appréciait ni l'indifférence, ni le mépris discret. Aussi loin que Harry puisse s'en souvienne, ils avaient toujours manifesté un dédain réciproque. Il n'était même pas certain de pouvoir expliquer l'origine de leur différend. Après la mort de Lily et James, le conflit avait empiré. Harry avait cru que cette tragédie leur ferait enfin enterrer la hache de guerre, après avoir assisté à la mort de leur meilleur ami respectif, mais les choses ne s'étaient pas déroulées ainsi.
« Tu sembles épuisé. » fit remarquer Sirius en l'observant. « Encore ces insomnies ? »
Harry hocha la tête. Il souffrait d'insomnies fréquentes.
« Tu réfléchis trop. C'est vraiment de ta mère que tu tiens ça. James n'était pas du genre à réfléchir. Il fonçait toujours dans le tas. » commenta Sirius avec un sourire affectueux, le même qu'il arborait quand il se remémorait des souvenirs de son meilleur ami.
James et Sirius avaient été inséparables depuis leur rencontre à Poudlard. Les parents de James avaient même recueilli Sirius pendant l'été de sa dernière année, après sa fugue. Quelques mois plus tard, en compagnie de deux amis proches, James et Sirius avaient décidé de quitter le régime une fois pour toutes afin de rejoindre la Résistance. Ils avaient choisi de ne plus revoir leurs familles respectives, en acceptant leur nouveau statut de traîtres à leur sang. Ils avaient fondé une famille de cœur.
C'était lors d'une mission pour porter secours aux habitants d'une région sur le point d'être envahie par les Mangemorts que James Potter avait rencontré Lily Evans. Un coup de foudre, selon James. Lily n'avait pas semblé partager le même point de vue sur la situation.
Elle s'était cependant accordée à dire que cela avait été un signe du destin. Si James et les autres n'avaient pas été présents ce jour-là, elle aurait été exécutée par les Mangemorts en raison de son statut de Née-Mordue.
De nouveau, le tableau de Dumbledore coulissa, laissant apparaître Severus et Remus. Ce dernier arborait un air accablé. Harry supposa qu'il s'agissait probablement d'une nouvelle dispute avec Tonks. Leur relation déjà mouvementée était devenue plus compliquée après l'annonce de la grossesse de cette dernière. Remus n'abordait jamais le sujet. Il n'aimait pas s'épancher sur ses problèmes personnels.
« Tu avais quelque chose à nous dire, Harry ? » demanda Sirius.
Harry hocha la tête. Il avait demandé au groupe de se réunir pour leur faire part d'une idée.
« Je souhaiterais reprendre le projet d'unification du FLOP et terminer ce que nous avons commencé. » annonça Harry d'une voix ferme.
« Je croyais qu'il avait été décidé de le mettre en pause après ce qui s'est passé avec Maugrey et les autres extrémistes. » rappela Remus d'une voix mesurée. « Qu'est-ce qui te fait croire que les réponses seront différentes ? »
Sa question était challengeante mais pertinente. Ils avaient confirmé la présence d'extrémistes dans la faction des Goules Insoumises, qui faisait également partie du Front de Libération de l'Ordre du Phénix, une coalition instaurée pour rassembler les groupes de résistants à travers le pays. L'attentat fomenté par Alastor Maugrey, Hannah Abbott-Boot et d'autres extrémistes cachés avait provoqué un tollé et mis en péril tous les efforts récents du FLOP pour créer une approche réfléchie et préparée à la guerre qu'ils menaient face au régime. Cela avait eu un impact sur la crédibilité du Phénix : malgré l'image qu'il tentait de faire véhiculer, il n'avait pas de contrôle sur les factions. Toutes les factions avaient dû faire profil bas, et s'étaient terrées pendant plusieurs mois pour éviter la traque des forces de l'ordre.
« Je sais. Mais ça fait plus de neuf mois, et les choses se sont calmées. Je suis persuadé que nous sommes sur la bonne voie et que nous devions redoubler nos efforts. »
« Cela fait des années que le projet du FLOP est en cours. Ça n'a rien donné de concret, jusqu'à preuve du contraire. » fit remarquer Sirius. « Les factions ne seront jamais convaincues par ce projet tant qu'elles ne verront pas de preuves tangibles qu'il a un impact positif. »
« Je ne suis pas entièrement d'accord, Sirius. Nous n'avons jamais été aussi proches d'une réunification complète avec les autres factions. Nous ne devrions pas nous laisser décourager par les obstacles. Sinon, toutes ces années de travail n'auront servi à rien. » dit Harry. « Et les choses sont différentes, désormais. Nous avons une nouvelle flèche à notre arc. »
« Hermione Nott ? » demanda Severus avec une exclamation dédaigneuse, intervenant pour la première fois après un long silence. « Penses-tu vraiment qu'elle pourra changer quoi que ce soit ? »
« J'en ai la conviction. En dépit de son statut inférieur, elle est une membre des Treize Sacrés. C'est la première fois que nous avons une personne aussi proche du Coven de notre côté. C'est une occasion en or. « Elle sera un atout majeur pour nous. » justifia Harry.
« Sa captivité dans cet endroit montre clairement à quel point ils l'estiment. », ironisa Severus.
Harry s'empêcha de grimacer. Il savait que les convaincre ne serait pas une tâche facile.
« Justement. Elle cherche à se venger, nous pourrions tirer parti de cela. C'est grâce à elle que nous avons réussi notre dernier assaut. »
Les renseignements fournis par Hermione Granger leur avaient permis de s'infiltrer jusqu'à l'Ambrosia et de détruire l'endroit, portant ainsi atteinte à une source de revenus de la famille Lestrange. Ils avaient également secouru plusieurs dizaines de femmes, victimes de la terrifiante propriétaire de l'endroit - Vivienne van Detta.
Au début, Harry avait été surpris par la requête d'Hermione. L'attaque de l'Ambrosia était la dernière condition qu'elle avait posée pour rejoindre l'Ordre. Il avait cru qu'il s'agissait d'une volonté de sauver les autres femmes qu'elle avait laissées après sa fuite. Pourtant, en voyant Hermione dans le bureau de la propriétaire, il avait compris que son objectif était tout autre.
La lueur de haine viscérale qu'il avait vue dans ses yeux l'avait pris au dépourvu. Pendant un instant, il avait même peiné à la reconnaître. Profitant de l'entrée non annoncée d'Harry, Van Detta avait tenté de fuir mais les réflexes d'Hermione l'avaient devancée. Avec un maléfice, elle avait fait exploser un pot sur la main de Van Detta, lui arrachant des doigts au passage. La scène avait été particulièrement sinistre et Harry se souvenait encore du hurlement guttural de la femme.
« Que fais-tu ici, Harry ? Je t'ai demandé de ne pas entrer. » avait rugi Hermione d'une voix contrariée lorsqu'Harry était entré en trombe dans la pièce pour la prévenir qu'ils avaient terminé de libérer les victimes et qu'ils avaient neutralisé tous les gardes.
« Nous... Nous avons terminé. Les gardes sont hors d'état de nuire et toutes les autres femmes sont en train d'être évacuées. Nous devons partir avant qu'ils arrivent avec du renfort ! » avait insisté Harry.
Il était probable qu'une personne ait eu le temps de contacter du renfort et qu'une horde d'Aurors et de Mangemorts apparaisse. Leur petit nombre ne leur aurait pas permis de se battre ouvertement contre eux.
« J'arrive tout de suite. » avait indiqué Hermione, ses yeux sombres rivés sur Van Detta.
« Hermione... » avait commencé à protester Harry.
Il avait immédiatement compris qu'il se passait quelque chose d'anormal. Il avait même éprouvé un bref moment de crainte devant l'Hermione qui se tenait maintenant devant lui, bien différente de la jeune femme qu'ils avaient secourue. Elle semblait possédée par quelque chose de ténébreux et d'incontrôlable.
« J'arrive-tout-de-suite. » avait-elle répété d'un ton si glacial qu'il s'était demandé si elle n'était pas sur le point de rediriger sa fureur contre lui.
Il avait compris qu'il serait inutile de tenter de la raisonner.
« Emmène-la. Elle vient avec nous. » avait ordonné Hermione en désignant une femme, au sol, qui gémissait de douleur « Nous aurons besoin d'elle. »
Elle était secouée de spasmes et Harry avait reconnu les symptômes physiques d'un sort de torture. Il avait senti son sang se glacer pendant un instant en réalisant ce qu'Hermione avait fait.
« Finis ce que tu as à faire et rejoins-nous dehors. Nous n'avons plus beaucoup de temps ! » l'avait averti Harry avant de quitter la pièce, le corps de Krista derrière lui.
Il avait seulement compris l'étendue de la situation lorsqu'il avait vu Hermione sortir du bâtiment en proie à un incendie peu naturel. Après l'assaut, ils n'avaient jamais abordé le sujet. Harry n'avait pas demandé ce qu'il s'était passé dans la pièce après sa sortie, pas certain de vouloir connaître la réponse.
Il avait toutefois regardé Hermione d'un autre œil. Elle avait une partie sombre en elle. Il était conscient que la vengeance pouvait être une source de motivation tout comme une autre. Il savait aussi qu'elle ne menait à rien de bon sur le long terme.
Il avait traversé une période similaire après la mort de ses parents. L'annonce de leur exécution l'avait plongé dans une phase difficile où la vengeance avait été la seule chose qui l'aidait à affronter sa douleur. Il avait commis des actes dont il n'était pas fier et qu'il regrettait toujours, bien des années plus tard.
Après certaines choses, il était impossible de revenir en arrière.
Cela avait fait comprendre à Harry qu'il en savait peu sur la jeune femme. Il avait fait des suppositions en se basant sur les rares informations qu'ils avaient obtenues à son sujet, mais la voir interagir avec Van Detta lui avait montré à quel point il était loin du compte. Elle était capable de bien plus qu'il ne l'avait cru.
Les conversations s'étaient ensuite portées sur le sort des nouvelles rescapées de l'Ambrosia, toutes dépendantes d'un puissant breuvage. Ils avaient réussi à les envoyer à la Ruée Hostile, la faction dirigée par Hestia Jones, qui serait bien plus à même de les aider. Leur faction avait des spécialistes en potions et des Médicomages. La capture de Krista, la bras-droit de Van Detta, leur permettrait d'appréhender leur sevrage d'une façon plus sereine. Les femmes qui souhaitaient demeurer sur place auraient le choix, et celles qui désiraient partir le pourraient, après un sort d'amnésie pour oublier l'intervention de la Résistance.
Lors de l'assaut, Harry et son groupe avaient dérobé des caisses entières du cocktail ainsi que diverses ressources dans les sous-sols. Ivo et Hermione leur avaient indiqué qu'ils en trouveraient à cet endroit. Harry n'avait pas manqué l'air perturbé de cette dernière lorsqu'elle avait aperçu les fioles.
Il avait aperçu Marlène traverser la même chose, quelques années auparavant, lorsqu'elle avait dû se sauver de l'Ambrosia et faire face à un sevrage sévère. La rechute ne tenait qu'à un fil. Marlène avait également remarqué la réaction d'Hermione et s'était rapprochée d'elle pour lui murmurer des paroles que Harry n'avait pas entendues.
Depuis, Harry avait passé du temps à réfléchir à la manière dont Hermione pourrait les aider. C'était la raison pour laquelle il avait convoqué Sirius et les autres afin d'en discuter. Ils avaient un but commun - affaiblir le camp adverse. Harry savait désormais qu'Hermione ferait n'importe quoi pour l'atteindre. Et, bien que leurs motivations soient divergentes, leur objectif était le même, ce qui était l'essentiel.
Harry jeta un regard déterminé vers les trois autres hommes présents dans la pièce.
« Je veux reprendre la tournée diplomatique et aller voir les factions indécises pour les forcer à se positionner. Je suis convaincu qu'ils seront plus réceptifs à notre cause lorsqu'ils verront que nous pouvons nous infiltrer à un niveau que nous n'avons jamais atteint auparavant. » indiqua Harry.
Il les observa tour à tour et poursuivit :
« D'ailleurs, ce n'est pas tout. J'ai eu une longue discussion avec elle et j'ai compris qu'elle avait énormément de connaissance grâce à sa proximité avec les Macmillan. Ils détiennent des archives privées qui regorgent d'informations et de documents secrets que nous pensions détruits durant l'autodafé. Elle a sans doute des informations qui nous seront utiles. »
Il vit que ses arguments commençaient à les convaincre. Encouragé par cela, il s'enhardit :
« Hermione Nott est un véritable atout pour nous, nous devons l'utiliser à notre avantage. Surtout que l'ennemi l'ignore. »
« Je suis d'accord. » lança Sirius.
Harry se tourna vers lui, reconnaissant. Il avait parfois du mal à faire entendre ses idées. Il était le plus jeune des meneurs de la faction et les autres occupaient cette position depuis bien plus longtemps, ce qui avait créé un lien. Et, même si tous ne s'appréciaient pas — les opinions de chacun étaient fortement respectées. Sirius lui adressa un clin d'œil discret, arborant une expression fière. Harry se tourna de nouveau vers Severus et Remus, attendant leurs avis.
« Cette femme pourrait aussi s'avérer être un danger pour nous. Le fait qu'elle n'ait pas été soumise au sortilège de loyauté est un risque non négligeable. » rappela Severus avec dureté.
« C'est un risque à prendre. Et, honnêtement, quel autre choix avons-nous ? Nous ne progressons plus depuis bien trop longtemps. Il faut passer à l'offensive. » avança Harry avec ardeur.
« Comme tu l'as fait en attaquant ce bordel tout simplement parce qu'elle l'avait réclamé ? » demanda Severus en arquant un sourcil désapprobateur.
« Nous avons effectué cet assaut à sa demande, mais ce n'était pas la seule raison. C'était une démonstration de force de notre part. Nous semblons affaiblis depuis trop longtemps. « En agissant de la sorte, nous avons rappelé à tous que nous étions de retour, et que nous pouvions causer des dégâts. » dit Sirius. « De plus, sauver ces victimes contribue à redorer notre blason. Après l'attentat terroriste et la mort de ces personnes innocentes, l'image de toute la résistance a été entachée. Les gens ne font pas la distinction entre les différentes factions. Nous sommes passés pour des brutes terroristes, même aux yeux des Sang-Impurs du régime. »
Si les autres s'étaient montrés réticents à l'idée d'attaquer l'Ambrosia, il n'avait pas fallu de longues discussions pour convaincre Sirius. Il était toujours prêt à l'action. Harry savait qu'il avait d'autres raisons, plus personnelles, d'avoir accepté cet assaut. Marlène McKinnon, sa compagne, avait été l'une des nombreuses victimes de Vivienne van Detta. Elle avait été forcée d'y travailler pendant deux ans avant de s'enfuir et être secourue par l'Ordre du Phénix lors d'une de leurs rondes dans les environs.
« « Je crois qu'il serait judicieux que nous rendions visite aux factions indécises avec Hermione Nott. » suggéra Harry.
« Le dernier accueil de la Révolte du Yorkshire n'a pas été très aimable. » rappela Remus avec une grimace.
« C'est pour cette raison que je propose d'aller en petit groupe, cette fois. Pour leur faire comprendre que nous sommes ici uniquement pour discuter et non pour les intimider jusqu'à ce qu'ils cèdent. » insista Harry. « Laissez-moi essayer une dernière fois. Si cela ne fonctionne pas, je renoncerai. »
Les autres s'échangèrent des regards.
« Je vote oui. » dit Sirius.
« Je vote non. » réfuta Severus.
Ils se tournèrent tous vers Remus, attendant sa décision.
« Je laisse mon vote en suspens. Harry, tu as été le seul à avoir des échanges avec elle depuis son arrivée. J'aimerais interroger Hermione Nott avant de prendre une quelconque décision. Et j'imagine que c'est aussi le cas des autres. » dit Remus d'un ton mesuré.
Ils avaient décidé que seul Harry discuterait avec Hermione pour ne pas l'effrayer et l'intimider. Les circonstances autour de sa captivité et de sa fuite avaient été traumatisantes et ils ne voulaient pas qu'elle se braque. Severus avait été mandaté pour observer dans son esprit après son sauvetage, pour s'assurer qu'elle n'était pas une ennemie. Il n'avait pas donné de détails sur ses découvertes, mais ce qu'il avait partagé était suffisant pour qu'ils comprennent que la jeune femme avait vécu un calvaire. Depuis, Harry avait été son contact privilégié et avait servi de lien entre elle et les autres durant les négociations.
« Tu as raison. » dit Harry en hochant la tête. « Ne perdons pas de temps. »
Remus était toujours la voix de la raison.
Harry sortit de la pièce et retrouva Hermione à l'endroit même où il l'avait croisée un peu plus tôt. Sa demande sembla la surprendre un peu, mais elle finit par hocher la tête en signe d'accord. Quelques instants plus tard, ils se trouvaient dans la salle du conseil de l'Ordre. Hermione les observa tour à tour, une once de nervosité décelable sur son visage.
« Hermione, je te présente Severus Rogue, Sirius Black et Remus Lupin. » désigna Harry pour briser la glace.
« « J'imagine que Harry vous a fait part de son projet. » dit Remus d'une voix polie à l'attention de la jeune femme. « Nous avons cependant quelques réserves. Qu'est-ce qui nous permet d'affirmer que vos intentions sont bonnes et qu'il ne s'agit pas d'un plan des Treize pour vous infiltrer parmi nous ? »
« J'ai été informée que vous avez fouillé mon esprit, à mon arrivée. » répondit Hermione d'un ton un peu froid. « Et j'imagine que ce que vous y avez vu montre suffisamment le peu de considération des Treize à mon sujet. »
Remus parut un peu gêné. Il avait assisté au récit de Rogue sur ce qu'il avait vu dans l'esprit de la jeune femme.
« Vous avez raison. Vous n'avez aucune garantie que vous pouvez avoir confiance en moi. Mais rien ne me garantit non plus que je peux vous faire confiance. » rétorqua Hermione sur le ton de l'évidence.
Harry lui jeta un regard blasé. L'argument n'allait pas aider à faire valoir sa cause.
« Je ne veux pas me baser sur des impressions ou des ressentis, mais sur des faits. Et les faits sont que nous avons un ennemi commun. Le Coven sacré. » dit-elle, prononçant ce mot avec une colère palpable.
« Et pourtant, vous êtes mariée à l'un des membres. » rappela Remus. « Ne pensez-vous pas que cela représente un conflit d'intérêt assez important ? »
« Et l'un de vous est un ancien héritier des Treize, en plus d'être le fils de la Gouverneure de ce même clan. » rétorqua Hermione, semblant un peu piquée au vif par l'argument. « Et j'ai cru comprendre que la mère de votre futur enfant est la nièce de Bellatrix Lestrange, la Procureure. »
Remus sembla pris au dépourvu de cette répartie directe et sans détours. Il sembla prendre conscience que son argument était hypocrite. Harry peina à réprimer son sourire, satisfait de voir qu'Hermione s'en sortait bien toute seule.
« Mon mariage ne sera pas un obstacle à la réalisation de mes engagements. Il n'est pas comme les autres et ne partage pas leurs idéaux. Si cela avait été le cas, il ne m'aurait jamais épousée. Je souhaite mettre fin aux agissements de ceux qui font vivre un enfer à toute une partie de la population. Et à ceux qui m'ont fait du mal. Vivienne van Detta n'était qu'un début. » assura-t-il, ses yeux parcourus d'un voile noir.
Elle avait prononcé ces mots avec résolution et Harry ne put s'empêcher de lui adresser un regard admiratif.
« Nous voulons la même chose, pour des raisons différentes. » intervint Harry. « Nous devons unir nos forces pour pouvoir vraiment faire avancer les choses, cette fois. Mais la confiance est indispensable pour se faire. »
« Dans ce cas, serais-tu prêt à te porter garant pour Mrs Nott ici présente ? » demanda Rogue.
Remus et Sirius lui jetèrent des regards médusés. Lorsque l'entrée d'un membre était sujette à discussion, un membre existant pouvait se porter garant de sa bonne foi. La personne en question serait ainsi tenue responsable d'éventuels incidents qui pourraient survenir. Harry tourna son regard vers Hermione, qui le fixait avec une expression de confusion.
« Oui. » dit-il finalement, d'une voix résolue.
Il refusait de continuer à vivre avec cette peur qui le bloquait parfois dans la prise de décision. Il voulait s'extirper de l'ombre de ceux qu'il considérait plus âgé, plus expérimentés ou encore plus méritants car ils avaient fait leurs preuves. Il était temps qu'il démontre qu'il pouvait être un leader, à l'instar des autres meneurs de la faction.
« Très bien. » céda Remus avant de se tourner vers Harry. « Je vote donc pour. »
Harry fut envahi par un sentiment de soulagement à ces mots. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, Severus lança :
« Nous devrons avoir l'aval du Phénix, avant de faire quoi que ce soit. » rappela-t-il.
Les autres hochèrent la tête et il fut décrété que la réunion arrivait à sa fin. Tout le monde quitta la pièce hormis Harry et Hermione.
« Merci. » lança Harry. « Ça a été plus simple que je ne le pensais. »
« Le Phénix doit d'abord donner son aval. » répéta Hermione d'un ton pensif.
Harry hocha la tête.
« Est-ce l'un de vous quatre ? Ou est-ce une personne extérieure ? » interrogea la jeune femme, la mine curieuse.
« Je suis désolé, Hermione, mais je ne peux pas répondre à cette question. »
Elle le fixa un moment sans rien dire avant de détourner finalement son regard. Elle balaya les lieux des yeux comme si elle prenait conscience de son environnement pour la première fois. Elle jeta un regard vers une photo encadrée qui se trouvait près du poste de radio. Elle s'approcha en fronçant les sourcils, comme si elle avait remarqué un détail.
« Qui sont ces personnes ? » demanda-t-elle en s'emparant du cadre.
Harry s'approcha à son tour et observa la photo par-dessus son épaule.
« Les membres fondateurs de notre faction. » répondit-il. « Tu reconnais probablement déjà Sirius et Remus. À côté, tu as mes parents, James et Lily, et à côté, c'est… »
« Ces deux personnes sont tes parents ? » demanda Hermione, pétrifiée.
Harry hocha la tête pour confirmer, confus par sa réaction.
« Je… Je les ai vus. » bredouilla-t-elle d'une voix blanche, le souffle coupé. « Le jour où ma région a été envahie et qu'on m'a emmenée ici. »
Harry ouvrit la bouche, puis la referma, tandis qu'il réalisait ce qu'elle était en train de dire.
« Tu étais là le jour… Le jour où ils sont… Où ils ont été … » murrmura-t-il, peinant à former sa phrase, un air choqué sur ses traits.
Elle n'eut pas eu besoin qu'Harry termine sa phrase pour comprendre ce qu'il demandait. Des larmes remplirent les yeux de la jeune femme.
« Ce jour-là, nous avons reçu un renseignement de la part d'un infiltré. Nous savions que les Mangemorts allaient s'attaquer à l'île de Man. Mes parents faisaient partie de l'escouade envoyée pour aider à libérer les prisonniers, à leurs retours sur la côte. Ça... Ça a mal tourné. » raconta Harry, les yeux vitreux. « Les Mangemorts étaient en plus grand nombre que prévu par notre source. Il y a eu une bataille et certains individus, dont quelques prisonniers, ont réussi à s'échapper, mais mes parents ont été capturés. Les survivants ont pris la fuite alors je n'ai jamais su comment ils avaient perdu la vie et je... »
Il ne termina pas sa phrase, la voix tremblante, sur le point de se briser.
« J'ai... J'ai tout vu. » murmura Hermione, qui pleurait désormais. « Ton père s'est défendu de toutes ses forces. Il a été le seul à le faire, d'ailleurs. Il a tenu tête aux Mangemorts jusqu'à la fin... Il s'est montré si courageux. »
Elle fit une pause, comme si elle hésitait à poursuivre son récit. Le visage d'Harry était désormais figé et il sentait son corps trembler de façon incontrôlée.
« Ils ont emmené ta mère pour le forcer à arrêter. » reprit-elle d'une voix sanglotante.
Harry l'écoutait en silence, des larmes dans ses propres yeux, choqué par ce qu'il entendait. Il était dans l'ignorance quant aux derniers instants de ses parents et avait fini par accepter qu'il ne le saurait probablement jamais. Entendre qu'Hermione avait été présente pendant les faits le prenait totalement de court. Son cœur battait la chamade de façon oppressante, comme s'il était sur le point d'exploser.
« Que s'est-il passé ensuite, Hermione ?» insista Harry, submergé par l'émotion.
Il était impatient tout en étant terrifié par ce qu'il allait entendre. Prendre conscience qu'il pourrait enfin découvrir la vérité après toutes ces années lui provoquait des émotions contradictoires.
« Ils... Ils les ont placés tous les deux sur des bûchers avant de lancer le sort de feudeymon… Tes parents se sont tenus par la main... Jusqu'à la fin. » raconta-t-elle, pleurant à chaudes larmes.
Elle était maintenant secouée de sanglots tandis que qu'elle relatait le souvenir. Harry comprit à quel point elle avait été profondément affectée par cette scène.
« Même après tout ce temps, je pense encore à eux, parfois. » admit-elle entre son flot de larmes, la voix bouleversée. « Je les revois dans mon sommeil. Pendant des années, j'ai espéré pouvoir montrer ne serait-ce qu'un quart du courage que tes parents ont montré, ce jour-là. »
L'entendre raconter comment ses parents avaient perdu la vie était déchirant. C'était comme si Harry avait reçu un maléfice tranchant sur le torse, lui coupant soudainement le souffle, l'empêchant de respirer. Toutefois, savoir qu'ils avaient été ensemble jusqu'à la fin le réconforta. L'amour que se vouaient ses parents était fort et tous ceux qui les avaient connus avaient vu à quel point ils étaient dévoués l'un envers l'autre. Même Hermione, qui ne les avait pas connus avant le jour de leur exécution, avait ressenti la portée de leur amour et de leur bravoure.
« Je suis tellement désolée, Harry. » souffla-t-elle.
À sa grande surprise, Hermione s'approcha de lui et le serra dans ses bras, traversée de sanglots interminables. Harry sentit également des larmes couler librement sur ses joues, tandis que qu'il laissait son émotion prendre le dessus. Il avait longtemps pleuré la mort de ses parents, mais il avait l'impression d'avoir enfin obtenu les dernières informations qui l'aideraient à faire son deuil. Ils s'étreignirent longuement, tous les deux en pleurs, essayant tant bien que mal d'apporter du réconfort à l'autre. Et, quand ils finirent par s'écarter, après plusieurs longues minutes, Hermione se tourna vers lui, tenant fermement sa main dans la sienne, comme pour lui montrer son soutien sans faille.
« Je t'aiderais à les venger, Harry. » dit-elle d'un ton déterminé. « Même si c'est la dernière chose que je dois faire. »
/
Alors qu'il quittait ses appartements, Théodius Nott ressentit une vague de culpabilité en passant devant le portrait à l'effigie de Gislena, sa femme défunte. Chaque fois, il avait l'impression que le sourire sur son visage dissimulait une once de désapprobation. Il savait que c'était sa propre culpabilité et faisait tout son possible pour l'ignorer.
Il ne faisait aucun doute que Gislena aurait désapprouvé ses récents choix. Elle n'était plus de ce monde, et en tant que chef de famille, Théodius savait qu'il devait faire des choix pour protéger la longévité de leur clan, aussi difficiles fussent-ils.
Il descendit l'escalier principal du manoir Nott jusqu'au rez-de-chaussée. Quand il pénétra dans la vaste salle à manger, il fut aussitôt accueilli par les elfes, les seules personnes avec lesquelles il avait encore des interactions dans la demeure.
En l'absence de sa femme, les murs du manoir familial lui semblaient sinistres et dénués de de vie. Chaque jour que Voldemort faisait, Gislena lui manquait terriblement. Son rire communicatif, sa joie de vivre, sa présence. Même s'il était soulagé que sa souffrance ait pris fin après une longue bataille contre la maladie, il était toujours profondément bouleversé par la disparition de sa femme. Son absence avait laissé un vide immense.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit de nouveau, Théodore pénétra dans la pièce. Théodius observa la mine absente et déconnectée de son fils tandis qu'il prenait place à la table à son tour, le remarquant à peine.
« Valeur et vigueur. » salua Théodius.
« Valeur et vertu. » répondit machinalement Théodore d'une voix plate.
Théodius l'avait convaincu, non sans difficulté, de revenir au manoir familial après la disparition de sa jeune épouse. Les premiers jours avaient été difficiles et Theodius avait craint que son fils fasse quelque chose de grave.
Il l'avait vu dans un état de profonde dépression, incapable de surmonter le départ apparent d'Hermione. Théodore avait commencé à se comporter de manière agitée, ce qui avait éveillé les sirènes d'alarme de Théodius.
Il connaissait les troubles de son fils. Ce dernier les avait manifestés dès son plus jeune âge. Au courant de sa jeunesse, à plusieurs reprises, il avait dû prendre des mélanges de potions divers pour réguler ses changements d'humeur profonds. Ses émotions intenses et démesurées pouvaient entraîner des actes irréfléchis et dangereux pour son bien-être. L'absence de Granger avait été un facteur déclencheur. Théodius avait décidé d'agir, craignant que Théodore recoure à des actes graves pour faire face à la situation.
Il administrait donc à Théodore, sans son consentement, une concoction pour contrôler ses émotions et réguler son humeur, dans le but d'éviter une crise importante. Les potions le rendaient cependant dans un état d'apathie profonde, réprimant toutes ses émotions - négatives comme positives. Il ressemblait presqu'à un Inferius dans cet état. Théodius était conscient que cette méthode était extrême, mais le comportement de Théodore était si imprévisible qu'il ne voulait pas prendre le risque de le laisser gérer seul ses émotions. Les choix récents de son fils avaient plongé la famille dans une situation désastreuse. Ils étaient désormais considérés comme des parias au sein de leur propre communauté.
En un seul instant, Théodore avait anéanti des siècles de pureté et de traditions. Il avait craché au visage de ses ancêtres, ignorant tous les efforts de ces derniers pour faire prospérer leur illustre lignée. Tous leurs efforts réduits à néant pour un caprice. Une fantaisie ridicule et égoïste. Théodius ne savait pas s'il pourrait réparer les dégâts. Le mal était déjà fait, même si Hermione Granger n'était plus là. Il n'avait d'autre choix que de tout mettre en œuvre pour restaurer le statut de sa famille.
Théodore n'avait plus prononcé le nom d'Hermione depuis la lettre qu'il avait reçue d'elle, mais son ombre semblait toujours planer dans l'air, comme un fantôme.
« Comptes-tu te rendre au théâtre ? » interrogea Théodius à l'attention de son fils.
Ce dernier se contenta de secouer la tête, les yeux vides, résolument fixés sur l'assiette posée devant lui. Il avait cessé toute activité au théâtre suite à l'incident. Théodius savait que les potions étaient également à blâmer. Les doses administrées étaient si élevées qu'elles ne lui permettaient pas de fonctionner correctement. Toute velléité de créativité et de motivation était anéantie, ce qui le rendait comparable à une machine sans âme. C'était un contraste flagrant pour son fils, qui était d'ordinaire très émotif et qui puisait son inspiration artistique dans ses émotions.
Théodius préférait que les choses demeurent ainsi. Ils devaient se faire discrets et éviter d'attirer l'attention des autres jusqu'à nouvel ordre. Après le scandale qui avait ébranlé leur réputation, il était préférable que Théodore reste enfermé, hors du regard de leurs pairs. Une fois cette retraite terminée et lorsque son fils commencerait à se remettre de sa peine de cœur, Théodius pourrait envisager une approche différente. Théodore étant encore sous le choc de la situation, il n'était pas envisageable de le laisser seul. Le temps l'aiderait à surmonter cette épreuve. Il finirait par oublier Hermione Granger.
Théodius avait laissé trop de liberté à son fils à travers les années et il assistait désormais aux retombées de cette éducation trop permissive.
« Maître Nott. » dit Zéphyr d'une voix timide. « Vous avez de la visite. »
Théodius leva un sourcil, un peu surpris. Il ne s'attendait pas à recevoir de la visite. Il était peu fréquent que les visiteurs se présentent sans rendez-vous préalable.
« Qui est-ce ? »
« Miss Pansy Parkinson, maître. »
Théodius eut un bref moment d'hésitation.
« Je vais la recevoir. » indiqua-t-il à l'elfe avant de se lever et quitter la pièce, suivant l'elfe qui trottinait à ses côtés.
Un instant plus tard, une femme aux cheveux noirs fit irruption dans le hall, ses pas résonnant dans le silence du hall à cause des escarpins qu'elle portait.
« Victorieuse soit sa venue, monsieur le Gouverneur. » salua-t-elle d'un ton enjoué.
« Miss Parkinson. » salua Théodius d'une voix prudente. « Je ne m'attendais pas à vous voir. »
« J'étais dans le voisinage et j'ai pensé qu'il serait agréable de rendre visite à Théodore. « Cela fait longtemps que nous n'avons pas eu l'occasion de discuter », indiqua-t-elle d'un ton enthousiaste. « Est-ce qui est là ? »
« J'ai bien peur que non. » répondit Theodius d'une voix calme.
Pourtant, au même moment, la porte menant à la salle à manger s'ouvrît, et Théodore émergea de la pièce. Pansy adressa un petit sourire entendu à Théodius.
« On dirait qu'il était là et que vous ne l'aviez pas réalisé. C'est vraiment l'inconvénient d'avoir un si grand manoir. Cela arrivait constamment quand j'habitais chez mes parents. » dit-elle avec un grand sourire.
Il ignorait si elle était sérieuse ou s'il s'agissait d'une plaisanterie pour souligner son mensonge évident.
« Théodore, chaton ! » s'exclama Pansy, en passant devant Théodius pour se diriger vers son fils.
Théodore resta de marbre tandis que la jeune femme allait à sa rencontre et l'étreignait.
« Je suis contente de te voir encore en vie. Tu n'as répondu à aucune de nos lettres. On commençait à s'inquiéter. » indiqua Pansy.
Théodius écoutait la conversation. À qui faisait-elle référence par ''on'' songea-t-il.
Théodore hocha la tête, sans réponse, le visage vide.
« Tu es si pâle. Est-ce que tout va bien ? Tu as l'air souffrant. » commenta Pansy.
Theodius observa la scène, l'air agité. Quiconque restait avec Théodore pendant une période prolongée serait en mesure de se rendre compte qu'il n'était pas dans son état normal. Il devait écourter la visite de cette jeune femme.
« Veuillez m'excuser, Miss Parkinson, pour mon indélicatesse. La vérité est que Théodore est un peu souffrant. Il a besoin de repos. » indiqua Théodius.
« Oh. Je pensais que voir quelques amis aiderait à lui remonter le moral. Après ce qu'il s'est passé. » ajouta-t-elle sur le ton de la confidence.
Théodius ne répondit pas à sa remarque, ses lèvres plissées laissant entendre son agacement.
« Peut-être devriez-vous lui rendre visite lorsqu'il sera rétabli ? Théodore, j'imagine que quand tu seras de nouveau sur pieds, tu contacteras Miss Parkinson directement ? » demanda Théodius à l'attention de son fils.
« Oui. » répondit ce dernier d'une voix plate.
Théodius ne pouvait pas prendre le risque que Parkinson oud autres personnes viennent fouiner et découvrent ses ce qu'il tramait.
« Zéphyr vous raccompagnera, Miss Parkinson. Je vous remercie pour votre visite. » salua Théodius d'une voix ferme.
Pansy parut sur le point de dire quelque chose, mais se retint. Son visage se fendit finalement en un sourire.
« Absolument. » indiqua-t-elle.
« Que Voldemort vous accompagne. » salua Théodius d'un ton empressé avant de prendre le bras de son fils pour le mener à la salle à manger tandis que Pansy suivait l'elfe jusqu'à la sortie.
Théodius grimaça. Il attendit que Zéphyr revienne pour lui lancer :
« Pas de visites, dorénavant. » ordonna-t-il à son encontre.
Les yeux de l'elfe semblèrent légèrement briller mais elle s'inclina.
« Et assure-toi que Théodore reçoive son traitement. » ordonna-t-il avant de quitter la pièce.
Le jour suivant, Théodius se rendit au ministère, l'air soucieux. Il eut un nœud à l'estomac quand on l'escorta dans les bureaux de la procureure. Lorsqu'il pénétra dans la pièce, il y trouva Bellatrix Lestrange, debout devant la cheminée.
« Pouvoir et pureté, Gouverneur Nott. » l'accueillit-elle de cette voix de petite fille qui sonnait extrêmement fausse.
Il savait de quoi cette femme était capable. Lorsqu'il avait reçu une lettre de sa part le convoquant au ministère, quelques jours plus tôt, il avait ressenti une angoisse certaine. Il se souvenait encore de la dernière entrevue qu'il avait eue avec elle.
Cela s'était déroulé après le GAGE, auquel elle avait également assisté, à son grand étonnement. Lors de l'événement, tout comme le reste de la communauté, elle avait vu Théodore et Hermione s'afficher publiquement. Sa réaction avait été immédiate.
Ce jour-là, Théodius s'était retrouvé dans une pièce étroite avec le couple Lestrange. Rodolphus était resté dans un recoin de la pièce, les observant en silence tandis que Bellatrix menaçait Théodius sans retenue.
Il avait redouté le pire en voyant le visage déformé par la rage de Bellatrix tandis qu'elle l'accusait, ainsi que sa famille, des pires bassesses. Le mariage de son fils avec cette femme était un affront terrible, un blasphème qui ternirait le blason immaculé de leur clan pour toujours, avait-elle clamé. Il connaissait suffisamment la réputation de cette femme terrible pour savoir qu'elle était capable de commettre les pires atrocités envers leur famille.
Au début, Théodius avait été choqué et furieux que Théodore leur présente cette femme impure, mais il avait espéré qu'il s'agisse seulement d'un caprice. Pourtant, lorsque ce dernier lui avait annoncé sans sourciller qu'ils s'étaient unis dans les liens sacrés, Théodius avec frôlé l'attaque cardiaque. Il se souvenait encore de la sensation oppressante qui l'avait assailli tandis qu'il tombait à ses genoux, incapable de croire ce cauchemar dans lequel son fils l'avait entraîné.
Il avait espéré que son fils ait suffisamment de discernement pour savoir qu'il ne pouvait pas se permettre de s'afficher publiquement avec elle. Il avait pensé, à l'époque, que c'était une nouvelle tentative de Théodore pour montrer son indiscipline et son besoin incessant d'être dans l'opposition, comme le garçon capricieux qu'il était. Théodius reprochait à sa femme le caractère de leur fils. Gislena avait trop longtemps accepté les caprices de Théodore par culpabilité suite à la disparition de leur fille Georgina. Elle avait pris l'habitude de trop le cajoler et de lui laisser faire ce qu'il voulait, en lui trouvant toujours des excuses et en acceptant ses délires sous prétexte de sa "différence" et de sa créativité. Théodius savait pertinemment que ce n'était pas une excuse valable. Après tout, Théodore descendait d'une longue lignée d'artistes, qui avaient parfois vécu des modes de vies plus alternatifs que ceux de leurs pairs. Pourtant, aucun d'eux n'avait porté atteinte à l'honneur de leur clan en se salissant et en trainant dans la souillure, comme il l'avait fait.
Après l'union sacrée, Théodius avait forcé Théodore à assumer les conséquences de ses actes. Il avait espéré que son fils ressentirait de l'angoisse à l'idée d'assumer son choix devant la communauté et que le mépris qu'il recevrait lui ferait réaliser l'ampleur de son erreur. C'était tout l'inverse qui s'était passé. Théodore s'était affiché fièrement en compagnie de sa nouvelle épouse, persistant et signant son choix.
La cérémonie du GAGE avait sans doute été l'un des pires jours de la vie de Théodius. Il avait dû faire face à un évènement de grande importance pour la première fois sans son épouse, connue et encensée pour l'organisation des éditions précédentes. Théodius s'était retrouvé isolé et avait dû faire face au mépris de la communauté, dans laquelle il était désormais vu comme le pire des parias. Au sein des Treize sacrés, les choix individuels importaient peu. Les erreurs d'un seul individu avaient des répercussions sur l'ensemble de son clan.
Terrifié, il avait alors cédé à la pression des Lestrange. Ces derniers avaient ordonné l'assassinat de Sibylle Trelawney, la femme qui avait unis Théodore et Hermione par les liens sacrés. Ils avaient provoqué un incendie dans son établissement, le faisant passer pour accidentel. Prenant conscience de la gravité des choses et du danger que sa famille encourait, Théodius avait donc dû faire un choix radical face à leurs menaces.
Après l'emménagement de Théodore et Hermione dans leur nouvelle maison, il avait révélé aux Lestrange la localisation de l'endroit. Il avait assuré aux Lestrange qu'ils pouvaient agir avant que les protections soient en place.
Théodore était un jeune homme naïf et sensible. Il ne prenait pas conscience des répercussions que ses actes pouvaient avoir sur les autres. Théodius pouvait admettre qu'il avait sa part de responsabilité. En tant que membre du Coven, il aurait dû offrir à son fils une éducation rigoureuse et conservatrice pour en faire un digne héritier.
Alors que les Aurors collectaient les preuves de l'enquête avec un désintérêt évident, car la personne portée disparue était considérée comme indésirable, Théodore était sorti de ses gonds. Théodius ne l'avait jamais vu dans un tel état de colère, habitué à son flegme ordinaire.
« Ils agissent comme si elle était allée faire une simple promenade. Ils ne prennent pas ça au sérieux ! » s'était emporté Théodore avec contrariété. « Quelque chose a dû lui arriver. Elle n'aurait jamais pu disparaître ainsi, sans prévenir. Ce n'est pas son genre. »
Théodius avait maintenu une mine impassible face à ses paroles.
« La disparition de ma femme n'a pas l'air de t'inquiéter plus que ça. » l'avait accusé Théodore avec fureur.
« Théodore. » avait déclaré Théodius d'une voix calme. « Peut-être devrais-tu te poser un instant et penser à toutes les… éventualités. »
« Toutes les éventualités ? » avait répété Théodore en l'observant avec incrédulité. « De quelles éventualités, parles-tu ? »
« Eh bien, si j'ai bien compris ce que tu as expliqué aux Aurors, vous avez eu une… dispute. Peut-être qu'elle est partie… volontairement. » avait suggéré Theodius.
Théodore, pris au dépourvu, avait fixé son père, abasourdi par les insinuations.
« Volontairement ? » avait-il répété, médusé.
Théodius avait haussé les épaules.
« Théodore, tu es le mieux placé pour savoir que cette jeune femme éprouve énormément de difficultés dans notre milieu. » avait-il rappelé un ton grave.
« Non. » avait immédiatement réfuté Théodore.
Theodius n'avait pas poursuivi, comprenant que la graine était déjà enracinée dans l'esprit de son fils et que le doute avait commencé à s'insinuer en lui. Et lorsqu'il avait reçu la lettre écrite de la main d'Hermione, Théodore n'avait pas eu d'autres choix que de croire à la thèse du départ volontaire.
Théodius ne pourrait jamais oublier l'état de désolation dans lequel il a retrouvé son fils. Il avait éprouvé une crainte qui l'avait poussé à le placer sous traitement au plus vite afin d'éviter une décision hâtive et irréfléchie de sa part.
L'aide de Théodius avait légèrement calmé Bellatrix Lestrange. Pourtant, maintenant qu'il se trouvait de nouveau dans son bureau sans raison apparente, Théodius craignait d'entendre ce qu'elle aurait à lui dire.
Il fut surpris de voir un sourire sur son visage bien que ce dernier ne soit pas agréable. Il s'agissait d'un sourire cruel qui fit dresser les poils sur les bras de Théodius. Il observa la procureure avec appréhension, craignant ce qu'elle allait lui révéler. Elle s'avança dans sa direction et lui tendit un fascicule. Il l'ouvrit, perplexe, et vit des photos à l'intérieur. Elles représentaient un édifice majestueux, dévoré par un incendie.
« Quel est cet endroit ? » demanda-t-il, confus.
« Une maison close. Elle a été prise d'assaut et incendié récemment. » annonça-t-elle. « Complètement détruite par un Feudeymon. Il semblerait qu'il n'y ait pas eu de survivants. » annonça-telle. « Tout a été pulvérisé. L'endroit a brulé si longtemps qu'il ne reste plus rien à retrouver. »
La nouvelle était affligeante, mais son attitude était presque joyeuse, ce qui le rendait mal à l'aise.
« Je ne comprends pas. » admit-il.
« La trainée impure de votre fils se trouvait dans cet établissement. Placée là par nos soins. » annonça Bellatrix avec un plaisir évident.
Théodius ouvrit de grands yeux, complètement abasourdi par cette révélation. Il sentit une douleur au niveau de sa cage thoracique.
« Bien que cette attaque soit un problème et que nous enquêtons sur les auteurs, il y a un côté positif à tout cela. Grâce à Voldemort, cette parvenue est morte sans intervention de ma part ou de la vôtre. Frappée par la colère de notre Lord. » indiqua-t-elle avec ravissement, son sourire si large qu'il laissait apparaitre toutes ses dents.
Théodius était resté silencieux, trop choqué pour dire quoi que ce soit. L'air de bonheur extrême qu'elle affichait le choquait, même s'il savait que cela n'avait rien de surprenant de sa part.
« On dirait que notre problème à tous les deux est réglé. » ajouta-t-elle avec satisfaction.
Malgré leur sadisme, les Lestrange avaient été incapables de commanditer la mort d'Hermione Granger à cause du pacte de non-agression des Treize. Il était conscient que cette interdiction était particulièrement frustrante pour eux, qui ne voulaient probablement que l'emmener au bûcher pour l'affront qu'elle représentait.
Plus que jamais, il fut soulagé d'avoir placé Théodore sous ce puissant traitement. Lorsqu'un individu était uni à quelqu'un d'autre par les liens sacrés, il ressentait le brisement du lien. Cette rupture n'était possible que dans un seul cas de figure – la mort de l'autre moitié. Théodius en avait fait l'expérience à la mort de Gislena. C'était une sensation douloureuse qui ne pouvait être confondue avec autre chose. Comme une blessure soudaine à l'âme. Les émotions de Théodore étant actuellement éteintes, il n'avait probablement pas encore réalisé le sort d'Hermione Granger. Théodius allait s'assurer de le laisser sous traitements jusqu'à ce qu'il soit assez fort pour entendre la vérité.
Théodius avait commis l'irréparable en livrant Hermione Granger aux Lestrange, comme une créature magique qu'on offrait aux braconniers. Et même s'il n'était pas directement responsable de son sort, il n'était pas entièrement innocent. Il devrait garder la mort de cette femme sur sa conscience.
Il savait qu'il finirait par s'en pardonner. Les intérêts de son fils et de sa famille passaient avant tout le reste. Même si cela signifiait devoir vivre avec sa culpabilité et la désapprobation de son épouse défunte pour le restant de ses jours, il était prêt à l'accepter. Comme d'autres membres de sa famille avant lui, Théodius avait eu l'opportunité de montrer qu'il était prêt à bien des sacrifices pour le bien de son clan.
Et il ne le regrettait pas.
On n'avait pas vu Théodore depuis des luuustres. Vous comprenez désormais le pourquoi de son absence. Il est complètement manipulé par son père...
Hermione avait bien raison de se méfier de Théodius, à l'époque...
La seule chose positive dans cette situation, c'est que Bellatrix et les autres pensent qu'Hermione est morte dans l'incendie de l'Ambrosia.
On découvre un premier POV de notre Harry national et quelques personnages bien connus. On en saura plus dans les chapitres à venir...
En ce qui concerne notre petite Astoria, on dirait qu'elle commence aussi à penser que sa sœur va peut-être un peu trop loin. Assiste-t-on aux prémices d'une rébellion ? Seul l'avenir nous le dira !
En attendant, dites moi ce que vous avez pensé de ce chapitre et on se dit à la prochaine pour la suite.
Prenez-soin de vous,
Fearless
