Valeur et vertu,
J'espère que votre été se passe bien ! Un grand merci à drou, et Jiwalumy, Gerhardt75 d'avoir pris le temps de laisser un commentaire !
Bon, le chapitre 61 faisait à la base près de 24 000 mots et même pour moi, c'était trop. J'ai eu des sueurs froides en voyant le travail de correction nécessaire. J'ai donc décidé d'en faire deux chapitres distincts afin de poster plus rapidement.
Récap des chapitres précédents :
- Hermione et les autres arrivent au bout de leur voyage diplomatique et sont arrivés au campement de la dernière faction, la Révolte du Yorkshire. L'accueil a été particulièrement glacial et Sturgis, le leader, a réitéré son refus de rejoindre le FLOP. (chap. 60)
- Nous avons eu le retour d'Alastor Maugrey, qui s'était enfui de la base des Goules Insoumises lorsqu'on a découvert qu'il était en réalité un extrémiste et qu'il a fomenté l'attentat qu'Hannah Abbott-Boot a causé. (chap 20 et 21)
- Nous avons aussi assisté à l'entrée de Peter Pettigrow, considéré comme un lâche par Harry et l'Ordre car il a laissé James et Lily Potter se faire exécuter pendant l'opération pour libérer les prisonniers, le jour de la capture d'Hermione par le régime. Par hasard, Hermione s'est rendu compte Lily et James étaient les parents d'Harry et lui a décrit leurs derniers moments. (chap. 57)
- Après avoir conspiré pour écarter Lucius, Narcissa a récupéré toutes ses fonctions (chap. 56) Elle a annoncé qu'elle assurerait la transition aussi longtemps qu'il le faudra avant que Draco ne soit capable de prendre le flambeau. (chap 58)
- Bill a découvert la vérité sur la relation de Ginny et Draco et a avoué à sa sœur qu'il lui a menti sur ce qu'il est arrivé à leur famille. Il ignore s'ils s'en sont sortis ou s'ils morts (chap. 60)
Le dernier chapitre s'est terminé sur l'alerte d'une attaque soudaine contre la Révolte.
Bonne lecture ! Montage et playlist dispos, comme d'habitude !
LXI. Agents du Chaos
« Nous sommes attaqués ! Ils sont là ! Ils ont réussi à pénétrer dans le deuxième campement ! » hurla une voix.
Hermione se retourna vivement et aperçut un attroupement se former autour de l'homme qui venait de crier. Les rires et les chants qui résonnaient quelques instants plus tôt dans l'air se transformèrent instantanément en un tumulte de confusion et d'inquiétude. À côté d'elle, Harry et Severus s'étaient levés d'un bond, alertés. Hermione se précipita à leur suite, se rapprochant du groupe agité.
« Écartez-vous ! » gronda une voix rauque.
Sturgis Podmore, le leader de la Révolte, se fraya un chemin à travers la foule, qui s'empressait de lui céder le passage. Il arriva auprès de l'homme qui avait déclenché l'alarme.
« Quelle est la situation ? » exigea-t-il, ses épais sourcils froncés dans une expression sévère.
« Une vingtaine d'assaillants se sont introduits dans le campement Bêta. » articula l'homme avec difficulté, visiblement essoufflé et souffrant.
« Des Mangemorts ou des Aurors ? » intervint Maugrey qui était apparu à côté de Sturgis.
« Je ne sais pas. Ils semblent… différents. » expliqua l'homme.
Hermione remarqua alors du sang sur l'abdomen de l'homme et sur ses mains qu'il pressait contre sa blessure. Soudain, il s'effondra au sol, épuisé et incapable de rester debout. Deux personnes se précipitèrent vers le blessé pour lui porter secours.
« Ils sont surentraînés. » parvint encore à articuler l'homme entre deux gémissements avant d'être emporté.
Sturgis et Maugrey échangèrent un regard grave.
« Moretti. » appela Sturgis, arborant désormais un air concentré. « Rassemble la première ligne de défense pour les ralentir. »
« Vous avez entendu l'ordre, défenseurs, suivez-moi ! » tonna Moretti.
Sturgis se tourna vers Emmeline Vance.
« Je vais leur ouvrir la voie. » informa-t-elle, anticipant ses ordres.
Il acquiesça et balaya du regard la foule autour de lui, comme s'il cherchait quelqu'un en particulier.
« Où est Pettigrow ? » demanda-t-il, une expression frustrée sur son visage. « Nous devons renforcer l'entrée principale pour ralentir l'invasion. »
« Aucune idée mais je m'en occupe dès que j'aurais ouvert le premier passage. » assura Emmeline.
« Équipe de sécurité interne, vérifiez que l'entrée du camp Alpha est toujours sécurisée. Contactez les camps Gamma et Delta pour confirmer leur sûreté. Dites-leur de rester prêts si nous avons besoin de renforts. » ordonna Sturgis.
Ils semblaient bien organisés, songea Hermione. Elle se demanda s'ils avaient l'habitude de ces attaques ou s'ils s'étaient simplement bien entraînés pour faire face à de tels incidents. Tous les habitants du camp semblaient mobilisés, chacun sachant ce qu'il fallait faire. Certains érigeaient des boucliers de protection autour du campement, tandis que d'autres enchantaient des obstacles.
Harry s'avança vers Sturgis.
« Nous allons vous aider. Dites-nous quoi faire. » assura-t-il d'une voix déterminée.
Sturgis se tourna vers lui et le jaugea quelques instants, silencieux. Il hocha finalement la tête.
« Venez avec nous. Suivez les instructions de Maugrey. » dit-il.
Hermione vit Harry tiquer face à cette demande mais il ne protesta pas.
« Entendu. » déclara-t-il.
Sturgis se détourna, continuant à proférer d'autres instructions à ses hommes. Harry se tourna vers Hermione.
« Reste-ici. C'est bien trop dangere... » commença-t-il.
« Non. Je viens avec vous. » interrompit Hermione, sans même le laisser terminer sa phrase.
« Hermione, il ne s'agit pas des gardes de l'Ambrosia, cette fois. Ce sont des soldats du régime. Ils sont surentraînés. C'est dangereux. » plaida Harry, préoccupé.
« Je viens avec vous. Je ne peux pas rester ici pendant que vous risquez vos vies. » insista-t-elle avec fermeté, déterminée à ne pas se laisser dissuader.
Elle voulait contribuer. Pas se cacher dès que le danger se présentait. C'était pour cela qu'elle avait rejoint la résistance. Elle refusait d'être mise de côté.
« D'accord, mais tu restes à l'écart du combat. Tu es bien trop précieuse. Nous ne pouvons pas prendre le risque qu'il t'arrive quelque chose. » dit Harry.
Hermione hocha la tête, acceptant le compromis. Elle vit Sturgis leur jeter un regard inquisiteur. Il semblait avoir entendu l'échange. Harry sortit quelque chose qui ressemblait à un plaid et le tendit à Hermione.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Hermione.
« Ma cape d'invisibilité. Cache-toi dessous et ne la retire sous aucun prétexte. » ordonna-t-il.
Elle saisit la cape épaisse, l'enfilant rapidement. Elle écarquilla les yeux en voyant tout son corps, hormis sa tête, disparaître. En relevant la tête, elle aperçut un groupe de très jeunes enfants, escortés par deux adultes, être conduits dans la direction opposée aux bois. Certains étaient en pleurs, et d'autres affichaient des mines confuses.
« Moi aussi, je veux aller casser du Mangemort ! » cria l'un des enfants d'une voix déterminée, ne semblant pas bouleversé le moins du monde.
Il semblait même plus jeune qu'Ivo. La femme qui les escortait le réprimanda avant de le forcer à suivre le reste du groupe.
« En avant, la Révolte ! » hurla Sturgis, se précipitant vers les bois.
Un groupe composé d'une vingtaine de personnes lui emboîta le pas, courant à toute allure vers les profondeurs de la forêt. Le bruit de leur pas résonnait sur la terre humide. Bientôt, ils arrivèrent devant un arbre gigantesque. Une large fissure était visible dans le tronc, semblable à celle qu'Emmeline leur avait montrée à leur arrivée.
« Allez-y ! Les défenseurs sont déjà en place. » ordonna Emmeline qui se trouvait près de l'entrée.
Un à un, les combattants s'engouffrèrent dans l'ouverture.
« Hermione, ta capuche ! » hurla Harry à son encontre.
Hermione se dépêcha de revêtir sa capuche avant d'entrer derrière lui, suivie de près par Severus. Ils déboulèrent dans une nouvelle forêt, et Hermione devina qu'il s'agissait d'une nouvelle section de ces bois gigantesques. Elle ouvrit de grands yeux horrifiés devant la scène de chaos qui s'offrait à elle. Les cabanes dans les arbres brûlaient sous l'effet de flammes voraces et de larges parties de constructions s'effondraient au sol. Le ciel était couvert d'un épais voile de fumée. Un large champ de protection scintillant avait été enchanté et Hermione vit Moretti et ses compagnons - probablement l'équipe de défense - renforcer le mur protecteur. De l'autre côté du champ, Hermione distingua des silhouettes, toutes vêtues de noir. Les assaillants lançaient des sorts sur le champ de protection, tentant de le détruire.
« Préparez-vous ! La partie gauche du champ protecteur est sur le point de s'écrouler. » hurla Moretti à l'attention de Sturgis et des nouveaux arrivants.
« Dès que le champ de protection se fendra, traversez l'ouverture et attaquez-les. » ordonna Maugrey, s'attirant des exclamations d'approbation.
Hermione comprit que le champ avait été érigé pour leur faire gagner du temps, afin de coordonner la réponse à l'attaque. Les défenseurs leur avaient permis de gagner de précieuses minutes, en prenant toute l'attention des assaillants. À travers la couche translucide du champ de protection, Hermione peinait à distinguer ces derniers.
« Ne reste pas au milieu du combat. » intervint la voix d'Harry à ses côtés. « La cape te rend invisible, mais ce n'est pas un bouclier. Tu peux être touchée par les sorts. »
Elle hocha la tête avant de se rappeler qu'il ne pouvait pas la voir.
« J'ai compris. » dit-elle en haussant le ton pour qu'il puisse entendre malgré le brouhaha qui les entourait.
« Préparez-vous ! » cria Moretti. « Le champ de protection se fissure ! »
Avec une appréhension certaine, Hermione vit la partie gauche du champ se désintégrer sous les assauts de leurs ennemis, créant une ouverture par laquelle Sturgis et le reste du groupe s'engouffrèrent. Immédiatement, elle eut l'impression d'entrer dans une arène survoltée. Des sorts fusaient de toutes parts, créant des déflagrations à travers les bois, et des cris de douleur s'élevaient dès qu'un maléfice atteignait quelqu'un. Une partie des assaillants, réalisant qu'ils étaient à leur tour attaqués, redirigèrent leur attention vers le groupe de Sturgis. Les sorts qu'ils lançaient étaient féroces et d'une précision implacable.
Suivant l'ordre d'Harry, Hermione se rua vers un arbre pour y prendre abri, évitant d'être au milieu du combat forcené qui faisait rage. Elle regarda la bataille avec une expression perdue, ne sachant pas où diriger son attention. Tout se passait si vite. Le cœur battant, elle étudia les attaquants. Probablement des Mangemorts, songea-t-elle. Ils étaient vêtus de capes noires, similaires à celles des hommes qu'elle avait régulièrement aperçus patrouillant les rues du régime. Elle avait toujours ressenti un profond malaise à leur vue et s'était efforcée de se faire discrète à leur passage. Elle savait à quel point ils étaient dangereux.
Étrangement, ils ne portaient pas leurs habituels masques argentés. En plissant les yeux, Hermione remarqua que leurs visages étaient lisses et dénués de tout trait. Leur visage n'était qu'une étendue de peau sans yeux, nez ou bouche. Ils ressemblaient à ces mannequins sans visage que l'on voyait parfois dans les vitrines du Chemin de Traverse. Jamais elle n'avait vu quelque chose de semblable. Derrière eux, les cabanes perchées dans les arbres brûlaient violemment. La pleine lune était à peine visible dans le ciel obscur, occultée par la fumée qui avait envahi les environs.
Hermione jeta des regards alarmés parmi les combattants, à la recherche d'Harry. Elle le trouva finalement, en première ligne, affrontant les assaillants. Il était engagé dans un duel intense avec l'un des Mangemorts. Un jet de lumière rouge se dirigea vers lui, qu'il esquiva avant de riposter avec une adresse remarquable. En l'observant se battre, elle eut l'impression qu'il avait fait ça toute sa vie. C'était probablement vrai. Après tout, il avait grandi au sein de la Résistance. Sa vie avait été façonnée autour de la survie et de la lutte contre le régime. Elle vit Severus, non loin de là, engagé dans un duel avec un autre ennemi. Harry et Severus étaient d'excellents duellistes, affichant une dextérité impressionnante. En les observant, Hermione ne put s'empêcher de ressentir de l'admiration.
Reportant son attention sur le reste des combattants, elle nota le plaisir dans les yeux de certains des membres de la Révolte du Yorkshire. Ils semblaient apprécier la bataille. Leur technique de combat était extrêmement coordonnée et efficace. Elle comprenait désormais pourquoi l'Ordre du Phénix voulait tant les intégrer à leur coalition. Ils étaient d'excellents duellistes et savaient utiliser l'environnement à leur avantage.
Elle vit ensuite Moretti, qui avait mené le groupe de défenseurs, au cœur de la riposte. Il conjura quelque chose dans la terre, aux pieds d'un Mangemort. Une forme noire surgit du sol et se jeta sur le visage de l'assaillant. Hermione distingua une horde d'insectes qui recouvrit sa face lisse. Même s'il n'avait pas de bouche, du moins pas visible, le Mangemort émit un grognement étouffé, se tenant la gorge comme s'il étouffait, et tomba à genoux, s'agitant désespérément. Il était visiblement en souffrance, mais ne pouvait exprimer sa douleur verbalement. Pendant un bref instant, Hermione ressentit même de la pitié pour lui.
« Expelliarmus ! Accio ! » enchaîna Moretti, sa baguette pointée sur le Mangemort en difficulté.
La baguette de ce dernier s'envola dans les airs, se dirigeant vers Moretti qui l'attrapa au vol. Puis, d'un geste précis, il frappa avec les baguettes qu'il tenait dans chaque main — la sienne et celle du Mangemort. L'un des sorts brisa une branche épaisse qui tomba sur un autre assaillant. Le second sort, lancé simultanément, enchanta les cordes d'un pont récemment effondré, s'enroulant autour d'un autre Mangemort et l'immobilisant. Il s'effondra au sol, piégé, semblable à un morceau de viande ficelé.
Pourtant, tandis qu'elle observait la lutte enragée, elle réalisa que les adversaires de la Révolte n'étaient absolument pas en reste. Ils étaient plus structurés, communiquant de manière silencieuse, mais évidente. Leur technique de combat était impressionnante à observer. Ils avançaient en ligne parfaite, enchaînant les sortilèges avec une rigueur stupéfiante, sans montrer le moindre signe de fatigue. Qui étaient ces gens ? se demanda-t-elle nerveusement. Quelque chose en eux semblait inhumain.
Une angoisse profonde commença à s'immiscer en elle alors qu'elle voyait les membres de la Révolte tomber les uns après les autres, vaincus par les sortilèges de leurs ennemis. Plus les minutes passaient, plus il devenait évident que les assaillants prenaient le dessus sur le combat. Les combattants de la Révolte commençaient à s'épuiser.
Soudain, un cri assourdissant résonna dans la nuit noire, ressemblant à l'appel désespéré d'un animal féroce. Hermione se retourna vivement, effrayée. Elle avait entendu le bruit derrière elle. Ses yeux rencontrèrent ceux, grands et jaunes, d'une forme massive et velue qui se tenait à seulement quelques mètres d'elle. La silhouette ressemblait à celle d'un loup, mais plus grand, plus intimidant. Sa silhouette robuste était dessinée par des muscles puissants qui ondulaient sous sa fourrure épaisse et grisonnante. Ses crocs blancs, acérés comme des couteaux, brillaient de manière sinistre à la lueur de la lune, se dévoilant chaque fois qu'il retroussait ses babines dans un grognement sourd.
Le loup s'approcha d'elle lentement, chaque mouvement étant mesuré et prédateur, comme s'il préparait une attaque mortelle. Hermione sentit une boule de peur naître dans sa gorge, ses doigts se resserrant instinctivement autour de sa baguette. Il ne peut pas me voir sous la cape, tenta-t-elle de se rassurer. Pourtant, les yeux du loup étaient fixés sur elle avec une telle intensité qu'elle ne put s'empêcher de ressentir un doute angoissant. Certaines créatures étaient-elles dotées de sens plus aiguisés, capables de percer le voile de l'invisibilité ? Elle retint son souffle, s'efforçant de ne pas faire le moindre bruit, priant pour que son intuition soit totalement erronée.
Soudain, le loup-garou se jeta en avant avec une rapidité fulgurante. Hermione lâcha un cri strident, terrifiée. Elle trébucha en arrière, son talon heurtant une racine d'arbre qui la fit trébucher. Presque simultanément, une rafale d'air effleura son visage, alors qu'elle s'attendait à sentir les crocs de la bête se planter dans sa chair. Quelques instants de confusion passèrent avant qu'elle ne réalise que la créature ne s'était pas jetée sur elle. Il avait délibérément évité sa présence et avait disparu dans l'obscurité derrière elle. Hermione se releva rapidement et tourna son regard vers la mêlée en cours.
Le loup avait choisi une autre proie - un Mangemort qui n'avait pas eu le temps de repérer son assaillant. Les crocs féroces de la bête s'enfoncèrent dans la nuque de l'homme avec une force brutale, arrachant un jet de sang qui éclaboussa les arbres environnants. Le corps du Mangemort s'effondra comme une marionnette désarticulée, gisant inanimé sur le sol de la forêt. À la lumière de la lune, Hermione put voir avec horreur les dégâts infligés par l'attaque : l'homme avait été pratiquement décapité.
Le loup poussa un rugissement guttural, ses yeux flamboyant d'une fureur sauvage, avant de se jeter sur le prochain assaillant à sa portée. Ce dernier, davantage préparé que son prédécesseur, envoya un sort à l'animal qui n'eut aucun effet, semblant glisser sur sa fourrure grise sans la moindre conséquence. Le loup poursuivit son assaut, et le plaqua au sol avec une force brutale, sa gueule arrachant violemment une partie de son bras. Hermione observa avec effroi la scène sanguinaire. L'animal était déchainé et incontrôlable.
L'arrivée du loup avait déstabilisé les Mangemorts. Ils semblaient tiraillés entre continuer leur assaut contre les combattants de la Révolte ou concentrer leurs forces sur la menace féroce qui les décimait un à un. Sturgis et ses compagnons profitèrent de cette hésitation pour reprendre le dessus dans le combat. Hermione constata avec soulagement que des renforts venaient d'arriver dans le campement - probablement des campements Gamma et Delta, que Sturgis avait mentionnés plus tôt.
Il ne restait qu'une poignée d'ennemis. Elle en compta six. Désormais en nette infériorité numérique, les Mangemorts commençaient à reculer, lançant des sortilèges dans une tentative désespérée de maintenir leur ligne de défense. Deux d'entre eux redirigèrent leurs attaques vers le loup, libérant un barrage de sortilèges. La bête commença à montrer des signes de fatigue. Soudain, un sortilège particulièrement puissant l'atteignit au niveau du flanc, le renversant sur le sol. Un gémissement de douleur émana de la gorge de la créature. Un son qui, dans sa souffrance, semblait étrangement humain à Hermione.
« REMUS ! » hurla la voix désespérée d'Harry, parvenant aux oreilles d'Hermione malgré le chaos environnant.
Elle jeta des regards successifs autour d'elle, à la recherche de Remus. Était-il de retour ? songea-t-elle. Avait-il réussi à les retrouver ? Elle n'eut pas le temps de se poser des questions plus longtemps. Derrière les Mangemorts, un nouveau groupe de personnes venait d'apparaitre, guidé par Emmeline Vance. Les assaillants étaient désormais encerclés. Ils luttèrent pourtant sans se démonter, malgré la défaite imminente et inévitable. Quatre d'entre eux furent finalement neutralisés, ne laissant qu'un seul adversaire.
« Laissez-le en vie ! » commanda Sturgis.
Le Mangemort se tournait dans tous les sens, cherchant une échappatoire. Malgré ses capacités évidentes, il ne serait pas en mesure d'affronter autant d'adversaires. Emmeline lui envoya un sort et l'homme tomba au sol, paralysé. Elle s'approcha de lui et lui arracha sa baguette.
« Assurez-vous qu'il ne puisse ni parler ni lancer de sort ! » ordonna Sturgis, sur ses gardes.
« J'aimerais bien mais il n'a pas de bouche. » fit remarquer Emmeline.
Sa botte était posée sur la poitrine de l'homme, juste sous sa nuque. Elle examinait son visage dénué de traits avec un mélange de dégoût et de fascination.
« C'est la chose la plus bizarre que j'ai vue depuis des lustres. Et croyez-moi, j'en vois des choses bizarres dans les bois. » assura-t-elle.
« Remus ! » hurla de nouveau la voix d'Harry.
Hermione le vit courir à toute allure en direction du loup immobile.
« Remus ! » répéta-t-il, sa voix emplie de détresse.
La compréhension frappa Hermione de plein fouet. Ce mystérieux loup n'était autre que Remus Lupin. Stupéfaite, elle observa Harry s'agenouiller auprès de sa silhouette inconsciente. Était-il un Animagus ? se demanda-t-elle.
« Nott. » entendit Hermione.
Elle se retourna vivement et croisa le regard de Severus qui la fixait. Elle réalisa que la cape d'invisibilité avait glissé après sa chute, révélant son visage.
« Vous êtes indemne ? » demanda-t-il d'un air grave.
Malgré le tumulte de ses émotions, Hermione hocha la tête. Elle était restée sur le côté pendant qu'ils se risquaient leur vie dans cette lutte acharnée. Elle n'avait aucune raison de se plaindre.
« Éteignez ce feu ! Cherchez les survivants ! » ordonna Moretti à l'attention des défenseurs qui se ruèrent vers les cabanes en flammes.
Quelques instants plus tard, Hermione vit des personnes sortir des ruines enflammées, affichant des expressions ébranlées. La plupart étaient en piteux état. Avec l'aide de Severus, Hermione se releva et ils se précipitèrent vers Harry, toujours agenouillé auprès du loup – ou plutôt de Remus.
« Est-il en vie ? » questionna Severus.
Harry hocha la tête.
« Il est gravement blessé, mais oui, il est vivant. » confirma Harry, la voix tremblante.
« C'est probablement grâce à lui que nous sommes encore en vie. » commenta Sturgis Podmore, qui venait d'arriver à leur hauteur. « Emmenez-le à l'infirmerie, au plus vite ! »
Plusieurs hommes s'approchèrent de Remus, le faisant léviter avec précaution sur un brancard improvisé. Hermione remarqua l'air secoué d'Harry, comme s'il avait redouté le pire. Elle posa une main réconfortante sur son bras. Il se tourna vers elle.
« Tu vas bien ? » demanda-t-il, préoccupé.
Elle hocha la tête. Elle avait du mal à croire qu'après tout ce qu'il venait de vivre, il se souciait de son état.
« L'entrée est sécurisée. » signala Emmeline à Sturgis. « Elle a été compromise, c'est ainsi qu'ils sont entrés. J'ignore encore comment ils ont fait. »
Sturgis hocha la tête, ses yeux reflétant une lueur sombre.
« Moretti et Vance, évacuez la zone. « Nous ne pouvons plus rien faire dans ce campement, notre position a été compromise. ». » dit Sturgis avec gravité.
Il se tourna vers Harry, Hermione et Severus.
« Vous trois. Suivez-moi. » ordonna-t-il.
Ils se dirigèrent la direction opposée, retrouvant la fissure dans le tronc qui les ramena au campement principal - le campement Alpha, comme l'avait appelé Sturgis plus tôt.
Le campement dégageait désormais une atmosphère pesante. Ceux qui étaient restés en arrière regardaient avec une tristesse profonde les camarades blessés et ceux qui avaient perdu la vie lors de l'attaque. Les corps des défunts étaient disposés sur des brancards en lévitation. Certains se mirent à crier en reconnaissant les corps de leurs proches. Hermione sentit sa poitrine se serrer. Cela lui rappelait les scènes chaotiques de sa propre capture, huit ans plus tôt. La vue de ces corps sans vie empilés les uns sur les autres, dénués de toute dignité, resterait gravée dans sa mémoire à jamais. La différence, cette fois, était l'attitude des membres de la Révolte et le respect avec lequel ils traitaient les défunts. Certains avaient levé leurs baguettes au passage du cortège en signe de solidarité et de deuil.
Quelque part dans la foule, la voix d'une femme entonna même un chant :
« Pour la liberté, unis nous sommes,
Contre l'asservissement, réunis nous sommes,
Dans l'ombre, nous forgeons notre destinée,
Avec courage et honneur, nous resterons engagés.
Nous défendrons notre liberté sans interruption,
Jusqu'à enfin triompher de l'oppression,
Dans les annales de l'histoire, la Révolte du Yorkshire
Contre l'injustice, la tyrannie et le désespoir,
Nous lutterons jusqu'à la victoire,
Pour enfin être couronnés de gloire. »
L'atmosphère était désormais chargée et accablante, bien loin de l'effervescence qui avait animé le campement plus tôt dans la soirée. À côté d'elle, elle vit Harry fixer le sol, un air éreinté sur son visage couvert de suie. Elle y décelait une tristesse profonde. Elle savait que la situation réveillait chez des souvenirs douloureux.
Sans hésiter, elle glissa sa main dans la sienne. Elle sentit Harry lui serrer la main en retour et ils suivirent le reste du cortège, rythmé par le chant de la femme. Ils s'arrêtèrent finalement devant un édifice plus imposant que les autres. À l'approche, Hermione nota qu'il n'était pas simplement perché sur un arbre, comme les autres cabanes du campement. Il avait été construit autour du tronc de l'arbre lui-même, avec ce dernier servant de colonne centrale.
Le cortège des combattants s'était dispersé, laissant seulement un petit groupe composé des membres de l'Ordre et des proches de Sturgis. Ils entrèrent dans une vaste pièce où le tronc de l'arbre s'élevait majestueusement vers le plafond, intégré de manière naturelle à la structure de la bâtisse. Une large table avait été sculptée tout autour. Hermione l'observa avec fascination. Sur la table s'étendait une maquette détaillée, qu'elle interpréta comme étant la représentation miniature du bastion de la Révolte du Yorkshire. La maquette était divisée en quatre sections bien définies, chaque portion représentant un campement, séparées par des miniatures d'arbres qui semblaient se mouvoir d'une manière continue. Emmeline avait déjà mentionné cette particularité à leur arrivée, expliquant que la forêt était en mouvement constant, les entrées changeant constamment de position, rendant inutile toute tentative de mémorisation du chemin. Le regard d'Hermione fut attiré par une fumée légère qui s'échappait de la miniature du campement Bêta, qui avait subi l'assaut. La plupart des cabanes étaient complètement pulvérisées. Lors de l'assaut, Hermione avait été tellement absorbée par le chaos ambiant et le danger omniprésent qu'elle n'avait guère eu l'opportunité de se concentrer sur son environnement. Maintenant, face à cette miniature, elle prenait pleinement conscience de l'ampleur des dégâts infligés au campement.
« Le campement Bêta est irrécupérable. » annonça Sturgis, ses yeux perçants rivés sur la maquette. « Dès que nous aurons récupéré tous les corps, détruisez-le, ainsi que son entrée. Même si l'entrée nord a été sécurisée, nous ne pouvons prendre aucun risque. Le campement a été trop compromis. »
« Je m'occupe de l'entrée. Luca, j'aurais besoin de l'aide ton équipe pour le reste. » réclama Emmeline s'adressant à Moretti.
Son air habituellement désinvolte et narquois avait disparu. Comme tous les autres, son visage affichait une gravité sombre. Chacun d'entre eux semblait ébranlé par l'incident récent.
Emmeline et Moretti quittèrent la pièce, laissant Sturgis, Maugrey, Harry, Severus et Hermione en compagnie de la maquette qui laissait toujours échapper une fumée épaisse. Sturgis leur fit signe de le suivre, et ils s'exécutèrent, se dirigeant vers un escalier dissimulé derrière une trappe. Ils descendirent dans ce qui semblait être un sous-sol. Hermione supposa qu'ils se trouvaient probablement sous l'arbre. Cet espace ressemblait à une sorte de prison, avec quelques cellules sombres exhalant une odeur humide de végétation en décomposition. Une seule des cellules était occupée, par trois individus. Deux hommes étaient des combattants qu'elle avait aperçus sur le champ de bataille plus tôt. Le troisième était le Mangemort qu'ils avaient capturé, agenouillé, les mains liées derrière lui par une cordelette mouvante.
« A-t-il déjà parlé ? » demanda Sturgis.
« Non. Et je n'ai pas l'impression qu'il en soit capable. » commenta l'un des gardiens, se grattant la tête.
Hermione se rappela un détail qui l'avait frappée lors de l'attaque : aucun des Mangemorts n'avait prononcé de sortilèges à voix haute. Ils s'étaient tous contentés de sorts informulés.
« Comment ça ? » insista Sturgis.
« Il y a forcément un sort sur son visage, mais je n'ai toujours pas réussi à le lever. Je ne comprends même pas comment il respire. » répondit le gardien, observant le prisonnier avec un air intrigué.
Le visage du captif était une peau lisse, totalement dépourvu de traits distinctifs. Sans bouche, sans nez et sans yeux, Hermione ne comprenait pas comment il pouvait utiliser ses sens. Sturgis observa le prisonnier avec une répulsion manifeste.
« Qui sont-ils ? Il est impossible que ce soient des Mangemorts. » commenta-t-il. « Ils étaient bien trop puissants. »
Selon Harry, la Révolte était responsable de la plupart des assassinats de Mangemorts et se retrouvaient souvent en confrontation avec eux. Ils les connaissaient suffisamment bien pour remarquer une différence avec ces assaillants mystérieux.
« J'ignore s'il est inconscient ou juste immobile. Il n'a pas crié une seule fois, ni même réagi à mes sorts. Même pas à l'Endoloris. » poursuivit l'homme avec une frustration évidente. « Comment est-ce possible ? »
Sturgis s'approcha du prisonnier et le saisit par le col, enfonçant la pointe de sa baguette dans sa nuque. Le captif ne réagit pas.
« Qui es-tu, saleté de monstre ? » s'exclama-t-il, sa voix vibrante de colère.
« Je crois savoir qui… Ou plutôt ce qu'il est. » rectifia Severus d'une voix traînante.
Tous les regards se tournèrent vers lui.
« Nous avons mis la main sur d'anciens documents issus des archives de l'Armée de Dumbledore. Certains faisaient mention d'une expérience menée par le Département des Mystères. Ils tentaient de créer une sorte d'armée d'élite surentrainée et extrêmement létale, qu'ils ont appelé des 'Escadrons de la mort'. Le but était de les utiliser pour des opérations secrètes spécifiques. » expliqua Severus. « Mais les soldats qu'ils ont créés ont dû endurer de nombreuses tortures et des traumatismes inimaginables pour ne pas flancher face à la douleur et pour obéir à tout prix. Ils ne sont plus vraiment humains, mais sont devenus des armes de guerre. »
Son explication plongea la pièce dans un silence glacial.
« Il dit vrai. » intervint soudainement Maugrey, attirant un regard surpris de la part d'Harry et Severus. « Lorsque j'étais encore Auror au ministère, des rumeurs circulaient sur cette unité d'élite. Mais cela a toujours été gardé secret et la plupart des employés du Bureau pensaient qu'il s'agissait de fabulation. »
« La documentation que j'ai lue ne précisait pas ce qu'ils ont dû subir pour en arriver à cet état. Ils ont perdu toutes capacités à analyser ou à ressentir des émotions. Ils sont dangereux mais incapables de comprendre les subtilités. Apparemment, ils se sont même mis à attaquer leurs propres alliés. L'expérience n'a pas été concluante et a été abandonnée. Du moins, c'est ce que l'on croyait jusqu'à aujourd'hui. »
« C'est probablement à cause de ces limites qu'ils les ont envoyés seuls, sans Aurors ni Mangemorts. Le régime savait qu'il sacrifiait ces hommes, mais ils savaient aussi qu'ils causeraient d'importants dégâts. » déduisit Maugrey, l'air sombre.
Il se pencha et examina intensément le visage de l'homme. Son œil magique tournait rapidement dans son orbite. Hermione savait que les yeux magiques possédaient des capacités de vision bien supérieures à celles des yeux humains ordinaires. Il était probablement en mesure de détecter des détails que les autres ne pouvaient pas voir.
« Par la barbe de Merlin, il y a bien un visage là-dessous. » confirma Maugrey, les sourcils froncés. « Mais c'est comme s'il avait été retourné. »
« Et je ne distingue rien de compréhensible dans son esprit. » ajouta informa Severus, l'air concentré. « C'est comme s'il fonctionnait sur une fréquence différente, que je ne parviens pas à capter. Ça m'arrive parfois avec Lupin, lorsqu'il est sous sa forme de loup-garou. »
Hermione écarquilla les yeux en entendant cela. Remus Lupin n'était donc pas Animagus, mais un loup-garou. Cela expliquait pourquoi ses sens et ses aptitudes de traqueur semblaient si affûtés depuis le début de leur voyage. Elle se souvint aussi des commentaires de Riftan, un des vampires de la faction des Sanguinistes. Il avait catégoriquement interdit à Remus d'entrer plus profondément dans le repaire des vampires, et ce dernier avait été contraint de rebrousser chemin.
« Pas lui. Il empeste. » avait dit Riftan avec dégoût en pointant un long doigt pâle sur Remus.
Plus tard, Remus les avait quittés lorsqu'ils s'étaient mis en route pour le repaire de la Révolte du Yorkshire. Hermione avait interrogé Harry à ce sujet, mais ce dernier s'était contenté de façon évasive que Remus les retrouverait. S'était-il éloigné à cause de la pleine lune imminente ? Elle pouvait comprendre pourquoi. La créature en laquelle Remus s'était transformée était terrifiante. Il avait fallu l'intervention de plusieurs personnes pour le maîtriser.
Malgré tout, Hermione réalisait qu'ils avaient eu une chance inouïe que Remus arrive à ce moment précis. Cela avait changé la donne du combat, leur offrant un élément de surprise et quelques instants précieux pour riposter. Malgré leur supériorité numérique, la Révolte avait clairement été en difficulté face à cet adversaire. Sans l'intervention de Remus, elle devinait que l'issue de la bataille aurait été bien plus tragique.
« Ils sont clairement d'un niveau plus élevé que les forces de l'ordre du régime. Nous n'avons jamais été autant en difficultés face à des ennemis. Et nous étions en supériorité numérique ! » rappela l'homme, vocalisant les pensées des personnes présentes dans la pièce.
Ils avaient semblé déstabilisés par les capacités de combat de l'escadron de la mort. Harry avait indiqué à Hermione que la Révolte était la faction la plus capable en termes de force de combat. Leur réputation de combattants intrépides et puissants les précédait. Si cette unité d'élite avait réussi à les ébranler, cela témoignait de la dangerosité de ces derniers. Dans les yeux bleus de Sturgis Podmore, Hermione vit du doute. Cela contrastait avec la force, l'énergie et la confiance inébranlable qu'il avait affichée depuis leur arrivée.
« Imaginez s'ils avaient une armée entière de soldats comme eux... » fit remarquer le second homme, frissonnant à l'idée.
Même la Révolte ne pourrait rien contre une armée entière de ces hommes. À moins de s'allier avec le reste de la Résistance. Hermione se tourna vers Harry qui avait gardé le silence. Son expression accablée avait disparu. En apercevant la lueur déterminée dans ses yeux verts, elle devina immédiatement ses intentions. Malgré l'évidente tragédie, une opportunité non négligeable s'offrait pour le plan d'union du Phénix
« Continuez à le pousser pour obtenir des informations de sa part. » ordonna Sturgis aux deux gardiens avant de quitter la cellule.
Lorsqu'ils furent de retour près de la maquette, Sturgis commença à faire les cent pas, ses épais sourcils froncés, en pleine réflexion. Maugrey s'était adossé contre le rebord de la table enchantée, le visage fermé.
« Comment ont-ils même pu détruire nos défenses et infiltrer le campement ? C'est impossible. » fulmina Sturgis.
« Je crois que j'ai la réponse à cette question. » lança la voix d'Emmeline qui venait de faire irruption dans la salle.
Cette fois, elle était accompagnée d'un autre homme. Hermione reconnut celui qui les avait alertés de l'attaque. Un épais bandage ensanglanté entourait sa taille et son visage était blême.
« Raconte-leur ce que tu as vu. » ordonna Emmeline à l'homme.
« J'étais de garde au campement Bêta, ce soir. Coote était supposée prendre la relève mais il ne s'est jamais pointé. Peter Pettigrow est venu à sa place et a prétendu qu'il assurerait la transition pendant une heure, car Coote avait été appelé en urgence au campement Gamma. » expliqua l'homme. « Je suis parti, mais quelques instants plus tard, je me suis rendu compte que j'avais oublié de lui laisser les multipliettes. Quand je suis revenu à l'entrée, j'ai vu qu'elle était ouverte et que des ennemis étaient en train de s'introduire dans le campement. J'ai d'abord pensé que Pettigrow essayait de les empêcher d'entrer et j'ai voulu intervenir. Il a commencé à me lancer des sorts et l'un d'eux m'a touché. Il a essayé de me tuer. »
Il avait prononcé ces paroles d'un air choqué.
« Il a paniqué et s'est transformé en rat avant que je ne puisse contre-attaquer. Il a déguerpi. J'ai pu rentrer de justesse avant que l'ouverture ne se referme. Ils ont commencé à attaquer Bêta. J'ai fait tout mon possible pour revenir à Alpha pour vous prévenir. » expliqua-t-il, l'air grave.
« Pettigrow… » répéta Sturgis, le visage presque livide tandis qu'il comprenait ce que cela signifiait.
« Cet enfoiré de rat puant nous a trahis. » cracha Emmeline en serrant les dents, l'air enragée.
« On dirait que l'histoire se répète. » commenta Harry, d'un air sombre.
« Qui sait depuis combien de temps il travaille avec eux. » déclara Emmeline, préoccupée. « Je n'arrive pas à croire que nous n'avons rien vu venir. »
« Peter Pettigrow est maître dans l'art de la manipulation et du mensonge. » indiqua Harry. « Il sait se faire passer pour une victime incapable de faire de mal à qui que ce soit, mais c'est en réalité un serpent. Nous savions qu'il était lâche, mais nous n'aurions jamais imaginé qu'il s'allierait avec l'ennemi. »
Son profond dégoût envers cet homme était perceptible dans sa voix.
« Mais comment a-t-il pu réussir à outrepasser les défenses ? » demanda Luca Moretti, choqué.
« Il connaît parfaitement le système de protection. C'est lui qui m'a aidée à les mettre en place. » rappela Emmeline, la mine affolée.
« D'accord mais ça n'explique pas comment il a pu déjouer le sort de loyauté pour nous vendre à l'ennemi. » rappela Moretti.
Hermione savait que les membres de la résistance étaient soumis à ce sort qui les empêchait de révéler des informations cruciales, sous peine de perdre la vie. Elle n'y avait pas été soumise - une de ses conditions lorsqu'elle avait négocié avec le conseil de l'Ordre du Phénix pour leur apporter son aide. Elle ne connaissait pas les détails de fonctionnement de ce sort, mais elle devinait qu'il devait ressembler au sortilège Fidelitas.
« C'est ma mère qui a élaboré le sortilège de loyauté. » répondit Harry d'une voix grave, le visage désormais livide. « Et Pettigrow l'a assisté pendant cette période. S'il y a des failles, alors il doit les connaître. »
Tous échangèrent des regards paniqués.
« Nous ignorons depuis combien de temps il travaille avec l'ennemi. Cela signifie qu'il a pu leur donner bien plus d'informations que nous le pensons. » dit Maugrey avec gravité.
« Sturgis. La situation est beaucoup plus grave que nous le pensions. » intervint Harry, l'air alarmé. « Je t'implore de réfléchir à la proposition du Phénix. »
Sturgis se tourna vers lui, l'air hautain.
« C'est un peu trop bien orchestré, tu ne trouves pas ? Vous débarquez ici et le même jour, nous sommes mystérieusement attaqués alors que nos défenses sont impénétrables. » commenta-t-il, sa voix pleine de suspicion.
Harry lui jeta un regard médusé.
« Tu es vraiment en train de nous accuser, Podmore ? » demanda-t-il d'une voix tremblante de rage.
« Pourquoi aurait-on essayé de vous affaiblir alors que nous avons besoin de toute l'aide que vous pouvez nous apporter ? » intervint Severus, comme s'il avait vu que la situation risquait de dégénérer.
« Je l'ignore. Peut-être était-ce une ruse pour éviter tout soupçon. Ou peut-être une stratégie pour nous forcer à vous rejoindre. Qui sait de quoi votre satané Phénix est capable. » dit Sturgis.
« Donc, si je comprends bien ces accusations, nous nous serions alliés au gouvernement pour monter une attaque dont le seul but est d'affaiblir la Révolte, afin de vous pousser à rejoindre le FLOP ? Une coalition qui lutte elle-même contre le gouvernement ? » demanda Severus avec une pointe d'ironie dans la voix.
Sturgis resta silencieux, semblant réaliser l'absurdité de sa théorie.
« Et peut-être que vous l'avez déjà oublié, mais nous avons également risqué nos vies pour vous aider. Sans compter Lupin qui est dans un état critique. » continua Severus. « Penses-tu toujours que nous sommes de mèche avec le régime ? »
Sturgis secoua la tête. Même ses amis le regardaient avec incrédulité.
« Excusez-moi, la situation m'a fait perdre mes moyens. Je sais que vous n'êtes pas impliqués. Je n'arrive pas à croire que ce rat nous ait trahis. » admit-il finalement, son attitude défensive se dissipant.
Ils pouvaient tous comprendre sa paranoïa. La trahison d'un proche de longue date pouvait semer le doute chez n'importe qui.
« Il nous a tous bernés. » affirma Maugrey. « Je n'ai rien vu venir dans son esprit. Quoi qu'il ait fait, il l'a très bien caché. »
« Nous allons devoir revoir changer le système d'entrée pour l'empêcher de pouvoir nous retrouver. » dit Sturgis, alerté.
Emmeline hocha la tête.
« Je m'en charge. » assura-t-elle.
Sturgis se tourna vers Harry. Hermione remarqua un changement dans son regard.
« Je suis disposé à discuter. Mais j'ai des conditions. » déclara-t-il. « Je dois d'abord m'assurer que tout le monde est en sécurité et je reviendrai pour discuter. »
Severus hocha la tête en approbation, et Sturgis quitta la pièce, suivi de près par ses hommes.
« C'est terrible à dire, mais c'est peut-être un mal pour un bien. Il a dû se rendre compte qu'ils ne sont pas aussi invincibles qu'ils le pensaient. » commenta Harry à l'attention de Severus et Hermione, une fois qu'ils furent seuls.
« Et il doit vraiment être déstabilisé pour en venir à nous accuser d'avoir fomenté cette attaque. » ajouta Severus.
« Pettigrow... » souffla Harry, un voile de rage passant dans ses yeux. « Il sème le chaos partout où il passe. Il est nuisible et nous devons l'arrêter au plus vite, sinon il va causer de graves dégâts. Il sait bien trop de choses. »
« Attends une seconde... » commença Hermione, qui venait d'être frappée par une réalisation. « Pettigrow connaît l'identité du Phénix ? »
Elle l'avait vu sur la photo des membres fondateurs de la faction de l'Ordre.
Harry et Severus échangèrent un bref regard.
« Oui. Mais il ne pourra pas révéler cette information. » répondit Harry.
Apparemment, Peter connaissait les failles du sort de loyauté que la résistance utilisait. Cela signifiait qu'il pourrait révéler des informations à l'ennemi. Pourtant, Harry semblait confiant. L'information sur l'identité du Phénix avait-elle été protégée par une autre méthode ?
« Et nous avons eu beaucoup de chance. » commenta Harry. « Nous n'avons pas encore donné ton identité à Sturgis et les autres avec que Pettigrow les trahisse. Nous attendions les négociations. »
Hermione lui jeta un regard choqué. Ils avaient effectivement échappé à un autre problème de taille. Après avoir fomenté le kidnapping d'Hermione et l'avoir forcé à rejoindre l'Ambrosia, les Lestrange pensaient sans doute s'être débarrassés d'elle.
Ils étaient sans doute au courant de la destruction de l'Ambrosia. Pensaient-ils qu'elle s'était échappée ou qu'elle avait péri dans l'incendie, comme Vivienne van Detta ? Dans tous les cas, ils ignoraient sa localisation actuelle, ce qui convenait parfaitement à Hermione. Elle ne souhaitait pas être à nouveau la cible de ces individus dangereux. Ils étaient capables du pire, elle en était consciente. Il était crucial qu'ils n'apprennent pas qu'Hermione avait rejoint le camp des opposants.
Les Lestrange ignoraient sans doute qu'elle savait qu'ils étaient ceux qui avaient commandité son enlèvement. C'était Van Detta elle-même qui lui avait donné cette information, pour la provoquer. Si elle s'était doutée qu'Hermione prendrait la fuite, elle n'aurait pas dévoilé les secrets de ses employeurs.
Pendant les heures suivantes, tout le monde se mobilisa pour gérer les conséquences de l'attaque. Les survivants du camp Bêta furent répartis entre les autres camps.
Severus envoya son patronus à la base de l'Ordre pour les informer de l'attaque et de l'état de santé de Remus. Il était stable, mais avait frôlé la mort. Heureusement pour lui, sa forme animale lui avait permis d'endurer davantage de blessures. Il n'aurait pas survécu sous sa forme humaine.
Hermione savait que la nouvelle serait bouleversante pour Tonks. Elle éprouva de la compassion pour elle. Ce n'était pas le genre de stress qu'une femme enceinte sur le point d'accoucher devait subir.
Ce ne fut que tard dans la soirée, une fois le calme revenu, que les négociations purent enfin commencer. Hermione avait attendu ce moment toute la journée, impatiente qu'ils parviennent à un accord. Le même groupe se retrouva de nouveau dans la pièce de la maquette miniature. La représentation du camp Bêta avait désormais totalement disparu et seuls les trois autres campements restants étaient visibles. Hermione vit Harry et Emmeline arriver ensemble. Elle les avait observés travailler ensemble sur les protections, ce qui semblait avoir enchanté Emmeline, à en juger par le sourire satisfait qu'elle arborait. Cette dernière avait été très direct dans ses tentatives de séduction.
Au grand désarroi d'Hermione, les négociations avec Sturgis et les autres ne furent pas aussi simples qu'elle l'avait prévu. Après l'attaque, elle avait espéré que les deux camps seraient disposés à trouver rapidement un terrain d'entente. À sa grande surprise, la résistance ne vint pas de la personne qu'elle avait imaginée - Sturgis, mais plutôt d'Harry.
Ils butaient sur le type de méthodes à adopter dans la lutte. La Révolte souhaitait conserver sa totale souveraineté, refusant d'être sous les ordres aveugles du Phénix. Sturgis aspirait à une position d'égalité. Il répugnait aussi à se plier aux méthodes plus calmes et pacifiques prônées par d'autres factions, et insistait pour maintenir leur approche brutale et violente. Cela posait un problème à Harry.
Hermione était frustrée par le discours idéaliste de ce dernier. Ils avaient enfin réussi à attirer l'attention de Sturgis et à initier une vraie conversation. Pourquoi Harry refusait-il simplement d'accepter leurs termes afin de sécuriser leur adhésion au FLOP ?
Harry leur révéla enfin la vérité sur l'identité d'Hermione et insista sur le fait qu'ils pourraient utiliser la proximité de la jeune femme avec le Coven. Sturgis et les autres affichèrent des expressions de stupeur en apprenant qu'une sorcière de sang inférieur avait épousé un membre d'une famille sacrée originelle. À l'instar des autres factions, l'argument porta ses fruits, une fois de plus.
« Le problème, c'est que votre plan d'infiltration et d'espionnage pourrait prendre des années. Nous n'avons plus ce temps. Tu as vu aujourd'hui contre qui nous nous battons. Leur camp a déjà commencé à déployer des forces importantes. » affirma Sturgis à l'attention d'Harry. « Nous devons les attaquer de front. Plus nous attendons, plus nous leur laissons le temps d'amasser encore plus de ressources pour nous exterminer. »
« Je suis d'accord. » intervint Hermione, s'attirant des regards médusés de toutes les personnes dans la pièce. « Ils sont capables des pires atrocités et nous n'aurons jamais le dessus si nous n'utilisons pas des méthodes plus offensives. Nous devons recourir à tous les moyens nécessaires. »
Sturgis, agréablement surpris, semblait la regarder sous un jour nouveau.
« Eh bien Potter, apparemment, même notre infiltrée a plus de courage que toi. » ricana Sturgis, la mine moqueuse.
Après son intervention, Hermione sentit un changement d'attitude de la part d'Harry à son égard. Il lui en voulait visiblement de ne pas avoir suivi sa stratégie et de s'être mise en désaccord avec lui ouvertement devant les autres lors de ces négociations. Elle pouvait comprendre sa frustration, mais elle en avait également assez de rester en retrait pendant que les autres prenaient des décisions qui l'affectaient directement sans la consulter.
Après des heures de discussions sans parvenir à un accord, ils décidèrent de suspendre les négociations et les remettre au lendemain. Tous étaient épuisés après la nuit et la journée tumultueuses qu'ils avaient traversées.
À leur retour dans la cabane, l'ambiance fut froide. Harry était resté silencieux tout le long du chemin. Severus était allé au chevet de Remus et avait aidé à concocter des potions pour les blessés.
« Tu vas m'ignorer pendant encore longtemps ? » demanda-t-elle finalement.
« Tu n'aurais pas dû me contredire ainsi devant eux. » répliqua Harry avec frustration. « Tu m'as fait perdre en crédibilité. Nous avions une stratégie. »
« Tu avais une stratégie. À laquelle je n'adhère pas d'ailleurs. Je te rappelle que quand tu m'as proposé de me joindre à vous pour ces négociations, tu m'as dit que j'aurais un rôle actif. Or, tu n'as fait que m'utiliser comme un alibi, depuis le début. Je n'ai pas accepté de vous rejoindre pour ça, Harry. » répliqua-t-elle, irritée.
Harry ouvrit la bouche, l'air désarçonné. Il ne s'attendait visiblement pas à la voir ainsi perdre son sang-froid.
« Quoi ? Tu pensais que je n'avais pas compris que vous et le Phénix m'utilisiez comme une bannière pour vos plans ? » demanda-t-elle avec sarcasme. « Si je dois devenir un porte-étendard pour vous, alors j'entends bien avoir mon mot à dire. Je ne serai pas ton outil diplomatique que tu brandis comme un atout devant les autres. »
Harry afficha un air gêné.
« Bien sûr que ton opinion compte, Hermione. Mais tu dois comprendre que ces négociations ont débuté bien avant ton arrivée. Tu ne comprends pas l'historique ni le contexte entre nous et la Révolte. Nous voulons nous entendre sur certains principes maintenant pour éviter une dégradation de la situation plus tard parce que nous avons accepté toutes leurs demandes sans condition. » soutint Harry.
« On n'évite point la guerre, on ne fait que la retarder à son propre désavantage. » cita Hermione, la mine assombrie.
« Qui a dit cela ? » demanda-t-il, mal à l'aise.
« Un auteur moldu. »
« Comment connais-tu les auteurs moldus ? » s'étonna-t-il.
Elle se retint de grimacer. Harry ignorait qu'elle était Née-Moldue et elle avait préféré garder cette information pour elle.
« Ça n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est que quand on passe tout notre temps à discuter, eux passent à l'action. Tu as vu ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Nous avons failli y passer. Comment peux-tu voir ce qui est arrivé à Remus et refuser d'entendre que nous devons être prêts à utiliser tous les moyens nécessaires ? »
Elle n'attendit même pas sa réponse et tourna les talons, s'engouffrant dans l'escalier étroit, rejoignit l'étage supérieur et s'enferma dans la chambre, laissant échapper un cri de frustration. Elle commençait sérieusement à être lasse de l'attitude noble d'Harry. Ils étaient en guerre. Leurs ennemis l'avaient bien compris. Pourquoi devraient-ils faire preuve de miséricorde envers des gens qui n'en avaient aucune ?
Allongée sur le lit de camp, Hermione ne parvint pas à fermer l'œil de la nuit. Son esprit était trop agité. Pourtant, au lieu de passer son énergie à ruminer comme elle en avait l'habitude, elle décida d'utiliser ce temps pour une activité plus productive.
Elle devait convaincre Harry. Même Severus ne semblait pas réticent à la méthode de la Révolte. Harry était la seule personne à montrer de la résistance à ce sujet. Elle se demandait si c'était l'opinion du Phénix qu'il défendait avec tant de vigueur.
Elle devait admettre qu'elle s'accordait davantage avec la Révolte et Sturgis sur ce point. Il était difficile de s'identifier à une cause et à un personnage qui restait si mystérieux, même parmi ses prétendus alliés. C'était là la différence avec Sturgis. Il était visible et en première ligne, ce qui suscitait la loyauté et l'admiration de ses pairs, et engendrait leur respect. Il était difficile d'apprécier un leader qu'on ne voyait pas.
Quand l'aube se leva, Hermione avait dormi à peine deux heures. Elle jeta un coup d'œil au campement à travers une fenêtre. Il était silencieux et une ambiance apathique flottait dans les airs. La journée s'annonçait endeuillée. Elle descendit et trouva Harry assis à la table, l'esprit visiblement ailleurs.
« Hey. » le salua-t-elle.
« Hey. » répondit-il, un peu hésitant, comme s'il cherchait à jauger sa réaction.
« J'aimerais te montrer quelque chose. » dit Hermione d'une voix calme.
Il hocha la tête, un peu perplexe, et observa Hermione avec curiosité tandis qu'elle se dirigeait vers la Pensine miniature de Severus, posée sur une étagère. Un sort de protection avait été apposé dessus, probablement pour faciliter les déplacements et éviter que le liquide translucide à l'intérieur ne se renverse. Silencieusement, Hermione posa sa baguette contre sa tempe et murmura une incantation pour extraire un souvenir de son esprit. D'un geste délicat, elle le déposa dans la Pensine.
« Tu viens ? » demanda-t-elle à l'attention d'Harry.
Il hocha la tête, décontenancé, mais se pencha dans la pensine, plaçant son visage à l'intérieur. Hermione l'imita et quelques secondes plus tard, ils se retrouvèrent aspirés dans le souvenir. Ils se retrouvèrent sur un champ de bataille où régnait un chaos total. Hermione aperçut son double, huit ans plus jeune, traverser une allée jonchée de corps sans vie, en compagnie d'autres personnes. Harry et Hermione suivirent son double jusqu'à ce qu'elle s'arrête devant un groupe de prisonniers.
« Que s'est-il passé ? » demanda la voix d'une femme, non loin d'eux. « Vous avez vu quelque chose ? »
Un homme chauve à la barbe proéminente hocha la tête.
« Des gens sont arrivés par les bois et ont commencé à les attaquer. Ils ont réussi à libérer certains prisonniers. » dit-il. « Je crois que c'étaient des rebelles. »
Il désigna un sorcier vêtu d'une longue cape sombre. L'Exécuteur. Ce dernier faisait face à un homme à la chevelure brune désordonnée, qui portait des lunettes cassées. Il était agenouillé face à l'Exécuteur, le visage couvert de sang.
James Potter.
Hermione jeta un regard à Harry qui semblait confus depuis leur entrée dans le souvenir, ne comprenant manifestement pas ce qu'elle essayait de lui montrer.
La compréhension éclaira soudain le regard d'Harry. Elle se transforma rapidement en horreur alors qu'il prenait conscience du souvenir dans lequel ils se trouvaient. Il jeta un regard troublé à Hermione qui resta imperturbable. Elle reporta son attention sur la scène que toutes les personnes présentes, y compris son double, observaient. Loin de se montrer intimidé malgré les circonstances, James Potter fixait l'Exécuteur avec la tête haute, dans une attitude de défi.
« Il était avec eux. Avec les rebelles. » annonça le prisonnier chauve d'un ton impressionné, faisant référence à James.
Hermione observa son visage – ou plutôt celui de sa forme passée – fixer la scène avec un mélange de fascination et d'appréhension. Elle se souvenait encore de l'admiration qu'elle avait ressenti en voyant cet homme inconnu se montrer si vaillant devant les Mangemorts. Elle réalisa avec gravité et tristesse que dans quelques minutes, son double comprendrait dans quel régime elle avait atterri et commencerait à vivre dans une peur angoissante qui rythmerait son quotidien pendant de longues années.
L'attitude de James changea totalement lorsqu'un homme Mangemort arriva près de l'Exécuteur, tirant brutalement une femme rousse par les cheveux. Un air de terreur apparut dans les yeux de James. Hermione jeta un nouveau regard vers Harry. Ses yeux observaient la scène avec horreur.
« Maman… » murmura-t-il, d'une voix tremblante.
« LILY ! » hurla James, commençant à se débattre comme un forcené pour tenter de rejoindre sa femme.
Elle paraissait à peine consciente. Cependant, la voix de son mari sembla la ranimer légèrement et elle leva faiblement la tête.
« James… » murmura-t-elle d'une voix frêle.
« Comme c'est touchant. » ricana l'Exécuteur, un sourire goguenard aux lèvres. « Rassurez-vous, dans ma bonté infinie, je vais vous autoriser à rester ensemble. »
Des hommes masqués firent leur apparition, faisant léviter de gigantesques poteaux en bois qu'ils positionnèrent au centre de la place. Le couple fut attaché à deux poteaux, côte à côte. D'autres prisonniers les rejoignirent. Hermione reconnut certains des captifs du navire, y compris l'homme qui l'avait précédée dans la file d'attente et qui avait tenté en vain de négocier avec la femme au comptoir pour échapper à ce sort. Sa proposition d'argent moldu avait été rejetée, la femme affirmant qu'elle n'en avait aucune utilité.
« Que font-ils ? » interrogea une seconde voix.
« Des Nés-Moldus. » souffla une personne parmi le groupe de prisonniers.
Plus de dix personnes étaient désormais ligotées aux poteaux, la terreur se lisant clairement dans leurs yeux, pendant que l'Exécuteur paradait devant eux, visiblement empli d'une jubilation malsaine. Il revêtit un masque rouge orné, vaguement similaire à celui des Mangemorts – d'une teinte argentée – mais nettement plus terrifiant.
Il fit volte-face, sa longue cape sombre virevoltant derrière lui.
« Pureté et loyauté seront les mots qui dicteront vos vies à partir d'aujourd'hui. » annonça l'Exécuteur à l'attention du groupe où se trouvait le double d'Hermione. « Vous disposez d'une seconde chance. Celle de purifier votre descendance et lui rendre toute sa vigueur et toute sa vertu. L'opportunité de lui retirer la souillure qui vous colle au sang et à l'esprit. »
Il pointa sa baguette magique en l'air.
« Prenez ça comme un avertissement. Tous ceux qui oseront défier le nom et les principes de notre sauveur Lord Voldemort, subiront la peine capitale. » assura-t-il d'une voix puissante. « Et par quel moyen, mes compagnons ? »
« Par le feu ! » hurlèrent des hommes masqués, placés partout sur le campement, leurs voix résonnant en chœur, glaçant le sang d'Hermione.
« Notre lutte sera longue et difficile mais notre cause est admirable. Chaque jour que Voldemort nous accorde, nous continuerons à garder notre race pure et intacte et à annihiler cette racaille. » poursuivit l'Exécuteur avec fermeté.
Il prononça un sort et de longues lanières se matérialisèrent au bout de sa baguette magique, ressemblant à un fouet. Des flammes vertes incandescentes se mirent à danser le long de chaque lanière. Hermione vit son double hoqueter de peur.
« Pur soit le sang ! » s'écria l'Exécuteur avant d'assener le fouet enflammé vers les poteaux d'un geste virulent, frappant les prisonniers attachés aux poteaux.
Harry se mit à crier le nom de ses parents, ses yeux inondés de larmes, impuissant face à la situation. Encore une fois, Hermione observait les prisonniers se faire châtier par les flammes implacables du fouet, leurs cris de douleur résonnant dans le silence. Autrefois, la scène l'avait profondément bouleversée, alors même que ces personnes lui étaient inconnues. Aujourd'hui, la connaissance de leur identité et de leur lien avec Harry ajoutait une dimension encore plus horrible à cette vision. Son cœur se serra, mais elle demeura déterminée. James et Lily avaient étendu leurs bras l'un vers l'autre pour se tenir la main. Elle tourna son regard vers Harry, qui hurlait dans le vent, son visage marqué par le désespoir et l'impuissance effrayants, tandis que ses parents subissaient les coups mortels du fouet.
Finalement, après une éternité, les cris des condamnés s'éteignirent un à un, et un silence de mort s'abattit sur le campement. Dans le ciel embrumé, une gigantesque tête de mort, avec un serpent s'échappant de sa bouche, apparut.
Ils furent propulsés hors du souvenir, se retrouvant de nouveau dans la cabane. Harry s'effondra au sol, en état de choc, tandis qu'Hermione le regardait sangloter, sans bouger. Ses pleurs emplissaient la cabane d'une douleur palpable. Son regard était lointain, perdu dans le souvenir encore trop frais de la scène qu'il venait de vivre. Il semblait brisé, écrasé sous le poids d'un passé qu'il découvrait dans toute son horreur.
Hermione sentit une boule lui obstruer la gorge devant sa réaction brute, mesurant désormais toute l'ampleur de la décision qu'elle avait prise. Pendant la nuit, après avoir discuté avec Harry, elle avait conclu qu'un choc serait la seule chose à même de lui faire comprendre ce qui était nécessaire. Voir la torture atroce que ses parents avaient subie avant d'être exécutés de manière froide et impitoyable était sans doute le seul moyen de lui faire accepter la dure réalité.
Quelques mois plus tôt, Hermione n'aurait jamais pu envisager recourir à une telle méthode. Cependant, après tout ce qu'elle avait enduré, elle ne ressentait qu'une légère culpabilité envers ses actes drastiques.
Elle devait faire ce qui était nécessaire, même si cela était difficile.
C'était le prix à payer.
Et lorsqu'elle vit Harry lever son visage vers elle, son regard animé d'une nouvelle lueur qu'elle n'y avait jamais vue, Hermione compris qu'elle avait rempli son objectif. Elle avait réveillé en lui le même feu qui brûlait désormais en elle.
Celui de la vengeance.
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« Merci, madame la gouverneure pour ces explications éclairantes et pour ce plan d'action détaillé. » affirma le Ministre de la Magie, Kingsley Shacklebolt.
Narcissa hocha poliment la tête.
« Y'a-t-il des questions pour la gouverneure Malfoy avant que nous ne passions au prochain point à l'ordre du jour ? » demanda Shacklebolt en se tournant vers le reste de l'assemblée.
Le Coven sacré s'était réuni à l'occasion d'une réunion ordinaire afin de s'entretenir sur les sujets politiques d'actualité. Le plus pressant avait été le compte rendu d'une opération lancée dans le cadre du Plan Phénix, menée par Walden Macnair, à la tête du Département des Mystères. Une unité d'élite secrète et spécialisée, connue sous le nom d'escadron de la mort, avait été déployée pour neutraliser un groupe de dissidents problématiques.
La procureure Bellatrix Lestrange, le chef des Aurors Rodolphus Lestrange, ainsi que le gouverneur Rosier, chef des Mangemorts, avaient préparé l'opération pendant des mois. Les détails n'avaient pas été partagés avant l'attaque pour éviter toute fuite. Toutefois, ils avaient pu présenter un rapport maintenant que l'opération était terminée.
Cette unité d'élite était le fruit d'expérimentations commencées plus de cinquante ans auparavant par le gouvernement de l'époque. L'objectif était de créer une armée encore plus dangereuse et meurtrière que les Mangemorts, capable de mener des assauts rapides et dévastateurs contre les dissidents ou toute personne perçue comme interférant avec l'ordre social et politique établi.
Ces soldats - appelés les Sans-Visages - devenaient des machines à tuer, après un long processus de tortures physiques et de modifications mentales. Ils perdaient toute humanité et tout libre arbitre, se transformant en êtres dont l'unique aspiration était de tuer, ressentant moins les besoins humains ordinaires tels que la fatigue ou la peur.
Le projet avait connu plusieurs échecs et avait été suspendu pendant de longues années à cause du risque que les Sans-Visages représentaient, y compris pour le gouvernement lui-même. Cependant, avec la montée des dissidents ces dernières années, et l'attentat survenu l'année précédente, le Département des Mystères avait obtenu l'autorisation de reprendre l'expérience, sous le patronage résolu de Bellatrix Lestrange. Elle avait convaincu le ministre de la Magie et le reste du Coven de l'urgence de la situation. Selon elle, les avantages et l'impact de cette armée surpassaient largement ses risques. C'était un pari qu'ils devaient prendre.
Grâce à des informations obtenues d'un espion infiltré, ils avaient identifié la localisation d'une base de dissidents et avaient envoyé une cohorte de Sans-Visages sur place pour l'attaquer. Bien qu'ils aient tous péri au combat, ces derniers avaient infligé des dégâts conséquents à l'autre camp. Selon Macnair, un seul Sans-Visage avait la force de frappe de trois Mangemorts et pouvait provoquer des dégâts colossaux. Ils étaient cependant difficiles à contrôler une fois lâchés sur le champ de bataille, ce qui limitait les stratégies qu'on pouvait établir.
Les envoyer seuls avait été une façon d'évaluer leurs compétences et, pour Bellatrix Lestrange, le test avait été concluant. Ils avaient causé de graves dommages chez les dissidents. Suite au succès de l'opération, il avait été décidé d'injecter des fonds importants dans l'expérimentation pour la relancer. Cela avait fait l'objet d'un vote et la proposition avait été acceptée par le Coven sacré. Seule Cressida Warrington avait émis des réserves à cause du caractère peu contrôlable des Sans-Visages.
« J'aimerais vous rappeler les risques de cette unité. » avait-elle indiqué d'une voix grave, son œil magique fixant tour à tour ses interlocuteurs. « Bon nombre d'entre vous n'étaient pas encore dans le Coven à cette époque, contrairement à moi. Les Sans-Visages se sont retournés contre nos propres forces et nous avons eu beaucoup de mal à reprendre le contrôle. Cela nous a coûté la vie de nombreux Aurors talentueux. »
Leur cerveau avait été tellement manipulé et altéré que certaines méthodes de contrôle - comme le sortilège de l'Imperium - ne fonctionnaient plus avec eux, Ses mises en garde n'avaient néanmoins pas suffi à convaincre le reste du Coven. Les arguments de Bellatrix avaient semblé avoir plus de poids. Après l'attentat, il ne lui avait pas fallu beaucoup de persuasion pour convaincre ses pairs. Le fait que les résistants aient pu approcher les Treize de si proche avait effrayé beaucoup d'entre eux. Ils étaient prêts à utiliser tous les moyens à disposition, même les plus risqués, pour éliminer la menace dissidente. Le climat social actuel, plus agité que jamais, constituait une autre raison.
On avait donc demandé au gouverneur Gideon Cunningham, dirigeant de l'entreprise Magicore, de travailler avec les Langues de Plomb pour minimiser les problèmes liés aux Sans-Visages. Grâce à son expertise en innovations magiques, l'entreprise trouverait peut-être un moyen de les rendre moins imprévisibles, ce que l'équipe précédemment chargée du projet n'avait pas réussi à accomplir. On espérait que cette approche pourrait améliorer la situation.
Le second point à l'ordre du jour concernait les tensions croissantes entre le gouvernement et les Gobelins, qui dirigeaient la banque Gringotts. Les relations se compliquaient de plus en plus et la confiance s'érodait des deux côtés. La nomination du gobelin Varglok à la tête de la banque avait ajouté une nouvelle source de tension à une situation déjà précaire depuis des années.
Narcissa avait présenté un Plan de Gestion des Risques pour parer à toute escalade du conflit avec les Gobelins, au cas où ils décideraient de suspendre leurs opérations et de geler les comptes de leur banque, empêchant ainsi les clients d'accéder à leurs fonds. Un tel événement aurait des conséquences catastrophiques sur l'économie. L'expertise de Narcissa en tant que dirigeante d'une entreprise gérant des actifs financiers était grandement appréciée. Les Gobelins, gardiens et fabricants de la monnaie, détenaient un pouvoir considérable au sein du régime, un pouvoir généralement réservé aux sorciers.
« Merci pour votre présentation édifiante, gouverneure Malfoy. » lança Cressida Warrington d'une voix faussement agréable. « Cela dit, j'ai quelques observations à faire. »
Narcissa garda un visage impassible tout en se concentrant sur la vieille dame. Il était évident qu'elle aurait des objections à formuler. Cressida Warrington semblait se délecter d'être dans la contradiction. Depuis l'arrivée de Narcissa au sein du Coven, elle prenait un malin plaisir à critiquer et à dénigrer ses propositions, toujours avec une subtilité qui donnait l'illusion de l'innocuité.
Narcissa connaissait cependant les stratagèmes de cette femme et savait reconnaître ses attaques sournoises et ses tentatives pour saper son autorité. Après tout, c'étaient les mêmes méthodes que Narcissa avait utilisées pendant sa carrière et qui l'avaient menée à sa position actuelle. Même si elles ne s'appréciaient guère, elles se ressemblaient sur certains points.
Narcissa devait toujours faire preuve d'une retenue extraordinaire pour ne pas montrer son irritation publiquement. Elle demeurait calme, répondant de manière factuelle mais ferme aux attaques subtiles de Cressida.
« Je vous écoute, gouverneure Warrington. » répondit Narcissa d'une voix posée.
« Votre plan de gestion des risques est certes intéressant mais je crains qu'il n'aborde pas suffisamment plusieurs points essentiels. »
Narcissa leva un sourcil, attendant la suite. Aussi pugnace et agaçante que Warrington soit, Narcissa n'aurait d'autre choix que de prêter le flanc à la critique devant le reste du Coven.
« Tout d'abord, votre plan se concentre principalement sur des mesures immédiates en cas de crise financière. C'est certainement crucial en cas d'urgence, mais où sont les mesures durables pour rétablir la confiance et la coopération avec les Gobelins ? Sans cela, nous risquons de reproduire les mêmes problèmes encore et encore. » fit remarquer Cressida. « Ensuite, les Gobelins sont des partenaires importants dans notre économie, mais je ne vois pas de stratégies d'engagement significatives dans votre plan. Comment comptez-vous dialoguer avec eux pour éviter une crise ? »
Narcissa regarda Cressida sans ciller, gardant son calme face aux critiques.
« Vous avez raison, gouverneure Warrington. Il est essentiel d'avoir une stratégie à long terme. Cependant, la première étape consiste à stabiliser la situation actuelle. Une fois que cela sera fait, nous pourrons commencer à établir un plan de redressement sur le long terme. Je propose que nous formions un comité pour travailler spécifiquement sur cette question. » indiqua Narcissa. « Je suis entièrement d'accord avec vous sur l'importance d'un engagement significatif avec les Gobelins. Nous avons déjà commencé à organiser des réunions régulières avec leurs représentants pour discuter des problèmes et trouver des solutions mutuellement bénéfiques. De plus, nous explorons la possibilité d'un partage plus équilibré du pouvoir au sein de la banque Gringotts. »
Elle s'était efforcée de rester collaborative dans sa réponse. Une lueur passa dans l'œil magique de Cressida Warrington et Narcissa réalisa qu'elle tramait quelque chose.
« Je ne peux pas m'empêcher d'avoir l'impression que votre plan semble surtout conçu pour protéger les intérêts de Machinations Malforescentes et de la Banque Gringotts, mais qu'en est-il des autres acteurs économiques ? Les petites entreprises, les individus, tous dépendent de la stabilité de notre système financier. Quelles mesures sont prévues pour minimiser l'impact sur eux ? Êtes-vous réellement en mesure de proposer un plan équitable et impartial qui tienne compte de tous les intérêts, et pas seulement de ceux de votre entreprise ? » discourut Warrington.
« Toutes les parties prenantes sont prises en compte dans ce plan. Si les comptes étaient gelés, nous avons prévu un fonds d'urgence pour aider les petites entreprises et les individus. Nous prévoyons des séances d'information pour expliquer la situation et apporter un soutien. D'autre part, en tant que gouverneure, mon rôle est de protéger l'intérêt de tous, pas seulement de Machinations Malforescentes. Je suis prête à me soumettre à un examen indépendant pour prouver mon impartialité dans cette affaire. » assura Narcissa.
Cressida l'attaquait désormais personnellement. Cependant, elle sembla déstabilisée de voir que Narcissa d'utilisait pas de faux-fuyants et répondait avec transparence, sans laisser paraître le moindre signe d'agacement.
Intérieurement, Narcissa était presque amusée. Cressida Warrington ignorait jusqu'où s'étendait sa capacité de retenue. Pendant plus de deux décennies, elle avait appris à garder son calme et une contenance imperturbable alors qu'elle était maltraitée et méprisée par son mari, sa belle-mère et d'autres membres de l'entreprise, en raison de son statut de femme de. Sa patience s'était aiguisée au fil du temps. Warrington aurait besoin de beaucoup plus d'efforts pour la déstabiliser.
« Et si les Gobelins décident de prendre des mesures plus radicales ? Que se passe-t-il si, au lieu de simplement geler les comptes, ils décident de retirer leur soutien à notre monnaie ou de quitter le système économique complètement ? Votre plan ne semble pas prendre en compte ces possibilités. » insista la vieille dame.
« C'est une éventualité peu probable car cela nuirait à leurs propres intérêts. Mais j'entends votre argument et vous avez tout à fait raison de souligner que nous devons être préparés à tous les scénarios possibles. Je suggère que nous formions un groupe de travail spécifique pour envisager et planifier ces situations. »
Elle montra un fascicule.
« Voici le plan complet. Comme vous le verrez, il est très détaillé. Pour des raisons de temps, j'ai résumé les points principaux lors de cette réunion, mais les différents scénarios et préparations sont inclus dans la documentation. »
Le plan, qui contenait une centaine de parchemins, lévita jusqu'au centre de la table de réunion.
« Je vous invite à le consulter dans son intégralité et à revenir vers moi si certaines de vos questions restent sans réponse. Et, comme vous semblez avoir des points si intéressants, je vous propose également de monter le groupe de travail dont j'ai parlé. Votre expertise et votre sens du détail serait le bienvenu. Cela aurait du sens avec le projet que vous portez actuellement sur les libertés de travail pour les Sang-Impurs. » indiqua Narcissa. « J'espère avoir répondu à toutes vos questions, gouverneure Warrington. »
Elle lui adressa un sourire poli. À l'intérieur, elle jubilait. Non seulement elle avait adressé toutes ses questions, mais l'avait également forcé à participer aux solutions. Cressida Warrington avait voulu s'opposer simplement par principe, mais maintenant, elle apparaissait intéressée et investie dans la question et ne pourrait plus se récuser. Sans s'en rendre compte, elle s'était attribuée des responsabilités et du travail supplémentaire, car Narcissa venait de lui déléguer une tâche publiquement. Cressida se contenta de hocher la tête, vaincue.
« Merci encore, gouverneure Malfoy. » indiqua Shacklebolt, visiblement impressionné et satisfait. « Si toutes les présentations étaient aussi exhaustives que la vôtre, nous avancerions probablement plus vite sur de nombreux sujets. »
Ravie, Narcissa hocha la tête avant de retrouver son siège, au milieu de la table, entre les Walburga Black et Georgius Greengrass. Maintenant qu'elle avait obtenu le poste tant convoité et pour lequel elle avait travaillé si dur, elle se rendait compte que les attaques se multipliaient aussi.
Elle savait que c'était une conséquence inévitable de son ascension, et elle ne craignait pas les attaques extérieures. Tant que son cercle intime restait uni et qu'elle contrôlait son image et celle de son clan, elle était prête à affronter tous les défis.
Ce fut pourtant sans compter son fils, qui semblait toujours choisir les pires moments pour arriver avec ses problèmes personnels. Alors qu'ils préparaient une réunion importante avec le conseil d'administration de l'entreprise, la première officielle depuis sa nomination, Draco semblait préoccupé par d'autres considérations.
L'objectif de la réunion était de discuter des résultats et des prévisions de l'entreprise dans un contexte post-Lucius. Elle devrait leur montrer qu'ils avaient eu raison de lui faire confiance et de la placer à la tête de l'entreprise. Il était crucial de leur montrer que leur plan de transition se déroulait sans heurts et que Draco était motivé et totalement impliqué dans sa mission pour rejoindre Machinations Malforescentes.
Dans son bureau, au manoir, Narcissa marchait nerveusement en attendant l'arrivée de son fils qui était introuvable. Il aurait dû être là depuis plus d'une heure déjà. Il arriva une demi-heure plus tard, l'air un peu harassé. Elle savait qu'il était surmené, devant s'occuper de la transition à l'hôtel en même temps que de ses nouvelles responsabilités chez Machinations Malforescentes.
« Je n'ai pas besoin de te répéter à quel point cette réunion est cruciale, Draco. » insista Narcissa, posant un regard critique sur son fils.
« Je l'ai bien compris après les dix dernières fois que tu me l'as répété, Mère. » répondit-il avec sarcasme.
« Je n'apprécie pas ton attitude, mon fils. » gronda-t-elle.
Elle ne pouvait pas se permettre d'échouer après tout ce qu'elle avait sacrifié pour en arriver là. Cependant, leur préparation se déroula dans de bonnes conditions et elle fut satisfaite de constater qu'il avait bien travaillé sur sa présentation. Alors qu'ils terminaient, aux alentours de minuit, Draco prit son miroir à double sens qui venait de vibrer. Elle vit son fils froncer les sourcils et un air inquiet s'installa sur son visage. Il resta silencieux pendant que son interlocuteur - que Narcissa ne pouvait pas entendre - parlait.
« J'arrive. » furent les seuls mots qu'il prononça.
Il se tourna vers sa mère, la mine tracassée.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-elle aussitôt, levant un sourcil.
« Je dois m'absenter. Une urgence. » se contenta-t-il de répondre.
« Draco, la réunion de demain… » commença à protester Narcissa.
« Je sais, Mère. » dit-il d'une voix ferme, qui ne laissait aucune protestation.
Elle fut décontenancée par l'expression agitée sur son visage. Il semblait inquiet et Narcissa n'eut pas eu besoin de lui demander pour savoir de quoi il s'agissait.
Ou plutôt de qui il s'agissait.
Il semblait évident que Ginny Weasley n'avait pas pris au sérieux les avertissements de Narcissa.
« Je pensais pourtant avoir été claire. » songea Narcissa, avec contrariété.
Non seulement Ginny Weasley distrayait Draco, mais la mission que Narcissa lui avait confiée progressait à un rythme qu'elle n'appréciait pas. Depuis qu'elle avait subtilisé le contenu de l'agenda de la gouverneure et que Narcissa lui avait demandé de le déchiffrer, elle n'avait pas fait de progrès significatif. Il était évident que la jeune femme était trop dispersée. Et il était temps que Narcissa lui rappelle ses obligations.
Le lendemain, elle Narcissa se réveilla après une nuit particulièrement agitée. Elle était restée en alerte, ayant demandé aux elfes de la prévenir lorsque Draco serait de retour au Manoir. Cependant, alors qu'elle se préparait à commencer la journée, il était toujours absent. Avec un sentiment de nervosité qu'elle n'appréciait pas, elle se rendit au siège de l'entreprise.
Elle fut soulagée de voir son fils lorsqu'elle arriva au bureau. Elle remarqua immédiatement son air préoccupé, subtil mais perceptible pour qui le connaissait bien. Il portait encore la même tenue que la veille, lorsqu'il était parti pour une raison mystérieuse. Narcissa lui adressa un regard interrogateur, attendant ses explications.
« Plus tard. » se contenta-t-il de répondre tandis qu'ils traversaient le couloir en direction de la salle de réunion où les membres du conseil les attendaient déjà.
Draco reprit un air insondable et professionnel et la présentation qu'ils donnèrent fut irréprochable. Tous les doutes et les craintes de Narcissa s'éclipsèrent. Elle observa son fils avec fierté tandis qu'il répondait aux questions du conseil avec assurance et maitrise, sans montrer le moindre signe de fatigue. Elle voyait en lui l'aboutissement de tout l'enseignement qu'il avait reçu de sa famille : elle en premier lieu, son grand-père et même Lucius.
Elle s'était inquiétée inutilement. Quand il s'agissait de remplir ses obligations, Draco ne manquait jamais à l'appel. Elle en oublia presque sa contrariété. Le conseil sembla très satisfait de la réunion et ne tarit pas d'éloges sur leur vision de l'avenir de l'entreprise. Une fois la salle vide et qu'ils se retrouvèrent seuls, Narcissa loua chaleureusement son fils pour sa performance exceptionnelle.
« Tu as été remarquable, mon fils. »
C'était un compliment de poids venant de sa part. Elle était très exigeante lorsqu'il s'agissait d'affaires et Draco le savait. Pourtant, il ne sembla pas réagir à son compliment. Il avait repris son air préoccupé et Narcissa décida de mettre momentanément de côté son rôle de dirigeante. Il était évident que quelque chose le tracassait, et c'était probablement plus d'une mère dont il avait besoin.
« Que se passe-t-il Draco ? Tu sembles agité. » fit-elle remarquer, d'une voix plus douce. « Est-ce que ça a un rapport avec Miss Weasley ? »
Draco sembla un peu déstabilisé qu'elle pose la question de façon si directe mais acquiesça.
« Tu sais que sa famille a été séparée lors de l'invasion. Leur maison a été incendiée. » expliqua-t-il.
Elle écouta son récit, ayant déjà entendu certains détails de la part de Ginny Weasley. Cette dernière lui avait décrit sa situation familiale - des informations essentielles pour obtenir la grâce ministérielle. Apparemment, elle avait été persuadée que sa famille s'était sauvée à l'étranger. Un mensonge de la part de son frère aîné, qui avait finalement admis ne pas savoir si c'était vraiment le cas.
« Penses-tu qu'il y a un moyen quelconque de trouver des informations sur ce qu'il s'est passé ce jour-là ? Les Mangemorts et les Aurors gardent-ils des registres sur ce genre d'opérations ? » demanda Draco, la mine soucieuse.
« Je l'ignore. » répondit Narcissa. « Et si c'était le cas, l'information serait certainement scellée. »
« Peux-tu te renseigner ? Si tu parles à oncle Rodolphus, peut-être qu'il pourrait faire une exception ? » commença Draco en insistant. « Ginevra est dévastée, Mère. »
Au vu de l'attitude de Draco, Narcissa pouvait deviner l'état dans lequel se trouvait Ginny Weasley. Et lors de leurs rares conversations, elle avait rapidement compris que la jeune femme était très émotive lorsqu'il s'agissait de ses proches.
Narcissa n'aimait pas voir son fils ainsi. Les sentiments de Ginny Weasley, eux, étaient le cadet de ses soucis. Cependant, elle savait que la jeune femme avait une influence directe sur son fils, ce qui était une source de préoccupation pour Narcissa. Cela commençait même à l'agacer profondément. Il était inacceptable qu'une arriviste de son genre puisse perturber ses plans, même indirectement. Il lui faudrait rapidement trouver une solution, car Ginny Weasley devenait incommodante.
« Je vais me renseigner. » assura finalement Narcissa.
Draco afficha une expression reconnaissante.
« Je te remercie, Mère. » dit-il en passant une main dans ses cheveux, visiblement éreinté.
Il quitta la pièce, sans aucun doute pour porter la nouvelle à la jeune femme. Narcissa n'avait absolument pas l'intention de s'enquérir auprès de son beau-frère pour obtenir le dossier des Weasley. Cela attirerait l'attention sur son implication avec Ginny Weasley, chose que Narcissa voulait éviter à tout prix. Elle refusait de prendre le risque que l'on découvre qu'elle collaborait avec une Traîtresse à son sang pour conspirer contre une autre famille des Treize – un acte de trahison. Même si sa sœur et son mari n'appréciaient pas les Warrington, Narcissa se méfiait d'eux.
Cependant, au fil des jours, Narcissa commença à voir le potentiel de cette situation. Au lieu de la subir, elle pourrait même la transformer en opportunité. C'était une chose dans laquelle elle excellait.
Tant que Weasley serait préoccupée par ses problèmes personnels, elle ne pourrait pas se consacrer pleinement à la mission que Narcissa lui avait confiée concernant Cressida Warrington. Et plus il y avait de parties prenantes autour d'elle, plus cela augmentait les risques pour le clan Malfoy. Narcissa était confrontée à une nécessité - s'assurer que rien ne pourrait distraire la jeune femme de la mission que Narcissa lui avait confiée. Si Ginny était persuadée que sa famille était morte, ou si elle restait dans l'incertitude à ce sujet, elle ne serait pas en mesure d'accomplir sa tâche correctement. Narcissa allait donc agir pour éviter cela.
Elle convoqua Ginny Weasley trois jours plus tard, à l'Augurey Magistral, dans le salon privé où elles avaient l'habitude de se rencontrer. Quand celle-ci arriva, Narcissa constata à quel point la nouvelle l'avait effectivement bouleversée. Elle paraissait abattue. Son visage était pâle et fatigué, comme si elle n'avait pas dormi depuis des jours. Ses yeux trahissaient une nervosité face à Narcissa, comme si elle redoutait ce qu'elle allait lui annoncer. Narcissa ne perdit pas de temps.
« J'ai une bonne nouvelle pour vous, Miss Weasley. J'ai réussi à obtenir des informations confidentielles sur l'incendie de votre famille. Le dossier a confirmé qu'ils ont pu s'échapper ce jour-là. Le chef de l'opération de l'époque a d'ailleurs été sanctionné pour cet échec. Évidemment, l'information a été scellée car on ne voulait pas que cela s'ébruite. C'était un échec cuisant pour le gouvernement car votre père était considéré comme un opposant actif de la rébellion de cette région. »
La jeune femme cligna des yeux, figée, observant Narcissa.
« Ils ont tous réussi à s'échapper ? » demanda Ginny, la voix tremblante, remplie d'émotion.
« En effet. » mentit Narcissa sans ciller.
Ginny porta une main à sa bouche et éclata en sanglots, le visage marqué par le soulagement. C'était comme si un poids énorme venait de quitter ses épaules.
« M… Merci… Merci… Je ne sais pas comment vous remercier. » murmura Ginny entre ses sanglots.
« Je vous en prie. » dit Narcissa d'un ton faussement bénévolent.
Elle s'approcha de Ginny et lui tendit un mouchoir délicat. Cette dernière s'en empara, son visage débordant de gratitude. Puis, à la surprise de Narcissa, Ginny l'enlaça, pleurant contre elle, visiblement submergée par les émotions. Narcissa se figea, choquée par cette démonstration de familiarité à son égard. Elle posa toutefois une main dans le dos de la jeune femme, la tapotant avec retenue.
« Par Voldemort... S'il-vous-plaît, Miss Weasley, reprenez-vous. » réclama finalement Narcissa, mal à l'aise.
Comme si elle prenait conscience de son acte, Ginny s'écarta d'elle, l'air embarrassée et commença à se confondre en excuses.
« Oublions cela. » interrompit Narcissa.
« Merci, Mrs Malfoy. Je ne pourrais jamais vous remercier assez. » dit-elle.
« Vous savez comment me remercier. Concentrez-vous sur ce que je vous ai demandé de faire. » indiqua Narcissa.
Ginny hocha la tête de façon véhémente.
« Tout ce que vous voudrez, Mrs Malfoy. Je vous le jure. » assura-t-elle avec détermination.
« Parfait. Puisque nous en avons terminé... » commença Narcissa d'un ton entendu.
Ginny hocha la tête et quitta la pièce, la laissant satisfaite. Ce qu'elle venait de faire était un mal nécessaire. Grâce à ce mensonge, elle avait probablement assuré la loyauté de la jeune femme à son égard. Elle n'était pourtant pas certaine que cela avait été suffisant. Elle devait s'assurer que Ginny Weasley serait entièrement au service de la famille Malfoy et leur vouerait une loyauté aveugle. Et pour ce faire, Narcissa devrait éliminer toute source de distraction extérieure pouvant la détourner de son objectif principal.
Et elle avait déjà une idée claire de comment y parvenir.
« On ne doit jamais laisser se produire un désordre pour éviter une guerre ; car on ne l'évite jamais, on la retarde à son désavantage. »
Cette phrase qu'Hermione cite partiellement dans le chapitre provient du livre Le Prince (1513) de Nicolas Machiavel.
Montrer à Harry comment ses parents ont été exécutés était vraiment une stratégie très DARK de la part d'Hermione. La frontière de la moralité devient floue chez ce personnage et c'est super intéressant à développer.
Quant à Narcissa qui ment sans pression à Ginny au sujet de sa famille pour mieux la mettre au pas, ça ne nous étonne même plus. Hermione est une petite joueuse face à notre mère Narcissa Malfoy, la reine de la manipulation. Mais qu'est-ce que prépare-t-elle donc ? Je vous laisse tenter de deviner. Si non, réponse dans le chapitre suivant. Je crois bien que j'ai bien fait de séparer de la suite sinon le chapitre aurait été trop fourni.
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Dans les cas, n'hésitez pas à me partager vos impressions dans un petit commentaire. Ils sont toujours appréciés !
Récap de la Résistance
Comme promis, voici un récap de la Résistance, histoire de rafraichir vos mémoires.
Après le Grand Conflit - que Voldemort a remporté, Dumbledore et ses compagnons se sont cachés. Après la mort de Dumbledore, la nouvelle Résistance a commencé à prendre forme sous le nom l'Armée de Dumbledore, afin de lui faire honneur. Cette faction était la seule en fonctionnement pendant des décennies avant de se déliter définitivement, donnant naissance aux sept factions actuelles.
Les différentes factions n'ont pas les mêmes revendications et les tentatives d'union du Phénix ont été laborieux pour cette raison.
Factions
1. L'Ordre du Phénix
Caractéristiques : Ont créé le FLOP (Front de Libération de l'Ordre du Phénix pour rallier la résistance)
Leader : Le Phénix (identité inconnue)
Membres notables : Hermione Granger, Harry Potter, Sirius Black, Remus Lupin, Severus Rogue, Dedalus Diggle, Marlène McKinnon, Tonks (actuel), Peter Pettigrow (anciennement) Lily et James Potter (décédés)
2. Les Goules Insoumises
Caractéristiques : Spécialisés dans les opérations d'infiltration dans le régime
Leader : Caradoc Dearborn, Tonks (anciennement) Alastor Maugrey (anciennement)
Membres notables : Pompom Pomfresh
Dean Thomas (décédé) Hannah Abbott-Boot (décédée) Terence Higgs (anciennement)
3. La Ruée Hostile
Caractéristiques : Leurs membres occupent des fonctions de support : guérisseurs, contreurs de sorts, dresseurs de créatures magiques etc
Leader : Hestia Jones
Membres Notables : Mondingus Fletcher
4. Le Dernier Bastion Rebelle
Caractéristiques : Vivent sous l'eau. Ils bénéficient de la protection des créatures de l'eau.
Leader(s): Elphias Doge, Sophronia Doge
5. Les Sanguinistes
Caractéristiques : Vampires
Leader : Lady Lenora
Membres notables : Riftan
6. La Révolte du Yorkshire
Caractéristiques : Duellistes expérimentés et extrémistes. Ils font des affaires avec les Zabini pour obtenir du matériel de guerre.
Leader : Sturgis Podmore
Membres notables : Alastor Maugrey (actuel), Luca Moretti, Emmeline Vance, Peter Pettigrow (anciennement)
7. Les Enfants de l'Immaculée (ne sont pas encore apparus, ont seulement été mentionnés)
Caractéristiques : Beaucoup de membres proviennent d'anciennes familles de Sang-Pur. Ils souhaitent négocier avec le régime.
Leaders : Amelia Bones, Edgar Bones
Membres notables : Inconnus
J'espère que ça vous aide, n'hésitez pas si vous avez des questions ! J'avais fait un récap similaire sur les Treize à la fin du chapitre 15 - si besoin.
À bientôt,
Fearless
