Valeur et vigueur,
Aujourd'hui est un jour spécial. Le 7 septembre 2020, soit il y a trois ans jour pour jour, je commençais à publier cette histoire sur internet. Trois ans à façonner cet univers alternatif titanesque, à insuffler originalité et vie à un univers dont on pensait déjà tout connaître. Trois ans – cela semble si long et si court à la fois. Et le plus incroyable, c'est que je ne m'en lasse pas du tout. Il est si gratifiant de voir certaines intrigues finalement se croiser, d'observer le résultat d'indices semés depuis le début ou encore d'assister à la progression et au dénouement de nombreuses intrigues. À ce jour, j'ai partagé près de 700 000 mots avec vous (pour mettre ce nombre en perspective, la saga Harry Potter compte 1,084,170 mots). Alors que nous approchons peu à peu du dénouement, sachez que de nombreux rebondissements attendent encore nos protagonistes. Préparez-vous à un ascenseur émotionnel.
Cette histoire a une place toute particulière pour moi. Merci de me suivre dans cette aventure. J'espère continuer à vous surprendre, à vous divertir et à éveiller vos émotions.
Un grand merci aux personnes qui prennent le temps de me laisser des commentaires — vos messages me font toujours très plaisir et me motivent !
Merci à Sarah MAES, Drou, Elana, Roux500, Carlita & GuestP pour vos reviews sur le chapitre précédent.
Playlist/montage à retrouver sur mon profil.
Bonne lecture
LXIII. Mesures Draconiennes
Hermione observait en retrait l'ambiance conviviale qui enveloppait la base de l'Ordre du Phénix. L'heure était aux célébrations, et tous les visages qu'elle croisait arboraient des expressions heureuses et détendues. La capacité des membres de l'Ordre à conserver leur optimisme en toutes circonstances la fascinait. Ils vivaient reclus, sous la peur constante de la traque répressive du gouvernement. Malgré cela, ils ne se laissaient pas abattre. Cette résilience contrastait fortement avec la propre tendance d'Hermione à se laisser envahir par le pessimisme, surtout après les épreuves qu'elle avait endurées. Il était difficile de porter un œil rempli d'espoir quand l'avenir lui semblait sinistre.
La perspective d'un futur heureux, dans lequel elle pourrait retrouver Théodore sans crainte, était presque utopique. Elle ignorait où son combat actuel et sa soif de vengeance la mèneraient, mais elle était prête à emprunter ce chemin.
Son regard se posa sur Harry, en pleine discussion avec Remus. Ce dernier, malgré les stigmates de la bataille de la Révolte du Yorkshire, paraissait heureux. Mis à part une balafre rouge vif sur son visage, il était en pleine forme. Son visage arborait désormais une mine épanouie, chose qui contrastait avec l'air sérieux et soucieux qu'elle lui connaissait. Elle savait que la naissance de son fils en était pour quelque chose. L'arrivée de Teddy Tonks avait insufflé une nouvelle énergie au sein de l'Ordre.
L'alliance récente avec la Révolte du Yorkshire avait également apporté un vent d'optimisme. Après des années de négociations, le FLOP était enfin au complet, exactement comme le Phénix l'avait envisagé. Sturgis Podmore, le leader de La Révolte, avait finalement accepté de rejoindre la coalition — avec certaines conditions — et ajouterait une pierre conséquente à l'édifice avec la force de frappe indiscutable de sa faction.
Harry avait reçu de nombreux éloges, depuis, pourtant Hermione percevait en lui un changement depuis qu'elle lui avait révélé la vérité brutale sur la mort de ses parents. Même si la méthode avait été des plus discutables, seul le résultat comptait. Elle avait réveillé un feu en lui. Ils étaient en guerre et les méthodes douces ne pourraient pas rivaliser avec l'approche violente et impitoyable du régime.
Depuis, Harry semblait plus silencieux et concentré qu'à l'accoutumée. Il était régulièrement perdu dans ses pensées, et les commentaires ou les questions qu'il posait montraient qu'il était en pleine élaboration de stratégies. Hermione avait réalisé que les rencontres du conseil formé par Harry, Remus, Severus, Sirius et Dedalus Diggle étaient devenues plus fréquentes, signe que des plans se mettaient en place. L'Ordre du Phénix, avec sa nouvelle force unifiée, préparait manifestement quelque chose de grand, et Hermione sentait que la révolution était imminente.
« Tu es tombée sous le charme de mon filleul, toi aussi ? » demanda une voix grave, la sortant de ses pensées.
Hermione sursauta légèrement et se tourna vers Sirius Black, qui venait de s'asseoir à côté d'elle dans le réfectoire improvisé. Un petit rictus taquin étirait ses lèvres.
« Les jeunes femmes semblent avoir un faible pour son côté martyr. » ajouta-t-il d'un ton moqueur, remettant en place une mèche rebelle de ses cheveux noirs.
Gênée, Hermione rougit légèrement. Elle s'était tellement laissée absorber par ses pensées qu'elle n'avait pas remarquées à quel point elle fixait Harry. Et étant donné le temps qu'ils passaient ensemble, cela pouvait être mal interprété. Ils partageaient de nombreux traits de caractère. Harry avait, comme elle, des moments lunatiques : parfois jovial, se perdant dans des anecdotes avec Sirius, et parfois replié sur lui-même, ruminant ses pensées. Elle appréciait que Harry ne soit jamais sur son dos et qu'il remarque rapidement son besoin d'être seule. Elle avait toujours trouvé cela frustrant dans sa relation avec Théodore qui voulait à tout prix tout savoir de ses états d'âme, quitte à parfois être trop envahissant. Elle n'avait pourtant jamais considéré Harry avec autre chose qu'une affection purement platonique. Ils développaient une vraie amitié, mais elle n'arborait aucun autre sentiment envers lui.
« Je suis une femme mariée. » se contenta de répondre Hermione d'un ton légèrement réprobateur.
Sirius rit de façon plus franche.
« Bien sûr. Je m'égare. » commenta-t-il, levant les mains en signe de reddition.
Hermione se contenta d'un simple hochement de tête, reportant son attention sur le groupe qui se formait autour de Tonks et du petit Teddy. Le nouveau-né était le centre d'attention du camp.
« Nous avons une réunion du conseil demain soir. Nous aimerions que tu y participes. » déclara Sirius en prenant un ton plus sérieux.
« Avec le Phénix ? » tenta Hermione avec curiosité.
« Oui. Enfin… indirectement. Nous serons là pour faire le relai si cela s'avère nécessaire. » ajouta-t-il.
Hermione écouta sa réponse d'un air perplexe. Était-il possible que le Phénix, malgré sa stature légendaire au sein de la résistance, préfère se tenir éloigné des feux de la rampe, influençant discrètement les événements en coulisse ? Elle observait attentivement les interactions entre les membres du conseil, cherchant un indice, un regard en coin, une nuance dans le ton qui trahirait la présence du leader secret. Mais rien, aucune anomalie ne lui sautait aux yeux. Son identité restait insaisissable, telle une énigme qui défie le temps. Le Phénix était-il un individu qui voulait rester dans l'ombre sans prendre les couronnes et qui agissait de manière totalement désintéressée, sans ambition personnelle et individuelle ? Le mystère la rendait de plus en plus curieuse.
« Très bien. » répondit simplement Hermione.
Elle décida de se retirer pour la soirée. Tandis qu'elle marchait en direction des cabanons, elle se fit interpeller par un petit garçon.
« Ivo. » le salua-t-elle avec un sourire.
Ivo avait semblé tellement soulagé à leur retour du voyage diplomatique. Il avait sauté au cou d'Hermione pour l'accueillir, ce jour-là. Ils discutèrent tranquillement tandis qu'ils rejoignaient les cabanes et se quittèrent après qu'Hermione ait promis au jeune garçon de le regarder monter sur un balai. Ils avaient commencé à prendre des cours de vol, avec l'institutrice de la faction. Tout en marchant avec lui vers les cabanes, elle écoutait ses récits avec attention. Ivo avait une soif d'apprendre insatiable, comme s'il voulait rattraper le temps perdu et compenser pour les années où le régime lui avait volé son enfance.
Une fois dans sa chambre, Hermione alluma le poste de radio qui commença à mettre des sons diffus. Elle sourit en se souvenant de la manière un peu maladroite avec laquelle Ivo lui avait offert l'appareil. Il avait une certaine perspicacité pour son âge, ayant remarqué son insomnie et suggérant la musique comme remède. C'était un cadeau simple, mais venant du jeune garçon, il avait une valeur sentimentale inestimable. Il lui avait révélé avoir eu de nombreux cauchemars et que cette méthode lui avait été partagée par Sarwa, son institutrice. Malgré son visage souriant et son attitude toujours serviable, Ivo avait vécu de graves traumatismes qu'un enfant de son âge n'aurait jamais dû traverser. Il avait une peur bleue des espaces clos. Il lui avait révélé un jour avoir été enfermé pendant une longue période dans une malle, assoiffé et affamé.
Hermione s'assit sur le bord de son lit, retirant lentement ses chaussures, pendant que le poste de radio émettait un léger grésillement. La réception n'était pas optimale du fait de leur emplacement reculé. Elle écarquilla les yeux lorsqu'une voix familière lui parvint aux oreilles.
« Lorsqu'un homme vous prend pour acquise, c'est qu'il est déjà trop tard. Vous pourriez tout aussi bien creuser votre propre tombe et vous y allonger. Un homme doit craindre de vous perdre s'il agit de manière inappropriée ou franchit certaines limites. Ensuite, soyez toujours prête au pire. Rappelez-vous que toute relation peut prendre un mauvais tournant. Qu'il s'agisse d'infidélité ou d'amour qui s'effiloche, cela fait partie de la vie. Et si cela se produit, vous devez être sûre de pouvoir vous en remettre. Constituez un fonds d'urgence en secret ; on ne sait jamais. Votre homme est votre partenaire, mais ce n'est pas pour autant toujours votre ami. »
Un sourire ironique se dessina sur le visage d'Hermione en écoutant Pansy Parkinson donner des conseils à ses auditrices sur la façon de gérer leurs relations, les exhortant à "espérer le meilleur, mais à se préparer au pire". Pansy avait toujours eu un penchant pour la controverse et pour des déclarations qui suscitaient l'attention. Malgré tout, entendre cette voix familière évoquait en Hermione une nostalgie de sa vie passée, d'une routine qui lui paraissait aujourd'hui si éloignée.
Dans ces moments, elle choisissait souvent de se distraire pour éviter d'être submergée par ses sentiments. Elle était consciente que la distraction n'était pas la solution idéale pour affronter ses problèmes, mais c'était celle qui fonctionnait le mieux pour elle. Rester occupée la protégeait des sombres souvenirs qui menaçaient parfois de l'engloutir. Ils étaient là, tapis juste sous la surface, prêts à surgir à tout moment. Sa mission chez l'Ordre du Phénix était l'échappatoire idéale.
La méthode avait néanmoins ses limites. Si elle parvenait à oublier ses démons pendant la majeure partie de la journée, les nuits étaient plus compliquées. Là, dans l'obscurité, elle se retrouvait seule avec ses pensées intrusives. Hermione n'était pas de ces personnes qui pouvaient se déconnecter facilement. Elle était trop cérébrale. Elle cogitait longuement, analysant tout en profondeur, parfois tellement qu'elle se retrouvait paralysée par l'incertitude et la peur générées par ses propres réflexions.
Dans la pénombre de sa chambre exiguë, même au cœur d'un sommeil agité, elle avait souvent l'impression que son esprit se réveillait avant son corps. Une paralysie troublante la submergeait alors, et elle ne parvenait pas à distinguer si elle était éveillée ou encore plongée dans un rêve. Un poids écrasant, comme si quelqu'un était assis sur sa poitrine, l'empêchait de bouger.
La sensation était oppressante. Elle essayait désespérément de bouger, de crier, mais son corps refusait d'obéir et aucun son ne franchissait ses lèvres. Lorsque cet état de paralysie se dissipait enfin, Hermione mettait de longues minutes pour retrouver son calme, le cœur battant à tout rompre face à cette expérience terrifiante. Certaines nuits, elle trouvait le courage de replonger dans le sommeil. Mais le plus souvent, elle restait éveillée, fixant intensément le plafond jusqu'à l'aube. Cette nuit-là, elle refit l'un de ses cauchemars habituels mais ne ressentit pas le poids oppressant qui l'écrasait. Elle ne réussit pas à se rendormir. Elle attendit les premières lueurs du jour pour s'extraire de cette pièce suffocante, impatiente de commencer une nouvelle journée et de se changer les idées. Le camp était tranquille. Elle fut surprise de voir Harry assis sur les marches de l'école improvisée destinée aux enfants du camp. Absorbé par ses réflexions, il ne la remarqua qu'une fois qu'elle se fut suffisamment approchée pour obstruer sa vue.
« Hey, Hermione. » salua-t-il.
« Tu sembles bien concentré. » fit-elle remarquer, posant sa main sur le garde-corps des marches.
Harry hocha la tête.
« Nous avons eu une longue discussion avec les autres hier soir. Elle a duré une grande partie de la nuit. » expliqua-t-il.
« Avec le Phénix ? » demanda-t-elle.
« Avec le Phénix. » confirma-t-il.
« À quel sujet ? »
« Sur ce que nous allons entreprendre maintenant que le FLOP est enfin au complet. Nous étions tellement pris par les négociations que nous n'avions pas vraiment envisagé la suite. » admit-il. « Jusqu'à maintenant. »
« Avez-vous décidé quelque chose ? » interrogea Hermione, avide.
« Oui. Nous allons lancer une offensive. »
Hermione écarquilla les yeux, médusée par ce qu'elle entendait. Les mêmes personnes qui avaient critiqué les approches agressives de la Révolte du Yorkshire voulaient-elles vraiment s'en prendre directement au régime ?
« Pas une offensive frontale. » précisa-t-il, comme s'il avait lu dans ses pensées.
Hermione lui jeta un regard confus.
« Nous n'avons pas la force de combat nécessaire pour les attaquer frontalement. Pas encore, du moins. Nous manquons encore d'organisation. Mais il y a un levier que nous pouvons actionner pour les ébranler. L'économie. » indiqua-t-il.
« Et comment comptez-vous faire ça ? »
« Le gouvernement arrive à apposer sa dictature sur la population parce qu'il a créé un cadre de vie, bien organisé. Certes, il est restrictif, mais il est prévisible. La majorité des gens, surtout ceux de rang inférieur, sont trop effrayés ou trop conditionnés pour envisager une rébellion. Mais si les besoins fondamentaux de ces gens sont menacés, ils ne seront plus aussi dociles. Et c'est dans ce chaos que nous pourrions intervenir. » indiqua Harry.
Hermione garda le silence, l'écoutant avec attention.
« J'ignore si tu es au courant, mais il y a des tensions latentes avec les Gobelins et le gouvernement depuis un certain temps. Les Gobelins craignent que le Coven sacré conspire pour prendre le contrôle de Gringotts et des mines. Ce serait une violation directe au traité signé entre les Gobelins et les sorciers, il y a bien des siècles. »
Hermione savait qu'un traité avait été instauré quelques centenaires plus tôt entre les sorciers et les Gobelins, délimitant les rôles de chaque partie sur leur rôle dans la gestion de la monnaie. Cela avait été une façon de garder la paix entre les deux espèces, qui ne se faisaient pas confiance. Contre toute attente, ce pacte avait survécu, même après la prise de pouvoir de Voldemort à la fin du Grand Conflit.
« Selon nos sources, le gouvernement soupçonne également les Gobelins de conspiration. La confiance est plus que précaire. Les Gobelins n'ont pas apprécié que le gouvernement ait voulu empêcher la nomination de leur confrère Varglok à la direction Gringotts, récemment. Le Coven voulait à l'origine imposer un de ses laquais, mais les Gobelins ont résisté. Historiquement, ils ont toujours dirigé Gringotts et cette tentative du Coven a aggravé des tensions déjà existantes. » lui expliqua Harry.
Hermione avait entendu parler de la nomination d'un nouveau directeur à la banque, mais elle ignorait tout du climat conflictuel entre le gouvernement et les Gobelins. Ce n'était pas le genre d'informations que le régime incluait dans la presse.
« Si nous parvenons à exacerber cette méfiance, nous pourrons causer des rixes. » poursuivit Harry. « Le régime pense qu'il a tout sous contrôle. À nous de leur prouver le contraire. »
Hermione hocha la tête, commençant à comprendre leur plan. Ils projetaient d'attaquer les finances du régime, une manière indirecte, mais potentiellement efficace de l'affaiblir sans engager une confrontation frontale. Si la population se retrouvait dans l'incapacité de satisfaire ses besoins essentiels, cela pourrait provoquer une levée de bouclier.
« Évidemment, tout cela va nécessiter d'énormément de préparation. Personne n'a jamais réussi à s'infiltrer à Gringotts ou dans les mines. Nous aurons besoin d'un plan solide et des informations de la part de nos infiltrés. Cela va être compliqué et risque de prendre du temps. C'est l'un des lieux les plus sécurisés du pays. Probablement plus fortifié que le ministère de la Magie lui-même. »
Hermione resta silencieuse pendant un instant, en pleine réflexion.
« Hermione ? Tu sembles... inspirée. Quelque chose te vient à l'esprit ? »
« Je crois que j'ai peut-être une idée. » dit-elle. « Je suis presque sûre d'avoir vu des plans de Gringotts ainsi que des détails sur sa conception. C'était un ouvrage qui détaillait en profondeur l'architecture de Gringotts, ses mécanismes et les nouvelles technologies de sécurité déployées lors de sa construction. »
L'expression de Harry se transforma en une combinaison de surprise et d'espoir.
« Hermione, c'est exactement ce dont nous avons besoin. » dit-il avec un rire nerveux, comme si elle venait de poser un trésor devant lui. « Où as-tu déniché un tel ouvrage ? »
« Dans les archives de la famille Macmillan. J'y ai travaillé pendant quelques mois. M. Macmillan m'a donné accès à sa collection privée, interdite au public. J'ai passé beaucoup de temps à l'intérieur. » informa Hermione.
Elle se souvint que c'était Aelius Macmillan qui lui avait permis d'entrer dans cette pièce confidentielle afin qu'elle accompagne Théodore lors de ses visites aux Archives. C'était durant ces moments qu'ils avaient commencé à faire connaissance et à se rapprocher, dans l'atmosphère intime et studieuse du lieu. Tandis que Théodore se plongeait dans des livres consacrés à la musique, Hermione explorait d'autres domaines. La bibliothèque regorgeait de livres rares, certains même interdits par le régime actuel pour leur contenu controversé, contraire à la propagande agréée. C'était pour cette raison qu'elle était si bien cachée et que seuls quelques privilégiés pouvaient y accéder.
« Je savais que tu nous serais d'une aide précieuse. » dit Harry d'une voix excitée, l'anticipation évidente dans ses yeux. « Tu penses que tu pourrais nous y introduire ? »
« Je crois que la clé est encore dans mon ancien appartement. Je n'ai jamais eu l'occasion de récupérer toutes mes affaires. » révéla la jeune femme.
Elle se souvint du drame qui avait suivi son union sacrée avec Théodore. Elle n'était jamais retournée dans l'appartement qu'elle occupait autrefois avec Ginny, après que cette dernière ait été attaquée. Par mesure de sécurité, l'accès à l'appartement avait été restreint. Ginny lui avait expliqué que Draco Malfoy avait installé des protections magiques pour empêcher d'autres intrusions. Plus tard, suite à la pression du père de Théodore qui avait mené à sa démission des Archives, Hermione avait quasiment oublié qu'elle possédait encore la clé.
« Il nous faut absolument cette clé. Je vais prévenir les autres. On doit faire ça au plus vite. » dit Harry.
Il se leva, manifestement galvanisé par l'opportunité qui se présentait.
« Pour une fois, j'ai l'impression que la chance nous sourit. Ça fait plaisir de voir qu'on avance après avoir stagné aussi longtemps. » admit-il.
Hermione partageait son optimisme. Elle savait combien Harry avait été agacé par les négociations laborieuses avec certaines factions rebelles. Mais les victoires récentes avaient insufflé un nouvel espoir à la Résistance.
« Tu ne penses pas qu'il est risqué d'aller à Londres ? On pourrait me reconnaitre. » dit-elle, peu à l'aise.
« Ne t'inquiète pas. Nous aurons ma cape d'invisibilité. Personne ne nous repèrera. » lui assura-t-il. « J'ai l'habitude de m'y rendre de cette manière. »
Elle acquiesça. Harry la dévisagea quelques instants.
« Tu sembles fatiguée, Hermione. » fit-il remarquer. « Je ne t'ai jamais demandé comment tu te sentais depuis notre voyage et l'attaque. »
« Que veux-tu dire ? »
« Je t'avais dit que cela serait un voyage diplomatique et nous nous sommes retrouvés dans ce guet-apens... Nous aurions pu y passer. J'imagine que ça t'a chamboulé. » devina Harry.
Elle se souvint avec frisson du loup colossal qui avait jailli devant elle, ignorant alors qu'il s'agissait de Remus Lupin. La violence de l'embuscade, les combattants tombant sous ses yeux, le danger des Sans-Visages, tout cela lui avait fait comprendre l'ampleur du conflit auquel elle avait adhéré.
« Je savais à quoi m'attendre en décidant de vous rejoindre. » répondit-elle finalement. « Je comprends les risques. »
Harry hocha gravement la tête, perdu dans ses pensées. Elle se demanda s'il repensait à la mort de ses parents, qu'elle lui avait montré. Elle ressentit un vague élan de culpabilité.
« La mort n'est pas une chose anodine. Elle laisse des traces profondes sur une personne. Elle te change, souvent d'une manière dont tu ne te rends pas compte. » murmura Harry, les yeux emplis de mélancolie.
Elle sentait qu'il parlait par expérience.
« Et quand l'envie de vengeance s'en mêle, cela peut rendre une personne instable. Je sais ce que c'est. Après la mort de mes parents, j'ai aussi été submergé par cette envie de violence. J'étais obnubilé par l'idée de vengeance. Il m'a fallu du temps pour m'en défaire. C'était tout ce à quoi je pensais. J'ai mis du temps avant de sortir de cet état d'esprit. Si je peux te donner un conseil, Hermione, c'est de ne pas laisser ce sentiment te consumer. »
Son expression était grave, comme si le souvenir était douloureux. Hermione ne répondit pas. En lui montrant l'exécution tragique de ses parents, avait-elle réveillé un sentiment qu'il avait tenté de noyer ?
« Ivo m'a dit que tu faisais beaucoup de cauchemars. » dit Harry, l'air inquiet.
Hermione lui jeta un regard désarçonné.
« Il se fait du souci pour toi, tout comme moi. » continua Harry, sincère.
« Je vais bien. » insista Hermione.
« Même si tu penses vraiment que c'est le cas, tu n'as rien à perdre en allant voir Sarwa. » proposa-t-il.
Elle se souvint qu'Ivo et Harry avaient déjà évoqué cette femme. Elle faisait office d'institutrice pour les enfants.
« Dis-moi au moins que tu envisageras de discuter avec elle ? Après ça, je n'insisterai plus avec ça. » promit Harry.
Hermione lâcha un long soupir.
« Très bien. » concéda-t-elle.
Harry lui décrocha un sourire.
« Je vais prévenir les autres de ce que tu m'as dit au sujet des plans de Gringotts. Je te retrouve plus tard pour la réunion du conseil. » dit-il tandis qu'il s'éloignait.
Le regard d'Hermione se posa sur le bâtiment devant elle, abritant la petite école. Elle s'avança vers la porte et, le poing levé, s'apprêta à frapper. Elle interrompit son geste, prise d'une nervosité soudaine. Pourquoi avait-elle besoin de parler à cette femme ? Quel en serait le bénéfice ? se demanda-t-elle. Comme toujours, une multitude de pensées parasites envahit son esprit, lui donnant une sensation désagréable au creux de l'estomac. Elle laissa tomber sa main le long de son corps, sans frapper contre la porte, décidant d'abandonner. Était-ce vraiment une bonne idée ? Avant qu'elle ne puisse trancher, la porte s'ouvrit doucement et une femme, avec un regard compréhensif et chaleureux, se tenait face à elle.
Sarwa Quartey était une femme noire avec de longues tresses qui descendaient jusqu'à sa taille. Un foulard tressé complexe coiffait sa tête. Bien que son visage paraisse jeune, sa prestance dégageait une maturité certaine. Elle semblait être de ces femmes qui vieillissaient avec grâce.
« Bonjour, Hermione. Je me demandais quand tu viendrais me rendre visite. »
La jeune femme lui jeta un regard décontenancé, surprise qu'elle connaisse son prénom.
« Entre donc, j'étais en train de préparer du thé. » proposa Sarwa en s'effaçant pour la laisser entrer.
Après une brève hésitation, Hermione la suivit à l'intérieur. La pièce principale servait manifestement de salle de classe, équipée de quelques bureaux et chaises adossés aux murs. Des coussins moelleux étaient disposés sur un tapis épais au centre de la pièce.
Sarwa désigna l'un d'eux, invitant Hermione à s'y installer. Pendant qu'elle prenait place, elle observa la femme faire léviter un plateau de thé avec un simple geste de la main.
« Vous pratiquez la magie sans baguette ? » demanda Hermione, fascinée.
Elle avait entendu parler de telles méthodes dans certaines régions du monde, mais n'avait jamais été témoin de cette pratique. Sarwa hocha la tête.
« Oui. C'est de cette façon que nous apprenons la magie dans mon pays. Je suis née au Ghana. » informa Sarwa. « Et j'ai étudié à Ouagadougou, la plus grande école de sorcellerie au monde. C'est également ce que j'enseigne aux enfants ici. C'est plus facile de leur apprendre quand ils sont jeunes. Pour les adultes, c'est souvent trop tard. Ils sont trop habitués à l'usage de la baguette. »
Hermione était intriguée. Comment une femme venant d'un endroit si lointain avait-elle pu se retrouver ici, en particulier parmi les résistants ?
« J'imagine que tu te demandes comment j'ai fini par me retrouver ici. » dit-elle avec un rire. « C'est une histoire assez longue, mais pour résumer, après mes études, j'ai noué des liens d'amitié avec une femme influente. Je l'ai accompagnée dans ses affaires partout sur le continent. Elle avait cette capacité à rassembler autour d'elle un cercle de fidèles. Nous la soutenions tous, d'une manière ou d'une autre. Bien que certains d'entre nous soient venus à réaliser que ce n'était pas vraiment du soutien, mais plutôt de l'asservissement. » ajouta Sarwa avec un sourire sans joie.
Ses yeux étaient empreints d'une profondeur rare.
« Mais j'ai tout de même suivi les Zabini au Royaume-Uni quand ils ont choisi de s'y installer. »
« Zabini ? » répéta Hermione, interloquée. « La famille sacrée ? »
« Oui. Ils n'étaient pas encore membres des Treize à cette époque, mais ils en avaient clairement l'ambition. Ils ont fait beaucoup de choses pour atteindre ce statut. Des choses... discutables. Avec le temps, certaines de leurs actions ont commencé à me déplaire. » expliqua Sarwa, un peu gênée. « J'ai choisi de quitter leur clan. Ils ont considéré cela comme une trahison, et je sais qu'ils me puniraient s'ils en avaient l'opportunité. Heureusement pour moi, j'ai trouvé la Résistance. Les problèmes et les luttes auxquels nous sommes confrontés ici ne sont pas si éloignés de ceux que j'ai rencontrés chez moi. Le mal, l'injustice et l'oppression ne connaissent pas de frontières. »
Sarwa sourit doucement.
« Depuis, je suis là. J'aide l'Ordre du mieux que je peux grâce à mon savoir. J'adore enseigner la magie, surtout aux plus jeunes. Notre futur se façonne à travers eux. » expliqua-t-elle.
Hermione sirota son thé, appréciant sa chaleur apaisante.
« Mais assez parler de moi. Comment t'es-tu retrouvée ici ? » demanda Sarwa.
Hermione se tendit un peu. Assise face à cette femme, Hermione se sentit désemparée, ne sachant par où commencer. Comment résumer à une quasi-inconnue des années de traumatismes et de douleurs qu'elle peinait à déchiffrer elle-même ?
« La guerre laisse des stigmates, pas tous visibles. Il est naturel de vouloir les masquer, de désirer montrer une façade forte. Mais parfois, admettre notre vulnérabilité est le plus grand acte de courage. » dit Sarwa d'une voix encourageante, comme si elle sentait sa réticence. « Pourquoi ne pas commencer par ce qui t'a conduit à venir me voir, aujourd'hui ? »
« Harry m'a dit que vous pourriez m'aider avec quelques problèmes. » articula Hermione. « Je fais des cauchemars. »
« Quel genre de cauchemars ? » demanda Sarwa d'une voix douce.
Hermione lui décrivit le cauchemar récurrent qui la hantait depuis des années – celui où elle était traquée par l'Exécuteur et un groupe de Mangemorts. Bien que le scénario du rêve variait occasionnellement, il se terminait toujours de la même manière : Hermione était ligotée à un bûcher, sur le point d'être immolée.
« Parfois, à mon réveil, je n'arrive pas à bouger. C'est comme si une force ou une présence m'écrasait. C'est si... oppressant. »
« Ce que tu décris s'appelle la paralysie du sommeil. C'est une manifestation courante chez les personnes souffrant de stress. Ça empire avec la fatigue excessive. » lui expliqua Sarwa.
« Pouvez-vous faire quelque chose pour les arrêter ? » plaida Hermione, une once d'espoir dans la voix.
Le simple fait de savoir que ce qu'elle vivait avait un nom lui apportait un certain réconfort.
« Moi ? Non. Je ne peux rien faire qui te fera arrêter ces cauchemars. »
Hermione lui jeta un regard déçu.
« Cependant, je peux te montrer comment tu peux y parvenir toi-même. Tes cauchemars sont l'expression de tes peurs et de tes traumas. Ils essaient, à leur manière, de te communiquer quelque chose, peut-être même de te guider vers une certaine résolution. »
« Ces cauchemars... Ils peuvent avoir un sens ? » demanda-t-elle.
« Oui. Mais il n'est pas toujours évident de le décoder. La paralysie du sommeil, par exemple, est une réaction de ton esprit pour te protéger d'une vérité ou d'une réalité trop dure à accepter. Il t'immobilise, t'empêchant de te confronter à elle, de la même manière que tu t'empêches peut-être d'affronter certaines réalités émotionnelles lorsque tu es éveillée. » indiqua Sarwa. « Ils ne sont qu'un symptôme de choses plus profondes. Ce qu'il faut essayer d'identifier et d'éradiquer, c'est la cause. Sans ça, ça continuera malgré tout tes efforts. Même si tu prends des potions pour endiguer ces cauchemars ou que tu essayes de te divertir pour oublier. Tout cela ne fonctionne pas sur le long terme. Pour guérir de nos traumas, il faut y faire face de plein fouet. »
Hermione resta silencieuse, mais sentit un poids se former dans sa poitrine.
« Je sens que tu es le genre de personne qui réprime ses émotions. Mais il est essentiel de les laisser s'exprimer. » dit Sarwa, gravement.
Hermione baissa la tête.
« J'ai affronté tellement de choses dans ma vie. Pourquoi est-ce si difficile d'affronter mes propres démons ? » murmura-t-elle avec un rire sans joie, presque autodénigrant.
Elle avait toujours été l'élève modèle, qui comprenait tout et qui avait soif de connaissance. Il était ironique de réaliser à quel point elle ne se connaissait pas elle-même.
« Parce que parfois, nos plus grandes batailles se déroulent à l'intérieur de nous. Le combat contre soi-même est le plus difficile. Mais, sache que tu n'es pas seule dans cette quête. Je suis ici pour te guider à travers ce voyage de guérison. Si tu le souhaites, évidemment. »
Quand Hermione sortit de la cabane peu après, son esprit était encore engourdi par les révélations de Sarwa. Cette dernière lui avait parlé du Rêveliège, un champignon qui, une fois ingéré, induisait des rêves lucides si puissants qu'ils paraissaient plus vrais que nature. Elle le décrivait comme un périple intérieur, une expérience transformative permettant de sonder les profondeurs de son âme.
Sarwa avait averti Hermione qu'il fallait pleinement être prête et vouloir sincèrement franchir cette étape. Cette méthode pourrait-elle vraiment l'aider à dénouer les fils compliqués de son esprit tourmenté ? Elle avait toujours été sceptique face aux approches alternatives, surtout celles ancrées dans le spirituel. Elle se souvenait de cette fois où Ginny l'avait entraînée dans une boutique de voyance, surnommée "La Thérapie de l'âme". La gérante, Trelawney, prétendait pouvoir dévoiler l'avenir. Ginny avait toujours été fascinée par l'ésotérisme, au grand dam d'Hermione qui considérait cela comme une perte de temps et d'argent.
Contre toute attente, Trelawney n'avait pas été qu'une simple charlatane. Elle avait officié l'union d'Hermione et Théodore lors d'une cérémonie intime et secrète. Le souvenir de ce jour restait gravé comme l'un des moments les plus beaux de sa vie. Pour une fois, Hermione avait laissé ses peurs et ses calculs de côté. C'était l'un de ses derniers souvenirs heureux avant que le destin n'emprunte une voie tragique.
Le cœur lourd, elle chassa ces pensées. C'était précisément pour ces raisons qu'elle envisageait d'entreprendre ce voyage intérieur. Elle en avait assez de s'évader et de se refuser toute émotion positive. Elle s'interdisait de penser à Théodore, de croire en un futur heureux. Par peur d'être déçue. Par conviction qu'elle ne le méritait pas. Elle ne voulait plus que son passé la définisse. Trop longtemps, elle s'était enfermée, repoussant ceux qui l'entouraient, se protégeant de tout risque de vulnérabilité.
Plus tard dans la soirée, après la réunion du conseil, Hermione retrouva Harry et lui relata sa discussion avec Sarwa, curieuse d'entendre sa propre expérience. Le concept de ce voyage intérieur était encore mystérieux pour elle et le fait qu'il soit déjà passé par là était rassurant.
« C'était intense. » lui révéla Harry avec un frisson. « Une fois, j'ai même fait un bad trip. Mais ça en valait le coup. »
Le lendemain, lorsqu'Hermione lui raconta les propos de Harry, Sarwa eut un sourire énigmatique.
« Il n'y a jamais de bad trip à proprement parler. Le Rêveliège te montre seulement ce que tu as besoin de voir. En revanche, ce n'est toujours pas agréable. Il faut parfois traverser un processus difficile pour connaitre un véritable changement. » lui assura Sarwa.
Hermione hocha la tête.
« Tu es prête ? » lui demanda Sarwa en ramenant ses longues tresses dans un chignon haut à l'aide d'un simple geste du doigt.
Hermione acquiesça. Elle était installée sur des coussins, à même le sol, face à Sarwa. Cette dernière saisit des psychedelobulbes, des bulbes de fleurs, qui, une fois pressées et consommées sous forme liquide, provoquaient des visions intenses. Elle les plaça dans un pilon devant elle et commença à les écraser vigoureusement. Un liquide grisâtre et gluant jaillit de l'intérieur des bulbes. Une fois complètement pilée, elle transféra la substance gluante dans un verre qui contenait les morceaux finement découpés de Rêveliège. Selon elle, le mélange des deux substances plongerait Hermione dans une transe profonde. Sarwa termina par presser un citron à l'intérieur avant de remuer son doigt au-dessus du verre. Le mélange dans le verre se remua de lui-même.
« Ça va prendre quelques minutes avant d'être prêt. En attendant, j'aimerais te partager quelques consignes. » dit Sarwa.
Son ton était devenu sérieux tandis qu'elle observait la jeune femme.
« Il est essentiel que tu te rappelles que ce que tu vas vivre est purement psychique. Certains peuvent avoir des visions avec les yeux ouverts, mais ta dose est ajustée pour éviter cela. Même si cela te semble réel pendant la transe, sache que c'est uniquement dans ton esprit. » insista Sarwa.
Elle désigna un fauteuil dans la pièce.
« Je serai avec toi au début, pour m'assurer que tout va bien. Après ça, je te laisserai un peu d'intimité. Mais je ne serai pas loin, si besoin. »
Hermione hocha nerveusement la tête, les paroles de prudence de Sarwa suscitant une inquiétude grandissante en elle. Elle envisagea un instant de tout arrêter.
« Tu n'as rien mangé aujourd'hui, comme je te l'ai demandé, n'est-ce pas ? » s'enquérit Sarwa.
Hermione confirma d'un mouvement de tête. Sarwa avait insisté pour qu'elle jeûne pendant au moins seize heures avant d'absorber la concoction, car cela permettrait d'optimiser les effets du Rêveliège.
« Avant de commencer, j'aimerais que tu fixes une intention à ton voyage. » expliqua Sarwa. « Que tu réfléchisses à ce que tu veux en tirer. Parfois, cela peut aider à guider ton voyage, même si ce n'est pas une science exacte. »
Hermione ferma les yeux. Elle avait décidé de s'engager pleinement dans cette expérience, et il était temps d'oublier son scepticisme naturel. Les paroles de Harry et son expérience l'avaient convaincue d'au moins la tenter. Contrairement à Ginny et ses délires de lois de l'attraction et de manifestation, Harry avait la tête sur les épaules. S'il disait que cela avait été bénéfique pour lui, elle pouvait le croire. Elle pensa à l'issue qu'elle voulait donner à son voyage. Ses craintes et ses blocages dont elle voulait se libérer. A son désir de comprendre pourquoi elle peinait à se connecter profondément avec les autres.
« C'est prêt. » annonça Sarwa.
Les yeux d'Hermione s'ouvrirent et elle vit Sarwa lui tendre un verre contenant une substance épaisse. La mixture n'avait pas l'air particulièrement appétissante.
« Il faut le boire d'un trait. » conseilla Sarwa.
Hermione s'empara du verre et s'exécuta, se préparant mentalement. Le goût était plutôt étrange ; il commença doux, mais laissait ensuite un arrière-goût qui rappelait des noix humides avec une touche d'acidité.
« Allonge-toi. » l'encouragea Sarwa d'une voix douce.
Elle obtempéra, fixant le plafond, une boule d'angoisse au creux de l'estomac. Les minutes s'écoulèrent et Hermione commença à ressentir des sensations étranges dans son corps. Une nausée s'empara d'elle, son estomac protestant contre l'étrange concoction.
« Je crois que je vais être malade. » déclara-t-elle nerveusement, commençant à se redresser.
« C'est normal. Ton corps réagit au Rêveliège. Reste allongée et concentre-toi sur ta respiration. »
Hermione prit de profondes inspirations, essayant de calmer sa nausée. Progressivement, la sensation désagréable commença à s'estomper, laissant place à une vague de chaleur réconfortante. Elle se demanda si Sarwa avait usé de magie pour la réchauffer. Ses paupières étaient toujours fermées et elle commença à apercevoir des ombres. Les ombres dansaient derrière ses paupières closes, et Hermione se demanda un instant si elles étaient le fruit de son imagination ou si elle avait inconsciemment ouvert les yeux. Elle tenta de cligner des paupières et découvrit qu'elle fixait le plafond, resté inchangé, ce qui la fit légèrement froncer les sourcils.
« Lâche prise. » lui murmura doucement Sarwa, remarquant son agitation.
Hermione referma les yeux et les formes curieuses s'imposèrent à nouveau dans son esprit. Puis tout à coup, elle sentit son corps être secoué d'une sensation intense, comme si le sol s'était dérobé sous elle. Une sensation de vertige s'empara d'elle. Elle tenta d'ouvrir les yeux, mais réalisa qu'elle n'y parvenait pas. La sensation de chute s'arrêta brusquement, remplacée par une sensation de flottement.
Hermione vit des motifs géométriques vibrants et des fractales dansantes autour d'elle et elle les observa avec fascination. Une chose étrange survint. Elle prit soudainement conscience de son corps, d'une manière inédite. Elle pouvait ressentir chaque détail – du bout de ses doigts jusqu'aux poils de sa peau, et même le mouvement subtil des cheveux naissants de son cuir chevelu.
Hermione se sentit plus ancrée, plus connectée à elle-même que jamais. Elle pouvait presque sentir chaque cellule de son corps irradier d'énergie. Chaque mouvement était ressenti avec une intensité accrue. Sa respiration devint une expérience transcendantale. Chaque inspiration était une cascade d'air frais, chaque expiration une libération d'énergie. Elle percevait l'air comme une force vivante qui circulait en elle, lui insufflant la vie à chaque inspiration. Sa peau semblait bourdonner, comme si elle avait une connexion plus profonde avec l'air autour d'elle.
Elle fut frappée par le sens profond de l'interconnexion entre son corps et l'univers autour d'elle. Il n'y avait pas de séparation entre elle et l'air qu'elle respirait, la terre sur laquelle elle se reposait, ou les êtres qui partageaient son espace. Elle sentait la profonde réalité de son existence, non pas comme une entité séparée, mais comme une partie intégrante de la vie et de l'univers. C'était un sentiment écrasant, mais incroyablement paisible. Un rappel que, malgré tout ce qu'elle avait vécu, elle était vivante, elle était présente et intrinsèquement liée à tout ce qui l'entourait. Mais tout aussi soudainement que cette réalisation avait surgi, elle fut arrachée de cet état de grâce. Les formes lumineuses s'estompèrent et elle parvint à ouvrir les yeux, se rendant compte avec une pointe de surprise qu'elle n'était plus en présence de Sarwa.
Elle se retrouva au milieu d'une vaste avenue marchande. Quelque chose lui paraissait étrange. Ce n'est que lorsqu'elle tourna la tête et aperçut un banc voisin qu'elle réalisa la vérité troublante. Elle était devenue minuscule et tout ce qui l'entourait avait pris des proportions titanesques. Les interstices entre les pavés, auparavant insignifiants, ressemblaient maintenant à de vastes fossés. Hermione sourit, intriguée par cette étrange perception, sans vraiment comprendre pourquoi. Mais son amusement fut de courte durée. Le sol commença à trembler sous ses pieds, et un grondement assourdissant se fit entendre, lui rappelant le galop effréné d'une horde de bêtes sauvages. Elle aperçut des ombres gigantesques se profilant à l'horizon, se rapprochant d'elle à grande vitesse. À mesure que ces figures s'approchaient, Hermione réalisa avec stupeur qu'il s'agissait de personnes géantes. Elle se ravisa. En réalité, ces individus n'étaient pas géants, et le monde autour d'elle n'avait pas changé d'échelle. C'était Hermione qui, pour une raison inconnue, s'était rétrécie.
Une réalité désagréable s'imposa à elle : elle était insignifiante dans ce monde, et elle risquait d'être écrasée si elle ne bougeait pas.
Poussée par l'instinct de survie, elle courut vers le banc, dont la base ressemblait désormais à un énorme mur. Elle s'y abrita, le cœur battant la chamade, et observa la marée humaine qui déferlait dans la rue. Les pas des passants faisaient trembler le sol, et leurs voix étaient aussi fortes que des tonnerres. Puis, parmi ces figures gargantuesques, elle aperçut des visages bien connus.
Ceux de Théodore, ses parents, Harry, Ginny, Ivo, Marlène...
Malgré la terreur qui l'habitait, Hermione sortit de sa cachette et tenta désespérément de se faire voir, de se faire entendre. Elle criait, sautillait, agitait les bras, mais sa petite voix était noyée par le vacarme ambiant. Elle réalisa, le cœur lourd, que personne ne la voyait ni ne l'entendait.
Elle était invisible et ignorée.
Épuisée, elle s'arrêta, regardant impuissante ses amis et sa famille la dépasser avant de disparaitre progressivement dans la foule. Elle se sentit submergée par un sentiment de solitude accablante, comprenant qu'elle ne pourrait jamais les rattraper dans cette vaste avenue. Le tumulte s'estompa progressivement, et un silence écrasant s'installa. Hermione, minuscule et vulnérable, se retrouva seule au milieu de cette rue déserte et gigantesque. Elle se sentit perdue, telle une petite créature dans un monde immense et inconnu.
« Sang de bourbe. » entendit-elle une voix tonitruante.
Hermione se retourna précipitamment, et ses yeux s'écarquillèrent d'horreur devant la gigantesque silhouette qui la dominait. Cette apparition dépassait en taille toutes les autres figures qu'elle avait croisées jusque-là. L'effroi paralysa Hermione lorsqu'elle reconnut celle qui se tenait devant elle.
Bellatrix Lestrange.
Les yeux sombres et inquisiteurs de Bellatrix fixaient intensément Hermione, et un sourire cruel déformait ses lèvres rouge sang. Prise de panique, Hermione fit un pas en arrière. Les autres passants ne semblaient pas l'avoir remarquée, mais Bellatrix, elle, l'avait bien vue.
« Je t'ai enfin retrouvée, petite imposture. » ricana Bellatrix, un éclat de triomphe dans les yeux.
La peur au ventre, Hermione se mit à courir à toute allure. Les rires moqueurs de Bellatrix la poursuivaient.
« Tu ne pourras pas te cacher éternellement, usurpatrice. » gronda la femme.
Les résonances des pas de Bellatrix derrière elle étaient comparables à des séismes. Dans sa hâte, Hermione osa jeter un rapide coup d'œil derrière elle et son cœur manqua un battement. Soudain, avec une rapidité surprenante pour une créature de cette taille, l'index et le pouce de Bellatrix se rejoignirent, semblant effectuer un geste anodin. Mais pour la minuscule Hermione, l'effet du pincement fut dévastateur. Elle fut projetée en avant, heurtant brutalement le sol pavé de la rue. Son crâne résonna sous le choc, et la douleur la submergea. Tremblante, elle se tourna pour faire face à la menace. Bellatrix, dans toute sa grandeur terrifiante, se pencha vers elle, un rictus triomphant aux lèvres.
« Tu m'appartiens, désormais, Sang-de-Bourbe. » annonça la femme avec satisfaction. « Pensais-tu vraiment que tu pourrais m'échapper ? Petite sotte. »
Son rire, glacé et démentiel, écorcha les oreilles d'Hermione. Soudainement, le pied chaussé d'un talon aigu de Bellatrix s'éleva, menaçant de s'abattre sur elle. Le monde sembla ralentir pour Hermione. Elle ferma les yeux, se protégeant instinctivement, s'attendant au pire. Mais au lieu de la douleur attendue, une sensation de chute l'envahit.
Elle cligna des yeux. La rue marchande, la Bellatrix géante, tout avait disparu. Elle observa ses alentours, désorientée. Elle était à présent dans une pièce dont les contours lui semblaient étrangement familiers. Lorsqu'elle leva les yeux, elle aperçut une petite fenêtre en haut du mur, par laquelle la lueur argentée de la Lune s'infiltrait. Elle réalisa alors où elle se trouvait.
L'Ambrosia.
Cette chambre, songea-t-elle, son corps se crispant aussitôt. Ce lieu maudit où tout s'était effondré pour elle, où quelque chose s'était brisé en elle pour toujours. La pièce semblait plus sombre, plus oppressante qu'elle ne s'en souvenait. Ce jour-là, elle avait tout fait pour ne pas prêter attention à ce qui se passait autour d'elle. Elle n'avait pas voulu voir le visage de son agresseur et avait mis ses sens en veille afin d'éviter que ces horribles souvenirs s'impriment en elle. À chaque attaque, elle avait eu l'impression de quitter son corps, de devenir une simple spectatrice de sa propre souffrance, regardant de loin, impuissante et dissociée.
En regardant les murs, elle nota qu'ils étaient sombres, couverts d'une substance en mouvement. Intriguée, elle toucha le mur et retira sa main couverte d'un liquide visqueux et rouge. Du sang.
Impureté.
Ce mot la frappa soudainement, comme un éclair. Le sang sur les murs commença à s'écouler plus abondamment, formant des flaques qui se propageaient à une vitesse alarmante. Bientôt, le liquide macabre lui arrivait jusqu'aux tibias.
Alors qu'elle cherchait une issue, une porte apparut soudainement, des bruits sourds résonnant derrière. Hermione courut vers la porte, essayant désespérément de la barricader, mais du sang commença à s'infiltrer par tous les interstices, grossissant la mare qui s'était déjà formée. Hermione jeta un regard désespéré vers la fenêtre, trop haute et étroite pour être atteinte.
Elle se sentit prise au piège, tout comme ce jour fatidique où elle avait été réduite à l'impuissance, vendue aux désirs d'inconnus pour une poignée de gallions. Tout ce qu'elle avait pu faire avait été de rester immobile, forcée de subir cet assaut. Une autre prise de conscience la frappa comme un coup de massue.
Culpabilité.
Elle se sentait coupable de n'avoir pas résisté davantage. D'avoir lâché l'affaire. De s'être laissée totalement sombrer. Pourtant, dans cette prise de conscience, aussi cruelle fût-elle, elle trouva une étrange libération. Une étincelle d'espoir naquit en elle à l'idée de mettre des mots sur ses émotions longtemps refoulées.
Avec une nouvelle sérénité, Hermione cessa de retenir la porte. Elle fit quelques pas en arrière, fixant toujours l'entrée. Elle n'était plus déterminée à fuir ce qui se trouvait derrière. Elle souhaitait embrasser cette douleur, aussi intense et terrifiante soit-elle.
Hermione réalisa ce que cette pièce symbolisait : son esprit. Un endroit où ses émotions torturées étaient enfermées, où elle tentait désespérément de noyer ses souvenirs douloureux, s'empêchant par la même occasion de vivre des moments heureux.
Soudain, un craquement retentit. La porte céda, laissant une marée de sang inonder la pièce. En quelques instants, le liquide atteignit ses hanches. Cependant, aucune panique ne l'envahit. Elle leva les yeux vers la lune, rappelée aux nuits où elle s'était échappée mentalement, se projetant auprès de celle-ci pour échapper à ses souffrances.
Mais cette fois, elle souhaitait rester présente, enracinée dans la réalité, prête à affronter ses démons. Le liquide montait rapidement, atteignant maintenant ses épaules. Bientôt, elle serait ensevelie totalement. Mais loin de la peur, une résolution inébranlable la poussait à agir.
Saisie d'une détermination soudaine, elle plongea, se débattant dans le liquide épais, cherchant un chemin vers la fenêtre haute. Malgré la densité du sang, elle se sentait étonnamment agile, portée par une détermination sans précédent. Elle réussit enfin à toucher la fenêtre, agrippant solidement la poignée avant de l'ouvrir d'un geste vigoureux. Elle fut immédiatement aspirée par l'ouverture, s'éloignant de la chambre inondée de sang, et par extension, s'évadant des émotions profondément enfouies qui l'avaient longtemps tourmentée.
Hermione flottait dans le vide, face à la Lune scintillante et imposante. Contre toute attente, aucune peur ne l'envahissait. Elle se sentait en harmonie avec l'immensité qui l'entourait. La splendeur du ciel étoilé et de la majestueuse Lune la subjugua. Une reconnaissance profonde l'envahit de toutes parts. Comment avait-elle pu, pendant si longtemps, ignorer la beauté qui la surplombait ? Engloutie par ses souffrances, elle avait négligé pendant si longtemps les merveilles de la vie.
La vraie beauté ne résidait pas dans la perfection, mais dans la capacité à voir le magnifique au milieu du chaos, à trouver de l'amour malgré les adversités. La perfection n'était pas une condition sine qua non pour l'amour. Un sentiment de complétude l'envahit pendant qu'elle faisait cette réalisation. Des larmes commencèrent à couler sur ses joues. De joie ou de chagrin ? Elle-même ne pourrait le dire. Les émotions la submergeaient avec une intensité presque étourdissante.
Elle s'était longtemps refusé le droit de ressentir aussi intensément. Les émotions l'envahissaient à tel point qu'elle pouvait presque les toucher, les goûter. C'était à la fois terrifiant et exaltant.
Lorsque la brume de ses larmes se dissipa, une silhouette se dévoila à une distance de quelques mètres. La figure lui tournait le dos, apparemment aussi fascinée par la lune. Un pressentiment lui suggéra de s'approcher, d'entamer une conversation. Elle avança et la sensation du mouvement lui parut singulière. Flottait-elle ? Marchait-elle ? Elle décida que cela n'avait aucune importance. Tout n'avait pas besoin d'une explication.
« Tu as le droit de vivre, pas seulement de survivre. » lui souffla une voix intérieure – la sienne. « Tu as le droit de ressentir. »
Lorsqu'Hermione s'était élancée, la silhouette, jusque-là statique, avait commencé à bouger aussi. Chaque fois qu'Hermione accélérait, l'autre le faisait également, la fuyant volontairement. Un sentiment de frustration et d'impuissance envahit Hermione. Elle voulait lui hurler de l'attendre, lui promettre qu'elle ne lui voulait aucun mal. Elle voulait simplement établir un lien.
Un éclair de réalisation la frappa : était-ce de cette manière qu'elle s'était comportée avec ceux qui avaient tenté de se rapprocher d'elle dans sa propre vie ? Combien de fois s'était-elle éloignée, refusant de montrer sa vulnérabilité ou d'accepter leur aide ?
« J'aurais dû m'ouvrir à vous. » pensa-t-elle, les yeux embués de larmes. « J'aurais dû vous laisser m'aider. Me comprendre. Me soutenir. M'aimer. Même si je ne suis pas parfaite. Même si je suis détruite. Ça ne me définit pas. Je suis plus que ça. »
Alors qu'elle était perdue dans cette introspection, elle remarqua que la silhouette avait ralenti, presque comme si elle l'avait entendue. Hermione s'approcha prudemment, le cœur battant, et posa doucement sa main sur son épaule. La figure se retourna lentement et Hermione se figea en reconnaissant de qui il s'agissait.
C'était elle-même qui lui faisait face.
C'était comme regarder dans un miroir. Son double la fixait avec une tristesse palpable, portant les marques d'une douleur profonde, tel le reflet exacerbé de ses propres tourments.
« Je… Je suis désolée. » balbutia Hermione, sans même savoir pourquoi, observant son double avec un mélange de compassion et désolation.
« Je te pardonne. » lui répondit son double d'une voix douce.
Elle s'avança vers Hermione et l'enlaça, des larmes trahissant son émotion. Hermione, d'abord prise de court par ce geste, se crispa un instant. Mais rapidement, elle se laissa aller, rendant l'étreinte. Elle ressentit une connexion profonde avec son double, comme si elle se réunissait avec une partie d'elle-même. Cette fusion, où elles semblaient ne devenir qu'une, était d'une étrangeté déconcertante.
Hermione cligna des yeux, se retrouvant à nouveau dans la pièce de Sarwa, toujours étendue sur les coussins douillets. Elle se redressa lentement, l'esprit embrumé, essayant de se reconnecter à sa réalité. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant qu'elle ne parvienne à le faire. Sarwa apparut à son chevet, s'agenouillant à ses côtés. Hermione fut submergée par une vague d'émotion, les larmes jaillissant à nouveau. Elle s'effondra dans les bras de la femme, entre soulagement et bouleversement, profondément ébranlée par l'expérience intense qu'elle venait de vivre.
Sarwa la consola lentement, lui répétant des paroles encourageantes.
« Merci. » murmura-t-elle à l'attention de Sarwa en s'écartant.
Cette dernière l'observa un sourire aux lèvres.
« Veux-tu en parler ? »
Hermione, qui se serait habituellement renfermée, sentait un désir ardent de partager son expérience. C'était comme si elle venait de traverser une renaissance, laissant derrière elle une version d'elle-même pour en embrasser une autre, plus authentique. Elle raconta à Sarwa ce voyage introspectif, l'intensité des émotions, et cette rencontre bouleversante avec son double.
« Il ne m'avait jamais traversé l'esprit que je devais me pardonner moi-même. » avoua-t-elle.
« Je te l'ai dit. Les réponses sont toutes en toi. Nul autre que toi ne pouvait te les révéler. » expliqua Sarwa.
« Mais comment est-ce possible ? Tout ce que j'ai vu, ressenti... »
« Le Rêveliège t'a plongée dans un état de conscience altéré, te faisant percevoir le monde différemment. Tu as été dans cet état pendant près de six heures. »
« Six heures ? » répéta Hermione, les yeux écarquillés.
Pour elle, le temps s'était suspendu. Le temps lui était même apparu comme une mesure trop simple pour mesurer ce qu'elle vivait.
« Il était essentiel que tu explores tes émotions dans leur forme la plus pure, sans les refouler, comme tu en avais pris l'habitude. Un voyage intérieur n'est pas une expérience plaisante et légère mais c'est nécessaire. C'est accepter de se confronter avec sa propre existence et son propre soi. » expliqua Sarwa.
Hermione hocha la tête.
« La suite va être tout aussi importante dans ton processus de guérison. Bien que tu ressentes actuellement une transformation profonde, cette sensation pourrait s'estomper dans quelques jours, une fois l'effet de la plante totalement dissipé. Dès lors, tout reposera sur toi et les décisions que tu prendras. » poursuivit Sarwa. « Ton périple intérieur t'a ouvert une porte, mais la véritable transformation dépendra de la manière dont tu appliqueras ce que tu as découvert à ton quotidien. Si tu embrasses pleinement ces nouvelles prises de conscience, alors tu pourras entamer ta guérison en douceur. Je te suggère également quelques sessions supplémentaires dans les mois à venir pour te soutenir dans ce processus. »
Hermione hocha la tête.
« Le chemin de la guérison est personnel et unique pour chacun de nous. Mais sache que tu n'es pas seule dans cette quête. Des personnes comme moi, comme Ivo, Harry et tant d'autres, sont là pour te soutenir. » lui assura la femme.
La nuit s'était déjà installée lorsque Hermione sortit du bâtiment. Elle remercia Sarwa avec gratitude et se dirigea vers sa chambre. Cette nuit-là, au lieu d'être assaillie par ses habituelles ruminations, elle s'endormit bercée par les souvenirs de son intense voyage intérieur.
/
Draco se sentit comme si le sol venait de s'ouvrir sous ses pieds. Il observa sa mère en silence, l'air déstabilisé, incertain de la réaction appropriée face à cette révélation inattendue.
« Un paquebot partira dans dix jours et j'ai réussi à obtenir de la place pour la famille de Miss Weasley. Ils pourront quitter le pays définitivement, s'ils le souhaitent. » avait annoncé Narcissa d'un ton factuel, comme si elle évoquait un simple détail d'organisation.
Elle leva un sourcil, marquant une pause théâtrale avant d'ajouter, son ton dépourvu d'émotion :
« Et tu voudras sûrement savoir que Miss Weasley m'a demandé si elle aurait également la possibilité de partir, si elle le décide. »
Draco ne réagit pas immédiatement, tandis que la signification des mots de sa mère percutaient son esprit. Il se contenta de l'observer dans un silence tendu. Pourquoi sa mère avait-elle orchestré cela ? Quelle était sa véritable intention ? Depuis que Narcissa avait appris la vérité sur leur relation, elle avait profité de la proximité de Ginny avec la Gouverneure Warrington. Même si sa mère l'avait relégué en marge de ces discussions, Draco ne s'en était pas formalisé, trop occupé par ses propres affaires. Il se sentait désormais pris au dépourvu et exclu d'une décision qui le concernait directement.
L'information selon laquelle Ginny envisageait de partir l'ébranlait profondément. Le poids de la conversation partagée avec elle quelques instants plus tôt s'imposa en lui. Il repensa aux nombreuses occasions où Ginny avait exprimé son mécontentement et son irritation croissante concernant la relation qu'ils vivaient dans l'ombre. Combien de temps avait-il cru qu'elle endurerait cette demi-existence ? Comme un acteur attendant éternellement dans les coulisses son appel sur scène. Condamnée à attendre son tour, à espérer sans jamais vraiment être au centre de la pièce. Draco savait qu'il n'aurait pas dû s'attendre à ce qu'elle reste perpétuellement patiente. Elle méritait tellement plus.
La perspective qui s'offrait à présent à Ginny était une chance inespérée. Comment pouvait-il sérieusement s'attendre à ce qu'elle rejette une telle opportunité, surtout quand lui-même ne pouvait lui offrir aucune alternative concrète ? Draco avait été bien conscient des frustrations de Ginny, mais il s'était confortablement bercé dans l'illusion que son affection serait suffisant pour combler le vide. Il avait choisi la voie de la facilité, privilégiant ses propres intérêts. Que ce soit par lâcheté ou égoïsme, il ne saurait dire, mais le regret s'imposait maintenant à lui avec une douloureuse clarté. Il était sur le point de récolter les conséquences de ses actions.
Il savait à quel point sa famille était importante pour Ginny. C'était par dévotion qu'elle avait accepté son marché. Elle était déterminée à leur offrir un avenir meilleur, peu importe le prix personnel à payer. Et bien que sa propre situation ait connu des améliorations indiscutables, sa famille demeurait dans la précarité. La proposition de Narcissa représentait un moyen concret d'y remédier, et Draco craignait de savoir quel choix Ginny ferait.
« Et tu voudras sûrement savoir que Miss Weasley m'a demandé si elle aurait également la possibilité de partir, si elle le décide. »
La déclaration de sa mère résonnait inlassablement dans ses oreilles, comme un écho persistant. Au fond, s'il était honnête avec lui-même, il ne pouvait pas vraiment en vouloir à Ginny si elle choisissait de suivre sa famille. Après tout, ne lui avait-il pas enseigné à toujours privilégier ses propres intérêts, à prioriser ses besoins personnels avant toute autre chose ? Si elle mettait à présent en pratique cette leçon, devrait-il alors la féliciter pour son discernement ?
C'est ce qu'il aurait fait s'il n'était pas rongé par un égoïsme latent. Draco aurait aimé se voir en magnanime bienfaiteur, un individu capable d'abnégation et de largesse. Peut-être aurait-ce rendu les choses plus faciles pour elle.
Mais la vérité était plus crue : il était simplement un homme.
Un homme incapable de se résoudre à l'idée de la perdre de cette manière.
Son regard se posa intensément sur Narcissa, cherchant à déceler le moindre indice dans ses yeux scrutateurs. Il ne savait pas exactement quel était le but de sa mère avec cette manœuvre, mais la connaissant, elle était calculée. Cependant, face à l'urgence et à la gravité de la situation, il ne pouvait pas se permettre de se poser des questions sur les desseins cachés de sa mère.
« Où est-elle ? » demanda Draco, l'anxiété perçant légèrement dans sa voix.
Narcissa leva les yeux vers son fils, son expression demeurant imperturbable.
« Elle était dans le salon privé quand je suis sortie. » répondit-elle d'une manière presque détachée.
Sans hésiter, Draco se dirigea précipitamment vers la porte. Narcissa leva la main comme pour le retenir.
« Je n'ai pas terminé, Draco. Il y a des détails sur la transition dont nous devons discuter... » commença-t-elle.
Draco l'ignora royalement et sortit de la pièce en coup de vent. Il attendit l'ascenseur, martelant le bouton d'appel avec une impatience palpable. Entre-temps, il sortit son miroir double pour tenter de joindre Ginny. Son cœur se serra quand il ne reçut aucune réponse.
Lorsque l'ascenseur s'ouvrit enfin, il se précipita vers le salon privé où elle rencontrait généralement sa mère. L'espoir qu'il nourrissait s'évapora en découvrant que la pièce était vide. Elle était déjà partie. Il serra des dents tandis qu'il tentait de la contacter de nouveau mais le miroir retentit dans le vide. C'était inhabituel pour Ginny, qui avait l'habitude de toujours répondre, même brièvement. Il retourna dans son bureau, où Narcissa l'attendait confortablement installée dans un fauteuil. Son sourcil arqué et son sourire narquois en disaient long.
« Ah, j'imagine que Miss Weasley a déjà quitté l'hôtel ? » remarqua-t-elle, sa voix mêlant amusement et condescendance.
« Pourquoi voudrais-tu qu'elle quitte le pays ? N'avais-tu pas besoin d'elle pour obtenir des renseignements sur Warrington ? » interrogea Draco, se forçant à masquer la colère sourde qui menaçait d'éclater dans sa voix.
Il bouillonnait intérieurement, mais il avait appris qu'il valait mieux ne pas provoquer sa mère. Jouer le jeu des émotions avec Narcissa était comme jouer avec le feu, et il se brûlerait s'il n'était pas prudent. Elle détenait, dans cette partie d'échecs, des pièces puissantes qu'il ne pouvait pas ignorer. Malgré toute l'exaspération qui montait en lui, Draco devrait composer avec elle pour régler cette situation.
« Oh pour l'amour de Voldemort, Draco. Est-ce vraiment pour cette raison que tu me questionnes ? Parce que j'ai besoin de Miss Weasley ? » interrogea-t-elle d'un air qui lui montrait qu'elle n'était pas dupe.
Elle ajusta sa robe, chaque geste coulant d'élégance, puis se leva pour se tenir face à Draco.
« Je te rappelle que ma proposition concernait uniquement sa famille. C'est Miss Weasley elle-même qui a soulevé la possibilité de l'inclure dans cette offre. » ajouta-t-elle d'un air faussement détaché.
« Je ne veux pas qu'elle parte. » déclara Draco.
Il n'y avait pas de détour, pas de dissimulation dans sa déclaration, parce qu'il se sentait acculé. Sa mère savait ce que Ginny représentait pour lui et Narcissa utilisait leur lien pour le manipuler ou pour le punir, il n'était pas certain.
« J'ai bien peur que ce ne soit pas de mon ressort, Draco. Le souafle est dans le camp de Miss Weasley. » conclut-elle, son ton suintant de fausse commisération.
Il ignora pourquoi ces paroles le mirent hors de lui. Il n'arrivait pas à croire qu'elle soit allée ainsi dans son dos. Son ingérence constante avait finalement dépassé le seuil de l'acceptable. Il avait toléré ses interventions pendant bien des années, mais cette fois, il était déterminé à poser une limite.
« Trouve une solution. » ordonna-t-il d'une voix tranchante.
Les yeux de Narcissa s'élargirent, traduisant une stupeur sincère.
« Toute ma vie, j'ai accepté de jouer ton pantin sans me plaindre. » affirma-t-il, la mâchoire crispée. « J'ai gardé tous tes secrets. J'ai fermé les yeux sur tes manigances. Et dès que tu en as l'occasion, tu tentes de me piéger ainsi, Mère ? »
L'expression triomphante qui animait autrefois le visage de Narcissa s'était évaporée, laissant place à une expression mêlant surprise et méfiance.
« De quoi parles-tu, Draco ? » demanda-t-elle.
« Les récentes 'coïncidences' autour de père, l'entreprise, ton nouveau rôle... Tu penses vraiment que je n'ai pas remarqué les fils que tu tires dans l'ombre ? » demanda-t-il d'un ton glacial.
Il était persuadé que sa mère menait une vendetta silencieuse. Les manœuvres visant à détruire la réputation de son père étaient trop bien orchestrées pour être le fruit du destin. Était-ce aussi une coïncidence que la santé de Lucius ait commencé à décliner de manière aussi grave ? Il ne voulait pas croire qu'elle soit allée aussi loin, mais il ne pouvait écarter aucune piste lorsqu'il s'agissait de sa mère.
Pendant toutes ces turbulences, Draco avait choisi de garder le silence. Par loyauté envers elle. Mais, aussi car Lucius n'était pas exempt de fautes. Draco lui-même avait ses propres griefs contre son père. Il avait pourtant fait semblant de ne rien voir. Il avait joué son jeu sans qu'elle ait besoin de lui demander quoi que ce soit, s'abstenant de poser des questions, endossant sans rechigner le rôle de fils obéissant et de l'héritier modèle. Il s'était dévoué corps et âme à sa famille, cherchant toujours à satisfaire sa mère, à répondre aux exigences de leur lignée.
Et c'était ainsi qu'elle le récompensait ? En essayant de le priver de la seule chose qui soulageait la lourdeur de ses obligations ? Sa mère, dans sa quête obsessionnelle de domination, était sans doute prête à tous les sacrifices. Agir dans le dos de son propre fils, qu'elle clamait tant aimer, était une fourberie qu'il n'avait jamais anticipée. Il commençait à se demander pourquoi il devrait lui montrer la même loyauté qu'elle semblait lui refuser.
« Mère, rappelle-toi que tu jouis de cette position car j'ai choisi de ne pas encore revendiquer la mienne. As-tu oublié qui est le véritable héritier de cette famille, ou aimes-tu simplement me le rappeler sans cesse pour ton propre plaisir ? » lâcha-t-il, le sarcasme palpable dans sa voix.
Depuis son enfance, elle utilisait ce titre d'héritier comme une chaîne qui le liait, le poussant toujours dans la direction qu'elle désirait. Le poids des attentes et des responsabilités qu'il avait endossées pour elle l'écrasait. Mais il lui semblait qu'elle avait opportunément oublié son rôle quand cela l'arrangeait. Il était grand temps de lui remettre les idées en place.
Visiblement décontenancée par cette réprimande inattendue, Narcissa resta muette, la surprise clairement inscrite sur son visage. Elle n'avait sans doute jamais anticipé que Draco puisse s'apercevoir de ses manigances dans les récentes turbulences qui avaient secoué leur famille. C'était là tout le problème de Narcissa — elle sous-estimait trop souvent son entourage.
« Mère, tu m'as tout enseigné. Tu ne devrais pas être surprise que je puisse déchiffrer tes stratagèmes. » fit remarquer Draco.
Ses mots étaient chargés d'amertume.
« Si tu veux que je continue à rester à ma place et à faire ce que tu attends de moi, comme nous l'avons prévu, il serait sage de ta part de ne pas dépasser les limites.
Les menaces étaient sans équivoques.
« Trouve une solution. Je ne veux pas qu'elle parte. » répéta-t-il, son ton implacable.
Les yeux de Narcissa sondèrent les siens, cherchant une once de faiblesse ou d'hésitation. Draco soutint son regard. Il ne la contredisait jamais et agissait toujours comme elle le demandait. Il n'avait jamais défié sa mère aussi ouvertement. La tension dans l'air était palpable. Et pourtant, il ne céderait pas. La lueur qu'il vit passer dans les yeux de sa mère lui prouva qu'elle l'avait également compris.
« Je m'arrangerai pour qu'elle reste. » concéda-t-elle finalement, d'un ton presque transactionnel. « Je suis certaine de pouvoir trouver un moyen pour faire pencher la balance. »
Draco ressentit un soulagement immédiat, même s'il ne l'afficha pas. Sa mère s'approcha de lui, ses yeux le détaillant avec une combinaison d'irritation et de fierté.
« Tu es indéniablement le fruit de mes entrailles. » murmura-t-elle avec une grimace amère, manifestement dérangée d'être prise à son propre jeu.
Elle posa une main sur son épaule, la pressant brièvement. Ce contact, aussi bref fût-il, semblait encapsuler tout de leur lien tumultueux, marqué par le respect et l'amour, mais également par la manipulation et le pouvoir. Elle quitta la pièce, les talons de ses escarpins claquant doucement contre le sol. Une fois seul, Draco sentit la tension quitter ses muscles. Il n'avait pas réalisé à quel point il s'était crispé dès qu'il avait entendu la nouvelle. Menacer sa mère était un acte impulsif, dicté par l'urgence de la situation. Il savait qu'il aurait à naviguer dans les retombées de cette confrontation, mais cela serait pour plus tard.
À mesure que la soirée avançait, le silence de Ginny s'avérait assourdissant. Chaque heure sans réponse de sa part augmentait son angoisse, lui confirmant qu'elle évitait volontairement tout contact. Il devinait que l'annonce de Narcissa l'avait déstabilisée et qu'elle était dans un état émotionnel intense. Elle craignait probablement de lui faire face. Malgré la frustration grandissante qui grondait en lui, Draco s'abstint d'aller frapper à sa porte. Il espérait que, après une nuit de réflexion, elle serait prête à en discuter.
Mais le jour suivant ne lui apporta aucune nouvelle. Son miroir à double sens restait désespérément muet, suggérant qu'elle avait délibérément coupé tout moyen de le joindre. L'angoisse le saisissait à chaque heure qui passait sans nouvelles. La perspective de ne pas savoir ce qui se tramait dans l'esprit de Ginny était insoutenable. Dans son désespoir, il sollicita Pansy, espérant qu'elle aurait des informations. Cette dernière confirma qu'elle était tout aussi dans le flou, mentionnant seulement que Ginny avait informé son assistante qu'elle ne viendrait pas travailler. Draco alla même jusqu'à soudoyer le personnel de l'accueil de son immeuble pour qu'ils le tiennent informé de ses moindres faits et gestes. L'absence prolongée de nouvelles alimenta ses craintes, faisant naître une panique qu'il n'avait jamais connue. Son besoin de contrôler les situations était mis à rude épreuve.
Il ne pouvait pas rester là à attendre qu'elle daigne le contacter. L'inaction n'était pas une option pour Draco. Il n'était pas homme à laisser le destin prendre le dessus, surtout quand quelque chose d'aussi précieux était en jeu. Il préférait forcer les choses et décida donc de passer à la vitesse supérieure, quitte à outrepasser certaines limites.
La situation exigeait des mesures draconiennes.
/
« La belette, les fioles vont se vernir toutes seules ? » interpella une voix graveleuse.
Bill fut soudainement tiré de ses réflexions lorsqu'il croisa le regard acéré de Ronny Grindle, le superviseur intransigeant de l'usine où il officiait. Entre les trois emplois distincts qu'il occupait simultanément pour subvenir aux besoins de sa famille, celui-ci s'avérait indubitablement être le plus éprouvant. La "Potion Vite Faite" se distinguait comme étant le premier producteur de nécessaires à potions à travers tout le pays. Plusieurs usines étaient éparpillées sur le territoire, chacune se spécialisant dans des matériaux spécifiques. Bill, quant à lui, était affecté à celle dédiée à la fabrication des fioles de toutes sortes. Sa tâche quotidienne était d'imprégner les fioles d'un sortilège d'étincelage. La principale épine dans son pied était Grindle, ce gérant malveillant, notoirement connu pour son exploitation impitoyable des Sang-Impurs en quête de travail. Pour cet homme, le monde se résumait à une seule chose : l'argent.
« Qu'est-ce qui te prend ? Ne pense pas que ta place est garantie ici. J'ai une douzaine de blaireaux comme toi qui attendent chaque matin devant ma porte pour me supplier de leur donner du boulot. Tu ferais bien de t'en rappeler, la belette. » lança l'homme d'un ton désagréable avant de tourner les talons pour rabrouer odieusement la prochaine employée, l'accusant de ne pas être assez performante à son goût.
La malheureuse semblait sur le point de fondre en larmes face à l'humiliation infligée sous les yeux de tous. Bill observa la scène avec impuissance. Il n'allait évidemment pas intervenir. Cela ne ferait qu'attirer des ennuis. Plus que jamais, il se devait d'être discret, de ne pas faire de vagues. Il redoubla d'effort pendant le reste de la journée pour ne pas accumuler de retard. Lorsque Grindle passa à côté de lui plus tard, il hocha la tête, apparemment satisfait. À la fin de sa journée de travail, Bill se présenta devant le bureau du superviseur. Il hésita pendant de longues secondes avant de taper contre la porte.
« Weasley. » héla l'homme cachant rapidement un magazine sous une pile de parchemins.
Bill aperçut un bout du magazine montrant des femmes légèrement vêtues avant que Grindle ne s'empresse de le faire disparaitre.
« Valeur et vigueur, monsieur. » dit Bill d'une voix respectueuse.
« Qu'est-ce que tu veux, Weasley ? Tu ne devrais pas être en train de travailler ? »
« Mon service est terminé pour aujourd'hui, monsieur. J'avais une faveur à demander. »
« Ah. Dépêche-toi alors. J'étais sur quelque chose d'important », dit-il d'un air bougon, feignant de réarranger les parchemins sur son bureau.
« J'aurais besoin d'une avance sur mon salaire, monsieur. » commença Bill d'une voix mesurée. « Les frais de scolarité de ma fille doivent être réglés avant la fin de la semaine. »
Ce n'était pas la première fois qu'il formulait une telle requête, et grâce à son travail assidu et à ses compétences, on lui avait déjà accordé des avances à plusieurs reprises.
L'homme leva les yeux au ciel.
« Weasley, il est temps d'apprendre à gérer tes finances. » dit Grindle d'un ton condescendant.
Malgré l'agacement qui bouillonnait en lui, Bill garda son calme. Le commentaire de son superviseur était d'autant plus irritant sachant les salaires dérisoires qu'il offrait à ses employés. Mais Bill savait que l'indignation ne le mènerait nulle part dans cet environnement. Il avait vu trop de ses collègues répondre avec fierté et en payer le prix fort. L'image de son premier jour de travail à Gringotts, l'un de ses autres emplois, lui revint à l'esprit. Il avait été témoin de la punition d'un employé accusé de vol. L'homme avait subi un châtiment barbare : on lui avait coulé de l'or chaud sur la langue et les mains.
« On verra demain si tu fais un travail correct. Ta prestation du jour laissait à désirer. » critiqua l'homme.
Bill se contenta d'hocher la tête. Il n'avait pas dit non, ce qui était positif. Après avoir quitté le bureau, il se dirigea vers les vestiaires, récupéra ses effets personnels et sortit, soulagé d'en avoir terminé pour la journée.
Ce que son superviseur ne savait pas, c'était la véritable raison pour laquelle Bill voulait une avance. Dans moins d'une semaine, lui et sa famille prévoyaient de quitter définitivement le régime. Ils préparaient discrètement le départ. Chaque gallion comptait pour faciliter leur fuite. La journée précédente avait été passée au Marché du Porc Épique, où Bill avait vendu plusieurs de leurs biens. Ils devaient abandonner tout ce qu'ils ne pouvaient pas emporter. Leur exode était en quelque sorte simplifié par le fait qu'ils n'avaient que peu de possessions. Ils n'avaient rien de particulièrement précieux — si ce n'était qu'une valeur sentimentale. Les Sang-Impurs comme lui ne possédaient généralement pas de maison. Accéder à la propriété était un rêve accessible, à la fois en raison de contraintes financières, et à cause des obstacles bureaucratiques imposés par le ministère. Lors des invasions, les maisons des Sang-Impurs avaient été confisquées au profit du régime. Seuls les Sang-Purs privilégiés, comme la famille Diggory, avaient conservé leurs droits de propriété.
Bill aurait aimé demander de l'aide à Amos pour se rendre au Marché du Porc Épique, mais il ne pouvait pas lui avouer la vérité sur leur départ imminent. C'était trop dangereux. Ils ne pouvaient prendre aucun risque. Ginny leur avait répété maintes fois l'importance de la discrétion. Ils prendraient soin de rencontrer les Diggory une dernière fois, leur offrant un adieu déguisé, loin des suspicions. Les Diggory, avec leur bienveillance et leur soutien inébranlable, avaient été des piliers pour lui et Ginny après la tragédie qui avait secoué leur famille. La gratitude de Bill à leur égard était sans limite, surtout compte tenu des sacrifices qu'ils avaient faits pour lui et Ginny en des temps incroyablement vulnérables.
Malgré cela, les Diggory, grâce à leur statut, jouissaient d'une existence moins précaire que celle des Weasley. Bill était convaincu qu'Amos, dans sa sagesse, comprendrait leurs motivations. Bill n'arrivait toujours pas à croire qu'ils étaient sur le point de partir une fois pour toutes. Parfois, il avait l'impression que c'était une horrible plaisanterie et qu'une personne viendrait lui crier à la dernière minute qu'il s'agissait d'un horrible canular. Avec sa nature méfiante, Bill s'attendait au pire.
Il se demandait ce qui les attendait dans cette nouvelle vie. Rien ne serait pire que leur situation dans ce régime oppressif. Il ne connaissait pas les proches de Fleur. En l'épousant, elle avait tiré un trait sur sa possibilité de les voir et de retourner dans son pays natal. Elle avait pu communiquer avec eux par lettres, au début, avant que son statut de Traitresse à son sang ne soit officialisé et que ce privilège lui soit retiré. Cela faisait déjà près de huit ans.
Lorsqu'il arriva à la Chaumière aux Coquillages, il trouva Fleur et Ginny dans la cuisine, échangeant des messes basses. À son arrivée, elles s'interrompirent brusquement et il se demanda s'il était le sujet de leur conversation. La voix de Fleur sembla un peu plus aiguë qu'à l'accoutumée lorsqu'elle l'accueillit, posant un baiser au coin de ses lèvres.
« Ton dîner est prêt, mon chéri. » lui dit-elle. « Je vais m'occuper de coucher Victoire. »
Elle s'éclipsa rapidement, non sans jeter un coup d'œil entendu vers Ginny qui n'avait pas bougé. Bill la dévisagea, tentant de déchiffrer son humeur, avant de prendre place en face d'elle à la table. Elle paraissait tendue. Bill prit l'assiette que sa femme avait couverte, toujours sous l'effet d'un sort de chaleur, et s'installa face à Ginny.
« Hey. » dit-il.
« Hey. » répondit-elle d'une voix sans entrain.
Les choses étaient toujours compliquées entre eux et Bill ignorait comment agir. Après cette conversation désastreuse durant laquelle elle avait appris la vérité sur son mensonge, Ginny s'était murée dans un silence qui avait semblé interminable, évitant soigneusement toute interaction avec lui, y compris les repas familiaux hebdomadaires auxquels elle avait toujours assisté. Son absence avait été ressentie par tous. Même Victoire en avait été profondément affectée.
Conscient de sa part de responsabilité dans la situation, Bill avait compris qu'il devait lui laisser le temps et l'espace de digérer cette nouvelle. Ne sachant comment lui parler directement, il avait pris le temps de lui écrire une lettre détaillée, déversant tout son cœur sur le papier. Lorsque les émotions le submergeaient, parfois, écrire pouvait être plus efficace que de parler.
Dans cette lettre, il avait tenté de détailler les raisons de ses choix passés, exprimant l'immense culpabilité qu'il ressentait. Il s'était également excusé pour les paroles blessantes qu'il avait prononcées à son égard pendant leur dispute.
À sa grande surprise, Ginny avait répondu quelques jours plus tard. Au lieu de mentionner les tensions entre eux, elle lui avait transmis des informations inattendues : d'après ses propres recherches, leur famille avait pu s'échapper du régime. Cette révélation avait bouleversé Bill, le faisant passer du choc au soulagement le plus profond.
Toutes ces années de peur, de culpabilité et de torture intérieure s'étaient envolées d'un coup. Il avait été surpris qu'elle ait pu obtenir des informations aussi rapidement. Cela l'avait conforté dans le fait qu'il avait fait erreur sur toute la ligne. Ginny, loin d'être la petite sœur fragile qu'il imaginait, s'avérait être une femme pleine de ressources. Elle avait su établir des liens avec des personnes influentes, dont une gouverneure des Treize sacrés. Cette proximité était probablement la source de ces informations sur le sort de la famille Weasley.
Depuis l'annonce de leur départ imminent, Ginny s'était rendue plus présente à la Chaumière aux Coquillages, s'investissant dans les préparatifs avec Fleur. Ils avaient choisi de ne rien dire à Victoire, craignant qu'elle ne laisse échapper l'information à ses camarades de classe. Il savait que le changement serait brutal pour sa fille. Elle avait vécu toute sa vie sous ce régime. Victoire était toutefois une petite fille adaptable et il espérait qu'elle s'acclimaterait sans difficultés à leur nouvelle vie. Il ne pouvait s'empêcher de penser à Ginny qui, au même âge que Victoire, avait été confrontée aux horreurs du régime.
Dominique, elle, était trop jeune pour comprendre.
Bill était absorbé par ses pensées, jouant machinalement avec la fourchette, cherchant une entrée pour entamer la conversation avec Ginny. À chaque fois, elle semblait l'éviter. Fleur était toujours présente avec eux et quand celle-ci s'absentait, Ginny donnait une excuse quelconque pour pouvoir s'éloigner de Bill.
Le fait qu'elle soit dans la pièce et que Fleur ait quitté les lieux de cette manière lui disait qu'elle semblait désormais prête à discuter. Il avait tellement de choses à dire, mais ignorait comment briser la glace. Lorsqu'il termina son dîner, il lança :
« Comment avancent tes préparatifs ? »
Ginny leva son regard vers lui, les yeux brillants d'une anxiété non dissimulée.
« Bill… Je ne sais pas encore si je vais partir avec vous. » souffla-t-elle d'une voix tremblante.
Bill se figea à ces mots. La surprise le fit vaciller de sa chaise.
« Qu… Quoi ? »
Que racontait-elle ? Pourquoi penserait-elle même une seconde à rester dans ce régime sordide qui leur avait causé tant de douleur ? Il avait l'impression d'être dans un horrible cauchemar. Comme le jour où il était venu la voir et qu'il l'avait trouvée dans les bras d'un membre des Treize. Immédiatement, la compréhension le frappa.
« C'est à cause de lui, n'est-ce pas ? » demanda Bill, une pointe d'accusation dans la voix. « Que tu hésites ? »
Quelle autre raison pourrait justifier cela ? Certes, il était évident qu'elle menait une bien meilleure existence. Bill avait vu sa sœur s'épanouir l'année précédente, gravissant les échelons dans sa carrière, se mêlant à des cercles influents et vivant d'une manière qu'ils n'auraient jamais imaginée. Mais cela ne devait pas la rendre aveugle.
« Ginny, je t'en supplie, ne fais pas cette erreur. Tu ne peux pas abandonner cette opportunité pour quelqu'un comme lui. » plaida-t-il.
« C'est pourtant bien ce que Fleur a fait pour toi. Elle a laissé de côté toute son ancienne vie et sa famille pour pouvoir donner une autre chance à votre amour. » rappela Ginny avec une pointe de défense. « Penses-tu qu'elle a eu tort de le faire ? »
Bill ouvrit la bouche, déstabilisé par l'argument.
« Ce n'est pas la même chose, Ginny. »
Elle laissa échapper un rire sans joie.
« Oh, vraiment ? En quoi est-ce différent ? »
« J'ai toujours été transparent avec Fleur sur ce qu'était ma vie et sur ce qu'elle perdrait en acceptant de se mettre avec moi. » expliqua-t-il.
Il avait même tout fait pour la dissuader. Fleur avait fait ce choix en conséquence de cause. Il sentait son cœur battre la chamade. L'air dans la pièce semblait s'être refroidi brusquement. Ginny, avec sa jeunesse, sa fougue et sa passion, s'était toujours révélée imprévisible, mais il n'aurait jamais imaginé cela. Les yeux de sa sœur se remplirent de larmes et Bill put sentir qu'elle luttait contre une tempête d'émotions internes.
« Tu sais… » commença-t-elle doucement, « Tout n'est pas noir ou blanc, Bill. Les choses ne sont pas aussi simples qu'elles le paraissent. Tu as ton propre parcours, tes propres défis, et je respecte cela. Mais j'ai aussi le mien. »
Il soupira, cherchant les mots justes.
« Que peut-il te promettre ? Quel genre de vie ? Sa position et ta position sont complètement contradictoires, Ginny. Je ne veux pas que tu abandonnes la seule chance que nous aurons surement de partir pour une simple illusion. Tu es jeune, tu es amoureuse, mais les choses ne sont pas simples. »
Ginny le regarda fixement, ses yeux reflétant la détermination et la conviction.
« Ce n'est pas une simple illusion, Bill. C'est plus profond que cela. » dit-elle dans un souffle.
Elle chercha quelque chose dans sa veste et tendit un parchemin dans sa direction. Bill le déroula, ses sourcils froncés. Il portait la mention du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire.
Sujet : Notification officielle de changement de statut de sang pour Ginevra Margaret Weasley.
Miss Weasley,
Nous tenons par la présente à vous informer officiellement du changement de votre Statut de Sang, en conformité avec les dispositions légales du Ministère de la Magie et du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire (D.U.P.E).
Suite à un examen approfondi de votre dossier et après délibération de la Commission d'enregistrement des Sang-Impurs et Indésirables, il a été décidé de vous octroyer la Grâce ministérielle. Cette décision a été prise en considération des circonstances particulières de votre situation, et de votre contribution exemplaire à la communauté.
Par conséquent, le statut précédemment attribué de "Traître de Sang" vous est retiré avec effet immédiat. Votre nouveau statut sera dorénavant celui de "Sorcière de Sang-Pur".
En reconnaissance de ce changement significatif de statut, nous avons le plaisir de vous inviter à une cérémonie officielle , qui aura lieu le 18 septembre à 10:00 au ministère de la Magie. Cette cérémonie célébrera votre réhabilitation et formalisera ce changement de statut.
La Grâce obtenue vous autorise à entreprendre immédiatement toutes les démarches administratives nécessaires conformément à votre nouveau statut. Nous vous encourageons à vous familiariser avec les obligations et responsabilités qui vous incombent désormais.
Nous vous prions de bien vouloir accepter nos félicitations pour cette réhabilitation, et espérons que vous continuerez à servir notre communauté avec la même ferveur et le même dévouement.
Pour toute question concernant votre nouvelle situation ou la cérémonie à venir, veuillez contacter le D.U.P.E. pour obtenir des informations complémentaires.
Pouvoir et pureté,
Dolorès Ombrage
Directrice du Département de l'Uniformisation de la Pureté Exemplaire
Ministère de la Magie
Une fois qu'il eut terminé sa lecture, le parchemin glissa des mains tremblantes de Bill. Il était en état de choc. La grâce ministérielle avait toujours été un fantasme et une illusion pour lui. Une récompense qui tenait davantage du leurre. Une carotte pendue au nez des citoyens de basse stature pour les inciter à se conformer et à adhérer aux valeurs distordues du régime. Une promesse intangible. Lorsqu'il avait soumis son propre dossier, poussé par l'insistance de Fleur, cela avait été avec la conviction intime que cette grâce était hors de portée.
Le fait que Ginny ait obtenu ce changement de statut l'ébranlait profondément. Elle n'allait plus être reléguée au statut d'une citoyenne de seconde zone. Chaque mot du document résonnait dans son esprit, vibrant comme une détonation. "Grâce Ministérielle", "Changement de Statut de Sang", "Sorcière de Sang Pur". Ces mots chamboulaient tout ce qu'il pensait connaître et comprendre de la réalité.
« Je... Ginny... » bégaya-t-il, son regard oscillant entre le document et les yeux de sa sœur. « Je ne sais pas quoi dire. »
« Je sais. C'est la réaction que j'ai eue en la lisant. » admit-elle avec un rire empreint de nervosité, comme si elle-même n'y croyait pas vraiment. « Nous pensions que c'était impossible. Et pourtant... »
« Une grâce ministérielle ? » répéta-t-il. « Comment est-ce possible ? »
« J'imagine que fréquenter l'élite du régime a fini par porter ses fruits. » devina-t-elle en haussant les épaules.
Un malaise s'empara de Bill à ces mots. Quel avait été le coût réel de cette grâce pour Ginny ?
« J'imagine que les choses vont être différentes pour moi. » reprit-elle d'une voix plus confiante, comme si elle s'efforçait de s'en convaincre.
Bill se contenta de hocher la tête. La différence de traitement entre Sang-Purs et Sang-Impurs était abyssale. Ginny aurait enfin la liberté de réaliser ses aspirations, d'accéder à des opportunités autrefois hors d'atteinte. Si elle avait déjà réussi à se démarquer malgré son statut défavorable, il ne pouvait qu'imaginer ce qu'elle pourrait réaliser maintenant, libérée de ces chaînes sociétales.
« Ma décision n'est pas encore prise, Bill. » lui avoua Ginny. « Je retourne la situation dans tous les sens depuis des jours et c'est toujours aussi difficile. »
« Tu connais ma position, Ginny. Réfléchis-bien. » plaida-t-il.
Quelque chose en lui voulait lui hurler que rester dans le régime était une horrible erreur. Il savait pourtant qu'il était futile de tenter de l'en persuader. Et les derniers mois lui avaient montré les retombées désastreuses de ses tentatives d'ingérence.
« C'est tout ce que je fais, Bill. Je réfléchis. Jour et nuit. » murmura-t-elle avec appréhension.
Ginny releva son regard, y cherchant du soutien.
« J'ai simplement besoin que tu comprennes, que tu respectes mon choix. C'est peut-être beaucoup te demander, mais j'espère sincèrement que tu me soutiendras, quelle que soit ma décision. »
Bill resta silencieux. Le sentiment de la voir évoluer, seule, au sein d'un système qu'il redoutait, était insupportable. Il craignait pour elle, pour sa sécurité, même avec la perspective de son changement de statut. Mais il avait aussi conscience que son désir de la protéger avait parfois franchi des limites, mettant leur relation en péril. Il avait cru avoir totalement perdu la confiance de sa sœur après qu'elle ait découvert la vérité sur ses mensonges. Une partie de lui craignait que les choses ne puissent jamais totalement retourner à ce qu'elles avaient été à cause de ses actes. Et s'il la poussait à partir avec eux, il savait qu'elle lui en tiendrait rigueur à vie. Il espérait donc de tout son cœur qu'elle prendrait la décision de les rejoindre de son propre chef.
« Quoi que tu décides, je respecterai ton choix. » dit-il finalement d'une voix blanche, la gorge sèche.
Les yeux humides de Ginny se remplirent de gratitude.
« Merci, Bill. »
Le lendemain, en quittant "La Potion Vite Faite", son avance sur salaire en poche, Bill fut accosté par un individu masqué. Un Mangemort. Son cœur tambourina violemment dans sa poitrine. Devant lui, l'inconnu leva un bras, pointant une diligence stationnée non loin. Bill comprit qu'il n'avait pas d'alternative et se dirigea vers le véhicule, l'estomac noué.
Des soupçons avaient-ils germé quant à ses intentions de fuite ? Serait-il arrêté, voire pire ? Il s'était trop laissé bercer d'optimisme. Comment avait-il pu croire qu'ils pourraient échapper à cette situation sans conséquence ? Maintenant qu'ils l'avaient découvert, il allait être jeté en prison. Qu'adviendrait-il de sa famille ? Les questions se pressaient dans son esprit tiraillé.
Pendant le trajet, ses yeux scrutaient partout, cherchant une issue. Un coup d'œil par la vitre lui révéla qu'ils étaient bien trop élevés par rapport au sol pour tenter quoi que ce soit. Il ne pouvait pas se permettre le moindre risque. Sa famille avait besoin de lui. À l'arrêt de la diligence, il se prépara au pire. Mais au lieu d'une cellule froide ou d'une salle d'interrogatoire, il fut accueilli par la vision d'un bâtiment opulent. Le Mangemort le guida vers une porte latérale, sûrement une entrée de service. Il eut tout juste le temps d'apercevoir un hall majestueux. Un hôtel, réalisa-t-il.
Il fut conduit dans un salon somptueusement décoré, d'un luxe qu'il n'avait jamais eu l'occasion de côtoyer. Une fois le Mangemort sorti, laissant Bill seul dans la pièce, son angoisse se mua en perplexité. Cette mise en scène ne ressemblait en rien à une arrestation. Il s'était préparé à être inculpé de trahison pour sa tentative de fuite. Mais ce qui se déroulait ici demeurait pour lui un mystère. Les circonstances indiquaient une rencontre clandestine. Tout avait été orchestré pour garantir la discrétion. Il obtint une réponse à ses interrogations lorsque la porte de la pièce s'ouvrit et qu'un homme pénétra à l'intérieur.
Il portait une robe de sorcier d'un noir profond, rehaussée de touches argentées au niveau des revers et des boutonnières. La coupe était élégante, mettant en valeur une silhouette svelte. Sa chemise de lin blanc immaculé contrastait avec le noir profond de sa cape, ajoutant une touche de sophistication à son ensemble. Il avança avec une assurance tranquille, chaque mouvement dégageant une confiance innée. Même s'il ne l'avait vu qu'une seule fois de loin, Bill le reconnut immédiatement.
« Valeur et vigueur. » salua l'homme de façon courtoise. « Je suis Draco Malfoy. »
Il tendit sa main à Bill.
« Je sais parfaitement qui vous êtes. » rétorqua Bill d'un ton froid, délaissant la main tendue.
Draco la retira sans paraître froissé, comme s'il attendait à de l'hostilité de la part de Bill.
« Excusez cette mise en scène. Mais la discrétion est essentielle, comme vous pouvez le comprendre. Nous avons tous deux nos raisons de vouloir éviter les regards indiscrets. » justifia Draco, faisant implicitement référence aux projets d'exil de Bill et de sa famille. « C'est la première fois que nous nous rencontrons officiellement et j'aurais préféré que ce soit dans d'autres circonstances, mais je n'ai pas d'autre choix. »
« Que voulez-vous ? » trancha Bill, sans s'embarrasser de banalités.
« Ginevra. » déclara Draco, abordant le cœur du sujet sans détours. « J'aimerais m'entretenir avec vous au sujet de sa décision. »
« Et qu'est-ce qui vous fait croire que j'ai une quelconque influence sur son choix ? » rétorqua Bill.
« Parce que je sais à quel point elle respecte et valorise votre opinion. Même si vos relations ont été tendues récemment. » ajouta Draco d'un ton entendu.
Bill se raidit.
« Avez-vous seulement idée à quel point elle a été anéantie après votre dispute ? » reprit Draco, son sourcil s'arquant subtilement. « Je suppose que non. Je suis resté à ses côtés cette nuit-là... et les jours suivants. »
Les révélations de Malfoy plongèrent Bill dans un tourbillon de culpabilité. Ginny avait été dévastée ce jour-là, il le savait. Il était toujours hanté par le souvenir de son visage bouleversé, de la détresse dans son regard lorsqu'elle l'avait chassé de son appartement. Il lui avait brisé le cœur, cette nuit-là, et il le regretterait éternellement. Savoir que c'était Malfoy qui l'avait réconfortée était une pilule amère à avaler.
« Elle était dévastée à l'idée d'avoir perdu toute confiance en vous. » expliqua Draco d'une voix traînante.
Bill sentit un pincement dans sa poitrine en entendant ces mots.
« Heureusement, nous avons pu confirmer que votre famille a échappé au pire. » poursuivit Draco.
« Pourquoi me révélez-vous tout cela ? » demanda Bill avec confusion.
« Pour vous faire comprendre que le bien-être de Ginevra me concerne tout autant qu'à vous. Aussi surprenant que cela puisse paraître, nos intérêts sont alignés. Nous voulons tous les deux son bonheur et sa sécurité. C'est un point sur lequel nous pouvons nous entendre. » assura Draco.
Bill fronça les sourcils, sa méfiance toujours présente.
« Vous et moi n'avons rien en commun. Vous appartenez aux Treize Sacrés. Votre mère est Gouverneure au sein du Coven sacré. Vous faites partie de ceux qui oppressent les gens comme nous. » accusa Bill avec contrariété.
« Je ne nie pas ma position. Mais je ne suis pas responsable des circonstances de ma naissance, pas plus que vous ne l'êtes. Nous composons tous avec les cartes dont nous disposons. Je ne suis pas là pour refaire l'histoire et encore moins pour m'excuser de mon privilège. Et aujourd'hui, vous devez admettre que mon privilège vous profite également. C'est grâce à cela que vous pouvez partir. » rappela Draco d'un ton entendu. « C'est également grâce à ce privilège que Ginevra a obtenu la Grâce ministérielle. »
Bill serra des dents. Draco Malfoy s'attendait-il à ce qu'il le remercie et se prosterne pour ses interventions ?
« Le nom Malfoy suscite sans doute en vous une méfiance naturelle. Cependant, il offre des avantages non négligeables. Nous ne sommes pas soumis aux mêmes règles que le commun des mortels. Si Ginevra choisit de rester, je peux vous assurer qu'elle bénéficiera de cette protection. » assura-t-il.
Bill, déstabilisé, tentait de comprendre les motivations profondes de Malfoy. Cherchait-il simplement à se justifier ou tentait-il réellement de convaincre ?
« Vous avez tout fait pour protéger Ginevra. C'est tout à votre honneur. C'est exactement ce que je veux pour elle aussi. » garantit Draco. « Et je peux vous promettre une chose. Je ne laisserai jamais rien lui arriver. Tant que je serai vivant, personne ne touchera à un seul cheveu de sa tête. Je prendrai soin d'elle. Elle ne manquera de rien. »
Bill était interloqué par la direction que prenait la conversation. Il s'était attendu à ce que Malfoy essaie de l'intimider, ou de lui faire du chantage. Il ne s'était toutefois pas attendu à ce qu'il lui parle d'homme à homme, cherchant sincèrement à obtenir son aval.
Malgré les préjugés bien ancrés que Bill portait envers cet homme et son milieu, il devait reconnaître qu'il respectait sa démarche. Olivier Dubois, durant ses années de relation avec Ginny, n'avait jamais montré une telle initiative. Un jour, Bill l'avait pris en flagrant délit dans la chambre de sa sœur, alors qu'elle était encore adolescente et Dubois avait fui comme un lâche. Il ne s'était jamais présenté devant Bill après cet incident, le fuyant comme la dragoncelle, craignant manifestement de lui faire face. Bill l'avait toujours méprisé, non seulement pour leur écart d'âge, mais aussi pour son manque flagrant de respect envers sa sœur. Les cicatrices émotionnelles qu'Olivier avait laissées derrière lui étaient palpables.
En comparaison, même si cela lui coûtait de l'admettre, Bill avait le sentiment que l'homme face à lui portait davantage sa sœur en estime, en dépit du fossé social entre eux. Depuis qu'elle le fréquentait, sa vie s'était améliorée sur bien des aspects et Bill aurait fait preuve de mauvaise foi en le réfutant. Ginny semblait plus épanouie. Contrairement à Olivier Dubois, Draco Malfoy avait indéniablement une influence positive dans la vie de Ginny.
« Je suis un homme de principes et si j'en crois ce que Ginevra dit sur vous, vous l'êtes également, M. Weasley. Même si nous n'avons pas grand-chose en commun, nous partageons au moins cela. » affirma Draco. « Et je veux que vous sachiez que, si Ginevra décide de rester, vous n'aurez pas à vous inquiéter de son sort. »
Bill observa longuement Draco, essayant de déchiffrer le moindre un indice ou une faille qui trahirait ses véritables intentions. L'homme semblait pourtant être sincère. Ses yeux, plongés dans ceux de Bill, ne montraient aucune trace de duperie. Ce n'était pas le regard fuyant d'un homme ayant quelque chose à cacher, mais celui d'un homme déterminé, conscient des enjeux. Et dans ces prunelles argentées, Bill discerna une certaine vulnérabilité : une crainte réelle à l'idée de perdre Ginny.
Bill se rappela alors la ferveur avec laquelle Ginny avait défendu sa relation illégitime avec lui. Il avait trouvé cela complètement absurde. Face à Draco, il comprenait toutefois que les sentiments qu'elle avait envers cet homme étaient réciproques. Les deux défendaient leur avenir ensemble avec la même ardeur.
Bill avait toujours été l'archétype du grand frère protecteur, celui qui, au fil des années, avait vu des hommes approcher Ginny et avait passé la plupart de son temps à les juger, à peser leurs intentions et à les trouver généralement insuffisantes pour sa sœur. Face à Draco Malfoy, issu d'une lignée de Sang-Pur aux valeurs en conflit avec les siennes, Bill s'était naturellement préparé à ressentir la même méfiance. Mais quelque chose dans l'attitude de l'homme le déstabilisait. Peut-être était-ce la sincérité brute dans ses yeux ou la manière dont il se tenait avec dignité, sans pour autant arborer la prétention à laquelle Bill s'était attendu. Il y avait une humanité en lui que Bill n'avait pas anticipée.
Il ne savait pas s'il devrait se montrer heureux ou avoir peur. Il savait ce que c'était que d'aimer quelqu'un profondément. Il n'avait qu'à penser à sa relation avec Fleur pour s'en rendre compte. Cette dernière s'était avérée être la force stabilisatrice de sa vie, le phare dans ses moments les plus sombres. Ginny méritait-elle moins que cela ? Si Draco Malfoy était vraiment l'ancre dont elle avait besoin, Bill pouvait-il vraiment s'interposer ?
Les secondes qui suivirent parurent interminables, le silence entre les deux hommes étant seulement interrompu par le léger tic-tac d'une horloge dans le coin de la pièce. Bill laissa ses bras tomber le long de son corps, comprenant qu'il ne lui restait plus qu'un choix.
« Je ne peux pas, et ne vais pas, dicter les choix de Ginny. Mais, selon ce qu'elle décide, je la soutiendrai. Ça veut dire que si elle choisit de rester, je n'interviendrai pas. » affirma-t-il d'un ton grave.
Une lueur anima les yeux gris de Draco - du soulagement.
« Mais... » reprit Bill. « Si elle décide de partir avec nous, je vous demande de respecter sa décision et de ne rien tenter pour la retenir. »
Draco, semblant saisir le poids de cette condition, resta silencieux un long moment. Puis, d'un signe de tête, il acquiesça.
« Si c'est sa décision, alors je la respecterai. » céda-t-il.
Bill hocha la tête. Malgré leurs différends, et contre toute attente, il éprouvait une once de respect pour l'homme devant lui. Jamais il n'aurait pensé que cela soit possible.
« Merci. » dit Draco, reconnaissant.
Après une courte hésitation, Bill tendit la main. Draco, un bref éclair de surprise traversant son regard, saisit la main tendue et la serra avec fermeté, comme la promesse d'un accord silencieux.
Le choix revenait désormais à Ginny.
Ce chapitre fut dense et riches en émotions pour les personnages. Hermione qui tente d'enfin affronter ses démons par le biais d'une méthode peu orthodoxe, Narcissa qui se prend en pleine face la force du patriarcat, Draco qui angoisse à l'idée de perdre Ginny et la confrontation entre lui et Bill après tout ce temps… Ça n'a pas chômé.
Comprendre et capturer l'essence d'un voyage psychédélique quand on le vit est déjà un challenge en soi mais traduire l'intensité et la bizarrerie en mots est une tâche particulièrement ardue ! Mais vous me connaissez, je ne recule devant rien et j'aime aller au fond des choses donc j'ai bien aimé me prêter à l'exercice.
Et le titre de ce chapitre n'est-il pas bien trouvé 'Mesures Draconiennes' ? Je suis fière de moi lol.
J'espère qu'il vous a plu et on se dit à très vite.
Liberté et dignité,
Fearless
