Valeur et vigueur,
Tout d'abord, je tiens à m'excuser pour mon "absence". J'aurais vraiment souhaité publier ce chapitre plus tôt (il était prêt il y a déjà deux semaines), mais les problèmes rencontrés avec le site récemment m'ont sérieusement agacée, je l'avoue. Il semble que les emails reviennent progressivement (c'est déjà un bon point), donc je tente de reprendre la publication, en espérant que le reste se résolve également.
Il y a eu également des problèmes concernant les notifications par email pour les messages privés et les RàR. J'ai répondu à toutes les reviews que j'ai reçues (pour les utilisateurs identifiés) pour le chapitre précédent, mais il est probable que vous deviez aller dans votre Inbox sur le site, car le (1) de notification ne s'affiche plus dans la barre de menu.
Je tiens donc à remercier chaleureusement Sarah MAES, Roux500, Fleur d'Ange, Michtochondrie, coeerinnee, drou, Lestrange-maria & MariaP pour vos reviews. Des cœurs pour vous. Si ce n'était pas grâce à vous, je pense que j'aurais cessé de publier sur ce site il y a longtemps.
Voilà pour les plaintes, passons à la bonne nouvelle : bonne lecture de ce nouveau chapitre !
La playlist/le montage du chapitre est disponible sur mon profil, comme d'habitude
LXVI. Luttes Silencieuses
« Je suis ravie que nous ayons l'occasion de passer un peu de temps ensemble. J'imagine que les derniers temps ont dû être éprouvants pour toi, n'est-ce pas ? »
Draco leva les yeux et croisa ceux d'Astoria Greengrass. Comme toujours, elle le fixait d'un air attentif et légèrement rêveur, semblant attendre sa réponse avec avidité. Chaque rencontre avec elle constituait un supplice pour Draco. Il devait redoubler d'efforts pour demeurer courtois, de peur de blesser ses sentiments, une chose qu'il estimait facile.
Astoria n'était pas une femme désagréable, loin de là. Elle était juste affreusement... insipide à ses yeux. Pour dire les choses sans détour, Draco trouvait Astoria physiquement banale en dépit de son comportement irréprochable. Il était attiré par les femmes d'une beauté saisissante, possédant une féminité si affirmée qu'elle en devenait presque provocante. Des femmes qui captaient instantanément l'attention et faisaient tourner toutes les têtes à leur passage.
À titre d'exemple, même s'il ressentait à présent un dédain manifeste envers Daphné, la sœur aînée d'Astoria, il ne pouvait pas nier son attrait physique. Cette attraction avait d'ailleurs été à l'origine de leur liaison fugace et sans attaches qui avait duré plusieurs années.
Et, à ses yeux, Astoria ne pouvait tout simplement pas rivaliser avec la beauté renversante de Ginny.
Mais ce n'était pas uniquement une question de physique. Il aimait les femmes fortes, indépendantes, qui lui offraient de la résistance et du challenge. Depuis leur toute première rencontre, Ginny l'avait constamment défié, que ce soit par sa vivacité d'esprit ou son indépendance farouche. Et bien que cela l'ait irrité au départ, il devait reconnaître que c'était précisément ce caractère indomptable qui l'avait attiré vers elle. Il admirait sa détermination à mener sa vie selon ses propres termes. Malgré son statut, Ginny n'avait jamais hésité à exprimer ses opinions les plus critiques à son égard. Cette indépendance d'esprit et cette résistance à ses avances, avaient éveillé en lui une passion dévorante, allumant en lui un instinct de conquête particulièrement stimulant.
Pansy, sa meilleure amie, ne mâchait jamais ses mots avec lui. À l'opposé de la plupart des héritières des Treize sacrés ou d'autres familles illustres, qui se sentaient souvent intimidées par son statut d'héritier d'une famille originelle, Pansy ne manquait jamais une occasion de le remettre à sa place. Et même en dépit de son antipathie pour Daphné Greengrass, il devait admettre que leurs interactions avaient été stimulantes. Elle avait une personnalité forte et affirmée, contrairement à Astoria qui semblait toujours suivre un script préétabli, comme si elle avait intériorisé le rôle que le monde attendait d'elle.
Les rares personnes qui avaient réussi à vraiment l'approcher et à tisser un lien authentique avec lui étaient celles qui avaient osé le défier – et elles étaient peu nombreuses. Draco avait compris depuis longtemps qu'une certaine solitude était le prix à payer pour quelqu'un comme lui.
Toute sa vie, il avait été entouré de personnes comme Astoria Greengrass, qui s'inclinaient devant lui, évitaient de le contredire et cherchaient à lui dire ce qu'elles pensaient qu'il voulait entendre. Ce type de relation superficielle le laissait non seulement insatisfait, mais engendrait également en lui un mépris acerbe. Même dans ses fonctions à l'Augurey Magistral et à Machinations Malforescentes, ce sentiment persistait. Par pur amusement cynique, il lui arrivait parfois de dire des absurdités en leur présence, juste pour voir si l'un d'eux oserait le corriger. Les réactions étaient souvent les mêmes : regards gênés et hochements de tête serviles, sans la moindre objection.
Draco avait bien compris ce qu'Astoria Greengrass serait en tant qu'épouse pour lui : une femme silencieuse et soumise, acceptant passivement chaque mot qui sortait de sa bouche sans jamais apporter une ombre de contradiction. Un simple faire-valoir revêtu de robes de créateurs, plutôt qu'une véritable égale.
Était-ce donc cela, la véritable essence du mariage ? Une union factice entre deux individus sans affection mutuelle, condamnés à jouer un rôle pour le plaisir d'une audience avide de commérages ? Draco n'était pas naïf. Il savait pertinemment que le but ultime du mariage était de perpétuer une lignée, d'assurer la survie d'un héritage familial et de renforcer des liens patrimoniaux. Mais devait-il pour autant être dénué d'amour, à l'image de la relation tumultueuse de ses parents, où chacun semblait s'adonner à un sadisme relationnel, cherchant continuellement à blesser l'autre ? Ou bien comme le mariage de ses grands-parents, où Abraxas avait passé l'essentiel de son temps à nouer des relations extraconjugales, formant au final une sorte de harem clandestin ?
Draco reporta son attention vers Astoria, qui attendait toujours une réponse de sa part.
« Qu'entends-tu par-là ? » finit-il par demander, déposant sa tasse de thé sur la table.
« Entre les problèmes de santé de ton père et les responsabilités que ta mère a dû assumer en son absence, sans oublier ton entrée dans l'entreprise familiale… » énuméra-t-elle. « J'imagine que cela n'a pas été simple. »
Elle avait prononcé ces mots avec une nuance de compassion, imaginant sans doute qu'il apprécierait son intérêt sur les tribulations récentes des Malfoy. Si elle avait eu la moindre idée de qui il était vraiment, elle aurait sans doute su que Draco détestait ce genre de fausse intimité basée sur des informations personnelles ou des circonstances tragiques. Il détestait qu'on tente de créer du lien avec lui autour de ces choses.
Son esprit dériva vers l'une des disputes les plus tumultueuses qu'il avait eues avec Ginny, avant que leur relation ne prenne un autre tournant. Elle avait consulté l'un de ses souvenirs sans sa permission. Draco n'avait pas supporté de voir son regard empli de pitié et de commisération après avoir vu la manière dont son père l'avait traité durant une nuit sombre de son enfance.
« Je… Je suis désolée de ce qui t'est arrivé. Si j'avais su… » avait murmuré Ginny, visiblement secouée.
« Non. » l'avait interrompu Draco, excédé. « Je t'interdis de faire ça. »
« Q…Quoi ? » avait demandé Ginny à voix basse, confuse par sa réaction.
« Je t'interdis de t'adresser à moi comme si j'étais un enfant maltraité et traumatisé. Ça n'est arrivé qu'une seule fois. Tu ne sais rien. » avait-il répliqué d'une voix sèche.
« Ce n'est pas ce que … Je voulais simplement dire que je commençais à comprendre certaines choses… »
« Épargne-moi ta psychologie de comptoir, Weasley. Je ne veux pas de ta pitié. » avait-il craché.
« Tu crois vraiment que c'est de la pitié ? » avait-elle demandé, sidérée.
« Ce que tu as vu dans ce souvenir, tu penses que ça explique quoi que ce soit à mon sujet ? Ou peut-être es-tu assez naïve pour penser que nos traumatismes familiaux vont nous rapprocher ? » avait-il demandé d'une voix venimeuse.
Ginny l'avait fixé avec incrédulité, choquée par les paroles viles qui sortaient de sa bouche.
Mais ce qui avait suivi avait été une véritable révélation pour lui. Au lieu de se noyer dans des excuses ou de la compassion comme Astoria l'aurait sans doute fait, Ginny avait choisi une voie radicalement différente.
« Tu ne comprends donc pas ? Tu penses vraiment que je suis en train de te prendre en pitié à cause de ce que j'ai vu ? Et bien laisse-moi être la première à te dire que ce n'est absolument pas le cas, Malfoy. Tu crois que tu es le seul à avoir vécu des choses traumatisantes ? Mes mais et moi-même avons tous vécu des événements horribles à un moment donné de nos vies, y compris pendant l'enfance ! Et tu sais quoi ? Contrairement à toi, aucun d'entre eux ne se comportent comme des putains d'enfoirés. » avait-elle éclaté, son ton oscillant entre le sarcasme et l'exaspération.« Je suis vraiment navrée de ce qu'il t'est arrivé. Mais non, rassure-toi, je ne crois absolument pas que ça explique - et encore moins justifie - ta manière de traiter les autres. Vivre des choses horribles ne donne à personne un passe-droit. Personne n'a le monopole de la souffrance. »
Draco était resté silencieux, sa colère initiale tempérée par une curiosité grandissante.
« Tu veux vraiment savoir pourquoi j'ai réagi de cette manière ? Parce que crois-le ou non, en six foutus mois, c'est la première fois que j'apprends quelque chose de profond sur toi ! Et finalement, derrière ton masque de froideur et ton manque de sentiments, je réalise que tu es un humain, Draco Malfoy. Un putain d'humain. Qui l'aurait cru ? » s'était écrié Ginny, avec un rire hystérique.
Cette fois, cela avait été à son tour de rester incrédule devant son éclat de colère soudain.
« As-tu la moindre idée de la manière dont les gens normaux agissent entre eux ? Ils se disent des choses. Ils apprennent à se connaître. Ils se confient aux autres. » avait-elle dit avec un sarcasme exagéré. « Des choses simples et stupides comme ta couleur préférée, ton repas favori ou le nom de l'animal que tu avais quand tu étais enfant ! Mais ça a l'air d'être trop demandé dans ton cas. »
Elle avait brandi un doigt accusateur, s'approchant de lui avec une fureur palpable.
« Malgré ce que tu sembles croire, tout le monde n'essaie pas de manipuler et se servir des autres. Tout le monde n'a pas d'arrière-pensées. Tout le monde n'a pas envie de passer sa vie à se méfier de tout. Tout le monde n'évite pas de construire de vraies relations par crainte de se faire entuber. »
Elle avait secoué la tête, l'air dépité et déçu. Des larmes étaient apparues dans ses yeux.
« Tout ce que j'essayais de faire pendant tout ce temps c'est de voir qui était derrière cette coquille que tu sembles incapable de laisser de côté. » avait-elle murmuré d'une voix chevrotante. « Mais j'imagine que c'était stupide et optimiste de ma part. »
Cette conversation avait été un tournant dans leur relation, changeant à jamais la manière dont ils se percevaient mutuellement. Draco avait toujours vécu dans un état de méfiance perpétuel, hanté par la suspicion enracinée que les gens autour de lui avaient toujours des desseins cachés. Que ce soit la pureté du sang, la richesse ou le pouvoir, ces facteurs semblaient toujours attirer des alliances intéressées plutôt que des relations sincères.
Le fait que Ginny ait eu l'audace de le confronter aussi franchement, même après avoir commis l'indiscrétion de fouiller dans ses souvenirs les plus personnels, l'avait poussé à reconsidérer le type de relations qui méritaient vraiment son investissement. Elle avait mis en lumière le genre de personnes qui lui faisaient défaut dans sa vie. Contrairement à d'autres, elle n'avait pas utilisé ces informations sensibles pour le manipuler ou pour exercer une forme de contrôle émotionnel sur lui. Elle avait simplement exprimé son désir de savoir qui il était vraiment, et cette authenticité avait été à la fois déstabilisante et libératrice.
Il ne l'aurait jamais cru possible, mais il s'était senti véritablement reconnaissant envers Ginny. Dans un monde peuplé de tromperies et d'artifices, elle s'était tenue là, authentique et intègre. Elle avait regardé Draco en face et lui avait dit la vérité crue même si cela signifiait le confronter à des vérités qu'il n'avait pas envie d'entendre.
Son regard sur Ginny avait évolué, son respect pour elle s'accroissant jour après jour. Il ne la voyait plus comme une adversaire ou une menace, mais comme une personne capable de saisir les nuances et les complexités de la vie qu'il menait, sans le juger à l'aune de ses erreurs passées ou de son héritage. Et c'était cette honnêteté brute, ce refus de se conformer aux jeux sociaux toxiques auxquels il était si habitué, qui lui avaient fait prendre conscience de ce qu'il désirait véritablement dans sa vie.
Il n'avait pas besoin que le monde entier l'aime, ni même que tout le monde le comprenne. Ce dont il avait véritablement besoin, c'était de quelqu'un capable de le voir pour ce qu'il était, sans fioritures, sans masques ni faux-semblants. Et en Ginny, il avait peut-être trouvé cette personne.
Draco sortit de ses pensées, croisant le regard attentif d'Astoria, toujours rivé sur lui. Elle attendait sa réponse avec une patience qui frôlait la dévotion, comme si elle était suspendue à ses lèvres.
« Il n'y a rien de surprenant là-dedans. C'est ce qui m'attend depuis ma naissance. » répondit Draco sur le ton de l'évidence.
« Oh, oui, bien sûr. Mais j'imagine que les circonstances avec ta famille ont rendu les choses plus… compliquées ? » demanda Astoria en prenant une voix douce, presque à la manière d'un psychomage cherchant à extraire des confidences.
« Je pensais que le but de cette rencontre était de me remonter le moral, pas de ressasser tous mes drames familiaux. » commenta Draco avec une pointe de sarcasme.
Les yeux d'Astoria s'agrandirent d'horreur et son visage prit une expression mortifiée.
« Je... je suis vraiment désolée, ce n'était absolument pas mon intention. » s'empressa-t-elle de s'excuser, paniquée.
Il avait posé cette question en partie pour la provoquer, pour tester sa réaction. Et elle avait réagi exactement comme il l'avait anticipé. Astoria éviterait à tout prix de le contrarier, cherchant à demeurer dans ce qu'elle imaginait être ses bonnes grâces. Draco retint un soupir. Plus il passait du temps avec elle, plus il se rendait compte du degré de leur incompatibilité fondamentale.
Et il ne s'agissait pas seulement de lui. Pourrait-elle vraiment être heureuse, épanouie, en étant mariée à un homme comme lui ? Était-elle disposée à se mentir à elle-même pour maintenir cette façade, à s'efforcer d'incarner une femme parfaite selon ses critères, jusqu'à en devenir frustrée et amère ? Draco était convaincu que, tôt ou tard, il ne pourrait lui offrir que de la pitié ou de l'indifférence. Et dans son monde, ces sentiments étaient peut-être même plus destructeurs que la haine ou le mépris.
Il décida de se reprendre. Malgré ses propres réserves, il avait un rôle à jouer, une façade à maintenir. Il devait donner aux Greengrass l'illusion d'un intérêt sincère pour Astoria. S'il réussissait à les convaincre de sa sincérité, il gagnerait du temps, assez pour les tenir à distance. Il avait suffisamment de préoccupations sans avoir besoin d'ajouter les suspicions de Daphné Greengrass, connue pour sa rancœur tenace et son acuité mentale, à la longue liste de ses problèmes. Daphné n'était pas une adversaire qu'il souhaitait avoir à ses trousses une fois de plus.
D'autre part, Narcissa exerçait sur lui une pression constante et insidieuse pour qu'il joue à la perfection le rôle du prospect idéal auprès d'Astoria Greengrass, dans cette farce matrimoniale élaborée.
Draco savait qu'il n'était actuellement pas dans les bons papiers de sa mère. Il lui fallait regagner sa confiance sur tous les fronts possibles et imaginables. Cela impliquait non seulement de maintenir sa relation fictive avec Astoria dans une apparence de normalité, mais aussi de s'impliquer de plus en plus dans l'entreprise familiale. Il était en phase de formation intensive chez Machinations Malforescentes et allait bientôt cesser la gestion de l'Augurey Magistral pour de bon, une fois qu'il aurait assuré la transition avec son remplaçant.
Avec le temps, Draco espérait se réconcilier avec sa mère, même si Narcissa était le genre de femme à ne pas oublier aisément une trahison. Il ne savait que trop comment sa mère pouvait être vindicative. Et maintenant, il devait marcher sur des œufs, sachant que chaque faux pas pourrait avoir des conséquences fâcheuses.
Avant cet épisode, il n'avait jamais osé affronter sa mère aussi frontalement. Mais elle avait franchi une ligne rouge inacceptable, et il n'avait eu d'autre choix que de prendre des mesures drastiques. Lorsqu'il avait appris que Ginny envisageait de quitter le pays, un sentiment de panique l'avait envahi, le poussant à agir.
C'était pour cette raison précise que Draco avait pris la décision de retrouver Bill Weasley, un homme qu'il connaissait à peine et qui, il en était conscient, nourrissait sans doute un mépris considérable envers lui. Ginny elle-même semblait ignorer la rencontre clandestine qu'il avait eue avec son frère aîné. Elle était finalement revenue vers lui après plusieurs jours d'un silence qui lui avait semblé interminable.
« Bill a dit que si je décidais de rester, il accepterait mon choix. » lui avait-elle expliqué, les yeux embués de larmes, en lui annonçant sa décision finale.
Elle n'arrivait visiblement pas à y croire elle-même.
Le soulagement que Draco avait ressenti avait été indescriptible. Bill Weasley avait tenu parole et n'avait pas tenté de dissuader Ginny de rester en Angleterre, ce pour quoi Draco lui serait éternellement reconnaissant. Il savait à quel point l'avis de Bill était important pour Ginny et avait indubitablement influencé sa décision de demeurer sur le sol anglais.
« Je ne peux pas, et ne vais pas, dicter les choix de Ginny. Mais, selon ce qu'elle décide, je la soutiendrai. Ça veut dire que si elle choisit de rester, je n'interviendrai pas. » lui avait déclaré Bill après un long silence qui avait paru interminable à Draco. « Mais... Si elle décide de partir avec nous, je vous demande de respecter sa décision et de ne rien tenter pour la retenir. »
Draco lui-même était resté longuement silencieux, mesurant le poids d'une telle promesse. Finalement, il avait capitulé :
« Si c'est sa décision, alors je la respecterai. »
En toute honnêteté, Draco doutait de la sincérité de sa propre promesse. Les mots étaient sortis de sa bouche presque mécaniquement, mais leur vérité était floue, dissoute dans une mer d'incertitudes et de désirs conflictuels. À ce moment-là, il aurait été prêt à dire tout et n'importe quoi, pourvu que cela puisse influencer la tournure des événements en sa faveur.
Draco s'était confronté à une vérité irréfragable. Contrairement à lui, Bill Weasley était indiscutablement un homme de valeur et de vertu, pour qui l'intégrité n'était pas qu'un concept abstrait mais une philosophie de vie. Mais Draco savait aussi que les gens comme Bill étaient souvent prisonniers de leur propre noblesse, une noblesse qui les empêchait de manipuler les circonstances à leur avantage et de tordre les règles pour atteindre leurs objectifs.
Dans un monde idéal, peut-être que Ginny aurait été mieux servie si Draco avait été un homme de ce calibre, un homme au cœur pur qui aurait choisi de la laisser partir parce qu'il estimait que c'était la meilleure chose pour elle. Un homme qui aurait sacrifié ses propres désirs pour le bien-être de la femme qu'il aimait.
Mais la réalité était bien différente : Draco n'était pas cet homme vertueux, et il en avait pleinement conscience. Et quand Ginny était revenue à lui, son visage marqué par une douleur indicible après avoir pris la décision déchirante de rester en Angleterre, Draco avait été envahi d'un soulagement inavouable. Une vérité indéniable s'était solidifiée en lui : il n'était absolument pas prêt à la laisser partir.
Draco fit un effort conscient pour être plus conciliant envers Astoria pendant le reste du déjeuner. À la fin du repas, elle semblait soulagée et même joyeuse, comme si elle avait complètement effacé de sa mémoire les remarques désagréables qu'il avait émises un peu plus tôt.
Lorsqu'il retrouva sa diligence, Draco sortit immédiatement son miroir à double sens pour contacter Ginny. Pas de réponse, une fois de plus, pensa-t-il avec frustration. Ginny avait été étonnamment silencieuse ces derniers temps, ce qui ne lui ressemblait absolument pas.
Depuis son retour d'un voyage d'affaires, Draco avait remarqué que Ginny semblait étrangement distante. Il s'était littéralement torturé l'esprit à se demander s'il avait pu faire quelque chose pour justifier ce changement de comportement soudain. Avant son départ, ils s'étaient séparés en bons termes. Elle lui avait confié être attristée par son absence à venir et avait même exprimé son impatience quant à son retour. Néanmoins, lors de son voyage, les tentatives de communication de Draco avaient souvent été ignorées. Accaparé par ses obligations professionnelles, Draco avait mis ces pensées de côté, se persuadant que cela relevait peut-être simplement de sa propre paranoïa. Cependant, dès son retour à Londres, il avait ressenti une tension palpable entre eux. Malgré ses affirmations contraires, Ginny semblait distante.
Il était vrai que Ginny avait été profondément dévastée et perturbée suite au départ de sa famille. Néanmoins, même dans ces moments-là, elle n'avait jamais montré la moindre distance envers lui. Au contraire, elle avait semblé apprécier la présence accrue de Draco à ses côtés. Conscient du tumulte émotionnel qu'elle traversait, il s'était montré plus attentionné et présent que jamais, chose qu'il avait souvent négligé par le passé.
Cette nouvelle distance entre eux le frustrait profondément. Ne voyait-elle donc pas les efforts considérables qu'il déployait pour la rendre heureuse ? Alors, pourquoi cette indifférence soudaine de sa part ? Pourquoi semblait-elle s'éloigner chaque fois qu'il cherchait à se rapprocher d'elle ? Il ressentait désormais une asymétrie dans leur relation, comme s'il était devenu le seul à chercher activement sa présence.
Draco avait l'intuition que quelque chose d'autre s'était passé, quelque chose au-delà du simple départ de la famille de Ginny, qui influençait son comportement. Ce mystère le tourmentait, et il était déterminé à trouver la réponse.
À son retour à l'Augurey Magistral, son assistante l'informa que Pansy arriverait sous peu pour une entrevue. Quelques minutes plus tard, la porte de son bureau s'ouvrit pour laisser entrer sa meilleure amie. Elle était vêtue d'une robe patineuse rose fuchsia, d'escarpins vertigineusement hauts assortis, et d'un manteau épais en fourrure provenant d'une créature exotique qu'il ne pouvait identifier, mais dont le coût devait être astronomique.
« Tu ne meurs pas de chaud dans cette tenue ? Il fait trente degrés à l'extérieur. » fit remarquer Draco en observant le manteau ostentatoire de la jeune femme.
« Le style, mon cher Draco, ne connait pas de saison. » rétorqua Pansy levant les yeux au ciel avec une touche de condescendance théâtrale.
Elle s'installa dans le fauteuil en cuir capitonné qui faisait face à son bureau, croisant les jambes avec une assurance délibérée.
« Je pensais qu'on devait déjeuner ensemble, comme tous les mardis. » l'accusa-t-elle. « Et j'apprends que tu as annulé à la dernière minute pour aller voir Astoria Greengrass ? »
Elle simula un haut-le-cœur, et Draco ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel devant ce comportement excessivement dramatique.
« Comment sais-tu avec qui j'étais ? » demanda Draco.
« Parce que j'ai tiré les vers du nez de ton assistante. Elle ne voulait pas me dire où tu étais. » ajouta Pansy d'un ton moqueur, comme si elle trouvait presque amusant que quelqu'un ose lui résister.
Elle fit une moue délibérée.
« Tu m'as vraiment posé un lapin, Draco ? À moi, ta meilleure amie de toujours ? » demanda-t-elle avec indignation.
« Je ne t'ai pas posé de lapin. Mon assistante t'a envoyé un hibou pour te prévenir. Et, certainement pas à la dernière minute. » se défendit Draco.
« Ai-je une tête à lire mon courrier ? Tu aurais pu me prévenir de vive voix. » répliqua-t-elle. « Admets que tu cherchais à éviter que je découvre que tu fréquentes cette plante verte de Greengrass. »
Son visage afficha une grimace de dégoût.
« Tu ne trouves pas que tu exagères, Pansy ? Je pensais que c'était avec Daphné que tu avais un problème. » dit Draco avec lassitude.
« J'ai un problème avec toute personne associée de près ou de loin à cette peste. Je refuse de fréquenter des gens qui la fréquentent. » déclara Pansy.
Draco garda le silence.
« Alors ? » insista son amie. « Vas-tu me dire ce qui se passe ? Ne me dis pas que tu fréquentes vraiment sa sœur ? »
Elle prononça ces mots avec une aversion certaine.
« Pansy. » commença-t-il d'une voix ferme. « Ce ne sont pas tes affaires. »
« Au contraire, entre nous, tout est toujours une question d'affaires » répliqua-t-elle. « Tu as quelque chose en tête, n'est-ce pas ? C'est tante Narcissa qui t'incite à te marier ? »
Il l'observa avec sidération. Elle était décidément trop perspicace.
« Très sincèrement, je dois avouer que je suis déçue par ta mère. Je pensais qu'elle avait meilleur goût. » ajouta-t-elle avec dédain.
Elle plissa les yeux tandis qu'elle l'examinait, ses prunelles scintillant d'une curiosité piquante.
« Et Ginny, dans tout ça ? Qu'en pense-t-elle ? Est-elle au courant ? » demanda Pansy, sa voix imprégnée d'une pointe de malice.
« Pourquoi ? Ginny t'a-t-elle dit quelque chose à ce sujet ? » demanda immédiatement Draco, intrigué.
« Pourquoi m'aurait-elle parlé de cela ? Je viens à peine de l'apprendre. » rétorqua Pansy en lui adressant un regard perplexe.
Draco ne répondit pas, en pleine réflexion. Était-ce la raison du changement récent d'attitude de Ginny ? Il secoua la tête, comme pour chasser l'hypothèse. Ginny et lui avaient déjà discuté des obligations de son engagement envers Astoria, et elle avait semblé comprendre. Lorsque Draco lui avait mentionné son déjeuner avec Astoria, Ginny n'avait offert aucun commentaire, visiblement détachée.
« Ginny a-t-elle agi bizarrement pendant mon absence ? A-t-elle mentionné quelque chose d'inhabituel ? » demanda Draco.
« Pas vraiment... » répondit Pansy.
Après une brève pause, elle ajouta :
« Enfin, maintenant que tu le dis... Elle est passée au bureau l'autre jour et semblait nerveuse. Elle m'a bombardée de questions sur Théodore Nott. »
« Nott ? Quelles questions, exactement ? » interrogea Draco, ses sourcils se contractant davantage.
« Des questions assez banales. Elle m'a demandé si je l'avais vu récemment et comment il allait. » expliqua Pansy en haussant les épaules. « Mais la façon dont elle insistait était... intrigante. »
Draco se sentit de plus en plus perplexe. Pourquoi Ginny se montrait-elle soudainement si curieuse à l'égard de Théodore Nott ? Ce dernier avait disparu de leur radar depuis des mois, en particulier après le départ abrupt de sa femme, Hermione Granger. Nott était devenu quelque peu persona non grata dans leur cercle social. Draco avait toujours considéré sa présence comme une variable indésirable dans l'équation déjà enchevêtrée de sa vie. Plus il restait loin de lui, mieux Draco s'en portait.
« Pourquoi me demandes-tu cela ? Toi et Ginny, vous êtes encore disputés ? »
« Non. Enfin, pas à ce que je sache. » répondit Draco, troublé. « Mais elle semble distante, et j'ignore pourquoi. »
« Le départ soudain de sa famille l'a beaucoup affectée. » rappela Pansy.
« Je sais, mais j'ai l'impression qu'il s'agit d'autre chose. » avança Draco.
« Vous avez eu des sujets de tension, récemment ? »
« Non, rien de récent. Avant tout cette histoire, elle m'avait reproché le fait que nous ne passions pas assez de temps ensemble. Mais c'était il y a des semaines, et beaucoup de choses ont changé, depuis. » ajouta-t-il.
Le départ des Weasley avait été un ascenseur émotionnel pour eux deux, et les jours où ces problèmes semblaient pertinents lui paraissaient déjà comme une éternité loitaine. Draco avait depuis fait des efforts pour être plus attentif et présent pour Ginny. Cela n'avait donc pas de sens que ces problèmes refassent surface maintenant. Certes, Ginny était parfois émotionnelle mais rarement de manière exagérée ou inexpliquée. Elle faisait généralement preuve de logique dans ses comportements — contrairement à Pansy.
« Chaton, tu n'as donc toujours pas saisi que les femmes peuvent garder rancœur longtemps après que l'offense a été commise ? Qui sait, elle pourrait être en train de ruminer quelque chose que tu as dit ou fait il y a des mois. » dit Pansy d'un ton malicieux.
Il lui lança un regard blasé. Elle avait le don de ne jamais être tout à fait sérieuse quand il le fallait.
« Quoi qu'il en soit, elle n'a pas vraiment tort. Toi et le romantisme… » commenta Pansy, s'attirant un regard blasé de sa part. « On ne peut pas prétendre que ce soit un de tes talents naturels. »
« Qu'est-ce que tu en sais ? » répliqua Draco, blasé.
« Je te rappelle que je suis souvent celle qui entend vos doléances amoureuses. » rappela Pansy d'un ton entendu.
« Elle s'est plainte que je n'étais pas romantique ? »
« A plusieurs reprises, oui. Tu vas prétendre que ce n'est pas vrai ? » se moqua Pansy, un sourire narquois s'étirant sur ses lèvres.
Elle prit une gorgée de sa tasse de thé avant d'ajouter :
« Non, oublie ce que j'ai demandé. Je suis en pause déjeuner. Pas de coaching, désolée, chaton. » coupa-t-elle.
« Si tu n'es pas là pour m'aider, pourquoi es-tu ici ? » demanda Draco, un peu agacé.
Pansy lui adressa un regard outré.
« Tu es d'une impolitesse sans bornes, Draco. Parfois, je me demande comment je fais pour te supporter et être ta meilleure amie depuis toutes ces années. »
« Probablement parce que ton degré d'impolitesse surpasse largement le mien. » répliqua Draco avec sarcasme, ce qui déclencha un éclat de rire chez Pansy.
« Enfin, puisque que tu me le demandes si poliment... Figure-toi que les questions de Ginny au sujet de Théodore m'ont rappelé que j'ai également des questions le concernant. » dit-elle.
« Et en quoi ça me concerne ? » demanda Draco.
« Tu souhaites que je t'aide avec Ginny, n'est-ce pas ? Dans ce cas, il serait judicieux que tu t'intéresses aussi à mes préoccupations. » répliqua Pansy d'un ton dédaigneux.
« Très bien, tu as toute mon attention. » capitula-t-il. « Que se passe-t-il avec Nott ? »
« Justement, c'est ce que j'aimerais savoir. Je n'ai pas eu de ses nouvelles depuis une éternité et ça m'inquiète. J'avais oublié de t'en parler, mais, il y a quelque temps, je suis allée lui rendre visite. Son comportement était… curieux. » expliqua Pansy.
« Curieux ? C'est-à-dire ? »
« Honnêtement, il m'a rappelé l'état dans lequel je me retrouve après avoir sniffé un rail de poudre de Billywig. » dit-elle après un instant de réflexion. « Quelque chose clochait. »
« Est-ce vraiment surprenant après ce qu'il s'est passé avec sa femme ? La dépression a toujours été sa spécialité. » commenta Draco, peu intéressé.
Leur jeunesse avait vu un Théodore toujours enclin à la mélancolie, bien avant qu'il ne parte pour la France étudier la musique. Une sorte de tristesse indélébile semblait marquer son âme. Ce n'était pas un homme qui se complaisait dans la gaieté et l'optimisme. Il l'imaginait facilement sombrer dans un abîme de désespoir après le départ de Granger.
« Non, Draco. C'est différent, cette fois. Je ne t'ai même pas encore parlé du comportement suspicieux de son père... » commenta Pansy en secouant la tête. « Quelque chose se trame et je compte bien découvrir quoi. »
Draco lui lança un regard déconcerté. Avec l'infatuation habituelle de Pansy pour elle-même, il trouvait surprenant qu'elle puisse manifester une telle inquiétude pour autrui.
« Écoute, si tu m'aides à enquêter sur Théodore, je te garantis que Ginny te verra comme Monsieur Romantique, avant même que tu n'aies le temps de dire "Quidditch."» promit-elle.
Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent dans la diligence de Draco, volant en direction du Manoir Nott à toute allure. Pansy avait habilement contacté le bureau du Gouverneur et confirmé qu'il avait un rendez-vous en dehors de la demeure. Bientôt, ils arrivèrent au domaine des Nott.
À leur arrivée, une elfe de maison les accueillit en s'inclinant respectueusement.
« Ah, tu dois être l'elfe de Théodore. Je me rappelle de toi lors de ma dernière visite. Quel est ton nom, déjà ? » demanda Pansy.
« Zéphyr, Miss Parkinson. » répondit la dénommée Zéphyr d'un ton ému, visiblement touchée qu'on lui accorde de l'importance.
« Théodore est-il disponible ? » demanda Pansy d'une voix enjouée.
« Je suis navrée, mais Maître Nott est absent pour le moment. » répondit Zéphyr, les yeux fuyants.
Draco nota le tremblement dans la voix de l'elfe, un comportement qu'il avait déjà observé chez leur elfe de maison, Dobby, quand ce dernier était contraint de mentir.
Pansy lâcha un soupir déçu.
« Quel dommage. J'aurais aimé avoir de ses nouvelles. Quand sera-t-il de retour ? » demanda Pansy.
« Je l'ignore, Miss Parkinson. »
« Il semblerait que nous ayons fait tout ce chemin pour rien. » dit Pansy d'un ton dramatique, esquissant un pas pour partir.
Draco lui jeta un regard dubitatif. Avaient-ils sérieusement parcouru tout ce chemin et annulé leurs engagements de l'après-midi pour une visite aussi inutile ?
Pansy se ravisa.
« À vrai dire… J'ai une faim de loup-garou. Pourrais-tu nous préparer quelque chose avant notre départ, Zéphyr ? » interrogea-t-elle.
L'elfe de maison hocha la tête, manifestement soulagée de pouvoir répondre à une requête plus conventionnelle.
« Bien sûr, Miss Parkinson. Que désirez-vous ? »
Pansy prit un instant pour réfléchir, l'air concentré.
« Un velouté de citrouille, sans crème fouettée, pour moi. Et pour Draco, un ragoût de doxys. » commanda Pansy.
« Je m'en occupe immédiatement, Miss Parkinson. »
« Parfait, nous t'attendrons ici. » dit Pansy, un sourire exagéré étirant ses lèvres alors qu'elle regardait l'elfe s'éloigner.
Une fois l'elfe de maison disparu dans le hall, Draco jeta un regard perplexe à Pansy.
« À quoi joues-tu exactement ? »
Pansy porta un doigt à ses lèvres pour lui signifier de garder le silence. Une fois sûre que Zéphyr était complètement hors de vue elle attrapa fermement le bras de Draco et le conduisit à travers le hall somptueux du manoir, puis monta les escaliers avec un air déterminé.
« Que crois-tu faire ? » demanda Draco, déconcerté.
« Je suis certaine que Théodore est ici, malgré ce que cette elfe prétend. Le gouverneur Nott a déjà essayé de me duper avec ce genre de mensonge. Je ne me ferai pas avoir une seconde fois. » rétorqua Pansy. « De plus, j'ai pris l'initiative de me renseigner auprès des employés du Théâtre de Damasus le Décadent. Il semble que Théodore ait disparu de la scène publique depuis un certain temps. Et ses réponses à mes hiboux étaient... inhabituelles. »
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ? » interrogea Draco.
« Théodore a une manière d'écrire très caractéristique. Ses phrases riment presque sans qu'il s'en rende compte, comme s'il écrivait des lettres sorties d'un vieux grimoire de poésie. » répondit Pansy. « Mais les dernières lettres que j'aie reçues étaient différentes, comme si quelqu'un d'autre les avait écrites à sa place. »
Draco, qui n'avait jamais entretenu de correspondance régulière avec Théodore, ne partageait pas ces références. Il était même surpris que Pansy ait été en contact aussi étroit avec lui.
Ils arrivèrent finalement dans une aile isolée du manoir, que Pansy identifia comme étant les quartiers privés de Théodore. Elle avait déjà rendu visite aux Nott plusieurs fois après le mariage de Théodore et d'Hermione pour aider cette dernière à s'adapter à son nouveau rôle d'épouse au sein d'une famille sacrée.
« Je suis certaine qu'il doit être quelque part par ici. On sera plus efficace si on se sépare. » suggéra Pansy, ses yeux scrutant l'élégant couloir.
Ils se séparèrent et commencèrent à explorer l'étage, ouvrant diverses portes à la recherche de Théodore. Plus d'une fois, Draco s'interrogea sur l'absurdité de la situation. Il avait des affaires bien plus pressantes que de jouer au détective avec Pansy. Après un quart d'heure de fouille minutieuse, il poussa une porte qui émit un léger grincement, s'ouvrant sur une pièce sombre, saturée d'un silence lourd et étouffant. Dans cette obscurité presque totale, il distingua une silhouette assise qui ne bougea pas à son entrée.
« Nott ? C'est toi ? » demanda-t-il d'un ton hésitant.
Aucune réponse. La silhouette demeura immobile, lui tournant obstinément le dos.
« Théodore ? » réitéra Draco en s'approchant avec une prudence mesurée.
Lorsqu'il posa sa main sur l'épaule de la personne, celle-ci se retourna brusquement. Draco eut un mouvement de recul instinctif. Devant lui se tenait Théodore Nott, mais dans un état méconnaissable. Son visage était émacié, ses yeux cerclés de cernes profonds et sa peau avait une pâleur malsaine, comme s'il avait été privé de lumière solaire pendant des mois. Il paraissait souffrant.
Avant que Draco n'ait pu articuler un seul mot, les rideaux s'écartèrent brusquement, inondant la pièce de lumière. Il se retourna pour voir Pansy à l'entrée, sa baguette magique encore levée. Théodore couvrit ses yeux, comme agressé par l'éclat soudain. Pansy s'avança vers Théodore, totalement prise au dépourvu par son apparence.
« Pour l'amour de Voldemort, Théodore… » murmura-t-elle d'une voix tremblante. « Que t'est-il arrivé ? »
Elle s'agenouilla devant lui, plongeant ses yeux dans le regard vide et confus de Théodore. Ce dernier la fixait comme s'il peinait à la reconnaître. Pansy leva les yeux vers Draco, son expression devenue soudainement paniquée, presque en détresse.
« Tu me crois maintenant ? » demanda-t-elle à l'attention de Draco, qui hocha la tête avec une gravité nouvelle.
Il était évident que quelque chose d'extrêmement alarmant se tramait avec Théodore Nott.
« Vous n'avez pas le droit d'être ici. » s'éleva subitement une petite voix stridente, les faisant sursauter.
Ils se retournèrent simultanément pour découvrir une petite elfe de maison postée à l'entrée de la pièce, son visage exprimant une terreur manifeste. C'était Zéphyr, l'elfe de Théodore.
« Vous … Vous n'avez pas le droit d'être ici. Vous n'avez pas la permission de voir le maître. » gémit-elle, manifestement terrifiée. « Monsieur le Gouverneur a formellement interdit à Zéphyr de laisser quiconque approcher le Maître. »
Pansy, les yeux flamboyants d'indignation, posa une main protectrice sur l'épaule de Théodore, qui paraissait totalement dissocié de la réalité qui l'entourait.
« Le Gouverneur est-il au courant de l'état lamentable de son fils ? » demanda Pansy, sa voix chargée de reproches.
Zéphyr porta ses petites mains à sa bouche, comme si elle venait de commettre une indiscrétion.
« Le… Le maître est malade. Il a besoin de repos. Il ne peut pas recevoir de visiteurs. » articula-t-elle finalement, sa voix tremblante.
« Malade ? » répéta Pansy, ses yeux se rétrécissant de mécontentement. « Tu veux plutôt dire qu'il est complètement drogué. Théodore ? Tu m'entends ? »
Elle secoua Théodore légèrement, espérant le tirer de son état léthargique. Il demeura silencieux, la fixant d'un regard égaré et vide.
« Que se passe-t-il exactement ici ? » interrogea Draco, dirigeant sa question vers l'elfe de maison qui se tenait dans le coin de la pièce.
Zéphyr les observait tour à tour, son petit corps tremblant comme une feuille, visiblement en proie à une panique grandissante. Pansy se redressa et fixa Zéphyr d'un regard furieux.
« As-tu fait du mal à ton maître ? Que lui as-tu donné ? » demanda-t-elle d'un ton accusateur, sa voix débordant de suspicion.
Soudainement, Zéphyr éclata en sanglots désespérés.
« Zéphyr n'aurait jamais fait du mal à son maître ! » plaida-t-elle, entre deux sanglots convulsifs. « Zéphyr n'a fait qu'obéir aux ordres du Gouverneur. Le maître est mal en point et doit prendre ses médicaments. Mais ils ne semblent pas l'aider. »
Draco et Pansy échangèrent un regard alarmé, comprenant instantanément la gravité de la situation.
« Je... Je vous en prie… Ai-Aidez mon maître » implora Zéphyr.
Chaque mot semblait lui coûter un effort physique considérable. En prononçant ces paroles, elle se précipita vers la commode, attrapa une lampe et s'apprêta à se frapper la tête avec. Draco brandit sa baguette pour lui retirer la lampe des mains et s'élança vers elle pour la dissuader de toute autre tentative d'automutilation.
« Dis-nous exactement ce qu'il se passe ici. » exigea-t-il, sa voix pleine d'autorité, tout en saisissant fermement son bras pour l'empêcher de s'infliger d'autres blessures.
Secouée de spasmes, Zéphyr paraissait être au bord de l'effondrement.
« Théodore est ton maître, n'est-ce pas ? » demanda Draco.
L'elfe hocha la tête, presque imperceptiblement.
« Alors c'est à lui, et à lui seul, que tu dois ta loyauté. Pas au Gouverneur. » rappela Draco d'un ton autoritaire. « Si tu cherches véritablement à aider ton maître, alors le moment est venu de parler. »
Zéphyr hocha la tête en signe d'accord, ses yeux remplis d'une lueur d'espoir fragile.
« Tu as mentionné des médicaments tout à l'heure. Où sont-ils ? » intervint Pansy, l'urgence palpable dans sa voix.
Zéphyr indiqua une direction avec son petit doigt flétri. Ils laissèrent Théodore seul dans la chambre et suivirent l'elfe à travers un dédale de couloirs jusqu'à un local étroit. Les étagères étaient remplies de potions de toutes teintes et consistances. Zéphyr pointa vers une boîte contenant des fioles incolores.
« Ce sont les médicaments que Monsieur le Gouverneur a prescrits pour le maître. Deux gouttes chaque jour, à mélanger dans sa nourriture. » récita l'elfe.
« Pourrais-tu retourner voir Théodore et t'assurer qu'il va bien ? » demanda Pansy à l'elfe, ses yeux restant fixés sur les fioles avec une intensité palpable.
Zéphyr acquiesça et, avec une révérence rapide, quitta la pièce pour s'acquitter de sa tâche. Pansy en profita pour fermer la porte derrière elle avec un geste déterminé. Elle prit une fiole et en dévissa le bouchon, la portant à son nez avec un air concentré. Draco la saisit par le bras.
« Que fais-tu ? Cela pourrait être dangereux, Pansy. » l'avertit-il, alarmé.
« Je sais, je voulais juste sentir et peut-être identifier la substance. » expliqua-t-elle en retirant son bras.
Pansy fouilla alors dans son sac à main sur lequel elle avait manifestement jeté un sort d'extension. Draco entendit le bruit du verre s'entrechoquer à l'intérieur. Elle en sortit une petite fiole et un morceau de parchemin annoté. Parfois, il s'étonnait de tout ce que les femmes semblaient devoir transporter dans leurs sacs à main.
« Qu'est-ce que c'est ? » demanda Draco, intrigué.
« Un kit de test pour drogues, » répondit-elle, imperturbable.
« Et tu te promènes toujours avec ça dans tes affaires ? » s'étonna-t-il.
« Oui. On ne sait jamais quand l'occasion peut se présenter et je préfère être certaine de ce que je consomme. » dit-elle. « Je prends mes précautions, contrairement à ce que tu pourrais penser. »
Draco ne savait pas s'il devait être soulagé ou alarmé par cette révélation. Le fait que Pansy prenne des mesures pour assurer sa sécurité était rassurant, d'une certaine manière. D'un autre côté, il avait toujours ressenti une certaine appréhension face à ses inclinations pour les substances dangereuses mais il était bien placé pour savoir que quiconque essayant de la faire changer d'avis était une entreprise vouée à l'échec. Heureusement, avec le temps, Pansy semblait avoir modéré sa consommation, se limitant désormais aux occasions plus festives.
« Je fais très attention depuis mon overdose, Draco. J'ai bien retenu la leçon, crois-moi. » assura-t-elle, en interrompant le fil de ses pensées.
Il l'observa longuement, étonné qu'elle mentionne cet épisode sensible de son passé. Poudlard, Pansy avait frôlé la mort après avoir ingéré une drogue contaminée par une substance inconnue. Elle avait été réanimée de justesse et ses parents avaient étouffé l'affaire grâce à leur influence, évitant ainsi son expulsion de Poudlard.
Pansy versa le contenu d'une fiole dans son kit et agita énergiquement le tout. Elle posa ensuite le mélange sur une section spécifique du parchemin.
« Ça ne prendra pas longtemps. » annonça-t-elle.
Après quelques secondes d'attente, des symboles colorés se matérialisèrent sur le parchemin. Pansy les étudia rapidement, puis les compara avec la légende adjacente.
« Un tranquillisant. » révéla-t-elle en levant les yeux pour croiser le regard de Draco. « J'en étais sûre. Son père le drogue. »
« Mais pourquoi ? » s'interrogea Draco, son visage marqué par un mélange d'incompréhension et de consternation.
« Aucune idée, mais j'imagine que cela doit avoir un rapport avec Hermione. » supposa-t-elle.
Elle balaya du regard les fioles toujours pleines.
« L'elfe a mentionné qu'elle lui administrait une goutte de cette mixture deux fois par jour. À cette quantité, il y en a assez pour des mois. » calcula-t-elle.
Sans plus de cérémonie, elle vida chacune des fioles sur le sol, murmurant ensuite « Aguamenti » pour les remplir d'eau.
« Que fais-tu ? »
« Je mets un terme à cette folie. » répondit-elle sur le ton de l'évidence.
« Ne serait-il pas plus sûr de demander à l'elfe de ne pas lui administrer les potions ? »
« C'est trop risqué. Si le Gouverneur insiste, elle obéira et lui dira toute la vérité. Mais si elle ignore que les fioles sont maintenant vides, elle ne pourra pas révéler ce qu'elle ne sait pas. » expliqua Pansy.
Draco hocha la tête, approuvant silencieusement le stratagème astucieux de Pansy.
« Nous devrions également lancer un sortilège d'oubli sur l'elfe pour que le Gouverneur ne devienne pas suspicieux. Il ne doit pas savoir que nous avons vu Théodore et que nous sommes au courant de ses agissements. » ajouta Draco.
« Tu as raison. » confirma Pansy, le visage grave. « Pauvre Théodore... Nous devons l'aider. »
Draco demeurait troublé par la découverte. Il avait toujours perçu la famille Nott comme l'une des moins excentriques parmi les Treize Sacrés. Chaque famille avait ses secrets, mais l'acte du Gouverneur de droguer son propre fils transcendait non seulement l'étrangeté, mais flirtait aussi avec le danger mortel. Théodore était l'ultime descendant des Nott ; un préjudice, même non intentionnel, mettrait leur lignée en péril.
Est-ce que le Gouverneur souhaitait garder Théodore sous son joug, au point d'utiliser une stratégie aussi extrême et dangereuse ? Ou Théodius craignait-il que son fils, fragilisé par le départ de son épouse, commette l'irréparable ?
Avant de partir, ils interrogèrent l'elfe sur les activités récentes du Gouverneur. D'après elle, Théodius Nott était devenu de plus en plus méfiant, persuadé que les Lestrange le traquaient. Cette révélation laissa Draco dubitatif. Toutefois, l'elfe n'était pas en mesure d'expliquer pourquoi le Gouverneur était si terrifié par les Lestrange.
Il leur restait encore de nombreuses interrogations, mais les réponses seraient pour plus tard. Selon Pansy, il faudrait attendre plusieurs jours avant que Théodore ne soit plus sous l'effet du sédatif et retrouve sa lucidité. Pour le moment, néanmoins, ils avaient fait un premier pas crucial pour assurer sa sécurité.
/
« Encore combien de temps ? » murmura Hermione, rompant le silence oppressant qui s'était installé dans l'obscurité environnante.
Harry jeta un coup d'œil rapide au parchemin froissé dans sa main, ses yeux scrutant les inscriptions à la lueur d'une faible lumière émanant de sa baguette. Il consulta ensuite sa montre avec un air intensément concentré.
« Vingt-sept minutes et trente-trois secondes. » annonça-t-il avec précision.
« Es-tu sûr que c'est une bonne idée d'utiliser un portoloin ? Ne serait-il pas plus simple d'y aller par cheminée, comme la dernière fois ? » interrogea Hermione, sa voix teintée d'inquiétude.
« Ce n'est pas une option, ce soir. » répondit Harry en haussant les épaules. « À cause des correspondances, on serait obligés de patienter deux heures pour le retour. Ça augmenterait le risque de se faire repérer. »
Lors de leur précédente excursion à Londres, pour visiter l'ancien domicile d'Hermione, ils s'étaient déplacés via le réseau des cheminées. L'Ordre du Phénix, grâce à des informateurs, avait accès en temps réel aux informations concernant le statut des cheminées semi-publiques. Un atout précieux pour des déplacements discrets sur de longues distances.
Les cheminées, disséminées à travers le Royaume-Uni, étaient strictement contrôlées par un département du ministère. Elles suivaient des itinéraires prédéfinis, ce qui limitait les déplacements. Les cheminées publiques, telles celles du Ministère, de Sainte-Mangouste ou du Chemin de Traverse, étaient étroitement surveillées. Les cheminées privées, généralement résidentielles, nécessitaient un abonnement et une connexion préalable à leur point de destination. Chaque utilisation était méticuleusement enregistrée par le département compétent.
Pour leur première mission clandestine, ils avaient utilisé des cheminées semi-publiques, souvent placées dans des locaux commerciaux. Cette fois-ci, ils avaient opté pour un portoloin - un artefact extrêmement difficile à obtenir. Grâce à un informateur infiltré au Ministère, ils avaient été prévenus de la mise en service exceptionnelle du portoloin, que le service concerné testait une à deux fois par mois. Il était activé pendant une période très limitée, ce qui leur permettrait de se rendre directement à leur destination. Après leur intrusion réussie chez Hermione, ils avaient dû patienter dix jours, en attendant l'activation du prochain portoloin qui les mènerait près des Grandes Archives des Macmillan.
« Détends-toi, Hermione. J'ai l'habitude. » la rassura Harry, son dos trouvant un peu de confort contre le mur de briques derrière lui. « Ce n'est pas comme si c'était mon premier match de Quidditch. »
Il ferma les yeux, croisant ses bras confortablement sur son abdomen. Ils étaient nichés dans une ruelle déserte en pleine campagne du Nord, un endroit isolé où personne ne viendrait trébucher sur un portoloin caché. Après quelques instants, Hermione perçut la respiration d'Harry devenir plus régulière et plus profonde. Elle le fixa, incrédule.
« Comment peux-tu penser à dormir dans un moment pareil ? » s'exclama-t-elle, donnant une petite tape sur son bras pour le réveiller.
Harry ouvrit les yeux en sursaut et se redressa, ébouriffant ses cheveux déjà en bataille.
« Je suis épuisé, Hermione. Les discussions interminables d'hier soir ne m'ont pas laissé beaucoup de temps de sommeil. » se plaignit-il, enlevant ses lunettes pour se frotter les yeux avec lassitude.
L'atmosphère au QG était électrique. Avec les visites inter-factions de plus en plus fréquentes, les négociations et les compromis étaient à l'ordre du jour. Certaines personnes, comme Sturgis Podmore et sa bande, ne facilitaient pas les choses.
« Je suis content de quitter un peu la base, ne serait-ce que pour un moment. » admit Harry.
En tant que membre du conseil de l'Ordre du Phénix, Harry était souvent au cœur des discussions. Hermione se demandait également comment le mystérieux Phénix percevait tout ce tumulte. Harry jeta un autre coup d'œil à sa montre.
« Tu crois que j'ai le temps de faire une sieste éclair ? » suggéra-t-il, un sourire espiègle aux lèvres.
Le regard noir qu'Hermione lui lança suffit à le dissuader.
« Après notre fuite périlleuse lors de notre dernière mission, nous devons redoubler de prudence. Nous avons eu la chance de tomber sur Ginny plutôt que sur quelqu'un d'autre. » déclara Hermione, le visage tendu par l'inquiétude. « Du moins, je l'espère. »
Ils avaient esquivé de justesse un désastre imminent. La moindre erreur, le moindre soupçon pourrait les mener à leur perte. Les enjeux avaient évolué. En rejoignant la Résistance, Hermione avait pris pleinement conscience des risques. Elle restait incertaine quant à sa récente rencontre avec Ginny. Même si leurs retrouvailles avaient été chargées d'émotion, les intentions de son ancienne colocataire restaient floues pour Hermione.
« Tu penses ne pas pouvoir lui faire confiance ? » demanda Harry.
« Honnêtement, je n'en sais rien. Je ne pense pas qu'elle chercherait à me nuire volontairement, mais je ne peux pas garantir son silence, surtout vis-à-vis de ses nouvelles fréquentations. Voilà pourquoi j'ai préféré ne pas lui donner trop de détails. » expliqua Hermione.
« J'ai jeté un œil dans son esprit. » admit Harry.
Hermione lui jeta un regard sidéré.
« Elle a instinctivement bloqué mon intrusion, ce qui m'a surpris. » admit-il.
« C'est probablement Malfoy qui le lui a enseigné. » répondit-elle.
« Malfoy ? » répéta Harry, médusé. « Des Treize Sacrés ? »
« Je t'avais prévenu qu'elle sortait avec quelqu'un d'influent. » rappela-t-elle.
Hermione n'avait pas beaucoup fréquenté Malfoy. Sa rencontre avec lui au Manoir des Nott n'avait fait que renforcer ses préjugés à son sujet. Il s'était montré hautain et désagréable envers elle, lui laissant un goût amer dans la bouche. Elle avait du mal à comprendre l'attirance de Ginny pour un homme comme lui.
« Je suis stupéfaite qu'il ait pu obtenir une Grâce Ministérielle pour elle. » confessa Hermione, soufflée. « Je pensais que c'était impossible. »
« Rien n'est impossible aux Treize Sacrés. » commenta Harry, l'air sombre.
Hermione savait que cette grâce changeait la donne pour Ginny. Si celle-ci était officiellement une Sang-Pur, sa liaison avec Malfoy serait moins scandaleuse. Pourtant, une Grâce Ministérielle ne pouvait complètement effacer un passé entaché d'impureté ou de traitrise. Les préjugés perduraient et ses antécédents seraient toujours utilisés contre elle. Hermione savait que l'union entre un membre des Treize et une personne à la pureté moins que parfaite serait toujours un sujet de controverse. Elle était bien placée pour le savoir.
« J'ai tout de même réussi à pénétrer son esprit lors de votre confrontation. Elle a baissé la garde lorsque tu l'as projetée contre le mur alors j'en ai profité. » confessa Harry.
Un élan de culpabilité envahit Hermione, lui rappelant son acte violent envers Ginny. Le fait que son premier réflexe de défense ait été de recourir à la violence, surtout contre quelqu'un à qui elle tenait, était terrifiant pour elle.
« Je crois que tu peux lui faire confiance. » révéla Harry. « Elle est sincère avec toi. Je pense qu'elle ne t'en voulait même pas de l'avoir attaquée. »
Le soulagement inonda Hermione, apaisant quelque peu son esprit tourmenté. Elle avait toujours eu du mal à se faire des amis et à les garder à cause de son manque de confiance envers les autres. Elle était heureuse de savoir que malgré tout ce qui s'était passé entre elles, elle avait encore une alliée en Ginny.
« Merci, Harry. » murmura-t-elle, une note de reconnaissance dans sa voix.
Harry lui lança un clin d'œil. Il était très observateur. Il avait perçu la culpabilité qui hantait Hermione et avait sans doute voulu la rassurer en partageant cette information.
« D'ailleurs, il va falloir que tu apprennes à fermer ton esprit, surtout maintenant que nous menons des missions d'infiltration dans le régime. Rogue pourra te donner des leçons ; il est exigeant mais efficace. » ajouta Harry.
Hermione acquiesça.
« Je suis étonnée que tu aies eu le temps de sonder l'esprit de Ginny malgré tout le chaos. » fit-elle remarquer.
« Pourquoi ce ton surpris ? » rétorqua Harry, faussement outré « Tu doutais de mes talents ? »
« Pas du tout. C'est juste que tu semblais si absorbé par sa présence que je suis surprise que tu aies pu penser à autre chose. » taquina Hermione.
Harry lâcha un rire bruyant qui fut rapidement étouffé en croisant le regard paniqué d'Hermione, alarmée à cause du bruit.
« Ah Ginny… » dit-il avec un long soupir. « J'espère qu'on la reverra. J'ai envie d'apprendre à la connaitre. »
« Elle est déjà avec quelqu'un, Harry. » rappela Hermione.
Harry haussa les épaules avec nonchalance, visiblement peu rebuté par cette information.
« Maintenant que tu m'as appris qu'elle sortait avec un type des Treize, je suis encore plus motivé. » admit-il avec un sourire en coin.
« Tu vas briser le cœur d'Emmeline Vance. » se moqua Hermione.
Il grimaça, et Hermione ne put s'empêcher de pouffer. Harry jeta un nouveau regard à sa montre.
« Arrête de dire des bêtises. Tu vas nous faire manquer le portoloin. » se plaignit-il avant de se relever. « Il est temps d'y aller. »
Hermione fit de même. Ensemble, ils se dirigèrent vers le portoloin - un vieux flacon de parfum vide posé à côté du muret, dont le bouchon défectueux servait de repère.
« Trois… Deux… Un… » commença à compter Harry.
D'un mouvement parfaitement coordonné, ils saisirent le flacon. Immédiatement, Hermione ressentit une forte traction et son environnement devint flou et indistinct. Le paysage tourbillonna, un mélange chaotique de couleurs et de formes, où arbres, ciel et sol semblaient se confondre. Aussi abruptement qu'elle avait commencé, la sensation de mouvement s'arrêta. C'était comme si Hermione avait été éjectée d'une montagne russe à son apogée, l'estomac suspendu dans un vide interminable avant de retomber brutalement.
Autour d'eux, le paysage se stabilisa. Violemment projetée au sol, Hermione se sentit nauséeuse et désorientée. Harry, qui avait récupéré ses esprits plus rapidement, lui tendit la main pour l'aider à se relever. Ils se dissimulèrent sous la cape d'invisibilité, évaluant la rue déserte où ils étaient apparus. Ils se mirent en marche en direction des Grandes Archives des Macmillan. Rapidement, elle aperçut le bâtiment familier, dans lequel elle avait travaillé pendant des mois.
« Classe, cet endroit. » commenta Harry à ses côtés.
Hermione avait toujours trouvé ce lieu fascinant. L'extérieur des Grandes Archives des Macmillan évoquait un manoir victorien majestueux, dont les murs en briques rouges étaient couverts de lierre, ajoutant une touche d'antiquité et de mystère. Une imposante grille gardait l'entrée principale, surmontée de l'emblème de la famille Macmillan : un lion majestueux tenant un livre ouvert dans sa gueule.
« Nous allons emprunter l'entrée secondaire. Ça nous fera gagner du temps pour accéder à la collection privée. » dit-elle.
Avec la clé d'Hermione, ils pénétrèrent à l'arrière de la grille qui se dissipa pour former une porte, profitant de l'absence de gardes en dehors des heures d'ouverture. A leur arrivée devant l'entrée secondaire, ils virent deux gargouilles imposantes qui veillaient, leurs visages menaçants servant de dissuasion pour les non-initiés.
« Afin d'assurer la protection et la sûreté de tous nos concitoyens, nous vous rappelons que toute affiliation avec un individu indésirable est formellement prohibée sous risque de sanction sévère. Tout citoyen pris en flagrant délit d'aide, d'assistance, de dissimulation ou autre type d'association avec un Sang-de-Bourbe ou un Dissident recevra la peine capitale. » récita l'une des gargouilles de manière machinale.
Ignorant le sinistre avertissement, Hermione inséra sa clé dans la serrure, qui s'ouvrit sans encombre. Harry leva sa baguette pour éclairer leur chemin, et ils s'engagèrent dans un escalier qui menait à la collection privée.
Devant eux, le tableau de Vivica Macmillan, l'épouse défunte d'Aelius, semblait dormir paisiblement. Quand Hermione inséra la clé dans une autre serrure, le tableau frémit mais ne se réveilla pas. Ils entrèrent dans la salle privée.
« C'était plus simple que ce que je pensais. » commenta Harry, agréablement surpris.
Hermione acquiesça, balayant du regard la pièce inchangée qui l'avait tant occupée par le passé. Des souvenirs la submergèrent. C'était dans les Archives qu'elle avait rencontré Théodore pour la première fois. Et c'était dans cette pièce même qu'ils avaient appris à se connaître et à nouer des liens. Le cœur d'Hermione se serra à cette pensée.
« Tu sais où trouver ce qu'on cherche ? » demanda Harry, tirant Hermione de ses réflexions.
Hermione hocha la tête, comme pour chasser les souvenirs de son esprit. Ses yeux scrutèrent le chemin devant elle avant de s'orienter vers une allée isolée. Connaissant bien l'organisation des étagères, elle trouva rapidement l'objet de leur quête. Les Origines Contestées de Gringotts : Histoire et Conception était un ouvrage historique sur la conception de la banque. Il avait été écrit par un auteur jugé "problématique", désormais banni des librairies et des bibliothèques du régime.
« Puisque nous sommes là, nous pourrions récupérer d'autres livres qui pourraient nous être utiles. » suggéra Hermione.
« Tu ne crois pas que c'est risqué de prendre autant de livres ? Ils pourraient s'apercevoir de leur absence. » dit Harry, levant un sourcil incertain.
« C'est possible, mais tous les livres dans cette section sont illégaux. Macmillan ne devrait pas même les avoir ici. S'il s'aperçoit que certains manquent, il ne peut pas en informer les autorités sans s'incriminer lui-même. »
Elle savait aussi qu'Aelius n'avait mis aucun sortilège de traçage sur les ouvrages de cette section, à la différence de ce que d'autres auraient fait pour des objets précieux. Bien que ces sorts le protégeraient contre le vol, ils pourraient également le trahir, étant donné le caractère illégal des livres. Harry sembla convaincu par son raisonnement.
Se sentant un peu plus à l'aise, Hermione saisit plusieurs livres portant sur la période du Grand Conflit, ainsi que sur des thèmes divers qui pourraient leur être utiles. Ils les placèrent dans le sac perlé d'Hermione, élargi par un sort d'extension. Ils passèrent près d'une heure à fouiller méticuleusement la pièce.
« Il est temps de partir, le portoloin va s'activer dans une demi-heure. Nous ne pouvons pas le manquer. » dit Harry, consultant sa montre.
Hermione acquiesça et se dirigea vers la sortie. Elle remarqua alors que Vivica, jusqu'alors endormie, était désormais réveillée et les observait avec des sourcils froncés. Ils continuèrent à se frayer un chemin à travers les couloirs pour retrouver la sortie qu'ils avaient empruntée plus tôt. Cependant, ils s'arrêtèrent net lorsqu'ils aperçurent deux paires d'yeux d'un bleu intense. Hermione se souvint des créatures étranges qu'elle avait rencontrées dans la forêt de l'Ambrosia lors de sa fuite avec Ivo, juste avant de perdre connaissance. Deux félins les guettaient attentivement, prêts à leur bondir dessus au moindre mouvement.
« Ne bouge surtout pas. » dit Hermione d'une voix effrayée.
« Tu m'avais dit qu'il n'y avait pas de sécurité la nuit. » répliqua Harry entre ses dents serrées, sa baguette magique pointée devant lui.
« C'est ce que je croyais ! » avoua Hermione, peu à l'aise.
Harry laissa échapper un juron vulgaire et lança un sort en direction de l'une des créatures. Au lieu d'être neutralisée, la créature se divisa, créant un double identique. Ils étaient désormais trois et les observaient avec une férocité palpable. Sans attendre, les bêtes se ruèrent sur eux, forçant Harry et Hermione à se précipiter dans la direction opposée.
« Par ici, vite ! » hurla Hermione en montant précipitamment un escalier étroit.
Harry sembla sur le point de décrocher un autre sort, mais Hermione l'arrêta net.
« Ne les attaque pas, ils se multiplient ! » prévint-elle.
Elle le guida vers une petite réserve, claquant la porte derrière eux et la verrouillant consciencieusement. Bien que pris au piège, ils étaient momentanément en sécurité. De l'autre côté, les grognements sourds et menaçants des créatures résonnaient.
« Des matagots. » réalisa Harry avec une grimace. « Je ne les ai pas reconnus avant de lancer le sort. »
Il jura bruyamment, la tension palpable dans sa voix.
« Marlène saurait quoi faire, elle a l'habitude d'en dresser. » ajouta-t-il. « On doit absolument trouver un moyen de sortir d'ici. Rater le portoloin n'est pas envisageable. »
Hermione, les yeux écarquillés par l'urgence, scrutait la salle à la recherche d'une échappatoire. Mis à part un chariot à proximité sur lequel reposait une pile de livres destinés à être indexés, la pièce était déserte.
« Et si on utilisait la cape d'invisibilité ? » suggéra-t-elle.
« Ça ne marchera pas. Ils sont plus sensibles aux odeurs qu'à la vue. Ils nous repéreront malgré tout. »
Un éclair d'ingéniosité traversa l'esprit d'Hermione.
« J'ai une idée. » dit-elle.
Sans attendre, elle se précipita vers le chariot et saisit un livre volumineux. Après une seconde d'hésitation torturée, peu à l'aise de profaner ainsi un vieil ouvrage, elle commença à arracher les pages une à une, les laissant tomber au sol.
« Je suis vraiment désolée. » murmura Hermione, les mains tremblantes mais déterminées, alors qu'elle poursuivait sa tâche.
Chaque déchirement lui tordait le cœur ; ces ouvrages étaient de véritables trésors du savoir, après tout.
« Aide-moi, Harry ! » le pressa-t-elle.
Il se joignit à elle, et bientôt, le sol fut jonché de pages. Hermione brandit sa baguette et ensorcela les feuilles, qui se transformèrent immédiatement en deux bonshommes de papier animés, aux longues jambes maladroites.
« Quand je te donnerai le signal, ouvre la porte. » dit-elle à Harry. « J'enverrai directement les leurres et quand l'attention des matagots sera rivée sur eux, on en profitera pour s'enfuir. »
Harry hocha la tête et se mit en position près de la porte. De l'autre côté, les cris gutturaux des matagots étaient de plus en plus furieux, leurs griffes acérées grattant contre la porte comme s'ils essayaient de la démolir.
« Prêt ? Maintenant ! » s'écria Hermione.
Harry ouvrit la porte en un éclair, et Hermione agita sa baguette magique. Instantanément, les figures de papier bondirent hors de la salle, virevoltant dans tous les sens. Les matagots se jetèrent sur elles, les déchiquetant de leurs griffes affûtées.
« Cours ! » ordonna Hermione.
Profitant de la distraction des créatures, ils dévalèrent les escaliers pour atteindre une porte dérobée. Hermione ne risqua pas un regard en arrière, craignant que les matagots ne perçoivent leur stratagème.
Ils franchirent la sortie et la claquèrent derrière eux. Harry jura une nouvelle fois. Hermione ferma les yeux, aspirant de grandes bouffées d'air.
« On n'a plus une minute à perdre, cours ! » s'écria-t-elle, presque hors d'haleine.
Ils se ruèrent dans la rue, où ils étaient apparus initialement. Harry scruta frénétiquement les environs, à la recherche du nouveau portoloin.
« Où est-il ? » demanda Hermione, l'urgence colorant sa voix.
« Là-bas ! » s'écria Harry, désignant une sphère métallique rouillée adossée à une vieille boîte aux lettres.
Ils se précipitèrent vers elle et la saisirent. Immédiatement, une sensation de vertige les enveloppa. Le monde tourna autour d'eux comme une toupie incontrôlable. Un instant plus tard, ils furent projetés sur le sol, leurs pieds retrouvant un semblant de stabilité.
« On a eu de la chance. » souffla Harry, reprenant son souffle. « Une minute de plus, et on aurait été coincés ici. »
Ce ne fut qu'après leur retour au QG de l'Ordre, au petit matin, qu'Hermione réussit à se détendre. L'endroit commençait à s'agiter ; d'autres membres de la réfaction s'affairaient déjà à leurs tâches quotidiennes. Harry posa une main rassurante sur l'épaule d'Hermione.
« Bien joué, Hermione. Ta réactivité nous a sauvés. »
Elle lui rendit un sourire fatigué, les événements de la nuit encore frais dans sa mémoire.
« Donne-moi le grimoire. Je vais le montrer aux autres. Tu devrais aller te reposer, nous discuterons plus tard. » lui suggéra Harry.
Après lui avoir remis le grimoire, Hermione se dirigea vers sa chambre, chaque pas semblant plus lourd que le précédent. Elle s'allongea, mais malgré la fatigue, elle ne parvint à dormir que deux heures, certainement à cause de l'adrénaline résiduelle.
Lorsqu'elle émergea enfin, elle croisa Harry dans le hall.
« Je vais essayer de dormir un peu. » lui annonça-t-il. « Tout le monde nous a félicités. Ce bouquin est encore plus utile que nous le pensions. »
Il ajouta qu'Eustace Fawley, un expert en archimagie et membre de la Révolte des Yorkshire, allait l'examiner pour découvrir des failles dans les défenses de Gringotts.
« Au fait, j'ai parlé à Severus. Il est prêt à te donner des leçons d'Occlumancie dès aujourd'hui. C'est urgent. » affirma Harry.
Hermione acquiesça silencieusement, la tête encore plongée dans les autres grimoires qu'ils avaient récupérés. Les jours qui suivirent furent un enchaînement de leçons d'Occlumancie rigoureuses avec Severus et de longues heures passées à décortiquer les ouvrages subtilisés.
Les leçons d'Occlumancie étaient particulièrement ardues, compte tenu de son esprit constamment actif. Severus était un enseignant exigeant, mais Hermione s'investit corps et âme, ce qui sembla gagner son respect. Elle trouva, à sa surprise, qu'elle préférait son approche méthodique par rapport aux méthodes plus détendues d'Harry et Sirius. Ils semblaient partager une certaine affinité intellectuelle.
La majeure partie du temps, Harry était immergé dans des débats stratégiques avec les représentants des factions préparant l'assaut sur Gringotts. Lors d'une de leurs rares entrevues, Harry suggéra à Hermione :
« Tu devrais assister à la prochaine réunion stratégique. Ton avis serait précieux. »
Hermione acquiesça. Jusqu'à présent, elle avait hésité à se joindre à de telles discussions, doutant de la pertinence de ses contributions. Elle avait choisi de se focaliser sur ses domaines d'expertise, s'appuyant principalement sur ses lectures. En parcourant des ouvrages relatifs au Grand Conflit, certaines informations l'avaient interpellée.
« J'ai trouvé des informations sur une personne surnommée l'Immaculée. Est-ce lié à la faction dont tu parlais ? »
À son arrivée au sein de l'Ordre, Harry lui avait présenté les différentes factions de la Résistance qui formaient le F.L.O.P. L'une d'entre elles était appelée les Enfants de l'Immaculée. Contrairement aux autres factions, Hermione n'avait jamais rencontré de personnes liées à ce groupuscule.
Harry secoua la tête, intrigué mais incertain.
« Aucune idée. L'histoire, ce n'est pas vraiment mon domaine. Tu ferais mieux de poser cette question à Severus, il serait plus à même de t'éclairer. »
Hermione attendit patiemment la fin de sa séance d'Occlumancie avec Severus pour lui poser des questions sur ses lectures récentes.
« Au moment du Grand Conflit, juste avant l'ascension au pouvoir de Lord Voldemort, deux courants idéologiques principaux prédominaient. » lui expliqua Severus. « Le premier était celui des Fondamentalistes, également appelés les Disciples de Voldemort. Ils prônaient la suprématie du sang et aspiraient à une séparation définitive entre les Moldus et les sorciers. L'actuel régime découle en grande partie de cette vision. »
La suprématie des Sang-Pur sur les Sang-Impur et les Moldus était une idée ancestrale.
« Il existait également un autre courant, que peu de gens connaissent car les informations le concernant ont été censurées par la propagande du régime. On aurait pu qualifier ce mouvement de progressiste. Un groupuscule du nom d'E.D.E.N. était le fer de lance de cette idéologie. » poursuivit Severus.
« E.D.E.N ? » répéta Hermione, intriguée.
« Les Élus D'Egbert et Nestoria. » précisa Severus. « Bien qu'ils croient également à la supériorité des sorciers sur les non-sorciers, les progressistes ne croyaient pas à la hiérarchie parmi les sorciers. Dans cette idéologie, un Sang-Pur, un Sang-Mêlé, ou même un Né-Moldu sont considérés égaux du moment qu'il possède du sang magique. »
Hermione l'écoutait attentivement. C'était la première fois qu'elle entendait parler de ce courant.
« La seconde distinction se situait dans leur rapport aux Moldus. Les progressistes estimaient avoir le devoir moral d'aider les Moldus en raison de cette supériorité. Selon eux, les aptitudes des sorciers doivent être utilisée pour aider les Moldus à évoluer. Le groupuscule E.D.E.N a repris l'héritage d'une idéologie qui existe depuis bien plus longtemps. Les premiers progressistes ont discrètement soutenu les Moldus en matière de science, leur offrant potions et enchantements pour améliorer leur concentration ou leur réactivité, et par là, améliorer leur existence. Nombre de grands penseurs Moldus, spécialisés en physique, chimie, architecture et ingénierie ont reçu l'aide de sorciers. Au début, les sorciers le faisaient au grand jour et il existait une coexistence pacifique. Toutefois, une fraction des Moldus, influencés par des dogmes religieux, se sont mis à voir la magie d'un mauvais œil. Ils l'ont qualifié d'hérésie et ont commencé à traquer les sorciers et à tenter de les exécuter. C'est pour cette raison que le Code international du secret magique a été instauré. » expliqua Severus.
Hermione écoutait attentivement, captivée par ce qu'elle entendait. Elle était familière avec la loi de 1692 sur le secret magique, mais les éclaircissements apportés par Severus lui offrirent une nouvelle vision de la scission nette entre sorciers et Moldus, ainsi que des circonstances ayant mené à une telle résolution.
« Et qui étaient ces Egbert et Nestoria, exactement ? » s'enquit-elle.
« Egbert le Magnifique était un sorcier puissant du Moyen Âge, célèbre pour avoir remporté la Baguette de Sureau suite à un duel acharné contre Emeric le Mauvais. » expliqua Severus.
« La Baguette de Sureau ? » s'étonna Hermione. « Mais elle n'existe pas, n'est-ce pas ? Je pensais que c'était un mythe. »
« La Baguette de Sureau a bel et bien existé. Son dernier détenteur connu fut Albus Dumbledore. On prétend qu'il l'a détruite avant son duel avec Voldemort afin de l'empêcher de s'en emparer. » révéla Severus.
Hermione ouvrit la bouche, soufflée.
« C'est Egbert qui a porté l'idéologie progressiste. Il voyait les Moldus comme des êtres à guider, à l'instar de Nicolas Flamel. Vous avez sans doute entendu parler de lui ? » interrogea Severus.
« Le créateur de la Pierre Philosophale ? » s'exclama Hermione, toujours aussi stupéfaite.
« Exactement. Flamel et Egbert étaient contemporains et partageaient des idées similaires. Ils ont tous deux contribué à influencer bon nombre de découvertes moldues. »
« Alors, Egbert a lui aussi bénéficié de la Pierre Philosophale ? »
« Oui, l'Élixir de Vie créé par Flamel a été utilisé tant par ce dernier que par Egbert. » confirma Severus.
Hermione fronça les sourcils.
« Qu'est-il advenu de lui, ensuite ? Egbert ? »
« Il a consacré une grande partie de sa vie à guider les Moldus dans l'élargissement de leur savoir, aboutissant à d'étonnantes inventions. Cependant, ces progrès ont parfois été détournés pour la guerre et d'autres fins néfastes. Egbert a alors pris conscience des limites de son idéologie. Malgré ses bonnes intentions, il offrait un outil puissant qui pouvait être utilisé à des fins sinistres, comme pour concevoir des armes destructrices. La guerre de Cent Ans des Moldus est un exemple. Après cette période, il a essayé d'approcher les Moldus sous un nouvel angle, mais les résultats furent semblables. Même s'il sélectionnait méticuleusement les esprits brillants, certains déviaient inévitablement. On dit qu'il a vu cela comme un échec personnel et, avec l'essor des persécutions envers les sorciers, il a cessé de prendre l'Élixir de Vie de Flamel. Il est mort quelques années avant la mise en place du Code international du secret magique. »
Hermione était fascinée par ce qu'elle venait d'apprendre.
« Et Nestoria ? Qui est-elle ? » interrogea-t-elle.
« Une descendante d'Egbert qui a vécu pendant la période du Grand Conflit. Elle a continué à répandre les idées que son ancêtre Egbert a jadis proposées. C'est grâce à elle qu'E.D.E.N. a vu le jour. » expliqua Severus. « Son groupe voulait une autre destinée pour le pays. Mais l'idée n'est jamais dans le courant dominant à cause des fondamentalistes et de leurs efforts de propagande. Avec le temps, les idées d'E.D.E.N. se sont dissipées dans la nature. »
« Existe-t-il toujours des Sang-Purs qui partagent cette vision progressiste ? » demanda-t-elle, les yeux brillants d'intérêt.
« Sans doute, mais ils doivent dissimuler leurs convictions. Elles ne seraient guère appréciées par les fondamentalistes du régime actuel. Et le courant a perdu sa vigueur après la mort de Nestoria. » répondit Severus, la voix traînante, lourde de sous-entendus.
« Comment détenez-vous ces connaissances ? C'est si rare de trouver des informations sur ces sujets. » interrogea Hermione, soufflée.
La majeure partie de la littérature pré-régime avait été éradiquée, supplantée par la propagande de Voldemort et des Treize Sacrés. Même dans la riche bibliothèque d'Aelius, les textes consultés étaient évasifs.
« Grâce aux Journaux de Dumbledore, » déclara simplement Severus.
« Que voulez-vous dire ? »
« Dumbledore a amassé un savoir considérable. Il a consigné cette érudition dans de nombreux écrits. Il était, par exemple, très proche de Nicolas Flamel, qui lui a confié certains secrets. Une fraction de ces journaux a été sauvée par la Résistance après sa disparition. Certains ont été perdus, d'autres détruits, et quelques-uns ont été dispersés après la dissolution de l'Armée de Dumbledore. L'Ordre du Phénix en a conservé quelques-uns. J'ai eu l'opportunité, avec un autre membre de notre groupe, de les examiner minutieusement. » expliqua Severus, son visage habituellement impassible trahissant une ombre de douleur.
Hermione ressentit une vague de curiosité en le voyant afficher une telle émotion. Elle brûlait de savoir à qui il faisait référence, mais décida de ne pas insister. La conversation se termina là. Lorsqu'elle quitta la pièce pour regagner sa chambre, l'esprit de Hermione était en ébullition, agité par les révélations de Severus.
Le lendemain, Harry informa Hermione d'une réunion imminente avec le conseil de l'Ordre et des représentants de diverses factions. Chaque groupe contribuerait avec ses spécialités à l'assaut de Gringotts : les duellistes du Yorkshire, les infiltrés des Goules Insoumises et les contreurs de sorts aguerris de la Ruée Hostile.
En route pour la salle du conseil de l'Ordre, Harry s'adressa à elle :
« Severus a-t-il répondu aux questions que tu te posais ? »
Hermione hocha la tête avec véhémence.
« Plus que je ne l'aurais imaginé. » admit-elle, reconnaissante. « Merci. »
« Je n'en doutais pas. Il est très érudit, » confirma Harry.
« Il a mentionné les journaux de Dumbledore. Les as-tu lus ? »
« Non, ce n'est pas vraiment mon genre de lire les élucubrations interminables d'un vieil homme. Je connais les grandes lignes grâce à Severus et à ma mère. C'est tout. » dit Harry.
« Ta mère ? » demanda Hermione, surprise.
« Oui, Rogue et elle les ont analysés en détail et nous ont transmis leurs conclusions. » expliqua-t-il. « C'était plus dans leurs cordes. Sirius et mon père n'étaient pas vraiment intéressés par cela. »
Hermione resta silencieuse, pensive. Lily Potter était probablement cette « autre » personne évoquée par Severus.
« Severus et ma mère étaient de bons amis. Elle était sans doute la seule qu'il tolérait vraiment dans le groupe. » ajouta Harry. « Deux rats de bibliothèque, comme toi – sans vouloir te vexer. »
Hermione secoua la tête, nullement offensée.
« C'est sans doute pour cela que Severus t'apprécie. » poursuivit Harry.
« Tu penses qu'il m'apprécie ? » s'étonna-t-elle
« Oui, il n'est pas du genre à socialiser, mais il passe beaucoup de temps avec toi pour les leçons d'occlumancie. Le fait qu'il t'ait parlé des journaux en est une autre preuve. Ce qui ne me surprend pas, d'ailleurs. Tu es une jeune femme très intelligente et s'il y a une chose que Severus respecte, c'est bien l'intelligence. »
Hermione ne répondit pas, mais se sentit flattée. Elle appréciait également le temps passé avec Severus et était heureuse d'entendre que le sentiment était réciproque.
« Il a dit que l'Ordre détenait certains journaux de Dumbledore. Sais-tu où sont les autres ? »
« Ceux qui n'ont pas été détruits ou perdus se trouvent entre les mains des Enfants de l'Immaculée. »
Les Enfants de l'Immaculée étaient une faction que Hermione connaissait seulement de réputation. Elle n'avait pas encore croisé leurs membres. D'après Harry, ce groupe, principalement formé de Sang-Purs, prônait une résolution pacifique et était ouvert au dialogue avec le régime.
« Amelia Bones, la dirigeante de leur faction, s'est toujours montrée réticente à partager les informations qu'elle a pu extraire des journaux en sa possession. » ajouta Harry avec une certaine gravité.
Leur conversation s'interrompit lorsqu'ils parvinrent à l'édifice abritant la salle du conseil de l'Ordre. Passant sous un portrait imposant d'Albus Dumbledore, ils entrèrent dans la pièce déjà grouillante d'activité. Une douzaine de personnes, issues de quatre factions distinctes, étaient assises, attendant le début de la réunion.
« Merci d'avoir répondu présents. » commença Sirius en inclinant la tête en signe de respect. « Nous sommes ici pour discuter de l'avancement de l'opération Gringotts. Je tiens à remercier Eustace Fawley de la Révolte du Yorkshire, qui a déchiffré les plans et identifié des failles dans la sécurité de la banque. »
D'un geste, Sirius désigna l'homme en question, aux traits marqués mais dont les yeux scintillaient d'intelligence.
« Grâce aux documents que vous avez obtenus, » reprit Fawley, adressant un signe de gratitude à Hermione et Harry, « nous avons appris l'existence de tunnels secrets reliant Gringotts aux Mines des Gobelins. »
Il déroula un épais parchemin sur la table au centre de la pièce.
« Ces tunnels s'étendent sur plus de deux kilomètres. » enchaîna Sirius. « Mais soyons clairs, ce n'est pas une forteresse que l'on pénètre facilement. Depuis sa fondation, aucun sorcier n'a réussi à en franchir les défenses sans autorisation. Nous aurons besoin d'un plan extrêmement bien conçu, d'une connaissance précise des lieux et de renseignements actualisés en temps réel. »
D'un doigt assuré, il pointa un endroit sur la carte déployée devant eux.
« L'opération se déroulera en deux phases simultanées. Un premier groupe attaquera Gringotts pour créer une diversion et attirer la majorité des forces de l'ordre. La véritable attaque, elle, se déroulera dans les Mines des Gobelins, où l'or est extrait et forgé avant d'être acheminé secrètement vers Gringotts. »
Sirius expliqua le plan en détail et Hermione écouta avec attention, impressionnée par le niveau de collaboration et d'expertise dont chacun faisait preuve. Pendant un instant, il sembla que toutes les querelles et les différences entre les factions s'étaient estompées, laissant place à un objectif commun. Chacun apportait son expertise pour affiner le plan. Même Sturgis Podmore, le leader de la Révolte du Yorkshire, contre toute attente, contribuait de manière constructive sans son habituel cynisme. Lorsque l'exposé de Sirius toucha à sa fin, il déclara :
« Cependant, il nous reste encore une question cruciale à résoudre pour assurer le succès de cette opération. » indiqua-t-il en marquant une pause, captant l'attention de tous. « Nous devons trouver un moyen de convaincre les Gobelins que c'est le Ministère et le Coven Sacré qui sont derrière l'attaque. »
L'enjeu était de taille : déstabiliser le régime en frappant son économie, et profiter des tensions existantes entre le gouvernement et les Gobelins pour semer la discorde.
« Nous devons être irréprochables. Il est impératif que la Résistance ne soit pas associée à cette attaque, » ajouta Sirius, son visage marqué par la gravité de la situation.
Hermione, qui avait jusque-là écouté attentivement, intervint pour la première fois :
« Pourquoi ne pas utiliser des leurres ? Quelques-uns pourraient "malencontreusement" perdre leur masque durant l'offensive, se dévoilant ainsi aux Gobelins. Ils pourraient avoir recours au Polynectar ou à une potion similaire. »
La proposition sembla trouver écho parmi l'auditoire.
« C'est une excellente suggestion, Hermione, » acquiesça Harry. « Et pour la crédibiliser davantage, nous pourrions disséminer de fausses preuves associées, de près ou de loin, au Ministère. »
« Vous oubliez un problème de taille : nous ne disposons pas de Polynectar. Les ingrédients nécessaires à sa préparation sont en pénurie depuis longtemps. » rappela Severus.
« En réalité, nous avons une petite quantité à notre disposition. » intervint Sturgis Podmore, à la surprise générale. « J'ai des contacts bien placés qui nous ont fourni les ingrédients nécessaires.
« Les rumeurs sont donc vraies. » commenta Sirius avec dédain. « Vous faites des affaires avec la pègre du régime. »
« Des temps extraordinaires appellent des mesures extraordinaires. » répliqua Sturgis sèchement. « Nous sommes en guerre. Pas le temps pour des idéaux dépassés. »
« Et comment pouvez-vous faire confiance en ces gens ? Qui vous dit qu'on ne vous fournit pas des ingrédients altérés ou que ce n'est pas un piège ? »
« Ça fait des années que nous nous fournissons chez eux. Le business de la guerre est lucratif pour ces gens. S'il y a une chose que je sais, c'est que l'argent l'emporte toujours sur le reste. » avança Sturgis de façon péremptoire.
La tension était palpable, mais Sirius se contenta de répondre avec un rictus. Il n'allait visiblement pas contester l'argument.
« Très bien, si vous avez des doses de Polynectar à disposition, utilisons-les. » déclara Sirius.
« Et si l'un des leurres est tué pendant l'attaque ? Il reprendra sa véritable apparence et tout le plan tombera à l'eau. » fit remarquer un membre de l'assemblée.
« Seuls nos meilleurs duellistes seront chargés d'être des leurres, minimisant ainsi les risques. » proposa Dearborn, le chef des Goules Insoumises.
Son idée fut approuvée par tous.
« Il nous reste cependant un autre problème à résoudre. Comment allons-nous obtenir des cheveux des officiers du Ministère ? » reprit Sirius, scrutant l'assemblée.
« Certains de nos agents infiltrés pourraient s'en charger. » avança quelqu'un.
« Oui, mais nombre d'entre eux sont surveillés de près depuis le dernier attentat. Ils doivent rester discrets et ne pas prendre de risques, car ils sont déjà suspectés. Un faux pas pourrait tout compromettre. » renchérit Remus Lupin.
Un silence pesant s'installa. Chacun mesurait l'ampleur du risque. Il faudrait une personne ayant accès aux hautes sphères du Ministère, et qui, de préférence, ne serait pas suspectée.
Comme un éclair, une idée traversa l'esprit d'Hermione. Elle leva la main et tous les regards convergèrent vers elle.
« Je crois connaître la personne qui pourrait nous aider. » dit-elle.
On se demande bien de qui elle parle... :p
J'espère que ce chapitre vous a plu ! Cela faisait un bon moment que Théodore n'avait pas fait son apparition. Heureusement, Détective Pansy et son assistant réticent Draco étaient là pour élucider ce mystère.
À vos plumes !
Fearless
