Valeur et vigueur,

Ça fait un moment ! Avant tout bonne année ! Je me marie dans trois mois, donc j'ai beaucoup de préparatifs à gérer ces derniers temps. C'est pourquoi mes publications sont un peu plus tardives que d'habitude.

Un grand merci à Jiwalumy, Sarah MAES, Fleur d'Ange et Lestrange-maria (welcome back!) pour vos reviews. Des cœurs sur vous.

Récapitulatif des chapitres précédents :

Peter Pettigrow a trahi la Révolte du Yorkshire, le groupe rebelle auquel il appartenait, en divulguant la localisation de leur base au régime. Ils ont été attaqués par un escadron de la mort connu sous le nom des 'Sans-Visages'. Cette armée secrète et redoutable, créée par un projet expérimental du Département des Mystères, est composée de soldats devenus des machines à tuer après avoir subi de longues tortures physiques et des manipulations mentales. Peter s'est échappé avant d'être capturé par ses anciens alliés. (Chap 61)

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LXVIII. Âme Damnée

Du plus loin qu'il s'en souvenait, Peter Pettigrow avait toujours été un laissé-pour-compte. Son existence se définissait par une médiocrité palpable, rendue d'autant plus visible par l'indifférence générale à son égard. Peter était transparent, ignoré et invisible.

Il était juste là.

Peter n'avait rien de spécial. La nature ne l'avait pas doté d'une intelligence fulgurante, ni même d'un physique avantageux et encore moins d'un charisme naturel. Sa stature, plutôt modeste pour un garçon de son âge, accompagnée de son embonpoint et de ses yeux légèrement enfoncés dans leurs orbites, ne contribuaient guère à lui conférer un air attractif.

Même au sein de sa propre famille, son sentiment d'effacement subsistait. On lui préférait son frère aîné — bien plus intelligent et charmant — devant lequel Peter faisait bien pâle figure. Ironiquement, ou peut-être par un certain sadisme, l'univers semblait avoir une propension à toujours associer des personnes transparentes dans son genre à celles qui brillaient de mille feux.

Son arrivée à Poudlard n'avait fait que renforcer cette dynamique. Peter avait immédiatement saisi d'admiration devant ceux qui deviendraient ses plus proches amis et, paradoxalement ceux qui engendraient chez lui un profond sentiment d'infériorité.

Peter avait été séduit par le charisme et la confiance que dégageaient James Potter et Sirius Black, choses rares chez les enfants de leur âge. Tandis qu'ils voguaient vers le château, assis derrière eux dans la barque, ce n'était pas la magnificence de Poudlard qui l'impressionnait mais l'aura que les deux garçons dégageaient.

En retrait, il s'était contenté d'écouter leurs échanges, les yeux brillants d'admiration. James se vantait d'une longue lignée de Gryffondor tandis que Sirius, dans un élan rebelle, rejetait l'héritage familial de Serpentard. Déterminé à contrarier ses parents, celui-ci avait affirmé, avec une assurance débordante, qu'il exigerait d'être envoyé à Gryffondor, peu importe l'avis du Choixpeau. Sirius Black était un rebelle dans l'âme - ce que Peter apprendrait au fil des années suivantes.

Lors de la répartition, Sirius fit exactement ce qu'il avait promis et fut réparti à Gryffondor, provoquant la surprise générale chez les Serpentard, préparés à accueillir un membre des Treize Sacrés dans leurs rangs. Pendant que les applaudissements jaillissaient de toutes parts, Peter s'était extasié devant la bravoure et l'audace de Sirius. Une fois son tour venu, allant à l'encontre du Choixpeau qui lui suggérait Serpentard, Peter choisit également une autre voie :

« Alors, ce sera… GRYFFONDOR ! »

L'euphorie l'envahit au son des applaudissements. D'un pas joyeux, il rejoignit la table de Gryffondor, non loin de Sirius qui lui adressa un signe de tête, comblant Peter de bonheur.

Ses premières semaines à Poudlard lui apprirent une leçon amère sur la vie. La nature était injuste et inégalitaire. En plus d'être incroyablement beaux garçons, James et Sirius étaient des élèves brillants, excellant en classe sans effort apparent, tandis que Peter peinait à suivre. Il les observait de loin, tiraillé entre un désir ardent et une jalousie indéniable, aspirant à se baigner ne serait-ce qu'un instant dans leur lumière.

Peter dut faire face aux conséquences du choix de sa maison. Son frère Callum, en quatrième année à Serpentard, semblait interpréter la décision de Peter de rejoindre Gryffondor comme une invitation à le maltraiter davantage. Callum, chef de bande d'un petit groupe de brutes à la réputation notoire au sein de l'école, décréta que Peter serait leur souffre-douleur attitré.

Un jour, on l'enferma dans un placard à balais, au milieu des bruissements de rats et d'autres créatures auxquelles il ne préférait pas penser. Ses assaillants prirent évidemment le soin de lâcher une bombe puante à l'intérieur du placard étroit. L'odeur nauséabonde provoqua la nausée de Peter.

La porte du placard à balais s'ouvrit brusquement et la lumière du couloir aveugla presque Peter. L'identité de ses sauveurs lui fit écarquiller les yeux. Il rencontra ceux, curieux, de James et Sirius. Apparemment, lors d'une exploration interdite des couloirs de l'école après le couvre-feu, une activité à laquelle ils se livraient régulièrement, ils avaient entendu les complaintes étouffées de Peter. James et Sirius avaient d'abord cru tomber sur une créature interdite ou un gadget intéressant, caché à l'intérieur.

« Merci. » balbutia Peter avec reconnaissance, effaçant ses larmes.

Il se sentait un peu stupide de pleurer ainsi devant eux, ressentant un mélange de soulagement et de terreur suite à l'expérience traumatisante de l'enfermement.

« C'est vraiment ton frère qui t'a enfermé là-dedans ? » demanda James, les sourcils froncés, pendant qu'ils se faufilaient discrètement dans les couloirs, échappant à Rusard, le concierge.

Peter acquiesça silencieusement, baissant la tête, submergé par la honte et la frustration.

« Depuis que j'ai été réparti à Gryffondor, il me rend la vie infernale. Il est à Serpentard. » précisa Peter face à leurs regards interrogateurs.

« On dirait que ma famille n'est pas la seule à avoir ce genre d'obsessions. » commenta Sirius avec un sarcasme.

D'un ton mi-amusé, mi-blasé, il mentionna la beuglante incendiaire qu'il avait reçue de la part de sa mère, une femme qu'il décrivait comme affreuse et castratrice. L'antipathie de Sirius envers cette dernière était évidente. Peter apprit que Sirius, tout comme lui, entretenaient des relations tendues avec sa propre famille. La famille Black était une dynastie originelle des Treize Sacrés. En tant qu'aîné, Sirius était destiné à prendre la succession en tant que Gouverneur du clan, une responsabilité lourde pour un enfant si jeune.

Il ne semblait guère intéressé par la perspective et une rancœur palpable suintait de sa voix lorsqu'il abordait le sujet. Peter trouvait cela curieux. Il aurait tout donné pour être né au sein d'une famille aussi prestigieuse, et qu'un tel destin lui soit réservé. Il aurait aimé être contemplé avec admiration et traité avec déférence partout où il passait. L'univers, cruellement injuste et ironique, offrait des privilèges à ceux qui les désiraient le moins.

Suite à leur aide inattendue, Peter commença à passer plus de temps avec James et Sirius.

« Fais-nous signe si ton frère et sa bande de fangieux tourbeux te cherchent des noises. On s'occupera d'eux. » promit James.

Il s'ensuivit plusieurs semaines de farces interposées entre James et Sirius et le groupe de Callum. Peter, ravi d'être défendu par des amis plus jeunes mais redoutables, assistait à ces affrontements avec une satisfaction croissante. Finalement, après un mois de souffrances dues à des furoncles explosifs qui l'empêchaient de s'asseoir sans causer une provoquer une explosion malodorante et douloureuse, Callum capitula. Les railleries cessèrent, et Peter gagna en assurance.

Sa joie fut immense lorsqu'il fut officiellement intégré dans le duo, formant désormais un trio. Toutefois, il s'aperçut que l'attention qu'il recevait n'était pas pour lui-même, mais pour sa proximité avec James et Sirius. Néanmoins, il ne s'en formalisa pas, trouvant dans leur sillage un respect qu'il n'avait jamais connu, après avoir vécu toute son existence dans l'ombre.

Leur groupe s'élargit encore pendant leur troisième année avec l'arrivée de Remus Lupin, un garçon à la silhouette frêle et à l'allure souffrante. Lors d'une escapade nocturne à Pré-au-Lard, ils décidèrent de prolonger leur visite au-delà des heures autorisées, explorant le village devenu leur nouveau terrain de jeu, au grand dam du personnel scolaire. Armés de la cape d'invisibilité de James, ils se faufilaient discrètement dans tous les recoins de Pré-au-Lard.

Une de leurs excursions les mena à la Cabane Hurlante, réputée hantée en raison de cris déchirants qui s'en échappaient parfois. La maison, barricadée de planches, semblait impénétrable. Cette nuit-là, sous une pleine lune, alors qu'ils erraient dans les rues désertes de Pré-au-Lard, des bruits étranges émanèrent de la maison. Le village s'était endormi et l'agitation des heures précédentes s'était atténuée avec le départ des derniers visiteurs.

« Les gars… » commença Peter, sa voix trahissant une nervosité évidente. « Vous êtes sûrs que c'est une bonne idée ? »

« Pour l'amour de Voldemort, arrête de jouer les mauviettes, Peter. Nous allons enfin percer le mystère de cette cabane. » rétorqua Sirius, son excitation palpable.

Peter ne répliqua pas, blessé par la remarque. Parfois, Sirius pouvait être particulièrement dur envers lui. Il ne faisait preuve d'aucun tact, et les doutes de Peter semblaient profondément l'irriter. C'était généralement James qui jouait les médiateurs entre eux, ce que Peter appréciait grandement. Il avait parfois l'impression que Sirius le tolérait uniquement parce que James le persuadait de le faire. Rien de ce que faisait Peter ne semblait trouver grâce à ses yeux. James, en revanche, agissait différemment, semblant même apprécier l'admiration que Peter lui vouait.

« J'ai trouvé une entrée ! » s'exclama James, revenant vers eux après une longue exploration. « J'ai repéré l'entrée d'une cave, et je suis presque sûr qu'elle mène à l'intérieur de la cabane. J'ai même vu quelqu'un y entrer. »

L'air excité, Sirius s'élança après James, bousculant Peter au passage. Malgré ses réticences, Peter les suivit, peu désireux de se retrouver seul. Ils pénétrèrent dans la cave, descendant un escalier rongé par le temps. Plusieurs fois, Peter faillit trébucher, mais James le rattrapa à chaque fois. Après de longues minutes de marche dans un tunnel poisseux, ils atteignirent finalement la fin du passage.

« Lumos. » murmura James, illuminant les alentours de sa baguette.

« Tu es sûr d'avoir vu quelqu'un entrer ici, James ? » demanda Sirius, dégoûté par l'état des lieux.

L'endroit, insalubre, contrastait fortement avec le confort et les belles choses auxquels Sirius, issu de la haute société sorcière, était habitué. Il portait toujours des tenues élégantes et parfaitement taillées. Avec sa beauté et son charme renversants, il attirait les regards rêveurs de leurs condisciples féminines.

« Certain. » confirma James, scrutant les lieux attentivement. « Mais où a-t-il bien pu passer ? »

Ils se trouvaient dans une vaste remise, envahie d'étagères brisées et couvertes de poussière. L'endroit semblait abandonné depuis des lustres.

« Vous entendez ça ? » chuchota soudain James.

Des battements sourds commencèrent à résonner, attirant leur attention. James, toujours aussi téméraire, fut le premier à s'avancer dans le couloir sombre qui se présentait devant eux, menant à une porte close.

« Ça vient de-là. » indiqua-t-il l'excitation audible dans sa voix basse.

Des bruits métalliques se mêlaient à des grognements gutturaux, presque bestiaux. Peter sentit la peur l'envahir. Quelle que fût la créature derrière cette porte, elle n'annonçait rien de bon.

« On devrait partir, les gars. Je ne veux pas rester ici. » plaida Peter, sa voix frémissante.

Comme d'habitude, ses amis l'ignorèrent.

« Qu'est-ce que ça peut bien être ? » murmura Sirius, intrigué.

« On dirait une créature sauvage. Mais le type que j'ai vu entrer est forcément quelque part, ici. » insista James, les sourcils froncés, visiblement stimulé par le mystère. « Il n'y a aucune autre sortie. »

Sirius leva les yeux au ciel, résigné, avant de le suivre. James, le plus téméraire des trois, les entraînait toujours dans des situations rocambolesques. Généralement, Sirius l'accompagnait, motivé par l'ennui ou l'excitation, tandis que Peter, craignant d'être laissé pour compte, se sentait contraint de suivre. Il savait pertinemment qu'ils continueraient sans lui. Parfois, il aimait se voir comme la voix de la sagesse, tentant de les pousser à la prudence. Ses tentatives étaient rarement fructueuses.

« Essayons d'entrer. Peut-être que c'est ce type qui fait une mauvaise plaisanterie et alimente les rumeurs. » avança James. « Je veux en avoir le cœur net. »

Une lourde planche, maintenue par un imposant cadenas, barricadait la porte devant eux.

« Regardez » dit James avec un rire nerveux. « La clé du cadenas est posée dessus. On peut l'ouvrir. »

« C'est bizarre. » commenta Sirius, les sourcils froncés.

Pourquoi quelqu'un aurait-il cadenassé la porte tout en laissant la clé à portée de main ? Cela n'avait aucun sens. Était-ce un piège grossier ?

« James, attends ! » s'écria Peter.

Mais il était déjà trop tard. James avait inséré la clé dans le cadenas, qui s'ouvrit avec un bruit sourd. D'un geste de sa baguette, il fit léviter la planche et poussa la porte.

À l'intérieur, ils découvrirent une petite pièce de fortune, ressemblant vaguement à une chambre d'enfant. Des jouets usés et des peluches parsemaient le sol. Mais ce qui captiva l'attention de Peter était la créature imposante gisant au milieu. Son flanc se soulevait au rythme de respirations lentes et entrecoupées de gémissements plaintifs, témoignant de sa souffrance. Lorsque la créature tourna vers eux ses grands yeux jaunes, Peter se figea, horrifié. Les grognements, jusque-là paisibles, se muèrent en grondements menaçants. La bête retroussa ses babines, dévoilant des crocs pointus. Elle poussa un hurlement glacial, et bondit soudain vers eux, une leur folle et sauvage dans ses yeux.

Les cris des trois garçons se mêlèrent en un écho synchronisé avec ceux de la bête sauvage. La créature, déchainée, s'arrêta brusquement, à quelques centimètres de Peter. Des chaînes fixées à son cou et ses pattes arrière l'empêchaient d'avancer davantage. Sans hésiter, Peter recula précipitamment vers le tunnel, terrorisé.

En jetant un regard derrière lui, il vit que James et Sirius avaient refermé la porte. Derrière, les hurlements furieux de la bête résonnaient encore. Peter s'engouffra de nouveau dans le tunnel et remonta à toute vitesse les marches des escaliers, cherchant refuge à l'extérieur. Essoufflé et tremblant de tout son long, il s'adossa contre le mur de la maison. Peu après, James et Sirius apparurent à la surface, visiblement secoués.

« Tu aurais pu nous aider ! » reprocha James, une pointe d'accusation dans la voix. « On a failli y passer. »

« Je t'avais dit qu'on n'aurait pas dû l'emmener. » lança Sirius, jetant un regard désapprobateur à Peter. « Il ne fait que nous ralentir. »

La colère monta en Peter à ces mots. Comment osaient-ils l'accuser alors qu'il avait été le seul à faire preuve de prudence ?

« Je vous avais prévenus que c'était dangereux. » rétorqua Peter, sa frustration évidente.

James eut la délicatesse de se montrer navré.

« J'ai remarqué quelque chose d'étrange dans la pièce. » informa-t-il. « Des vêtements... ceux que portaient le garçon que j'ai vu entrer. »

Ils échangèrent des regards interloqués.

« Tu as dû te tromper. » répliqua Sirius. « Cette chose n'avait rien d'humain. »

Peter frissonna. Et si la créature avait dévoré la personne vue par James ?

« Attendons. D'après les rumeurs, les bruits s'arrêtent à l'aube. » informa James. « On reviendra voir ce qui se passe. »

« Tu... Tu veux qu'on retourne là-dedans ? » s'écria Peter, l'horreur dans la voix.

« Oui. On n'a pas fait tout ça pour rien. Je veux savoir ce qu'il en est. » insista James.

Peter le fixa, effaré.

« Si tu préfères rentrer à Poudlard, libre à toi, Peter. » rétorqua Sirius avec désinvolture avant de s'éloigner vers la barrière. « Tu ne nous serais pas d'une grande utilité de toute façon. »

Peter ressentit une vague de tristesse face à ces paroles blessantes. Encore une fois, Sirius le traitait comme un moins que rien. Comme si James percevait son trouble, il posa une main réconfortante sur son épaule.

« Ne fais pas attention à lui. Il s'est encore disputé avec sa famille. » confessa James d'un ton compatissant avant de reprendre ses investigations autour de la maison.

Le frère cadet de Sirius, Regulus, venait d'intégrer Poudlard et avait été réparti à Serpentard, suscitant la fierté de leur mère. Cela avait donné à cette dernière l'occasion d'adresser à Sirius une nouvelle vague de critiques acerbes, exprimant sa profonde déception envers lui. Peter savait que la situation familiale de Sirius pesait lourdement sur son comportement.

Cette fois, pourtant, Peter décréta qu'il en avait assez. Il n'avait rien fait pour mériter ce traitement, surtout lorsqu'il s'efforçait de tout faire pour s'attirer ses grâces. Fatigué d'être le bouc émissaire de Sirius, il décida de confronter la situation. Prenant son courage à deux mains, Peter s'approcha de Sirius. Ce dernier, appuyé contre un muret, s'amusait avec des grenouilles à galets. Il les lançait avec force, les observant rebondir sur la surface du lac et parcourir plusieurs mètres à chaque bond. Les grenouilles semblaient ravies de cette activité, à en juger par la demi-douzaine d'entre elles qui sautillaient impatiemment autour de lui, attendant leur tour d'être propulsées. Une fois lancées, elles revenaient en bondissant vers Sirius, prêtes à être relancées dans leur vol aérien.

À l'approche de Peter, Sirius se retourna, intrigué. Lorsqu'il le reconnut, une once de déception apparut dans son regard sombre et il reprit son activité, ignorant royalement Peter.

« S… Sirius. » bégaya Peter. « Je veux te parler. »

« Eh bien, parle. » répondit Sirius sans se retourner, lançant une autre grenouille.

« Écoute-moi ! » s'exclama Peter, sa propre audace le surprenant.

Surpris par son éclat soudain, Sirius se tourna vers lui, un sourcil levé.

« J'aimerais savoir ce que je t'ai fait. » débuta Peter, plus assuré.

« De quoi tu parles ? » demanda Sirius, confus.

« Pourquoi me traites-tu ainsi ? Je pensais qu'on était amis. »

Sirius leva les yeux au ciel.

« Ah, tu as enfin décidé de te rebeller ? Après tout ce temps ? Quel Botruc t'a piqué ? » demanda Sirius avec moquerie.

« Quel est ton problème avec moi ? » insista Peter, résolu.

« Aucun. » répliqua calmement Sirius.

« Alors, pourquoi ce mépris ? »

La voix de Peter tremblait d'émotion. Sirius le regarda avec un mélange de pitié et d'exaspération.

« Je n'aime pas les victimes, ni les gens sans personnalité. Tu ne te lasses pas d'être un simple faire-valoir ? Un petit lutin suiveur derrière nous ? N'as-tu donc pas la moindre fierté ? » cracha Sirius d'une voix venimeuse.

Peter resta interdit, ses illusions s'effondrant. Jamais il n'avait envisagé que son comportement puisse irriter Sirius à ce point.

« Quel est l'intérêt d'être ami avec un manche à balai ? » acheva Sirius avec dédain.

Peter lui jeta un regard blessé, heurté par ces mots.

« Et pourquoi m'avoir aidé ce jour-là, en première année ? Si c'est pour me traiter ainsi ? » demanda Peter d'une voix chargée d'émotion, sentant les larmes lui monter aux yeux.

Peter avait toujours été persuadé qu'ils voulaient former une amitié avec lui. Que c'était pour cette raison qu'ils l'avaient aidé contre les brimades de Callum et qu'ils l'avaient pris sous leurs ailes.

La question sembla prendre Sirius au dépourvu.

« Parce que ton frère et ses amis étaient les brutes de l'école à l'époque et qu'on voulait leur prouver qu'ils avaient trouvé des adversaires de taille. Ça nous a servi de prétexte pour leur donner une leçon. Peter, tu ne…Tu ne croyais tout de même pas que c'était pour toi ? » demanda Sirius avec stupéfaction, comme si le fait que Peter ait pu caresser l'idée le médusait.

Un mélange de sentiments submergea Peter : humiliation, douleur, déception. Il n'avait fait que se voiler la face tout ce temps sur les véritables intentions de ses supposés amis à son égard. Il sentit une peine perçante dans sa poitrine et les larmes commencèrent à lui remplir les yeux. Et, pourtant, au lieu de s'en remettre à son habituel apitoiement, un autre sentiment s'immisça en lui. Quelque chose auquel il n'était pas habitué.

De la rage.

Aveuglé par l'émotion, il fonça sur Sirius et le bouscula de toutes ses forces, le faisant chuter au sol. Il savait qu'il ne gagnerait pas un duel magique contre Sirius alors il décida d'utiliser un moyen plus primal, qui lui donnerait peut-être l'avantage.

La surprise de Sirius fut brève, et une lutte physique s'ensuivit, les deux garçons roulant sur l'herbe. Sirius tenta de repousser Peter, mais ce dernier, étant plus lourd, ne lui rendit pas la tâche facile. Peter envoya son poing avec force dans la figure de Sirius, atteignant le milieu de son nez et provoquant un craquement sonore. Il avait frappé de toutes ses forces.

« Arghh. Enfoiré ! » s'écria Sirius. « Mon nez ! »

Avec un cri frustré, il envoya son pied en direction de Peter, lui atteignant le ventre. Ce dernier gémit de douleur. Ils commencèrent à lutter de manière désordonnée sur l'herbe, se battant à la manière moldue, chacun essayant de prendre le dessus sur l'autre.

« Qu'est-ce que vous foutez ? » s'écria une voix choquée.

Peter fut projeté en arrière, tout comme Sirius. James se tenait entre eux, sa baguette levée, un regard incrédule sur son visage.

« Mais qu'est-ce qui vous prend, pour l'amour de Voldemort ? Vous avez complètement perdu la tête ? » s'exclama-t-il.

« Demande à ce troll des cavernes. Il m'a attaqué sans raison. » répliqua Sirius en se redressant, l'air furieux.

« Je t'ai attaqué, car tu es un connard de première classe, Sirius Black. » hurla Peter, se préparant à charger de nouveau.

James agita rapidement sa baguette, immobilisant Peter.

« STOP ! » rugit-il. « Je ne sais pas ce qui se passe entre vous mais c'est inacceptable. Je refuse de rester là pendant que mes meilleurs amis s'entretuent. »

Peter ressentit une vague de soulagement en entendant James le qualifier de meilleur ami. En entendant les paroles détestables de Sirius quelques instants plus tôt, il avait craint que James ne partage les mêmes sentiments à son égard.

« Ce n'est pas le moment. Je vous rappelle qu'on a une situation plus pressante à gérer. » gronda James entre ses dents. « Est-ce que je peux compter sur vous pour vous tenir tranquilles ? »

« Pose la question à ce fou furieux. » lança Sirius, pointant Peter du doigt.

« Peter ? Tu es calmé ? » insista James.

Peter hocha la tête, à contrecœur. La rage qui l'avait emporté se dissipa.

« Oui, c'est bon. » dit-il.

« Et toi, Sirius ? » demanda James.

« Ouais, c'est bon. » répondit Sirius, toujours agacé.

La tension s'atténuant, James baissa sa baguette. Sirius se releva et se dirigea vers Peter, d'un air décidé. Ce dernier l'observa, l'air un peu appréhensif, s'attendant à une riposte. À sa grande surprise, Sirius se posta devant lui, l'air impérieux et il lui tendit la main. Peter hésita, mais finalement, accepta son aide pour se relever. Sirius le regardait avec une lueur nouvelle dans les yeux.

« Eh bien, Peter. Je ne savais pas que tu avais ça en toi. » dit-il avec une pointe d'admiration.

Dans sa voix, Peter décela une once d'admiration et de respect. Il tombait des nues.

« Tu m'as vraiment cassé le nez, connard. » ajouta Sirius en lui tapotant chaleureusement l'épaule.

« Désolé. » murmura Peter.

« Ne t'excuse pas, je l'ai bien mérité. » admit Sirius, étonnamment sincère. « J'ai mes propres problèmes et je n'aurais pas dû passer mes nerfs sur toi. C'est à moi de m'excuser. »

Peter lui lança un regard choqué. C'était la première fois que Sirius s'excusait.

« Bon. Maintenant que votre dispute de couple est terminée, on peut retourner à nos activités ? » intervint James, un sourire en coin.

De retour à la cabane, les bruits sinistres s'étaient mués en complaintes mélancoliques. Malgré sa peur, Peter se sentait étrangement plus courageux après l'altercation. Ils passèrent les heures suivantes à discuter et à rire, attendant l'aube.

Au lever du jour, le bruit métallique des chaînes tombant au sol les alerta. Ils se redressèrent, baguettes en main. Immédiatement, la clef du cadenas lévita et s'introduisit toute seule dans la serrure. Le cadenas tomba dans un bruit sourd, et la planche qui barricadait la porte se posa au sol.

La porte s'ouvrit et un jeune garçon frêle émergea de la pièce, remplaçant la créature effrayante. Dès qu'il posa les yeux sur eux, ils s'agrandir de panique.

« Je le savais ! » s'exclama James avec excitation. « C'est toi que j'ai vu entrer ici ! Et c'était toi ce… Cette créature ? »

James guettait l'inconnu avec fascination, plus curieux que craintif. Peter, lui, restait sur ses gardes, inquiet à l'idée d'une nouvelle transformation. Les chaines métalliques ne retenaient plus le garçon. Ce dernier paraissait terrifié. Tel un petit animal acculé, il jetait des regards alarmés autour de lui, ses yeux cherchant désespérément une échappatoire.

« Détends-toi. On ne veut pas te faire du mal. Nous voulons juste comprendre. » dit James d'une voix rassurante.

« Oui… c'était moi. » avoua le garçon, la voix hésitante.

Ce fut ainsi qu'ils firent la connaissance de Remus Lupin, qui marqua aussi l'arrivée d'un nouveau membre dans le cercle des Maraudeurs.

Le mystère des cris nocturnes de la Cabane Hurlante fut enfin élucidé : Remus, un jeune Sang-Mêlé, avait été mordu par un loup-garou dans son enfance. Ses parents avaient secrètement loué la cabane pour contenir ses transformations, qui devenaient de plus en plus violentes avec l'âge.

L'arrivée de Remus apporta un nouvel équilibre au groupe. Peter se sentit moins marginalisé, trouvant en lui un camarade qui comprenait son sentiment d'infériorité. Lui-même ostracisé en raison de sa condition, Remus partageait une complicité silencieuse avec Peter.

Ils se retrouvaient souvent aux abords de l'école. Remus ne pouvait pas étudier à Poudlard à cause de son statut impur. Il n'avait pas non plus pu aller étudier à Néréide, l'école réservée aux sorciers de sang inférieur, à cause de sa condition. Cela n'avait pas été faute d'essayer. Malgré les pétitions incessantes de sa mère, l'école ne disposait pas de ressources nécessaires pour accommoder un garçon comme lui. Néréide était une école de seconde zone, loin de la réputation prestigieuse dont profitait Poudlard.

Remus vivait donc avec sa mère aux abords de Pré-au-Lard. Son père était décédé des suites d'une éclabouille jaune sévère, les laissant démunis. Avec l'aide des autres Maraudeurs, Remus poursuivait tant bien que mal ses études, utilisant leurs livres et leurs connaissances. Sirius, toujours doué pour nouer des contacts, lui avait même procuré une baguette magique sans restriction sur le marché noir. Ce dernier avait toujours eu toutes sortes de fréquentations, plus ou moins douteuses. Il était très bon pour créer des relations et obtenir des faveurs des autres.

Sans surprise, James et Sirius semblèrent fascinés par les transformations de Remus. Ils lui rendaient visite à chaque excursion à Pré-au-Lard, autorisée ou non. Rapidement, une amitié solide se forma entre les quatre adolescents. Ils prirent l'habitude de rester à ses côtés pendant ses transformations durant les nuits de pleine lune.

Ils comprirent vite que les chaînes ne suffiraient pas à le retenir indéfiniment. Ce fut ainsi que Sirius mentionna l'idée de devenir Animagus - idée que James accueillit avec le plus grand des enthousiastes ; sans surprise. Il s'agissait d'une nouvelle manière pour Sirius de se rebeller contre sa famille. Devenir Animagus était un tabou parmi les grandes dynasties sorcières qui prônaient leur supériorité à qui voulaient l'entendre. Prendre la forme d'un animal était considéré comme un blasphème à cet héritage supérieur.

Ils travaillèrent d'arrache-pied les années suivantes, aboutissant à leur succès en cinquième année. Peter, déterminé à ne pas être laissé pour compte, s'entraîna sans relâche. Ses efforts furent récompensés par l'admiration de ses amis lors de sa première transformation réussie.

Leur amitié se solidifia autour de leur secret partagé, se baptisant les Maraudeurs et adoptant chacun un surnom lié à leur forme animale - Lunard, Cornedrue, Patmol et Queudver. Cela ne fit qu'accentuer la fierté de Peter, ravi du sentiment d'appartenance qu'il ressentait à l'idée d'être enfin totalement accepté et apprécié auprès des autres.

Cependant, leur amitié ne fut pas vue d'un bon œil par tous. La fréquentation de Remus, un Sang-Mêlé non scolarisé, par James et Sirius, issus de familles de renom, souleva des critiques. La famille de Sirius exigea de lui de rompre tout contact. Cette demande fut la goutte qui fit déborder le vase pour Sirius, dont la relation avec sa famille était déjà tendue. Sa haine se cristallisait en particulier contre sa mère, Walburga Black, une femme odieuse et dénuée de toute fibre maternelle.

La situation s'aggrava jusqu'à ce que Sirius, à dix-sept ans, décide de rompre tout lien avec sa famille. Il passa l'été précédant leur dernière année à Poudlard chez les Potter. Sirius se confiait parfois sur les idéaux extrémistes de sa famille, des fanatiques opposés aux Sang-Mêlés et Sang-Impurs.

« Ils sont diaboliques. » crachait-il avec une répugnance manifeste. « Ils devraient être arrêtés. »

Au fil du temps, l'indignation de Sirius face aux actions de sa famille et de personnes partageant leurs idéologies s'intensifia. Les rumeurs sur les invasions brutales menées par le régime et sur la résistance qui s'organisait contre lui devenaient de plus en plus persistantes.

Remus, plus connecté avec le monde extérieur de par sa vie en dehors de Poudlard, partageait avec les autres Maraudeurs les murmures sur les opposants et leurs discours contre les mensonges du régime. Lors de leur septième année, sous leur forme animagus, ils furent témoins d'une invasion destructrice par les Mangemorts, qui laissèrent derrière eux un village en ruines. Seuls quelques survivants parvinrent à échapper au massacre.

« Personne ne sait ce qu'il se passe réellement. Ma famille et les autres clans des Treize sacrés cachent volontairement ces massacres. » dit Sirius avec colère.

Alors que leurs ASPICS s'approchaient, Sirius leur annonça sa décision de renoncer à son héritage. Mais ce fut une autre révélation qui stupéfia Peter : Sirius décida de s'engager avec les opposants, avec qui il entretenait des liens secrets depuis plusieurs mois.

L'engagement et la détermination dans le regard de Sirius impressionnèrent Peter. Il semblait ressentir une responsabilité personnelle dans la lutte contre les injustices perpétrées par les siens. Rejoindre les opposants était pour lui un moyen de racheter les 'péchés' de sa famille.

À la stupéfaction de Peter, James choisit de s'engager dans la même voie que Sirius. Contrairement à ce dernier, James avait vécu au sein d'une famille aimante. Son environnement familial avait été idéal et envié par de nombreuses personnes, à commencer par ses amis proches. Peter savait toutefois que Sirius et James partageaient un lien profond, se considérant comme des frères. James ne laisserait jamais son meilleur ami se lancer dans une entreprise aussi dangereuse sans l'y accompagner. Cette loyauté indéfectible et aveugle entre eux était à la fois admirable et terrifiante. D'autre part, James avait toujours possédé ce complexe de chevalerie poussé à outrance. Il éprouvait toujours le besoin vital d'être le héros, s'immisçant parfois dans des problèmes qui ne le concernaient pas. Remus, confronté à un avenir incertain et marginalisé par sa condition, se joignit également à eux.

Peter, quant à lui, se sentit tiraillé. Même si aucun de ses amis ne le forcèrent, une partie de lui éprouvait une pression inexprimée. L'idée de rester en retrait et de perdre ses amis le hantait, mais il redoutait les dangers auxquels ils s'exposaient. Il lui était aussi difficile de se projeter dans l'avenir. Quelles seraient ses propres perspectives, une fois ses études terminées ? Il s'était toujours senti médiocre dans tout ce qu'il entreprenait. Son avenir se résumerait sans doute à un quotidien banal et une profession ennuyeuse. En perdant ses amis, il perdait la seule chose qui rendait sa vie un peu spéciale.

L'enthousiasme de Sirius et James contrastait fortement avec ses propres inquiétudes. Sirius et James se voyaient déjà comme des héros, prêts à mettre fin à une dictature injuste et sanguinaire. Plus pragmatique, Peter craignait la puissance des Mangemorts et les conséquences d'une éventuelle capture.

Cette hésitation le tourmenta pendant des semaines. Seul Remus semblait percevoir son trouble, mais choisit de rester en retrait, comme s'il attendait que celui-ci arrive seul à sa décision finale. Peter était frustré d'être le seul à être ébranlé par ces interrogations. L'impression d'être le seul à mesurer pleinement le danger de leur projet pesait lourdement sur lui. En partant ainsi en croisade, ils deviendraient des ennemis du régime et, s'ils étaient capturés, seraient envoyés au bûcher pour trahison.

Même s'il restait, il pourrait être considéré comme suspect si la trahison de ses amis était découverte. La peur de la torture et de l'interrogatoire par les autorités le paralysait. Il savait qu'il ne résisterait pas longtemps à une telle pression.

Après une période de réflexion intense, Peter prit finalement la difficile décision de se joindre à ses amis.

Ce fut ainsi que les Maraudeurs rejoignirent l'Armée de Dumbledore, un groupe de résistants actif à l'époque, et commencèrent à s'impliquer activement dans la lutte. Leurs habiletés uniques en tant qu'Animagus et leurs talents en duel s'avérèrent être des atouts précieux pour le groupe.

Leur intégration fut rapide et ils se virent confier des missions d'exploration secrètes au cœur même du régime. La majorité des résistants, souvent issus de milieux modestes ou de Sang-Impurs, n'avaient pas bénéficié de l'éducation magique prestigieuse dispensée à Poudlard. De leur côté, Sirius et James apportaient des connaissances cruciales sur le régime, grâce à leurs origines au sein d'anciennes familles de Sang-Pur. Remus se distinguait par ses compétences de traqueur, un atout encore renforcé par sa condition de loup-garou. Sa capacité à aborder les situations avec calme et réflexion le rendait particulièrement efficace dans les missions de négociation et de diplomatie.

Quant à Peter, ses débuts furent laborieux. Outre ses doutes constants sur sa décision, il se sentit comme une charge supplémentaire pour les autres membres de l'Armée de Dumbledore. Une fois encore, comme lors de ses premières années à Poudlard, il eut le sentiment d'être simplement toléré. Déterminé à ne pas répéter les schémas de sa jeunesse, Peter décida de mettre à profit sa serviabilité. Il s'efforçait d'accomplir les tâches que d'autres rechignaient à faire, espérant ainsi devenir indispensable.

Quelques semaines après leur intégration dans la Résistance, Peter surprit une conversation entre Sirius et James. Alors qu'il apportait de la nourriture au duo en patrouille dans la forêt, il entendit son propre nom dans leur discussion. Le groupe venait de célébrer Yule avec les moyens du bord et une ambiance festive inhabituelle régnait au sein de la base. Peter avait rassemblé quelques pâtisseries et de l'eggnog, fraîchement préparés. Alors qu'il s'approchait d'eux, il entendit :

« Peter a failli être capturé… Penses-tu vraiment que c'était judicieux de l'impliquer ? Ses erreurs de débutant pourraient causer la mort de quelqu'un. » critiqua Sirius avec un soupir blasé.

La veille, lors d'une mission de récupération d'un convoi de vivres, Peter avait été désarmé par des Rafleurs. Sans l'intervention rapide de James, il aurait sûrement été capturé. Bien que ses compétences en duel ne soient pas à la hauteur de celles de ses amis, il était tout à fait capable de se défendre. Néanmoins, l'expression de doute de Sirius le blessa profondément.

« Tu es dur, Sirius. Peter fait de son mieux » rétorqua James. « Les duels ne sont peut-être pas son fort, mais il a fait d'énormes progrès depuis notre arrivée. »

Les paroles bienveillantes de James réchauffèrent le cœur de Peter.

« Je dis simplement qu'il n'aurait peut-être pas dû nous suivre dans la Résistance. Honnêtement, je suis encore surpris de sa décision. » continua Sirius.

« Peter est aussi un Maraudeur. Évidemment qu'il devait venir avec nous. Sans lui, notre groupe ne serait pas complet. » réaffirma fermement James.

« Ah, James Potter, l'éternel protecteur. » railla Sirius. « Parfois, j'oublie à quel point tu aimes prendre les laissés pour compte sous ton aile. »

« Qu'est-ce que tu veux dire par-là ? » demanda James, étonné.

« Regarde notre groupe. D'abord moi, le paria de ma famille, que tu as accueilli à bras ouverts. Puis Remus, rejeté par tous à cause de sa condition. Et Peter... » énuméra Sirius.

Il fit une pause, comme s'il réfléchissait à la meilleure façon de terminer sa phrase.

« Et Peter, eh bien, c'est Peter. » conclut-il. « Au moins, Remus et moi avons fini par être de bons investissements. »

Peter ressentit une vive douleur dans la poitrine à ces mots. Il n'avait pas besoin d'explications supplémentaires pour saisir le fond de la pensée de Sirius. Il était désolant de réaliser que, malgré les apparences, Sirius le considérait toujours comme un élément secondaire. Il avait pris pour argent comptant que les choses entre eux avaient changé depuis la bagarre qu'ils avaient eu pendant leur troisième année. Il n'en était toutefois rien. La douleur de cette révélation le submergea.

Discrètement, Peter fit demi-tour et regagna le campement, le cœur lourd. Il garda pour lui ce qu'il avait entendu, se comportant comme si de rien n'était le lendemain. Il s'accrocha à la pensée réconfortante que, malgré tout, James l'avait défendu une fois de plus.

La dynamique du groupe changea de nouveau quelques mois plus tard, lorsque les Maraudeurs rencontrèrent Lily Evans lors d'un raid des Mangemorts dans une zone libre. James sauva Lily in extremis alors qu'elle tentait de porter secours à une victime blessée. Bien que les Mangemorts aient finalement remporté le combat et pris le contrôle de la zone, les résistants réussirent à libérer plusieurs prisonniers, dont Lily et Severus Rogue.

Lily Evans, une Née-Moldue, s'était portée volontaire pour aider dans les régions encore libres du joug du régime, participant à des opérations coordonnées par les autorités irlandaises. Elle et Rogue s'étaient connus à Brugwinns, une académie magique créée pour les descendants des sorciers britanniques ayant fui le Royaume-Uni pour échapper à la répression de Voldemort. Brugwinns offrait une éducation magique à leurs enfants, loin des dangers du régime.

Rogue, souvent silencieux et distant, ne semblait pas chercher à nouer des liens avec la plupart des membres de la faction, à l'exception notable de Lily. La proximité entre Lily et Rogue était tolérée par les autres membres de l'Armée de Dumbledore, notamment James, principalement en raison de l'appréciation générale pour Lily.

Dès leur première rencontre, James parut captivé par Lily, sans être discret sur son intérêt pour elle. Cependant, la jeune femme repoussa ses avances, déconcertant James, qui était habitué à l'admiration féminine. Cette réaction suscita chez Peter une satisfaction secrète et coupable. Lily, dotée d'une intelligence brillante et d'une générosité sans bornes, partageait l'avis de Peter sur l'imprudence parfois démontrée par James et Sirius. Elle traitait Peter équitablement et avec bienveillance, renforçant l'appréciation qu'il avait pour elle. Malgré ses sentiments naissants, Peter choisit de les garder pour lui, conscient de la perception de James envers Lily comme sa "chasse gardée."

Au fil des mois, l'attitude de James envers Lily évolua. Ses tentatives de séduction s'atténuèrent, Peter interprétant cela comme une acceptation du rejet de Lily, peut-être par lassitude ou frustration. Peter vit alors une opportunité. Par loyauté envers James, il avait longtemps gardé le silence sur ses propres sentiments pour Lily. Il chérissait le temps qu'ils passaient ensemble, même si c'était de façon platonique. Peter assistait souvent Lily et Severus dans la préparation de potions et les soins apportés aux membres blessés de la faction.

Un soir, après avoir longuement hésité, Peter se décida enfin à avouer ses sentiments à Lily. Pendant des heures, il avait arpenté sa chambre étroite, pesant chaque mot de sa future déclaration. Une telle franchise lui était inédite ; jamais auparavant il n'avait osé se déclarer ainsi à une femme.

À Poudlard, sa popularité auprès des filles avait été modeste. Il avait connu une relation éphémère avec une camarade qui, semble-t-il, ne cherchait qu'à se rapprocher des Maraudeurs à travers lui, notamment de Sirius. Lorsqu'elle avait quitté Peter pour tenter sa chance avec Sirius, ce dernier l'avait brutalement rejetée, affirmant qu'il ne s'abaisserait jamais à ''ramasser les restes de Peter''. Cette remarque avait causé une blessure profonde chez Peter, d'autant plus douloureuse qu'il était conscient du jeu entre Sirius et James qui consistait à se passer leurs conquêtes amoureuses, comme si tout cela n'était qu'un divertissement. En revanche, Sirius évitait consciemment toute tentative de séduction envers Lily, comprenant implicitement qu'elle représentait une sorte de territoire exclusif à James, un domaine où même lui ne pouvait s'aventurer.

Peter rassembla son courage et prit la direction du cabanon où se trouvait Lily, qui, il savait, travaillait parfois très tard sur l'élaboration de sortilèges. Ils venaient de faire la découverte de documents importants dans des archives ayant appartenu à d'anciens membres de la résistance, datant de plusieurs décennies. Ces documents incluaient notamment une série de journaux écrits par Albus Dumbledore, le fondateur de la Résistance lui-même.

Il savait que s'il patientait plus longtemps, il finirait par se dégonfler. La lumière était visible à travers la petite fenêtre de la cabane, et des voix lui confirmèrent que Lily n'était pas seule. Curieux, il jeta un coup d'œil discret par la fenêtre et fronça les sourcils en reconnaissant la seconde personne présente avec Lily.

« Combien de temps va-t-on continuer ainsi ? » demanda James, une once de frustration dans la voix.

« James… » lança Lily d'une voix douce.

La manière dont elle prononça son prénom - avec une affection évidente - mit Peter mal à l'aise. Elle s'était toujours montrée distante avec James, sans doute pour signifier son désintérêt. Pourtant, il y avait quelque chose de différent dans son ton, un contraste flagrant avec la façon dont elle s'adressait habituellement à lui en public.

« Ça va faire des mois. Pourquoi ne pas tout simplement dire la vérité ? » insista James.

« Je t'ai déjà expliqué pourquoi, James. » répondit Lily avec lassitude.

« Tu m'as dit il y a des semaines que tu lui en parlerais. » répliqua-t-il, contrarié.

« J'ai juste besoin d'un peu plus de temps. S'il te plaît, James… » plaida Lily. « C'est compliqué. »

Son ami murmura quelque chose que Peter n'entendit pas distinctement. Son cœur battit plus fort en voyant Lily poser sa main sur celle de James, signe d'une intimité inattendue. Était-il vraiment possible… ? Et, comme pour répondre à sa question intérieure, Lily se pencha vers James et leurs lèvres se rencontrèrent dans un long baiser, devant la mine anéantie de Peter.

Il ne parvenait pas à croire ce qu'il y voyait. James et Lily, ensemble depuis des mois ? La nouvelle attitude détachée de James vis-à-vis de Lily prenait soudainement un autre sens.

« Je veux que tout le monde sache que tu es à moi, Lily. » déclara James avec fermeté.

« Je ne t'appartiens pas, James. Je ne suis pas un objet à posséder. » rétorqua Lily, agacée. « Est-ce que c'est pour cela que tu veux que nous l'annoncions publiquement ? Pour marquer ton territoire ? »

Elle avait dit cela d'un ton accusateur. James sembla s'apercevoir qu'il avait dépassé les limites, car il s'empressa de lancer :

« Ce n'est pas ce que je voulais dire, Lily. C'est juste...frustrant. Agir comme si nous n'étions pas ensemble. Je veux que tout le monde sache ce que je ressens pour toi. Qu'y a-t-il de mal à ça ? » demanda James.

L'expression de Lily s'adoucit. Sans surprise, James s'était bien rattrapé. Il avait toujours été beau parleur, ce qui expliquait son charisme auprès des autres.

« Rien, je comprends… Donne-moi quelques jours. Je veux d'abord lui en parler en privé. Je ne veux pas qu'il l'apprenne de quelqu'un d'autre. » dit Lily.

Peter fronça les sourcils. À qui faisait-elle allusion ?

« Il a des sentiments pour moi depuis un moment, et apprendre que nous sommes ensemble va lui faire mal. Je ne veux pas le blesser, nous sommes amis. » poursuivit-elle.

Peter fut stupéfait. Parlait-elle de lui ? Avait-elle remarqué ses sentiments ? Peut-être n'avait-il pas été aussi discret qu'il le croyait.

Malgré sa déception, Peter devait admettre qu'entendre Lily porter autant de considération à ses propres sentiments lui mettait du baume au cœur. Elle ne voulait pas le blesser. Comment était-il possible d'en vouloir à une femme aussi généreuse et attentionnée ? Elle était parfaite.

James lâcha un soupir à fendre l'âme.

« Très bien, j'attendrais. Mais tu dois vraiment lui parler, Lily. Ne te dérobe pas, cette fois. » dit-il.

« Non. Je dirai la vérité à Severus dès que j'en aurai l'occasion. Promis. » assura-t-elle.

Le visage de Peter se décomposa à l'entente de ces mots. Severus ? pensa-t-il, tombant de nues. C'était de Severus Rogue dont elle parlait ? Ce dernier avait-il également des sentiments pour Lily ?

La déception et la frustration le submergèrent. Il était tellement stupide. Avait-il vraiment cru que Lily se soucierait de ses sentiments ? Personne ne se souciait de lui. Son opinion n'intéressait personne. Rien n'avait changé. Peter était toujours le garçon transparent, inconsidéré et indésirable qu'il avait toujours été.

Peter fit volte-face et s'éloigna rapidement, l'esprit tourbillonnant, ne souhaitant pas entendre davantage de la conversation. Il se dirigea vers un autre cabanon où Sirius et Remus étaient plongés dans une partie d'échecs sorciers manifestement tendue. Un poste de radio résonnait en arrière-plan.

« Tout va bien, Peter ? » s'enquit Remus, relevant son regard du plateau de jeu. « Tu as l'air préoccupé. »

« James et Lily. » répondit Peter d'une voix blanche. « Ils sont ensemble. »

Bien qu'il fût conscient que l'information soit secrète, il l'exposa sans réfléchir, peut-être sous l'impulsion de la frustration ou de la colère.

La révélation ne sembla pas provoquer la surprise de ses amis.

« Ah, tu l'apprends seulement maintenant ? » réagit Sirius d'une voix nonchalante, son attention toujours fixée sur le jeu.

« Tu… Tu étais au courant ? » demanda Peter, abasourdi.

« Bien sûr. James est mon meilleur ami. Il me dit tout. » répondit Sirius sur le ton de l'évidence, comme si la question de Peter était particulièrement stupide.

Peter se tourna vers Remus.

« Remus… Tu savais aussi ? » demanda-t-il, la voix teintée d'hystérie.

Remus lui adressa un regard empreint de compassion.

« Oui. J'ai remarqué leur odeur commune. J'ai confronté James, et il a confirmé leur relation. Sans cela, je n'aurais probablement pas été au courant. » expliqua-t-il, ajoutant rapidement, comme pour atténuer l'impact de ses mots.

« Donc je suis le seul à qui James n'a rien dit ? » souffla Peter, blessé.

Durant de nombreuses années, Peter avait cru que James était son seul véritable défenseur au sein de leur cercle d'amis. Il était convaincu que James le tenait en haute estime. Pourtant, entendre qu'il avait préféré ne pas le tenir au courant, contrairement à ce qu'il avait fait avec Sirius et Remus, lui brisa le cœur. Cette prise de conscience lui infligeait une douleur singulière.

« Ne sois pas aussi dramatique. Et puis, entre nous, tu devrais te considérer chanceux que James n'ait pas remarqué comment tu regardes sa copine. » commenta Sirius avec un rictus.

« Q… Qu'est-ce que tu veux dire ? » bégaya Peter, son visage s'empourprant.

« Peut-être qu'il ne voit pas les yeux de salamandre que tu fais à Lily, mais ça ne m'a pas échappé. » commenta Sirius avec moquerie.

Peter rougit davantage, réalisant que Sirius avait perçu son attirance pour Lily.

« Ce n'est pas cool de lorgner sur la copine de ton ami, Petit Gros. » ajouta Sirius en éclatant de rire.

Il avait utilisé le surnom moqueur que certaines élèves utilisaient à Poudlard pour se moquer de Peter, un sobriquet qui l'avait toujours profondément blessé.

Remus lança un regard réprobateur à Sirius, mais ce dernier sembla indifférent à l'effet de ses paroles. Peter, humilié et déçu, resta silencieux et se dirigea vers la sortie. Il croisa James à l'entrée, revenant de sa rencontre secrète avec Lily. Sans un mot, Peter le bouscula presque avant de s'éloigner précipitamment. James lui jeta un regard décontenancé.

Quelques jours plus tard, la relation entre James et Lily fut officiellement révélée. L'expression de Severus Rogue en leur présence n'échappa pas à Peter. Il lisait sur son visage les signes d'un homme profondément blessé. C'était la première fois que Peter percevait une telle émotion chez Severus, qui faisait généralement preuve d'indifférence ou de mépris envers les autres membres.

Après cette révélation, Peter se rapprocha de Severus, probablement animé par un sentiment de ressentiment. Il remarqua que l'animosité de Severus, habituellement dirigée contre Sirius, semblait désormais se focaliser sur James.

Les choses évoluèrent rapidement entre le couple. À la surprise générale, quelques mois après le début de leur relation, ils annoncèrent leurs fiançailles, et le mariage s'ensuivit peu après. La cérémonie, intime et joyeuse, offrit un moment de répit bienvenu dans le quotidien sombre de la Résistance. Tout le monde semblait savourer cette brève accalmie.

Avec le temps, la rancune de Peter s'était estompée et il avait fini par accepter la relation de ses amis. Le jour du mariage, en voyant James si heureux et si dévoué à sa nouvelle épouse, Peter comprit qu'il ne pouvait pas lui en vouloir. Il se réjouit sincèrement que James ait trouvé le bonheur avec une femme aussi exceptionnelle que Lily. Tandis qu'ils prenaient des photos de couple, James invita chaleureusement les autres à les rejoindre.

« Allez les amis, venez pour la photo ! » lança-t-il joyeusement.

Sirius et Remus s'empressèrent de les rejoindre, mais Peter hésita, tiraillé entre son bonheur pour eux et son amertume personnelle.

« Pete, qu'est-ce que tu attends ? Viens ! » insista James. « Tu dois être sur cette photo aussi. »

Peter se joignit à eux. Une partie de lui ressentait de la joie, tandis qu'une autre était submergée par le dégoût de se réjouir d'être simplement inclus. Il se sentait pathétique à toujours être dépendant de l'attention et l'acceptation des autres.

Les nouveaux mariés causèrent de nouveau la surprise en annonçant la nouvelle d'un heureux événement, seulement quelques mois après le mariage : l'arrivée du petit Harry.

Dans les années qui suivirent, le groupe continua de lutter activement contre le régime. Avec le recul, Peter réalisait que cette cause était profondément ancrée dans l'âme de ses amis. Il voyait leur dévouement pour la résistance, alors que lui-même ressentait une frustration croissante de ne pas partager cette même passion. Il avait espéré, en vain, ressentir cette même plénitude au fil du temps. En réalité, Peter était là uniquement parce que ses amis l'étaient. La cause de la Résistance ne trouvait aucun écho en lui. La différence de traitement entre les Sang-Purs et les autres ne l'intéressait pas.

Leur combat contre le régime n'était pas le seul défi à relever. Avec le temps, les divergences et les différentes revendications au sein de l'Armée de Dumbledore s'accentuaient, creusant un fossé entre certains membres. La situation atteignit finalement son point culminant, et en quelques mois, la faction se dissolut complètement. Les membres se dispersèrent, certains rejoignant d'autres factions, d'autres choisissant de fonder leur propre groupe.

Ce fut dans cette période troublée que naquit l'Ordre du Phénix. L'identité du Phénix, le leader de la faction, demeura un secret bien gardé, connu seulement de quelques élus. Rapidement, l'Ordre vit ses rangs s'étoffer et, augmentant au passage le risque de trahison et de capture.

Consciente du danger croissant, Lily Evans s'évertua à trouver une solution pour pallier la menace. Avant de rejoindre officiellement la Résistance, elle s'était spécialisée dans la science des sortilèges. En tant que Née-Moldue brillante, elle défiait ouvertement les stéréotypes propagés par le régime, qui prétendait à la supériorité des Sang-Purs.

Elle suggéra une solution innovante, basée sur des recherches préliminaires d'Albus Dumbledore, retrouvées dans ses écrits personnels. De son vivant, il avait travaillé sur une variation du sortilège de Fidelitas qui visait à sécuriser les informations cruciales de la Résistance naissante.

La contrainte principale du Fidelitas résidait dans le fait que la mort du gardien du secret permettait à ceux connaissant l'information de la révéler sans conséquence. De plus, ce sortilège était limité à la protection d'un seul secret et s'avérait complexe à généraliser à plusieurs informations.

Après de longues recherches s'appuyant sur les écrits de Dumbledore, Lily parvint à développer une version inédite du sortilège de Loyauté, avec l'assistance de Severus et Peter. Ce sort lançait une malédiction mortelle sur le traître, libérant un poison dans son cerveau qui inhibait sa parole et entraînait rapidement sa mort, dans des conditions douloureuses. L'efficacité redoutable de ce sort en faisait un moyen de dissuasion puissant. Plus versatile que le Fidelitas, le sortilège de Loyauté permettait de sécuriser un spectre bien plus large d'informations confidentielles au sein d'un groupe étendu.

Ce sort fut initialement utilisé pour préserver le secret de l'identité du Phénix, seulement connue d'un cercle restreint, incluant Peter. Satisfait du résultat, Lily décida d'appliquer le sortilège de Loyauté sur le reste des membres, scellant cette fois les informations sensibles du groupe, renforçant ainsi la sécurité et la confidentialité des activités et des plans de la faction.

Au fil des années, la domination du régime de Voldemort ne fit que s'accroire. La Résistance, fragmentée en plusieurs groupes, luttait pour ralentir les opérations d'annexation du Coven sacré, qui contrôlait presque toutes les régions britanniques à l'exception de l'Île de Man. Lorsque le gouvernement lança finalement une offensive contre l'île, un infiltré du ministère informa l'Ordre du Phénix qui lança à son tour une controffensive afin de secourir les prisonniers.

Ce jour-là, la vie de Peter prit un tournant décisif et une amitié de deux décennies fut brisée.

« Lily et James ne sont pas encore de retour. » prévint Dedalus Diggle, l'inquiétude manifeste dans sa voix.

Malgré le chaos environnant, son annonce causa une suspension dans l'air, et tous se tournèrent vers lui, alarmés. Peter, haletant, s'avança à sa rencontre, tenant sa main ensanglantée. Une plaie béante lacérait profondément la paume de sa main gauche. Malgré le succès du sauvetage de nombreux prisonniers, certains compagnons étaient tombés ou capturés. Réalisant que James et Lily étaient probablement toujours sur le champ de bataille, Peter fut saisi de panique.

« Quels sont les ordres, Peter ? » demanda Dedalus d'une voix pressante, observant autour de lui, sur le qui-vive, comme s'il attendait que l'ennemi surgisse soudainement. « Nous devons y retourner. »

Tous les yeux étaient rivés sur Peter, remplis d'anxiété, dans l'attente de ses directives. James, le chef désigné de l'opération, était absent. C'était à Peter, en tant que son adjoint, de prendre la relève. Cette responsabilité soudaine le submergea de panique. Il avait pris l'habitude de rester dans l'ombre, se contentant de son rôle secondaire. Il avait considéré son rôle de chef remplaçant comme une simple formalité. Jamais il n'avait cru vraiment devoir assumer un tel rôle. James menait toujours les missions dont il était responsable avec succès.

Peter déglutit. Il se sentait traversé de vertiges à cause de sa blessure qui saignait abondamment. Il examina ses camarades, évaluant leur état de fatigue et les pertes déjà subies. Devant la supériorité numérique écrasante de l'ennemi, il savait que retourner au combat équivaudrait à un suicide. Devait-il vraiment décider d'envoyer le reste de l'équipe, y compris lui-même, à une mort presque certaine pour tenter de sauver les capturés ? La panique et l'angoisse nouaient sa gorge. Ils avaient déjà échappé de justesse à la mort, et tous étaient épuisés. Lancer une autre attaque serait imprudent, avec des chances de succès minimes.

L'image de James et Lily, pris au piège, lui torturait l'esprit, emplissant son estomac d'une culpabilité lancinante. Il espérait qu'ils n'avaient pas été capturés et qu'ils trouveraient un moyen de s'échapper et de les retrouver, compte tenu de leur ingéniosité. Ils comprendront, se persuada Peter, tentant de justifier sa décision de ne pas engager une mission désespérée.

« On ne peut pas y retourner. Ce serait du suicide. » déclara Peter d'une voix hésitante. « Et nous ne sommes même pas certains qu'ils soient encore sur le champ de bataille. »

Il était possible qu'ils aient pris une autre route pour échapper aux Mangemorts et qu'ils ne soient pas encore revenus au point de ralliement.

« Q... Quoi ? On ne peut pas les laisser ici. » bredouilla Dedalus, choqué, ne s'attendant visiblement pas à cette réponse.

« S'ils sont faits prisonniers et capturés à Azkaban, nous trouverons un moyen de les aider. » assura Peter d'une voix qu'il tenta de rendre assurée, bien qu'en son for intérieur, tout criait à la panique. « Mais pour le moment, nous ne pouvons rien faire d'autre. »

Des regards choqués suivirent ces paroles. D'autres furent soulagés.

« Battons retraite. » ordonna Peter d'une voix plus ferme. « C'est un ordre ! »

Les autres se mirent à le suivre en silence. Les prisonniers rescapés les imitèrent, l'air perdus mais visiblement contents d'avoir échappé aux Mangemorts. Dedalus resta figé, semblant ne pas croire à la situation. Son regard empli de jugement était fixé sur Peter, les condamnations silencieuses mais évidentes. Lorsque Peter et les autres commencèrent à battre retraite, il ne les suivit pas. Dedalus comptait-il rester sur place pour essayer de sauver les autres ? songea Peter. Après tout, Dedalus était un duelliste hors pair ; sa présence pourrait s'avérer cruciale si ceux laissés derrière avaient besoin de renforts.

En tant que leader, James aurait probablement insisté pour que Dedalus obéisse à ses ordres, mais Peter ne souhaitait pas se battre pour se faire entendre. La désapprobation dans le regard de Dedalus pesait déjà lourdement sur ses épaules.

Peter détourna les yeux et accéléra le rythme. Il avait confiance en James et Lily. Ils étaient brillants. Ils trouveraient un moyen, comme toujours. L'autre alternative n'était pas envisageable. Ils s'en sortaient toujours ensemble. Il se répéta inlassablement ces paroles tout au long de leur trajet de retour, s'efforçant d'ignorer ses doutes.

Le retour se fit dans un silence de mort, comme si tous réalisaient les conséquences potentielles de la décision qui venait d'être prise. Peter tint sa main, désormais enroulée dans un bandage de fortune, serrée contre son abdomen, grimaçant à cause de la douleur lancinante.

Pendant tout le trajet, Peter garda l'infime espoir que James et Lily avaient déjà trouvé un moyen de s'échapper sans être capturés et qu'ils seraient même de retour au campement avant le reste du groupe. Cet espoir le poussait à continuer malgré la douleur et ses vertiges. À chaque mètre parcouru, il craignait de s'évanouir. La présence des prisonniers libérés, affaiblis et traumatisés, ne fit que ralentir leur progression.

À leur retour au campement de l'Ordre, Peter fut surpris de voir un groupe les attendre. Il écarquilla les yeux en reconnaissant Dedalus Diggle parmi eux. Comment était-il arrivé si vite ? En s'approchant, Peter comprit aussitôt que quelque chose n'allait pas. Tous les regards du campement étaient fixés sur lui, emplis de dégoût et de haine.

Peter fut soudainement propulsé à plusieurs mètres en arrière, atterrissant brutalement sur le sol. Par réflexe, il dégaina ses mains pour ralentir l'impact de sa chute. Il lâcha un hurlement lorsque sa main déjà blessée toucha le sol, réveillant une nouvelle douleur insupportable. Il n'eut pourtant pas le temps d'y prêter attention davantage. La personne qui venait de l'attaquer se trouvait désormais face à lui, sa baguette tendue dans sa direction.

« S… Sirius ? » bredouilla Peter, confus et effrayé.

Le visage de Sirius était tordu dans une expression mêlant douleur et fureur. La haine que Peter y lisait lui donna la chair de poule.

« Comment as-tu pu ? » hurla Sirius, l'air enragé. « Comment as-tu pu abandonner tes propres amis ? »

Peter commença à bredouiller des paroles, paniqué.

« Ils ont été exécutés ! » hurla Sirius. « Parce que tu as refusé d'aller les aider ! LÂCHE ! »

Ces mots figèrent Peter sur place. James et Lily, ses amis les plus proches, étaient morts ? songea-t-il, une douleur soudaine se lui serrant la poitrine tandis que cette réalisation le percutait de plein fouet. Il avait refusé d'aller leur venir en aide, comme s'ils n'étaient que des faire-valoir, qui ne méritaient pas qu'il risque sa propre vie.

Remus, aidé par d'autres hommes, bondir derrière Sirius et le saisit par les épaules pour le calmer, l'empêchant de tenter une nouvelle attaque sur Peter. Sirius fut tiré de force dans le cabanon le plus proche. Peter leva un regard vers Remus qui était restait immobile après le départ forcé de Sirius. Remus fixait le sol, la mine assombrie.

« Remus… » commença Peter d'une voix tremblante. « Tu dois me comprendre… »

Quand Remus planta son regard dans le sien, une lueur de dégoût profond se reflétait dans ses yeux cuivrés — une émotion que Peter n'avait jamais vue chez lui. Remus avait toujours été celui qui comprenait les peurs et les frustrations de Peter au sujet de son amitié avec les autres Maraudeurs.

Les jours suivants, Peter devint un paria au sein de la base, recevant un mépris auquel il avait tout fait pour tenter d'échapper. Ses craintes profondes surgirent de nouveau face à la réaction des autres à son égard. Il réalisa qu'il n'avait été qu'une pièce ajoutée aux côtés des autres, uniquement toléré par respect pour ses amis, mais non pour ce qu'il était réellement. Cette vérité lui fit terriblement mal.

Il savait toutefois que le blâme lui revenait entièrement. Il s'était régulièrement plaint du comportement de ses amis envers lui. Mais qu'en était-il de lui-même ? Face à la seule occasion qui lui avait été donnée d'enfin prouver sa loyauté, il avait lâchement choisi de se sauver lui-même. Ses amis avaient été en danger de mort, et lui avait préféré fuir. Les reproches dans les yeux de Sirius et Remus resteraient à jamais gravés dans sa mémoire. Ils savaient qu'eux auraient donné leur vie pour James et Lily sans hésiter. Mais Peter n'était pas comme eux. Ils étaient courageux et audacieux. Lui était simplement... terrifié.

Peter, le visage décomposé, se tenait tremblant dans la cabane de l'infirmerie, serrant sa main agonisante. Son membre avait perdu toute sensation. Ses doigts, sa paume et son poignet avaient pris une couleur sombre, semblable à du charbon calciné. L'odeur était répugnante et la douleur - pulsante et ardente – était insupportable. Ses veines avaient été remplacées par des filaments sombres qui se tortillaient dans sa chair tels des serpents vénéneux, provoquant une douleur constante. Ses doigts, autrefois agiles, étaient maintenant rigides et tordus dans une posture grotesque.

La nécrose s'étendait inexorablement, transformant la peau en un tissu grisâtre et décoloré. Des taches noires et pourpres s'étalaient çà et là. À certains endroits, la peau s'écaillait, révélant la chair meurtrie en dessous. Peter, saisi de fièvre et de sueurs froides, tentait désespérément de reprendre son souffle.

« Il va falloir amputer. » annonça Severus Rogue d'un ton glacial, sans une once d'empathie.

Peter fut surpris de le voir intervenir. Il se demanda si Rogue ne lui en voulait pas, lui aussi. Après tout, il était un ami proche de Lily.

« Si le maléfice continue à se propager, il pourrait te couter bien plus que cette main. » prévint Rogue devant l'air terrifié de Peter.

Il craignait une infection généralisée. La magie noire était souvent incurable.

Peut-être était-ce l'univers qui lui envoyait un message ? Peut-être était-ce sa punition ? Peut-être était-ce un signe qu'il devait mourir pour sa trahison ? Récemment, Peter avait songé à s'ôter la vie à plusieurs reprises, mais même cela lui avait semblé hors de portée. Il se haïssait profondément. Et par-dessus tout, il haïssait le fait d'avoir prouvé aux autres ce qu'ils pensaient déjà de lui.

Tandis qu'il tenait sa main nécrosée, Peter sentit des larmes couler sur ses joues.

« Fais-le. » implora-t-il, levant ses yeux vers Rogue.

En vérité, il ne voulait pas mourir. Peter était un survivant avant tout. Un éclat d'amertume le traversa. Oui, il avait des regrets. Mais était-ce si mal de vouloir survivre ? N'était-ce pas une part fondamentale de la condition humaine ? L'instinct de survie ? De conservation ?

Peter n'en démordait pas. Si on ôtait l'aspect affectif et émotionnel de la situation, retourner sur le champ de bataille aurait été suicidaire. Ils n'auraient pu sauver personne. Oui, Peter avait préféré sauver sa propre vie. Et si ses amis ne comprenaient pas cela, alors il ne pouvait rien y faire.

Ne supportant plus le traitement au sein de la faction, Peter décida finalement de quitter l'Ordre du Phénix pour rejoindre la Révolte du Yorkshire. Les conflits entre les deux factions étaient notoires, et il ne fut pas difficile pour lui de convaincre Sturgis Podmore de sa volonté d'aider la Révolte, en mettant en avant son expérience acquise au sein de l'Ordre. Peter excellait dans l'art de flatter l'égo des gens plus hauts que lui, leur montrant une admiration sans bornes. Il se fit cependant une promesse : désormais, il serait le seul bénéficiaire de sa loyauté. Il pensait dorénavant à lui seul.

Peter prit l'initiative d'introduire le sortilège de Loyauté au sein de la Révolte. Sturgis, enthousiaste à l'idée, confia à Peter la responsabilité d'appliquer le sort aux membres. Cela offrit à Peter l'opportunité de rester aux commandes et de procéder à des expérimentations pour saisir les subtilités et les limites du sortilège. Ayant assisté Lily dans ses recherches approfondies lors de la création du sort, il avait déjà une compréhension significative de son lien avec les convictions profondes et personnelles du sujet.

Peter consacra de nombreuses nuits à étudier seul le sortilège pour en maîtriser chaque aspect, refusant d'être asservi par un sortilège aussi contraignant.

Au cours de ses expérimentations, il découvrit une faille majeure. Le sortilège associait les convictions d'une personne à ses souvenirs. Ainsi, si ces souvenirs étaient effacés avant l'application du sort, la personne en devenait immunisée. Le sortilège de loyauté ne pouvait pas s'ancrer à une conviction inexistante. C'était un défaut majeur que Lily n'avait pas envisagé, ne soupçonnant pas que quelqu'un irait jusqu'à se priver de ses souvenirs pour les trahir.

Au fil des années, Peter grimpa les échelons auprès de la Révolte du Yorkshire, devenant un bras droit de Sturgis. Lorsque la coalition du F.L.O.P. gagna en popularité au sein des différentes factions de la Résistance, Peter s'efforça de maintenir une opinion négative de l'Ordre du Phénix auprès de Sturgis. Il savait que si la Révolte et l'Ordre entretenaient des relations tendues, sa propre position ne serait pas menacée. Peter devint également un soutien actif d'Emmeline Vance dans les procédures de sécurité de la faction.

Cependant, l'arrivée d'Alastor Maugrey et de ses compagnons au sein de la Révolte changea la dynamique. Sturgis commença à écarter Peter, préférant l'expertise de Maugrey qui avait servi au Bureau des Aurors pendant près de trois décennies. Peter vit alors le même scénario se reproduire : une fois de plus, il était mis de côté au profit d'une personne jugée plus compétente.

Maugrey, grâce à son intelligence stratégique et son rôle crucial dans l'orchestration de l'attentat réussi contre le régime, s'imposa rapidement comme un membre clé de l'entourage de Sturgis. Peter observait avec méfiance l'influence grandissante de l'ex-Auror. L'ascension de ce dernier fut renforcée par l'instauration d'un accord formel entre la Révolte et les représentants d'un mystérieux criminel surnommé la Vipère, à la tête d'un réseau étendu de commerce illégal dans le pays. Jusqu'alors, les interactions de la Révolte avec la pègre du régime étaient occasionnelles et périlleuses. Toutefois, cet accord créait une base de confiance mutuelle, promettant des transactions plus sécurisées et fiables pour la Révolte, et en retour, des commandes plus conséquentes et régulières pour le groupe de la Vipère. Cette entente stratégique maximisait les bénéfices pour les deux parties, renforçant leur potentiel commercial et leur impact sur la lutte.

« Nous allons sceller l'accord demain soir avec une certaine Madame Lee. » annonça Maugrey. « Ils ont choisi l'endroit du rendez-vous, probablement pour des raisons qui les arrangent. Il est probable qu'ils aient des renforts cachés dans les environs. Restons sur nos gardes. »

L'idée de traiter directement avec la pègre du régime représentait un pari risqué, un risque que Sturgis était prêt à prendre au vu des avantages potentiels. Si les choses tournaient mal, ils se retrouveraient en sous-nombre, et la situation pourrait vite se transformer en désastre.

La rencontre eut lieu la nuit suivante, en bordure d'une falaise battue par les vagues, dans l'obscurité enveloppante. Les interlocuteurs étaient déjà là, et Peter soupçonnait la présence de renforts cachés, prêts à intervenir au moindre signal.

Peter devait reconnaître que l'idée de Maugrey, qui consistait à utiliser du Polynectar pour masquer leur identité lors de la rencontre, était particulièrement judicieuse. De cette manière, ils resteraient anonymes. Pour ce faire, ils avaient récupéré des mèches de cheveux d'un homme croisé dans un pub, affalé sur sa table suite à une consommation excessive de whisky-pur-feu.

« Je propose d'entrer directement dans le vif du sujet, nous avons un temps limité. Les Rafleurs pullulent dans le coin. » lança Sturgis d'un air impatient.

La dénommée Madame Lee, dont le visage était dissimulé derrière un masque à l'effigie d'une vipère, s'avança devant eux.

« Ne vous inquiétez pas, nous avons veillé à ce que la zone soit déserte. Personne ne viendra ici nous déranger. Personne que nous ne contrôlons pas. » informa la femme.

Cela sous entendait effectivement qu'ils avaient des renforts dans les environs. Peter vit la mâchoire de Sturgis se contracter.

« Nous vous proposons les termes suivants. Pour commencer, la fourniture de deux tonnes de poudres explosives sur les deux prochaines années, divisée en livraisons mensuelles. Ensuite, un prix préférentiel sur les ingrédients et les plantes que nous avons listés lors de notre entrevue précédente, avec des réductions supplémentaires si les commandes dépassent certains seuils à définir au préalable. En troisième lieu... »

Elle poursuivit avec l'énumération des termes du contrat établissant une collaboration sur plusieurs années. Maugrey et Sturgis, les seuls à intervenir de leur côté, posaient des questions pertinentes. Peter, quant à lui, restait silencieux, lançant occasionnellement des regards nerveux autour de lui, redoutant l'apparition soudaine de quelqu'un. Bien que les deux parties aient intérêt à ce que cette rencontre se déroule sans encombre, il n'était pas impossible que les forces de l'ordre du régime surgissent à l'improviste pour les appréhender. Luca Moretti et Emmeline Vance étaient eux aussi présents, incognito sous Polycnectar.

« Comme nous l'avions précédemment évoqué, nous vous fournirons également des portoloins activés à l'avance vers des destinations spécifiques. » continua la femme.

« Et les passages hors du régime ? » demanda Sturgis d'un ton bourru.

« Pour le moment, ce service n'est plus disponible. Nous pourrons éventuellement le remettre en place à l'avenir, mais nous ne pouvons pas l'assurer pour le moment. » indiqua Madame Lee.

À maintes reprises, ils avaient réussi à exfiltrer des individus du régime, souvent des personnes de rang inférieur désirant quitter le pays. Ne souhaitant ni adhérer au régime ni s'impliquer dans la résistance, ces personnes cherchaient désespérément une voie de sortie. La Révolte du Yorkshire facturait ce service à un prix élevé, compte tenu du danger et des pots-de-vin nécessaires pour corrompre les autorités douanières. Les bénéfices de cette opération étaient ensuite réinvestis dans le financement de leurs activités militaires.

Au grand soulagement de Peter, les termes commerciaux furent rapidement acceptés.

« Un plaisir de faire affaire avec vous. » acheva Madame Lee en tendant sa main à l'homme qui la serra brièvement.

« C'est ça. » répondit Sturgis, pressé, avant de s'éloigner rapidement dans la nuit noire, suivi de ses compagnons

Ils s'éclipsèrent rapidement, conscients que l'effet du Polynectar allait bientôt s'estomper.

Les jours suivants, Sturgis Podmore paraissait particulièrement satisfait du nouveau contrat, offrant des conditions plus avantageuses en termes de prix, à condition que la Révolte passe de grosses commandes. Maugrey, devenu son nouveau favori depuis son arrivée, fut encore une fois encensé pour son rôle. Chaque jour, Peter sentait sa propre influence auprès de Sturgis s'éroder.

Le climat politique actuel n'arrangeait rien, aggravant ses inquiétudes et frustrations. Suite à l'attentat qui avait frappé des hauts dignitaires du régime, le gouvernement intensifia sa traque des dissidents. Dans les mois suivants l'attaque, les opposants durent redoubler de prudence et se cacher davantage. Ceux qui furent capturés subirent interrogatoires, tortures et exécutions publiques pour servir d'exemple. La répression qui suivit les célébrations barbares du Jour de la Victoire secoua profondément la Résistance à travers tout le pays.

La répression s'intensifiait dans le régime, et Peter comprit que le gouvernement avait décidé d'en finir avec ses opposants. Trop longtemps sous-estimés, les dissidents étaient désormais perçus comme une menace réelle. Pour la première fois depuis leur rencontre, Peter vit Sturgis afficher une nervosité évidente. Il décida même de cesser son approche offensive, à la surprise générale. Peter saisit l'ampleur et la gravité de la situation, réalisant que les choses s'aggravaient bien plus qu'il ne l'avait imaginé.

Peter, quant à lui, se sentait pris au piège dans un engrenage dont il ne voyait pas l'issue. Ayant passé une grande partie de sa vie parmi les résistants, il reconnaissait au fond de lui que cette existence n'était pas celle qu'il désirait. Emporté par le sillage de ses amis dans une lutte acharnée, il se retrouvait désormais isolé, tiraillé entre l'engagement pour une cause à laquelle il ne croyait guère et l'attente angoissante d'une fin inéluctable.

Contrairement à ses amis, disparus ou encore en lutte, sa vie n'avait guère évolué. James avait connu l'amour familial avant sa mort tragique ; Sirius et Remus avaient trouvé des campagnes au sein même de la Résistance. Peter, lui, semblait avoir stagné, figé dans un rôle qu'il n'avait jamais vraiment souhaité endosser.

Avec le recul et l'âge, la vie sous le régime, autrefois synonyme d'oppression, lui apparaissait maintenant sous un jour différent, plus stable et rassurant. L'idée d'une existence ordinaire, loin des tumultes et des dangers constants, lui paraissait de plus en plus attirante. Il commençait à envisager la possibilité d'une nouvelle vie, un nouveau départ loin des combats et de la peur constante d'être capturé par le régime.

Cependant, Peter savait que sa longue implication dans la Résistance ne lui permettrait pas d'obtenir facilement le pardon du régime. Il lui faudrait quelque chose de valeur à offrir, une monnaie d'échange, pour espérer négocier sa liberté et son avenir.

Peter se trouva à un carrefour décisif, où sa seule issue semblait être de négocier sa survie. Sous la forme de son alter ego animal, il parcourut clandestinement les rues de Londres jusqu'à se présenter devant celui qu'il considérait comme son ultime recours. L'homme laissa échapper un cri de stupeur en voyant Peter se transformer, retrouvant sa forme humaine.

« Valeur et vigueur, Regulus. » articula Peter, la nervosité teintant sa voix.

Regulus Black, le frère cadet de Sirius, n'avait eu que de brèves interactions avec Peter à Poudlard. Malgré le mépris notoire de Sirius pour son frère, Regulus, lui, n'avait jamais manifesté d'hostilité réciproque envers les Maraudeurs.

« Pettigrow ? » demanda Regulus, stupéfait. « Est-ce bien toi ? »

Peter acquiesça, et après quelques minutes d'échanges tendus et de vérifications, Regulus consentit enfin à l'écouter. Il lui révéla la survie et la participation active de Sirius dans la Résistance, une révélation qui secoua visiblement Regulus.

Peter, ayant exploité les failles du sortilège de Loyauté, put partager certaines informations sans subir de conséquences. Bien des années plus tôt, après son arrivée chez la Révolte du Yorkshire, il avait utilisé un sortilège d'amnésie temporaire pour effacer ses souvenirs liés au groupe avant d'être soumis au sortilège de Loyauté. En tant qu'initiateur de cette pratique au sein de la Révolte, il avait soigneusement orchestré l'opération pour contrôler le processus. Il avait ensuite restauré ses souvenirs, s'immunisant contre les effets du sortilège. Un secret bien gardé, qu'il n'avait jamais eu l'intention de partager.

Peter réussit à persuader Regulus de l'aider à organiser une rencontre avec sa mère, la Gouverneure Walburga Black, dans l'espoir de se rapprocher du Coven Sacré et de négocier sa survie.

Contre toute attente, la proposition de Peter fut accueillie favorablement. Bientôt, il se retrouva face à Bellatrix Lestrange, la Procureure elle-même, qui jubilait à l'idée de percer les défenses de la Résistance. Pendant plusieurs mois, il endossa le rôle d'agent double, restant discret aux yeux de Sturgis et des autres membres de la Révolte.

Cependant, Peter ne pouvait révéler au régime l'information la plus cruciale qu'il détenait : l'identité du Phénix. Contrairement aux autres informations de la Résistance, ce secret avait été scellé en lui et en d'autres individus sélectionnés avec soin par Lily, avant qu'il ne découvre les failles du sortilège. La crainte d'être instantanément foudroyé l'empêchait de divulguer quoi que ce soit à ce sujet.

Il savait toutefois qu'il était important pour lui de conserver certaines informations et les divulguer progressivement pour maintenir son utilité aux yeux de Bellatrix Lestrange. Il fournit de précieuses informations sur la Révolte du Yorkshire, indispensables pour orchestrer une attaque contre leur campement.

L'opportunité idéale finit par se présenter.

« On dirait que ce fichu Phénix et ses sbires n'ont pas saisi le sens du mot 'non', » déclara Sturgis avec raillerie.

La réunion de Sturgis avec son cercle restreint, composée de Peter, Maugrey, Emmeline Vane et Lucas Moretti, fut marquée par des rires gras et des moqueries. Sturgis raillait l'acharnement du Phénix et de ses alliés, incapables de comprendre le refus catégorique de la Révolte de discuter avec eux.

« Ils vont encore nous envoyer une délégation pour prétendument 'discuter de l'avenir de nos factions', » se moqua Sturgis.

« Qui va venir ? » interrogea Emmeline, levant un sourcil curieux.

Elle était toujours enchantée quand de nouvelles personnes désiraient rejoindre le campement, forcés de passer par la forêt dense du Yorkshire, remplie de menaces pour ceux qui osaient s'y aventurer. Cela lui permettait de mettre en pratique ses petits jeux pervers en guise d'accueil. Elle passait des heures à les imaginer. Peter tendit l'oreille, guettant la réponse de Sturgis.

« Pas sûr de qui exactement, mais on peut s'attendre à des personnes influentes. Peut-être même le Phénix en personne. » rétorqua Sturgis, non sans un brin de sarcasme.

Cette révélation était exactement ce que Peter attendait. L'Ordre du Phénix, initiateur du F.L.O.P, allait envoyer des membres clés au campement, offrant ainsi une opportunité en or au régime pour porter un coup sévère.

Le soir même, Peter, transformé en rat, s'éclipsa discrètement pour informer ses nouveaux alliés. Grâce à sa participation à la mise en place des défenses du campement, il en connaissait chaque recoin. Sa position de confiance au sein de la Révolte lui permettait de bouger sans éveiller de soupçons. Il avait endossé le rôle du collaborateur serviable, toujours prêt à venir en aide, une stratégie qui lui avait réussi depuis toujours.

Lorsqu'il informa Bellatrix Lestrange de cette réunion imminente, une lueur sinistre illumina son regard. Ils se mirent rapidement en action, préparant une offensive d'envergure et n'attendant que le signal de Peter pour envoyer leur groupe d'élite au campement - les Sans-Visages.

Les événements prenaient une tournure imprévue au campement Alpha, avec l'arrivée inattendue de Severus Rogue et Harry Potter, accompagnés d'une jeune femme que Peter ne reconnaissait pas. Il ressentait une pointe de déception que l'Ordre du Phénix n'ait pas envoyé Sirius ou Remus. Il aurait préféré revoir ses anciens amis, ne serait-ce que pour les confronter une dernière fois et leur faire payer la façon dont ils l'avaient autrefois traité à cause de leurs accusations injustes au sujet de la mort de James et Lily.

Peter savait toutefois qu'il avait franchi un point de non-retour, ayant scellé un pacte avec Bellatrix Lestrange pour livrer des membres clés de la Résistance. Bien qu'Harry et Rogue ne soient pas ceux qu'il avait espéré affronter, ils étaient des membres importants au sein de l'Ordre et leur capture contenterait le Coven sacré.

Il fut un temps où a pensée de sacrifier le fils de James aurait été insupportable pour Peter, mais les années passées à ruminer sa rancune avaient érodé ses anciens liens. La rancœur avait supplanté la culpabilité, le laissant désormais détaché de ceux qu'il avait autrefois considérés comme des frères.

Le jour de leur arrivée, Peter se hâta d'informer Bellatrix et ses alliés. Toute la soirée, il resta anxieux, espérant que son plan se déroulerait sans accroc et que son inquiétude passerait inaperçue. Au début des festivités dans le campement Alpha, pendant le discours de Sturgis, Peter profita de l'inattention générale pour se diriger subrepticement vers le campement Beta.

À l'entrée, il tomba sur un homme chargé de la sécurité du passage entre les deux campements.

« Où est Coote ? » demanda l'homme. « Il devrait prendre le relais après moi. »

« Coote a été réaffecté temporairement ailleurs car Emmeline n'est plus à son poste sur Alpha. Je prendrai sa place en attendant le prochain changement de garde. » indiqua Peter d'une voix assurée.

L'homme, bien que perplexe, ne contesta pas davantage, sachant que Peter était en charge des protections. Sa présence ne soulevait donc aucun doute. Après le départ du garde, Peter envoya un signal lumineux dans le ciel nocturne, un jet de lumières vertes comme signal convenu. Peu après, des silhouettes sombres et encapuchonnées émergèrent des ténèbres. Leurs visages étaient lisses, dépourvus de traits, reflétant une inhumanité glaciale qui fit couler des sueurs froides le long de l'échine de Peter.

Il leur ouvrit la voie pour leur permettre d'entrer dans le campement Beta. Tandis qu'ils s'engouffraient à l'intérieur, Peter scrutait nerveusement les alentours. Soudain, il aperçut le garde qu'il avait remplacé revenir. Réagissant d'instinct, Peter brandit sa baguette et lança un sort en direction de l'homme, visant sa poitrine. Ce dernier se jeta au sol pour esquiver l'attaque qui le frappa à peine au bras. Dans un cri de douleur et de surprise, le garde riposta, ratant Peter de peu. Paniqué, ce dernier se transforma en rat et s'enfuit à toute vitesse. L'arrivée imprévue du garde compromettait l'effet de surprise de leur assaut. Le garde, bien que blessé, serait certainement capable d'alerter le reste du campement.

Peter savait qu'il ne pouvait prendre le risque d'affronter son adversaire. S'il perdait, il serait fini. Sa priorité était sa propre sécurité. Il comprenait qu'après cette nuit, un retour au sein de la Révolte lui serait impossible. Il avait espéré disposer de plus de temps avant que l'attaque ne soit découverte.

Il espérait que les Sans-Visages, malgré l'alerte donnée, parviendraient à causer un maximum de dégâts avant l'arrivée des renforts. Incapable de rester pour observer, il conserva sa forme animale et s'éloigna rapidement. Il attendit d'être suffisamment éloigné pour reprendre sa forme humaine, à proximité d'un ancien poste de garde de la Révolte, désormais abandonné, qu'il avait repéré en prévision de sa fuite. Il prit ensuite la direction de Londres.

Les nouvelles de la bataille parvinrent à Peter le lendemain. Un Auror, caché sous une cape d'invisibilité, avait observé les combats à distance pour rapporter les détails à ses supérieurs. Il apprit que le campement Beta avait été ravagé ; une grande partie de ses résidents ayant été tués. Bien que les Sans-Visages aient été anéantis, ils avaient infligé des pertes considérables.

Bellatrix Lestrange cherchait à frapper un grand coup, une attaque surprise pour terroriser la Révolte, persuadée de sa propre invincibilité. Ces dernières années avaient été marquées par l'audace croissante de Sturgis Podmore et ses compagnons. Ils avaient multiplié les assassinats de Mangemorts en toute impunité, devenant toujours plus audacieux. Cette attaque devait leur montrer leurs limites.

Bellatrix Lestrange n'avait eu aucun scrupule à sacrifier une armée de soldats surentraînés pour marquer le coup. C'était aussi une riposte directe à l'attentat contre le régime lors du Bal de l'Ellébore l'année précédente. Peter savait que cette attaque ébranlerait profondément Sturgis Podmore. S'il y avait survécu, du moins.

De retour à Londres, il fut accueilli par la mine triomphante de Bellatrix Lestrange. Elle ressemblait à une enfant ayant reçu le cadeau tant désiré.

« Pettigrow, excellent travail. Vous avez dépassé toutes mes attentes. » le félicita-t-elle, visiblement enchantée.

Peter réprima un soupir de soulagement. Terrifié par cette femme, il avait redouté de la décevoir. Mais ce succès signifiait qu'il avait gagné un sursis.

En échange de sa coopération, Peter reçut ce que Bellatrix lui avait promis : une somme d'argent significative et la possibilité de réintégrer le régime. Pour la première fois depuis des années, il jubila à l'idée d'entrevoir une vie normale. Cependant, sa mission était loin d'être achevée. En aidant le régime à déjouer le sortilège de Loyauté de la Résistance, il pourrait obtenir une Grâce ministérielle.

Quelques semaines plus tard, il se trouvait dans les locaux de l'entreprise Magicore, assis face à une table massive, jouant nerveusement avec ses doigts. Sa nouvelle main, un présent de Bellatrix, scintillait sous l'éclairage artificiel. Cette prothèse magique, parfaitement fonctionnelle, lui donnait l'impression de retrouver l'usage de sa main d'origine.

Il avait failli éclater en larmes en la recevant. Vivre toutes ces années sans sa main avait été un fardeau, surtout qu'il s'agissait de sa main de baguette. La difficulté d'adaptation à l'utilisation de sa main gauche avait été un obstacle majeur, particulièrement dans les duels. Sa capacité déjà limitée en combat avait été encore plus diminuée. Cela avait été flagrant lors de l'assaut contre le campement Beta, où son incapacité à maîtriser correctement sa baguette avait permis à l'homme de s'échapper et d'alerter les autres.

« On dirait que cette main vous plaît, Pettigrow. » remarqua Bellatrix Lestrange d'une voix doucereuse en entrant dans la pièce.

Peter se redressa et s'inclina respectueusement à son entrée.

« Victorieuse soit votre venue, madame la Procureure. Je vous suis infiniment reconnaissant pour cette faveur. » dit-il avec une déférence marquée.

Bellatrix laissa échapper un rire moqueur et parcourut la pièce du regard. Ils se trouvaient dans un laboratoire de l'entreprise Magicore, un lieu que Peter imaginait dédié à diverses expérimentations.

Bellatrix s'approcha d'une table où se trouvaient des cages abritant des rongeurs.

« Comme vous le savez, Pettigrow, tout a un prix dans ce monde. » dit-elle. « Rien n'est donné gratuitement. »

Peter acquiesça, l'air nerveux.

« Maintenant que vous avez réussi votre première mission, nous avons encore du travail. Vous aiderez le Gouverneur Cunningham et son équipe à déterminer les limites du sortilège de loyauté des dissidents. » expliqua-t-elle.

Elle saisit l'un des rats, qui se mit à se débattre nerveusement, comme s'il était conscient d'un danger imminent.

« Je m'attends à ce que vous me fournissiez les résultats nécessaires, et à votre loyauté sans faille, Pettigrow. » ajouta-t-elle avec une douceur feinte.

Peter hocha la tête alors que Bellatrix posait le rat au sol. Avant qu'il ne puisse s'échapper, elle piégea l'animal bloquant sa queue sous son talon aiguille.

« Comprenez bien ceci. Me décevoir ou me trahir serait une erreur… regrettable. » susurra-t-elle d'une voix menaçante.

Puis, sans autre avertissement, elle leva son talon et l'abaissa brutalement sur le rat, perçant son flanc avec son talon aiguille. Du sang gicla sur les meubles environnants. Peter se figea, observant la scène d'un air horrifié.

Le message était on ne peut plus clair.


J'espère que vous avez apprécié ce chapitre ! Ce sont des personnages sur lesquels je n'ai pas l'habitude d'écrire. C'était aussi un chapitre assez complexe à rédiger, car il implique une rétrospective sur de nombreux événements de l'histoire. J'ai donc dû faire attention à maintenir la cohérence entre les différentes intrigues. Ah, les défis d'une histoire longue, lol.

Comme mentionné dans ma note plus haut, je suis pas mal occupée, donc je ne peux pas préciser quand je publierai le chapitre 69, d'autant plus qu'il est extrêmement long. Mais il est aussi très divertissant, ce qui devrait rendre son édition un peu plus simple.

En attendant, n'hésitez pas à partager vos impressions !

A bientôt,