Salut à toustes!
Grosse galère pour réussir à mettre ce chapitre en ligne, mais j'ai réussi en utilisant une technique interdite. (en gros ffnet ne voulait pas prendre mon nouveau document. J'ai utilisé le chapitre précédent, encore stocké, dont j'ai remplacé tout le texte par ce que vous lisez maintenant)
Bref, merci à celleux qui me suivent et laissent des reviews, j'en ai besoin pour le boost de motivation!
Je suis fier.e de vous dire qu'avec ce chapitre j'arrive au bout du défi que je m'étais fixé pour cette année: publier un chapitre par mois. On est presque au bout de cette histoire, et même si j'aurai aimé la finir cette année, tant pis. Je n'ai pas envie de bâcler et je suis fier.e de tout ce que j'ai réussi à écrire cette année :)
Je compte continuer à tenir le rythme d'un chapitre par mois jusqu'à la fin, on croise les doigts!
Bonne lecture :)
Rappel du chapitre précédent: N'a plus le Kayns, poignardé par Vivian. Maintenant, il est temps de voir les conséquences!
Nous arrivons directement dans l'annexe de la grand-mère d'Ewald. Ni elle, ni son petit fils n'ont encore prévenu Rosemary de ce qu'il se tramait, incertains de la réaction qu'elle pourrait avoir. Apparemment, Ewald a résumé la situation par légilimancie en déposant Arthur, et ça a suffit pour que la vieille dame passe à l'action. Une fois que nous sommes tous réunis, elle nous fait servir du thé par le biais de son elfe de maison. Avant de prendre la parole, elle nous dévisage, l'un après l'autre. Je me demande distraitement ce qu'elle voit en nous. Ewald a ses barrières occlumentiques bien dressées. Est-elle fière du résultat de son éducation ? Arthur, lui, a les yeux toujours rougis, et il est ratatiné dans son fauteuil, les jointures de ses doigts blanchies par la manière dont il se cramponne à sa tasse. J'ai une pointe de tristesse et de compassion en le voyant aussi clairement bouleversé. Si il n'avait pas été ami avec moi, il n'aurait pas eu à subir tout ça. Alphonse, lui, a l'air aussi peu à l'aise qu'Arthur, mais il a l'air davantage nerveux et tendu qu'autre chose.
Lorsque les yeux de la vieille femme s'attardent sur moi, je me demande ce qu'elle voit. Je sais que je parviens à garder une façade neutre. J'ai tué quelqu'un aujourd'hui, elle le sait. Elle sait aussi, à présent, que je ne suis pas ce qu'elle pensait. Est-ce que c'est une pointe de colère que j'aperçois sur son visage, avant qu'elle ne prenne la parole ?
« Bien. Pour commencer, j'ai besoin d'être sûre d'avoir tous les éléments. D'après ce que m'a dit Ewald, jeune fille, le docteur Kayns a transféré votre âme ou votre conscience d'un corps à un autre, c'est ça ? »
Je me tends, mais je hoche la tête.
« Et vous n'avez pas compris ce qu'il vous arrivait ?
-Kayns avait verrouillé mes souvenirs.
-Mais vous n'avez pas pensé à vous faire examiner par un médicomage ? »
Je ne comprends pas pourquoi elle me demande ça, jusqu'à ce qu'Ewald intervienne :
« C'était une moldue, grand-mère. Et dans ce corps, c'est une née moldue. »
Une expression de surprise traverse le visage de la vieille femme, mais elle se reprend vite.
« Et pourquoi ne pas en avoir parlé une fois que vous avez appris que la magie existait ? »
Une nouvelle fois, Ewald intervient :
« Ce n'est pas important maintenant, grand-mère.
-C'est vrai. » reconnaît Amaranthe avec raideur. « Vos parents sont au courant ?
-Non. » je réponds, simplement. Je commence à me sentir vaguement en colère.
Je crois que c'est la descente de l'adrénaline, après avoir tué Kayns, ce sentiment d'impuissance, et la panique que je refuse de reconnaître à l'idée de tout raconter qui font de cet interrogatoire un moment particulièrement désagréable.
« C'est probablement mieux comme ça pour l'instant. » répond la vieille dame, me ramenant au moment présent. « Il faudra leur en parler, sans doute, mais ce n'est pas la priorité. Avez-vous parlé de votre petite enquête à qui que ce soit ? »
Cette fois-ci, je me contente de secouer la tête pour toute réponse. C'est Ewald qui parle, à nouveau, sans doute en réaction à la tête de sa grand-mère, qui a l'air de tomber des nues.
« Nous ne voulions pas que Vivian soit forcée à exposer son passé, ni ne soit traitée comme un animal de laboratoire. Kayns a trouvé un moyen de prolonger la vie humaine sans recourir aux mêmes moyens que Voldemort en son temps. Imaginez le tumulte que ça va causer ! Nous voulions le faire tomber pour autre chose, sans mettre en danger Vivian.
-Des intentions fort louables. On voit où ça vous a menés. » répond sèchement la vieille dame.
À nouveau, une pointe de colère traverse son regard, avant qu'elle ne soupire légèrement. Ensuite, elle se tourne vers Arthur :
« Je pense qu'il serait de bon ton que vous alliez prévenir vôtre famille de ce qu'il s'est passé. J'aimerais pouvoir vous accompagner, mais nous avons d'autres urgences à gérer. Je peux néanmoins vous confier une missive pour Anna-Linde pour vous aider à expliquer la situation. »
Arthur, toujours pâle et bouleversé, hoche la tête avec une pointe de gratitude. Amaranthe se tourne vers Alphonse.
« Il va falloir faire examiner celui-ci rapidement. Mais il est important que nous contactions les Aurors dans le même temps. Ils doivent être les premiers prévenus. Avant ça… Ewald, il va nous falloir parler à Rosemary. »
L'ancien Serpentard, le visage fermé, hoche la tête, même si tout son corps exprime sa tension. Je me hais. Je me hais de leur infliger ça, à tous. C'est de ma faute.
« Jeune fille ? » je relève la tête, croisant le regard ferme de la matriarche, refusant de laisser paraître mes émotions. « Vous êtes amie avec le jeune Scorpius Malefoy, n'est-ce pas ? »
Je hoche la tête, un peu surprise d'entendre ce nom là dans ce contexte.
« Je vous encourage à rédiger une lettre pour son père. C'est un excellent avocat. Peut-être acceptera il de vous défendre, au vu de vos liens avec son fils. Le temps presse, donc Maily pourra porter vôtre lettre directement chez lui. C'est un peu cavalier, mais il comprendra l'urgence. Si il refuse et bien… Nous aviserons à ce moment là.
-J-je… Je ne sais pas quoi lui dire.
-Vous n'avez pas besoin d'entrer dans les détails. Dites lui simplement qu'il s'agit d'une affaire de la plus haute importance et que vous attendez sa réponse pour vous rendre chez les aurors. Je lui ouvrirai les protections du manoir si il est intrigué, pour qu'on puisse lui expliquer la situation. »
Je hoche la tête, même si je ne suis pas convaincue. C'est un nouveau type de panique qui fait jour en moi. Je ne sais pas comment écrire à un lord, à un avocat. Mais c'est moi qui nous ai fichus dans cette merde, donc j'imagine que c'est aussi à moi de nous en sortir. Je n'ai pas le droit de me plaindre. Alors qu'Amaranthe appelle son elfe de maison, Maily, pour lui demander de quoi écrire le mot à la grand-mère d'Arthur, une pensée me vient.
« Est-ce que ça risque de coûter cher ? Les services de Lord Malefoy, je veux dire. »
La grand-mère d'Ewald a un ricanement de dédain.
« Évidemment. Il est l'un des meilleurs, et son nom seul renferme beaucoup de prestige. » elle soupire avant d'ajouter « Bien sûr, je pourrai vous avancer les frais en attendant d'avoir discuté avec vos parents. Je ne leur demanderai pas de me rembourser tout de suite si ils n'en ont pas les moyens. »
Je reste figée. Je ne vais pas endetter mes parents, en plus de tout ! C'est absurde. Je commence à réaliser à quel point on est dans la merde. Qu'est-ce que j'ai fait ? Je refuse de céder à la panique. Je réfléchis rapidement, et je réalise que je n'ai pas forcément besoin d'avocat. C'est moi l'expérience scientifique, c'est moi qui a tué Kayns. Les autres n'ont rien fait de mal. Tant que mes amis s'en sortent, le reste importe peu, non ?
Je m'apprête à partager ma pensée à Amaranthe lorsque Ewald se lève brusquement. Quelques secondes à peine se sont écoulées pendant que je réfléchissais, et l'ancien Serpentard a l'air en colère.
« Ne te soucie pas des frais d'avocat, Vivian. La maison Slide les couvrira. » Il lance un regard plein de rancoeur à sa grand-mère, qui le regarde en retour, l'air outré.
« Ewald…
-Non, grand-mère. Nous avons largement les moyens, et vous savez pertinemment que ce n'est pas le cas de sa famille. Ce qui est arrivé n'est pas de son fait. »
La vieille dame et son petit fils se défient un instant du regard, et je comprends que je ne me suis pas trompée. Elle est en colère, et sans doute contre moi. Contre Ewald aussi, à présent.
« Nous devons aller voir mère. Avez-vous fini d'écrire le message pour Lady Brightfield ? »
Avec raideur, la vieille femme finit d'écrire une ligne puis hoche la tête, se levant à son tour.
« Venez avec nous, jeune homme. » dit-elle, s'adressant à Arthur. « Nous allons vous escorter jusqu'à la cheminette. »
Sans un mot, Arthur s'exécute, me lançant un dernier regard en passant devant moi. Il est toujours en état de choc, mais il essaye de me sourire, et je fais l'effort, moi aussi, de crisper mes lèvres pour le rassurer.
« Lorsque vous aurez fini d'écrire, confiez la lettre à Maily. Elle sait ce qu'elle a à faire. Et gardez votre ami à l'œil, voulez-vous ? » ajoute la vieille dame.
Je regarde Alphonse. Il n'a toujours pas lâché un mot depuis nôtre arrivée. Il se tient la tête entre les mains, et je grimace. Ça ne lui ressemble tellement pas d'être aussi silencieux. Je hoche la tête sèchement, et la vieille dame sort de la pièce, escortant Arthur. Ewald, lui, lance un dernier regard à la ronde. Je le sens effleurer mon esprit. Mes murailles ne sont pas montées, j'en suis incapable à cause de Kayns. Pourtant, il est si familier avec moi qu'il sait où s'arrêter pour rester à la lisière de mon esprit. Lorsque ma conscience effleure sa présence, il me transmet :
« Je reviens au plus vite. »
Il accompagne sa pensée d'un sentiment rassurant, et je prends sur moi pour lui en renvoyer en retour. Je sais que parler à sa mère doit le terrifier. Je ne veux pas qu'il s'inquiète pour moi en plus du reste.
oOo
Une fois que tout le monde a disparu, je reste seule avec Alphonse qui ne dit toujours rien. Je perds quelques secondes à fixer stupidement le morceau de parchemin que m'a fourni l'elfe de maison, et la belle plume qui l'accompagne. Je ne sais pas bien écrire à la plume, j'utilise toujours un stylo à Poudlard. Surtout, je n'ai pas la moindre idée de quoi dire. Pourtant, je n'ai pas le choix. Alors, je me force à tremper la plume dans l'encrier, et à tracer des mots en m'appliquant le plus possible.
« Lord Malefoy,
Je sais que vous m'avez demandé de vous appeler Draco, mais je vous contacte aujourd'hui dans un contexte officiel. J'ai besoin d'un avocat, et il paraît que vous êtes l'un des meilleurs.
Je vais me rendre chez les aurors tout à l'heure, et on m'a recommandé d'attendre votre réponse avant de m'y rendre. J'ai tué quelqu'un »
Je m'interromps. Je ne peux pas dire ça comme ça, non ? Je ne sais pas quoi faire. Je n'ai pas envie de le piéger, et c'est ce qu'il s'est passé. Mais ça sonne abrupt, et surtout, est-ce que je ne peux pas avoir des ennuis si je lui dis ça avant de me dénoncer aux aurors ? Je ne sais pas. Je regretterais presque l'absence d'Amaranthe. Presque. Je me souviens de ses recommandations néanmoins, et je déchire mon brouillon sous le regard vaguement désapprobateur de l'elfe de maison qui me donne un nouveau morceau de parchemin.
« Lord Malefoy,
Je sais que vous m'avez demandé de vous appeler Draco, mais je vous contacte aujourd'hui dans un contexte officiel. J'ai besoin d'un avocat, et il paraît que vous êtes l'un des meilleurs.
Il s'agit d'une affaire de la plus haute importance. J'ai fait quelque chose de grave. Je dois me rendre chez les aurors, mais Amaranthe Carter m'a recommandé d'attendre votre réponse avant d'agir.
En vous remerciant par avance pour vôtre attention,
Vivian-Éris Mackson »
J'envisage un instant de demander son avis à Alphonse, mais un simple regard dans sa direction me fait renoncer. Je refuse de relire ce que j'ai écrit, et je tends le papier à Maily. Je sais que c'est mauvais, maladroit, vague. Je ne sais pas quoi écrire d'autre. Et il est hors de question que je retarde les soins dont Alphonse a besoin. J'ai déjà fait suffisamment de dégâts, non ?
L'elfe de maison s'incline avant de disparaître, me laissant seule avec le Gryffondor, toujours silencieux. J'aimerais savoir quoi dire. Je me rapproche de lui, hésitante, mais il ne bouge toujours pas.
« Ça va ? » je lui souffle
J'ai peur qu'il me rejette. Il en aurait le droit. Il remue à peine, avant de répondre, d'une voix à peine audible.
« J'ai l'impression que ma tête va exploser.
-Est-ce que je peux faire quelque chose pour t'aider ? »
Il hausse les épaules, et je m'assieds dans le fauteuil à côté de lui. Impuissante. Je repense à sa phrase de tout à l'heure, « Je comprends mieux ce que tu as pu vivre. » J'ai envie de pleurer. Pourtant, mes yeux restent secs. Prise d'une inspiration, je métamorphose un coussin voisin en compresse de tissu, avant de lui lancer un aquamenti. Peut-être qu'un peu de frais soulagera un peu la douleur ? Sans un mot, je tends l'objet au Gryffondor qui semble comprendre où je veux en venir. Il l'applique sur son front, et ne bouge plus. Je ne dis rien, de peur d'aggraver son mal de crâne.
De longues minutes s'écoulent en silence. Je n'ose pas trop bouger, dans cet environnement peu familier, et je ne veux pas faire de bruit pour ne pas déranger Alphonse. Mon cerveau me fait l'effet d'une cocotte minute. Je fais appel à toute la maîtrise de moi acquise pendant mes leçons d'occlumencie, et à mes boucliers, dressés aussi haut que je peux le supporter, pour ne pas exploser. Je suis paniquée à l'idée de révéler mes secrets, d'être étudiée comme une bête curieuse, disséquée. Je suis terrifiée à l'idée de ce que mes amis risquent simplement pour m'avoir aidé. J'ai tué quelqu'un. Je suis emplie de dégoût envers moi même, de haine, lorsque je repense au regard absent d'Arthur, que je pose les yeux sur Alphonse. Je ne peux pas imaginer ce qu'Ewald ressent en ce moment, à devoir raconter tout ça à sa mère fragile. J'ai besoin de toute ma volonté pour rester là.
Sournoise, la pensée de mourir me traverse l'esprit, et ne le quitte plus. Je pourrais me tuer. J'ai mes baguettes. Alphonse n'est pas en état de m'empêcher de faire quoi que ce soit. Je pourrais mourir, et échapper à tout ça. Il n'y aurait pas besoin de passer par l'épreuve des aurors, du tribunal, des examens médicaux. Pas besoin que je sois là pour voir ma vie privée exposée, dépouillée. Ce serait facile. Ce serait tellement plus simple. Je serre les poings, enfonçant mes ongles dans ma paume aussi fort que je peux. Ça ne me soulage pas. Mes ongles ont toujours été courts. Je me force à respirer calmement. Je suis toujours en contrôle. Malgré tout, je sais que je ne peux pas me tuer. Pas par égard pour Quentin ou une connerie du genre. Mais je suis coupable, et je dois m'assurer que mes amis ne paient pas le prix de mes erreurs. Si je meurs, qui sait ce qu'il se passera ? Ils ont déjà donné beaucoup trop pour moi. Pour mes conneries. Ils ont déjà pris beaucoup trop de risques. Si j'étais allée voir les Aurors dès le début, rien de tout ça ne serait arrivé.
Les aurors… Je réalise que Harry Potter est leur chef, mais surtout que c'est aussi le père des jumeaux et de Lily. Est-ce que ça pourrait jouer en ma faveur ? Je ne sais pas. Peut-être. Dans tous les cas, je crois que ça serait un peu rassurant pour moi de lui parler à lui, si j'ai le choix. Ça veut aussi dire que je peux sans doute tirer un lien sur ma camaraderie avec ses enfants, certes, mais ce sera sans doute le cas quoi qu'il arrive. Avec une pointe de tristesse, je réalise surtout que je vais perdre Scorpius aussi, sans doute. J'ai l'impression dissonante que cette affaire va me dépouiller de tout ce qu'il me restait encore. Mes amis de première année, mon indépendance, mes secrets… Mon intimité. Qu'est-ce qu'il va rester de moi au final ? Et est-ce que je pourrai mourir, enfin, plutôt que de devenir un rat de laboratoire ? Je suis terrifiée, c'est ça la vérité. Mais il est trop tard pour m'enfuir. Et je dois assumer, pour mes amis. Je lance un nouveau regard pour Alphonse pour renforcer ma résolution.
À cet instant, j'entends des pas dans le couloir, et je me redresse un peu, prenant soin de recommencer à masquer mes émotions. Rosemary se précipite dans la pièce, suivie d'Ewald et plus lentement d'Amaranthe.
« Vivian, Alphonse ! Vous allez bien ? »
Rosemary jette un long regard à Alphonse avant de se rapprocher de moi en secouant la tête.
« Désolée, question stupide. »
Elle pose sa main sur mon épaule avec douceur, et fait de même avec Alphonse puisque je suis toujours assise à côté de lui.
« On va faire en sorte que ça aille bien, d'accord ? »
Un peu perdue, je ne sais pas quoi répondre. Je lève les yeux vers Ewald, qui me fait un bref sourire, un peu triste. Malgré ça, je perçois son soulagement. Sa mère a l'air d'aller bien.
La doyenne de la pièce reprend rapidement les choses en main, semblant peu incline à laisser sa fille laisser libre cours à ses émotions.
« Avez-vous envoyé vôtre message à Lord Malefoy, jeune fille ?
-Je l'ai fait.
-Bien, il ne nous reste plus qu'à attendre dans l'immédiat, j'en ai peur. »
Elle regarde Alphonse, qui presse toujours la compresse froide contre son front, et soupire.
« Je pense qu'il va falloir installer celui-là dans l'une de vos chambres d'amis, en espérant que Lord Malefoy soit réactif. »
Elle prend sa respiration, comme pour ajouter quelque chose, mais elle s'interrompt.
« Je crois que les Clifford sont en route. »
Elle sort de la pièce en se saisissant de sa baguette. Je lance un regard à Ewald, qui commente simplement :
« Quelqu'un a demandé l'accès à la cheminette, grand-mère est reliée aux protections de ce bâtiment. »
Nous attendons en silence. Ewald est toujours debout, mais s'est rapproché de moi, comme pour me protéger. Alphonse toujours affalé dans son fauteuil, et Rosemary a commencé à lui masser doucement les tempes avec légèreté. Nous n'attendons pas longtemps. Je me redresse, tendue, en entendant des éclats de voix. La porte livre rapidement passage à la grand-mère d'Arthur accompagnée d'Amaranthe. Anna-Linde arbore son plus beau masque lisse de sang pure, et je ne sais quoi penser lorsque je croise son regard. Je suis surprise qu'elle soit seule, et je réalise que je m'attendais à ce qu'Arthur revienne ici. J'aurais été rassurée de le voir. Amaranthe semble elle aussi avoir remonté ses murailles occlumentiques, et sa voix est totalement dépourvue d'émotions lorsqu'elle parle :
« Retournez au manoir et prévenez-moi si Lord Malefoy donne des signes de vie. Anna-Linde et moi avons à parler. »
La mère d'Ewald aide Alphonse à se lever, et Ewald reste à côté de moi tandis que nous quittions la pièce sans que la grand-mère d'Arthur n'aie prononcé le moindre mot. Je me sens assez dissociée, comme dans un brouillard, alors que mes pieds suivent automatiquement l'ancien Serpentard qui a pris la tête de notre groupe. Le trajet jusqu'au manoir émeraude se fait dans le silence complet. Je ressens profondément à quel point la situation nous a, m'a échappé. Que vont se dire les grand-mères ? Est-ce que le père de Scorpius va accepter de m'aider ? Je n'ai plus le moindre contrôle sur ce qu'il se passe. La main d'Ewald effleure la mienne à plusieurs reprises dans la forêt, mais je n'ose pas la prendre, incertaine de si il en a envie, et de si il veut me donner la main devant sa mère. Je me sens vide, et j'ai juste hâte que tout soit fini, puisque je ne peux rien faire.
oOo
Une fois au manoir, Rosemary ordonne à Jamy et Fredy d'amener Alphonse dans la chambre qu'il a occupée à Noël et de prendre soin de lui. Pour nôtre part, nous nous asseyons dans le salon, près de la cheminée, à attendre que quelque chose se passe. Ewald s'assied dans le fauteuil juste à côté du mien. J'ai envie de me blottir dans ses bras, d'au moins lui tenir la main, mais je n'ose pas. L'attente ne fait qu'augmenter ma nervosité, et j'ai l'impression d'être un ressort compressé.
« Ça va aller, Vivian, j'en suis sûre. » je relève la tête, accordant mon attention à Rosemary même si ses mots sonnent creux. « D'après ce que mon fils et ma mère m'ont dit, tu n'as fait que te défendre. Cet homme vous a attaqués. Tu es la victime. »
Je fais appel à tout mon contrôle de moi même pour lui offrir un sourire à moitié convaincant. Qu'est-ce qu'elle dirait si elle savait que ce n'est même pas la première personne que je tue ? Si elle savait que ce qui m'inquiète, ce n'est pas d'avoir tué mais bien que ma vie soit disséquée par des inconnus ? Je hais le terme de victime. Il me fait me sentir petite, pathétique. Je me contente de la remercier, et elle ajoute :
« Tu n'es pas seule, d'accord ? Ma famille sera avec toi. Je suis sûre que tes parents aussi te soutiendront, lorsqu'ils seront au courant. »
Je ne contrôle pas le haussement d'épaules qui m'échappe.
« Ma mère semble penser qu'il vaut mieux les laisser en dehors de ça pour le moment, étant donné qu'ils sont moldus et peu au courant des usages de notre monde. Mais je pense que c'est important qu'ils puissent te soutenir et être à tes côtés. Si tu le souhaites, Ewald ou moi pouvons aller les chercher. »
Je me redresse d'un coup. Je ne savais pas que je pouvais être encore plus tendue, pourtant c'est le cas.
« Je ne veux pas qu'on les mêle de ça. »
Ma voix est presque calme. Rosemary me regarde avec surprise, et semble à hésiter à dire quelque chose. Elle paraît se raviser néanmoins, se contentant de m'affirmer à nouveau :
« Ma famille sera là pour toi. »
Je lui fais un sourire creux, et le silence retombe sur la pièce. Rosemary essaie de relancer la conversation une fois ou deux, mais mes réponses laconiques finissent par la décourager, ou peut-être se laisse elle aussi gagner par la tension.
Au bout de ce qui me semble être des heures, mais qui n'a sans doute pas duré plus longtemps qu'une trentaine de minutes, Jamy apparaît dans la pièce.
« Un hibou vient de remettre ces lettres de la part de la famille Clifford, maîtresse. La première est pour vous et la deuxième est pour la jeune hôte.
-Merci, Jamy. » répond Rosemary en prenant la lettre qui lui est adressée
Je prends la mienne avec une pointe de curiosité, comprenant dès que je l'ai en main qu'elle ne provient pas d'Arthur. L'écriture est beaucoup trop soignée. Je brise le sceau pour voir ce qu'elle contient.
« Miss Mackson,
Ne vous approchez plus jamais de mon fils. Vous êtes dangereuse. Si vous tenez un tant soit peu à lui, laissez le tranquille. Sinon, je me verrai contrainte de sévir.
Lady Clifford »
Je ne m'attends pas au choc que je ressens à la lecture de la lettre, presque physique. J'ai la sensation de ne plus pouvoir respirer. Ignorant la douleur qui me perce le crâne, je dresse mes murailles aussi haut que je le peux, pour être capable de faire bonne figure. Je plie posément le morceau de parchemin, le rangeant dans ma poche avec un calme à des années lumière du tumulte dans mon cerveau. Rosemary est toujours en train de lire sa propre lettre, sourcils froncés, et Ewald me lance un regard interrogateur teinté d'inquiétude. Je hausse les épaules avec une fausse désinvolture. J'ai besoin de sortir de la pièce, mais si je le fais tout de suite ça va être suspect.
Assez vite, néanmoins, une occasion s'offre à moi. Rosemary s'excuse avant de quitter la pièce, disant qu'elle a besoin de répondre au message. Je profite de son départ pour dire à Ewald que je dois utiliser les toilettes. Il est coincé ici, puisqu'il faut bien surveiller la cheminette au cas où Draco Malefoy fasse son apparition.
« Tu veux que je t'accompagne ? » me demande il, pointant sa tête dans un geste explicite
Je me contente de secouer la mienne en lui répondant :
« Je n'en ai pas pour très longtemps, je pense. »
Il ne semble pas vraiment rassuré, mais me laisse partir.
Dès que je sors de la pièce, je me mets à courir. Comme pour m'enfuir, tout en sachant que je ne peux échapper à rien. Je me réfugie dans les toilettes, et lance un sort d'insonorisation sur la porte. Je me roule en boule dans un coin de la pièce. Je n'ai rien à faire du pathétique de ma position, de la faïence des WC à quelques centimètres de moi… Je relis les mots de la mère d'Arthur, ressentant pleinement la brûlure du rejet. La colère derrière ses mots. Ça fait mal. D'autant plus qu'elle a raison. Je me suis juste voilée la face, devant les protestations de mes amis. Mais à cause de moi, ils sont vraiment allés trop loin. Ça fait mal de renoncer à Arthur. Je l'aime. Mais je lui ai suffisamment causé de tort. Son regard quand il a vu le corps… Je halète, mais j'accueille dans le même temps le rejet de la mère d'Arthur. Tellement mérité. J'ai si mal.
Très vite, je ressens le besoin que la douleur soit physique. Comme un miroir de ce qu'il s'est passé il y a des années, je tire le poignard avec lequel j'ai à nouveau tué. Cette fois-ci, c'est à la clavicule droite que je m'attaque, puisque c'est à la gauche que je porte la cicatrice que j'ai faite après le pédophile. J'ai davantage d'expertise, à présent. Moins de peur. Je suis un peu plus détruite, aussi. J'enfonce la lame plus profondément encore que je ne l'avais fait à l'époque. Ça fait mal. J'ai envie de pleurer. Pourtant, je refuse de me laisser aller tout de suite. D'abord, j'ajoute quelques coupures sur celles que j'ai faites hier – il y a une éternité – après avoir appris ce que Kayns m'avait fait. Ensuite, seulement, je range ma lame et je commence à pleurer, mes bras enserrant mes genoux fort, à m'en faire mal. Je n'arrive pas à les décrisper. Ma respiration s'affole, reflet enfin de mes pensées. C'est une bonne chose que je serre si fort mes genoux contre moi. Si mes mains n'étaient pas occupées, je céderais sans doute à l'impulsion de planter ma lame dans ma gorge pour en finir enfin.
C'est mon sens des responsabilités qui me force à me relever après plusieurs minutes, déjà trop longues. J'ai déjà suffisamment fait payer à Ewald mon amitié, aujourd'hui. Je ne veux pas qu'il s'inquiète encore plus qu'il ne s'inquiète déjà. Il me tarde tellement que tout soit fini, que ma destruction s'achève pour que je puisse à mon tour achever le corps qui véhicule ma vie bientôt dépouillée de ce qui la constituait. Je souris à mon reflet dans la glace, et j'utilise le sort que m'a enseigné Lady Brightfield, à Noël, pour faire disparaître le sang. Je suis une façade. Je ne sais pas où mon âme s'est échappée, mais elle ne fait plus briller mes yeux.
oOo
Lorsque je regagne la pièce, je vois dans le regard d'Ewald qu'il se doute de quelque chose, mais il n'a pas le temps de m'interroger car nous entendons des voix qui se rapprochent. Bientôt, Rosemary fait son entrée, accompagnée d'Amaranthe, et de façon inattendue, de Draco Malefoy en personne. L'avocat porte de belles robes sorcières, sans doute très coûteuses, et affiche une expression différente de lorsque que nous l'avons rencontré sur le chemin de traverse, Ewald et moi. Il a l'air guindé, sérieux, formel. Son masque d'avocat, je devine. Mon ami est le premier à se lever pour le saluer, puis c'est à mon tour de m'avancer, incertaine. Il ne trahit aucune émotion en me serrant la main, et je m'applique à faire de même. Les salutations ne s'éternisent pas et bien vite l'homme demande à me voir seul à seule pour que je puisse lui exposer ma version des faits.
« J'accepte de vous défendre dans cette affaire, Vivian. Avant que nous nous rendions au bureau des Aurors, il est nécessaire que vous m'exposiez la situation dans le détail, et que je vous donne quelques recommandations. »
Je ne proteste pas. Rosemary met le salon à nôtre disposition et j'y suis Draco Malefoy. Ewald essaye bien de se joindre à nous, mais sa grand-mère le rappelle sèchement à l'ordre tandis que l'avocat lui explique avec patience qu'il veut être certain que mon témoignage ne sera pas influencé. Je me contente de hocher discrètement la tête à son intention, et il quitte la pièce à la suite des femmes de sa famille. Presque immédiatement, je sens sa présence en lisière de son esprit. J'accepte le contact, formant notre lien davantage pour le réconforter que pour moi. Je ne suis pas sûre que ça soit une très bonne idée, mais si ça peut le tranquilliser…
« Et bien, Vivian. On dirait que vous vous retrouvez dans une situation compliquée. »
Je me reconcentre sur Draco Malefoy, répliquant malgré moi (et je blâme la fatigue) :
« Vous avez le sens de l'euphémisme. »
L'avocat ne semble pas offusqué par mon insolence, affichant à la place un léger sourire ironique avant de me répondre :
« Comme je vous le disais, j'aimerais que vous me fassiez un compte rendu aussi précis que possible de vôtre situation, pour que je puisse vous accompagner au mieux.
-Lady Carter ne vous a pas déjà tout expliqué ? »
Je n'ai pas envie de parler, de raconter mon histoire. Et vu la manie d'Amaranthe de tout diriger, je me doute bien qu'elle a déjà pris la responsabilité de raconter ce qu'elle sait à Draco. Celui ci se contente de hocher légèrement la tête, puis répond :
« Elle m'a dit ce qu'elle savait. Néanmoins, vous êtes la première concernée et je tiens à avoir votre version des faits. De plus, il y a de nombreuses zones d'ombres dans le récit que Lady Carter m'a fait. Pouvez-vous m'exposer la situation dans le détail, s'il-vous-plaît ? »
Il sort un morceau de parchemin, une plume élégante et un petit encrier de l'une des poches de sa cape de sorcier, puis prend une posture attentive qui se veut aussi rassurante.
Je soupire, mais je me résigne à parler, soutenue discrètement par Ewald qui m'envoie une vague d'encouragement avant de rompre doucement le contact. Je sais que je vais devoir en passer par là. Draco a déjà accepté de me défendre, la moindre des choses et de ne pas lui compliquer la tâche. Malgré toute ma bonne volonté, néanmoins, je suis incapable de le regarder lorsque je commence mon récit.
« Depuis mes trois ans, je me rappelle de mon autre vie. J'étais une moldue, française. Je suis morte quand j'avais dix-sept ans.
-Comment êtes-vous morte ? » m'interrompt l'avocat. Je relève les yeux, croisant brièvement son regard.
« Ce n'est pas important, non ?
-Je pense que si. Est-ce que le docteur Kayns vous a tuée ? »
Tendue, je secoue la tête, avant d'admettre à contre coeur :
« Je me suis suicidée. »
Je ne manque pas la micro expression de surprise qui passe sur le visage de l'adulte. J'ai l'habitude des sang-pur, à force, et il n'a pas monté ses boucliers au maximum pour cette conversation, peut-être pour me mettre en confiance. Dans tous les cas, ça fait que je vois son expression, et je m'empresse donc d'ajouter des détails pour m'éloigner de ce sujet.
« On l'a découvert plus tard, mais l'endroit que j'ai choisi était le même que Kayns employait comme base. Il m'a légilimancée en me voyant arriver, et c'est comme ça qu'il a choisi de m'utiliser pour ses expériences.
-Donc, il vous a légilimancée alors que vous étiez une simple moldue ? »
Je hoche la tête. Draco note quelque chose sur son parchemin, avant de m'enjoindre de poursuivre mon histoire.
« J'ai passé mon enfance à chercher comment j'avais pu me réincarner, sans succès. Quand j'ai appris que la magie existait, j'ai pensé que c'était sans doute une piste prometteuse, mais je n'ai rien réussi à trouver avant mon entrée à Poudlard. Pendant ce temps là, à chacun de mes anniversaires, Kayns venait contrôler l'évolution de son expérience, mais il verrouillait mes souvenirs, c'est pour ça que je n'en avais pas conscience. »
À nouveau, l'avocat écrit quelque chose sur son parchemin avant de demander :
« Quand avez-vous découvert que la magie existait ?
-Lorsque j'avais six ans. » je réponds, tendue. On se rapproche d'un autre sujet que je n'ai pas envie d'aborder.
« Magie accidentelle ? » demande mon interlocuteur, d'un ton vaguement intéressé
Je grimace, mais les aurors sont au courant, de toute façon, et ça risque de ressortir. Mieux vaut jouer cartes sur table, même si après ça je ne suis pas sûre que Draco aie toujours envie d'être mon avocat. Je lui raconte donc l'épisode du pédophile, m'arrêtant à ce que les aurors savent déjà, c'est à dire en omettant le fait que j'ai récupéré la baguette de mon agresseur. À un moment, je risque un regard vers l'avocat, et constate qu'à présent, ses murailles sont totalement dressées. Sa réaction me surprend, pourtant, car lorsque j'ai fini il se contente de commenter :
« Ça a dû être difficile pour vous, de vivre avec ça si jeune. C'est donc de cette façon que vous vous êtes liée d'amitié avec le cadet Clifford ? »
Je hoche la tête, avant de demander avec nervosité :
« Vous êtes toujours d'accord pour me représenter ? »
Avec une douceur surprenante, l'aristocrate répond :
« Bien sûr, Vivian. J'ai connu bien des gens qui ont commis des crimes pires que vous, et pas dans des cas de légitime défense. Aujourd'hui comme à l'époque, vous êtes une victime. Et c'est ce que je ferai en sorte de faire comprendre aux aurors. »
Je ne suis pas sûre de réellement lui faire confiance, et encore moins de comprendre ses motivations, mais son affirmation reste rassurante. C'est vrai qu'il est enfant de mangemorts, et qu'il était du mauvais côté de la dernière guerre. Il a dû entendre bien pire, je réalise. À côté de ça, mes états d'âme comme mes crimes doivent sembler insignifiants. Pourtant, j'aurais compris qu'il éprouve de la rancœur à savoir quelqu'un comme moi proche de son fils. Après, rien ne dit que ce n'est pas le cas.
Quoi qu'il en soit, je me force à me reconcentrer sur le moment présent pour expliquer à Draco tout ce que j'ai vécu et que je sais d'autre qui pourrait être pertinent. J'avoue m'être blessée pour me permettre de réaliser qu'on avait effacé une partie de ma mémoire, je raconte comment Ewald m'a permis de la débloquer. Je passe bien sûr sous silence ma tentative de suicide, me bornant à parler de ce qu'à fait Kayns. J'évoque ensuite le contenu des souvenirs verrouillés, réalisant que je vais sans doute devoir mentionner mon automutilation à un moment. Je repousse la pensée. C'est déjà trop, je ne veux pas en trahir encore davantage pour l'instant. Avant que je n'aborde les événements du jour, Draco me demande pourquoi je n'ai jamais cherché à aller voir les aurors avant. De mauvaise grâce, j'explique que je ne voulais pas exposer ma vie privée, et encore moins devenir un rat de laboratoire. J'ai peur qu'il ne comprenne pas, et pourtant il approuve gravement sans me faire remarquer que la situation actuelle aurait pu être évitée. Je lui en sais gré. Ensuite, je raconte enfin les derniers événements, ceux qui nous ont menés là, dans le salon. Je lui dis, honnêtement, que prendre ma lame était un choix délibéré. Si il y a des examens légilimantiques, ils le sauront, et je préfère que mon avocat soit au courant.
« Je ne pouvais pas prendre de risque avec la vie de mes amis. Je… Je ne suis qu'en première année. Il m'avait désarmée très facilement juste avant. Je ne pouvais pas être sûre de le prendre par surprise. »
Draco me regarde avec une lueur de compréhension dans les yeux, avant de dire doucement :
« C'était un bon raisonnement, Vivian. »
J'ai le sentiment étrange que cette situation résonne avec lui, et pendant quelques instant flotte entre nous cet écho d'une expérience partagée. Ensuite, il reprend son masque d'avocat et m'interroge encore sur quelques détails, continuant à prendre des notes.
oOo
Une fois que Draco a fini de m'interroger, il en vient à la partie conseils. Il commence par m'expliquer que le plan est qu'il m'accompagne chez les aurors, seul. Apparemment, les Clifford ont pris leur propre avocat pour Arthur, ce qui ne me surprend pas mais qui est un peu douloureux quand même. Je comprends bien que la famille de l'ancien Poufsouffle cherche à se dissocier au maximum de moi. Il m'explique ensuite que pendant que nous nous rendront au bureau des aurors, Amaranthe fera venir un expert médical de sainte mangouste assermenté pour les affaires criminelles afin d'examiner et de soigner Alphonse.
« Si nécessaire, je représenterai également votre ami, ainsi que Lord Slide. Il est encore difficile de savoir si l'affaire ira jusqu'aux tribunaux, et si oui si vos amis seront convoqués comme témoins ou comme accusés. »
Je dois prendre sur moi pour ne pas montrer la colère et le dégoût de moi même que j'éprouve en entendant cette possibilité. Ça ne servirait à rien de toute façon.
« Je peux imaginer que les aurors cherchent à étouffer cette affaire, de crainte que cette nouvelle façon de prolonger une vie ne s'ébruite. Ça jouerait en notre faveur, bien sûr, même si ça n'écarte pas le risque que vous deviez vous prêter à toute une batterie d'expériences médicales. »
Je refuse de montrer ma peur à cette affirmation, pourtant je comprends qu'elle est visible au regard de Draco. Refusant de m'y attarder, je détourne le sujet en demandant à mon interlocuteur si il pense que faire jouer mes liens avec les enfants Potter pourrait être pertinent. Après m'avoir considérée un instant, l'avocat hoche la tête avec approbation.
« Vous auriez fait une bonne Serpentard, Vivian. Je comptais effectivement jouer sur ce tableau. Je pense que lord Potter serait sans doute réceptif à votre désir de tranquillité, et votre amitié avec ses enfants contrebalancera probablement le déplaisir qu'il aura à devoir travailler avec moi dans cette affaire. »
Je me retiens sans difficulté de poser des questions sur cette affirmation. J'ai lu les Harry Potter, et même si je n'ai aucune idée de comment les relations entre Draco et Harry ont évolué après les livres, ça ne me regarde pas. Leurs enfants sont amis, et ils sont adultes. Je peux juste faire confiance à mon avocat pour faire les meilleurs choix pour moi.
oOo
Nous sommes trois à nous présenter au bureau des Aurors, au final. Draco et moi, bien sûr, mais aussi Ewald. Lorsque nous nous sommes rendus au salon pour reprendre la cheminette, il était là avec le reste de sa famille, dans ses meilleurs habits de Lord Slide. Sa grand-mère avait les lèvres tellement pincées qu'elles en devenaient presque invisibles, mais elle n'avait rien dit. Mon avocat, lui, s'était contenté de lui rappeler que sa présence n'était pas essentielle.
« Ma présence ne peut dans tous les cas pas aggraver la situation, et au mieux elle témoignera de ma bonne volonté. Vivian n'était pas seule tout à l'heure. Nous sommes dans le même bateau. »
Le ton calme d'Ewald ne m'avait pas empêché de sentir sa volonté, ferme, derrière. Draco avait échangé un regard avec Amaranthe, puis avait simplement dit :
« Très bien. Mettons nous en route. »
L'esprit d'Ewald avait trouvé le mien sans que nous échangions le moindre mot, tirant simplement du réconfort dans la présence de l'autre. J'avais perçu qu'il avait dû imposer sa volonté à sa grand-mère pour venir. Même si je savais qu'il n'aurait pas dû faire ça, qu'il aurait dû se protéger au maximum, à ce stade sa présence m'apportait un soulagement terrifiant.
Rosemary m'avait fait un léger sourire, sans doute dans l'espoir de me rassurer, et nous étions partis.
oOo
L'auror de garde, à l'accueil, reconnaît tout de suite Lord Malefoy. Malgré sa mauvaise volonté, qu'il rend évidente, il fait prévenir Harry Potter de notre présence. Pendant que nous attendions, un autre auror fait son entrée, fixant du regard Draco avec hostilité. À son âge et ses cheveux roux, je déduis qu'il s'agit d'un Weasley, probablement Ron. Nôtre avocat ne montre aucun signe d'inconfort devant les regards noirs de l'auror et de son collègue, présentant une surface lisse et neutre qui semble énerver encore plus l'homme qui doit être Ron. Même si il me lance quelque regards intrigués, l'ancien Gryffondor n'engage pas la conversation, se contentant de soupirer lorsqu'un nouvel auror vient nous inviter à le suivre. Le chef des aurors accepte de nous recevoir.
Nous prenons un couloir à l'arrière du bureau où nous avons été accueillis, avant de traverser un open space bordélique. Des piles de parchemins en équilibre précaire couvrent la plupart des bureaux, protégés sans doute par des sorts de confidentialité puissants car je ne vois que du flou si j'essaye de les déchiffrer au passage. Malgré l'heure tardive, une dizaine d'aurors sont encore au travail, et ils relèvent tous la tête à notre entrée avant de se remettre à l'ouvrage. Quelques uns continuent à fixer notre groupe jusqu'à ce qu'on disparaisse derrière une nouvelle porte, tout au fond. Là, un nouveau couloir donne accès à quatre ou cinq portes. Nous nous dirigeons vers la plus proche, à laquelle nôtre escorte frappe énergiquement. Une voix grave, teintée d'une légère fatigue, nous enjoint d'entrer. Je suis Draco à l'intérieur, laissant Ewald puis l'auror qui nous a accompagnés fermer la marche. Malgré la situation, une partie de moi est curieuse de découvrir le visage du légendaire Harry Potter.
Je découvre un homme entre deux âges, aux cheveux d'un noir de jais parsemés de quelques touffes grisonnantes. Il ne porte pas de lunettes, ce qui l'éloigne de l'image que je m'en étais faite, tout comme son léger embonpoint. Il se lève à nôtre arrivée, congédiant d'un geste l'auror qui nous a suivi et lui enjoignant de fermer la porte derrière lui d'un ton de commandement. Ensuite seulement, il pose son regard rapidement sur Ewald, puis moi, avant de le fixer sur l'avocat qui nous accompagne.
« Lord Malefoy. Que me vaut cet honneur ?
-Une affaire véritablement compliquée m'amène, Lord Potter. »
Le chef des aurors a un petit rire sans joie avant de s'installer à nouveau dans son bureau, nous invitant d'un geste à l'imiter. Il pousse ensuite un long soupir avant de prendre à nouveau la parole.
« Toutes les affaires où tu es impliqué sont compliquées, Malfoy. Qui sont les jeunes gens qui t'accompagnent ? »
L'avocat secoue la tête avec une pointe d'amusement, puis nous désigne tour à tour :
« Lord Slide, fraîchement diplômé de Poudlard, et Vivian-Éris Mackson, dont tu as sans nul doute déjà entendu parler. »
Ewald hoche la tête poliment, et je l'imite lorsque mon nom est prononcé. Harry Potter se redresse sur son siège, me fixant avec un intérêt renouvelé, laissant échapper un petit rire.
« La rivale de Lily, et le salut des notes de mes fils. C'est un plaisir de te rencontrer, Vivian-Éris. »
Je lui souris, tendue au maximum. Toute cette sympathie ne va sans doute pas tarder à disparaître. Qu'on en finisse. Comme si il avait entendu mes pensées, le chef des aurors détourne le regard sans attendre d'autre réaction de ma part pour se reconcentrer sur son ancien camarade.
« Tu as parlé d'une affaire complexe. De quoi s'agit-il ? »
L'avocat soupire légèrement, avant de répondre :
« Toujours à l'essentiel, n'est-ce-pas ?
-Je n'ai pas le luxe du temps, contrairement à certaines fanges de la société. »
La pique est dépourvue d'agressivité, et Draco ne semble pas en prendre ombrage. Sans y réagir, il se tourne vers moi pour me demander :
« Souhaitez vous exposer vous même la situation, Vivian, ou préférez vous que je m'en charge ? »
Je comprends, sans qu'il aie besoin de me le dire, que ça fera sans doute meilleure impression si je me dénonce de moi même. Je sens qu'Ewald est légèrement surpris par l'offre, mais je me souviens de ma discussion avec Draco, sur le fait que je pouvais exploiter le lien qui me reliait aux enfants Potter. De toute façon, je préfère raconter avec mes propres mots, et l'idée de rester là, en silence, pendant qu'un presque inconnu déballe ma vie me rend malade. Du coup, je réponds, après un instant :
« Je vais le faire.
-Très bien. Racontez lui comme vous m'avez raconté, tout à l'heure, dans l'ordre chronologique. » L'avocat me sourit, et j'ai conscience que ce sourire là est fabriqué de toute pièce. Ne commence pas par parler du meurtre. Bien compris.
La main d'Ewald effleure la mienne. J'ai envie de la prendre, mais je ne suis pas sûre que ça soit une bonne idée, devant ces adultes. Pas sûre non plus que l'ancien Serpentard n'en aie envie. Il m'envoie un vague sentiment d'interrogation, et je me ravise. C'est ce qu'il veut vraiment, alors. Je réalise qu'apparaître apeurée et timide ne peut pas me desservir, au contraire, et j'entrelace nos doigts. J'y puise la force de me mettre à parler, en regardant un point juste au-dessus de l'épaule du chef des aurors.
oOo
Il est presque deux heures du matin lorsque la cheminette nous dépose, Ewald et moi, au manoir émeraude. Draco a pris congé en nous promettant de nous rejoindre à neuf heures demain matin pour préparer la suite de nos auditions. Nous devons retourner au bureau des aurors à dix heures pour des examens médicaux, pour moi, et pour témoigner dans le cas d'Ewald. Je sais qu'Alphonse et le médicomage qui l'a examiné seront convoqués en même temps que nous. Arthur aussi, sans doute. J'ai une pointe de culpabilité en pensant à nos deux amis, qui souffrent par ma faute. Je suis bien trop épuisée, tant mentalement que physiquement, pour m'y attarder trop. Je n'ai qu'une seule hâte : regagner mon lit. Avec un peu de chance, j'arriverai à me reposer un peu, à défaut de parvenir à m'endormir.
Mes espoirs sont néanmoins contrariés lorsque je vois le comité d'accueil. Rosemary se tient dans le salon, en compagnie de sa mère et d'Alphonse, endormi sur un fauteuil à côté d'elles. La mère d'Ewald est la première à réagir, se précipitant vers nous à nôtre entrée :
« Vous allez bien ? »
Elle pose sa main sur la joue d'Ewald, plongeant ses yeux dans les siens à la recherche de je ne sais quoi. Mon ami lui sourit d'un air rassurant, tandis que sa grand-mère se rapproche à son tour.
« Lord Malefoy a pris congé ?
-Il sera ici à neuf heures demain matin. Je dois témoigner à dix heures, et Vivian sera examinée par un médicomage. Comment va Alphonse ?
-Il a besoin de beaucoup de repos. Apparemment, l'attaque légilimentique ne laissera pas de séquelles à long terme, mais dans l'immédiat il va lui falloir du temps pour récupérer. Il n'avait aucune base d'occlumencie, et son esprit était grand ouvert. » explique Rosemary. « Il s'inquiétait de ne pas vous voir rentrer, et a refusé d'aller au lit sans avoir de vos nouvelles. Si tu veux bien le rassurer, Vivian.. ?
-Je m'en occupe. » je réponds, comprenant que la mère d'Ewald souhaite un petit moment d'intimité avec son fils.
Au final, je me retrouve à réveiller Alphonse et à l'escorter jusque dans sa chambre en lui résumant les derniers événements. J'ai raconté mon histoire à Harry Potter, rien ne sera ébruité dans l'immédiat, au moins le temps de l'enquête. Lorsque nous partions, celui-ci était en train de mettre sur pied une équipe pour récupérer le corps de Kayns et mettre son manoir sous scellés. J'explique à Alphonse que nous devrons tous retourner au bureau des aurors le lendemain. Signe certain de son épuisement, le Gryffondor ne me pose presque aucune question, et même si il lutte visiblement il s'endort presque dès que sa tête a touché l'oreiller. Je me retrouve dans le couloir, incertaine de la marche à suivre. Finalement, je décide d'aller prendre une douche exprès avant de dormir. Même si Ewald a enlevé le sang de mes vêtements, tout à l'heure, je ne crois pas que je réussirai à me reposer sans ça. Autant mettre toutes les chances de mon côté.
oOo
Lorsque je sors de la douche, je trouve Ewald qui m'attend devant ma chambre, déjà en pyjama. Il me regarde de haut en bas, comme pour s'assurer que je suis entière, avant de me serrer dans ses bras. Je me blottis contre lui sans vraiment le décider, instinctivement. Je me sens protégée. Aimée. Puis je me rappelle que tout est de ma faute et je me tends. Ewald me relâche tout de suite, effleurant mon esprit. Je sens son inquiétude, et le laisse percevoir ma conviction de ne pas mériter son soutien.
« Je ne suis pas en état de te faire un long discours, Vivian, mais tu as intérêt à t'ôter cette idée de la tête. Tu es ma meilleure amie, tu te rappelles ? Tu ne me laisserais pas tomber dans cette situation. Je n'ai aucune raison de le faire. Et je ne te blâme pas. Tu nous a tous sauvés la vie, tout à l'heure. » puis il ajoute, plus bas : « Si il n'avait pas menacé Arthur, c'est peut-être moi qui l'aurait tué, et ça n'aurait pas été de la légitime défense. »
L'aveu me prend par surprise, et je rejoue le combat dans ma tête, les sorts que lançait Ewald, et sa façon de dominer le duel. Il aurait vaincu Kayns, dans tous les cas. Il aurait pu l'immobiliser, sans effort. Est-ce qu'il serait vraiment allé plus loin ?
Il voit mon regard interrogatif, et me fait percevoir, par le biais de notre lien, son incertitude. Il ne sait pas si il l'aurait tué, mais il aurait pu, pour tout ce qu'il m'a fait. Et ça n'aurait pas été bien, sans doute. Parce que lui l'aurait pleinement fait par choix. Cette fois-ci, c'est moi qui serre l'ancien Serpentard dans mes bras, empreinte d'une peur rétrospective. C'est comme ça que j'aime, moi aussi, pleinement. Pour autant, si il avait tué Kayns… il aurait pu finir en prison. Ou alors, on aurait tous dû couvrir le meurtre. Je pense à Arthur à ce moment là, et je suis contente d'avoir tué Kayns moi-même. J'aurais dû me dénoncer dès le début, même si j'en étais incapable. Mais quitte à ce que ça se soit passé comme ça, c'est bien que les événements se soient déroulés exactement de cette façon.
Lorsque nous nous séparons, Ewald m'invite, avec pudeur, à partager sa chambre. J'accepte sans hésiter, trop fatiguée pour m'attarder encore sur ma culpabilité, et espérant que la présence de mon ami m'aide peut-être à trouver le sommeil. Avant que nous nous allongions, il me tend une potion.
« De la part de ma mère. C'est une potion de sommeil sans rêve. »
Je n'ai pas envie de la prendre, mais Ewald finit par me convaincre. J'ai confiance en lui pour veiller sur moi, et j'aurai besoin de toute mon énergie et de ma lucidité demain matin.
oOo
Contre toute attente, je me sens presque reposée lorsqu'Ewald me réveille le lendemain matin. À croire que les potions sont réellement efficaces.
« Il est quelle heure ? » je demande, me retournant pour regarder l'ancien Serpentard
« Huit heures et demie. J'ai essayé de te laisser dormir aussi longtemps que possible.
« Merci. »
Je me redresse légèrement, constatant que mon ami est assis, appuyé contre le mur.
« Tu es réveillé depuis longtemps ?
-Une heure ou deux. » soupire Ewald « Je faisais un peu de tri dans mes pensées. »
Je le regarde avec une pointe d'inquiétude, mais je ne commente pas. Je peux comprendre qu'il aie beaucoup à penser.
Je m'habille rapidement, perdant deux longues minutes à me fixer du regard dans la glace, essayant de trouver la force de me remettre en mouvement. La réalité a des dimensions étranges aujourd'hui. Le monde a basculé et la situation a échappé à tout contrôle. J'ai envie de m'enfuir en courant. J'ai envie de mourir. À la place, je détache lentement l'étui de mon poignard pour aller le ranger dans ma chambre, avec la baguette du pédophile. Je ne veux pas que les aurors ne me les prennent. Ensuite, je descends au petit-déjeuner, davantage pour préserver les apparences que par réel appétit. Ewald m'accompagne.
Je mange plus par habitude que par faim, parce que je ne sais pas comment va se dérouler la suite de la journée et quand sera mon prochain repas. Je ne veux pas inquiéter Rosemary, ni son fils. Amaranthe préside à la table, le visage figé. Quelques minutes après notre arrivée, Alphonse fait son entrée à son tour. Il a fait l'effort de passer des vêtements sorciers (comprendre son uniforme scolaire, moins sa cravate), ce qui me surprend. Il est loin de son niveau d'énergie habituel, et se glisse entre moi et Rosemary sans un mot. Je profite d'un moment où les adultes discutent pour glisser au Gryffondor :
« Comment tu vas ? »
Il me fait un pauvre sourire avant de répondre :
« Un peu mieux qu'hier je crois mais… Je veux juste rentrer chez moi, Viv'. J'ai besoin de voir mon père, de me poser… J'ai envie de voir Azmi...
-Il faudra en discuter avec Lord Malefoy, mais ça devrait être possible après ton audition, tout à l'heure. » intervient Rosemary avec bienveillance.
J'imagine qu'elle n'était pas autant impliquée dans sa conversation que je le pensais, et il faut dire qu'Alphonse n'a pas vraiment fait d'effort pour chuchoter. Celui-ci la regarde avec reconnaissance, se contentant de chuchoter un simple merci en retour. Il a l'air épuisé.
Peu de temps après la fin du petit déjeuner, Draco Malefoy nous rejoint. Il nous escorte jusqu'au ministère. Pendant tout le trajet, je garde la main d'Ewald serrée dans la mienne. Pour ne pas céder à mon envie de m'enfuir autant que pour être réconfortée. Alphonse est le premier à nous quitter. Un auror l'amène pour prendre sa déposition. Je n'aime pas l'idée que nous soyons séparés. Pourtant, le Gryffondor ne proteste pas, se contentant de demander à l'auror si on pourra le laisser rentrer chez lui après ça. L'homme hausse les épaules en lui disant qu'il fera bien ce qu'il veut quand ils auront fini avec lui. Crispée, je le regarde disparaître derrière une porte, puis c'est au tour d'Ewald. Un auror vient le chercher à son tour pour qu'il témoigne, et il me serre brièvement l'épaule en se levant.
Il effleure mon esprit avant de partir, et je sens qu'il est rassuré de voir que j'ai pu reconstruire un peu mes murailles. Elles sont moins efficaces que d'habitude, certes, mais bien mieux que les vagues ruines qui en tenaient lieu hier. Je sens aussi qu'il n'aime pas me laisser seule. Pourtant, son visage ne trahit aucune émotion alors qu'il suit dignement l'auror hors de la pièce. Enfin, c'est à moi. Un homme en robes blanches se présente à Draco et moi, escorté par un nouvel auror.
« Je suis Jordan Cooper, médicomage spécialisé en légilimancie. C'est moi qui vous examinerai aujourd'hui. L'auror Gaway est ici pour s'assurer que les protocoles sont respectés. Si vous voulez bien me suivre... »
Sans me laisser le temps de répondre, le médicomage fait demi tour, suivi de l'auror, et je n'ai pas d'autre choix que de le suivre, accompagné par Draco Malefoy. Je ne sais pas ce que j'aurais fait sans sa présence. Je ne sais pas à quoi je m'attendais non plus, quand on m'a parlé d'examens médicaux. Stupidement, je n'avais pas pensé qu'on enverrai quelqu'un dans ma tête. Enfin, ça m'a traversé l'esprit, mais je n'ai pas eu le temps de m'y attarder. Je n'ai pas vraiment eu le temps de me poser ou de réfléchir depuis hier, et la dissociation qui s'est installée doucement n'aide pas.
Je ne sais pas ce que je redoute le plus : qu'on découvre que je m'automutile, ou qu'on rentre encore dans mon esprit ? Question stupide. Les deux. Le viol de mon esprit est quand même pire. Avec ma chance, je vais avoir droit aux deux. Sans l'occlumencie, je ferais sans doute un truc stupide, comme attaquer les aurors. Malgré mes murs montés au maximum, la panique est presque intolérable. Pourtant, je le savais non ? Hier, je m'étais dit qu'on allait me dépouiller de toute intimité. Je le savais. Ça ne rend pas les choses plus faciles.
Au bout d'une dizaine de mètres qui me semblent bien plus, étant donné l'effort que me demande le moindre pas, nous entrons dans une petite pièce. C'est une simple cellule d'interrogatoire, qui ne dénoterait pas dans un commissariat moldu. Une table, deux chaises. Cooper m'indique d'un geste de m'asseoir et je m'exécute, comme on monte à l'échafaud. Il enjoint ensuite à Draco de suivre l'auror qui doit l'escorter dans une salle voisine, d'où ils pourront suivre les examens sans « perturber sa concentration ». J'ai envie de hurler. Je garde mes yeux fixés sur la table et mes ongles plantés dans ma peau. Même la dissociation ne suffit pas à étouffer ma panique. Mes murailles suffisent à peine. Je regrette tellement de n'avoir pas choisi l'option facile. On aurait pu cacher le corps. Savoir que j'ai fait le bon choix, celui qui protège mes amis, n'aide pas en cet instant. Savoir que je n'ai que ce que je mérite non plus. Il y aurait eu l'autre option facile, aussi. Ma lame dans mon cou, ou bien...
« Regardez moi, Miss Mackson. »
Je sursaute. Sans être véritablement douce, la voix du médicomage comporte quand même une certaine gentillesse. J'arrive à vaguement relever les yeux, incapable de croiser son regard.
« Je vois que vous êtes tendue. Ne vous inquiétez pas, l'examen devrait être indolore.
-Qu'est-ce que vous allez faire ? »
La question m'a échappé, alors que c'est plutôt évident, non ? L'homme répond quand même, impatient de se mettre au travail mais quand même soucieux de me rassurer. Du moins, c'est l'impression qu'il donne.
« J'ai été briefé sur votre affaire. Je suis là pour consulter les souvenirs que vous avez du docteur Kayns, afin de confirmer la véracité de vôtre témoignage et d'évaluer les potentiels dommages qu'il a pu vous infliger. Je dois également m'assurer qu'il n'a pas laissé de compulsion en vous, ou implanté de faux souvenirs. D'après les informations que j'ai, vous n'avez subi aucune blessure, et ne nécessitez pas d'examen physique, est-ce exact ? »
Incapable de parler, je hoche simplement la tête. Je n'ai pas le temps de m'attarder sur ce qu'il m'a dit, car il enchaîne.
« Bien, commençons, voulez-vous ? Concentrez-vous sur les souvenirs que vous avez du docteur Kayns. Vous y êtes ? »
Je secoue la tête malgré moi.
« J-je ne crois pas que je peux supporter ça. Est-ce qu'on peut faire autrement ? S'il-vous plaît ? »
L'homme hausse un sourcil, et répond, d'une voix qui se veut compatissante :
« En temps normal, le protocole est d'utiliser du véritasérum, mais d'après votre dossier vous êtes occlumens. Même si vous ne faites que débuter, le protocole interdit d'utiliser du véritasérum sur un occlumens, car les résultats ne sont pas fiables. De plus, le seul moyen de s'assurer de votre intégrité mentale est de passer par ces examens, au vu de la situation. Tout ce que vous avez à faire, c'est de vous détendre. Si vous résistez à l'examen, ça sera douloureux, et je ne pourrai pas faire mon travail correctement. J'ai l'habitude de ce genre d'examens, n'ayez pas peur. Je suis un professionnel. Je vais y aller petit à petit. Vous êtes prête ? »
Je me force à le regarder, serrant les dents, et soudain c'en est trop.
« Je ne peux pas. » ma voix est étranglée.
« Faites un effort. » insiste l'homme, un début d'agacement dans la voix. « C'est pour votre bien. » ajoute-il, avant de tendre le bras pour soulever mon menton de force, m'obligeant à croiser son regard.
Mes murailles le ralentissent à peine. Affaiblies par les événements d'hier et la panique que je ressens, je n'ai pas la maîtrise suffisante pour l'empêcher de passer outre. Si tant est que j'aurais eu la moindre chance contre un expert en légilimancie. La disparition de mes murailles est aussi la disparition des dernières fractions de contrôle que j'exerçais sur moi même.
oOo
De loin, je réalise que je suis en train de gémir, roulée en boule sur le sol. À l'intérieur, mon esprit s'acharne contre la présence étrangère qui sans se retirer complètement n'a pas osé s'avancer davantage dans mon esprit. Je n'ai plus la moindre notion du temps, mais soudain il y a un bruit et la présence s'éloigne.
J'entends des voix sans vraiment faire sens ce ce qu'elles disent. L'une d'elle est ferme, et j'y puise une forme de stabilité, sans que cette stabilité ne parvienne à réellement se frayer un chemin en moi.
« Il est hors de question que vous ne forciez son esprit. Elle a subi des traumatismes, et clairement vous vous y êtes pris de la pire des façons. »
L'autre voix, elle, est remplie d'agacement. Elle attise des cendres de colère en moi, même si mon esprit est trop loin pour sentir pleinement leur brûlure.
« Je n'ai pas toute la journée. Vous m'empêchez de faire mon travail, présentement, et je ne manquerai pas de noter le manque de coopération de la part de votre cliente.
-Ma cliente, comme vous dites, a onze ans. Je suis entièrement convaincu de la nécessité de ces examens, mais il me semble évident de par cette scène qu'il faut utiliser une approche différente.
-On verra bien ce qu'en dira Potter. »
À nouveau, un grand bruit. La porte qui claque, supplée mon cerveau avec un temps de retard.
oOo
« Vivian ? Est-ce que vous m'entendez ? »
Je suis vaguement consciente que la voix est familière, mais je n'ose pas bouger. Le contact d'une main sur mon bras me fait presque bondir, mais son propriétaire la retire presque aussitôt.
« Vivian ? J'ai besoin que vous me répondiez. »
Le contact a servi d'électrochoc, et je suis suffisamment consciente cette fois-ci pour reconnaître la voix de Draco.
« Ewald... » je parviens à demander.
Ma voix est rauque, comme si j'avais crié, et c'est peut-être le cas.
La porte s'ouvre à nouveau, et je recule pour appuyer mon dos contre un mur, m'éloignant au maximum du nouvel arrivant.
« C'est l'examen légilimantique qui l'a mise dans cet état ? »
La nouvelle voix est légèrement incrédule, et inquiète. Harry Potter, je réalise.
« Je n'ai même pas pu commencer l'examen ! » proteste une nouvelle voix, sur le seuil de la pièce, et je me tends encore. Je le reconnais, lui aussi.
Le chef des aurors ferme la porte, je crois, avant de s'accroupir devant moi, rejoignant Draco qui n'a pas bougé.
« Vivian-Éris ?
-Ewald... » j'essaye à nouveau.
« Ewald ? » répond l'homme, d'un ton incertain.
« Je veux Ewald. S'il-vous-plaît. S'il-vous-plaît. »
Je suis pathétique à supplier comme ça. Je n'arrive pas à reprendre pied. Mes ongles s'enfoncent à nouveau dans mon bras et je réalise, de très loin, que mes doigts sont rougis.
Je perds à nouveau conscience de mon environnement, après ça. Les deux hommes discutent à voix basse, Draco toujours planté devant moi dans une attitude protectrice. Rien de tout ça n'a d'importance. Je n'arrive pas à me concentrer.
oOo
« Vivian ? »
L'effleurement familier en bordure de mon esprit est comme de l'eau fraîche après la traversée d'un désert. La présence de mon meilleur ami me permet de retrouver les limites de mon esprit que j'ai égarées dans la panique, à cause de l'agression du médicomage. Je relève la tête pour ce qui semble être la première fois depuis des heures. Il est vraiment là. Sans se soucier des adultes qui nous entourent (je réalise à nouveau que Draco et Harry Potter sont là), l'ancien Serpentard s'accroupit devant moi, ses mains cherchant les miennes et les décrispant de mes bras où mes ongles pourtant courts ont laissé des sillons sanglants.
« Je suis là, Vivian. Ça va aller. »
Ses boucliers occlumentiques sont fermement dressés, son expression est neutre, mais notre lien me dit tout ce qu'i savoir. Son inquiétude. Son affection. Et en arrière plan, sa colère qui couve, comme un brasier qui n'attend qu'un appel d'air pour exploser. Je me jette dans ses bras sans me soucier de qui nous observe, avec un abandon total qui m'effraierait si j'étais en état de penser.
oOo
Après plusieurs minutes, je suis à nouveau assise à la table d'interrogatoire, Ewald debout derrière moi comme un garde du corps, la main posée sur mon épaule. Il a soigné mes blessures. Apparemment, j'ai fait une crise de panique lorsque le légilimens a tenté de m'examiner, et Draco Malefoy est intervenu quand je suis tombée de ma chaise et que j'ai commencé à me griffer les bras. L'auror qui supervisait l'opération est allé chercher Harry Potter lorsqu'il a été clair que mon avocat ne laisserait pas l'examen se poursuivre et que je n'étais de toute façon pas en état de le subir. Il a fallu qu'on aille chercher Ewald pour que je me calme.
Les discussions ont duré un certain temps. L'expertise légilimantique doit avoir lieu, quoi qu'il arrive, et Ewald ne peut bien entendu pas la mener. Au final, le médicomage a accepté, pas vraiment de bon cœur, qu'Ewald reste avec moi, et présent dans mon esprit, pendant l'examen. Cette solution ne me satisfait pas non plus, mais je ne vois vraiment pas quoi faire d'autre.
C'est pour ça que je me retrouve à nouveau face à l'homme en robes blanches, qui dissimule mal son agacement. Pire, je crois qu'il cherche à bien le faire ressentir à tout le monde. Quel manque de confiance. Quelle perte de temps. La présence d'Ewald, dans mon esprit et dans mon dos, sont les deux choses qui me permettent de croiser le regard du praticien.
oOo
Il me faut plusieurs minutes après le départ du médicomage avant que je ne parvienne à me convaincre de bouger. J'ai la sensation qu'il a déchiré un peu plus mon esprit, et ma conscience, à nouveau seule présente dans ma tête, tâte progressivement le terrain comme on avancerait sur un plancher vermoulu, prêt à s'effondrer.
Comment décrire le fait de ne pas s'appartenir ? Ni corps, ni âme ? Le viol m'avait déjà dépossédé de mon corps, il y a longtemps, et plus récemment les velléités de contrôle de mes parents sur mon torse m'avaient fait comprendre que je ne m'appartenais pas vraiment. Mais avec la révélation de la compulsion de Kayns, hier, puis le légilimens aujourd'hui, j'ai dû aussi apprendre que mon esprit n'était pas réellement mien. Qu'il n'y a rien qui ne m'appartienne vraiment en propre, que je n'ai pas de sanctuaire. Hier, je me suis dit que je renonçais. Que j'allais me déliter, et que je savais que chaque lambeau de moi serait pris sans que je puisse le retenir, comme du sable qui filerait entre mes doigts. Je le savais, mais je ne le comprenais pas. Je le sais maintenant. Le vivre, ça n'a rien à voir. Le ressentir dans ses os. Dans sa conscience. Au cœur de son être. Dans ses derniers lambeaux d'intimité. Je n'arrive même pas à tirer du réconfort à l'idée que je pourrai mourir, après. J'ai besoin que ça s'arrête maintenant. Pourtant, malgré tout, je suis encore là. Je fais ce que je dois faire. Pour Alphonse, pour Arthur. Pour Ewald aussi.
Sans lui, je n'aurai pas pu endurer cet examen. Ç'aurait été au-dessus de mes forces. Je ne sais même pas comment j'ai survécu, là. Enfin, si, je sais. L'ancien Serpentard s'est comporté comme une barrière de sécurité, pour moi comme pour le médicomage. Il a enveloppé ma conscience dans la sienne pendant l'examen comme si il m'enlaçait, pour m'éviter de céder à nouveau à la panique. En parallèle, il s'est assuré que Cooper, le légilimens, ne s'aventurait nulle part où il n'avait pas absolument besoin d'aller. C'est la seule chose qui me permet de me raccrocher à ma conscience.
oOo
Dix minutes. C'est le temps qu'on me laisse avant que le monde se remette en mouvement. Draco Malefoy a fait patienter les aurors autant qu'il pouvait pendant qu'Ewald me serrait dans ses bras. Moi, j'étais occupée à rafistoler comme je pouvais les morceaux de mon âme pour en faire un ensemble vaguement cohérent. Il faut que je tienne encore un peu. Un auror est venu chercher Ewald pour qu'il finisse son interrogatoire, interrompu par ma crise de panique.
Je ne suis pas autorisée à le suivre à l'intérieur, bien sûr. De fait, je suis même invitée à rentrer chez moi. Évidemment, je me contente de m'asseoir dans la salle où on nous a accueilli, en attendant qu'on finisse de l'interroger. Draco Malefoy, en tant qu'avocat, a été autorisé à assister à l'interrogatoire dans une salle voisine, comme pour moi. Il a décliné. C'est pour ça que l'aristocrate est installé dignement sur une chaise à ma gauche, affectant de relire ses notes, comme si la situation était normale. Moi, je suis assise les genoux serrés contre ma poitrine, travaillant inlassablement à remonter mes murailles qui je le sais ne sont pas à même de me protéger. Plus jamais ça. Plus jamais.
Je ne sais pas pourquoi l'avocat garde le silence, se contentant de me tenir compagnie sans un mot. Dans tous les cas, j'en suis reconnaissante. Nous restons immobiles jusqu'à ce qu'Alphonse, escorté par un auror, ne soit reconduit jusqu'à nous. L'auror demande à Draco de le suivre, et l'entraîne dans un coin de la pièce pour lui parler à voix basse. Alphonse, lui, s'effondre sur la chaise que vient de libérer l'avocat. Je sens son regard sur moi, mais je reste immobile.
« Viv' ? »
Je n'ai pas le temps de réagir avant que le Gryffondor n'insiste. Ou peut-être, plutôt, que je fonctionne beaucoup trop au ralenti.
« Viv' ? »
Je tourne la tête vers Alphonse. Il a l'air épuisé.
« Tu es très pâle. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Je crispe mes muscles, essayant de sourire, mais je ne dois pas réussir car mon ami fronce les sourcils.
« Examen légilimantique. » j'ajoute, à voix plus basse, détournant le regard : « J'ai fait une crise de panique.
-Merde... » répond mon le Gryffondor. Il y a une forme de compréhension dans sa voix que je déteste. Dans le même temps, je ressens une forme de soulagement à l'idée qu'il puisse avoir une idée de ce que je traverse, parce que je me sens moins seule. Je me hais de ressentir ça. Il n'aurait jamais dû savoir ce que ça fait. Moi non plus, pour ce que ça vaut.
« Ils m'ont examiné aussi, hier. Mais c'est allé assez vite. Je… je suis désolé pour toi, Viv'. »
Cette fois-ci, je réussi à ébaucher une excuse de sourire avant de m'empresser de détourner le sujet.
« Ils ont fini avec toi, du coup ? »
Le pauvre sourire de mon ami doit être le reflet de celui que je viens de lui offrir, teinté d'une pointe de soulagement supplémentaire.
« Oui, normalement c'est bon. Ils m'ont dit qu'ils ne devraient plus avoir besoin de moi, même si je dois rester à la disposition de l'enquête. Ils vont me ramener chez moi… Il vont expliquer la situation à mon père.
-Ça va aller ? » je demande, avec une pointe d'inquiétude.
Alphonse hausse les épaules.
« Je ne sais pas. Je pense. Je veux juste rentrer chez moi. Je… Je ne t'abandonne pas, hein ? »
Je lui donne un petit coup de poing dans l'épaule.
« Arrête de dire des bêtises. Je suis contente que tu puisses rentrer.
-Moi aussi. » souffle encore mon ami
C'est à ce moment là que Draco et l'auror nous rejoignent, et Alphonse se lève pour suivre le sorcier, me lançant un dernier regard avant de sortir de la salle. Je lui fais un signe de main avant que la porte ne se referme, puis l'attente reprend.
Sentant sans doute que je suis un peu plus présente, Draco me demande :
« Vous sentez-vous mieux, Vivian ?
-Je ne suis plus en train de me rouler par terre en hurlant, donc j'aurais tendance à dire que oui. » je réponds, sarcastiquement.
Mon interlocuteur hausse un sourcil dont je ne sais déterminer si il est désapprobateur ou amusé. Je pense que nous avons quoi qu'il en soit tous les deux conscience que ma réplique est une forme de défense.
« Vous nous avez vraiment inquiétés, tout à l'heure. »
Je hausse les épaules. Je ne sais pas vraiment ce qu'il attend de moi.
« Je supporte mal qu'on force l'accès de mon esprit.
-J'ai cru remarquer. » répond l'avocat, reflétant mon ton sarcastique de juste avant. Il redevient sérieux en ajoutant, sombrement. « Personne ne le vit bien. » Il se redresse au moment où je me rappelle que son manoir, enfant a servi de siège à Voldemort et qu'il a dû vivre ça, lui aussi.
« Normalement, c'était la dernière fois. J'en ai discuté avec Lord Potter. »
La voix neutre de l'avocat me tire de mon fil de pensée, et j'éprouve une vague de gratitude qu'il prenne la peine d'essayer de me rassurer. Ce qui me rappelle…
« Merci beaucoup, d'ailleurs. Pour avoir interrompu le médicomage. »
Draco me considère un instant avant de répondre sobrement :
« Je suis payé pour servir vos intérêts, et il n'était clairement pas dans vos intérêts à ce moment là de subir cet examen contre vôtre gré. »
Je hoche la tête, faisant mine d'accepter son explication, mais j'ai conscience qu'il n'avait pas besoin de me traiter avec autant de sollicitude, après, ou d'essayer de me rassurer.
oOo
Dès qu'Ewald est libre de partir, nous quittons de concert le bureau des aurors, toujours escortés par Draco Malefoy. Mon meilleur ami en a lui aussi fini pour l'instant avec les formalités de l'enquête, mais je dois apparemment revenir ici demain pour une dernière session d'interrogatoire. Je l'appréhende, mais je suis dans le même temps reconnaissante qu'elle n'aie pas lieu aujourd'hui. Je ne suis pas sûre de pouvoir en supporter davantage dans l'immédiat.
Comme la veille, Rosemary et Amaranthe sont là pour nous accueillir lorsque la cheminette nous dépose au manoir. Il est l'heure de manger, et Draco Malefoy est invité à partager notre repas. Je n'ai pas faim. Je me force à avaler une ou deux bouchées, mais réalise rapidement que je ne suis même pas en état de faire semblant.
« Tout va bien, Vivian ? » me demande Rosemary avec sollicitude
Je m'excuse précipitamment et quitte la pièce sans me retourner, la honte se teintant d'un sentiment d'humiliation. Je me réfugie dans ma chambre. Ewald me rattrape sur le seuil. Il ne dit rien. Il se contente de s'asseoir contre le mur, dans mon lit, comme tant de fois, alors que je me roule en boule à côté de lui. Je dresse mes murailles au maximum, les consolidant du mieux que je peux. Après quelques temps, l'ancien Serpentard me demande doucement :
« Je peux ? »
Sa main est tendue vers moi, et je hoche la tête. Un micro mouvement, mais suffisant pour qu'Ewald, attentif, le remarque. Il me caresse doucement les cheveux, nous laissant replonger dans le silence. Est-ce qu'il a instinctivement compris que je ne prendrais pas bien un contact mental maintenant ? Que j'ai désespéramment besoin qu'on respecte mes limites, qu'on me redonne mon pouvoir de décision sur mon corps ?
Il me faut longtemps avant de bouger de ma position. Pendant tout ce temps là, l'ancien Serpentard n'a pas bougé, même si j'avais confusément conscience qu'il se tendait de plus en plus. Lentement, je m'assois contre lui, posant ma tête contre son torse.
« Je ne te dérange pas ? » je chuchote
J'ai déjà l'impression de beaucoup trop lui en demander. J'ai peur de faire quelque chose que je ne devrais pas. Il passe son bras autour de mes épaules, me répondant sur le même mode :
« Pas du tout. »
J'entends son cœur battre contre mon oreille. Sa régularité est apaisante et je sens ma respiration ralentir doucement alors que je relâche très légèrement mes murailles.
« Ewald ?
-Oui ?
-Qu'est-ce qu'il s'est passé pendant ton interrogatoire ? »
Nous chuchotons, mais progressivement la voix de mon meilleur ami monte au fil de son récit. Il m'explique qu'il a dû expliquer comment nous nous sommes rencontrés, ce qu'il a pu observer de moi et surtout comment il a appris pour Kayns. Il a dû parler de notre session d'occlumencie, et de tout ce qu'il a pu voir dans mon esprit. Il a passé sous silence ma tentative de suicide, et il a demandé à Alphonse de faire de même. Il a bien sûr dû expliquer pourquoi nous n'avons parlé à personne de nos découvertes, et de quel était exactement nôtre plan en donnant rendez-vous à Kayns.
Une fois qu'il a fini de parler, nous passons encore un certain temps, appuyés l'un contre l'autre en silence. Il n'y a rien à dire. Il sait pourquoi je vais mal, et je ne sais pas comment il pourrait y faire quelque chose. Son soutien silencieux, de fait, est tout ce dont j'ai besoin. Je culpabilise de lui rajouter ce poids là en plus de tout ce qu'il se passe. Je n'ai plus l'énergie de prendre sur moi. Finalement, au bout d'un moment, Jamy frappe à la porte de la chambre pour nous annoncer que Draco veut me voir avant de prendre congé. Je respire profondément avant de me lever, suivie par Ewald. L'avocat veut simplement me dire qu'il viendra me chercher le lendemain matin pour ma convocation au bureau des aurors.
Rosemary et Amaranthe sont avec nous pour prendre congé de Lord Malefoy. Une fois que les flammes vertes l'ont fait disparaître, la grand-mère d'Ewald propose, avec un air pincé, une session d'entraînement au duel. Rosemary proteste, mais après une fraction de seconde de surprise j'accepte. J'ai besoin de me changer les idées. Mon meilleur ami suit évidemment le mouvement.
Pour se changer les idées, on se change les idées. Amaranthe est d'humeur particulièrement retorse aujourd'hui, ou elle a aussi des choses à évacuer, car la session d'entraînement au duel se transforme en parcours du combattant canardé par ses sorts, puis en vraie session de combat en bonne et due forme qui ne respecte définitivement pas les règles du noble et ancien art du duel. Je frôle presque l'épuisement magique, tant ce qu'elle nous demande est exigeant. Je n'ai pas une seconde pour penser, et j'en éprouve une reconnaissance disproportionnée. La session se conclut par un duel (dans les règles de l'art, cette fois) entre un Ewald légèrement échevelé et son aïeule, qui l'emporte haut la main (d'un autre côté, elle n'a pas eu besoin de ramper dans la boue pendant une trentaine de minutes en se faisant attaquer par des racines).
Lorsqu'enfin elle a pitié de nous (ou qu'elle est fatiguée, au choix), elle nous envoie à la douche en nous enjoignant de ne pas être en retard pour le repas du soir. Elle me lance un regard en disant ça qui me fait comprendre qu'elle n'a pas vraiment apprécié que je quitte la table sans cérémonie à midi. Ou alors elle désapprouve le fait que j'ai sauté un repas. Ou que j'aie fait sauter un repas à son petit fils. Je n'ai plus l'énergie de m'en inquiéter. Je rentre au manoir avec Ewald, discutant sans mots par le biais de nos émotions, trop épuisée pour former des phrases. J'ai tout juste l'énergie de maintenir nôtre lien, largement sollicité pendant la session d'entraînement, et mes glamours. C'est une forme de miracle que je sois encore capable d'accepter nôtre connexion malgré la session de légilimancie. L'entraînement ne m'a pas vraiment laissé le choix, et à présent que je peux me poser je ressens bien que ça reste acceptable. Parce que ça a été consenti de bout en bout, sans doute. Parce qu'Ewald n'a jamais trahi ma confiance. En tout cas pas de cette façon. Il y a quand même eu l'épisode de Quentin, à Noël.
oOo
Pendant le dîner, Rosemary essaye de faire la conversation, mais je n'ai pas l'énergie de vraiment participer. Elle semble se satisfaire de me voir manger avec appétit et crisper mes lèvres en forme de sourire de temps en temps. Dès le repas fini, je me réfugie dans la chambre d'Ewald, qui me donne à nouveau une potion de sommeil sans rêve. Je ne proteste même pas, me blottissant contre lui pour mieux sombrer dans l'inconscience. Alors que mes yeux se ferment, j'ai vaguement conscience qu'il reste assis à côté de moi, comme si il méditait. Il travaille son oclumencie.
oOo
Comme la veille, Ewald me réveille le plus tard possible. Je ne me sens pas vraiment reposée, mentalement, mais au moins mon corps semble avoir profité de la nuit. J'ai de belles courbatures à cause de l'entraînement de la veille, mais plutôt que de m'en agacer j'en tire une certaine satisfaction. Dès que mes pensées commencent à affluer, je dresse mes murailles oclumentiques. Je ne veux pas penser à hier. Je mange sans vraiment sentir le goût des aliments, juste pour faire plaisir à Ewald et Rosemary. Cette dernière m'observe avec une inquiétude mal dissimulée tout au long du petit-déjeuner, ce qui a le don de m'agacer. Plus que tout, je refuse qu'on me prenne en pitié.
Les minutes s'étirent à l'infini, comme pour me narguer, mais Draco finit enfin par arriver. Je me tends légèrement, mais dans le même temps je me sens soulagée d'enfin me mettre en mouvement. Je veux en finir avec tout ça. Aujourd'hui, Ewald ne nous accompagne pas. Il n'aura pas le droit de me suivre dans la salle d'interrogatoire de toute façon, et les aurors en ont fini avec lui. Il me promet, d'un effleurement mental, de m'attendre dans le salon quand je rentrerai. Je lui transmet un faible sentiment de gratitude avant de remonter mes murailles à bloc. Ensuite, j'avance dans la cheminée, refusant de trahir le moindre signe de faiblesse.
Draco à mes côtés, je parcours les couloirs désormais familiers du ministère pour rejoindre le bureau des aurors. Je suis légèrement surprise lorsqu'on nous conduit directement dans le bureau d'Harry Potter, mais je me sens aussi légèrement rassurée. Il m'a fait plutôt bonne impression, au final. Draco est installé à côté de moi, et je suis soulagée de comprendre qu'il va assister à l'entrevue. Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre. J'ai déjà raconté mon histoire, et on a fouillé mon esprit. De quoi peuvent-ils encore avoir besoin ?
« Bonjour, Vivian-Éris, Draco. » nous salue Harry Potter « Merci d'être venus. »
On a pas vraiment eu le choix, je pense, mais je ne dis rien à voix haute.
« J'ai pris connaissance du rapport d'expertise légilimantique effectué hier. » continue le chef des aurors, passant la main sur un dossier posé devant lui. « Je suis désolé que le médicomage Cooper aie agi avec autant de précipitation hier. Il n'a pas pris en compte ton âge et surtout le fait que tu aies subi des traumatismes liés à cette magie.
-Mes vingt-sept ans ? » je réplique, et ça me fait bizarre de dire ça à haute voix.
Je n'ai pas l'impression d'avoir vingt-sept ans. Je n'ai pas l'habitude de penser à ce chiffre. Je suis reconnaissante pour les excuses, mais je ne veux pas m'attarder sur le côté « chose fragile » que semble impliquer le traumatisme pour les gens.
Harry Potter me regarde un instant, semble vouloir dire quelque chose, mais finalement se contente de poursuivre comme si je n'avais rien dit :
« Nous avons pu nous entretenir avec tes amis. Vous nous avez apporté beaucoup d'éléments et l'enquête va pouvoir poursuivre son cours, mais j'avais encore besoin que tu m'apportes certaines précisions. »
L'auror s'interrompt quelques secondes, pour me laisser le temps de réagir, peut-être, mais je me contente de hocher la tête, mes murs fermement dressés. Est-ce qu'ils ont interrogé Arthur, aussi ? J'ignore la pointe de douleur que je ressens à cette pensée. Je reste concentrée. Même ma respiration est contrôlée. Qu'on en finisse.
« Est-ce que tu es prête ? » demande mon interlocuteur avec gentillesse.
« Je vous écoute. » je répond, simplement.
« Le médicomage Cooper fait mention d'un souvenir où vous avez sept ans et avez tenté de vous défendre du docteur Kayns avec une baguette magique. D'où vient-elle ? »
Je me glace un peu en entendant la question, mais mes murs sont toujours fermement dressés et je parviens à rester concentrée. Je ne suis même pas surprise, pas vraiment. En y pensant, c'était évident que je ne pourrais pas éviter la question.
« C'est la baguette du pédophile. » je réalise qu'Harry Potter ne sait pas forcément de quoi je parle, alors je demande : « Vous êtes au courant de ce qu'il s'est passé quand j'avais six ans ? »
À côté de moi, Draco s'est légèrement crispé. J'aurais sans doute dû lui parler de cette baguette.
« J'ai lu le rapport sur cet incident, mais il été noté que la baguette de cet homme avait disparu, jetée à la mer par votre ami Arthur Clifford. »
Je grimace malgré moi.
« Il a menti. Je… Je l'ai forcé à le faire. Ce jour là… J'ai appris que la magie existait, et je voulais pouvoir me défendre si besoin. Je voulais pouvoir accéder au monde sorcier pour enquêter sur la raison pour laquelle j'étais en vie. C'est pour ça que j'ai pris la baguette. Arthur a juste voulu m'aider et j'ai dû lui forcer la main. C'est de ma faute. Pas la sienne.
-J'ai lu dans le rapport que vous aviez insisté pour conserver vos souvenirs. C'est à cause de vôtre réincarnation? »
Je serre les poings sous la table, regrettant de n'avoir pas trouvé de moment pour me couper depuis avant-hier. J'aurais aimé avoir des coupures à raviver, à ce moment. Ç'aurait été plus efficace.
« Ce que j'ai dit aux aurors à l'époque est vrai. Même effacés, ces souvenirs m'auraient sans doute influencée à un niveau inconscient. Je voulais les garder. Mais savoir que la magie existait était primordial pour moi, je voulais comprendre pourquoi j'étais en vie, et c'était une information très importante.
-Je vois. » répond Harry Potter, d'une voix neutre.
« Pourquoi ne pas avoir parlé de vôtre passé aux aurors à ce moment là, ou même à la famille Clifford ? »
Je me mords la langue. Je ne sais pas quoi répondre, comment expliquer.
« Je ne les connaissais pas. Je ne savais pas si la magie était vraiment une explication à ma réincarnation, et je ne voulais pas exposer ma vie. Je ne veux pas servir de cobaye. Je venais juste de me faire attaquer par un sorcier ! »
À l'époque, ça ne m'a même pas traversé l'esprit.
« À la fin de cet entretien, un auror vous accompagnera pour récupérer cette baguette. »
Je ne proteste pas, consciente que je ne pourrai pas y échapper. À la place, je demande :
« Arthur ne sera pas inquiété ? Il était perdu, je l'ai manipulé pour qu'il m'aide. Il voulait juste bien faire ! »
Harry Potter soupire avant de répondre :
« Il n'aurait pas dû mentir à un auror. Il a fait de la dissimulation de preuves. Néanmoins, il ne s'agit pas de l'affaire qui nous préoccupe dans l'immédiat, et votre ami a suffisamment de problèmes dans l'immédiat. Il recevra un blâme officiel, mais l'affaire s'arrêtera là.
-M-merci ! » je réponds avec une reconnaissance sincère.
Je ne montre pas l'inquiétude qu'a suscitée en moi la réponse du chef des aurors. Quand il dit qu'Arthur a des problèmes, est-ce qu'il parle seulement de l'enquête en cours ? Des traumatismes que ça a réveillé chez le Poufsouffle ? J'ai mal, une nouvelle fois, de savoir que je ne peux rien faire. Je n'ai pas le droit de parler. Et je ne peux m'en prendre qu'à moi même.
« Il y a un autre point que je voulais aborder avec vous. »
Instantanément, je me reconcentre sur Harry Potter, hochant la tête pour montrer que je suis prête à répondre.
« Dans le rapport du médicomage Cooper, il est également fait mention de la compulsion à laquelle vous a soumise le docteur Kayns après qu'il aie découvert des blessures auto-infligées sur vôtre corps. Toujours d'après le docteur Cooper, cette compulsion a été mise en place pour vous empêcher de vous ôter la vie. Pouvez-vous m'expliquer ? »
Cette fois-ci, mes murailles suffisent à peine à m'empêcher de vriller. Mes doigts sont crispés, ma respiration calme uniquement par le miracle de l'occlumencie. Je parviens à répondre, d'une voix un peu étranglée.
« Je ne sais pas ce que vous voulez que j'explique. »
Avec patience, Harry Potter reformule :
« Pourquoi vous étiez vous infligée ces blessures ? Et pourquoi vouloir mettre fin à votre vie ?
-Ça n'a pas de lien avec cette affaire. »
À côté de moi, Draco remue légèrement, avant d'intervenir :
« Vivian m'a dit qu'elle s'était suicidée, dans sa première vie. »
J'entrevois une lueur alarmée dans le regard du chef des aurors avant que je ne détourne le regard. Je suis en colère, soudain. Pourquoi mon avocat se permet de partager cette information ? Je m'en veux de lui avoir confiée. Je ne peux m'en prendre qu'à moi même.
Ma colère a cela de salutaire, néanmoins, qu'elle secoue un peu la torpeur du traumatisme qui me paralysait, et me permet de lire la situation un peu plus clairement. Apparemment, le fait que rien de tout ça ne concerne l'enquête ne semble pas important pour mon interlocuteur. Peut-être qu'il y a une histoire de non assistance à personne en danger en jeu. Je ne sais pas. Est-ce que je suis vraiment obligée d'aller aussi loin ? Ne puis-je pas garder un peu de dignité ? Un peu d'intimité ? Bien sûr que non, je pense, avec amertume. Rien ne m'appartient, n'est-ce pas ? Si je veux pouvoir mourir, je dois encore m'exposer.
« Je me suis faite violer. C'est pour ça que je suis morte. Et je n'avais pas envie d'être réincarnée, pas envie de devoir me mettre nue devant des adultes, d'avoir les mains de quelqu'un sur mon corps pour me laver. C'est pour ça que je voulais mourir. Je me suis coupée parce que ça me soulageait, à l'époque. Kayns a eu peur que son expérience ne lui échappe, donc il a amplifié ma peur de me réincarner encore que j'avais. Vous êtes content ? »
Ma voix n'est plus maîtrisée, maintenant. Je ne voulais pas parler de ça. Sans prendre ombrage de ma colère, Harry Potter me répond calmement.
« Merci pour ton honnêteté, Vivian-Éris. Comment te sens tu par rapport à ça à présent ? »
J'ai envie de lui dire de laisser tomber le Vivian-Éris, de choisir un prénom et de s'y tenir, mais je me contente de répondre, d'un ton que même moi qualifierait de boudeur :
« Je le hais de m'avoir manipulée comme ça. J'ai envie de vomir à chaque fois que je me rappelle qu'il a bridé ma volonté.
-C'est un agissement criminel, et très grave, de sa part. Si il n'était pas mort, il aurait peut-être pu aller à Azkaban pour cet acte seul. Mais ma question faisait référence à vôtre volonté de mourir.
-Ah ! » je réponds, stupidement.
Comme il attend une réponse, je ne perds pas trop de temps pour rassembler mes pensées et ajouter, mes murailles soigneusement dressées :
« Découvrir la magie a changé beaucoup de choses pour moi. Je crois que ça m'a permis de voir que cette vie serait différente, et apprendre à l'apprécier. Faire de la magie, c'est fantastique ! »
Je parviens à faire un sourire qui paraît sincère en me concentrant sur le plaisir que je ressens à travailler mes sortilèges, et la joie simple de mes souvenirs de bataille de boules de neige avec les garçons.
« Me faire des amis à Poudlard m'a aussi fait beaucoup de bien. » j'ajoute encore, rappelant à Harry Potter comme à Draco mon lien avec leurs enfants. Ça peut servir, qui sait.
« Vous n'avez plus de désirs de mort ? »
Je hausse les épaules.
« Je veux juste vivre ma vie et continuer à découvrir la magie. Je… Depuis que je sais que Kayns est derrière tout ça, je me suis concentrée sur trouver un moyen de l'arrêter, et maintenant qu'il est mort je… Je sais que je n'aurais pas dû le tuer. Je ne savais pas quoi faire d'autre pour protéger mes amis. Je sais que je dois payer pour ça mais je veux simplement… Simplement que tout soit enfin derrière moi. »
Les meilleurs mensonges sont basés sur des vérités.
« Le docteur Kayns était un criminel, Vivian, et comme je vous l'ai dit vous avez agi en légitime défense. Je suis sûr que les aurors sauront s'en rendre compte. » intervient Draco avec une touche de froideur. Il est à fond dans son rôle d'avocat.
Harry Potter soupire profondément, et hoche la tête.
« Je suis rassuré de vous entendre dire que ces pensées noires sont derrière vous, Vivian-Éris. Je ne saurai que vous recommander, néanmoins, de faire appel à un psychomage si vous ou vos parents en ressentez le besoin. D'après ce que Lord Malefoy m'a dit, ils n'ont pas encore été informés de la situation, mais j'imagine qu'elle pourrait être compliquée à accepter pour eux. Au vu de la situation, il est indispensable qu'ils aient accès à un praticien sorcier si nécessaire.
-Bien sûr. » je réponds, calmement.
Tout ce qu'il voudra pour qu'on me foute la paix. Je refuse de penser à ce que ça va être, de devoir leur parler de ça. Avec un peu de chance, ce ne sera pas à moi de m'en occuper car je crèverait avant.
« Je n'ai pas d'autres questions pour vous. Y a t'il des choses que vous aimeriez me demander ? »
Ma première impulsion est de répondre non, et de m'enfuir enfin, mais j'ai effectivement des questions à lui poser.
« Qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant ? »
L'auror me fait un sourire encourageant.
« À présent que nous disposons de ton témoignage complet et de celui de tes amis, nous devons passer la demeure du docteur Kayns au peigne fin, étudier tous les documents qu'il a laissés et enquêter sur son histoire. Lorsque nous aurons fini le travail de documentation, nous pourrons voir quelle suite nous donnons à l'enquête, et si il y aura un procès. Nous n'avons pas forcément intérêt à ce que les découvertes du docteur Kayns soient révélées au grand jour. Ses travaux sont dangereux pour l'ordre public. Qui sait ce que pourraient en faire des apprentis mages noirs ? »
Je hoche la tête. Je comprends. Je sens que Harry Potter est prêt à nous donner congé, alors je demande, un peu précipitamment :
« Est-ce que je vais servir de cobaye ?
-Je ne peux pas vous donner de garanties. Je compte néanmoins faire tout ce qui est en mon pouvoir pour vous éviter de vous retrouver au centre d'attentions malvenues. J'ai bien compris que vous ne vouliez pas ça, et je pense que Lord Malefoy partage ma conviction que ce ne serait ni souhaitable, ni même bénéfique pour la communauté sorcière. »
Draco hoche la tête avec gravité.
« Tant que l'enquête est en cours, rien ne sera entrepris, et aucune décision ne sera prise tant que celle-ci ne sera pas close. Nous aviserons selon ce que nous trouvons et les suites qui seront données à cette affaire. À titre personnel, je condamne toute forme d'expérimentation qu'on pourrait vouloir vous faire subir. Dans l'immédiat, vous n'avez rien à craindre.
-De toute façon, rien ne pourra être fait sans vous en informer et sans l'accord de vos gardiens légaux. » la voix de Draco a des accents rassurants.
À nouveau, je hoche la tête.
« Il y avait autre chose ?
-Non. » Harry Potter hoche la tête, et j'ajoute, avec un temps de retard : « Merci d'avoir pris le temps de répondre à mes questions. »
Le chef des aurors m'offre un sourire avant de nous congédier, escortés par un auror chargé de récupérer la baguette du pédophile.
oOo
Dès mon arrivée au manoir, je vais chercher la baguette du pédophile pour la remettre à l'auror. Rosemary et Amaranthe ont l'air vaguement intriguées, mais ne posent pas de question. Ewald, lui me lance un regard qui veut dire qu'on aura une discussion dès qu'on sera seuls. Une fois que le sorcier étranger a repris la cheminette dans l'autre sens, Amaranthe invite Draco à les rejoindre, elle et Rosemary, pour faire le point sur la situation. J'ai une pointe d'agacement à ne pas être conviée, alors que je suis quand même la source du problème et la principale concernée. Je ne me plains pas néanmoins. Je n'en peux plus. Ewald m'accompagne hors de la pièce, et je prends sa main dès que nous sommes hors de vue des adultes. Nous avons encore beaucoup à nous dire, et je suis épuisée.
oOo
I've always known the storm would come
What I didn't know was
The taste of the rain mixed with my blood
And how much it hurts to pick up the shards*
Extrait du carnet étoilé de Vivian-Éris
*J'ai toujours su que la tempête viendrait
Ce que je ne savais pas était
Le goût de la pluie mélangée à mon sang
Et combien ça fait mal de ramasser les éclats
Bon, je sais que la fin est un poil abrupte, mais j'ai raconté ce que je voulais dire et continuer m'aurait entraîné dans une cinquantaine de pages supplémentaires... xD
Il me tarde d'avoir vos retours sur ce chapitre!
Je vous souhaite une bonne année, et à bientôt :)
