La Grande Salle resplendissait d'une lumière éclatante, illuminant les visages des sorciers présents. Certains étaient épuisés, tandis que d'autres, couverts de terre et de sang, portaient encore les traces de leurs larmes séchées. Pourtant, tous exprimaient une certaine joie face à l'issue de la bataille.

Dorea, assise sur une table, observait chacun d'eux, qu'ils fussent amis, anciens camarades ou simples connaissances lointaines. Parfois, l'un d'entre eux s'approchait d'elle pour lui serrer chaleureusement la main, la remerciant ou lui témoignant une reconnaissance qui la mettait soudainement mal à l'aise, alors même que les corps des défunts tombés au combat gisaient encore sur le sol de pierre.

Elle évitait soigneusement de croiser le regard de Gabriel, ou même celui de Tonks et Lupin. Elle préférait observer Daphné prenant sa sœur cadette dans les bras, Blaise et Théo échangeant une accolade amicale, Hermione et Ron pénétrant dans la Grande Salle main dans la main, Molly enlaçant Ginny avec force, Neville aidant sa grand-mère à se relever d'un des lits de fortune disposés autour de la salle par Mrs Pomfresh et quelques bénévoles. Aidan Vaisey lui adressait un timide signe de main auquel elle répondit avec une certaine hésitation, tandis que Pansy Parkinson parcourait la salle, le regard hagard. Et là, dans un coin, Drago... Drago était assis non loin d'elle, en compagnie de Narcissa Malefoy, lui prenant la main avec une tendresse manifeste.

Ce geste d'une mère envers son fils ne faisait qu'intensifier la mélancolie soudaine qu'elle ressentait.

Tout était bel et bien terminé. Cependant, elle ne pouvait s'empêcher de croire qu'il y aurait certainement d'autres épreuves à surmonter.

À peine avait-elle pensé cela qu'elle perçut un froissement de tissu derrière elle. En se retournant, elle ne trouva que le mur de pierre. Fronçant les sourcils, elle distingua une silhouette s'approchant doucement d'elle.

- C'est moi, souffla Harry sous la cape d'invisibilité. Tu viens ?

Dorea se leva de la table, attirant l'attention du jeune Malefoy. Elle lui fit un signe de tête, tentant de le rassurer, puis sortit de la Grande Salle, quelques sorciers l'attrapant au passage pour la féliciter. Elle se retint de soupirer, se demandant de quoi ils pouvaient bien la féliciter, avant d'atteindre le Hall d'Entrée. Ce ne fut qu'une fois dans les escaliers de marbre qu'Harry la laissa se glisser sous la cape. Ils montèrent jusqu'au premier étage, Harry en tête, pour rejoindre le passage menant à la tour de l'horloge et, par conséquent, à la cour attenante. Le pont menant aux pierres de Cromlech avait été entièrement détruit. Ce n'était pas l'œuvre des mangemorts, comme on aurait pu le croire, mais celle des talents de pyromanie de Seamus Finnigan, qui avait empêché les rafleurs d'accéder au château. Cette anecdote, que lui avait racontée Théo juste après leur victoire, l'avait fait doucement sourire.

Harry saisit sa main et ils transplanèrent soudainement, atterrissant ainsi dans les gradins de Gryffondor, surplombant le stade de Quidditch, qui, étrangement, avait été préservé de toute attaque.

Harry retira la cape, et tous deux prirent place sur le banc, observant le soleil illuminer la forêt interdite juste de l'autre côté.

- Je me suis dit que tu avais besoin de respirer, déclara Harry dans un murmure.

- En effet, répondit Dorea. J'en avais besoin.

Un long silence s'ensuivit, tous deux s'enfonçant dans une plénitude enveloppante.

- Je sais, dit alors Harry d'une voix enrouée.

Dorea se tourna vers lui, intriguée.

- Pour tout ce que tu as fait, ajouta-t-il.

- Euh… oui, fit la rousse avec perplexité. Nous en avons déjà parlé, non ?

- Je veux dire que j'ai vu… j'ai pu… enfin, j'ai réalisé toutes les épreuves que tu as surmontées jusqu'à présent. Je crois… je crois que je ne m'en rendais pas réellement compte.

- Comment ça ?

- Severus Rogue, souffla le jeune homme. Il m'a laissé des souvenirs avant de mourir.

L'ancienne Serpentard resta muette, déglutissant avec difficulté.

- Ça paraissait évident depuis le début, murmura Harry, plus pour lui-même que pour elle.

- Qu'est-ce qui paraissait évident ?

- Je devais mourir, Dorea. La nuit où Lord Voldemort a tenté de me tuer pour la première fois et que le sortilège a ricoché contre lui, un autre horcruxe s'est créé, indépendamment de sa volonté. C'est ainsi que je pouvais introduire son esprit, et lui le mien. Un horcruxe a vécu en moi tout ce temps.

Sa voix se brisa, et Dorea ressentit l'intense émotion de son frère, comme la sienne. Et pourtant… Cela ne l'étonnait même pas. C'était comme si les pièces du puzzle s'assemblaient enfin. Peut-être l'avait-elle toujours su, au fond d'elle-même.

- C'est Dumbledore qui l'a dit à Rogue. Je l'ai vu dans la Pensine.

- C'est pour cela que tu es allé dans la forêt interdite ? Pour mourir et détruire l'horcruxe ? questionna Dorea, s'efforçant de conserver un ton posé.

- Oui, confirma Harry.

Ils reportèrent leur attention sur le paysage, Dorea fermant les yeux, la douleur scellant son visage.

- Mais tu es vivant, murmura-t-elle.

- Je suis vivant…

L'ancien Gryffondor saisit sa main, la serrant entre les siennes, et Dorea plongea son regard dans celui de son frère.

- Non seulement grâce à toi, mais aussi grâce à Severus Rogue. Je me suis trompé durant tout ce temps…

- Tous les Serpentards ne sont pas mauvais, sourit-elle tristement.

- J'ai pu m'en rendre compte, oui.

Un silence s'installa à nouveau entre eux durant un court instant, puis Dorea reprit :

- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ?

- Je n'en sais trop rien, répondit Harry en haussant les épaules. Les Aurors ont enfermé dans les cachots les mangemorts qui n'ont pas eu le temps de s'échapper. Kingsley est parti au ministère avec une équipe pour renverser le gouvernement de Ticknesse. Donc… je suppose qu'il va falloir attendre à présent.

Dorea n'ajouta rien, et tous deux restèrent ainsi, un temps indéfini à observer les arbres de la forêt interdite bouger de temps à autre. Ils s'enfouirent chacun dans un mutisme profond, leurs pensées et leurs questions prenant le pas sur la parole. Ce fut lorsque le soleil atteignait le zénith de son ascension qu'ils furent interrompus par l'arrivée de Drago. Le jeune homme descendit quelques marches pour rejoindre leur rangée.

- Hé, interpella-t-il doucement, ça fait presque une demi-heure que l'on vous cherche, dit-il d'un ton tranquille.

Il n'y avait aucun reproche dans sa voix, juste une constatation. Il prit place à côté de Dorea, posant machinalement une main sur sa cuisse.

- Tes grands-parents et les Feldmann sont là, annonça-t-il.

Dorea exhala, déjà lassée à l'idée de devoir affronter toute cette assemblée. Pourquoi ne pouvait-elle pas simplement rester là, pour le restant de ses jours ?

Elle se leva, suivie par son frère et Drago. Elle attrapa la main des deux garçons et tous trois se transplanèrent jusqu'à la cour intérieure pour rejoindre le hall d'entrée et, par conséquent, la Grande Salle.

À son entrée, elle fut immédiatement happée par sa grand-mère, qui la serra fortement contre elle, pleurant de soulagement de voir sa petite-fille vivante. Puis ce fut au tour de son grand-père, de sa tante et de son oncle Ludwig de la prendre dans leurs bras, l'embrassant tendrement sur les joues et la tempe.

Les retrouvailles furent brusquement interrompues lorsque Narcissa Malefoy vint à leur rencontre, accompagnée d'un Auror.

- Drago, puis-je te parler un instant ?

Le blond lança un regard à Dorea, signifiant qu'elle devait l'attendre, puis s'éloigna avec sa mère, discutant à voix basse.

- Tu crois que l'Auror est là pour sa sécurité ou pour l'accompagner jusqu'à son domicile et l'assigner à résidence ? demanda Harry.

- Je n'en sais rien... Tout ce que je sais, c'est que Lucius Malefoy a fui au Manoir. Ils sont probablement déjà allés le chercher pour l'enfermer à Azkaban, en attendant qu'il soit jugé.

Drago prit soudain l'air mécontent alors qu'il baissait la tête, la secouant avec dépit tandis que Narcissa posait une main sur son épaule pour le rassurer.

- Elle m'a sauvé la vie, murmura Harry. Elle n'a rien dit à Voldemort dans la forêt.

Dorea tourna la tête vers son frère, le regard ébahi. Mais elle n'eut pas le temps de répondre que déjà le blond revenait vers eux, les mains enfoncées dans ses poches, tandis que l'Auror menottait sa mère sous les yeux curieux de tous, emportant son bras et l'accompagnant à l'extérieur. Un silence de mort s'installa dans la Grande Salle et à l'instant où l'on entendit le « plop » retentissant dans la cour, des murmures s'élevèrent, commentant ce à quoi ils venaient d'assister.

- Je suis désolée, Drago, chuchota Dorea.

Ce dernier hocha la tête mais évitait soigneusement de croiser ses yeux. Elle pouvait cependant percevoir ses prunelles se remplir de larmes. Connaissant le caractère fier de l'ancien Serpentard, elle détourna son attention de sa famille, la reportant sur Mrs Weasley, qui s'avançait vers eux d'un pas hésitant.

- Molly, soupira Émilie en la prenant dans ses bras.

La matriarche reçut les condoléances de l'ancienne Lady. Lorsque cette dernière se recula, elle posa son regard sur Harry.

- Harry, nous allons bientôt rentrer au Terrier avec Ron. Souhaites-tu nous accompagner ?

Le brun jeta un rapide coup d'œil vers sa sœur, qui lui indiqua silencieusement qu'il était libre de faire ce qu'il souhaitait. Même si, au fond d'elle-même, elle aurait préféré qu'il reste à ses côtés.

- Je crois que je vais aller au Square Grimmaud, Molly. Mais je vous remercie.

- Essaye de passer nous voir rapidement, conseilla Mrs Weasley.

Ginny se joignit à sa mère, glissant sa main dans la sienne, fixant Harry avec intensité.

- Je le ferai, assura le brun sans lâcher la rousse du regard.

- Bien...

Dorea perçut, pour la première fois, le désarroi de la matriarche, alors que le reste de sa famille la suivit hors de la Grande Salle. Ron salua Harry, lui donnant une tape amicale sur l'épaule, et Arthur serra la main des Beaumont et des Feldmann, les remerciant pour leur sollicitude. Hermione ferma la marche, mais ne poursuivit pas le groupe.

- Je pars au Square Grimmaud, tu veux venir, Hermione ? proposa Harry.

- Je n'ai… nulle part où aller, alors…

- Je vous enverrai Kreattur dès que vous serez rentrés, annonça Dorea.

- Nous n'allons pas tarder, de toute façon, déclara l'ancien Gryffondor en jetant un rapide coup d'œil par-dessus son épaule, en direction de l'entrée. Les journalistes ne vont pas tarder...

- Oui, tu as raison, approuva Dorea. Il vaudrait mieux pour nous tous de rentrer.

Elle se tourna vers sa famille, qui s'avançait vers elle, comprenant que les deux sœurs Greengrass, ainsi que Blaise et Théo, faisaient également partie de ce regroupement. Ludwig enlaça ses deux nièces, heureux de les retrouver saines et sauves.

- Rentrons à la maison, dit alors Dorea, échangeant un regard avec Drago.

0o0

Dorea s'arrêta devant la porte de sa chambre, Drago sur ses talons. Ils patientèrent jusqu'à ce que Daphné, Astoria, Blaise et Théo tournent l'angle du couloir pour amorcer la discussion, le blond n'ayant pas prononcé un mot depuis leur départ de Poudlard.

- Je suis certaine que tout ira bien, Drago, souffla Dorea. Pour ta mère, pour ton père...

- Comment veux-tu que ça aille, alors que nous savons tous deux qu'ils finiront certainement leurs jours à Azkaban ? murmura-t-il avec dépit.

La jeune femme ouvrit la bouche, puis la referma, ne sachant que répondre. Elle se sentit soudainement désemparée face à la tristesse de Drago.

- Tu sais... je ne sais pas si je devrais te le dire, mais si Harry est en vie et si nous avons vaincu Voldemort, c'est en partie grâce à ta mère.

Drago releva le regard vers elle, les sourcils froncés.

- Que veux-tu dire ?

- C'est elle qui est allée vérifier si Harry était vraiment mort lorsque le Seigneur des Ténèbres a lancé l'Avada, expliqua la rousse. Elle lui a certifié qu'il était bel et bien mort, alors qu'en réalité...

- Ce n'était pas le cas, acheva Drago.

- Il y a beaucoup d'éléments qui nous manquent, je te l'assure. Mais connaissant Harry, il fera preuve d'une loyauté indéfectible envers celle qui lui a sauvé la vie.

Le blond la fixa avec une intensité réelle, puis exhala toute l'émotion qu'il contenait depuis des heures. Dorea s'approcha alors, saisissant son visage avec une délicatesse infinie. Elle chercha un instant à croiser ses orbes métalliques, et lorsque ce fut fait, elle posa doucement ses lèvres sur les siennes dans un baiser chaste et voluptueux.

Lorsqu'elle se recula, elle constata qu'il avait fermé les yeux, se délectant de la tendresse qu'elle lui offrait. Sans attendre de réponse, elle se retourna vers la porte, pivota la poignée, ouvrit le battant et, lançant un dernier regard au jeune Malefoy par-dessus son épaule, pénétra dans la chambre pour s'y enfermer.

0o0

Le lendemain matin, alors que Dorea avait dormi plus d'une demi-journée sans interruption, elle fut réveillée par un tumulte provenant de l'étage du dessous. Ou plutôt, par des cris qui s'élevaient, jusqu'à lui donner l'impression d'être dans la pièce elle-même. Elle reconnut la voix de Daphné, qui semblait folle de rage.

Jetant un rapide coup d'œil à l'horloge de sa table de chevet, elle constata qu'il était déjà neuf heures passées. Consciente qu'il était temps d'affronter un lendemain auquel elle n'avait jamais songé, elle rabattit les draps pour se lever, attrapa sa robe de chambre en soie noire qu'elle enfila avant de la nouer autour de sa taille, puis sortit précipitamment de sa chambre. En longeant la galerie, elle saisit des bribes de la dispute qui se déroulait en contrebas.

- IL EST HORS DE QUESTION QUE JE VOUS SUIVE, PÈRE ! hurla Daphné.

- TU FERAS CE QUE L'ON TE DEMANDE DE FAIRE ! cria à son tour Gareth Greengrass.

Dorea lança un coup d'œil par-dessus la rambarde en pierre et vit un attroupement principalement constitué des Greengrass, des Beaumont, des Feldmann, ainsi que de Drago, Blaise et Théo, formé autour du père et de la fille.

- MAIS POURQUOI JE FERAI ÇA ?! HEIN ? VOUS CROYEZ VRAIMENT QUE JE VAIS ME PLIER AUX EXIGENCES D'UN LÂCHE QUI A PORTÉ ALLÉGEANCE À UN PSYCHOPATHE SIMPLEMENT PARCE QU'IL VOULAIT RETROUVER SON CONFORT LUXUEUX ?

- Fais attention à ce que tu dis, Daphné, siffla son père en levant l'index, menaçant.

- Sinon quoi ?!

L'apparition de Dorea interrompit toute prise de parole alors qu'elle descendait lentement les dernières marches.

- Dott' ! souffla Émilie. Nous croyions que tu dormais encore.

- Euh... il faut croire que je me suis suffisamment reposée, répondit-elle légèrement hésitante.

Daphné reporta son attention sur son père et sa sœur cadette, qui se tenait tout juste à côté de ce dernier.

- Je ne partirai pas avec vous, père. Ma décision est prise !

Puis la blonde fit volte-face et se dirigea vers les escaliers, passant devant Dorea qui la suivait du regard, tout comme son père, sa sœur, et les autres membres de la famille.

- Je crois que vous devriez partir, intima Ludwig à l'adresse de son beau-frère.

- Mais…

Les tremolos se faisaient sentir dans sa voix, témoignant de la tristesse qu'il devait ressentir en voyant sa fille aînée tourner le dos à sa famille.

- Dites à Diane que nous nous occupons d'elle, le temps que toute cette histoire se tasse et surtout que Daphné puisse prendre le recul nécessaire pour comprendre que sa place est auprès de vous, ajouta Ludwig d'un ton assuré.

La détermination de l'homme eut raison du père Greengrass, qui saisit la main de sa fille cadette avant de se retourner et de sortir du château, cheminant vers l'extérieur. Astoria lança un regard par-dessus son épaule, et Dorea constata qu'il était destiné seulement à Drago. Elle vit alors ce dernier lui répondre par un imperceptible signe de tête, comme s'il avait compris ce qu'elle souhaitait lui signifier. Dorea fronça les sourcils, prise au dépourvu par cette conversation silencieuse entre les deux ex-fiancés, se déroulant juste sous ses yeux. Tâchant de réprimer le malaise qui grognait dans son estomac, elle avança de quelques pas pour se rapprocher de Drago, glissant instinctivement sa main dans la sienne.

- Allons prendre le petit-déjeuner, invita Deirdre. Dorea, tu nous rejoindras après t'être habillée.

La jeune femme hocha la tête tandis que tous se dirigeaient vers la salle à manger. Elle posa alors ses yeux sur Drago et s'aperçut qu'il évitait soigneusement son regard. Sa mine triste et fermée la toucha profondément, et alors qu'il s'apprêtait à suivre le groupe et à lâcher sa main, elle le retint.

- Hé, tu vas bien ? demanda-t-elle doucement.

Il acquiesça mollement, ses prunelles évitant les siennes.

- Tu... tu veux qu'on aille faire un tour après le petit déjeuner ?

- Si tu veux...

Puis il la relâcha et s'éloigna de l'autre côté, rejoignant le groupe de sa démarche nonchalante.

Perplexe, Dorea alla tout de même se préparer, se disant qu'après tout, il ne devait pas être facile pour le jeune Malefoy de savoir que ses parents se trouvaient actuellement à Azkaban. Se mordillant la lèvre sous le coup de la réflexion, elle remonta lentement les marches de l'escalier.

0o0

Dans l'après-midi, ce fut au tour de l'avocat de la famille, maître Hartmann, de leur rendre visite. Émilie et Deirdre, d'un commun accord, avaient fait appel à lui sitôt rentrées de Poudlard la veille, pour gérer les retombées médiatiques, mais surtout les conséquences judiciaires concernant leur petite fille, qui avait fait partie des rangs de Lord Voldemort pendant plusieurs mois.

Alors qu'ils étaient tous attablés autour de la table, il étala plusieurs dossiers devant lui.

- Bien, je n'irai pas par quatre chemins, dit-il en entrecroisant les doigts. Comme cela a été annoncé dans la Gazette ce matin, le gouvernement de Pius Ticknesse a été renversé et Kingsley Shacklebolt a été investi ministre de la Magie par intérim. Dès que vous m'avez contacté hier, je me suis rendu au ministère. Je vous avoue qu'il régnait un grand capharnaüm et que j'ai eu du mal à passer la sécurité, qui a été considérablement renforcée. Mais j'ai pu obtenir un court entretien avec M. Shacklebolt. J'ai donc discuté avec lui de la suite et des mesures qu'il comptait entreprendre pour les sorciers… dans votre situation, Miss Artwood.

Dorea baissa les yeux, les posant sur sa marque à peine dissimulée par la manche de son gilet.

- Ayant fait partie de l'Ordre du Phénix, il connaît parfaitement les motifs de votre engagement dans les rangs de Vous-Savez-Qui dans les mois qui ont suivi la mort d'Albus Dumbledore. Toutefois, il est également conscient que le reste de la communauté sorcière réclamera justice, surtout pour des gens comme… comme vous.

- Vous voulez dire pour les mangemorts, intervint Drago, presque véhément. Car c'est ce que nous avons été. Contre notre gré.

- Monsieur Malefoy, je ne voulais pas être impoli.

- Pourtant, vous l'êtes en nous désignant de cette façon.

- Drago, intervint Dorea, légèrement agacée.

- Écoutez, je fais de mon mieux pour vous sortir de ce bourbier, mais sachez que Kingsley n'a aucun pouvoir vous concernant. C'est au Magenmagot que vous aurez à faire face. Toutefois, il s'est engagé à ce que le Magenmagot ne lance aucune poursuite à votre encontre. Dans un premier temps.

- Dans un premier temps ? répéta Deirdre, abasourdie.

- Ma petite fille est l'une des héroïnes de cette guerre. Je trouve révoltant que ces vieux rustres du Magenmagot suspendent son sort tout cela parce qu'elle a voulu s'enrôler chez les mangemorts dans le seul but de sauver la peau de son petit ami.

- Je comprends tout à fait votre ressentiment, Lady Émilie, mais sachez que ce n'est pas aussi simple que cela. Votre petite fille mérite effectivement tout le respect qui lui est dû, mais elle porte la marque. Et selon le ministre, les gens qui portent la marque, bons ou mauvais, devront rendre compte à la justice magique. C'est pour cela que je suis ici. Pour préparer votre défense, ainsi que celle de Monsieur Malefoy. Vos deux témoignages sont complémentaires. Si cela vous convient, bien entendu. Bien que je pense que vous n'ayez pas d'autres options.

Dorea et Drago échangèrent un regard perplexe. Puis le blond reporta son attention sur Maître Hartmann.

- Puis-je vous poser une question ?

- À condition que je puisse y répondre, Monsieur Malefoy.

- Savez-vous ce que le Magenmagot prévoit de faire pour les mangemorts enfermés à Azkaban ?

- Vous voulez dire pour vos parents ?

Le blond resta silencieux. L'avocat prit cela pour une affirmation.

- Ils auront droit à un procès, tout comme les autres. Mais peu de gens voudront les défendre, si vous voulez mon avis.

- Et si je vous engage, vous ?

- Comme je viens de vous le dire, peu de gens voudront les défendre face à un tribunal qui ne souhaite qu'une chose : qu'ils terminent leurs jours en prison.

- Alors posons les choses autrement, intervint Dorea. Vous continuerez à travailler pour cette famille si vous défendez les parents de Drago face au Magenmagot.

- Dorea ! s'exclama Richard, d'un air choqué.

- Est-ce votre seule offre ? demanda alors Maître Hartmann.

- Je crois que cela fait des années que votre cabinet ne vit que grâce aux affaires de cette famille. Rendre service va dans les deux sens, Maître.

L'avocat fixa Dorea, qui soutenait son regard avec détermination.

- Il faudra monter un dossier, une plaidoirie, avec des témoignages solides si vous voulez gagner leur procès.

- Ne vous inquiétez pas pour cela, nous connaissons des personnes qui pourront faire pencher la balance en faveur des Malefoy.

- Je ne parle pas de vous, mademoiselle. Selon Kingsley, votre liberté ne tient qu'à un fil.

- J'en ai conscience. Et je ne faisais pas allusion à moi.

Maître Hartmann inspira longuement, puis expira. Il enleva ses lunettes à la monture écaillée et frotta ses yeux fatigués.

- Bien, je défendrai les Malefoy, soupira-t-il avec dépit. Mais je m'occuperai d'abord de votre cas à tous les deux, avant de me pencher sur leur dossier.

- Du moment que nous avons trouvé un terrain d'entente…

- Vous feriez une excellente avocate, Miss Artwood. Vous menez parfaitement les négociations.

- N'ai-je pas appris avec le meilleur négociateur que nous connaissions ?

- En effet, votre père excellait dans ce domaine, approuva l'avocat avec un sourire mélancolique.

0o0

Dorea atterrit sur le perron du Square Grimmaud. Elle lança un regard par-dessus son épaule et constata que le parc juste en face était rempli de sorciers, habillés de façon moldue, avec des appareils photo et des blocs-notes en main. Elle leva les yeux au ciel, puis se retourna vers la porte, prenant le loquet pour frapper trois coups, sachant que la sonnette d'entrée déclencherait aussitôt les jurons de Mrs Black.

Aussitôt, la porte s'ouvrit sur un Harry franchement souriant.

- Tu es au courant que les journalistes de la Gazette font le pied de grue devant chez toi ? dit Dorea en désignant le parc derrière elle d'un mouvement de pouce.

- Ne m'en parle pas, soupira son frère alors qu'elle pénétrait dans la maison. Je suis content que cette maison soit sous Fidelitas. Même s'ils savent à peu près où j'habite, ils ne peuvent pas entrer de force ici.

Il referma la porte et Dorea le suivit à travers le couloir pour rejoindre la cuisine en sous-sol.

- Tu as de la chance. Ce matin, Deirdre m'a dit qu'ils avaient investi Highclere Castle.

- Espérons que ça se tasse avec le temps.

Tous deux prirent place l'un à côté de l'autre tandis qu'Harry demanda à Kreattur, qui s'activait déjà devant les fourneaux, deux tasses de thé.

- Hermione est d'accord avec ça ? grimaça la rousse.

- Disons que Kreattur ne lui a pas laissé le choix et qu'elle est bien obligée de s'en accommoder, répondit Harry en haussant les épaules.

- Tu m'étonnes, s'esclaffa Dorea. Elle est là ? interrogea-t-elle soudainement en lançant un regard vers les escaliers menant au rez-de-chaussée.

- Non, elle est allée voir Ron au Terrier.

Deux tasses volèrent vers eux et se posèrent sur la table. Dorea prit la sienne et en but le liquide chaud.

- Alors… tous les deux, c'est le grand amour ?

- Un peu tôt pour le dire. Tout ce que je sais, c'est qu'ils se sont échangé un baiser mémorable dans la Chambre des Secrets et qu'ils semblent décidés à faire un bout de chemin ensemble.

- Il était temps…

- Parfois, c'est quand on est sur le point de mourir qu'on se rend compte de ce qu'on a eu sous les yeux depuis toujours.

- Tu dis ça pour Ron et Hermione ou pour Ginny et toi ?

- Disons que c'est quelque chose d'universel.

- Oui, peut-être bien.

- Et toi et Drago ?

- Quoi, moi et Drago ?

- Eh bien… je suppose que plus rien ne vous empêche d'être définitivement ensemble maintenant. Vous avez parlé un peu d'avenir ?

- Harry, ça fait seulement une semaine que… que tout est terminé. Nous n'avons pas eu le temps de parler d'autre chose que de notre prochain interrogatoire et du procès à venir des Malefoy.

- D'ailleurs, à ce sujet, je suis allé voir Kingsley, déclara alors Harry de but en blanc.

- C'est… c'est vrai ?! Tu l'as fait ?! souffla Dorea, son regard s'illuminant soudainement.

- Bien évidemment, Dott'. J'ai même fourni les souvenirs de Rogue.

- Oh…

- C'était important que la communauté sache quel homme il était vraiment.

- Tu as autorisé Kingsley à divulguer toutes ces informations ?

- Ça ne devrait pas tarder à faire la une de la Gazette.

- Cela n'aurait pas plu au professeur Rogue, grimaça l'ancienne Serpentard. Mais au moins, ça nous changera des inlassables portraits de nous, étalés en première page.

- Tu pars quand à New-York ?

Un voile de tristesse balaya les yeux de Dorea. Depuis deux jours, les cérémonies funéraires s'enchaînaient, rendant hommage aux combattants tombés lors de la bataille de Poudlard. Le corps de Gabriel avait été rapatrié à New-York, et sa famille, ainsi que Drago, Blaise, Théo et Daphné, avaient été conviés à y assister. Même si Dorea n'était pas encore décidée à s'y rendre, elle faisait bonne figure devant son frère, Drago, sa famille ou même ses amis. Mais la perte d'un de ses meilleurs amis la rendait presque inconsolable.

- Je suis désolé, murmura Harry en s'apercevant de l'expression déconfite de sa sœur.

- Euh… non, ne t'inquiète pas. Je… Je ne sais simplement pas si je devrais y aller. C'est beaucoup trop dur.

- Je sais, murmura Harry, attristé. Celui de Fred, hier, a été une véritable épreuve.

- Et Lupin et Tonks ? Qu'a décidé Andromeda ?

- Elle les a déjà enterrés. Je suis allé lui rendre visite après la cérémonie.

- Comment vont-ils tous les deux ?

- Ils vont bien. Heureusement que Teddy est là pour l'aider à avancer.

0o0

La jeune femme pénétra dans le hall de Dunnotar Castle lorsqu'elle aperçut Astoria Greengrass descendant les marches des escaliers menant à la galerie du premier étage.

- Astoria ?

La brune s'arrêta net, réalisant la présence de la rousse.

- Oh, Dorea… Je croyais que tu étais sortie.

- Eh bien, comme tu le vois, je viens de rentrer. Tu es venue voir Daphné ?

Elle prit une expression embarrassée, ses joues rougissant visiblement.

- Euh oui… c'est ça. Je suis allée prendre des nouvelles de ma sœur.

- Elle est prête à renouer avec tes parents ?

- On peut dire que nous sommes sur la bonne voie.

- Je suis contente. Elle peut être…

- Bornée, oui, sourit la brune.

Un silence s'installa, le malaise grandissant entre les deux jeunes femmes. Puis soudainement, une porte claqua à l'étage, et des pas résonnèrent dans la galerie, où Dorea distingua la tête blonde de Drago.

- Astoria, tu as oublié ton écharpe ! s'exclama-t-il en apparaissant en haut des escaliers.

Le jeune homme se figea aussi subitement que l'avait fait la brune quelques minutes auparavant, réalisant la présence de Dorea. Le sourire sur les lèvres de cette dernière se fana instantanément, alors qu'elle comprenait le manège qui s'était déroulé en son absence. Elle observa Drago descendre lentement les marches pour remettre l'écharpe à Astoria, qui les salua brièvement tous les deux avant de se diriger à grands pas vers l'extérieur.

La rousse et le blond se dévisagèrent durant une longue minute, avant qu'il ne reprenne la parole.

- Elle est passée voir sa sœur. On s'est croisés dans les couloirs, alors… on a discuté.

- Vous avez discuté…, répéta Dorea lentement.

- Oui… simplement… discuté.

Dorea ferma les yeux et secoua la tête avec dépit. Puis, sans un mot, elle fit volte-face et sortit du hall pour rejoindre la plage. Drago ne chercha pas à la rattraper.

0o0

Dorea observait le cercueil de Gabriel s'enfoncer dans la terre. On pouvait entendre les gémissements plaintifs de Mrs Queenie Goldstein, épouse Kowalski, ainsi que de son grand-père moldu, Jacob Kowalski, tous deux installés au premier rang, aux côtés des parents et de la fiancée de Gabriel.

La cérémonie s'acheva, Queenie soutenant son époux pour tenter de le relever de sa chaise, alors qu'il se tenait de l'autre main avec une canne.

Aussitôt, Émilie s'avança vers la famille du défunt pour présenter ses condoléances. Elle enlaça la mère de Gabriel tandis que Richard, avec désolation, serra la main du père. Deirdre et Ludwig se joignirent à eux, laissant les jeunes gens, installés trois rangées derrière, seuls.

Plongée dans ses pensées, Dorea ne vit pas le couple âgé qui s'approcha d'elle.

- Dorea Artwood ? demanda le vieil homme.

- Oui, souffla Dorea en se tournant vers lui pour se lever.

Il avait la peau fripée, des taches de vieillesse entourant son visage à moitié dissimulé par une barbe blanche qui se prolongeait le long de son cou. La femme à ses côtés, aux cheveux grisonnants et courts, se tenait au bras de son époux.

- Norbert Dragonneau, se présenta l'homme.

Dorea entrouvrit la bouche, stupéfaite. Réalisant qui se tenait face à elle, elle secoua la tête, refermant sa bouche qui lui donnait l'air d'une idiote.

- Monsieur Dragonneau, c'est un honneur de vous rencontrer, malgré les circonstances.

- Mon petit neveu vous portait en haute estime, vous savez.

- Moi aussi, je l'estimais beaucoup.

- C'était quelqu'un d'extraordinaire, ajouta Daphné, qui se tenait juste derrière Dorea.

- Oui, nous l'aimions beaucoup, renchérit Théo.

- J'imagine. Il savait se faire apprécier. Dans tous les cas, Miss Artwood, je tenais à vous dire que le monde sorcier peut vous être reconnaissant, à vous, votre frère, ainsi qu'à vos amis – il lança un coup d'œil en direction des quatre anciens Serpentards – pour tout ce que vous avez fait pour la sauver du joug de ce Mage Noir.

- De votre temps, je crois savoir que vous avez eu affaire à Gellert Grindelwald.

- C'était une autre paire de manches, croyez-moi, sourit Dragonneau tristement. Mais mon vieil ami, Albus, a toujours été là pour me sortir des situations inextricables dans lesquelles je me mettais bêtement.

- J'ai entendu de nombreux récits du professeur Dumbledore sur cette période.

- Je suis certain qu'il a minimisé les faits, comme à son habitude.

- Oui…

- J'aurais une question à vous poser, Miss Artwood.

- Oui, monsieur Dragonneau ?

- Que devient Nagini ? Je sais qu'elle s'est engagée, il y a des années, au service de Vous-Savez-Qui...

- Elle ? coupa soudainement Dorea, surprise. Ce serpent était une… femelle ?

- Oui, elle a été frappée du sort malédictus il y a de cela des décennies, intervint l'épouse de Norbert.

- Malédictus ? Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Drago en fronçant les sourcils. C'était une… humaine ?

- Oui, Monsieur Malefoy, une femme, confirma Norbert.

Tous échangèrent un regard perplexe, puis la rousse reporta son attention sur le magizoologiste.

- Elle est morte, déclara Dorea.

- Oh… eh bien, murmura Norbert. Alors… tournons la page à présent.

Le couple leur adressa à tous un petit sourire tout en les saluant, avant de continuer son chemin pour sortir du cimetière. Dorea reprit place sur la chaise pliante, s'abaissant lentement, aussi sonnée que ses amis par ce qu'elle venait d'apprendre.

- Nagini était une femme ? souffla Blaise.

- Apparemment, répondit Théo.

Puis, soudainement, Drago tenta de contenir un pouffement de rire, mais des larmes brillaient au coin de ses yeux. Tous se jetèrent un coup d'œil, puis ils éclatèrent de rire, amusés par la situation des plus cocasses qu'ils étaient en train de vivre.

Les autres sorciers présents les fixèrent, choqués qu'on puisse rire à un enterrement. Mais Dorea ne pouvait s'en empêcher. C'était un rire nerveux. Elle riait et pleurait à la fois.

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- Rentrons dans le vif du sujet à présent, déclara Maître Hartmann.

- Qui est ? demanda Dorea.

- Vos actions chez les mangemorts, au service de Vous-Savez-Qui.

Aussitôt, Dorea se tendit. Machinalement, Drago saisit sa main, souhaitant la rassurer.

L'avocat prit sa plume et se prépara à écrire sur le parchemin, mais ni Dorea ni Drago ne prirent la parole. Maître Hartmann leva les yeux et observa les deux jeunes gens, l'air perplexe. Il lança un regard autour de la table, tous pendus aux lèvres des deux anciens Serpentards.

- Peut-être voudriez-vous nous laisser pour que nous puissions parler plus librement, suggéra-t-il à l'adresse de la famille et des amis de la rousse.

- Nous sommes très bien là où nous sommes, protesta Émilie.

- Non ! fit alors Dorea.

- Comment ?

- Je veux que vous sortiez de cette salle.

- Mais…

- Tout le monde, insista-t-elle fermement.

Il y eut un instant de flottement avant que Daphné ne se lève, ce qui obligea les autres à l'imiter. Les raclements de chaises se firent entendre et tous sortirent de la pièce, à l'exception de Drago. Lorsque la porte se referma sur Deirdre, lançant un œil à sa nièce, l'avocat poursuivit.

- Dorea… Maintenant que nous sommes seuls et que cette conversation sera peut-être l'une des plus embarrassantes de votre vie, je pense que l'on peut passer aux prénoms, non ?

- Oui, David, répondit la jeune femme.

- Alors je compte sur votre franchise à tous les deux, dit ce dernier. Je ne peux monter une plaidoirie digne de ce nom si je n'ai pas tous les éléments en ma possession. Est-ce clair ?

Dorea et Drago hochèrent la tête en un seul mouvement.

- Je vais donc vous demander de me pardonner par avance pour la question que je m'apprête à vous poser : avez-vous commis un ou… plusieurs meurtres durant votre activité de mangemort ?

L'ancienne Serpentard baissa les yeux, fixant ses mains où elle triturait ses doigts nerveusement.

- Nous allons commencer par vous, Drago.

- Non, répondit ce dernier. Seulement de la torture.

- Vous avez été le tortionnaire ou le torturé ?

- Les deux.

- Bien, fit David en écrivant une note sur son parchemin. Puis-je avoir les noms de vos victimes ?

Elle sentit le jeune homme déglutir avec difficulté à ses côtés.

- Rowle, Dolohov et… Fenrir Greyback.

L'avocat annota son parchemin. Puis, toujours concentré sur celui-ci, il demanda :

- Sur quel motif ?

- Les deux premiers sur ordre du Seigneur des Ténèbres. Ils avaient perdu la trace de Potter lors de sa fuite au mariage de Bill et Fleur Weasley, l'été dernier.

- Et Greyback ?

- Greyback avait projeté de…

Il s'interrompit, lançant un regard en coin à la rousse.

- Il voulait me violer, murmura-t-elle. Il… il m'a surprise un soir, dans mon bain. J'avais oublié de sceller la porte de ma chambre. Il m'a tirée par les cheveux pour me sortir du bain et… il m'a balancée contre un mur. Alors, je me suis servie de mes pouvoirs et… Drago est arrivé à ce moment-là.

- Nous l'avons enfermé dans les cachots du Manoir. Je l'ai torturé la nuit qui a suivi, acheva le blond.

L'avocat les dévisagea, la bouche entrouverte de stupéfaction. Dorea évitait soigneusement son regard, honteuse de l'évocation de cet épisode. Chaque fois qu'elle y pensait, elle se sentait idiote d'avoir oublié de fermer la porte de sa chambre ce soir-là. Maître Hartmann toussota pour reprendre contenance. Il griffonna rapidement quelque chose sur son papier, puis reporta son attention sur les deux jeunes gens.

- Sachez que tout ce que vous me dites là est confidentiel. Mais sachez aussi que si des éléments viennent miner la défense que j'ai préparée sans en faire mention, il faudra que je m'en serve. Êtes-vous d'accord avec ça ? Dorea ?

- Euh… oui, fit-elle dans un chuchotement.

- Compte tenu du fait qu'il ne s'agit que de mangemorts notoires, cela peut faire pencher la balance en votre faveur. Drago, surtout avec les témoignages de M. Potter, de Miss Granger et de M. Weasley concernant leur courte… escapade au Manoir Malefoy, et du rôle que vous avez joué pour les libérer de l'emprise de votre tante. Sans compter que vous avez combattu du côté de l'Ordre par la suite, il y a peu de chances que cet interrogatoire que vous fera subir le Magenmagot débouche sur un procès.

Drago hocha la tête pensivement.

- Dorea, avez-vous commis un meurtre ? Ou… avez-vous torturé ?

La jeune femme, toujours avec ses prunelles plantées sur la table, resta muette.

- Dorea, j'ai besoin de savoir ce que vous avez fait de répréhensible durant votre séjour au Manoir Malefoy. Cela peut se retourner contre vous. Si je n'ai pas tous les éléments pour ma plaidoirie, je ne pourrai pas vous défendre correctement. Vous avez combattu du côté de l'Ordre, M. Potter témoignera pour vous, le ministre de la Magie en personne se porte garant pour vous, mais cela ne pourra pas suffire si d'autres mangemorts décident de parler. Vous comprenez ? Si vous n'avez rien fait, ou si cela est aussi limité que Drago, il n'y aura aucun problème sur la considération de votre liberté.

La jeune femme garda le silence.

- Dorea ? fit Maître Hartmann en se penchant au-dessus de la table. Votre… ton silence ne fait que confirmer mes doutes.

Elle leva le regard vers son avocat, un peu déconcertée par le tutoiement soudain et la proximité dont il faisait preuve à son égard.

- J'ai parfaitement conscience de la situation dans laquelle tu te trouvais. Tout le monde sait à présent que tu t'es enrôlée chez les mangemorts en monnaie d'échange pour Drago. M. Potter, enfin… je veux dire Harry, lors de notre entretien hier, m'a raconté tout ce que je devais savoir, et la communauté ne tardera pas à rassembler les pièces du puzzle. Ce n'est qu'une question de temps, ou même de jours. Kingsley a déjà donné une interview à un reporter de la Gazette, cela fera certainement la une du journal demain ou après-demain. Les procès pour les mangemorts encore vivants et capturés à temps vont s'ouvrir dans une semaine. Ils parleront et feront tout pour vous descendre. Ils ont beaucoup de rancune envers certains d'entre eux. Ils n'hésiteront pas à faire tout leur possible pour que tu les rejoignes à Azkaban. Donc je le répète, si je n'ai pas une défense suffisamment solide, je ne pourrai rien faire pour toi. J'ai besoin d'avoir connaissance de tous tes secrets. Sache que personne n'en saura rien. Sans compter que je te connais depuis que tu as l'âge de marcher, aie l'assurance que rien ne changera l'opinion que j'ai de toi : forte et courageuse.

Les yeux de la rousse s'humidifièrent instantanément. Drago saisit alors sa main, mais cette fois, elle entrecroisa ses doigts avec les siens, lui signifiant silencieusement qu'elle avait besoin de lui, là, maintenant. Elle releva lentement les yeux vers cet homme qu'elle n'avait fait qu'entre-apercevoir durant toutes ces années. Pourtant, malgré sa discrétion, il avait été là, dans les bons comme dans les mauvais moments. Elle se souvint alors que, parmi les multiples collaborateurs de son père, c'était lui qu'il avait toujours tenu en haute estime. Goderic avait une grande confiance en David Hartmann.

- J'ai commis des meurtres, en effet, murmura-t-elle enfin. Et j'ai torturé.

- Il va me falloir les noms de tes victimes.

Et Dorea se mit à parler.