Chapitre 49: Le vide

Severus franchit la porte de ses appartements, son masque toujours ancré au visage. Il fut surpris de découvrir que Kaï l'attendait assis dans le canapé. Quoi que cela était-il vraiment surprenant? Godric l'avait sans doute missionné pour lui tenir compagnie. Le jeune loup se leva et vint le rejoindre, toute la peine du monde animait ses traits. Lui aussi venait de perdre quelqu'un de cher après tout.

Kaï ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Il décida de prendre son protecteur dans ses bras, essayant par là même de lui montrer son soutien. Severus mis plusieurs minutes avant de lui rendre son étreinte, il n'était pas très tactile, et tout en lui était encore comme anesthésié. Son jeune protégé s'éloigna finalement au bout de quelques minutes et pris la parole:

«Je vais rester avec toi quelques jours, j'ai prévenu les elfes de la maison ils vont s'occuper de tout.»

Non. Définitivement non.

«Ce n'est pas la peine Kaï, ça va aller. Tu peux rentrer.»

«Mais…»

Severus leva la main pour lui intimer le silence.

«Stop. Tu rentres, je n'ai pas besoin d'un chaperon.»

Le jeune loup ne semblait pas le voir de cet œil et fronça les sourcils en répondant:

«Il n'est pas question que je te laisse seul, pas alors que…»

«KAÏ!»

Il sursauta devant la violence et la dureté de la voix du professeur. Ce dernier était tendu, à tel point que s'en était palpable. Il continua:

«3 jours. Je te demande de rentrer et d'attendre 3 jours. Je te promets que je viendrais te rejoindre le soir du troisième jour.»

Kaï n'avait aucune envie d'accéder à sa requête, mais il sentait qu'il n'avait pas le choix. L'inquiétude le rongeait, mais s'il était certain d'une chose c'est que Severus avait toujours tenu les promesses qu'il lui avait fait. Il soupira et abdiqua finalement.

«Très bien. Je t'attends dans trois jours. Et si jamais je peux faire quoi que ce soit même avant cela dis le moi.»

Severus se détendit sensiblement. Il avait besoin d'être seul. Ce n'était pas une option. Il ne voulait pas que qui que ce soit devienne témoin de la douleur qui l'habitait.

«Je te remercie. Il y a bien une chose que tu peux faire pour moi en attendant, garde Lucius à distance si c'est possible.»

Le jeune homme sourit devant cette requête.

«Pas de soucis, je gère l'aristo. Et si tu as besoin d'une présence n'hésite pas à me le faire savoir.»

Non il n'avait besoin de personne. Personne qui était en capacité d'être présent en tout cas.

«Je n'y manquerais pas. Rentre maintenant.»

Sur ces mots Kaï rejoignit la cheminée, il jeta un dernier regard hésitant vers le serpent, mais ce dernier restait de marbre. Il se résigna à entrer dans l'âtre et retrouva son foyer silencieux.

Enfin seul.

Severus se détendit et déposa sa cape dans l'entrée de ses appartements. Il prit sa baguette et appliqua une barrière de protection tout autour de ses appartements. Ainsi plus personne ne viendrait le déranger. Aucun envahisseur bien intentionné ne pourrait rentrer, et aucuns sons ne pourraient en sortir. Ses gestes étaient précis et mesurés, tentant de contenir encore un peu son être qui hurlait de douleur.

Il remit consciencieusement sa baguette dans la poche de sa cape et se dirigea vers la cuisine. Il se servi un whisky pur feu, et en bu une grande gorgée avant de rabattre le verre un peu trop fort sur le plan de travail. Sa main se serra autour du cristal translucide, avant de violemment s'élever dans les airs pour le projeter à l'autre bout de la pièce dans un impact fatal. Cet acte laissa la porte grande ouverte à la rage et la souffrance qui n'attendait que ça.

Il balaya tout ce qui se trouvait à portée, laissant sa colère s'exprimer, détruisant et faisant voler tous ce qu'il pouvait sur son passage, hurlant sa douleur.

Qu'avait-il donc fait de mal pour qu'on lui inflige ça? Qu'avait il fait pour que toutes les personnes qui avaient fait battre son cœur dans sa misérable vie lui soit systématiquement enlevé? Il donnait tout, toujours pour le bien des autres, se faisant passer en dernier, reniant ses principes s'il le fallait au nom de l'intérêt général. Et pourtant il n'avait droit à rien. Tout lui était toujours enlevé.

Le déchirement qu'il ressentait était tel qu'il n'aurait pu le décrire. Aucuns mots n'existaient pour définir un tel sentiment. Toutes les tortures que Voldemort avaient pu lui faire subir n'étaient rien en comparaison de ça. Il avait l'impression qu'on lui arrachait le cœur tout en lui demandant de rester en vie et de continuer à respirer. Il n'en pouvait plus. Il aurait voulu mourir pour rejoindre Godric. Mais il était clair que les dieux trouveraient encore un moyen de le faire souffrir en les maintenant éloignés.

Il aurait voulu que ça s'arrêté, que cette douleur immonde cesse, que tout disparaisse. En cet instant la seule personne au monde qu'il voulait à ses côtés lui avait été enlevée sans aucune hésitation. Jamais il ne pourrait revoir Godric. Plus jamais il ne l'entendrait se moquer de lui. Plus jamais il n'entendrait son rire. Plus jamais il ne pourrait goûter à ses lèvres. Plus jamais il ne pourrait lui dire je t'aime. Tout était fini.

Il ravagea l'intégralité de son salon et de sa cuisine, dans l'espoir que tout détruire puisse faire taire cette voix en lui qui hurlait de désespoir. Son monde s'écroulait ce soir. Et il n'était pas sûr de vouloir le reconstruire. Tout son être vibrait de chagrin, Il aurait préféré subir milles morts à cela.

Il n'eut cependant pas le courage de passer le pas de la porte entrouverte de la chambre. C'était au-dessus de ses forces. Cette pièce qui avait abrité leur amour, leurs étreintes tendres et sulfureuses, qui les avaient vus se rapprocher, s'éloigner aussi, mais toujours se retrouver. La douleur était beaucoup trop importante pour y faire face.

Il finit par se laisser glisser au sol, l'épuisement ayant raison de sa rage. Il s'adossa à un mur et ramena ses jambes vers son torse, posant sa tête sur ses genoux. Les larmes coulèrent sans qu'il ne puisse rien y faire.

Après plusieurs minutes il entendit un ronronnement près de lui, il ouvrit les yeux et tourna la tête en direction du bruit. Leo sortait timidement de la chambre et le regardait, comme s'il lui demandait l'autorisation d'approcher. Severus tendit la main vers lui en signe d'approbation et l'animal vint s'y frotter sans hésitation.

«Excuse-moi Leo, j'ai dû te faire peur. C'est terminé.»

Le chat vint se frotter contre ses jambes, le serpent les déplia et l'invita à s'y installer. Leo ne se fit pas prier, mais au lieu de se coucher sur les membres offerts il mit ses deux pattes avant sur le torse de son gardien et vint lui sentir le visage.

«Même toi tu trouves que j'ai besoin de câlin?»

En réponse il reçut une léchouille râpeuse sur le menton. Ce qui étira ses lèvres dans un sourire mi amusé mi triste. Il prit Léo dans ses bras alors que les larmes reprenaient leur inévitable chute.

Il se réveilla le lendemain dans un état second, comme après une soirée trop arrosé, trop intense, qui engendre ce moment de flottement où l'on est plus très sûr de ce qu'il s'est passé. Il avait passé la nuit dans le canapé, incapable de rejoindre son lit horriblement froid et vide. Leo ne l'avait pas quitté, le berçant de ses ronronnements réconfortants.

Severus s'étira, faisant craquer ses articulations douloureuses. C'est vrai qu'il n'était pas très confortable ce canapé. Le félin en fit de même et rejoignis sa gamelle de croquette, pendant que le serpent se dirigeait vers la cuisine dans l'idée de se faire un café. Malheureusement la cafetière gisait au sol avec tout le reste, totalement inutilisable en l'état.

Il fit un rapide tour d'horizon de la pièce, constatant les vestiges de sa faiblesse. Aucuns elfes de maisons ne pouvant se présenter dans ses appartements à cause de la protection qu'il avait installée, il hésita un instant entre sortir pour prendre un café dehors et ranger tout ce désordre. S'il sortait il risquait de croiser quelqu'un qui viendrait s'apitoyer sur son sort. Et il n'en avait pas envie. Sa sensibilité n'appartenait qu'à lui. Il avait appris à maintes reprises que montrer ses failles aux autres c'était leur donner le pouvoir de vous blesser encore plus.

Il choisit l'option du milieu. Il récupéra sa baguette restée dans sa cape, et répara la cafetière de façon à la rendre opérationnelle. Le reste attendrait.

Il regarda le café couler lentement, son esprit en profitant pour l'attaquer en traître en faisant remonter un souvenir…

Severus se leva et sortit de la chambre, à peine eu-t-il mit un pied dans le salon que Godric se leva du canapé et esquissa un début de phrase. Mais le serpentard qui venait de se réveiller le stoppa dans son élan en levant la main. Il passa devant le lion sans même le regarder et se dirigea vers la cafetière. Il la mit en route et regarda le café couler. Lorsque celui-ci eu finit il attrapa une tasse et la remplie. Il souffla doucement sur la surface du liquide, en but une gorgée et soupira d'aise. Le café était sa drogue, il lui permettait d'être capable de réfléchir, et dans l'état actuel des choses il en avait bien besoin. Puis il se retourna et se retrouva face à un Gryffondor plié en deux de rire. Rogue le dédaigna, détourna les yeux et finit sa tasse de café.

Le rire du blond résonna dans tout son être, lui enserrant le cœur dans un étau, le brisant un peu plus. Il serra les dents, pris une grande inspiration par le nez et expira lentement par la bouche. Il se servi son café et retourna s'installer dans le canapé. Il aurait voulu stopper toute pensée, tout souvenir. Mais il laissa les souvenirs remonter à la surface.

En y réfléchissant bien il ne savait pas à quel moment il était tombé amoureux. En fait il ne comprenait même pas comment il avait pu tolérer le comportement de Godric à son égard dès les premiers jours. Comment avait-il pu laisser un total inconnu (enfin en dehors des livres d'histoires cela s'entend) le coincer contre un mur, l'embrasser, le taquiner comme il l'avait toujours fait. Severus aurait pu le repousser, il n'était pas si faible que ça, mais pourtant il n'avait pas réussi. Trop perturbé par la proximité de leurs corps.

Même s'il avait tenté de s'éloigner, le lion était toujours revenu, quoi qu'il fasse. Et il l'avait laissé faire. Il l'avait accepté dans sa bulle, dans sa vie, comme jamais il n'avait vraiment accepté qui que ce soit. Il avait certes déjà aimé avant, mais jamais à ce point. Jamais en étant capable de remettre sa vie entre les mains de l'autre. Mais avec Godric c'était différent.

C'était une évidence qu'il n'avait pas voulu s'avouer tout de suite. C'était comme-ci cet homme avait toujours fait partit de sa vie avant même qu'il soit là. C'était une présence familière alors qu'ils étaient encore des inconnus. Si cela n'avait pas été tragique il aurait presque pu croire que le destin les avait réunis.

Mais maintenant seul le vide restait. Un gouffre sans fond qui l'emplissait, où seul le chagrin, le désespoir et la douleur pouvaient s'exprimer.

Il leva la tête vers le plafond, comme-ci le ciel pouvait lui donner des réponses, lui redonner de la contenance, lui rendre ce qu'il lui avait si narquoisement retiré. Il se rappela que Salazard lui avait dit qu'ils pouvaient parfois voir ce qu'il se passait chez les vivants depuis le monde des morts. Il espérait sincèrement que Godric ne le regardait pas. Il espérait vraiment qu'il n'était pas en train de se torturer en observant sa déchéance. Même si c'était très certainement ce qu'il faisait le connaissant.

Leo le tira de ses pensées en venant s'asseoir sur ses genoux, il restait à le regarder avec attention. Severus commença à le caresser doucement.

«J'ai l'impression que tu prends ton rôle très à cœur, je n'ai fait que te croiser ses derniers mois et voilà maintenant que tu ne me quitte plus depuis…»

Les mots moururent sur ses lèvres, il fut incapable de terminer sa phrase et se contenta de parcourir la fourrure rousse en silence. Il se perdit à nouveau dans ses souvenirs, là où Godric était encore présent. Il finit par s'endormir et rejoignit le royaume des rêves où il pouvait enfin retrouver son lionceau préféré.

Il émergea tardivement le lendemain, dans son salon qui avait retrouvé de sa superbe après quelques coups de baguettes la veille. Comme d'habitude il se fit couler un café et le bu tranquillement dans le canapé.

Il chercha Leo du regard mais ne le trouva pas, ses yeux se stoppèrent sur la porte de la chambre toujours entrouverte. Il n'avait pas réussi à la franchir la veille non plus. Il appela le félin mais celui-ci ne répondit pas. Il décida de le laisser tranquille.

Il n'avait rien mangé depuis l'avant-veille, mais il n'en avait pas envie. Il se sentait vide, comme une coquille rejeté par les eaux. Un vide que rien au monde ne pouvait combler. Il n'avait envie de rien. Rien à part retrouver les bras tendres de son amant. Si seulement il existait un moyen, il aurait tout tenté pour le ramener. Mais il savait que c'était peine perdue. Il étouffa immédiatement l'espoir qui tentait de se frayer un chemin dans son être. Il ne devait pas s'illusionner. C'était fini. Point.

Inconsciemment il relevait la tête vers le plafond, une part de lui espérant que le blond l'observait, et qu'il pourrait voir à quel point il lui manquait. A quel point il l'aimait à en crever. Un léger grincement de porte le fit tourner la tête vers la chambre. Leo était assis près d'elle et l'observait.

«Ah te voilà de retour.»

Il fit signe à l'animal de venir mais il ne réagit pas tout de suite, préférant miauler en réponse. Severus resta à l'observer, une partie de lui comprenait très bien ce que le félin attendait de sa part, mais il ne bougea pas. Leo finit par s'approcher de lui, venant se frotter contre ses jambes, mais dès qu'il tendit la main pour le caresser il fila en courant jusqu'à la porte de la chambre contre laquelle il se frotta. Le serpent soupira en commentant.

«Tu es bien le digne héritier de ton maître. Aussi malin et agaçant…»

Il hésita encore et fini par claquer ses mains sur ses genoux pour se donner une impulsion avant de se lever.

«Tu as raison, après tout il va bien falloir que j'y rentre de nouveau un jour.»

Il se dirigea vers la porte de la chambre et vit Leo y rentrer précipitamment. Il poussa doucement le battant de bois, et observa la pièce comme s'il la découvrait pour la première fois. Ses yeux se posèrent sur le lit, ou plus exactement sur ce qui se trouvait posé dessus, à côté de Leo.

«Mais qu'est-ce que c'est que ça?»

Une peluche de lion trônait sur le matelas, le félin miniature fièrement assis à ses côtés. Il fallait bien avouer qu'elle était plutôt réussie. Mais là n'était clairement pas la question. Il s'approcha et vint poser sa main dessus, elle portait un collier vert sur lequel était accroché une médaille portant les armoiries de Gryffondor. Un mélange pas très harmonieux il fallait bien l'avouer. Mais tellement représentatif d'eux. Son cœur se serra.

Leo miaula, attirant son attention, et se leva pour venir se frotter à lui, dévoilant au passage une lettre jusque-là invisible au regard obsidienne. Le professeur hésita avant de finalement la prendre dans ses mains. Son nom était écrit dessus. Il aurait reconnu cette écriture entre mille. Il s'assit sur le lit, Leo en profitant pour s'installer sur ses genoux. Il resta plusieurs minutes à simplement regarder l'enveloppe, sans oser l'ouvrir. Il avait peur de ce qu'il allait y trouver. De ce que cela provoquerait en lui.

Une patte rousse vint se poser sur le papier, le tirant encore une fois de ses pensées.

«Dis donc toi, tu prends ton rôle bien à cœur je trouve pour un chat. Tu es sûr que tu ne me cache rien?»

Cet animal aurait honnêtement pu être un animagus. Mais il se contenta de le fixer intensément sans répondre. En même temps qui attendrait une réponse d'un chat?

Severus secoua doucement la tête, cela eu le mérite de le sortir de sa torpeur. Il prit son courage à deux mains et après une grande inspiration ouvrit l'enveloppe. Il en sortit plusieurs feuilles de papiers, toutes recouvertes de l'écriture de son amour. Il les déplia et commença à les lire:

Mon amour,

Tu n'imagines pas combien de versions de cette lettre j'ai pu écrire pendant ton sommeil ou tes absences… Cette version est-elle vraiment la bonne? Je ne sais pas, mais je n'ai plus le temps de faire mieux. Et soyons honnête je ne serais jamais satisfait.

Si tu lis ces lignes c'est que je ne suis plus là, c'est très bateau comme formulation, mais j'espère que tu me le pardonneras. Je t'aime et t'aimerais toujours à un point que je n'ai jamais cru concevable. Si cela avait été possible j'aurais remis ma vie entre tes mains sans hésiter.

La simple idée de te laisser comprime mon cœur dans un étau qui ne cesse de se resserrer au fil des jours. Je sais que je n'ai pas d'autres options, mais j'aurais tant aimé en trouver une. J'aurais voulu pouvoir rester à tes côtés pour le restant de tes jours, passer chaque nuit à t'enlacer, t'embrasser, te couvrir d'amour comme tu le mérite.

Au moment où j'écris ces lignes je ne peux qu'imaginer ta douleur, et déjà elle me fait souffrir. Jamais je ne regretterais le temps passé à tes côtés, il est plus important que tout le reste de ma vie et de ma mort. Mais je m'en veux terriblement de t'imposer cette souffrance.

«Espèce d'imbécile»

Allons ne me traite pas d'imbécile, ni même d'idiot, je sais que c'est ce que tu vas faire en lisant cela.

Severus sourit, le fondateur le connaissait bien.

Cette fin inéluctable nous guettait depuis le début, pourtant je n'ai pas été capable de garder une distance avec toi. Tu étais une évidence, je te voulais dans ma vie (ou dans ma mort comme tu préfères), et ce n'était pas négociable. Si je suis honnête je pense que dès le début ça ne l'était pas. C'est comme-ci le fait de te voir avait réveillé une connexion entre nous, quelque chose qui était déjà là et qui attendait son heure pour se révéler.

Je te dirais bien que c'est le destin qui nous a réunis, mais ce serait la pire des cruautés de nous avoir fait vivre ça pour nous séparer ensuite. Bien que je me demande souvent si les dieux ont un cœur en vérité…

J'ose au moins espérer que tu ne t'es pas entêté à rester seul, bien que je doute fortement que tu aies accepté la présence de Kaï auprès de toi, et encore moins celle de Dumbledore. Au moins je sais que Leo sera à tes côtés, je lui ai confié la mission de veiller sur toi, et de te tenir chaud en mon absence…

Severus observa l'animal qui s'était roulé en boule sur ces genoux.

«Je savais bien que tu étais de mèche avec lui…»

Je vais passez à la partie difficile de cette lettre, bien que rien ne soit simple dans notre situation.

On ne va pas se mentir, même si je le souhaiterais de toute mon âme, il y a peu de chance que je parvienne à revenir auprès de toi. Alors s'il-te-plaît Severus essaie de ne pas te refermer totalement. Laisse de la place pour quelqu'un d'autre dans ta vie si l'occasion se présente. Ne reste pas seul. Essaie au moins.

Impossible. Jamais il n'y arriverait.

Je sais qu'au moment où tu liras ces lignes cela te paraîtra insurmontable, prend le temps qu'il te faudra pour faire ton deuil. Mais lorsque tu seras prêt essai au moins, je t'en prie.

Stupide lionceau. Comment pouvait-il croire qu'un jour il serait capable de laisser quelqu'un d'autre prendre sa place? Il n'avait vraiment rien compris.

J'écris ses lignes en me disant que c'est ce qu'il convient de te souhaiter, le bonheur auprès d'un vivant. Mais je sais aussi qu'à ta place j'en serais totalement incapable. Alors fais de ton mieux. Je veillerais toujours sur toi d'une façon ou d'une autre. Je te le promets.

Si les dieux ont un tant soit peu de pitié j'aurais l'occasion de te regarder de là-haut, et je n'y manquerais pas. Chaque fois que mes yeux pourront croiser les tiens ils le feront.

Donc il l'observait bien. Severus leva la tête vers le plafond, et articula « je t'aime à jamais.». Il resta quelques instants les yeux rivés au ciel, puis reporta son regard sur le papier.

Je t'aime à jamais. Rien au monde ne changera cela. Quoi qu'il arrive ce sentiment ne s'étiolera jamais, il est de ceux qui sont inépuisables.

Severus sourit en lisant ces mots, ils avaient utilisé la même formulation pour exprimer leurs sentiments. Comme quoi même la mort ne pouvait pas réellement rompre une telle connexion.

Je crois que cette lettre arrive à son terme, je vais aller te rejoindre dans le lit et profiter de nos derniers jours ensemble pour graver un maximum de choses en moi. Je garderais chaque instant passé à tes côtés comme le plus précieux des trésors.

Je t'aime Severus. Pour toujours et à jamais.

Ton lionceau préféré.

NB: J'ai failli oublier une chose importante! Cette peluche de lion sur le lit est un peu spéciale. Si tu l'embrasse elle se transformera en prince charmant!

Non je rigole, enfin en partie, elle se transformera en véritable lion, qui pourra tout à fait te tenir chaud la nuit… Mais rien de plus.

Ah et surtout ne lui enlève pas son collier, il est enchanté pour lui permettre d'aller et venir par ta cheminée lorsqu'il sera «réveillé». Uniquement dans un lieu adapté pour lui je te rassure.

Je t'aime.

Severus regarda la peluche à ses côtés d'une toute autre façon. Sérieusement? Le blond croyait vraiment qu'un jour il embrasserait cette peluche? Il pouvait toujours rêver s'il attendait de voir ça depuis son petit nuage tiens! Il jeta un regard fier au ciel, espérant bien transmettre ses pensées à son amant ainsi. Il déposa la lettre sur la table de chevet et caressa Leo pendant de longue minute, se perdant dans un mélange de souvenirs, de pensées désordonnées et d'attentes irréalisable. Cette lettre lui avait fait du bien, et peut être un peu de mal aussi. Il ne savait pas trop.

Il finit par se laisser aller sur le lit, qui était quand même beaucoup plus confortable que le canapé il fallait bien l'avouer. Il s'allongea, tourné vers la place de Godric désormais vide. Il posa sa main sur l'oreiller de son amant, comme-ci cela pourrait rendre son absence moins forte. Les draps étaient horriblement froids, le ramenant sans vergogne à sa solitude. Mais ils avaient au moins un avantage, l'odeur du lion y était encore présente. Ses yeux s'attardèrent quelques instants sur la chevalière qu'il portait, ses doigts la caressant naturellement. Ce simple bijou symbolisait tellement de choses.

Severus se décala de façon à avoir la tête sur l'oreiller du blond, pour sentir pleinement son odeur. Les larmes coulèrent de nouveau alors qu'il se recroquevillait sur lui-même. Il sentait Leo à ses côtés, ronronnant pour le consoler. Il s'endormit de nouveau après un moment, enveloppé dans l'odeur de l'homme de sa vie, s'imaginant dans ses bras, sa chaleur dans son dos…

Lorsqu'il se réveilla le lendemain son esprit avait gardé les sensations imaginées la veille, si bien qu'il sentait la chaleur de Godric dans son dos, son souffle régulier dans son cou. Mais lorsqu'il bougea légèrement pour se lover contre lui il ne rencontra que le vide, le ramenant durement à la réalité. Il n'était pas sûr de vouloir ouvrir les yeux. Peut-être serait-il plus simple de ne jamais les rouvrir non? Ainsi il n'aurait plus à affronter ce vide, cette souffrance qui le rongeait de l'intérieur. Il aurait voulu mourir.

Leo vint se lover contre son torse et ronronna plus fort que jamais, comme s'il lisait dans les pensées de son gardien. Severus se rappela qu'il avait promis à Kaï de le rejoindre ce soir, et il tenait toujours ses promesses. Même si aujourd'hui il aurait bien dérogé à cette règle pour rester dans ce lit, enveloppé de l'odeur résiduelle de Godric, jusqu'à ce que son corps décide que s'en était trop.

Les 3 jours étaient passés très rapidement, mais en même temps s'il ne se relevait pas maintenant, alors il ne se relèverait plus jamais. Il profita encore un peu de l'odeur du blond, de l'illusion de ses bras autour de lui, avant de se résigner à se lever.

Il rejoignit la cuisine et commença par prendre un café. Il laissa à son esprit le loisir de divaguer encore un peu, puis leva la tête vers le ciel encore une fois. Restant à fixer le plafond de longues minutes. Il lui lança un dernier «je t'aime Godric» avant de ramener son regard devant lui.

A partir de maintenant il devait se reprendre, se construire une façade, et donner le change pour le restant de ses jours. En espérant que Voldemort fasse en sorte qu'ils ne soient pas trop nombreux.

Il avait retiré le sort qui protégeait ses appartements en milieu d'après-midi, en profitant pour informer Kaï par écrit qu'il viendrait diner avec lui le soir même. Il n'avait rien mangé depuis trois jours, alors autant profiter d'une situation où il n'aurait pas le choix pour redonner un peu de carburant à son corps.

Le soir venu il s'habilla convenablement et rejoignis la cheminée, Leo sur ses talons. Il s'accroupi et le caressa en disant:

«Je reviens tout à l'heure, je vais voir Kaï. Il vaut mieux que tu restes ici, le voyage ne t'a pas très bien réussi la dernière fois.»

Le félin sembla comprendre puisqu'il s'assit et le regarda disparaître dans l'âtre.

Lorsqu'il réapparu au manoir Prince il portait déjà un masque de façade qu'il avait façonné une partie de la journée. Il n'avait plus le droit de s'effondrer, il devait tenir et continuer à avancer. Il repoussa tous les souvenirs qui lui venaient à l'esprit en parcourant les lieux pour rejoindre le salon. Lorsqu'il entra dans la pièce il ne fut pas surpris d'y trouver le jeune loup en compagnie de Lucius.

«Bonsoir messieurs.»

Lucius répondit le premier alors que tous deux étaient en train de l'étudier sous tous les angles, comme pour jauger son état.

«Bonsoir Severus, ravi de te voir.»

«Bienvenu Severus, je suis content que tu sois là.»

Le professeur alla s'installer avec eux dans un de ses fauteuils, en profitant pour demander un whisky pur feu à l'elfe de maison qui passait par là. Il se concentra sur les deux hommes pour ignorer tout ce qui composait cette pièce et qui aurait pu faire remonter des souvenirs.

Un silence s'installa qu'il décida de rompre avant qu'il ne devienne gênant.

«Eh bien messieurs, je vous ai rarement vu avec aussi peu de conversation.»

Les deux se regardèrent et hésitèrent avant que Lucius ne se décide:

«Accepterais-tu de nous dire comment tu vas? J'aurais voulu venir te voir avant mais ton loup de compagnie m'en a empêché.»

Kaï se redressa fièrement. Il était amusant de voir ces deux-là marcher ensemble pour essayer de ponctuer ce drame d'un peu d'humour. Severus répondit:

«Je vais… aussi bien que cela puisse être. Ne vous inquiétez pas. Et c'est moi qui ai demandé à kaï de te tenir à distance. J'avais besoin d'être seul, je pense que tu peux le comprendre.»

Il sentait que chacun de ses mots étaient évalué par les deux hommes. Mais le blond répondit l'air de rien:

«C'est ce qu'il m'a dit oui, je ne savais pas que tu déléguais ce genre de tâche…»

«Il fallait au moins ça pour garantir ma tranquillité.»

«Je ne peux dire le contraire.»

Un léger silence s'installa de nouveau avant que Kaï ne se lève en disant:

«Bon je vais aller faire un tour en cuisine, histoire de les booster un peu.»

Et il s'éclipsa. Severus aurait préféré ne pas être seul avec Lucius, mais il ne pouvait décemment pas fuir l'aristocrate. Néanmoins il posa son verre et se leva, allant se poster à une des fenêtres du salon pour observer l'extérieur. La nuit tombait gentiment, il croisa ses bras sur sa poitrine dans un geste de protection inconscient.

Lucius l'observa plusieurs minutes, évaluant son état. Il était clair que le serpent n'était pas sorti d'affaire, même si il avait d'ores et déjà revêtu un masque assez convaincant. Il se leva et le rejoignit se postant derrière lui.

«Que regardes-tu comme ça?»

«Rien de bien précis.»

Severus sentait l'autre homme dans son dos, et il craignait la suite. Comme pour lui donner raison Lucius l'enlaça tendrement en disant:

«Tu sais tu es en sécurité ici, tu ne risques rien à te laisser aller et à nous laisser t'aider.»

Au contraire il risquait tout. Sentir un homme contre lui fut comme être marqué au fer chaud. La douleur était si vive qu'il se défit rapidement de l'étreinte bienveillante. Il ne pouvait pas.

«Je sais Lucius, mais ça va aller.»

L'aristocrate fut surpris de son éloignement soudain, mais il n'insista pas.

«Très bien, mais n'oublie pas que si tu as besoin de quoi que ce soit je suis là pour toi.»

«A moins que tu ne sois en capacité de ramener les morts à la vie je n'ai besoin de rien.»

Severus avait répondu à demi voix sans réfléchir, et aurait voulu pouvoir effacer ses paroles. Lucius n'eut cependant pas le temps de lui répondre car Kaï revint dans la pièce, au même moment que le couvert prenait place sur la table.

«Le dîner est prêt!»

Ils s'installèrent autour de la table et commencèrent à manger tranquillement. Ils discutèrent de tout et de rien, essayant de parler normalement malgré les circonstances. En fin de repas Kaï demanda finalement à Severus:

«Que vas-tu faire maintenant?»

Le potionniste releva un sourcil en répondant:

«Que veux-tu que je fasse? Je vais tout simplement reprendre le cours de ma vie, j'ai des cours à assurer et un statut d'espion à préserver, je ne risque pas de m'ennuyer.»

Le jeune homme acquiesça, mais lui comme Lucius savait que ce ne serait pas aussi simple. Que ce qu'ils voyaient n'était qu'une façade, un joli masque pour donner le change. Mais peu importe, quoi qu'il arrive ils seraient là pour lui de toute façon.


J'ai un peu de retard mais je vais faire mon maximum pour publier le dernier chapitre et l'épilogue d'ici noël au mieux, et au pire d'ici la fin de l'année ! Merci de suivre cette histoire :)