Musiques : Promise (Silent Hill), Yôran et Kokû (Elfen Lied OST), Jigoku Nagashi (Jigoku Shoujo, OST 1), Knives and Shadows (FMAB, OST 3), Impeding darkness (Beastars OST), Villain (K/DA)
Note : Cette semaine, c'est l'heure d'un nouveau tête-à-tête, et pas des moindres ! Je ne vous en dis pas plus, mais sachez que ce chapitre va être riche en action. Honnêtement, c'est l'un de mes préférés :D J'espère qu'il en sera de même pour vous. Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 8 : Un sourire d'ange
« Edward ? »
Sous le coup du choc, Riza laissa son bras retomber mollement, fixant d'un air hagard l'apparition face à elle.
Le son de sa voix, hélas, parut effrayer l'enfant. Il détala en sens inverse, le bruit de sa course se répercutant avec force contre les murs du couloir vide.
« Edward ! » hurla Riza en s'élançant à sa poursuite.
Elle ne pensa même pas à refermer la salle des archives ou à ranger son arme dans son étui. La blonde fonça ventre à terre vers l'adolescent, comme possédée. L'écho de leurs pas à tous deux lui vrillait les tympans, mais l'assurait d'une chose : elle ne divaguait pas. La silhouette qui fuyait devant elle était bien réelle.
Non. Pas encore. Je ne te perdrai pas !
Pas deux fois.
Pas comme ça.
« Edward ! Attends ! Mais attends ! » s'époumona Riza.
Elle se jeta dans la cage d'escalier où venait de s'engouffrer le garçon. Elle dévala les marches à toute vitesse jusqu'à l'étage inférieur, trébuchant plus d'une fois. À l'inverse, le blondinet, lui, était d'une agilité surprenante. Il sauta à plusieurs reprises tout un pan de l'escalier avec une facilité déconcertante, sous le regard incrédule de sa poursuivante. Elle savait Edward athlétique, mais de là à ce qu'il bondît comme un cabri sans sourciller… il défiait carrément les lois de la physique !
Sans surprise, l'écart se creusa. Riza, exténuée, ne parvint à tenir le rythme que grâce à sa détermination, qui palliait son manque de sommeil. Elle n'avait jamais couru si vite de toute sa vie. Ses jambes étaient mues par une force qu'elle n'aurait pas cru posséder. Mais si elle perdait de vue l'adolescent…
… elle ne se le pardonnerait pas.
« EDWARD ! » hurla désespérément Riza entre deux inspirations saccadées alors qu'Edward passait la porte de la cage d'escalier pour s'engouffrer dans le couloir.
Le lieutenant, fébrile, s'agrippa à la porte pour se propulser en avant et gagner du terrain, courut quelques mètres puis bifurqua à l'angle d'un croisement, sur les talons de l'apparition.
« Je… Je t'en prie ! A… Attends ! » haleta la soldate.
Riza était complètement perdue. Comment se faisait-il que le blond fût là, dans l'enceinte du bâtiment même où il avait disparu deux mois plus tôt, alors qu'il n'avait pas donné signe de vie depuis ? Pourquoi ne réapparaissait-il que maintenant ? Et surtout, surtout, pourquoi courait-il comme ça ? Que fuyait-il ? Pas elle, quand même ? Pourquoi était-il venu la trouver si c'était pour se sauver comme un voleur juste après ? Et pourquoi diable ne lui parlait-il pas ?!
Toute à ses réflexions, Riza fut surprise de voir tout à coup la petite silhouette effectuer un virage à quatre-vingt-dix degrés et se précipiter dans une pièce sur la droite. La jeune femme tenta d'aligner ses idées sans s'arrêter de courir pour autant. Ils étaient actuellement au rez-de-chaussée. À en juger par le chemin parcouru… la pièce en question devait être les douches des hommes. Pourquoi Edward avait-il décidé de se réfugier là ?
Le mystère était entier, mais le lieutenant ne s'attarda pas là-dessus. Un sourire illumina son visage. Même si elle ignorait les intentions de l'enfant, une chose était sûre : il s'était dirigé dans une impasse, puisque l'endroit ne comptait aucune fenêtre. Fini la course-poursuite.
Edward était coincé.
Elle allait enfin le retrouver. Et, peut-être, obtenir des explications.
Riza pénétra en trombe dans les douches, mais pila après quelques pas. La pièce, relativement étroite, était plongée dans le noir le plus total.
La jeune femme ne fit pas durer le suspense plus longtemps. Elle tapota à l'aveuglette le mur à sa droite pour chercher du bout des doigts l'interrupteur. Elle l'actionna. Il fallut une poignée de secondes pour que ses yeux se réhabituassent à la lumière, même faiblarde, des ampoules. Elles grésillèrent un moment avant de fonctionner à plein régime et d'éclairer entièrement la pièce. Celle-ci, eu égard à sa fonction, était sobrement aménagée, et recouverte de carrelage du sol au plafond, d'un écru aussi austère qu'attendu. À droite se trouvaient des bancs où disposer son change ; à gauche, cinq cabines, alignées les unes à la suite des autres. Chacune était isolée par une cloison ouverte en haut et en bas, et fermée par une porte battante à mi-hauteur qui, il fallait l'avouer, était loin d'offrir une réelle intimité. Elle servait tout au plus à – vaguement – dissimuler ce qu'il fallait. Pas étonnant que, parfois, l'armée eût connu quelques débordements dans ces mêmes douches.
Mais trêve de divagations.
Riza avait plus urgent à penser.
« Edward ? » appela-t-elle doucement en progressant d'un pas lent. « Tu es là, n'est-ce pas ? »
Elle jeta un coup d'œil vers les douches. Le garçon devait forcément être dans l'une des cabines. Riza sentit l'angoisse lui nouer la gorge.
Pourquoi te caches-tu, Edward ? s'interrogea la blonde, la bouche sèche.
La question la taraudait, mais elle la laissa de côté. Après tout, elle ne mettrait pas bien longtemps à trouver le garçon et, alors, il pourrait l'éclairer là-dessus. En soi, elle n'avait qu'à inspecter chaque cabine pour découvrir où il était. Elle préféra cependant faire sortir Edward de lui-même :
« Écoute », reprit Riza d'une voix mesurée, au timbre grave, comme si elle s'adressait à un animal craintif. « J'ignore pourquoi tu te caches, mais je ne te veux aucun mal. Tu le sais, n'est-ce pas ? »
Son appel restant sans réponse, la jeune femme s'avança encore, en examinant à la dérobée les douches devant lesquelles elle passait.
« On s'est tous fait beaucoup de souci pour toi… Tu… »
Elle s'interrompit en arrivant au fond de la pièce.
Il n'y avait personne dans les cabines.
CLAC
Riza fit volte-face en entendant la porte claquer derrière elle.
Elle resta bouche bée de stupeur. Là, devant elle…
Elle en eut les larmes aux yeux.
C'était bien Edward.
Exactement pareil que la dernière image qu'elle en avait gardée. Le garçon n'avait pas changé d'un iota. Son uniforme était impeccable ; un poil trop grand. La seule différence ? Ses cheveux. Il les tenait lâches. Autrement, ils n'avaient rien perdu de leur splendeur. Aussi dorés que si l'adolescent avait pris un bain de soleil quelques minutes plus tôt, ils retombaient voluptueusement sur ses épaules et encadraient son visage encore un brin poupin.
Toutefois, Edward ne devait pas avoir remarqué comme Riza le passait au peigne fin. Il se tenait bien droit, appuyé dos contre la porte, mais la tête légèrement baissée, avec l'air contrit d'un enfant qui avait fait une bêtise.
Un fantôme du passé.
Un miracle du présent.
Le garçon dirigea ses iris pailletés d'or vers elle.
Riza eut l'impression de se retrouver projetée deux mois en arrière. Comme s'il avait toujours été là et n'était jamais parti.
Comme si rien de tout ce qu'il s'était passé n'était arrivé.
Le lieutenant était sans voix. Il lui fallut déglutir plusieurs fois pour parvenir à souffler :
« Edward…
— Shh ! »
L'index plaqué contre ses lèvres entrouvertes, l'enfant lui intima le silence d'un air préoccupé. À ce geste, Riza sentit l'inquiétude la gagner. Bien qu'elle ne connût pas la raison de cet ordre donné à mi-mot, elle obtempéra. Elle baissa la voix et reprit :
« Edward… Que fais-tu ici ? Où étais-tu passé ? Pourquoi n'as-tu pas donné signe de vie, depuis ces deux derniers mois ? Tu vas bien ?! Et… et le général ? Et Alphonse ? Et… et… »
Tant de questions se bousculaient dans sa tête… Riza ne savait pas par où commencer.
Edward jeta un coup d'œil inquiet derrière lui. Il n'y avait que la porte, mais il semblait redouter quelque chose de lointain. L'adolescent ne tarda pas à confirmer les doutes de son interlocutrice :
« Il ne doit pas nous entendre. Il faut faire vite ! Je… Je ne devrais même pas être là… »
Sa voix fit frissonner la blonde. C'était bien le timbre du jeune garçon, comme elle s'en souvenait. Mais l'accent de peur qui s'y trouvait était nouveau. Rarement Edward avait été dans un tel état d'anxiété.
« Qui ça, "il" ? » s'enquit-elle. « De qui parles-tu ? Du généralissime ? »
À la vue de l'adolescent manifestement déboussolé, Riza ne tint plus. Elle tenta une approche. Elle rejoignit Edward et esquissa un geste, hésitante. Ses doigts se recroquevillèrent sensiblement.
Pouvait-elle… ?
Elle se mordit la lèvre puis, finalement, se laissa aller au débordement d'émotions qui la submergeait. Elle prit le blondinet dans ses bras avec force, tremblante. Elle avait cru ne jamais le revoir. Jamais… Jamais… et…
« … ! »
Riza s'écarta aussi sec en maintenant l'enfant par les épaules, interloquée. Étrangement, le garçon ne lui avait pas rendu son étreinte. Certes, il n'était pas forcément démonstratif non plus d'ordinaire, mais il y avait quelque chose de curieux dans cette retenue. En outre, il la dévisageait, comme s'il ne s'était même pas attendu à ce contact et le trouvait carrément incongru. Son port, aussi raide qu'un piquet, en attestait.
Edward ?
Elle ne s'en formalisa cependant pas et insista :
« Où est ton frère ? Et… Et le général ? »
Edward inclina la tête sur le côté et fronça les sourcils. On eût dit qu'il ne comprenait pas bien ce qu'elle lui demandait. Il entrouvrit les lèvres, hésita à dire quelque chose, sembla se rappeler d'une autre, puis répondit d'un air badin tout en pouffant :
« Mais enfin, lieutenant… ils sont morts ! »
Visiblement, il trouvait ça hilarant. Il éclata d'un rire franc.
Riza, elle, était loin de partager son sentiment. Elle se recula prestement.
« Mais j'y pense… », poursuivit le blond, songeur.
Il reporta finalement son regard sur Riza, la détailla… puis gazouilla :
« Moi aussi, en fait. »
L'adolescent fit un geste brusque en direction de sa propre gorge. Sans que Riza ne comprît réellement comment… celle-ci se fendit en une entaille béante. Quelque chose de chaud gicla tout à coup au visage de la blonde. Elle plissa les yeux sous le coup de la surprise. Lorsqu'elle les rouvrit, ce fut pour voir Edward convulser au sol comme une poupée désarticulée, baignant dans son propre sang. Un sang qui maculait aussi la peau de la militaire horrifiée.
Un hurlement de terreur se bloqua dans la gorge de Riza. Elle patina plus qu'elle ne fit marche arrière, cherchant à s'écarter de cette effroyable vision. Son corps se mut instinctivement deux mètres plus loin, sans qu'elle eût le moindre contrôle dessus.
Son cerveau était vide de tout. Elle était incapable de se raisonner. La seule idée qui parvint à germer dans le brouillard de ses pensées fut que, dans le meilleur des cas, elle faisait un cauchemar. Dans le pire, Edward, pris de folie… venait de mettre fin à ses jours sous ses yeux impuissants.
« T'en fais, une tête ! », lança le corps sans vie depuis le sol carrelé.
Les yeux voilés de Riza, piégés dans l'étau du traumatisme, mirent un certain temps à retrouver le chemin du présent. Ils volèrent alors tous seuls jusqu'au visage d'Edward.
L'adolescent haussait un sourcil et la gratifiait d'un sourire en coin taquin. Sur sa gorge, plus trace de chair ouverte. Son cou était impeccablement recouvert d'un col noir, encadré de façon parfaitement symétrique de chaque côté par le col bleu de l'uniforme.
Pas la moindre goutte de sang. Nulle part. Pas même sur son propre visage, qu'elle tapota nerveusement à la recherche des éclaboussures de tantôt.
« Q-Q-Qu'est-ce que… ? » bégaya le lieutenant.
Elle s'attrapa la tête, incapable de comprendre ce qu'il venait de se passer. Elle ne regarda pas Edward tandis qu'il se relevait dans un mouvement trop fluide pour être humain. Elle contemplait, hypnotisée, le carrelage où, à peine quelques instants plus tôt, s'était répandu ce qui lui avait paru être des litres de sang. Son esprit abîmé par une journée harassante de travail ne parvenait pas à faire le lien entre les différents éléments.
« J'aurais jamais cru que ça marcherait si bien, n'empêche ~ » s'amusa Edward en ricanant. « La vache… Ça fait la dure, mais en vrai, t'es une sacrée flippe. On peut savoir pour quels talents, ton général à deux balles te gardait à ses côtés, exactement ? Parce que question sang-froid, on peut pas dire que tu sois vraiment au top. »
Edward se frappa le haut du crâne avec sa paume.
« Suis-je bête ! C'est vrai qu'il avait plutôt le sang chaud, le bougre. Et pas que le sang, d'ailleurs, ha ha ! »
Les insultes firent mouche et sortirent Riza de son état de sidération. Elle releva immédiatement la tête.
Ce n'était pas Edward.
« Qui es-tu ? »
Elle arma de nouveau son revolver, toujours dans sa main.
« Ça, t'as pas besoin de le savoir. Par cont… »
Deux coups de feu éclatèrent. Riza avait visé en pleine tête. Les balles traversèrent celle d'Edward puis partirent s'écraser contre le mur. Elles explosèrent le carrelage en de petits morceaux qui ricochèrent au sol dans un bruit cristallin.
« QUI ES-TU ?! » rugit la soldate en détachant soigneusement chaque syllabe, prête à tirer derechef.
Edward siffla de douleur tandis que ses plaies se refermaient. Le sang qui coulait entre ses doigts agrippés à son crâne éclaté défia la gravité. Il prit le chemin inverse pour retrouver sa place dans le cerveau déchiqueté de son propriétaire. Bientôt, le blond et sa peau furent comme neufs. Sauf que le regard qu'il adressait à la jeune femme était loin d'être aussi gai qu'avant. La mine sombre, il donnait l'impression d'être près de la trucider.
« Dis voir, connasse, t'es au courant que ça fait mal ?
— Si tu ne veux pas souffrir davantage, tu serais avisé de répondre à ma question », lui rétorqua Riza, le visage fermé.
Malgré le choc, elle avait fini par retrouver sa lucidité. Elle en était certaine : la créature face à elle n'était pas l'alchimiste. Certes, son interlocuteur possédait indéniablement l'apparence d'Edward Elric. Mais tout, dans son attitude, dans ses propos et dans l'intonation de sa voix et aussi, peut-être, dans sa régénération inexpliquée, prouvait que ce qu'elle voyait n'était rien d'autre qu'un leurre.
Riza se souvint alors d'une discussion qu'elle avait eue avec Alphonse sur la nature de ceux qui avaient pu enlever Edward, lorsqu'ils s'étaient réunis après la disparition du blond. Les homonculi ; des êtres dont les pouvoirs et la cruauté dépassaient l'entendement. Sur le conseil du cadet des frères Elric, le lieutenant avait appris à se méfier du généralissime – l'un des leurs, d'après leurs investigations… mais pas seulement.
Si sa mémoire était bonne, Alphonse avait aussi mentionné un individu polymorphe dont la sournoiserie n'avait d'égale que le sadisme. Une capacité fort utile, elle le devinait, pour berner ses ennemis, espionner en toute discrétion ou s'infiltrer sans peine dans le plus gardé des endroits. Quand on savait que ce même endroit était vraisemblablement dirigé par l'un de ses comparses, la tâche était d'autant plus aisée.
Tandis que le faux Edward la jaugeait de loin d'un regard méprisant comme pour évaluer son degré de dangerosité, Riza analysa son environnement. La pièce était parfaitement close, dépourvue de fenêtres. L'unique porte de sortie, fermée, se trouvait derrière son adversaire. Impossible de s'échapper autrement que par là – la bouche d'aération, trop petite, étant exclue d'office.
Je suis piégée.
Pire encore, l'interrupteur était positionné tout près de la porte. Si jamais la créature possédait effectivement les facultés surhumaines que lui avait rapportées Alphonse, dont la nyctalopie, par exemple… pour peu que ce monstre éteignît la lumière, Riza se retrouverait incapable de le situer dans l'espace ; incapable de se défendre. La tuer ne serait pour lui qu'un jeu d'enfant.
Pour couronner le tout, son équipement était réduit au strict minimum : deux revolvers, chargés de six balles chacun – moins deux, à présent. Elle n'y avait rien autour d'elle dont elle aurait pu faire usage à la place non plus. Pas même un objet à lancer en désespoir de cause pour dévier l'attention de la créature ou la gêner. Vu l'efficacité de ses tirs, qui le faisaient finalement à peine ciller – bien qu'ils lui fissent mal –, cela n'aurait pas été de trop.
En clair : Riza était dans la mouise jusqu'au cou. Et, faute de pouvoir attendre l'intervention salvatrice de quelconque renforst, la seule solution qui lui restait était de gagner du temps pour se ménager une ouverture. Il était hors de question de livrer bataille avec si peu de munitions et d'énergie. La fuite était impérative.
« Tu es un homonculus, n'est-ce pas ?
— Ouah ! Bravo ! T'as trouvé ça toute seule ? »
L'imposteur leva les yeux au ciel, mais lui adressa quand même un joli sourire.
« Comment t'as bien pu deviner ? Je me demande !
— Pourquoi garder cette apparence ? Tu es démasqué. Ça ne te sert plus à rien.
— Hm ? » Envy parut surpris. « Ah oui, tiens ! C'est vrai. J'ai tendance à oublier. C'est qu'on s'y sent bien, dans ce nabot. Et puis, il est pratique, mine de rien. On lui donnerait le Bon Dieu sans confession, avec sa bouille d'ange, hein ? Blague à part, je dois avouer que je m'attendais pas à ce que tu lui en colles une direct entre les deux yeux. Moi qui croyais que t'aurais pas le cœur à descendre le gosse ! Apparemment si. Si ç'avait été lui, t'imagines ? La bourde, ha ha ! Même pas de tir de sommation ni rien ! Et tu te prétends pro ? Franchement, t'as pas honte ?
— Pas quand il s'agit d'un monstre qui se contente de le singer.
— Détrompe-toi. C'est sa vraie peau ~
— Quoi ?!
— Ha ha ! Je plaisante, relax ! C'est donc vrai, ce qu'on raconte sur les blondasses dans ton genre. Ma pauvre, mais qu'est-ce que t'es conne ! »
Riza ne répondit pas, imperméable aux piques de l'homonculus.
Ce qui commença légèrement à taper sur le système de celui-ci.
« T'as décidé de me gâcher le plaisir, ou quoi ?
— Je ne vois pas trop ce qu'il y a de plaisant ici. Ni dans notre rencontre ni dans cette conversation », rétorqua la soldate sans cesser de tenir en respect Envy.
L'androgyne fit la moue. Il reprit son apparence normale dans un juron.
Mauvais joueur, hein ? déduisit Riza.
En un tournemain, Envy arbora de nouveau ce corps d'éphèbe à la peau laiteuse et ces longs cheveux noirs savamment organisés en pics réguliers qu'il s'était choisis. La seule chose qu'il conserva fut un sac, qu'il portait en bandoulière. Il adopta une pose confiante : mains sur les hanches, air supérieur. De toute façon, il avait déjà gagné. Du moins, c'est ce que son expression criait.
Riza le scruta de haut en bas. Son apparence – aussi extravagante fût-elle – ne la surprit pas vraiment, mais… elle avait une étrange impression de déjà-vu. Elle ne se rappelait plus où, mais elle avait déjà vu ce garçon. Néanmoins, l'heure n'était pas à la distraction. Elle devait rester concentrée.
« C'est mieux, comme ça ?
— Pourquoi m'avoir attirée ici ? »
Pour me tuer, sans doute…, pensa Riza.
Mais comme Envy n'attaquait toujours pas et qu'il n'avait pas eu envers elle de geste clairement hostile, elle supputait qu'il poursuivait un autre but. Vu ses capacités et sa fourberie, s'il avait souhaité en finir avec elle, elle serait déjà morte. Il avait plus l'air du genre à vous frapper par-derrière qu'à combattre à la loyale. C'est donc qu'il lui voulait quelque chose.
Perspective peu réjouissante, mais probablement juste. Quelque part, j'ai de la chance, dans mon malheur, nota-t-elle intérieurement.
« Hm… » fit le traqueur. « Ben, tu vois, c'est moins galère de récurer du carrelage que du parquet, surtout quand on a une douche à dispo. Le sang, ça tache, t'imagines même pas.
— Au cas où ça t'aurait échappé, je suis une femme. Tu ne penses pas que j'en ai une vague idée ? »
Riza ne releva pas la manière détournée par laquelle Envy venait de lui signifier qu'elle ne repartirait pas d'ici vivante, quel que fût le motif de cette rencontre – à moins qu'il ne bluffât, mais rien n'était moins sûr. L'important : donner le change.
« Tu marques un point », observa Envy en hochant la tête pour reconnaître humblement sa défaite. « Comme quoi, tu peux aussi brancher deux neurones, quand tu veux. Par contre, ce que tu peux en poser, des questions ! Je te trouve bien curieuse, pour une secrétaire.
— Et moi, je te trouve bien bavard. »
Hm. Traiter de « bavard » quelqu'un avec qui on souhaitait prolonger le plus possible la conversation n'avait peut-être pas été son meilleur trait d'esprit.
« Pas faux. On me le dit souvent », plaisanta malgré tout le brun en contemplant ses ongles avec grand intérêt.
Sa désinvolture mit la jeune femme mal à l'aise. Il devait se sentir sacrément sûr de lui pour la quitter des yeux alors même qu'elle braquait un revolver sur sa tête. Certes, elle ne pouvait pas le tuer à proprement parler, mais elle pouvait salement l'amocher. Alors quoi ?
« Est-ce que t'as assisté aux obsèques de ton troufion favori ? » la taquina Envy sans transition.
Riza eut l'impression de recevoir un électrochoc. Elle n'en laissa néanmoins rien paraître et répondit d'un ton glacial :
« Oui. J'y étais.
— Alors ? Ça t'a fait quoi de voir ton allumette se faire mettre en boîte ?
— Beaucoup de peine », déclara-t-elle d'une voix monocorde, sans même chercher à feindre l'affliction.
« Oh, choupette… et tu crois que ça t'en ferait combien de savoir que c'est moi qui l'ai buté ? »
La main du lieutenant trembla.
Envy profita du choc pour se jeter sur elle. Il dégagea son arme d'un habile coup de pied asséné à son poignet. Riza, prise de court, n'eut le temps de tirer qu'une seule balle avant que l'objet ne s'envolât plus loin. Celle-ci manqua évidemment sa cible et percuta le sol. Quelques éclats de carrelage se plantèrent dans la jambe de l'androgyne, mais il était si content de s'être débarrassé d'un premier revolver qu'il n'y fit guère attention. Sans même laisser à l'Œil de faucon de braquer le second sur lui, il ramassa en vitesse celui qui était tombé, puis retourna à sa place initiale.
« Voooiiilà ! C'est plus équitable comme ça, quand même », fit Envy en jonglant insouciamment avec l'arme chargée.
Riza ne tira pas. Elle n'avait à présent plus que six balles. Malgré la forte envie qui secouait son index, viscéralement accroché à la détente, elle n'actionna pas celle-ci. Elle devait économiser ses munitions, même si la dangerosité de son assaillant était maintenant décuplée. Certes, il était à lui seul une machine à tuer, mais une balle restait tout de même plus rapide que n'importe quelle technique au corps-à-corps.
De plus en plus nerveuse, Riza essaya de ne pas s'abandonner au désespoir. Poursuivre la conversation. À tout prix. C'était son unique chance de déceler une faille chez son interlocuteurou d'en créer une ; en le déconcentrant, par exemple. Elle cracha :
« C'est faux.
— Pardon ? Je te suis plus, là.
— Je te dis que c'est faux. Tu ne l'as pas tué.
— Hey ! C'est moi ou toi qui étais sur les lieux, quand ça s'est passé ? » s'emporta le brun.
Touché.
Il ne supportait pas de voir sa parole mise en doute, visiblement. Ou plutôt, de se voir dépossédé d'un fait d'armes – aussi factice fût-il. Il avait beau faire mumuse avec le revolver, l'agacement se lisait dans ses traits. D'un autre côté, cela prouvait également que l'heure n'était plus au jeu.
« Qui d'autre aurait pu l'envoyer six pieds sous terre, d'après toi ?
— … »
Riza s'abstint de répondre, de peur de se trahir en laissant entendre qu'elle savait pour le cercueil vide. Cela étant, vu la situation, était-ce si important de préserver ce secret ? Elle était à la merci de cet homonculus dont elle ignorait le nom et qui voulait la tuer pour une raison tout aussi inconnue. Elle n'était plus vraiment à ça près. N'aurait-elle pas dû plutôt jouer cartes sur table pour lui tirer les vers du nez ?
Elle n'eut toutefois pas le loisir de penser à une réponse adéquate. Son hésitation suffit à faire sortir Envy de ses gonds. Il braqua le revolver qu'il avait récupéré sur elle et avertit :
« T'es sourde ? "Qui d'autre" ? Fais gaffe, la patience, c'est pas mon fort. »
L'Envieux n'allait certainement pas laisser quelqu'un lui voler la vedette. C'était lui qui avait tué ce foutu général. Il avait donné de sa personne pour, et personne ne lui soutiendrait le contraire.
« Personne. Il n'est pas mort.
— Encore ?! » se lamenta le polymorphe.
Il eut l'air désespéré et abaissa brusquement son arme. Mais elle était bouchée, cette fille, ou elle avait un grain ? Combien de fois elle lui avait tenu le même discours quand il avait pris la place de Wrath ! Il pensait l'affaire réglée avec l'enterrement, mais même pas. Quelle plaie !
Remarque… Comme ça, y a moyen de s'amuser plus encore, se réjouit-il. Mais il va d'abord falloir remettre les pendules à l'heure.
« T'es plus têtue qu'une mule, ma parole ! Même après avoir assisté à ses obsèques, tu continues d'y croire ? À ce niveau-là, c'est plus de l'espoir, c'est carrément de la foi !
— Le cercueil était vide. Je le sais, il sonnait creux.
— Oh-Ooooh ! »
Un sourire dément illumina le visage de l'homonculus. Il souffla d'une voix suave :
« C'est vraiment ce que tu crois ?
— C'est ce dont je suis sûre.
— Et si je te disais que tes certitudes vont voler en éclats ?
— Je serais curieuse de voir ça. »
Envy ricana d'une façon particulièrement désagréable. Il pointa un doigt accusateur vers le lieutenant.
« J'y crois pas ! Dire que… que t'as assisté à l'enterrement en t'auto-persuadant que c'était une vaste fumisterie ! Ça veut dire que t'as pas versé la moindre larme au seul moment où tu l'aurais pu ? Tu sais que t'as laissé ton mec se faire inhumer sans même lui accorder une pauvre minute de silence ? Tu vas faire quoi, pour te faire pardonner de ton je-m'en-foutisme total, lors de ses funérailles ? Lui offrir des fleurs ? »
Riza n'alimenta pas l'hilarité de son adversaire. Elle resta muette. Impassible.
Envy s'esclaffa encore quelques instants, trop pour que ce fût naturel, puis, brusquement, reprit son sérieux. Il demanda alors d'un ton faussement soucieux :
« Dis… J'ai une question, pour toi. »
De sa main libre, l'homonculus farfouilla dans son sac. Il en tira quelque chose de blanc, qu'il agita devant lui.
Sauf qu'il ne s'agissait pas d'un drapeau.
« Tu crois que ton général pourrait faire long feu, sans ça ? ~ »
À suivre…
Mwouahaha ! Je vous laisse là-dessus ~
Je suis curieuse, cela dit : combien d'entre vous ont cru qu'il s'agissait de Pride, au départ ? Je ne pense pas que vous soyez nombreux à être tombés dans le panneau, mais qui sait ? :p
White Assassin
