Musiques : All Your Rage, All Your Pain (Greg Dombrowski), The Day the Sun Disappeared, A soldier's honor The Awakening (FMAB OST 3) Mortal Sin (FMAB OST 2), Lurking (FMAB OST 1)
Note : Riza n'est pas au bout de ses peines et Envy n'en a pas fini avec elle, je vous le dis ! Accrochez-vous à votre siège, parce que ce chapitre ne sera pas tendre è.é
Chapitre 9 : Tête-à-tête avec la Mort
Un. Deux. Trois.
Et quatre.
Ce fut le nombre de balles que consomma la rage désespérée de Riza avant que sa raison ne reprît le dessus pour l'empêcher de gâcher plus de munitions. Ses deux mains fermement agrippées à son dernier revolver, le lieutenant tenait ses bras tendus droit devant elle, tremblante. Son visage était déformé par la détresse et ses beaux yeux bruns, humides. Ils étaient fixés sur la paire de gants blancs qu'Envy exhibait, et qu'il n'avait pas lâchée même après avoir perdu la vie à deux reprises dans cette salve de tirs.
Le corps de l'homonculus, déjeté en arrière dans un angle impossible, tituba lourdement tandis que ses blessures se refermaient sous l'action de sa pierre. Les balles s'extirpèrent de sa peau avec lenteur. Elles tombèrent au sol dans un bruit métallique aigu, puis roulèrent jusque dans le caniveau servant à évacuer l'eau des douches.
« C-Comment… ?! » bafouilla Riza, incapable de trouver ses mots tant elle était bouleversée. « Pourquoi… Pourquoi as-tu ces gants ? Comment les as-tu eus ?! »
Son regard désespéré ne les quittait pas des yeux. Ce qu'elle voyait la paralysait : les gants étaient maculés d'un sang devenu brun. Ils étaient lacérés. Quelque chose de tranchant les avait donc arrachés à leur propriétaire, emportant une partie de la peau dans la foulée. Si le général Mustang avait survécu sans pouvoir se servir de l'alchimie, il devait en tout cas avoir les mains en charpie. En outre, la coupure était nette ; juste au niveau du cercle de transmutation. C'était par conséquent dans un combat que quelqu'un avait jugé bon de délester son collègue de son arme la plus puissante.
Autrement dit, Roy avait lutté… mais n'était visiblement pas ressorti vainqueur du duel.
Était-il blessé ? Si oui, à quel point ? Où se trouvait-il à présent ? Dans quel état ?
Riza se mordit la lèvre.
Pourquoi avait-elle le désagréable pressentiment qu'aucune des réponses ne lui plairait ? Pire, qu'elle la connaissait déjà, mais refusait de l'admettre ?
« Je te l'ai dit », répéta Envy d'une voix lasse où pointait l'énervement. « Je l'ai tué. Ah ! Et les deux mômes aussi, au passage. Bien sûr, je dis pas que ça a été simple, mais bon… ce n'étaient jamais que des humains. Comme toi, en fait », railla-t-il.
Ce faisant, il braqua le revolver dérobé au lieutenant droit sur sa tête.
Son index actionna la détente.
Le coup de feu partit.
Riza hoqueta sous le coup de la surprise… mais la balle la manqua. Elle lui frôla la joue gauche, qui s'en retrouva entaillée sur quelques centimètres, puis se ficha dans le carrelage derrière elle.
La jeune femme porta sa main à sa joue. Du sang s'en écoulait, le long de son visage jusque dans son cou. La balle, chauffée à blanc, avait brûlé son épiderme. Pourtant, malgré la douleur, ce n'était pas la souffrance physique qui se lisait sur ses traits.
« Zut, manquée ! Quel maladroit je suis ! C'est dommage, t'aurais pu les rejoindre, si seulement j'étais plus précis… », se lamenta Envy d'un air théâtral en regardant son arme. « Oh, mais il me reste quand même trois balles ! Ça devrait faire l'affaire, je pense. La seconde fois sera la bonne. Cela dit, comme t'as pas pu te recueillir pleinement lors de l'enterrement de ton chéri puisque t'étais trop occupée à t'accrocher à tes miettes d'espoir, je vais te laisser une minute pour le faire. Tu vois ? Je suis sympa. Allez, attrape ! »
L'homonculus se sépara à contrecœur de son « souvenir ». Il balança la paire de gants à la tête de Riza. Ils lui claquèrent au visage avant de retomber au sol. Le cœur noué, la jeune femme suivit du regard les vestiges de son monde, qui s'écrasèrent sur le carrelage. Cette fois-ci, elle sut, lorsque ses jambes se dérobèrent d'un coup sous elle…
… qu'elle ne se relèverait plus.
Edward était mort.
Alphonse était mort.
Roy était mort.
Son songe aussi.
Ces gants en étaient la preuve formelle. Quand bien même Riza s'était accrochée à ce son creux produit par ce caillou lorsqu'elle l'avait jeté sur le cercueil, elle n'était pas sotte au point de croire que sans ses gants, le général avait pu triompher d'un adversaire tel que ce métamorphe. D'autant plus alors que son supérieur n'avait jamais accepté de garder de craie sur lui, au cas où. Par fierté, sans doute. Et, même s'il n'avait pas péché par orgueil et avait eu recours à cette solution de fortune, il n'aurait jamais eu le temps de tracer le moindre cercle de transmutation en affrontant un ennemi aussi véloce.
Roy ne s'était pas manifesté depuis ce soir-là. Celui où il avait pris la malheureuse initiative de partir sans elle, accompagné d'Alphonse, pour secourir Edward. Riza n'avait reçu aucun signe de vie de sa part. La seule chose concrète qui lui avait été donnée jusqu'à présent… c'étaient ces gants. Ses gants.
Ses larmes débordèrent sans qu'elle ne cherchât à les retenir. Elles tracèrent de longs sillons sur son visage hâve et perlèrent sur les restes de son bien-aimé. Mais elles glissèrent sur le sang sec sans pouvoir être absorbées sur le tissu.
À cet instant, Riza sut que sa peine ne pourrait jamais être apaisée.
Elle avait perdu l'homme qu'elle aimait.
Définitivement.
Elle avait perdu la force d'y croire encore, de se bercer d'illusions rassurantes comme une enfant. Cette réalité qu'elle avait fuie des semaines, des mois durant, venait de la rattraper.
Elle leva des yeux larmoyants vers Envy, qui ne lui retourna qu'un vague haussement de sourcils.
Cet air détaché acheva de lui briser le cœur. La blonde poussa un cri déchirant. Mue par l'énergie du désespoir, elle tira les deux balles qu'il lui restait, droit sur ce masque dédaigneux. Elle hurla si fort que celles-ci ne firent pratiquement aucun bruit comparé à sa plainte.
Envy reçut les projectiles en pleine tête, mais ne broncha pas. Immobile, souverain, il se contenta de toiser la femme de son seul œil désormais valide, sans répliquer. Après tout, ce n'était que le dernier sursaut d'une proie acculée.
Bien après l'impact, Riza continua à actionner la détente de son arme. Mais son claquement répétitif ne lui renvoya que l'écho du barillet vide. Les joues ruisselantes de larmes d'amertume, le lieutenant contempla, impuissante, le monstre qui l'avait mise à genoux. Dans son regard dénué de toute compassion, elle lut le mépris, l'ennui et, plus profondément encore, l'indifférence la plus totale.
« T'as fini ? »
Cette question absurde tomba comme un couperet. Riza sentit sa volonté, sa rage, ses dernières forces l'abandonner. Son bras retomba et elle ploya l'échine, le regard hagard et le cœur crevé. Elle laissa sa main gésir au sol et sanglota, attrapant dans l'autre tout ce qu'il lui restait de l'homme qu'elle avait aimé.
Elle ne voit plus Envy. Plus la pièce. Plus rien.
Juste les gants.
« Hey. »
On la secoue brutalement. Elle ne réagit pas.
« Hey ! »
On lui agrippe la mâchoire avec violence. Elle sent des ongles s'enfoncer sans merci dans sa peau et la lui percer. Mais elle s'en moque.
Tout lui paraît lointain.
« Tu m'écoutes ? »
Le bout de son propre revolver lui heurte la tempe. La caresse. Elle entend la mort elle-même poser sa main, aussi glacée que le métal, sur sa peau engourdie et lui chuchoter : « C'est pour bientôt. »
Mais elle ne réagit pas.
Son esprit et son corps se sont déconnectés l'un de l'autre.
Elle n'est plus qu'une coquille vide, et souhaite le rester.
Envy observa cet étrange spectacle avec un certain intérêt mêlé d'agacement. C'était là. Le moment décisif où le rapport de forces s'inversait et où, enfin, il se tenait plus haut que l'humain qui l'avait mis plus bas que terre par sa simple existence. Cependant, comme à chaque fois, il était frustré. Aussi frustré qu'un chat qui, après avoir fait couiner une souris des heures durant, l'avoir mordillée de toutes parts et lancée dans les airs, aurait vu la bestiole finalement convulser au sol puis rester inerte. L'animal n'était pas mort, mais près de rendre son dernier souffle. Et cet animal le savait. Alors, plutôt que de lutter en vain, il lui semblait plus sage de tendre le cou et d'attendre le coup de dents libérateur.
Sauf que le prédateur ne l'entendait pas de cette oreille.
Comment cette imbécile pouvait à ce point gâcher son jeu ? Normalement, une proie avait toujours un ultime sursaut de vie. Où était-il, ce sursaut ? Où ?!
Le chat abattit sa patte sur la tête de la souris pour la forcer à bouger, mais n'obtint rien de plus. Pas même un gémissement. Rien.
Son excitation retomba comme un soufflé.
« Franchement, tu me fais pitié. »
L'éphèbe avait craché ce dernier mot avec une grimace de dégoût, mais rien n'aurait été assez fort pour traduire celui qui l'habitait.
Il y avait quelque chose qui le révulsait dans cette vision ; chez les humains qui succombaient au désespoir ainsi. Ils avaient tout, ils étaient tout, et pourtant, dès lors que vous leur ôtiez une chose, ils décidaient de ne plus rien avoir et de ne plus rien être, comme pour mieux vous narguer, vous qui vous seriez damné pour une once de ce qu'il leur restait quand même.
Et il détestait ça.
Écœuré, l'Envieux s'écarta de la jeune femme brisée. Il n'y avait plus rien à en tirer. Pas même une supplication.
Envy plaça son revolver chargé dans la main de la veuve. Les doigts de celle-ci étaient si malléables que le tortionnaire n'eut aucun mal à lui arracher son arme vide pour la remplacer par sa comparse. Cette mollesse ne fit toutefois que rajouter à la répugnance extrême que lui inspirait la soldate.
Il se grandit et cracha :
« Je pensais pas croiser un jour un humain qu'ait autant l'air d'une loque. J'te laisse finir, tu m'as coupé l'envie. De toute façon, plus rien te retient, hein ? Alors, crève, c'est ce que t'as encore de mieux à faire. »
Hors de lui, l'androgyne décocha à la blonde un coup de pied en plein visage. Il l'envoya au sol et ponctua son geste par un « Putain ! » et un maussade :
« Ah ! Et passe le bonjour à ton flamboyant général de ma part. »
Envy tourna vivement les talons. Il laissa Riza en plan, seule au milieu du carrelage froid, effondrée. Son abattement le débectait. Comment la perte d'un gars qu'elle n'avait même pas connu pendant la moitié de sa misérable vie pouvait-elle l'affecter au point de jeter cette dernière aux orties comme ça ? C'était complètement con. Illogique, même. Elle aurait dû supplier pour sa vie ! Au moins, vouloir venger celle de son abruti de supérieur ! Mais non. À partir du moment où cette abrutie avait été intimement convaincue que son général chéri avait péri, elle s'était résignée. C'est tout.
Foutus gants de merde !
Rageur, Envy quitta la pièce en grinçant des dents. Il claqua la porte derrière lui, sans accorder un regard de plus à ce jouet brisé. Quel gâchis… Dire qu'il s'était fait une joie de traquer cette chienne ! S'il avait su qu'il suffirait de deux bouts de tissu pour lui porter le coup fatal qu'il souhaitait lui assener lui-même, il y aurait réfléchi à deux fois avant de les lui secouer sous le nez. Il avait voulu la tourmenter, pas l'achever du premier coup ! Mais bon, l'objectif était atteint. Il devait effacer cette empêcheuse de tourner en rond de la surface de la Terre afin de protéger son petit blond d'anciens souvenirs un peu trop vifs ; en un sens, c'était chose faite. Après tout, il avait laissé à cette humaine une arme chargée et une peine inconsolable. Vu son état, il devinait aisément l'usage qu'elle en ferait.
Le côté positif de l'histoire, c'était que ce ne serait pas à lui de nettoyer, mais à Wrath. Ou plutôt, à Gluttony.
Mais là, tout de suite, Envy avait plus à penser. Il s'était écoulé une bonne trentaine de minutes depuis qu'il avait laissé Pride rentrer seul. Une imprudence qu'une partie de lui commençait à regretter. L'Envieux sentit éclore en lui un désagréable pressentiment. Voilà bien quelque chose qu'il n'avait que rarement expérimenté au cours de sa longue vie. Son ventre était noué. Il avait l'impression qu'une catastrophe était imminente.
Il devait rentrer à l'appartement. Vite. Retrouver Pride, s'assurer que son protégé avait suivi ses directives et que tout était en ordre. Il n'y aurait qu'ainsi qu'il serait tranquillisé. Alors, la nuit se terminerait sur une bonne note. Non content d'avoir tué une menace dans l'œuf, il pourrait s'enorgueillir d'avoir garanti la sécurité de Pride.
Envy sourit à la pensée de son camarade. À vrai dire, au début, il avait râlé. Être obligé de prendre sous son aile cette petite teigne, tu parles d'une corvée ! Au fil du temps, cependant, il avait fini par s'y attacher. Ce lien, à l'origine imposé, pouvait parfois l'agacer, mais la plupart du temps, il l'appréciait. L'ascendant qu'il possédait sur le blond le rassurait. Pride ne prenait pas d'initiative sans lui. Il lui obéissait aveuglément. Non pas qu'il le tînt en laisse, en plus ! Quoique cela fût surprenant pour son péché, l'Orgueilleux ne cherchait pas à être indépendant non plus. Il était comme une poupée d'argile qu'il fallait façonner, petit à petit. Ce ne serait que quand il rentrerait à la perfection dans le moule qu'Envy avait conçu pour lui que le jeune homonculus pourrait commencer à faire preuve d'individualité. Pour l'instant, c'était encore loin d'être le cas. C'était précisément pour cela que le brun devait le surveiller étroitement.
Envy leva la tête en entendant, à un embranchement éclairé, le claquement régulier de bottes. Zut. Des soldats faisaient leur ronde. L'androgyne pesta, exaspéré par toutes ces allées et venues nocturnes des militaires. Il avait été tellement dépité par sa récréation foutue en l'air qu'il avait momentanément oublié la présence de ces trouble-fêtes.
Bonjour la galère s'ils me mettent la main dessus…
S'il n'était pas considéré comme un intrus, il risquait au moins plus d'une remarque pour son accoutrement, voire une arrestation pour exhibitionnisme. Envy fronça les sourcils. Ça lui était déjà arrivé quelques années plus tôt, alors qu'il se pavanait dans ces mêmes couloirs. Une mésaventure qu'il avait fort peu appréciée et à la suite de laquelle il avait été la risée de sa fratrie pendant plusieurs semaines ; ou années, il ne se souvenait plus. Autant éviter une nouvelle déconvenue de ce genre. Il changea ainsi d'apparence sans plus attendre.
Heureusement pour le polymorphe, les soldats ne lui accordèrent qu'un vague regard méprisant ; probablement parce qu'ils n'avaient jamais vu sa tête nulle part – rien d'étonnant à cela –, et qu'ils s'estimaient plus méritants que lui pour une raison quelconque. Peuh ! Une fois n'est pas coutume, l'Envieux ne releva pas et se fraya un chemin dans le dédale de couloirs jusqu'à la sortie.
En arrivant dans la cour extérieure du Q.G., Envy s'aperçut que la pluie s'en donnait encore à cœur joie. Il râla après elle, loin d'être séduit par sa douce symphonie nocturne. Il n'aimait pas être mouillé, et il appréciait encore moins de savoir que c'était là une pensée qu'il était susceptible de partager avec n'importe quel humain.
L'éphèbe pressa le pas pour ne pas finir lessivé. Il récupéra la voiture – volée ? non, voyons – qu'il avait utilisée pour les conduire ici, Pride et lui. Il eut un sourire rêveur en imaginant le pauvre blondinet abandonné à son sort, forcé de rentrer à pied. Il n'avait pas pu se servir du véhicule pour faire le chemin du retour. Par conséquent, il avait dû finir trempé jusqu'aux os avant d'atteindre leur logement.
Eh oui ! Car Pride ne savait pas conduire et que même s'il l'avait su, Envy ne lui aurait jamais laissé le volant de sa voiture tout seul. Pourquoi ? Parce que sinon, déjà, lui, il aurait dû se fader la flotte et ensuite, parce qu'il avait constaté une chose fort intéressante : les homonculi ne pouvaient rien contre la pluie, et peu contre le froid – sauf lui, bien entendu. Or, Pride avait gardé de son ancienne vie certaines habitudes typiquement humaines. Par exemple, celle de se plonger dans un bon bain chaud lorsqu'il était frigorifié. Nul doute, donc, qu'il l'aurait également fait ce soir pour se récompenser d'avoir affronté la pluie battante de ce début de printemps.
Envy jubila.
Une raison de plus de se dépêcher de rentrer ~
Pride éternua. Il resta interloqué, presque choqué. C'était la première fois que ça lui arrivait. Il renifla maladroitement, sans trop comprendre le phénomène, et passa le dos de sa main contre son nez à plusieurs reprises avant de secouer la tête. Il ne sut si cela l'aida beaucoup. En vérité, il eut plus l'impression d'étaler la pluie – qu'il pensait responsable de son éternuement – sur sa peau trempée qu'autre chose. Néanmoins, ce fut le seul réflexe qui lui vint pour soulager son nez.
Cela faisait une bonne heure que Pride attendait là, tapi comme le lui avait appris Envy. Posté sur le toit-terrasse du Q.G. militaire de Central, le jeune homonculus observait avec la plus grande attention les va-et-vient des rares soldats en poste cette nuit. Au total, le nouveau-né n'avait vu qu'une dizaine d'entre eux franchir l'immense porte de la structure de béton.
Les deux mains appuyées sur la rambarde, accroupi, le dos voûté mais alerte, le blondinet ne laissait dépasser que le haut de son crâne, ainsi que ses petits yeux curieux, au regard fixé en contrebas. Attentif, il analysait avec le plus grand soin, malgré la distance, l'allure et le visage des militaires. Tout à sa tâche, il ne faisait aucun cas de la pluie diluvienne, quoiqu'à cause d'elle, il eût la forte impression de prendre une douche.
Glacée, la douche.
C'était dans ce genre de moments que Pride appréciait le plus ses facultés d'homonculus : alors qu'il l'aurait dû, il n'avait pas trop froid – même si ça ne changeait rien au côté désagréable de la chose. Quant à ses yeux, perçants, ils lui permettaient de voir à très bonne distance. Cela aurait sans doute été différent s'il avait été humain. Envy lui avait déjà expliqué avec amusement – et un certain mépris – comme les êtres humains étaient faibles et incapables, par rapport aux homonculi. La nuit, par exemple, ils étaient partiellement, voire totalement aveugles, là où eux pouvaient moduler la forme de leurs pupilles et faire fi des ténèbres. Les individus de cette espèce ne pouvaient pas non plus briser des objets ou des murs à mains nues ni survivre à des sauts dignes de ceux des chats, que Pride affectionnait tant.
Les corps de ces êtres si fragiles étaient, somme toute, bien moins résistants que les leurs. Mais ce que Pride trouvait le plus aberrant et, surtout, le plus handicapant, c'était que les humains étaient mortels. Plus étrange encore, ils ne savaient pas se régénérer. Comment faisaient-ils pour vivre ainsi ? Dépourvus de toutes ces facultés ? Cela ne leur manquait-il pas ? Lui, ça lui aurait manqué.
Cela dit, l'acharnement inexpliqué de ces créatures à survivre dans ce monde si cruel avec elles intriguait plus Pride que cela ne l'apitoyait – contrairement à son frère. Surtout que ces êtres savaient bien qu'ils étaient condamnés à connaître un jour ou l'autre cette mort inéluctable qui les guettait dès leur venue au monde ! Ça devait être stressant… désespérant, même. Et pourtant. Ils persévéraient.
C'était fascinant.
« … »
Pride tendit le cou en apercevant un groupe de soldats.
Là non plus, il ne la vit pas.
La pénombre n'avait pas de secret pour l'Orgueilleux. Elle ne le gênait en rien. Ce qui l'embêtait plus, par contre, c'étaient ces fichus képis dissimulant le visage de leurs propriétaires. Heureusement que la personne qu'il recherchait était une femme. Ça limitait déjà drastiquement les chances de la laisser filer à cause d'un pauvre couvre-tête.
Pride commençait cependant à angoisser. Il avait désobéi à Envy en restant sur place alors qu'il lui avait expressément demandé de rentrer au plus vite à l'appartement. Contrevenir à ses ordres deux fois en une soirée, pour lui, c'était du jamais-fait. On ne peut pas dire qu'il en était très fier. En plus, après une heure à faire le guet, sa patience n'avait toujours pas porté ses fruits. Pire que tout : son aîné était déjà ressorti du bâtiment, avant celle que Pride attendait. Le blondinet avait suivi son maître à penser du regard et l'avait vu monter dans la voiture, une peur sourde au ventre.
Il craignait d'être découvert. L'androgyne serait rentré d'ici dix minutes. Il partirait assurément à sa recherche dès qu'il aurait constaté son absence. Vu la taille de l'appartement, ce ne serait pas bien long d'en faire le tour. Quelle raclée il allait se prendre, une fois de retour...
Pride fit la moue. Bien qu'il comprît l'utilité de la punition, il ne pouvait s'empêcher de la trouver un tantinet injuste. Il ne faisait rien de mal, après tout ! Il était curieux, c'est tout. Or, il avait la certitude que l'attirance inexpliquée qu'il éprouvait pour cette humaine ne serait apaisée que lorsqu'il saurait qui elle était. Juste son nom, ça irait. Juste son nom…
« … ! »
L'adolescent se redressa. Là ! Des cheveux blonds, une démarche lourde de fatigue… Il en était sûr, c'était elle !
« Suis-la. Ne la perds pas de vue. »
Pride fronça les sourcils. Cette petite voix dans sa tête pouvait économiser sa salive.
C'était déjà dans ses intentions.
À suivre…
En vrai, je m'éclate bien dans ces chapitres avec Envy. De tous les personnages, c'est lui qui a le niveau de langage le plus bas (Envy : Hey ! W.A. : Eh oui, mon gars, va falloir t'y faire !). Du coup, je peux me défouler x) Ça fait un bien fou et en plus, côté punchlines, je peux y aller à fond ! Rien que pour ça, j'adore l'écrire.
Bref, j'espère que le chapitre vous aura plu ! N'oubliez pas de me laisser vos impressions (mine de rien, ça compte, et ça m'arrive d'ajuster les chapitres selon les retours que j'ai !) et à la semaine prochaine pour la suite ;)
(Oh ! Et paraît-il qu'il y aura un choix à faire, samedi prochain ~)
White Assassin
