Musiques : Douyou (FMA, OST 1), Sakubou, Seiatsu et Nonki (FMA, OST 3), Beyond the wall et Next chapter (FMAB, OST 1)


Note : Alors ? Comment vous êtes-vous sortis, avec le dernier choix en date ? Pas trop mal, j'espère ? xp Rassurez-vous, cette semaine, il n'y aura pas question de vie ou de mort. On part sur quelque chose de plus posé ;) D'ailleurs, ce chapitre était bien plus long que ça, à l'origine. J'ai finalement décidé, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, de le scinder pour faciliter la lecture. J'espère qu'il vous plaira ! ~


Chapitre 11 : À bras-le-corps


Pride se jeta du haut d'un toit, les bras écartés pour équilibrer sa chute. Il atterrit sans mal sur un autre immeuble en contrebas, effectua une roulade parfaitement maîtrisée pour amortir le choc et se releva avec agilité. Après avoir épousseté ses vêtements – Orgueil oblige –, il laissa son regard balayer les alentours, profitant de cette courte pause pour recouvrer son souffle.

Dans ce quartier, a fortiori en pleine nuit, il était difficile de se situer. La plupart des bâtiments avaient le même aspect vieillot. Néanmoins, si ses souvenirs étaient bons, il était arrivé à destination.

Les cachettes qu'Envy et lui utilisaient comme points de ralliement n'étaient pas évidentes à retrouver. Par souci de discrétion, et parce que son aîné avait tendance à se lasser relativement vite des choses, ils étaient souvent obligés d'en changer. Bon, cela s'expliquait aussi par le fait que le brun se débarrassait des occupants à chaque fois et qu'au bout de quelques semaines, leurs allées et venues finissaient par éveiller les soupçons du voisinage… quand cela ne leur valait pas de sacrées déconvenues. Une fois, par exemple, ils avaient été pris à partie au petit matin par un vieil humain acariâtre qui les attendaient de pied ferme et les avaient vilipendés pour leurs « mœurs dissolues » – ou Père savait pourquoi. Une autre encore, ils s'étaient vu réclamer de l'argent par des mafieux à la place des locataires originels.

Autant dire que le vieillard comme les loubards avaient mal fini.

Les altercations étaient monnaie courante, dans cette partie malfamée de la ville. Ça, Pride avait eu tôt fait de s'en rendre compte. Mais apparemment, décapiter ou éventrer des ancêtres ou des créanciers restait mal vu par le voisinage – bien qu'essentiellement composé de criminels et de miséreux. Par l'armée, aussi. Il fallait dire qu'Envy avait sa propre définition du « règlement de comptes »… Or, leur père n'appréciait guère de se la voir rappelée en lisant la une du journal. D'où la nécessité de migrer fréquemment.

Pride descendit avec l'agilité d'un chat au bas du bâtiment sur lequel il se trouvait. Il s'engouffra dans le hall d'entrée. Les pleurs d'un nouveau-né éclatèrent à ses oreilles lorsqu'il passa devant la porte de l'un des appartements du rez-de-chaussée. L'adolescent s'arrêta, surpris. Peu de courageux – ou de désespérés – se risquaient à prendre logis dans ce quartier : entre prostitution, meurtres, viols, et tout un panel fleuri d'infractions aux codes civil et pénal… difficile d'y vivre. Alors, élever un enfant… Pride peinait à croire qu'une humaine eût choisi cet endroit comme asile pour elle et son petit ; à supposer que ce fût bien la mère qui s'en occupât, et non un trafiquant. La chose n'était pas à exclure, vu que dans le coin, on faisait peu de cas de l'identité des résidents. Personne ne se souciait de savoir si ceux se réclamant d'être les parents d'un enfant l'étaient réellement, compte tenu du fait que celui-ci était de toute manière condamné à un sort peu enviable dès lors qu'il naissait dans cette zone de non-droit…

Tandis qu'il montait les escaliers, Pride se laissa porter par le cours de ses pensées. Même après plusieurs semaines d'existence, il restait surpris de la dualité de Central. Au vu et au su de tous, la lie de la société côtoyait ce que Lust appelait « le beau monde ». Comment les humains pouvaient-ils avoir envie de vivre ici, avec la peur de perdre la vie chaque jour ? Vraiment, ça le dépassait.

« La mort t'angoisse plus qu'une vie sans fin ? Tu m'en diras tant ! »

Pride se retourna.

Personne. Encore cette fichue voix… Elle l'enquiquinait, à force. Il se demandait s'il lui faudrait en parler à Envy une fois qu'il serait arrivé dans leur appartement.

Envy…

Pride savait que dès qu'il rentrerait, son aîné allait lui passer un savon. Il exigerait des explications, qui auraient intérêt à être convaincantes. Dans le cas contraire, il se prendrait une sacrée rouste. Enfin, ce ne serait pas la première fois qu'Envy lèverait la main sur lui. Il pouvait encaisser. En soi, il suffisait d'attendre que le brun se calmât. Au bout d'un moment, il se lassait puis redevenait « normal » ; ou anormalement collant, au choix. Il était si imprévisible… Pride s'était demandé plus d'une fois pourquoi Envy restait avec lui alors qu'il le mettait si souvent en colère. Était-ce uniquement parce qu'il s'y sentait contraint et forcé par Père, ou bien… l'androgyne était-il quand même attaché à lui, malgré tout ?

Pride soupira. Il avait désobéi, à nouveau. Il… Il n'aimait pas ça. Ç'avait été plus fort que lui, certes, mais il n'empêche que jouer les rebelles lui déplaisait. Il se mordilla nerveusement l'intérieur de la joue tout en arrivant au dernier étage. Que dirait-il à son frère ? « J'ai suivi la femme que tu m'avais interdit d'approcher. Je suis même allé chez elle, mais étant donné qu'elle s'est volatilisée comme par alchimie, me revoilà. »

Il voyait déjà le tableau ; le regard noir d'Envy – lorsque son œil droit devenait vraiment noir – le transpercer. Surtout qu'il n'avait rien obtenu en contrepartie de la correction magistrale qu'il s'apprêtait à recevoir, ce qui rajoutait à sa culpabilité. Pas moyen de justifier son acte. Son initiative s'était soldée par un retour à la case départ.

Pourtant, le jeune homonculus n'estimait pas avoir fait quelque chose de mal en tant que tel, quoiqu'il eût techniquement fauté. Il avait pris en filature l'inconnue aux cheveux blonds avec brio, comme le lui avait appris Envy, puis s'était introduit chez elle sans… trop de casse. Du point de vue de l'Orgueilleux, cette réussite aurait carrément mérité des félicitations. Mais pas de celui de son aîné, c'est certain.

C'était injuste. Doublement injuste, même, puisqu'il rentrait bredouille. Seul le chien de l'intrigante jeune femme était venu à sa rencontre. Cet animal était tout aussi étrange que sa maîtresse, d'ailleurs : il lui avait tout d'abord grogné dessus, l'avait reniflé, puis avait complètement changé d'attitude. Était-ce pour le remercier d'avoir soulagé sa patte blessée ? Pride en doutait. Il y avait quelque chose de plus là-dessous. Peut-être que la raison était à chercher du côté de l'impression de déjà-vu qui l'avait frappé quand il avait pris le canidé dans ses bras. Ce n'était pas la première fois qu'il voyait cette petite boule de poils. Il se demandait où il avait bien pu la croiser. Au Q.G., peut-être ?

C'était d'ailleurs à ce moment-là, tandis qu'il essayait de démêler ce flot de questionnements qui le submergeait, que Pride avait senti une présence non loin. L'espace d'un instant, il avait même cru entrapercevoir une silhouette qui l'observait en tapinois dans l'obscurité ambiante. « Cru », car il en doutait encore. Jamais un humain ne serait resté dans le noir complet ainsi – les humains, avec leurs petites pupilles déficientes, détestaient ça. Il le savait. Et aucun humain normal non plus ne savait dissimuler sa présence à ce point. Mais comme il n'avait pas perçu l'aura caractéristique de ceux de son espèce, il avait suivi son intuition et s'était dirigé vers la pièce qui l'intriguait pour en avoir le cœur net.

C'est alors que la pendule l'avait rappelé à l'ordre. Elle l'avait gardé de pousser plus loin son exploration quand elle avait sonné ces trois malheureux coups.

Pride n'avait pas vu l'heure. En se rendant compte qu'il était si tard, il avait pris peur.

Si Envy n'était pas parti à sa recherche vu le temps qu'il était resté à vagabonder dehors, ça tiendrait du miracle. Disparaître un moment n'était déjà pas une bonne idée, alors toute la nuit ou presque ! Le blond avait préféré jouer la carte de la prudence et rentrer. À présent qu'il savait où résidait cette soldate, il pourrait toujours y retourner un autre jour. Comprendre : dès le lendemain.

Une fois sur le seuil de l'appartement qu'il partageait avec Envy, Pride posa une main hésitante sur la poignée de la porte. Après une seconde de flottement, il l'ouvrit, et plongea dans le noir des lieux. Il referma précautionneusement derrière lui et actionna l'interrupteur. Là, rien d'étonnant à ce que la lumière fût éteinte. Après tout, Envy aimait bien l'obscurité. Il arrivait même à son aîné de rester des heures dans le confort de l'ombre, immobile, lorsqu'il se perdait dans des réflexions dont il n'avait jamais voulu lui faire part. Ou, autre possibilité, lorsqu'il était très, mais alors très énervé.

Pride devinait aisément à quoi il devait s'attendre.

À sa grande surprise, pourtant, et après avoir tout de même fait deux fois le tour de l'appartement, nulle trace d'Envy. Sans trop savoir s'il devait s'en trouver dépité ou réjoui, Pride retourna dans la chambre. Il s'assit au bord du lit et appuya sa tête dans ses mains. Il passa en revue les événements de la soirée. Il avait vu son frère quitter le Q.G. militaire bien avant lui, il aurait dû être là, à cette heure… Où avait-il bien pu aller ?

Le blond n'eut toutefois pas à se poser la question bien longtemps. La porte d'entrée claqua soudain. Aussitôt, le jeune curieux se précipita à la rencontre du nouveau venu.

Il dut faire de son mieux pour dissimuler son étonnement en se retrouvant nez à nez avec un Envy plutôt affable.

« Enfin rentré ! »

L'androgyne lui adressa un joli sourire. Visiblement, il était heureux de le retrouver. Pride, égal à lui-même, resta impassible. Il était trop content de pouvoir admirer le visage ravi de son frère plutôt que son poing (de trop près). Le jeune homonculus inclina cependant la tête. Envy, habitué au mutisme de son compagnon, devina sa question d'un seul regard. Il ne fit pas durer le suspense plus longtemps :

« Désolé pour l'attente. J'étais à peine sorti du Q.G. que Lust m'a sauté dessus. Elle a fait le pied de grue sous la flotte jusqu'à ce que je passe le nez dehors, dis donc ! Madame "La-pluie-ça-me-fait-boucler"… Ouais, tu parles, quand y a besoin de bibi, sa mise en plis, tout à coup, c'est plus si grave. Parce que le truc, c'est qu'elle avait paumé une chimère dans Central, en vrai ! T'y crois, à ça ? Bien sûr, ça, elle s'est bien gardée de le dire à Père tout à l'heure, tiens ! », râla Envy en débarrassant d'un geste brusque son bras gauche des gouttelettes qui le couvraient. « Je t'explique même pas comment j'ai dû courser cette saloperie de bestiole dans toute la ville. Et avec Gluttony qu'était pas foutu de la sniffer avec cette putain de météo… Ça m'a pris un temps fou. Elle m'en doit une, je te jure, cette satanée vieille bique ! »

Sans prêter plus d'attention à la suite des jérémiades de son aîné bien volubile, Pride, infiniment soulagé, remercia intérieurement la « vieille bique » de l'avoir tiré d'affaire malgré elle. Mais le récit du brun soulevait quand même une question dans l'esprit du blondinet :

« Dis…

— Quoi ?

— Elle est vieille comment, Lust ? »

Envy sourit de toutes ses dents. Il se dirigea vers son cadet et l'entraîna dans le salon, un bras autour des épaules. Il allait s'assurer en quelques mots que sa sœur perdît tout pouvoir de séduction sur le jeune garçon que, il le savait, elle convoitait ~


Riza souleva une petite pile de vêtements et l'enfonça avec détermination à l'intérieur du sac de voyage posé sur son lit. Rangé méticuleusement, bien que plein à ras bord, il ne contenait que le strict minimum pour quelques jours. De quoi se changer et garantir son hygiène, mais aussi quelques documents importants, des munitions et enfin, tout l'argent qu'elle avait pu récupérer en écumant les fonds des tiroirs de sa chambre.

La militaire était fière d'elle, puisque le tout n'était pas très lourd. Il lui serait aisé de circuler avec ce modeste bagage. Optimiser un sac était au moins l'une des choses valorisantes qu'elle pouvait s'enorgueillir d'avoir apprises depuis qu'elle avait intégré l'armée. C'était toujours plus réjouissant que de savoir abattre une cible à plusieurs centaines de mètres. Humainement parlant, il y avait mieux, comme accomplissement.

Le lieutenant enfila un manteau suffisamment chaud pour affronter la nuit bien fraîche de ce début de printemps, ferma son sac d'un geste expert, puis le passa sur son dos. Elle se posta devant le miroir avec une rigueur militaire caractéristique et inspecta sa tenue au peigne fin. Douchée en vitesse et enfin sèche, un pansement collé sur la joue gauche, où l'impact de la balle avait laissé une entaille, Riza avait effacé au mieux les séquelles de son altercation avec l'homonculus. Son autre joue restait boursouflée par le coup de pied reçu, mais il lui faudrait composer avec, tant pis.

Toutefois, ce qui changeait surtout par rapport à d'habitude était, clairement, le soin apporté à son maquillage. Riza n'excellait pas dans cet art, mais elle avait su atténuer habilement les traits caractéristiques de son visage à l'aide de quantité de poudres et de fards.

Il faudra que je remercie Rebecca, pour ça.

Elle avait pensé ne jamais avoir l'occasion de se servir de cette trousse à maquillage que sa collègue lui avait offerte comme cadeau d'anniversaire l'an passé. Finalement, la vie lui avait prouvé le contraire. Elle lui avait été fort utile, tout comme cette perruque qu'elle avait enfilée, récupérée d'une farce faite naguère au général par le sous-lieutenant Havoc.

Riza sourit à ce souvenir d'une époque heureuse.

Une époque qu'elle allait ressusciter.

Son regard flamboya de détermination.

Elle emploierait ses dernières forces à cette tâche.

Riza se détailla une ultime fois. Ainsi parée, elle paraissait avoir les cheveux mi-longs et noir de jais. Leur aspect était peu naturel, mais l'épais crayon noir qu'elle avait appliqué sur ses sourcils empêcherait quiconque de découvrir la supercherie. Enfin, pour compléter son déguisement, la blonde avait choisi une tenue décontractée : un pull violet assez fin et un jean gris assorti de bottines élégantes, mais suffisamment souples pour pouvoir courir si besoin était.

Elle était plus féminine que de coutume et, pour un peu, méconnaissable. De loin, tout du moins, parce qu'elle n'était pas assez talentueuse pour gommer tout souvenir de la femme qu'elle était. De plus, elle gardait malgré elle des réflexes de soldate : le dos bien droit, le pas ferme… Il lui faudrait adopter une démarche qui siérait plus à une civile lambda. C'était capital, puisqu'elle devrait désormais circuler incognito.

Elle devait partir. Pas plus tard qu'aujourd'hui.

Durant la demi-heure passée à panser Black Hayate, Riza avait réfléchi à la situation. Elle avait repensé à son combat contre l'homonculus et à l'apparition de ce garçon qu'elle croyait être Edward. Cette dernière l'avait non seulement chamboulée, mais elle lui avait sorti la tête de l'eau au moment où elle était près de se noyer.

Elle avait maintenant une bonne raison de garder son arme pointée vers autre chose que celle-ci.

Je ne peux pas mourir sans avoir tiré cette histoire au clair. Je dois savoir.

Riza avait tenté de démêler ce sac de nœuds, mais avec si peu d'éléments, elle n'était parvenue qu'à de maigres conclusions. La première était qu'en restant ici, elle était en danger. Pour une raison qui lui échappait, Edward semblait être lié aux homonculi. Était-il captif ? Complice ? Le lieutenant n'en avait aucune idée. Dans un cas comme dans l'autre, l'adolescent pourrait très bien mener ces créatures, que ce fût volontairement ou sous la contrainte, jusque chez elle – son l'adresse devait aussi être connue du généralissime, cela dit. La jeune femme ignorant encore tout des intentions du garçon, elle estimait avoir fait un choix juste en restant cachée.

Deuxièmement, Riza se doutait que reparaître au Q.G. dans quelques heures pour aller travailler n'était pas des plus sûrs. Nul doute que l'androgyne qui l'avait attaquée aurait fait part de leur léger différend au Führer entretemps. Or, si le généralissime était bien un homonculus comme Riza le soupçonnait depuis la disparition d'Edward, il ne prendrait pas le risque de la garder en vie. Vu les informations qu'elle détenait, elle serait plus une gêne qu'autre chose, et ce n'étaient pas ses « talents » niveau administration qui lui sauveraient la mise.

Ses adversaires la voulaient au bout d'une corde ou, à la rigueur, des baïonnettes d'un peloton d'exécution. Point, à la ligne.

Les dés étaient jetés. À partir du moment où son agresseur l'avait menacée de mort, puis enjointe à se suicider, il avait clairement affiché les intentions de tout son clan. Le lieutenant ne devait plus montrer le bout de son nez. Sinon, ce monstre viendrait finir le sale boulot ; lui-même, cette fois-ci.

Riza risquait donc beaucoup à rester dans la capitale. De toute façon, se calfeutrer chez elle par peur de représailles ou faire comme si de rien n'était en continuant d'assumer son travail ingrat de secrétaire ne la mènerait à rien. Elle refusait en outre de se laisser exploiter et ne souhaitait pas non plus embarquer dans sa situation délicate d'autres personnes, à commencer par Havoc. L'homme savait être ingénieux quand il le fallait, mais son implication dans toute cette histoire finirait par lui attirer des ennuis – et non des moindres.

Je ne veux pas le perdre, lui aussi. Je ne le mettrai plus en danger.

Enfin, la militaire aguerrie avait réalisé autre chose, de plus crucial encore : si l'homonculus avait jugé nécessaire de l'éliminer, c'était qu'à un moment ou à un autre, elle avait dû se montrer gênante. Mais s'il l'avait fait après l'avoir laissée vaquer à ses recherches pendant deux mois, c'est que son impair était tout récent. Riza n'aurait su dire exactement pourquoi ni quand… mais elle était presque sûre de pouvoir dire à cause de qui. Ce n'était pas une coïncidence si, en une nuit, elle avait croisé le chemin de cette créature de l'ombre qui avait voulu l'assassiner, et d'Edward – ou de son double en mini-short, peu lui importait.

Elle était dangereuse. Pour lui. Pour eux.

Même si elle ne savait pas vraiment pourquoi ; c'était ce qu'elle comptait découvrir.

Pour cela, elle allait se rendre là où elle était certaine de pouvoir trouver une piste ; là où elle pourrait rassembler des informations, tant au sujet d'Edward qu'à propos des homonculi. Comme elle ne pouvait avoir accès au domicile des frères Elric…

Elle allait devoir revenir aux sources.

« Black Hayate ! » appela Riza en joignant à son cri un sifflement doux.

Elle accueillit dans ses bras le chien blessé qui accourait, puis sortit de chez elle. Elle ferma la porte à clef, avec un air tout sauf convaincu. À quoi bon, puisque sa maison était ouverte aux quatre vents, avec cette fenêtre vandalisée ?

Bah ! Cela jouera peut-être en ma faveur en alimentant le mystère autour de ma disparition.

En effet, la jeune femme comptait bien se faire passer pour morte, dans l'espoir d'être tranquille. Cet incident pourrait l'y aider. Cela dit, pourquoi se soucier de ce genre de détail ? Ce n'était pas comme si l'armée s'embarrassait d'avoir des corps ou des preuves pour déclarer des affaires classées, pas vrai ?

« Allez, mon beau ! Grimpe. »

Une fois dans la voiture, le lieutenant installa le canidé sur la banquette arrière. Elle jeta son sac sur le siège passager, mit le contact et partit dans la nuit noire.


Riza arriva peu après devant une maisonnette modeste en périphérie de la ville. Ses volets étaient clos. Rien d'anormal, à une heure si matinale. La soldate se gara en face et descendit de son véhicule après avoir ordonné à Black Hayate de rester tranquille. Frissonnante dans la brise, la fugitive se dirigea vers la sonnette, sur laquelle elle appuya longuement. Au bout d'un moment, une brune fort mécontente et ébouriffée vint lui ouvrir la porte en s'exclamant :

« Non mais c'est pas bientôt fini de réveiller les gens aux aurores ? Vous êtes pas bien ?! Y en a qui bossent, demain ! »

La jeune femme furibonde fusilla du regard la visiteuse impromptue. Riza s'étonna de se faire ainsi houspiller… avant de se rappeler son déguisement. Elle révéla alors tout bas :

« Rebecca ! C'est moi, Riza ! »

L'interpellée écarquilla ses grands yeux noisette sous le coup de la surprise. Elle plaqua ses mains sur sa bouche au dernier moment en voyant son amie lui intimer le silence d'un geste. Par réflexe, la brune regarda à droite et à gauche, histoire de vérifier qu'elle n'avait pas attiré l'attention d'un quelconque voisin. Puis, elle s'empressa de trottiner en chaussons jusqu'à sa camarade pour lui ouvrir la grille du portail.

« Mais enfin, Riza ! Qu'est-ce que tu viens faire ici à cette heure ? Et c'est quoi, cet accoutrement ? » s'inquiéta son amie. « C'est ton nouveau poste qui t'impose ça ? Cette tenue ? Ces horaires ? J'y crois pas ! Ils abusent !

— Quoi ? Non, non, ce n'est pas ça. Excuse-moi de te déranger si tôt, mais… à vrai dire, j'ai un problème… »

Riza détourna la tête, gênée. Elle n'avait pas l'habitude de se reposer sur les autres. D'ordinaire, c'était plutôt elle qui servait d'appui. Elle s'en voulait de devoir faire peser un tel poids sur les épaules de son amie, surtout alors qu'elle venait à peine d'être mutée à Central.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? Oh non ! Attends ! » s'affola l'amie en question. « Ne me dis pas que c'est Bradley ?! Il t'a fait quelque chose, ce sale vicelard ? C'est pour ça que tu viens me voir à cette heure-là ! Ah, le salaud ! J'en étais sûre, que cette promotion n'était pas juste pour… ! »

Ça y est, Rebecca était partie. Poings serrés, elle fulminait tel un volcan en éruption. Dans son pyjama bleu un poil trop grand, elle ne payait pas de mine, mais Riza la savait capable de soulever des montagnes pour défendre ceux auxquels elle tenait, à commencer par sa meilleure amie. Sans parler de ses prouesses au combat. Bien que partiellement amusée par les affabulations de sa collègue, le lieutenant décida de couper court à ses divagations. Il n'aurait pas fallu qu'elles menassent à un coup d'État ; Rebecca avait le sang chaud, par moments.

« Mais voyons, non ! Qu'est-ce que tu vas imaginer ! Ce… Ce n'est pas pour ça que je suis ici », rectifia la blonde d'une voix plus grave. « J'ai besoin d'un service. D'un gros.

— Quel genre ?

— Je dois partir. Quelques jours, si ce n'est plus.

— Où ça ?

— Je ne peux pas te le dire. Comprends-moi », s'empressa-t-elle d'ajouter face à l'air soucieux de sa collègue. « Je prends déjà beaucoup de risques à te parler. Rien qu'en ayant cette conversation avec toi, je te mêle à une histoire qui pourrait mal finir. Ne m'en demande pas plus, je t'en prie. Moins tu en sauras, mieux ça vaudra. »

Riza avait conscience du pétrin dans lequel elle mettait son amie par sa simple venue, mais elle n'avait pas le choix : comme elles avaient eu moins de contacts récemment toutes les deux, Rebecca était probablement moins surveillée que Havoc. En outre, la blonde ne doutait pas qu'elle excellerait dans la tâche qu'elle souhaitait lui confier.

« D'accord. Dis-moi ce que je dois faire.

— J'ai besoin que tu t'occupes de Black Hayate pour moi.

— C'est tout ?

— Oui.

— Oh, mais il fallait le dire tout de suite ! C'est un amour de petite bête ! Je me ferai une joie de le garder, tu sais.

— Je m'en doutais », fit Riza dans un sourire ; le premier depuis un bon bout de temps. « Par contre, il a été blessé à la patte cette nuit. Je n'avais pas grand-chose chez moi, alors je lui ai fait un pansement de fortune, mais si tu pouvais l'amener chez le vétérinaire, ce serait…

— À tes ordres ! » s'exclama Rebecca pour la taquiner, en effectuant un salut impeccable… même en pyjama.

Elle parvint à arracher un rire à la tireuse d'élite. Celle-ci retrouva néanmoins vite son sérieux. Elle farfouilla dans son sac et en sortit quelques billets.

« Tiens ! Voilà de quoi assurer ses besoins en mon absence. Si je ne suis pas de retour avant que tu aies épuisé cette somme, note ce que tu auras dépensé pour lui jusqu'à mon retour. Si je peux, je viendrai te rembourser. Sinon… » Elle fronça les sourcils et se mordit la lèvre tandis qu'elle rajoutait d'un ton solennel : « Je le confie à tes bons soins. »

Rebecca afficha une expression incrédule, comprenant doucement mais sûrement ce que son amie sous-entendait.

Qu'il se pouvait qu'elle ne revînt pas.

« Si tu peux, fais aussi passer ce message au sous-lieutenant Havoc : dis-lui de ne pas s'inquiéter, de rester sur ses gardes et de ne pas croire un mot des rumeurs qui circuleront à mon propos.

— Quelles rumeurs ?

— Je pense que vous en aurez ouï-dire assez vite. Là encore, je préfère tenir ma langue. »

Rebecca opina du chef. Riza, elle, repartit vers sa voiture et en extirpa Black Hayate. Elle déposa un baiser sur sa truffe, lui caressa la tête puis le confia à son amie. La brune le réceptionna dans ses bras en souriant.

« Prends bien soin de lui, d'accord ?

— C'est promis. »

Riza salua sa collègue. Le cœur lourd d'abandonner ainsi son compagnon à quatre pattes, elle monta à bord de son véhicule. Mais, tandis qu'elle refermait la portière, elle entendit :

« Riza ! »

Elle tourna la tête. Rebecca s'était précipitée à sa fenêtre.

« Ne fais rien d'imprudent. Et reviens-moi entière. » Elle tenta d'offrir un sourire rassurant – quoique malicieux – à son amie. « Il faut absolument que je rattrape ce désastre que tu m'as fait avec ton maquillage, alors ne t'avise pas de mourir ! Sinon, je n'aurai pas la conscience tranquille.

— C'est à ce point-là ?

— J'exagère. Mais je maintiens, je veux pouvoir te faire toute belle un jour. S'il te plaît, reviens-nous en vie. »

Riza hocha la tête, un sourire triste aux lèvres. Rebecca avait bien vu les cernes qui pochaient ses yeux. Elle se doutait sans doute de l'impact qu'avait eu l'enterrement de Roy sur elle et de la difficulté des épreuves se dressant face à elle.

Elle avait de la chance d'avoir une telle amie.


Au bout de dix minutes de marche, Riza arriva enfin à la gare de Central où, à part de rares employés, il n'y avait pas âme qui vive ; à peine un ou deux usagers venus trop tôt, tout comme elle. Le lieutenant s'engouffra dans le hall aussi discrètement que possible, essayant de ne pas attirer l'attention sur elle malgré le peu de monde présent.

Tout en se dirigeant vers le seul guichet ouvert à cette heure-ci, elle retraça mentalement, à rebours, le chemin jusqu'à l'endroit où elle avait garé sa voiture. La ruelle, excentrée par rapport aux avenues principales, ne paraissait guère fréquentée. En temps normal, personne n'aurait l'idée d'y fouiner. En tout cas, elle l'espérait, car elle aurait certainement besoin de son véhicule pour le retour. Si l'armée le lui saisissait pour une raison ou pour une autre…

Allez ! Arrête de penser au pire.

Riza arrivait devant le guichet lorsqu'un groupe de militaires passa les portes à battant de la gare. Elle détourna précipitamment la tête. Pourvu qu'ils ne prissent pas le même train qu'elle ! Déjà qu'elle avait au moins deux heures d'attente avant le départ… Si, en plus, elle devait côtoyer ces hommes durant tout le trajet, elle était assurée de se faire pincer. D'après ses calculs, il lui faudrait un bon moment avant d'arriver à destination. Autant d'occasions d'être démasquée. Or, elle préférait voyager la conscience tranquille, sans devoir surveiller ses faits et gestes ou les regards d'autrui jusqu'à son point de chute.

« Bonjour », lança-t-elle, espérant attirer l'attention de l'employé somnolant.

« C'est pour quoi ? » fit celui-ci d'un ton las en bâillant sans la moindre retenue.

« Un billet, s'il vous plaît.

— Votre destination, Madame ?

— Resembool. »


À suivre…


Voilà qui marque l'un des tournants décisifs de l'histoire è.é Maintenant, les choses sérieuses commencent. Les deux parties vont avancer leurs pions, petit à petit, alors accrochez-vous, parce que ça va swinguer ! Et le bonus qui fait plaisir : dans le prochain chapitre, une surprise de taille vous attend ! :D


White Assassin