Retour de bâton – 36 ans

L'Ordre du Phénix ne savait pas comment réagir face à ce nouveau revers et attendait avec impatience ce que leur chef allait dire. Albus Dumbledore, quant à lui, avait fait convoquer Severus Prince pour qu'il explique pourquoi il se trouvait sur le banc des accusés une nouvelle fois.

-Vraiment? renifla Severus. Vous ne comprenez pas pourquoi?

-Severus … s'impatienta Albus.

-Déjà, mettons les choses au clair, je n'y suis pour rien, assura Severus. Pour autant, je soutiens totalement mon fils dans sa démarche.

-Il vous faut comprendre tous les deux … protesta Albus.

-Comprendre quoi? coupa Severus. Vous avez fait kidnapper mon fils, Dumbledore, par les deux imbéciles que vous prévoyez de placer aux côtés du Survivant pour vaincre Voldemort, en sachant qu'il est toujours porté disparu et que rien ne prouve qu'il suit vos conseils. Mon fils est assez grand pour défendre ses intérêts et n'a pas apprécié de se faire interroger sur ses convictions de manière aussi cavalière, surtout de la part du côté de la «Lumière». Il a donc trouvé normal de déposer plainte contre eux et puisqu'ils ne se sont pas cachés avoir fait cela sur votre ordre, vous êtes englobé dedans.

Tout le monde nota que Dumbledore serrait les dents. Après la perte du Magenmagot et de Poudlard, être accusé de kidnapping n'arrangeait pas sa côte de popularité.

-Nous devions parler … se justifia Albus.

-Et envoyer une invitation, c'était trop demander? grinça Severus

-Pourquoi ne pas l'avoir inscrit à Poudlard, puisque vous y êtes professeur? éluda Albus

-Parce que je ne l'ai pas inscrit à Poudlard, même si j'y suis professeur, siffla Severus.

-Severus! gronda Albus

-Ce n'est pas votre problème, renvoya Severus. J'inscris mon fils où je veux et vous n'avez pas votre mot à dire. Poudlard ne doit sa réputation qu'aux nombreux maîtres qu'elle emploie et certainement pas pour son niveau scolaire qui dégringole toujours plus ou le prestige factice dans lequel vous vous êtes vautré. Si, en plus, vous vous permettez de violer la loi et de croire que vous vous en sortirez sans peine, j'en viendrai presque à demander si vous êtes apte à diriger cette organisation.

Le souffle des membres de l'Ordre se coupa. C'était une chose que de créer des ennuis à Albus Dumbledore, c'en était une autre de douter de ses compétences.

Même s'il n'avait pas tort sur le principe.

Sentant que les membres les plus importants de l'Ordre se mettaient du côté de Severus, Albus décida de faire valoir ses droits. Il sortit son aura et imposa le respect.

-Nous ne connaissions pas les allégeances de ce garçon, tonna Albus. Vous n'avez même pas songé à nous informer de son existence, ce qui nous pousse à nous méfier de ce que vous auriez pu nous cacher d'autre. Nous étions donc obligés d'en savoir plus sur lui sans que vous ne filtriez. Vous allez donc nous dire ce que nous voulons savoir, MAINTENANT!

Severus ouvrit la bouche pour l'envoyer bouler mais un craquement sinistre le coupa.

L'instant d'après, la table se fissura en deux et tomba en deux morceaux.

-Vous vous oubliez, Dumbledore, gronda une voix jeune.

Une aura bien plus oppressante que celle du vieux sorcier envahit la pièce et les sorciers présents commencèrent à se sentir mal. Un seul ne semblait pas être impacté, Severus.

-Harry … soupira Severus.

L'adolescent apparut dans un tourbillon étincelant aux côtés de son père qui se leva.

-Je n'avais pas besoin d'être sauvé, tu sais, assura doucement Severus.

-Je sais, renifla Harry en fusillant l'assemblée du regard. Mais je les sens assez stupides pour t'attaquer dans le dos et ça, il en est hors de question!

-Com … comment est-ce que tu es arrivé ici? balbutia Ronald Weasley, fier membre de l'Ordre

-C'est pas ton problème, cracha Harry.

-Du calme, Harry, tempéra Severus en le prenant dans ses bras.

Le brun savoura l'étreinte avant de se tourner vers l'assemblée qui se reprenait petit à petit.

-Écoutez-moi bien, siffla Harry. Mon père n'appartient pas à cet Ordre à la mords-moi le nœud et je suis encore moins obligé de vous obéir. Quand on veut apprendre à connaître quelqu'un, les gens civilisés envoient des invitations, ils ne les kidnappent pas donc ne soyez pas étonnés que je vous mette devant vos responsabilités. Sachez aussi que si vous voulez obtenir quelque chose de moi, la première chose à ne pas faire est de menacer mon père …

-Mais on ne le menaçait pas! s'écria Remus

-Vraiment? renifla Harry. En étant installé comme un tribunal, prêt à condamner mon père parce qu'il n'a pas réussi à vous protéger des conséquences de vos actes? Aux dernières nouvelles, c'est vous qui avez violé la loi, pas lui. La seule chose qu'il pourrait se reprocher, c'est de vous fournir des potions de soins à des bras cassés comme vous!

-Il le fait bien pour les mangemorts! grinça Hermione Granger

-Il l'a fait parce que quelqu'un de votre camp a eu la langue bien pendu et a bavé où il pouvait, rétorqua Harry. D'ailleurs, ce qui me fait penser … quelles étaient les conditions pour que tu leur fournisses tes potions? Il fallait qu'ils ne te mettent pas en danger, n'est-ce pas? On peut dire qu'ils ont lamentablement échoué, non?

-Exact, fils, confirma Severus. Je ne suis donc plus attaché au contrat que j'ai passé avec Dumbledore.

Ledit Dumbledore blêmit.

-Vous ne pouvez pas … protesta Albus.

-Mon implication n'aurait jamais dû sortir de l'Ordre et je n'aurais jamais dû être inquiété par Voldemort, siffla Severus alors que la majorité de l'assemblée frissonnait à l'entente du nom maudit. En plus, vous kidnappez mon fils et je devrais faire comme si rien ne s'était passé? J'étais déjà perdant dans cette échange, je ne vois pas pourquoi je devrais continuer. Vous avez joué, ne venez pas vous plaindre.

Père et fils tournaient déjà des talons quand Albus essaya une dernière tentative.

-Nous pourrions entraîner ton fils, proposa Albus. Je sens sa puissance brute, avec l'entraînement adéquat …

-Non merci, renifla Harry. Maître Uruklaï est amplement suffisant. N'est-ce pas, monsieur Maugrey?

-Tu ne t'embêtes pas, gamin, siffla Alastor. Si tu es partant, je serais ravi de danser avec toi.

-Avec plaisir, sourit Harry en se détendant un peu. Il ne tarit pas d'éloges sur vous. Si je me souviens bien, il vous qualifie de «vieux con qui a su enlever son balai dans le cul pour le mettre à sa jambe». Enfin, c'est une traduction approximative.

-Qui est-ce? demanda Hermione, énervée de ne pas savoir

-Maître Uruklaï est le chef de la guilde de combat, grogna Alastor. Il n'enseigne qu'à celles et ceux en qui il perçoit un potentiel certain en défense. Ce gosse va vous botter le cul sans transpirer.

-Mais vous êtes le meilleur auror! flatta maladroitement Ron

-Je suis bon parce que je sais quand un combat est perdu d'avance, corrigea sèchement Alastor. Je n'ai pas l'intention de me frotter à ce gamin parce que vous n'êtes pas capable de faire les choses correctement.

Harry et Severus hochèrent la tête en signe d'acquiescement, comprenant que l'auror se retirait officiellement de tout affrontement entre la famille Prince et Albus Dumbledore, malgré la grande amitié qui les liait.

-Sans excuses en bonne et due forme, je n'envisagerai pas de reprendre ma «collaboration» avec vous, décréta Severus. Au déplaisir de vous revoir.

Père et fils partirent sans être arrêtés.