Auteur : Nat. Eh ouais. Incroyable, hein.

Disclaimer : Blablabla Tolkien, blablabla rien à moi, blablabla le monde est injuste.

Warnings : Géographie valinorienne approximative et grosses extrapolations sur les modes de vie des Valar et Maïar. Et ce texte parle de chasseurs et d'animaux (plus ou moins) sauvages. Et Celegorm est (peut-être ooc et) obstiné comme pas deux, et se paie en plus le luxe de ne pas être un personnage particulièrement attachant.

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Chapitre 6

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Le lendemain, heureusement, fut plus calme. Pour tout ce que le petit d'elfe s'enflamma contre les sangliers, dépensant inutilement son énergie à râler, son aventure de la veille semblait pourtant avoir singulièrement refroidi ses ardeurs. Il ne s'en alla pas à la découverte de la forêt, se contentant de déambuler dans l'espace qu'il avait délimité en marquant les arbres. Il fit un saut à la rivière, où il nettoya énergiquement les vêtements que sa chute dans la boue avait sali, et il retourna au saule les accrocher dans les branches pour les faire sécher. Puis il alla se dégourdir un peu les pattes – et le loup s'aperçut vite qu'il se déplaçait avec plus de précautions qu'auparavant. Peut-être craignait-il de tomber sur la laie au détour d'un buisson.

Malgré tout, il apparaissait évident qu'il connaissait de mieux en mieux la partie de la forêt où il avait établi son territoire, et le loup ne tarda pas à constater qu'il n'avait presque plus besoin des arbres marqués pour retrouver son chemin. Il découvrit d'autres points d'eau, ce qui lui éviterait d'avoir à sans cesse revenir à son saule ou à la rivière pour remplir sa gourde. Avec une certaine satisfaction, le loup remarqua qu'il savait apparemment reconnaître certaines racines et plantes comestibles. Quand il n'était pas sûr de lui, cependant, le petit blond goûtait de minuscules portions de la plante ou du fruit qu'il avait trouvé. Si le goût ne lui convenait pas, il recrachait aussitôt sa bouchée. Si, au contraire, il ne lui trouvait rien de déplaisant, il retentait l'expérience un peu plus tard avec une plus grosse portion. Si cette plus grosse bouchée ingurgitée ne le faisait pas vomir et ne lui donnait pas de vertige, il estimait que la plante ou le fruit pouvait agrémenter ses repas. Mais si elle le rendait malade (cela arriva une fois), il n'y touchait plus. Une fois, il passa la moitié d'une heure dans une petite clairière à ramasser de minuscules pousses de hêtres tout juste sorties de leurs faînes. Il s'en fit une salade qu'il mangea assis sur le gros rocher de sa cachette en expliquant à l'arbre :

« Je suis désolé de manger tes amis, arbre, mais j'ai faim tu sais. Et puis, ils ne font pas une mauvaise salade. Ma mère faisait ça, quand je voyageais avec elle dans les terres sauvages au nord de la maison. Mais elle, elle prévoyait de la vinaigrette. Tu sais ce que c'est, de la vinaigrette ? Il faut utiliser de l'huile, et du vinaigre, et de la moutarde, et… »

Le garçon parlait souvent à l'arbre.

Plus d'une fois, il retourna à sa nasse dans la rivière. Parfois, il y trouvait un petit poisson pris au piège. C'était un bon point pour lui, car sa construction de collets ne s'améliorait pas vraiment et il était arrivé à bout de ses réserves de nourriture. Pourtant, il ne semblait pas décidé à s'en aller. Le loup commença donc à se demander s'il n'allait pas rester là jusqu'à ce qu'Oromë l'acceptât à ses côtés ou ne le ramenât lui-même chez les siens en le tenant par l'oreille. Ce qui, il fallait le reconnaître, donnerait un spectacle des plus cocasses.

Deux jours s'écoulèrent encore. Il y avait à présent neuf entailles sur le bâton que le garçon gardait auprès du vieux saule, et le loup devait bien s'avouer qu'il s'interrogeait un peu. Ce petit était bien jeune, encore un enfant, mais aucun adulte ne venait le chercher. N'avait-il donc pas de meute, personne pour s'inquiéter de lui ? A moins qu'il y eût effectivement du monde pour se mettre à sa recherche, mais sans savoir où il était parti. Si cela n'avait tenu qu'à lui, le loup serait bien allé dans les villes de pierres où demeuraient les elfes pour les informer qu'on avait trouvé un de leurs petits dans les bois d'Oromë. Mais, s'il comprenait un peu les langues des elfes, il n'avait pas le pouvoir de les parler. De plus, il ne lui revenait pas de prendre ce genre de décision, et Naulë aurait été très mécontente qu'il se détourne de la mission qu'elle lui avait confiée. Aussi se contentait-il de grogner et de rester caché, à observer ce drôle de petit bonhomme –et à s'amuser de ses essais et déboires de chasseur débutant.

Il s'améliorait, c'était indéniable. Il avait encore déplacé sa nasse, la calant cette fois au beau milieu de la rivière, espérant augmenter ses chances d'attraper de plus gros poissons. Il avait atteint ce point en sautant de roche en roche, car le courant était trop fort et l'aurait sans doute emporté s'il avait essayé de nager. Il avait aussi caché d'autres nasses près des rives, et il était à présent rare qu'il ne trouvât pas un petit poisson dans l'une d'entre elles. Sa nourriture se composait tout de même principalement de baies et de racines, même s'il faisait aussi plus attention à sa chasse : il observait mieux les traces des animaux, même s'il ne savait toujours pas les interpréter correctement. Il se déplaçait un peu moins bruyamment et plaçait presque correctement ses pièges. Mieux encore, il avait enfin compris comment fabriquer un collet efficace et il parvint même à piéger un lapin. C'était un jeune, à peine plus qu'un lapereau, et qui n'était pas plus expérimenté qu'il n'avait de viande sur les os, mais le garçon en jubila tout de même. Ce devait être sa première vraie prise, songea le loup en le regardant effectuer une danse de la victoire tout à fait comique, son lapereau tenu par les oreilles.

« Si les autres me voyaient ! s'exclama le garçon, ravi. Qu'est-ce que Nelyo serait fier de moi ! »

Et soudain, il eut l'air triste. C'était quelque chose que le loup avait déjà observé. Le garçon était toujours en action, autant que possible, depuis son réveil jusqu'à son coucher. Il s'agitait tout le temps, et lorsqu'il prenait le temps de se poser quelque part, son air pensif ne tardait pas à se muer en tristesse. C'était dans ces moments, le plus souvent, qu'il se mettait à parler à l'arbre. Le loup en déduisit qu'il devait se sentir seul. Lui aussi se sentait seul, un peu. Il devait bien le reconnaître. La meute lui manquait, surtout les plus jeunes. Il lui tardait de retourner jouer avec eux. Mais sa place était ici, à surveiller le petit d'elfe.

Ses joues s'étaient creusées, et il avait le poil plus terne que lorsqu'il était arrivé. Il sembla au loup qu'il s'essoufflait aussi plus rapidement. Il perdait des forces, et le loup ne s'expliquait pas pourquoi. Ce fut en le voyant manger son petit lapin qu'il comprit. L'animal avait été dépecé maladroitement (encore des gestes que l'elfe blond n'avait apparemment pas l'habitude d'effectuer), sa peau et ses entrailles abandonnées là où le garçon l'avait ramassé. Il n'avait effectué aucun des rites du culte d'Oromë, et n'avait ni enterré les restes pour les rendre à la terre et éviter les charognards ni pensé à les éloigner pour attirer les prédateurs loin de son territoire. Peut-être ne connaissait-il pas les rites, et avait-il trop faim pour s'inquiéter du reste. Le loup gronda entre ses crocs et l'envie d'intervenir le brûla, mais il sut se contenir. Et voir le garçon cuire sur un feu laborieusement allumé le peu de viande obtenue le poussa à réfléchir. Cet enfant était en pleine croissance. Peut-être ne mangeait-il pas assez, ou sa nourriture n'était-elle pas adaptée ? Il ne savait pas. Mais ce petit manquait de quelque chose, c'était évident. Cela risquait de rapidement devenir un problème pour lui.

Ce soir-là, une dixième encoche s'ajouta sur le bâton à entailles. Le matin suivant, après avoir brossé ses poils avec son petit instrument à dents, le garçon jeta sa sacoche sur son épaule et informa le vieux saule qu'il allait à la rivière se laver et nettoyer ses habits. Mais au moment de sortir de son abri, il s'arrêta et demeura interdit quelques secondes, inspectant avec attention les branches tombantes de l'arbre. Il saisit une liane feuillue, délicatement, et fronça les sourcils. Lorsqu'il la lâcha, le loup remarqua que sa paume luisait d'humidité.

« Pourquoi pleures-tu ? demanda-t-il à l'arbre. Je ne vais pas loin. Je reviens tout de suite ! »

Et il s'éloigna, le loup lui emboîtant discrètement le pas. Arrivé au bord de la rivière, le garçon ne perdit pas de temps pour se laver. Une fois ceci fait, il se rhabilla aussitôt car le fond de l'air s'obstinait à rester frais. Il enfila ainsi les premiers vêtements qu'il portait lorsqu'il était arrivé : sa robe blanche déchirée jusqu'à mi-cuisse et sa tunique rouge affreusement peu discrète. Ses collants sales, la tunique beige et le surcot vert se trouvèrent bien vite immergés dans les flots clairs de la rivière, plus gonflés que d'ordinaire. Le garçon les frictionnait vigoureusement avec son petit objet à nettoyer. Le loup le regarda faire un instant, s'interrogeant sur l'utilité d'une telle activité. Il avait remarqué un phénomène étonnant : lorsque l'enfant elfe avait changé d'habits la première fois, ceux-ci embaumaient d'une odeur particulière, une odeur fruitée qui n'était pas celle du petit blond. Mais à force de les porter, cette senteur étrange avait disparu, le garçon les imprégnant peu à peu de son odeur corporelle. Et maintenant qu'ils sentaient comme lui, voilà qu'il en changeait de nouveau… pour en mettre d'autre avec ce parfum qui n'était pas le sien. Etait-ce une tentative de dissimuler son odeur pour tromper d'éventuelles proies ? Le loup savait que certains animaux utilisaient ce genre de stratégies pour chasser ou échapper aux chasseurs. Mais une telle précaution de la part de cette graine de chasseur-là lui paraissait… surprenante.

Il en était là dans ses réflexions lorsque son attention fut attirée par une toute autre odeur, qu'il connaissait bien. Sans un bruit, le loup tourna le dos à la rivière et, s'aplatissant dans les fourrés, il en chercha la source des yeux. Source qu'il trouva bien vite. Une biche de quelques printemps marchait lentement à l'ombre des grands arbres, à la recherche de quelques touffes d'herbes appétissantes. Le loup se sentit saliver rien qu'à la voir déambuler à quelques mètres de lui. Elle s'arrêta pour brouter un peu. Il n'y avait pas trace d'un troupeau aux environs et elle n'avait pas remarqué la présence du grand carnivore. Le loup se lécha les babines. C'était une véritable aubaine qui se présentait devant lui, d'autant plus (il venait d'en prendre brusquement conscience) qu'il mourrait de faim.

Le loup jeta un regard en arrière, par-dessus son épaule. Le garçon avait fini sa lessive et achevait d'étendre ses habits fraîchement lavés sur les pierres plates que les rayons dorés de Laurelin chauffaient paresseusement. Puis il entreprit de vérifier les nasses qu'il avait disséminées le long de la berge. Le loup hésita. Cette activité ne l'occuperait pas très longtemps et il ne devrait pas s'éloigner de l'enfant, mais la biche était une proie tellement tentante… Celle-ci, curieuse, avait relevé la tête en entendant les bruits d'éclaboussures provoqués par la recherche des poissons pris au piège. Mais elle devait s'être habituée à la présence du petit blond ou se juger en sécurité, car elle se contenta de s'écarter de quelques mètres, s'en allant brouter les touffes d'herbe à l'ombre des grands arbres. Le loup retroussa ses babines noires sur un grondement silencieux. Elle lui tournait à présent le dos, totalement inconsciente de sa présence. Le vent soufflait son odeur de prédateur vers la rivière, à l'opposé de sa cible. Il n'avait qu'à s'approcher un peu, discrètement, dissimulé dans les fourrés, et sauter…

Avec mille précautions, le loup rampa vers sa proie, profitant du clapotis de l'eau offert par le petit elfe et qui couvrait le discret bruissement des herbes hautes s'écartant sur son passage. Ses grands yeux verts se plissèrent ; il n'avait plus que deux mètres à franchir. Ses pattes se posaient sans bruit sur l'humus qui embaumait, masquant son odeur. Plus qu'un mètre… Le loup se ramassa, prêt à bondir.

Et soudain, tout comme la biche, il se figea. Comme elle, il dressa l'oreille. De la rivière, derrière lui, était venu le son caractéristique d'un poids jeté dans l'eau, accompagné d'une exclamation de surprise. Et la biche détala. Le loup, lui, fit volte-face. Il bondit, effectivement, mais seulement pour se rapprocher de la berge à présent déserte.

Par Oromë, le garçon n'était tout de même pas… ?

Le loup balaya des yeux le bord de la rivière. La sacoche du jeune elfe blond était posée près de ses vêtements mis à sécher. Un petit poisson aux écailles luisantes, à peine plus long que la main du garnement, gisait à côté. Quelques pas plus loin avaient été abandonnées les bottines dont le cuir n'était plus aussi verni qu'auparavant. Des chaussettes y avaient été hâtivement tire-bouchonnées. Pas de trace du garçon à droite, pas plus à gauche, et le loup commença à s'inquiéter. D'un second bond, il se propulsa sur la rive caillouteuse, immergeant même ses pattes antérieures. Le garçon avait dû essayer de se rendre au milieu de la rivière en sautant de rocher en rocher, comme il l'avait fait de nombreuses fois, pour vérifier sa dernière nasse… mais serait-il tombé ? Avait-il déjà été emporté par le courant ? Ou avait-il réussi à se raccrocher quelque part ?

Le regard anxieux du loup parcourut nerveusement la rivière, cherchant à y découvrir la chevelure d'or pâle de son petit protégé. Il finit par l'apercevoir, un peu en aval des deux roches entre lesquelles la nasse avait été coincée. Tombé dans l'eau en essayant de dégager son piège à poisson, le garçon était parvenu à s'agripper à un autre rocher avant que le courant ne l'emporte trop loin. Il essayait de s'y hisser. Mais le rocher devait être glissant, ou ses vêtements gorgés d'eau trop lourds, ou ses bras trop faibles : il n'eut pas la force d'y grimper. Pire encore : son effort lui fit lâcher prise et le courant l'emporta aussitôt, trop puissant pour que le garçon affaibli ne pût nager vers la rive.

Le loup s'élança aussitôt, cavalant le long de la rivière, peu inquiet de se faire repérer à présent. Il vit la tête blonde passer sous la surface de l'eau, une fois, deux fois… La troisième fois, elle ne reparut pas. Sans plus attendre, le loup se jeta à l'eau. Il fut surpris par la force du courant qui le happa. Certes, la rivière avait toujours été tumultueuse, mais à ce point ! Même lui devait fournir des efforts pour lutter contre le courant, et il avait des pattes autrement plus puissantes que celles d'un enfant elfe à moitié affamé. Peut-être était-ce les averses des jours précédents qui avaient gonflé les flots ?

Dans un dernier effort, le loup se porta au niveau du garçon, dont la tête avait à nouveau émergé mais qui peinait à se maintenir en surface. Il était cependant encore assez conscient pour avoir l'idée de s'agripper au pelage de l'immense bête, à moins qu'il ne s'agît que d'un simple réflexe de survie. Le loup nagea alors vers le rivage, avec régularité, ménageant ses forces et tâchant de garder la tête du petit elfe hors de l'eau. Enfin, tous deux se hissèrent sur la berge où le garçon s'écroula, toussant et crachant de l'eau par le nez et par la bouche. Le loup s'ébroua, peu soucieux de couvrir d'une multitude de gouttelettes le blondinet déjà trempé jusqu'à l'os. Jamais auparavant n'avait-il nagé avec autant de vigueur, et il ne se sentait pas peu fier d'avoir réussi à ramener l'enfant des elfes en sécurité sur la terre ferme.

Celui-ci devait être frigorifié, car il ne cessait de trembler. Le premier mouvement du loup fut de s'approcher pour vérifier qu'il allait bien et, peut-être, l'aider à se réchauffer. Il s'attendait vaguement à un mouvement de recul de la part du garçon, car leur précédent face à face n'avait pas été des plus engageants. Mais, à sa grande surprise, le petit garçon ne chercha pas à le fuir lorsqu'il approcha sa truffe pour le sentir. Il se contenta de se recroqueviller sur le sol, grelottant de plus belle, les épaules secouées de brusques soubresauts. De l'eau coulait encore sur son visage, sortant à présent de ses yeux rougis, et le loup considéra avec étonnement ce surprenant phénomène.

« Maman, répétait l'enfant blond d'une voix tremblotante, mamaaaaan… »

Et l'eau coulait derechef sur ses joues. Désarçonné par ce comportement singulier, le loup s'approcha jusqu'à frôler l'épaule frémissante du bout de son museau. Et le garçon sembla exploser. Il repoussa violemment le loup, comme s'il s'agissait d'un paisible herbivore, les joues rouges et les yeux lançant des éclairs.

« Va-t'en ! cria-t-il d'une voix plus aiguë que d'ordinaire. Laisse-moi ! Je veux maman ! DEGAGE ! »

Le loup s'assit, interloqué, se demandant ce que tout cela pouvait bien signifier. Le garçon était-il triste ou en colère ? Pouvait-il être les deux en même temps ? Et pourquoi était-il donc l'un ou l'autre ? Le loup ne venait-il pas de lui sauver la vie ?

Il est furieux, conclut le loup lorsque le garçon saisit une pierre avec l'intention évidente de la lui lancer. Il dénuda donc ses crocs blancs et gronda, le regard lourd de menace. La petite main lâcha la pierre qui tomba sur la terre mouillée avec un bruit mat. Le jeune elfe resta figé une seconde puis la colère déserta ses traits aussi rapidement qu'elle y était apparue. Il lâcha un sanglot étouffé et enfouit dans ses bras son visage ruisselant de l'eau de ses yeux.

Le voilà triste, à présent, songea le loup. Il pouvait le sentir, aussi sûrement qu'il sentait la peur de ses proies. La détresse du garçon était presque palpable. Il fit alors ce qu'il avait toujours vu Naulë faire dans ces cas-là, quand les louveteaux de la meute couinaient à fendre l'âme : il donna à l'enfant d'affectueux petits coups de museau et de langue râpeuse. Cette fois-ci, le petit blond ne le repoussa pas. Il se pressa contre son flanc lorsque le loup s'allongea près de lui, cherchant le réconfort de sa chaude et douce fourrure. Sentant à travers l'épaisseur de son poil les tremblements du garçon, le loup le laissa faire. Au bout d'un moment, il s'aperçut qu'il s'était endormi contre lui. Il ressemblait vraiment aux petits de la meute, à cet instant, et le loup choisit de rester – aussi bien pour continuer à le réchauffer que pour veiller sur son sommeil.

Lorsque les rayons de Laurelin atteignirent leur zénith, le loup se releva doucement. Le garçon somnolait toujours. Sa mésaventure dans la rivière semblait l'avoir complètement vidé, lui qui débordait pourtant toujours d'énergie. Maintenant qu'il le voyait de près, le loup remarqua qu'il dormait d'une manière étrange : il avait la respiration lente et régulière, le corps au repos, mais ses yeux restaient mi-clos. Peut-être les elfes pouvaient-ils dormir les yeux ouverts, comme les lapins ? Voilà qui était pour le moins étrange.

Penser aux lapins lui amena l'eau à la bouche. Les efforts qu'il avait fourni pour tirer le garçon des griffes aqueuses de la rivière lui avaient encore plus creusé l'appétit. Par ailleurs… Le regard vert du loup se reporta sur la frimousse auréolée de boucles blondes du petit elfe endormi contre lui. Doucement, pour ne pas le réveiller, il se leva. Il savait parfaitement de quoi l'enfant avait besoin pour être requinqué après une telle épreuve.

Sans un bruit, la truffe au ras du sol, à la recherche de la piste la plus fraîche, le loup s'éloigna.

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Bonne année 2025 !

Je vous souhaite à toutes et tous une excellente santé et toute la réussite possible dans vos projets !