Cette fic est écrite dans le cadre de la 178ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Calme". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Minerva n'avait pas bien dormi cette nuit-là. Elle avait beau savoir que, jusqu'à présent, elle avait toujours réussi à plus ou moins gérer cette journée particulière, elle en venait à la redouter et l'appréhender au point de dormir de moins en moins bien une semaine auparavant. Elle aurait eu besoin de sommeil, pourtant, pour se préparer à cette journée cataclysmique. Mais ce fut avec résignation qu'elle éteignit son réveil avant qu'il ne sonne et qu'elle se leva en pensant avec impatience au moment où elle pourrait revenir dans ce lit ce soir.
Quitte à être debout largement en avance, elle en profita pour anticiper: Chaque mauvais coup déjoué avant que les élèves ne se lèvent serait toujours ça de pris. Si les maraudeurs n'avaient besoin d'aucune date particulière pour semer le trouble dans l'école, ils accordaient une importance primordiale à la date du 1e avril et elle ne se souvenait plus d'une époque où ils n'étaient pas encore élèves ici et où cette journée en était une comme les autres. Depuis six ans qu'ils étudiaient ici, elle savait qu'ils s'attacheraient à transformer Poudlard en un vaste champ de bataille dont les armes seraient les farces, attrapes et sortilèges de canulars en tous genres et elle ne pouvait que se préparer à limiter au maximum la casse.
Elle entra dans la salle commune des Gryffondors, encore sombre et silencieuse, qui jouxtait ses appartements et pointa sa baguette sur le dortoir des garçons de sixième année:
- Hominis Revelio !
Un souffle d'air partit de sa baguette et, une seconde plus tard, quatre ondes dorées revinrent dans sa direction. Les quatre maraudeurs étaient bien présents dans leur dortoir à cette heure matinale. Légèrement rassurée, elle sortit de la salle commune et partit faire une ronde dans les couloirs. Elle s'attarda particulièrement dans la Grande Salle mais, après avoir lancé la plupart des contre-maléfices qu'elle connaissait, dû reconnaître qu'aucun piège ou sortilège n'y avait été jeté. Elle inspecta rapidement les salles de classe et les principaux couloirs qui permettaient de les rejoindre sans plus de succès. Au bout d'une heure et demie d'inspection et alors qu'un léger brouhaha emplissait le château au fur et à mesure que les élèves se levaient, elle dut admettre que, quoi qu'aient prévu les maraudeurs pour semer le trouble aujourd'hui, ils ne l'avaient pas encore mis en place. Elle rejoignit la table des professeurs à la Grande Salle, à laquelle le professeur Dumbledore et le professeur Slughorn étaient déjà attablés.
- Vous n'avez pas l'air d'avoir très bien dormi, Minerva, nota Dumbledore en dévisageant ses cernes.
- Difficile quand on appréhende cette journée, Albus…
- Vous craignez les inventions de nos fauteurs de trouble en chefs ? devina-t-il. J'avoue avoir également eu un pressentiment et avoir jeté un sort de surveillance sur leur dortoir hier soir. Je peux vous assurer qu'aucun d'eux n'en est ressorti cette nuit.
- Oui, ils y étaient encore il y a une heure et je n'ai rien détecté de suspect dans le château. Pour l'instant tout semble calme…
- Pour l'instant, confirma Slughorn. Je suis bien content de ne pas les avoir en cours aujourd'hui, l'an dernier ils avaient envoyé des pétards explosifs dans les chaudrons de tous mes élèves de Serpentard!
- Je les ai à onze heures et j'avoue avoir peur de ce qui risque de me tomber dessus si tout reste calme jusque-là, grommela McGonagall.
- Allons, hauts les cœurs! l'encouragea Slughorn. Ce n'est qu'une journée à passer, nous avons toujours géré du mieux que nous le pouvions et nous allons recommencer !
Elle acquiesça mais ne put s'empêcher de garder un œil soupçonneux sur les quatre élèves qui franchissaient à l'instant les portes de la Grande Salle.
Tout était resté calme durant la matinée et ce fut avec tout autant de soupçons que Minerva regarda entrer les quatre maraudeurs dans sa classe à onze heures. Ils étaient spécialistes dans l'art de cultiver le calme avant la tempête et plus longtemps cette situation durerait, plus le choc serait terrible. Elle savait, elle sentait que, pour que rien ne se soit passé, c'est qu'ils se ménageaient pour son cours. Pourtant, ils paraissaient attentifs lorsqu'elle expliqua la leçon du jour et appliqués lorsqu'ils sortirent leurs baguettes pour s'exercer. Elle ne les lâchait pas du regard, veillant scrupuleusement aux sortilèges qu'ils lançaient, mais ils se contentèrent d'appliquer – avec pas mal de succès, elle dut le reconnaître – les exercices qu'elle leur avait demandés. Lorsque la cloche sonna la fin du cours, elle parcourut une dernière fois du regard l'assemblée de ses élèves comme pour confirmer que tout était bel et bien normal et les autorisa à sortir.
- Ah chouette ! s'exclama Sirius. Je meurs de faim !
Il se précipita en dehors de la classe, suivi par ses acolytes, et Minerva sentit son souffle se figer. Bien sûr qu'ils allaient agir maintenant, en se dépêchant de sortir de son cours et en sachant qu'ils auraient quelques minutes d'avance avant qu'elle-même ne range tous les accessoires utilisés pour les exercices du jour! Laissant tout en plan, elle se dépêcha de mettre dehors les quelques élèves qui traînaient avant de se précipiter à la suite des maraudeurs. Elle arriva dans le hall d'entrée au moment où ceux-ci s'engouffraient dans la Grande Salle et, quand elle entra à leur suite, elle les vit se ruer sur la table des Gryffondors.
- Du hachis parmentier ! s'exclama Sirius l'air ravi. Je vous jure je pourrais en manger un plat entier avant d'être entièrement rassasié !
- Laisse-en pour les autres Patmol ! protesta Peter.
Minerva resta stoïque, dévisageant pendant quelques secondes les maraudeurs qui se partageaient à eux seuls un plat entier de hachis. Ce n'était pas possible, ils n'avaient pas pu se ruer hors de son cours avec une telle précipitation, à une heure où tout Poudlard serait réuni dans une même pièce du château, uniquement parce qu'ils avaient faim ?
- Tout va bien Minerva ? demanda la professeur d'astronomie en la rejoignant.
- Oui oui, affirma-t-elle en sortant de ses pensées. Juste… Dites-moi, vous n'avez rien remarqué d'inhabituel aujourd'hui ?
- Non pourquoi ?
- Pour rien… C'est juste… Trop calme, avoua-t-elle en scrutant une nouvelle fois du regard la foule des élèves. Je crois que je n'aime pas trop quand c'est trop calme.
- Quoi, vous préféreriez affronter les frasques habituelles des quatre fauteurs de trouble de votre maison ?
- Oh je ne dirais pas que je préférerais, mais… Disons qu'au moins, je saurais à quoi m'en tenir…
Elles traversèrent la salle pour aller s'asseoir à la table des professeurs et, à l'instant où elles dépassaient les tables des élèves, plusieurs éclats de rire bruyants résonnèrent au-dessus du brouhaha habituel. Minerva se retourna vivement en tirant sa baguette et un intense sentiment de soulagement l'envahit: Peu importe à quoi elle avait affaire, elle n'avait plus qu'à le gérer et non à l'attendre avec angoisse. Mais elle déchanta en voyant des élèves de première année jouer à jeter des sorts de lévitation sur des poissons en parchemin afin qu'ils aillent se coller dans le dos de leurs condisciples. Prise d'un doute, elle tourna la tête vers les maraudeurs qui, s'ils avaient levé la tête avec amusement pour voir le spectacle, ne s'étaient pas levés de leurs bancs pour autant. Soupirant profondément en secouant la tête, Minerva rejoignit sa place à la table des professeurs où Slughorn supposa :
- A l'évidence, vos protégés semblent avoir décidé de se tenir à carreaux cette année ?
- Je n'y crois pas une seconde, trancha-t-elle. Ils préparent quelque chose, c'est évident, cela se lit sur leurs visages !
Slughorn releva les yeux vers James qui attrapait deux parts de tarte au citron et en déposait une dans l'assiette de Sirius d'une main tout en dévorant l'autre en même temps. Il se retourna vers Minerva avec un regard d'incompréhension mêlé d'inquiétude.
Ce n'était pas possible. Les cours venaient de se terminer et toujours rien n'était arrivé. Peu en importait la raison ou même ce que les maraudeurs planifiaient, Minerva en aurait le cœur net. C'est ainsi qu'aussitôt après avoir libéré ses élèves, elle se transforma en chat afin de pouvoir suivre discrètement les quatre élèves qui plaisantaient gaiement. Après leur dîner, elle se faufila dans la salle commune des Gryffondors et se tapit dans un coin d'où elle pourrait tout observer sans être vue même pour les regards les plus attentifs. Les maraudeurs y entrèrent rapidement et s'installèrent dans un canapé devant le feu. Peter s'entraîna bien à lancer quelques étincelles de couleurs différentes qui firent rire deux élèves de première année, mais James et Sirius, poussés par Remus, s'attelèrent à leurs devoirs qu'ils firent jusqu'à 23 heures, lorsqu'ils partirent se coucher. Prise d'un doute, elle monta tout de même la garde jusqu'à ce qu'une cloche sonne minuit et la fin officielle de cette journée. Sans savoir qu'en penser, elle se résolut à sortir de sa cachette et rentrer dans ses appartements.
- Ca y est, déclara Sirius allongé sur son lit devant la carte du maraudeur, McGo est repartie dans ses quartiers.
- OK je dois officiellement le reconnaître Lunard, tu es un véritable génie! s'exclama James.
- C'était génial ! confirma Peter.
- Vous avez vu ? ricana Remus. Avec ce que vous lui en avez fait voir les années précédentes, vous n'aviez pas besoin de faire les quatre cents coups pour la rendre complètement folle. Je suis sûre que c'était la journée la plus stressante de toute sa carrière !
- C'est quand même beau, reconnut James. Rendre les professeurs fous et paranos simplement en ne faisant rien…
- C'est peut-être ça, le vrai succès des maniganceurs de mauvais coups? suggéra Sirius. Quand, le jour où vous décidez de ne rien faire, ça fait complètement pêter un plomb à tous les profs parce que le château est trop calme, c'est définitivement qu'on a atteint le sommet de la gloire.
En espérant que ça vous ait plu !
