23 Mai 1998
Dorea faisait les cents pas, de long en large devant la salle d'audience numéro dix. De part et d'autre, Drago, Harry, ses amis et sa famille étaient installés sur les bancs, mais tous demeuraient silencieux, chacun plongé dans ses pensées.
La jeune femme sentit la nausée monter une nouvelle fois, à l'instar des deux dernières semaines qui s'étaient écoulées. Elle lança un coup d'œil en direction de Drago, qui balançait nerveusement sa jambe, produisant un bruit de talons à rythme régulier sur le sol marbré.
Ils ne s'étaient pas beaucoup adressés la parole durant ces deux dernières semaines. L'une appréhendant son futur interrogatoire qui aurait lieu après les multiples procès intentés contre les mangemorts enfermés à Azkaban, qui se déroulaient chaque jour depuis maintenant une semaine. L'autre, tout simplement apeuré par un avenir qu'il entrevoyait si ses parents finissaient leurs jours à Azkaban.
Dorea avait ainsi constaté que Drago s'était refermé sur lui-même. Mais pouvait-elle réellement lui en vouloir ? Non. Elle aurait agi de la même manière à sa place. Il aimait ses parents, et malgré la rupture qui s'était formée entre eux trois, Narcissa et Lucius Malefoy restaient ses parents, son père et sa mère. Bien évidemment qu'il souhaiterait que tout se termine de la meilleure des façons. Mais il en doutait, et elle aussi.
Brusquement, un coup de marteau résonna dans la salle d'audience, puis la porte s'ouvrit sur Maître Hartmann, suivi de Narcissa Malefoy. Elle n'était ni menottée, ni même accompagnée par des aurors. Elle était libre.
Drago se leva lentement, écarquillant les yeux sous le coup de la surprise. Puis, réalisant que sa mère, qu'il aimait tant, affichait un grand sourire rassurant, il se jeta dans ses bras.
Dorea put voir ses épaules tressaillir, tandis que des larmes de soulagement coulaient sur les joues de la femme.
Le blond se recula, et à cet instant, Lucius sortit à son tour, accompagné par deux aurors de chaque côté, les mains menottées. Devant le regard interrogatif de l'assemblée, l'avocat se tourna vers eux.
- Comme vous l'avez compris, Narcissa Malefoy est libre. En revanche, pour Monsieur Malefoy, c'est un peu plus compliqué. Ils vont l'emmener à Azkaban et sa baguette va être…
Pardessus l'épaule de l'avocat, un bruit de cassure se fit entendre. Ils dirigèrent leur regard vers l'entrée, où se trouvait le père de Drago et les aurors qui l'accompagnaient. L'un d'eux venait de briser en deux la baguette de Lucius.
- Pendant… combien de temps… ?
- Pendant combien de temps est-il emprisonné ? termina l'avocat.
Dorea hocha la tête.
- Il a pris onze ans. À la suite de cela, il pourra sortir seulement si l'agent de réinsertion et le psychomage qui vont le suivre tout au long de son enfermement donnent leur accord. Et… s'il trouve un bon avocat, ajouta-t-il à mi-voix.
- Que voulez-vous dire ? interrogea Blaise.
- Eh bien, le Magenmagot est décidé à enfermer à perpétuité tous les mangemorts notoires de cette communauté. Monsieur Malefoy ne fera pas exception à la règle. Et son épouse n'est libre que parce que vous, Monsieur Potter – David se tourna vers Harry – vous avez témoigné en sa faveur et qu'elle a assassiné Bellatrix Lestrange. De plus, elle ne porte pas la marque. Mais pour le reste… cela risque d'être compliqué.
Dorea et Harry échangèrent un bref regard, tous deux ayant la même pensée, accompagnée des mêmes craintes.
Lucius Malefoy, tenu par les deux aurors, passa devant son épouse et son fils. Narcissa enlaça le blond et l'embrassa avec passion, surprenant les témoins de cet élan d'affection entre eux. Puis, lorsque Lucius se recula, il tourna son regard vers Drago. Tous deux se dévisagèrent un instant, puis le père fut tiré par les aurors, contraint d'avancer, ne lui laissant pas le temps de faire ses adieux à sa famille.
Toutefois, il s'arrêta juste devant Dorea, qui se tenait non loin. Il se pencha vers elle puis lui chuchota pour qu'elle seule puisse entendre ses mots.
- Je sais que vous ferez tout votre possible pour rendre heureux mon fils. Mais lui, vous décevra encore et encore. Et j'en suis désolé… Lady Artwood.
Puis Lucius se recula, l'observa une dernière fois avant qu'un des deux aurors ne le traîne vers les escaliers montants.
Dorea se tourna vers Drago, qui, lui, fronçait des sourcils, face à la scène qui venait de se dérouler devant lui.
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24 Mai 1998
Dorea était allongée sur le sable, observant le ciel étoilé, quand elle perçut des pas s'approcher doucement d'elle. Elle se redressa sur ses coudes et vit que Drago était revenu du Manoir. Il prit place à ses côtés, soupirant de lassitude.
- Comment va ta mère ? s'enquit Dorea.
- Pas aussi bien qu'on pourrait le croire, si tu veux mon avis.
- Mmh…, approuva Dorea.
- C'est étrange… Elle est soulagée d'être libre et… reconnaissante même. Mais également très triste.
- Comment veux-tu qu'il en soit autrement ? Son mari vient de prendre onze ans à Azkaban, dit pensivement la jeune femme en se rallongeant sur le sable.
- À propos, tu veux bien me dire ce que mon père t'a chuchoté avant d'être emmené de force par les aurors ?
- Il m'a dit que je pourrais te rendre heureux.
Drago arqua un sourcil.
- Sérieusement ?
- Ça et le fait que, malgré tout, tu me décevras encore et encore.
Il s'esclaffa puis jura dans sa barbe.
- C'est ton père, Drago, tu sais comment il est, souffla Dorea.
- Oui, je sais.
Le silence revint durant plusieurs minutes, tous deux plongés dans leurs pensées. Puis Drago dit :
- Je crois que ce n'est pas facile pour ma mère de retourner vivre au Manoir.
- Si tu veux mon avis, il faudrait raser ce Manoir et en construire un nouveau.
- Ce Manoir a été construit sous l'égide de Guillaume le Conquérant, répondit Drago. Il l'a offert à Armand Malefoy pour services rendus au Royaume. Je ne crois pas que ma mère soit prête à raser le manoir, même pour cela.
Le silence revint entre le couple. Tous deux contemplèrent les étoiles scintiller tandis que les vagues allaient et venaient, non loin de là où ils se trouvaient.
- La dernière fois que l'on s'est retrouvés ici, tous les deux…
- …tu me demandais de t'épouser, termina Dorea.
Drago lâcha un soupir, puis pivota la tête en direction de la jeune femme.
- Ces derniers temps, on… on n'a pas vraiment eu le temps de… parler tous les deux.
- On a chacun été préoccupés par nos soucis.
- Certainement.
À son tour, Dorea tourna la tête vers le jeune homme.
- Est-ce que c'est le moment d'avoir cette discussion que tous les couples ont à un moment donné ?
- Je le crois, en effet.
La rousse se mordilla la lèvre inférieure, et Drago roula son corps pour se retrouver au-dessus d'elle, se maintenant sur ses mains qu'il disposa de chaque côté de sa tête.
- Je t'avoue que je n'avais jamais envisagé cet avenir, murmura Dorea.
- De quel avenir parles-tu ?
- Cet avenir… ensemble. Je pensais être morte ou bien terminer mes jours à Azkaban…
Elle s'interrompit brusquement. Puis, poursuivant avec une certaine ironie dans la voix, elle ajouta :
- Quoique… cette dernière option n'est pas exclue.
- Ne dis pas ça ! s'outra le blond.
- J'ai tué des gens, Drago, protesta Dorea. Je…
Elle soupira.
- Je ne sais pas comment je peux me soustraire à cela, répondit-elle.
- Tu as entendu Maître Hartmann, lors de notre dernier entretien ? Ton frère va témoigner en ta faveur. Kingsley se porte garant. Et puis… tu étais sous contrainte. Tu n'avais pas le choix. C'était eux ou toi…
- Et si ce n'est pas suffisant comme défense ?
- Dott', tu es une héroïne de guerre. Chacun sait que ce n'est pas blanc ou noir et que parfois, on est obligé de faire des choses pour survivre. C'est la jungle. Tu ne termineras pas à Azkaban. Je ne le permettrai pas. D'accord ?
La détermination et l'espoir dont faisait preuve le jeune homme la troublèrent quelque peu. Il saisit alors son visage en coupe et ancrant ses orbes métalliques dans les siens avec une détermination manifeste. Dorea acquiesça d'un imperceptible signe de tête, puis il se pencha, posant délicatement ses lèvres sur les siennes, amorçant un baiser d'une extrême lenteur. La jeune femme pouvait sentir sa langue caresser la sienne avec douceur. Elle mordilla alors sa lèvre, et l'étreinte s'intensifia, la volupté du moment se métamorphosant en un instant de passion qui les dévorait tous deux, au point que chacun pouvait sentir le désir de l'autre augmenter. Drago frotta son sexe contre celui de la rousse, celle-ci percevant à travers la barrière de leurs vêtements qu'il prenait de l'ampleur à mesure qu'il bougeait leur bassin.
Dorea inversa les positions, roulant sur le jeune homme pour le chevaucher et s'attaqua aussitôt au bouton de son pantalon. Puis elle se redressa et ôta son tshirt. Après cela, elle se pencha, enleva son pantalon et son boxer, qu'elle jeta négligemment sur le sable, non loin de là. Enfin, elle posa ses lèvres sur son sexe, enhardie par les halètements de son petit ami.
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27 Mai 1998
Dorea se lavait les dents frénétiquement, son esprit plongé dans les pensées tourmentées d'une peur constante qui la tenaillait. Elle était libre pour le moment, mais combien de temps cette situation allait-elle durer ? Elle commençait à s'impatienter, ne sachant pas quand cette fichue audience aurait lieu… Alors qu'elle se baissait pour se rincer la bouche, elle sentit une présence dans son dos. Se retournant, elle vit sa meilleure amie, adossée contre le chambranle de la porte.
- Tu devrais arrêter de froncer des sourcils comme ça. Tu vas avoir des rides si ça continue.
- Tu n'es pas avec Blaise à faire je ne sais quelle galipette dans un recoin de couloir ? demanda Dorea, sur la défensive en saisissant la serviette pour s'essuyer la bouche.
Daphné arqua un sourcil amusé, et Dorea ferma les yeux de dépit, se morigénant d'avoir parlé ainsi à son amie.
- Désolée… C'est que… Je ne sais pas, en fait, murmura-t-elle.
- Tu es tendue en ce moment. Ne t'inquiète pas, je comprends. D'ailleurs…
Elle lui tendit alors la missive qu'elle tenait en main : une enveloppe au cachet du ministère de la Magie. L'ancienne Serpentard enfila rapidement son pantalon en flanelle puis se précipita vers la blonde pour lui arracher la lettre des mains et l'ouvrir prestement. Ses yeux parcoururent le parchemin avant de lâcher un long soupir, le cœur lourd.
- Alors ?
- Mon interrogatoire est fixé au cinq juin
- Le cinq juin ? répéta Daphné, légèrement dubitative. C'est… seulement dans dix jours.
- Oui et…
- C'est le jour où Drago fête ses dix-huit ans, ajouta la blonde pensive.
Dorea leva les yeux vers son amie, puis fondit subitement en larmes. Daphné la prit dans ses bras, tentant de la réconforter.
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5 Juin 1998
- Silence ! Je réclame le silence ! s'égosilla le Président-Juge du Magenmagot en martelant son maillet contre le rebord en bois de son pupitre.
L'homme, debout juste derrière, avait les cheveux grisonnants, la peau fripée et des lunettes fines et rectangulaires perchées sur son nez arrondi et rougeaud.
La salle d'audience numéro dix était pleine à craquer. Même la porte avait été ouverte pour laisser passer les journalistes qui ne voulaient pas perdre une miette de l'audience de Dorea. Cette dernière, en arrivant au ministère ce matin-là et en réalisant la foule de sorciers qui se bousculait pour avoir la meilleure place dans les tribunes, avait regretté de ne pas avoir anticipé sa célébrité, qui pourtant avait été propulsée au premier rang de la communauté, à l'instar d'Harry, Drago, Ron et Hermione. Elle avait surtout oublié de demander que cet interrogatoire se fasse à huis clos.
Qu'elle eût été sotte de croire que les sorciers de cette fichue communauté se désintéresseraient d'elle un mois seulement après leur victoire sur Lord Voldemort et ses sbires — la plupart d'entre eux étaient à présent emprisonnés à perpétuité à Azkaban.
Lorsque Dorea prit enfin conscience du cirque qui se déroulait dans cette salle où elle avait été simplement convoquée, elle se demanda si elle n'était pas dans un procès prématurément ouvert à son encontre. En songeant à Drago, qui était libre et innocenté à présent, elle tourna son regard vers lui. Il était assis au premier rang, entre Narcissa et… Astoria Greengrass.
Dès son entrée dans la salle, elle avait remarqué cette dernière, et depuis, elle réprimait la bête qui grognait au creux de son estomac.
Elle dévia alors son regard vers son frère, ses amis, sa famille ainsi que les Weasley au grand complet, installés juste à côté des Greengrass, avec Blaise faisant barrage entre Daphné et ses parents. La rousse, de son côté, était assise sur une chaise, ses pieds balançant légèrement, tressautant de temps à autre, comme si les menottes allaient définitivement la clouer sur l'assise.
Le silence revint dans la salle, et le Président-Juge du Magenmagot poursuivit.
- Bien, ayant pris connaissance des éléments rapportés par les mangemorts au service de Vous-Savez-Qui, ainsi que de l'interrogatoire de Monsieur Malefoy, qui a eu lieu hier, et des souvenirs du professeur Rogue, pouvez-vous, Miss Artwood, me décrire votre séjour au Manoir Malefoy ?
Un silence de plomb s'installait dans la salle, et Dorea parcourut l'assemblée d'un regard nerveux.
- Eh bien – elle déglutit – je… je suis arrivée juste après ma fuite de Poudlard avec Drago et le professeur Rogue…
- Nous connaissons tous les faits ici, Miss Artwood. Nous ne sommes pas là pour relater vos actions parmi les mangemorts. Nous voulons simplement savoir votre quotidien au Manoir Malefoy.
Dorea lança un nouveau coup d'œil à Drago. Cette fois-ci, Astoria se pencha vers lui, posant machinalement une main sur sa cuisse pour lui chuchoter quelque chose à l'oreille. La jeune femme eut l'envie de se lever et de brutalement dérober la tête de la brune. Mais la voix du Président-Juge la ramena à la réalité.
- Miss Artwood ?
- Euh…
Elle s'interrompit, retenant son souffle. Au bout de plusieurs secondes d'apnée, elle exhala, exaspérée.
- Que voulez-vous que je vous dise ? dit-elle avec un petit sourire contrit. Qu'imaginez-vous ? Lorsqu'on vit sous le même toit que Lord Voldemort, je peux vous assurer que l'on ne peut pas appeler cela un quotidien.
Dorea secoua la tête, baissant les yeux.
- La peur vous tenaille à chaque instant. Vous devenez simplement un animal parmi tant d'autres, tentant de survivre dans la fosse dans laquelle vous avez été jeté. Voilà la vérité.
Un bruissement parcourut l'assemblée alors que le Président-Juge attrapa un parchemin posé sur son pupitre.
- Selon une déclaration de Garrick Ollivander, vous avez, je cite "été contrainte de torturer Charity Burbage". M. Yaxley, mangemort à présent reconnu, a également assuré que vous avez effectué plusieurs missions aux côtés de Bellatrix Lestrange. Pouvez-vous me dire quelle était la teneur de ces missions, Miss Artwood ?
- Objection ! s'exclama David Hartmann, se levant de la tribune. Je croyais que vous connaissiez les faits et que l'on ne faisait pas l'état des actions de Miss Artwood chez les mangemorts.
- Ceci est un interrogatoire, Maître Hartmann. Je ne fais que poser une question.
- Vous avez les témoignages des autres sorciers qui ont côtoyé Miss Artwood lors de son séjour au Manoir Malefoy. Que vous faut-il de plus ?
- Sa version, Maître Hartmann, répondit sèchement le Président Juge, en observant avec sévérité l'avocat au-dessus de ses lunettes.
- Elle sera la même que celle de Monsieur Malefoy, ou que les autres mangemorts.
- Alors pourquoi interrompre cet interrogatoire, si toutes ces versions concordent, Maître Hartmann ? rétorqua le juge.
Dorea vit l'avocat serrer la mâchoire et comprit qu'il l'avait coincé. Le Président Juge, constatant qu'il avait réussi à réduire au silence ce dernier – qui reprit place sur le banc – reporta son attention sur la rousse.
- Voulez-vous bien répondre à la question, Miss Artwood ?
La jeune femme inspira et expira, fermant les yeux.
- Ces missions… elles étaient officiellement nommées : "missions de reconnaissance". Mais… nous savions que c'était un simple exutoire pour les mangemorts ayant une soif morbide de sang.
- Que… que voulez-vous dire, Miss Artwood ?
Dorea baissa les yeux, essayant d'éviter le regard du Président Juge. Des chuchotements s'élevèrent à nouveau dans les tribunes.
- Il… il y avait beaucoup de morts durant ces missions. Principalement des… moldus.
Le bourdonnement s'intensifia, mais la voix du Président Juge se fit plus forte.
- Êtes-vous en train de… déclarer, Miss Artwood, que vous avez participé activement à des assassinats de moldus ?
- Et de sorciers, murmura Dorea.
- Qu'avez-vous dit ?
La jeune femme releva lentement le regard et le planta sur le Président Juge.
- J'ai dit qu'il s'agissait également de sorciers.
- Vous reconnaissez donc que vous avez commis un meurtre ?
Le silence soudain de la salle était si intense que Dorea sentit un long sifflement dans son oreille droite. La réponse sortit de sa bouche sans qu'elle n'y réfléchisse une seule minute.
- À plusieurs meurtres, répondit-elle, d'une voix claire.
Un tumulte s'éleva au-dessus des gradins, certains sorciers se levant même pour injurier la jeune femme. Dorea perçut les flashs crépiter à un rythme effréné derrière elle. Sur sa droite, elle vit David se précipiter vers elle. Elle pouvait anticiper le tremblement significatif de sa main. Elle serrait si fortement les accoudoirs que ses jointures étaient blanches. Mais surtout, elle s'était recroquevillée sur elle-même, abaissant sa tête et ses yeux pour éviter de croiser le regard chargé de déception de sa famille et de ses amis.
- SILENCE ! hurla le Président Juge en battant frénétiquement son maillet. JE DEMANDE LE SILENCE, SINON JE VOUS FAIS TOUS SORTIR DE CETTE SALLE !
Le calme revint progressivement parmi l'assemblée, ce qui permit au Président Juge de reprendre la parole.
- Avez-vous conscience qu'après cet… aveu, cet interrogatoire peut donner lieu à un procès à votre encontre ?
- Oui, marmonna Dorea.
- Miss Artwood, veuillez-vous redresser et répondre clairement, s'il vous plaît.
Dorea s'exécuta, tentant par tous les moyens d'apaiser ses tremblements. Serrant les dents, elle répondit :
- J'ai dit oui.
- Vous sentez vous bien, Miss Artwood ? s'enquit alors une femme du Magenmagot derrière le Président Juge.
La jeune femme acquiesça, bien qu'elle sente les prémices de la nausée apparaître.
- Souhaitez-vous que l'on ajourne cette séance ?
Dorea secoua la tête, cette fois pour répondre négativement.
- Bien, alors, nous attendons vos explications sur vos crimes et nous déciderons si nous ouvrons, oui ou non, un procès.
L'ancienne Serpentard ne pouvait que se sentir reconnaissante envers le Président Juge, qui lui offrait une chance de se justifier. Mais pouvait elle réellement se justifier pour ces ignominies qu'elle avait commises ?
- Monsieur, intervint alors Harry en se levant de son banc. Je demande à témoigner en faveur de ma sœur.
Perplexe, le Président Juge marqua un temps d'hésitation avant de se tourner vers les membres du Magenmagot qui murmuraient entre eux. Quelques instants passèrent, mettant chacun d'eux dans l'expectative, puis enfin, le PrésidentJuge se tourna vers la salle, s'adressant directement à Harry.
- Vous n'avez pas été témoin de ces meurtres, Monsieur Potter, n'estce pas ?
- Non.
- Alors que pourrait nous apporter ce témoignage à part nous rappeler simplement votre toute nouvelle place particulière au sein de la communauté ?
Harry ne répondit pas.
- J'appellerai cela du despotisme, Monsieur Potter.
- Mais moi j'y étais, fit alors Narcissa Malefoy en se levant à son tour.
Le temps se suspendit, tous retenant leur souffle face à l'intercession de l'épouse Malefoy. Le Président-Juge se tourna brièvement vers les membres du Magenmagot, qui lui acquiescèrent d'un petit signe de tête, bon gré, mal gré.
- On vous écoute, Mrs Malefoy, soupira le Président-Juge.
- Je n'ai pas directement assisté aux meurtres perpétrés par Miss Artwood, mais j'ai pu constater quelle influence cela a pu avoir sur son état psychologique. Sachez, Monsieur le Président du Magenmagot, que lorsque le Seigneur des Ténèbres exigeait qu'on assassine froidement une personne, on n'avait pas réellement le choix. C'était soit cette personne qui mourait, soit vous-même ou… dans le cas de Dorea, vos proches qui se trouvaient dans sa ligne de mire. Mon fils était dans la ligne de mire du Seigneur des Ténèbres, et elle a tout fait pour le maintenir en vie, jusqu'à commettre l'irréparable. Elle n'avait pas le choix, je peux vous l'assurer. Et si mes paroles ont une quelconque valeur dans ce tribunal, sachez également que j'ai vu Dorea dépérir à mesure qu'elle participait à ses missions, jusqu'à, d'après ce que j'ai compris, tenter de se suicider lors de la rixe qui a eu lieu à High Marnham en décembre dernier. Qui aurait eu assez de courage à son âge, pour faire ce qu'elle a fait, tout cela dans le simple but de sauver un jeune garçon dont elle est éperdument tombée amoureuse, je vous le demande ?
Un long silence s'ensuivit alors que Narcissa Malefoy reprenait lentement place, avec élégance, sur le banc aux côtés de son fils. Dorea, à l'instar de toutes les personnes présentes, fixait la femme, totalement ébahie par ce qu'elle venait d'entendre. Pourtant, elle n'avait fait que dire une vérité qu'elle n'avait pas réellement réalisée jusque-là.
Le Président-Juge, se dandinant, avait l'air soudainement embarrassé. Il toussota pour reprendre contenance et se retourna vers ses congénères pour discuter à voix basse.
Dorea perçut quelques bribes de mots tels que « procès » et « emprisonnement temporaire », ce qui l'angoissa encore davantage.
- Bien, fit alors le Président-Juge en se tournant vers eux. Après concertation avec les membres du Magenmagot, nous suspendons cette séance pour une délibération. Merci à tous ceux qui ne font pas partie de la famille de l'accusée de sortir de cette salle.
Le Président-Juge et les membres du Magenmagot partirent sur leur gauche, empruntant une porte dérobée derrière la plus haute tribune, tandis que le public sortait progressivement par la porte d'entrée juste derrière Dorea. Cette dernière put ainsi apercevoir certains de ses anciens camarades de Poudlard, dont Pansy Parkinson – qui la salua timidement –, Aidan Vaisey – qui lui adressa un mot de réconfort –, Collin Warrington – qui lui serra l'épaule en guise de soutien –, Neville Londubat et sa grand-mère – qui lui adressèrent un sourire se voulant rassurant –, Luna et Xenophilius Lovegood – ce dernier l'ignora subrepticement – et bien d'autres.
Un sorcier qu'elle ne connaissait pas lui cracha presque au visage, mais Dorea n'avait que faire de ce geste insultant.
Le mot « accusée » martelait son esprit, à l'instar du maillet que le Président-Juge avait inlassablement battu contre le pupitre durant l'audience.
Elle était certaine que tout cela allait se terminer en procès, tout comme pour les autres mangemorts. Elle serait traitée comme tel, ni plus, ni moins. Elle pensa à Goyle ou Crabbe et s'esclaffa à l'idée de se retrouver à côté de leur cellule, simplement pour croiser chaque matin, un visage, à défaut d'être amical, qui serait bien moins hostile que celui de Yaxley ou même Lucius Malefoy.
N'était-ce pas ironique, après tout ? Elle, qui avait eu une profonde rancune pour cet homme qu'elle avait longtemps considéré comme un meurtrier, le voyait à présent comme un saint à ses côtés.
Elle tourna son regard vers sa famille et s'aperçut qu'eux n'osaient probablement pas poser le leur sur elle. Sa grand-mère observait les murs avec grande attention, son grand-père était sorti de la salle, tout comme les Weasley, Hermione, ses trois amis, les Greengrass, ainsi que les Malefoy. Deirdre lui tournait le dos, discutant vivement avec Ludwig.
Avec affliction, elle réalisa qu'une chose était certaine, alors que sa liberté ne tenait qu'à un fil, elle avait perdu le respect de sa famille.
