Dorea patientait depuis une dizaine de minutes, ses lèvres mordillées par une angoisse sourde. L'inquiétude la gagnait peu à peu, persuadée que le banquet de rentrée devait encore se dérouler avec éclat, lorsque des lettres se dessinèrent avec une délicatesse grave sur le parchemin jauni.
« Salut », écrivait Malefoy.
« Alors ? Quelle est l'ambiance à Poudlard sous la direction de Rogue ? »
« Pas franchement différente de l'enseignement rigoureux dont nous avons profité toutes ces années. »
« Qu'en est-il des Carrow ? »
« Comme au Manoir, ils croient que tout leur appartient»
« Beaucoup de professeurs sont revenus ? »
« Ils sont tous là. Mais je les soupçonne d'être revenus au château uniquement pour préserver l'héritage pédagogique de Dumbledore. »
« Tu as sans doute raison... »
« Ton ami Londubat a déjà écopé d'une retenue. Il a défié les Carrow dès qu'il a mis les pieds dans la Grande Salle. Quel imbécile... »
« Ils sont tous là ? »
« Oui, hormis ton frère et ses deux acolytes, ainsi que les élèves nés-moldus. »
« J'imagine que nos camarades de maison sont tous de retour, n'est-ce pas ? »
Dorea espéra une réponse, mais Drago demeura silencieux. Elle poursuivit, inquiète :
« Enfin... je veux dire, à part Daph, Blaise et Théo. Ils sont bien restés à New-York, rassure-moi ? »
Lorsque le silence pesant s'installa, l'angoisse de Dorea grandissait encore. Enfin, il répondit :
« Désolé, j'ai dû m'absenter. Devoir de préfet-en-chef, tu sais comment c'est... »
« Oui. »
« N'aie aucune inquiétude. Tout va bien ici. Le plus important est que tu restes en sécurité à la maison. »
« Promis. »
« Je dois y aller, ça chauffe dans la salle commune. »
« D'accord. À demain. »
« À demain. »
Dorea soupira de soulagement en refermant le carnet. Un poids léger s'envola de ses épaules ; elle était rassurée par cet échange, persuadée que ses amis étaient en sécurité à New-York.
0o0
Le lendemain matin, Dorea était tranquillement attablée dans la cuisine de Belgrave Square, lisant la Gazette du jour tout en trempant son pain au lait dans un bol de chocolat.
La veille, elle avait erré dans la maison, ne sachant que faire de son temps. Oogie, son elfe de maison, avait bien tenté de lui remonter le moral en préparant ses plats préférés.
En se réveillant ce matin-là, ses pensées tournées vers Drago, elle s'était sentie revigorée. Après tout, il ne servait à rien de faire grise mine. Noël et le retour de Drago approchaient à grands pas, et en attendant, elle suivrait chaque ordre de son maître pour avoir la paix et pouvoir se consacrer à ses recherches.
Elle débarrassa la table et monta se préparer. Après une bonne douche, elle s'habilla rapidement et descendit au bureau. À travers la baie vitrée, elle aperçut une pluie torrentielle s'abattre sur Londres.
Contournant la table de travail, elle se posta devant la vitrine centrale de la bibliothèque qui occupait tout le pan de mur derrière le bureau.
Insérant la clé dans l'interstice doré, elle la tourna. Un cliquetis métallique résonna dans la pièce.
La vitrine, ornée de grimoires anciens, s'ouvrit lentement. À l'intérieur, elle découvrit les ouvrages que Drago avait subtilisés au Manoir, son propre carnet de notes, et, au centre, la véritable épée de Godric Gryffondor, rayonnante sur le fond en feutrine rouge.
Elle s'empara du carnet et des grimoires entreposés juste au-dessus.
Deux heures plus tard, Dorea s'étira, regarda sa montre et constata qu'il était plus de dix heures du matin. Elle se demanda une fois de plus ce que Drago pouvait bien faire à cet instant. Quel cours suivait-il ? Comment s'organisait l'école sous la férule des Carrow ? Elle avait hâte qu'il lui raconte tout cela ce soir, à travers leur journal.
Prenant une profonde inspiration, elle se reconcentra sur le chapitre qu'elle était en train de lire sur la vie de Salazar Serpentard, espérant trouver une piste sur la cachette du médaillon. Mais elle savait qu'elle n'avançait guère, persuadée qu'Harry en savait sans doute plus qu'elle sur le sujet.
Soudain, une douleur vive lui transperça le bras gauche.
« Merde ! » jura-t-elle à mi-voix.
Elle ferma rapidement les grimoires et son carnet, rangeant le tout dans la vitrine et la refermant soigneusement. Puis, dans une épaisse fumée noire, elle disparut du bureau.
0o0
À peine franchit-elle le seuil du Manoir qu'elle aperçut Rabastan Lestrange s'approchant d'un pas rageur.
- Au Square Grimmaud, tout de suite ! s'exclama-t-il d'un ton sec.
Lestrange la devança, suivie de Lucius Malefoy. Dorea, front plissé et l'esprit en émoi, échangea un regard inquiet avec le père de Drago. Son expression était dure, glaciale. Avant qu'elle ne puisse réfléchir davantage, Rabastan transplana avec Malefoy. Le cœur battant, elle transplana également, atterrissant devant le portail du 12 Square Grimmaud.
Devant elle s'élevait le Manoir des Blacks, avec une porte d'entrée éventrée.
Une peur soudaine la transperça, et, les oreilles bourdonnantes, elle courut, franchissant le portail, gravissant les marches du perron et pénétrant dans une maison où les cris stridents de Mrs Black résonnaient. À travers les hurlements de l'ancienne maîtresse des lieux, d'autres cris, plus discrets et aigus, provenaient de la cuisine.
Dans le couloir, elle aperçut plusieurs Mangemorts déambuler à l'étage, ouvrant et fermant les portes.
Les jambes tremblantes, elle pria pour qu'Harry, Hermione ou Ron ne se trouvent pas dans la cuisine en train d'être torturés. En entrant, l'ambiance familière de la cuisine, qu'elle avait tant appréciée aux côtés de Sirius, fit place à une vision atroce.
Bellatrix Lestrange se tenait au-dessus d'un elfe de maison, allongé et ligoté sur la table centrale, au visage déformé et à la peau fripée. Kreattur poussa un couinement alors que Lestrange lui enfonçait une dague dans le bras.
- Je vais te le répéter une nouvelle fois, Kreattur : où est Potter ? Où est-il allé ? N'oublie pas qui sont tes maîtres…
- Je ne peux pas… je ne peux rien dire… gémit l'elfe, sa voix tremblante pleine de terreur.
Dorea leva lentement les yeux et croisa le regard de Lucius Malefoy, tapi dans l'ombre d'un coin. Yaxley fit son entrée à ce moment, son visage marqué par l'angoisse.
- Il n'y a rien dans cette fichue maison, aucun indice ! s'exclama-t-il.
- Que se passe-t-il ? demanda Dorea, totalement perdue dans un brouillard d'incompréhension.
Les regards des quatre Mangemorts se tournèrent vers elle, et un sourire sardonique s'afficha sur le visage de Bellatrix, un sourire qui n'annonçait rien de bon.
- Tu n'es pas au courant, Arty ? lança Lestrange d'un ton amusé.
- De quoi ?! » commença Dorea, la colère montant en elle.
Soudain, elle fut plaquée contre le mur, Bellatrix collant sa dague sous sa jugulaire.
- Ne fais pas l'idiote, Artwood ! cracha-t-elle. Tu étais parfaitement informée des projets de ton frère ?
- QUELS PROJETS ?! hurla Dorea, le cœur battant à tout rompre.
- Potter s'est introduit au ministère. »
- Qu… Quoi ? murmura-t-elle, incrédule. Mais… pourquoi ?
Lestrange la jaugea, un sourire amusé jouant sur ses lèvres, tandis que Lucius approchait.
- Bella, elle n'est au courant de rien, intervint-il froidement.
Lestrange hésita un instant, maintenant la dague en joue contre le cou de Dorea, avant de se reculer lentement.
- D'accord. Mais, sache que nous sommes à la recherche de Potter, dit Yaxley.
Dorea tourna la tête vers le Mangemort dont la chevelure mal peignée ne faisait qu'accentuer son air malveillant.
- Vous travaillez au ministère, n'est-ce pas ? s'enhardit-elle. Vous devriez être beaucoup mieux informés que moi.
- Potter s'est infiltré sous l'identité d'un autre sorcier. Puis il m'a attaqué lors d'une audience avec Dolores Ombrage. Aurais-tu mieux fait, Artwood ? rétorqua Yaxley avec mépris.
- Certainement ! répliqua-t-elle avec assurance.
- Il faut appeler le maître, suggéra Malefoy. Il doit être informé.
- Le maître est absent, siffla Lestrange, adossée à la table. Il ne veut être dérangé sous aucun prétexte.
- Sauf si nous parvenons à mettre la main sur Potter, ajouta Malefoy. Ce qui est loin d'être le cas.
Les quatre Mangemorts échangèrent des œillades chargées de menace, et Dorea, décidée à tirer son épingle du jeu, déclara :
- Laissez-moi interroger l'elfe.
Tous se retournèrent vers elle, incrédules.
- Je peux très bien le faire seule, Artwood ! fit Bellatrix, ses yeux pétillants de désapprobation.
- N'oubliez pas que j'ai hérité de cette maison avec mon frère à la mort de Sirius Black. Vous n'en tirerez rien, mais moi si. Je suis autant sa maîtresse que lui, affirma-t-elle, bien que ce fût un mensonge, car elle avait refusé cet héritage. Mais ça, ils ne le savaient pas.
Lestrange et Malefoy échangèrent un coup d'œil, puis ce dernier hocha la tête.
- On te laisse une heure, le temps de rassembler tout le monde au Manoir et savoir ce qu'il convient de faire. Quand le maître sera de retour, tu as intérêt à lui donner ce qui lui faut. Sans quoi, il se rendra compte que tu es tout aussi inutile que cette pourriture, fit-elle en désignant d'un geste dédaigneux la créature inconsciente sur la table.
Bellatrix sortit de la pièce, suivie de Yaxley et Malefoy, laissant Dorea avec Kreattur. Ne perdant pas une seule minute, elle s'approcha de l'elfe, saisit son bras et transplana.
0o0
Elle atterrit dans l'entrée de Belgrave Square.
- Oogie ! s'exclama Dorea en apercevant son elfe de maison.
Oogie, l'air inquiet, écarquilla ses yeux bleus à la vue de sa maîtresse portant un pauvre Kreattur dans ses bras.
- Apporte-moi de quoi le stimuler ainsi que du véritasérum ! ordonna-t-elle en courant dans les escaliers. Mélange tout dans un verre ! Vite !
Dans la chambre, elle déposa Kreattur sur le lit soigneusement fait. Quand Oogie arriva avec le verre d'eau, Dorea le remercia et versa le liquide dans la bouche de l'elfe, qui toussa avant de se redresser.
- Kreattur, raconte-moi ce qu'il s'est passé au Manoir. Tu étais là lorsque Harry a logé cet été, n'est-ce pas ? Où est-il à présent ? Que s'est-il passé ? demanda-t-elle, l'urgence suintant dans la voix.
- Une… une question à la fois, s'il vous plaît, Lady Dorea, répondit l'elfe, sa voix encore faible.
Dorea hocha la tête, se concentrant sur lui.
- Commence depuis le début.
Kreattur avala difficilement sa salive, puis se lança :
- Harry Potter a bien logé au Square Grimmaud. Il est arrivé un soir de début août.
- Sais-tu où il est à présent ? » s'impatienta Dorea.
- Harry Potter devait se rendre au ministère ce matin. Pour voler le médaillon de M. Regulus. Il n'est pas revenu. Un Mangemort a découvert Kreattur dans la cuisine. »
Les yeux de Dorea s'agrandirent.
- Comment était ce médaillon ?
- Octogonal, vert et or, avec un S en forme de serpent gravé dessus.
Dorea sentit son cœur s'accélérer. C'était le médaillon de Salazar Serpentard.
- Tu dis que le médaillon se trouvait au ministère ? »
- C'était le médaillon de M. Regulus, oui.
- Euh… si tu veux, répondit-elle, ne souhaitant pas débattre sur la propriété du médaillon. Tout ce que je veux savoir, c'est si ce médaillon se trouvait au ministère.
- Oui, Dolores Ombrage le détenait.
- Mais comment a-t-elle pu l'obtenir ?
- C'est… Fletcher. C'est Modingus Fletcher qui est venu une nuit au Manoir, juste après la mort de maître Sirius, et a subtilisé le reste de son héritage. Kreattur… Il commença à sangloter. Kreattur a mal fait, murmura-t-il.
Dorea repensa à la colère d'Harry face à Modingus Fletcher, il y a un an, au Pré-au-Lard. Les souvenirs de la première sortie, où Katie Bell avait été attaquée, lui revinrent en mémoire.
- Et j'imagine que Fletcher a voulu se faire un peu d'argent sur cet héritage, non ? demanda-t-elle, en feignant l'indifférence.
- Il a dit… il a dit qu'Ombrage l'avait attrapé la main dans le sac et qu'en contrepartie, il serait relâché s'il lui donnait le médaillon. Ce qu'il a fait.
- Alors… pendant tout ce temps, le médaillon était au Manoir des Black ?
- Oui, Lady Dorea.
- Raconte-moi comment il a atterri là.
- M. Regulus… M. Regulus travaillait pour le Seigneur des Ténèbres.
- C'était un Mangemort ?
- Oui. Ma maîtresse était si fière…
- Et ensuite ?
- Un jour, M. Regulus a dit que le maître avait besoin d'un elfe. M. Regulus a proposé Kreattur. C'était un si grand honneur… un si grand honneur.
- Pourquoi le maître avait-il besoin d'un elfe ? Que s'est-il passé ?
- Il a emmené Kreattur dans une grotte froide, sombre… il y avait un bateau puis une île. Sur cette île, une vasque avec de l'eau. Le maître a forcé… Il sanglotait à présent, son souffle se faisant saccadé. Il a commencé à faire boire l'eau à Kreattur… Kreattur a senti ses entrailles brûler… Kreattur a supplié que M. Regulus vienne le libérer, mais le maître a ri. Ensuite, le maître a laissé tomber un médaillon dans le bassin et l'a rempli de cette ignoble potion. Puis il est reparti sur le bateau, abandonnant Kreattur sur l'île. Alors, Kreattur a bu l'eau du lac noir et une main décharnée l'a saisi, l'emmenant dans les profondeurs du lac, entouré d'Inferi.
- Comment as-tu réussi à sortir de là ? demanda Dorea, pendue aux lèvres de l'elfe.
- M. Regulus a demandé à Kreattur de revenir.
- Tu pouvais transplaner ? Pourquoi le maître n'a-t-il pas transplané avec toi en repartant ?
- Il ne pouvait pas…
- C'est vrai, comprit Dorea. Les elfes ont une magie supérieure à la nôtre.
- Ensuite, je suis revenu et M. Regulus était très inquiet. Il a ordonné à Kreattur de rester enfermé à la maison. Puis… quelque temps plus tard, M. Regulus est venu une nuit chercher Kreattur dans son placard. M. Regulus était étrange, pas comme d'habitude. Je voyais qu'il avait l'esprit troublé… Et il a dit à Kreattur de l'emmener dans la caverne, là où Kreattur était allé avec le Seigneur des Ténèbres...
- Il t'a forcé à boire la potion de nouveau ? s'exclama Dorea, horrifiée.
Kreattur secoua la tête, l'air affolé.
- M. Regulus a sorti un médaillon semblable à celui du Seigneur des Ténèbres. Il a alors ordonné à Kreattur de le prendre et d'échanger le médaillon quand le bassin serait vide. Puis il a dit à Kreattur de partir sans lui et de détruire le premier médaillon. Mais Kreattur n'a jamais réussi à le faire. Alors… alors il l'a caché. Harry Potter veut terminer le travail de M. Regulus afin que sa mort ne soit pas vaine.
L'elfe éclata en sanglots.
Dorea observa Kreattur pleurer durant une minute, puis reprit ses esprits. Elle se leva brusquement, réalisant qu'elle devait agir.
- Oogie, je veux que tu prennes soin de Kreattur. Il restera ici avec toi.
- Bien, Miss Dorea, » répondit l'elfe, étreignant son ami.
Dorea contourna le lit et saisit son oreiller. Avec une concentration déterminée, elle ferma les yeux et mit toute son énergie dans sa pensée. Elle ressentit l'oreiller se transformer sous ses doigts, et lorsqu'elle rouvrit les yeux, un corps identique à celui de Kreattur se trouvait désormais sur le lit.
- Oogie, baisse-toi ! s'écria-t-elle.
Alors qu'Oogie s'exécutait, un couteau de cuisine fendit l'air. Dorea l'attrapa sans hésiter, et, horrifiant les deux elfes, elle trancha la gorge du faux Kreattur, le sang éclaboussant les draps du lit comme une macabre peinture.
Elle se redressa, braquant son regard sur le véritable Kreattur.
- Je ne peux te libérer. Seul Harry peut le faire. Mais sache que tu es en sécurité. Plus personne ne t'embêtera. Tu es comme mort. Dès que je partirai, tu iras à Highclere Castle. Le château est normalement vide, mes domestiques ont fait le nécessaire pour que tu puisses vivre tranquille. Est-ce bien clair ?
Kreattur hocha la tête, comprenant qu'il devait rester caché. Dorea reposa le couteau sur la table de nuit et sortit sa baguette. D'un geste fluide, elle fit disparaître le corps inerte du faux Kreattur.
Elle sortit de la chambre, le cœur battant, et dévala les escaliers jusqu'au bureau. Elle contourna la table de travail, saisissant la poignée dorée de la vitrine. Elle tourna la clé et les verrous se déverrouillèrent sous sa main.
En écartant les portes, elle découvrit l'épée de Godric Gryffondor, son acier brillant dans la lumière. Avec une détermination renouvelée, elle attrapa son carnet de conversation, et, prenant une plume, elle nota rapidement :
« Harry s'est introduit au ministère. Il a le médaillon de Serpentard. Je vais au Manoir faire mon rapport au maître. Je ne pourrai pas te répondre avant mon retour. D. »
- Oogie, je dois partir pour le Manoir ! » s'exclama-t-elle en fermant le carnet.
Elle referma la vitrine avec empressement et se dirigea vers l'entrée, transplanant à la suite de son élan.
A son arrivée au Manoir, un bourdonnement inquiet résonna au-dessus de sa tête. Dorea se précipita dans les escaliers, son esprit déterminé à ne pas se laisser submerger par ses pensées.
Elle atteignit la grande salle à manger, où presque tous les Mangemorts étaient réunis autour de la table. Seules les chaises réservées aux Carrow et à Severus Rogue étaient vides.
Alors qu'elle se dirigeait vers sa place, le silence s'installa lentement et tous les regards se tournèrent vers elle, une tension palpable s'élevant dans l'air.
- Alors ? cracha Lestrange, impatiente.
Dorea ignora délibérément la menace qui émanait de la Mangemort et prit le temps de s'asseoir à côté de Lucius et Narcissa Malefoy, qui l'observaient avec une curiosité mêlée d'inquiétude.
- Parle ! s'impatienta Bellatrix, son ton autoritaire trahissant son agacement.
Dorea fixa Lestrange de ses prunelles émeraude, un sourire narquois se dessinant sur ses lèvres.
- Le maître n'est pas là ? demanda-t-elle d'un ton léger.
« Nous attendons son retour, » répondit Bellatrix, un brin d'irritation dans sa voix. « Mais avant cela, dis-moi ce que cet elfe t'a raconté, que je puisse faire un rapport décent au maître. »
Le sourire de Dorea s'effaça. Elle savait que les méthodes de torture ne porteraient pas de fruits avec un elfe.
- Que tu puisses faire un rapport décent ? répéta-t-elle en faisant traîner chaque mot. Je suis désolée, Lestrange, mais tu n'as rien obtenu de cet elfe. Tu n'as fait que l'exercer pour ton propre amusement, alors que, tu le sais bien, un elfe de maison ne révèlera jamais ses secrets même sous la torture. Tu aurais dû t'en souvenir, n'est-ce pas ?
Elle se mit à s'esclaffer moqueusement.
- Ne me parle pas sur ce ton ! siffla Lestrange, ses yeux flamboyants de colère. Je te rappelle que tu n'as plus mon neveu pour te protéger.
Du coin de l'œil, Dorea aperçut Greyback, un sourire acéré sur son visage, prêt à se réjouir de l'affrontement.
- Je n'ai jamais eu besoin de Drago pour me défendre, répliqua-t-elle avec assurance. Tu veux qu'on règle ça dehors ?
- Avec plaisir ! déclara Lestrange, se levant.
Dorea l'imita, mais Lucius Malefoy se redressa également, s'interposant entre les deux femmes.
- Ça suffit ! Rasseyez-vous et attendons le retour du maître. Artwood fera son rapport.
Les deux femmes se défièrent du regard, puis, mécontentes, chacune regagna sa place. Un silence pesant s'installa, lourd de tension.
0o0
Dorea Artwood scrutait le seuil du Manoir, observant le soleil se lever à l'horizon. Il était près de cinq heures du matin. Elle ressentait un mélange d'anticipation et d'anxiété. Chaque seconde qui passait renforçait son inquiétude pour Harry.
Le regard de Dorea se posa sur Lucius Malefoy. Leurs yeux se rencontrèrent, mais il se détourna rapidement, un air préoccupé assombrissant son visage. Désireuse de comprendre ce que Drago pouvait penser de tout cela, elle reprit ses pensées, espérant qu'il ne s'inquiète pas outre mesure.
À cet instant, un bruissement de cape annoncera l'arrivée du maître. L'atmosphère devint soudain oppressante, chacun des Mangemorts se redressant sur sa chaise ; Yaxley tremblait visiblement, conscient des conséquences que pourraient entraîner la suite des événements.
Lord Voldemort, imposant avec son serpent Nagini à ses pieds, entra dans la pièce. Son regard déchira les convives, avant de se poser sur Dorea, ses prunelles flamboyantes lui infligèrent un frisson dans le dos.
Tous se redressèrent tandis que Dorea maintenait son regard perçant, défiant le sang-froid de son Seigneur.
0o0
Depuis plus d'une heure, les cris de Yaxley résonnaient dans le manoir. Dorea tâchait de ne pas entendre, et bien qu'elle abhorrât cet homme, en cet instant, elle avait peine pour lui. C'est quand elle se demanda s'il allait survivre à un énième Doloris, que la porte du salon s'ouvrit derrière elle.
- Arty, il veut te voir ! fit Lestrange, l'expression plus que réjouie.
Dorea eut un mouvement d'hésitation, puis lança un coup d'œil à Narcissa Malefoy qui sa statufiait de l'autre côté de la pièce. Dorea inspira puis expira, et c'est les pas guidés par la peur qu'elle chemina vers Bellatrix qui referma la porte derrière elle.
Elle vit alors Yaxley à demi-conscient, gisant sur le sol au pied de Lord Voldemort.
- Dorea, Bella m'a fait part de ton action, » déclara ce dernier d'une voix glaciale. As-tu pu tirer quoi que ce soit de cet elfe ?
Dorea observa Bellatrix, qui la scrutait avec impatience.
- Maître, puis-je vous parler seul à seul ? demanda-t-elle, le cœur battant.
Un silence lourd tomba sur la pièce. Bellatrix, visiblement outrée, s'apprêtait à protester lorsque Lord Voldemort leva la main.
- Sors, Bella, ordonna-t-il froidement.
La Mangemort gronda intérieurement, mais se plia à l'ordre ; elle quitta la pièce après avoir claqué la porte.
Dorea se concentra à nouveau sur Voldemort.
- Kreattur a révélé un fait troublant, maître. Mon frère est à la recherche d'un objet ayant appartenu à Regulus Black.
Dorea remarqua la tension dans le visage de Voldemort s'intensifier, alors qu'il lui tournait le dos pour observer la fenêtre.
- Et sais-tu de quoi il s'agit ? demanda-t-il, sa voix devenue sourde.
- Kreattur n'a pas donné plus de détails, mais je sais que Modingus Fletcher a pillé le Manoir juste après la mort de Sirius. Harry veut certainement récupérer cet objet. Je suppose qu'il s'est rendu au ministère, espérant mettre la main sur quelque chose d'important.
Voldemort se tourna vers elle brusquement, son regard brûlant à travers la pièce.
- Modingus Fletcher, dis-tu ? répéta-t-il d'un ton sombre.
- Oui, maître. Souhaitez-vous que je me mette à sa recherche ?
- Pas besoin. Severus s'en occupera.
Un sourire satisfait étira les lèvres de Voldemort alors qu'il se tournait de nouveau vers Dorea, un défi tangible dans ses yeux.
- Qu'as-tu fait de l'elfe ?
Dorea sortit sa baguette et, d'un geste indifférent, fit apparaître le corps inerte de Kreattur, allongé entre les pieds de Yaxley. Ce dernier, à moitié conscient, regarda la créature avec horreur.
L'elfe reposait là, avec le cou tranché, son sang ruisselant sur le sol. Dorea aperçut la satisfaction s'emparer du visage de Voldemort alors qu'il levait les yeux vers elle.
- Ta soif de sang ne cessera de m'étonner, Dorea.
