« Et Yaxley ? »

« Torturé jusqu'à perdre connaissance. »

« Tout le monde parle de ce qu'il s'est passé au Ministère, ici… »

« Je m'en doute. »

« Et toi, comment te sens-tu ? »

« J'ai réussi à détourner l'attention du maître. C'est là l'essentiel, non ? »

« Oui, tant que tu restes en sécurité à la maison, je me sentirai rassuré. »

« Ne t'inquiète pas tant, Drago. Je vais bien. »

« Oui, je le sais. Et je compte sur toi pour le rester. »

« Je vais te laisser. Il se fait tard, et demain tu as cours. »

« Vous êtes bien autoritaire, Lady Artwood. »

« Tu aimes quand je le suis, n'est-ce pas ? »

« Plus que de raison, même. Ça me donne certaines idées… »

« Pervers ! »

« Je n'ai rien dit ! C'est toi qui pervertis mes propos ! »

« Tu m'en diras tant. Allez, va te coucher ! Il est près de minuit. »

« Fais attention. »

« Idem. »

Dorea afficha un sourire rêveur tandis qu'elle était installée dans le fauteuil. Seule la lumière vacillante de la cheminée illuminait la pièce, alors que l'horloge accrochée juste au-dessus indiquait minuit moins le quart.

Le regard plongé dans l'âtre, elle repensait aux événements des deux derniers jours qui l'avaient tant troublée. La question qui la taraudait inlassablement était simple : où se trouvait Harry ?

Elle savait déjà qu'Hermione et Ron avaient pris part à leur opération au ministère. Bien qu'elle déplorât leurs agissements, la perspective qu'ils possédaient un horcruxe lui apportait un certain soulagement. Cependant, il lui fallait maintenant trouver un moyen de leur transmettre l'épée. Cela revenait à sa première interrogation : où pouvait bien se trouver son frère à cet instant précis ?

Inspirant et expirant, épuisée, elle ne remarqua pas Oogie qui entrait dans le salon pour poser une tasse de tisane avant de s'éclipser dans le couloir. Machinalement, Dorea saisit la tasse, mais soudain, une vive douleur transperça son bras gauche au niveau de sa marque. Elle lâcha la tasse, qui tomba sur la moquette, renversant le liquide.

Grimaçant sous la torture qui la tenaillait, elle se leva à peine le temps de chausser ses converses, avant de disparaître dans une épaisse fumée noire.

0o0

Lorsqu'elle réapparut, Dorea fut surprise de se retrouver au milieu d'une rue animée, faiblement éclairée par les réverbères qui jetaient une lueur chaude sur les pavés. Fronçant les sourcils, elle tourna sur elle-même, scrutant les alentours.

De part et d'autre, de petits cottages aux toits de chaume et aux façades colorées dessinaient un paysage pittoresque. Les volets étaient fermés, mais des éclats de lumière provoquaient encore la vie à l'intérieur. À droite, elle aperçut une église ancienne dont la flèche élancée semblait percer le ciel nocturne. Juste derrière, un portail en fer forgé menait à un cimetière dont les anciennes pierres tombales s'élevaient dans l'ombre, témoins silencieux des générations passées.

Perplexe, la jeune femme se retourna de nouveau vers une statue qui surgissait un peu plus loin, immobile dans la pénombre. À cet instant, la porte du pub, faisant face à l'église, s'ouvrit dans son dos, laissant échapper des rires et des mélodies entraînantes que des musiciens locaux jouaient à l'intérieur.

Plissant les yeux, elle s'approcha d'un pas mesuré de ce qui ressemblait à un mémorial. Alors qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres, elle s'arrêta net.

D'une hauteur imposante de deux mètres cinquante, la statue sculptée dans la pierre représentait deux personnes, l'une d'elles tenant un bébé dans ses bras. La longue chevelure de Lily, ainsi que les lunettes rondes de James, lui serrèrent le cœur dans un étau. Avalant avec difficulté, elle fixa ses parents, ainsi qu'Harry, son regard empreint d'angoisse.

- Tu es là, Dorea ?

La voix sifflante de Lord Voldemort la fit frémir. Pivotant lentement sur ses pieds, elle fit face au mage noir, cette fois enchaîné dans une cape, sa capuche recouvrant son visage décharné. Il ressemblait à un détraqueur tout droit sorti des plus sombres cauchemars.

- Maître, salua la jeune femme en se courbant légèrement avant de se redresser.

Il lui tendit alors une autre cape qu'il tenait entre ses mains, et qu'elle saisit pour s'en revêtir. À cet instant, elle remarqua Nagini, qu'elle n'avait pas vue jusque-là, glissant sur l'épaule du Seigneur des Ténèbres.

- Sais-tu pourquoi je t'ai appelée ici, Dorea ?

La rousse, méfiante, observa les alentours.

- Personne ne peut nous voir. Réponds à la question, ordonna Voldemort froidement.

- Non, maître, murmura Dorea.

- Je soupçonne ton imbécile de frère de vouloir faire une escapade ici durant son périple qu'il a apparemment entrepris.

- L'avez-vous retrouvé ?

- Non, et il restera introuvable, jusqu'à ce qu'il commette l'erreur de venir ici. Et nous l'y attendrons.

La jeune femme resta silencieuse, espérant intérieurement qu'elle se trompait sur l'objet de sa visite. Voldemort fit volte-face et commença à marcher le long de la rue. Dorea se mit alors à le talonner, laissant une distance raisonnable entre elle et Nagini.

À peine quelques mètres plus loin, ils s'arrêtèrent de nouveau, cette fois devant le portail attenant à l'église. Dorea gardait le regard obstinément droit devant elle. Elle n'avait pas envie de voir.

- Sais-tu qui se trouve dans ce cimetière ? demanda le Seigneur des Ténèbres, l'observant du coin de l'œil, un sourire en coin naissant sur sa bouche inexistante.

- Les Potter ?

Voldemort se retourna franchement vers elle et s'esclaffa avec une condescendance manifeste.

- Bonne réponse. Mais il était évident que je ne parlais pas d'eux.

Dorea tourna alors la tête vers le cimetière, plissant le front.

- L'illustre famille de ce vieux fou : Dumbledore. Sa mère et sa sœur. Toutes deux… mortes.

L'ancienne Serpentard cessa tout bonnement de respirer.

- Affligeant de voir que mes propres ancêtres reposent à côté des sang-de-bourbes et des traîtres à leur sang.

- Vos ancêtres, maître ? demanda-t-elle en se tournant vers lui.

- Les Peverell. Je suis un descendant direct de Salazar Serpentard, qui lui-même est un descendant de la famille Peverell.

- La famille… Peverell, répéta Dorea songeusement, reportant son attention sur le cimetière.

- Que sais-tu des Reliques de la Mort, Dorea ? siffla Voldemort.

Dorea pivota une nouvelle fois vers Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, espérant que la pénombre suffise à dissimuler l'éclat de surprise qui avait traversé ses orbes émeraudes.

- N'est-ce pas ce conte que l'on raconte aux enfants pour réprouver la vanité du sorcier ?

Voldemort la fixa un instant de ses yeux flamboyants, puis finalement se retourna et poursuivit son chemin dans un mutisme absolu.

Ils passèrent devant une multitude de cottages dont la plupart, au vu de l'heure avancée de la nuit, avaient déjà leurs volets clos. Ils continuèrent ainsi de marcher quelques minutes avant que Voldemort ne s'arrête de nouveau, l'espace d'un court instant. Dorea braqua alors son regard à droite et aperçut une maison abandonnée, aux murs décrépits. À cet instant, elle se demanda jusqu'où pouvait bien aller la cruauté du Seigneur des Ténèbres. Heureusement, ils ne s'attardèrent pas devant l'ancienne demeure des Potter et continuèrent durant quelques mètres, avant de s'arrêter une fois de plus, cette fois devant une grande maison blanche, semblable à celles que l'on pouvait apercevoir le long des côtes anglaises.

Voldemort se tourna alors vers elle, enleva sa capuche, révélant son visage décharné.

- Sais-tu qui habite ici, Dorea ?

Elle secoua la tête, perplexe, et le mage noir reprit :

- Bathilda Tourdesac.

- Bathilda Tourdesac ? répéta Dorea, le nom lui évoquant vaguement quelque chose.

- Une grande historienne de la magie de notre siècle.

La jeune femme braqua son regard sur la maison, plissant les yeux.

- Je veux que tu entres dans la maison et que tu tues Bathilda, annonça Voldemort de but en blanc.

La rousse tourna lentement la tête vers son maître, ses yeux s'écarquillant de stupéfaction.

- De toute manière, depuis que cette écervelée de Reeta Skeeter l'a interrogée pour son livre, il ne reste plus rien de Bathilda Tourdesac qu'elle fut autrefois. Elle me sera bien plus utile morte.

Dorea resta figée sur place, un bourdonnement s'élevant dans ses oreilles. Elle tentait de croire que ce qu'elle vivait n'était qu'un mauvais rêve. Toutefois, lorsque Voldemort ancra son regard rougeoyant dans le sien, elle sut que ce n'était pas un simple cauchemar qu'elle endurait, mais l'un de ses pires tourments.

Aussitôt, elle bloqua son esprit, plus par instinct que par méfiance, et tous deux s'affrontèrent durant plusieurs minutes, enveloppés dans un silence morbide tel un halo oppressant qui pesait sur l'air ambiant. La bouche sèche, Dorea avala sa salive avec difficulté. Voldemort rompit le silence, constatant le mutisme et l'immobilité de la jeune femme.

- Tu hésites, n'est-ce pas ? Qui n'hésiterait pas à tuer une personne de sang-froid ? La regarder dans les yeux et lui arracher toute vie ? Dans ces moments-là, il y a deux camps : ceux qui tuent par pur plaisir, et ceux qui tuent utilement. Toi et moi, nous faisons partie du deuxième camp.

La bile lui monta à la gorge, alors qu'elle se retrouvait ainsi comparée à Lord Voldemort en personne. Non, elle n'était certainement pas comme lui…

- Et pourtant, tu es toujours là, à te demander ce qu'il conviendrait de faire, souffla Voldemort avec une légèreté teintée de menace dans le ton de sa voix. Et plus ton hésitation dure, plus je me demande si les propos de Bellatrix ne seraient pas empreints d'une certaine vérité.

- Les propos de Bellatrix ? demanda Dorea, soudainement éveillée.

Un sourire en coin s'afficha sur le visage de Voldemort.

- Elle doute de toi, de ton engagement. De ta loyauté envers moi.

La jeune femme serra les poings et la mâchoire.

- Et vous, doutez-vous de moi, mon maître ? questionna calmement la rousse entre ses dents.

- Ne m'as-tu pas donné plus d'une raison de douter de ta loyauté, chère Dorea ?

Inspirant et expirant, Dorea obstrua ses prunelles, réalisant qu'elle était tout simplement dos au mur. Ne souhaitant pas réfléchir davantage à ce qu'elle s'apprêtait à faire, comme si elle était le spectateur d'une scène qu'elle n'avait pas choisie, elle se vit plonger sa main sous sa cape et sortir sa baguette de la poche avant de son jean. Alors qu'elle s'apprêtait à entrer dans la maison, Voldemort l'interrompit.

- Il est primordial que je conserve son enveloppe charnelle.

Dorea observa le Lord Noir durant un court moment avant d'émettre un léger soupir de résignation. Elle s'avança alors vers la maison, se dirigeant vers le portail qui menait à un chemin de gravier, entouré d'un jardin dense, négligé depuis trop longtemps.

Elle ouvrit le portail, jetant un sort sur la charnière pour qu'elle ne grince pas. Puis, avançant vers la porte, elle monta la petite marche pour accéder au perron. Levant la main pour la poser sur la poignée mordorée, elle ressentit un moment d'hésitation, retenant son souffle. Jetant un regard par-dessus son épaule, elle vit Lord Voldemort se tenir au milieu de la rue, dissimulé sous sa longue cape noire. Nagini serpentait à ses pieds, sifflant à l'adresse de la rousse d'un air menaçant.

C'est ainsi, la bile montante dans sa gorge, qu'elle tourna la poignée, pénétrant dans la maison.

L'intérieur était plongé dans une obscurité oppressante, les murs peints en un bleu sombre semblaient absorber la lumière. La poussière recouvrait les surfaces, témoignant d'années de négligence. Des livres, à moitié cachés sous des draps, traînaient çà et là, comme des vestiges d'un savoir oublié.

Dorea respira profondément, son cœur battant à tout rompre. Chaque pas résonnait dans l'immobilité de la maison, semblant troubler le silence séculaire. Elle poussa délicatement la porte devant elle, révélant une pièce qui aurait dû être chaleureuse, mais qui était désormais froide et déserte. Au fond de la pièce, une silhouette se tenait là, penchée au-dessus d'un vieux bureau, les cheveux grisonnants encadrant un visage ridé.

Bathilda Tourdesac, l'historienne de la magie, semblait absorbée par cette tâche, ignorant la menace qui s'approchait d'elle. Dorea sentit la profonde gravité de sa mission peser sur ses épaules. Chaque battement de son cœur lui susurrait de faire demi-tour, mais l'ombre de Voldemort planait au-dessus d'elle comme une nuée de désespoir.

Rassemblant son courage, Dorea s'approcha lentement de Bathilda, la baguette serrée dans sa main tremblante.

C'est alors que l'historienne se retourna, et que leur regard se croisa. Dans les yeux de Bathilda, Dorea vit une lueur de surprise, rapidement remplacée par une compréhension tragique.

- Dorea… murmura Bathilda, comme si son nom était à la fois une prière et un reproche.

Le temps sembla se figer. Dorea prit une profonde inspiration, son esprit en proie au tumulte entre la vie de Drago, la sienne et celle de Bathilda. Qu'allait-elle faire ? Un dilemme s'installait : trahir sa couverture et la mission que lui avait confié Dumbledore, exposant par la même occasion, Drago et Rogue, ou trahir ce qui lui restait d'humanité et céder à la volonté de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom ?

Les mots de Voldemort résonnaient encore dans sa tête, et sans pouvoir se défaire de son emprise, elle pointa sa baguette vers Bathilda, luttant contre ses propres démons.

0o0

À peine avait-elle atterri que Dorea se précipita à l'étage, ouvrit la porte de sa chambre à la volée, puis celle de la salle-de-bain et se jeta presque au-dessus des toilettes pour vomir l'entièreté de son estomac. Cela dura près de dix minutes. Lorsqu'elle eut terminé, elle tira la chasse d'eau et s'allongea sur le carrelage froid, les larmes ruisselant sur ses joues.

Elle était écœurée par ce qu'elle avait été obligée de faire. Elle était écœurée par ce que Voldemort avait fait. Elle était écœurée par elle-même. Oui c'était cela, elle se dégoutait…

0o0

« Salut. »

« Salut. »

« Tu vas bien aujourd'hui ? »

« Oui, et toi ? »

« Oui, les cours sont ennuyeux, mais bon, j'imagine que ce vieux Slughorn ou McGonagall font de leur mieux, vu les circonstances. »

« C'est sûr. »

« Rien de nouveau ? »

Dorea resta la plume en l'air, suspendue dans un moment de silence. Elle cessa de respirer un court instant, avant de se remettre à écrire.

« Non, rien. Je suis restée à la maison hier et aujourd'hui. »

« Tant mieux s'il te laisse un peu de répit. Au moins, tu peux avancer plus librement dans tes recherches. »

« Oui. »

« Tu n'es pas très causante aujourd'hui. »

« Juste un peu fatiguée. »

« Je vais te laisser te reposer alors. On se parle demain ? »

« Ok. Bonne nuit. »

« Bonne nuit. »

0o0

Elle voyait les yeux bleus de cette femme perdre toute vie, toute âme vivante disparaissant de son regard aussi subitement qu'elle avait prononcé l'imprononçable. Puis, elle sentit Voldemort s'approcher derrière elle, de toute sa hauteur, tandis que Nagini contournait son corps pour ramper vers le cadavre encore tiède. Le serpent ouvrit grand sa gueule et…

- NOOOONNNN ! hurla Dorea en se réveillant subitement, le souffle haletant.

0o0

- Pourquoi m'avez-vous appelée ? s'agaça Dorea à l'adresse de Lestrange, qui se tenait devant les grilles du Manoir Malefoy.

Macnair, Jugson, Mulciber, Crabbe et Goyle étaient alignés en rang d'oignon juste derrière la brune.

- On part en mission, Arty. Et le maître veut que tu sois de la partie.

- Quel genre de mission ?

Lestrange se tourna vers ses congénères et tous échangèrent un regard entendu, accompagné d'un sourire goguenard. Puis la femme s'avança lentement vers la rousse, la frôlant à peine pour la contourner. Dorea la suivit d'un regard méfiant.

- On se retrouve dans une minute dans le comté du Lake District.

Puis, elle disparut, et Dorea fut entourée d'une épaisse fumée noire, les autres Mangemorts l'ayant suivie. La jeune femme porta son attention vers la demeure et vit Lucius Malefoy l'observer à travers les immenses fenêtres du deuxième étage. Éprouvant un sentiment de dépit, elle transplana à son tour.

0o0

Dorea vomissait depuis près de cinq minutes, sans même pouvoir s'arrêter. Ces pauvres moldus sans défense… passant paisiblement leurs vacances dans un parc national… torturés et assassinés sans aucune pitié… Et elle avait été témoin de tout cela… impuissante.

Après avoir hoqueté, la jeune femme se redressa, le souffle court, ayant encore dégobillé l'entièreté de son petit déjeuner. Elle tira la chasse d'eau puis se tourna vers le lavabo pour se laver les mains et boire de l'eau. En relevant la tête, elle fit face à son reflet. Elle se contempla quelques secondes, avant de détourner le regard aussi vite que si elle s'était brûlé la rétine.

0o0

« Tu as avancé dans tes recherches ? »

« Pas vraiment… J'ai fait une liste des lieux où il aurait pu cacher les autres horcruxes. »

« Et ? »

« J'ai tout de suite écarté Poudlard. Dumbledore l'aurait déjà trouvé depuis le temps. »

« Il y a la salle sur demande. »

« Dumbledore connaissait l'existence de cette salle. Ce n'est pas possible. »

« Effectivement. »

« J'ai pensé à l'Albanie. Il a passé deux séjours d'exil là-bas. »

« C'est une piste, mais je ne vois pas comment tu pourrais explorer tout un pays en peu de temps. »

« Moi non plus. »

« Peut-être que tu devrais orienter tes recherches vers l'histoire des objets eux-mêmes ? »

« Peut-être. »

Un silence s'installa, puis l'écriture fine et soignée de Drago réapparut.

« Il a fait appel à toi dernièrement ? Pour une mission ou… autre ? »

« Non, je n'ai pas reçu d'autres nouvelles. Il y a une réunion demain avec tous les Mangemorts en action. »

« Tu es retourné au Manoir depuis le braquage du Ministère ? »

« Une fois ou deux, pour des réunions, justement. »

« D'accord. »

« Je baille depuis un bon quart d'heure. »

« Je te laisse alors. »

« Bonne nuit. »

« Bonne nuit. »

0o0

Quand elle pénétra dans le manoir en ce début de soirée, Dorea découvrit la salle à manger du premier étage remplie de Mangemorts. Seuls les Carrow, Rogue et Drago manquaient à l'appel.

La dernière réunion avait eu lieu ce jour-là… Dorea ferma les yeux, tentant d'effacer l'image du professeur Burbage, inerte au milieu de la table, tandis que Nagini glissait vers elle, prête à faire d'elle son repas.

- Dorea, siffla Voldemort, assis au bout de la table.

Les conversations s'éteignirent et tous se tournèrent vers la rousse.

- Maître, salua-t-elle en croisant ses mains dans le dos et s'inclinant avec déférence.

- Puisque Severus n'est pas là, je te propose de venir t'asseoir à ma droite.

Il désigna la chaise vide juste à côté de lui. Dorea inspira profondément et traversa la salle d'un pas mesuré, sous le regard perçant de plusieurs sorciers présents, en particulier celui de Bellatrix Lestrange, assise à la gauche de son maître.

Lorsqu'elle fut installée, elle échangea un bref coup d'œil avec Narcissa Malefoy, puis avec son époux, Lucius Malefoy, dont l'expression demeurait indéchiffrable, malgré ses yeux lançant des éclairs à son égard.

La réunion débuta, abordant principalement le sujet de la réorganisation du ministère, ce qui prit une bonne partie de la soirée. Puis vint le cas de « Potter », comme l'appelaient les autres Mangemorts.

- Pour le moment, le déploiement des Rafleurs ainsi que la mobilisation des Détraqueurs dans plusieurs régions du pays n'a mené à rien, maître, déclara Yaxley. Nous savons, de sources sûres, que Granger se trouve avec lui, puisque nous nous sommes rendus à son domicile.

Dorea retint sa respiration. Les parents d'Hermione…

- Et ? demanda Voldemort.

- Rien. Il n'y avait rien, ni même personne. D'après le voisinage, les Granger sont partis du jour au lendemain. Mais rien de… plus, mon maître, termina le Mangemort d'une voix presque chevrotante de peur.

- Et le jeune Weasley ?

- Apparemment, il est cloué au lit par l'éclabouille. Les gens du ministère qui sont allés au Terrier ont pu le voir de leurs propres yeux.

- Un Weasley de moins, ça nous arrangerait bien ! fit Macnair.

Des rires gras suivirent, résonnant dans la pièce pendant quelques secondes. Lorsque Voldemort haussa légèrement la main pour réclamer le calme, le brouhaha s'étouffa aussitôt.

- Je pense que le jeune Weasley se trouve en ce moment même avec Potter et Granger, dit le Seigneur des Ténèbres dans un sifflement qui n'augurait rien de bon.

Yaxley se ratatina sur sa chaise, baissant le regard pour éviter celui du Mage noir, dont la fureur empoignait l'atmosphère. Dorea crispa nerveusement ses mains sur ses cuisses. Soudain, Voldemort se leva, la rage traversant ses orbes rougeoyants.

- Idiot ! s'exclama-t-il en pointant sa baguette vers Yaxley.

Ce dernier se tortilla sur sa chaise, hurlant de douleur, avant de chuter au sol. Voldemort se réinstalla dans sa chaise, seuls les gémissements de Yaxley interrompant le silence lugubre qui s'était instauré dans la pièce.

- Maître ? intervint alors Bellatrix.

Dorea tourna son regard vers elle et nota, à la lueur des chandeliers, qu'elle semblait bouffie, même un peu plus ronde que d'habitude, son ventre s'étant arrondi.

- Oui, Bella ? fit Voldemort froidement, sans même lui jeter un regard.

- Je vous propose de partir moi-même à la recherche de Potter. Je ne vous décevrai pas.

- Non, toi tu restes ici.

L'ordre avait claqué l'air tel un fouet. Bellatrix s'inclina, et Voldemort braqua son regard vers la droite. Dorea demeura immobile, droite comme un « i » sur sa chaise.

- Je suis certain que Potter commettra l'erreur de mettre les pieds à Godric's Hollow. Ainsi, il sera piégé. Sa vanité et sa bêtise le mèneront à sa perte. Il faudra donc encore un peu de patience. En attendant, continuez vos recherches.

Puis, il se leva, raclant le plancher avec ses pieds et sortit de la pièce sans autre forme de procès.

Lorsque Voldemort eut disparu dans les escaliers, les conversations reprirent de plus belle. Ne perdant pas une seconde, Dorea se leva à son tour pour quitter la demeure. Elle ne remarqua pas que Narcissa tentait de la suivre, et alors qu'elle s'apprêtait à l'intercepter aux abords du domaine, Dorea transplana.

0o0

- Ce ne sont que des moldus, Artwood, dit Bellatrix d'une voix doucereuse.

Dorea serrait sa baguette si fort entre ses mains qu'elle craignait qu'elle ne se brise. Devant elle, dans le coin reculé du salon de ce petit cottage enfoui dans la campagne anglaise, une mère et son fils se recroquevillaient, l'observant avec une peur qu'elle n'avait jamais vue chez un être humain.

- Achève-les ! cracha Lestrange dans son dos.

La rousse serra les dents et fit brusquement volte-face vers la Mangemort.

- Ce n'est qu'un enfant ! se récria-t-elle rageusement.

Bellatrix soupira, puis pointa sa baguette vers la mère et son enfant. Une seconde plus tard, leurs gémissements s'arrêtèrent net.

- C'est la deuxième fois que tu me fais le coup, dit Bellatrix sèchement. La prochaine fois, c'est toi qui prendra leur place.

- Je ne torture pas les enfants ! Ni ne les tue !

- Dis ça au maître, je suis certaine qu'il sera ravi de te démontrer que la compassion n'a pas sa place chez nous !

Puis elle pivota sur ses talons et sortit de la maison à moitié détruite, éclatant de rire avec une hystérie manifeste.

0o0

Dorea sentit son bras tressauter, des tremblements l'assaillant. Elle leva son regard vers le miroir, percevant à peine son reflet à travers ses yeux rougis. Elle s'empressa alors d'enlever son t-shirt et fit la seule chose qui pouvait apaiser les émotions qui la submergeaient tout simplement.

0o0

« Qu'as-tu fait aujourd'hui ? »

« Pas grand-chose. »

« C'est étrange que le Seigneur des Ténèbres ne fasse pas plus souvent appel à toi. »

« Comme je te l'ai dit hier, il a surtout besoin de mes pouvoirs. Hormis cela, je ne lui sers pas à grand-chose. »

« D'un côté, tant mieux. J'avais peur que tu participes à ces ignobles missions auxquelles s'adonnent la plupart des Mangemorts. »

Dorea eut un moment d'hésitation.

« Tu y as déjà participé, toi ? »

C'était la première fois qu'elle lui posait ce genre de question.

« Je ne suis rentré dans les rangs que parce qu'il souhaitait punir ma famille. Pour le reste, ma mère a plusieurs fois fait barrage auprès de ma tante, qui voulait m'emmener torturer des moldus. »

« Tout se passe bien à l'école ? »

« Dans l'ensemble, oui… Tes copains de l'A.D. mènent un peu la vie dure aux Carrow. »

« Et vous continuez toujours à appliquer les sortilèges doloris sur les premières années en retenue ? »

« Eh bien, figure-toi que ça a dégénéré cet après-midi. Londubat s'est rebellé… pour changer. »

« Oui, je vois ce que tu veux dire quand tu dis qu'ils mènent la vie dure aux Carrow. »

« Je vois d'ici ton sourire malicieux s'étaler sur ton joli visage. »

Dorea avala sa salive avec une certaine difficulté. Son expression était l'exact contraire de ce que s'imaginait le blond.

« Tu me connais si bien. »

« Tu me manques… je pense à toi… J'ai continuellement envie de toi. »

La rousse se figea instantanément. Une minute passa, durant laquelle elle ne savait quoi répondre.

« Dott' ? »

« Tu sais, Oogie a préparé un bon plat et je t'avoue que j'ai un peu faim. On reprendra cette conversation plus tard ? »

« Poule mouillée ! »

« Bonne soirée, Drago. »

Dorea referma le carnet, les mains tremblantes, ne lisant même pas la réponse du jeune homme. À cet instant, l'elfe de maison débarqua dans le salon.

- Le repas est prêt, Miss Dorea.

- Je n'ai pas faim, Oogie.

- Mais… Miss, cela fait plusieurs jours que vous n'avez pas mangé un repas décent.

- J'ai dit que je n'avais pas faim, Oogie ! s'exclama froidement la rousse. Alors déguerpis avant qu'il ne me prenne l'envie de t'apprendre à respecter tes maîtres ! cracha-t-elle, mauvaise.

Les yeux de l'elfe s'écarquillèrent de surprise avant qu'un reflet d'angoisse n'y apparaisse. La créature sortit de la pièce, trottinant presque sur ses petites jambes, gémissant de peur. Dorea ferma les yeux, se morigénant pour sa réaction exacerbée.

0o0

Dorea avait posé sa tête sur le carrelage froid et pleurait. Ses larmes s'échappaient de ses joues humides et cireuses, formant une petite flaque sur le sol.

La bile lui monta de nouveau dans la gorge. Elle se redressa prestement, ouvrit brusquement la cuvette et vomit le peu de nourriture qu'il lui restait dans l'estomac. C'est-à-dire quasiment rien.

L'image de ce pauvre vieux moldu, encore vivace, qu'elle avait torturé avant de l'assassiner froidement, s'imposait à elle comme si elle avait assisté elle-même à la scène, sans aucune maîtrise sur son corps. Le sourire satisfait de Bellatrix lui revenait en mémoire avec une précision douloureuse, et cette fois, Dorea s'écroula au sol, pleurant de plus belle.

0o0

« Tu n'as pas grand-chose à dire aujourd'hui ? »

« Toi non plus. »

« Je te raconte simplement ce qu'il se passe à Poudlard. »

« Et moi, je te raconte ce qu'il se passe ici. »

« Tu veux qu'on se prenne la tête par écrit ?! »

« Je suis fatiguée, Drago. J'ai eu le nez collé dans les grimoires toute la journée. »

« Ok. Je te souhaite une bonne soirée, alors. »

Dorea referma sèchement le carnet sans même répondre. À quoi bon, de toute manière. Elle n'en était plus digne.